‹ Histoire du eiel et de la terre: nouvelle physique célesteChapitre 13 sur 22 · PREMIER QUART · texte numérisé non relu

PREMIER QUART

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De huit heures dn soir à minuit.

Depuis uoe heure le soleil est descendu à rfaorizon dans son bain de feu. Le firmament nous couvre de sa Toute noire, de laquelle pendent, comme des lampes sacrées d'un temple immense, les mondes lointains de l'infini ; et leur lumière mystérieuse scintille ainsi que les éclats que projettent les feux du diamant.

Suspendu entre ces deux immensités, le ciel et Tocéan, merveilles de Dieu, notre navire, merveille de l'homme^ coule silencieux. Des eaux seul s'échappe un long et sourd gémissement, né de la houacke, et qui semble une plainte de l'âme arrachée à la mer par la douleur du sillon dont la quille de notre navire lui creuse le sein.

De cette immensité de la création, de ce silence saint de la nature endormie, dont l'homme seul a la puissance de troubler le sommeil^ il s'émane une essence de majesté, qui, ainsi qu'une auréole de gloire, entoure le marin. Son génie ne sait-il pas mesurer les champs de l'espace, afin de rendre impuissants les déserts de l'océan qui mettaient obstacle à

l'union des peuples? Est-ce un mortel, cet homme dont le courage tient interposé entre le ciel et la terre ? Son bras louche aux éléments du ciel pour les tenir enchaînés et prêts à sa volonté. Son pied foule Tocéan, et ce dernier, docile à la puissance qui Tétreint, obéit à ses caprices; esclave, à sa voix il le porte aux extrémités du monde.

C'est au milieu de ces réflexions que faisait naître en moi la carrière de Thomme de mer, que le capitaine vint me trouver sur le pont. Il s'assit près de moi au banc de quart, et commença ainsi :

— Je suis curieux, me dit-il, de voir comment vous allez vous retirer de votre audacieuse assertion. Vous prétendez qu'une loi unique donne le mouvement à ces astres qui brillent sur nos têtes, et que leur constitution fait le reste. Vous niez ainsi la force centrifuge des Laplace et celle de projection des Newton.

— Il m'est facile de vous démontrer, je ne dirai pas la faiblesse de ces systèmes, mais bien leur ridicule. Le raisonnement seul suffit.

— Le raisonnement!... il tient toujours de l'avocasserie; c*est rare lorsqu'il ne trompe pas. Il n'est que des erreurs qui aient besoin d'interprétation; la vérité parle d elle-même; la voir, c'est la comprendre.

— Bravo ! capitaine, c'est là où je vous attends : des preuves, toujours des preuves, rien que des preuves, et nulle probabilité ! Vous voyez que je suis loin du mode de Laplace. Newton a dit, et après lui tous les astronomes ont répété, que l'espace qui sépare les planètes de leur foyer était un vide ; parce que Newton avait besoin de ce vide pour faire accepter par le raisonnement la force de sa miraculeuse projection, qui dans un plein gazeux résistant finirait par s'anéantir; et depuis longtemps les planètes se seraient arrêtées dans leur orbite, loin de recevoir cette accélération que l'observation leur reconnaît. Eh bien, par une inconséquence qui prouve combien est fausse et peu admissible l'hypothèse du vide de l'espace, Newton lui-même, et comme lui tous les astronomes

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de son école, ne tardèrent pas à combler cet espace d*une matière très-subtile, mais qui par cette grande subtilité même est très-élastique; cette matière est le fluide lumineux que l'astronome anglais fait lancer par le soleil avec une vitesse prodigieusement miraculeuse» et dont la cause n'est pas moins inconnue.

» Buffon et les disciples de son école» ainsi que Laplace, font plus fort que Newton ; ils soutiennent, il est vrai, l'existence d'une force centrifuge, cpie quelques-uns attribuent à la rotation des sphères sur leur axe> mouvement dont la cause ne cesse pas d'être toujours pour eux un mystère. Ils donnent ainsi raison d'un phénomène par un autre phénomène non moins ine^siplicable ; ce qui est proprement dit répondre à rien ; car ce n'est pas résoudre la difficulté que de l'éluder. Si la for-ce centrifuge résultant du mouvement de la rotation des sphères sur leur axe était la cause de cette force centrifuge qui repousse, écarte ces globes de leur foyer attracleur, et ainsi lutte et dans certains moments remporte même sur la force attractive, et cela à une énorme distance de la surface de ces globes, cette force centrifuge devrait être assez prodigieuse à la surface pour lancer dans l'espace par la langeante tous les éléments qui constituent les mondes célestes, lesquels se détruiraient ainsi très-promptement, s^ils avaient jamais pu se former ; car dès le principe ils auraient été sous l'influence incessante de deux forces égales, mais diamétralement opposées dans leur action : l'une d'attraction, présidant à la création des sphères ; l'autre de répulsion 6u force centrifuge, dont le ministère aurait été de détruire h l'instant ce que la première établissait. Ce système est cependant passé en théorie, et forme l'école française.

> Nos astronomes ont calculé les effets de la combinaison de ces deux forces contraires pour en retirer quelques mouvements planétaires. Leurs calculs sont admirables par leur science géométrique; mais ils accusent dans la théorie qui les enfanta un non-sens vraiment extraordinaire. D'autres astronomes, ce sont les partisans du système Buffon, vont encore plus loin. Après avoir avec les premiers démontré si

bien l'action de cette force centrifoge repoussant les globes l'un de Tautre, ils viennent nous dire qu'une comète, par un miracle bien plus surprenant cpie celui de la projection, est venue, malgré la puissance de cette force centrifuge, frapper le soleil avec une impétuosité si excessive, qu'elle fit rejaillir de sa masse d'énormes éclaboussures,'et cela encore malgré la force centripède, qui doit être prodigieuse sur la surface du soleil. Mais si un tel fait était contraire aux deux forces qui engendrent les mouvements planétaires, il donnait à l'origine des mondes une cause si brillante et si facile à la paresse de l'esprit de l'homme, que celui-ci n'eut pas jusqu'ici le courage d'en chercher une autre.

— Diable ! je n'y avais pas encore songé. Ces éclaboussures du soleil sont en effet impossibles : d'abord parce que les lois fondamentales de l'astronomie, les forces attractive et répulsive qui sont énormes pour le soleil, les rendent impossibles ; mais aussi parce que Herschell nous démontra matériellement que le soleil n'est pas un globe de matière fondue et en ignition, mais bien une masse solide qui ne peut permettre aux comètes les plus audacieuses cette brutale insulte. Votre réfutation du fait de la comète de Buffon est juste, je veux bien le reconnaître; mais nous avons un autre système plus solide : il donne, celui-là, une raison irrévocable de ce mouvement général de tous les globes planétaires de l'ouest à l'est ; il explique aussi la formation des planètes ; ce système est celui du tourbillon de la matière créatrice de l'ouest à l'est autour de quelques centres.

-— Toujours du miraculeux, toujours des explications de phénomènes qui, loin de répondre aux choses et de faire disparaître les difficultés, ne produisent que d'autres difficultés plus inexplicables que les premières ! Pourquoi la matière aurait-elle reçu cette impulsion tournoyante autour de quelques centres privilégiés, dont les uns seraient de première classe et les autres de seconde? afin que les globes tournassent tous de l'ouest à l'est ! Mais le génie créateur n'avait nullement besoin de ce pauvre moyen, en ce qu'il est miraculeux, pour que ce mouvement puisse avoir lieu.

» Les cartésiens et les newtoniens sont à Tégard de la solution des phénomènes du mécanisme du ciel , semblables à ce physicien italien qui^ lorsqu'on lui demandait pourquoi l'eau montait dans le corps d'une pompe où on avait fait le vide, répondit que c'était parce que la nature avait horreur du vide; et comme on lui observa que Teau ne pouvait monter qu'à trente-deux pieds, le savant trancha la difficulté de ce nouveau problème avec autant de sagacité que pour celle du premier ; il dit gravement que la nature n'avait horreur du vide que jusqu'à trente-deux pieds de haut.

» Les auditeurs ne devaient-ils pas se tenir satisfaits et être édifiés de la science du docte professeur en le voyant si bien répondre aux difficultés ! Les maîtres des deux écoles astronomiques me paraissent jouer le rôle du savant italien. Comme lui, ils ne résolvent rien ; car ce n'est pas lever la difficulté et donner la cause d'un fait, que de dire que ce fait est parce qu'il est. Les sciences sont d'une moralité sévère ; elles exigent un genre de franchise dont peu d'hommes sont capables, c'est de dire : je ne sais pas, lorsqu'on ne peut trouver la cause d'un fait. J'avoue qu'on est naturellement peu disposé à cet aveu, qui coûte trop à l'orgueil lorsqu'on est posé sur le théâtre de la renommée, où vous êtes accepté et ^fêté par le peuple dont vous êtes l'idole tant qu'il croit , dans son engouement, que votre savoir est universel. Mais avant tout, l'homme de science doit être philosophe , c'està-dire^ faire abnégation de sa personne a&i de n être jamais par les passions distrait de la grande œuvre , le bien-être de l'humanité. Sorti de cette limite, il n'y a plus pour l'homme que mensonges, déceptions et ridicule pour le savant. Qu'elle est belle la pensée de ces hommes , dont les bras puissants retiraient i il y a un demi-siècle , la France de Tabîme où l'avait plongée une monarchie stupide, lorsqu'ils s'écriaient : périssent notre mémoire , et que la France soit sauvée ! Le savant doit-être pour l'humanité ce que ces grands génies de la république étaient pour la France.

— Voilà qui est bel et bon ; vous phrasez comme un vrai dramaturge. Mais au milieu de tout cela vous aurez de la

Oi PHYSIQUE CÉLESTr.

peine h détruire le système des tourbillons de Desoartes, car c'est sur lui que repose la théorie des ondulations de la lumière généralement admise par nos hommes de science. Or , si le tourbillonnement de la matière est une vérité pour la production de la lumière et de la chaleur planétaires , pourquoi ne le serait-il pas pour les mouvements plané>taires?

— Ah! a^î ah! pardonnez moi ce rire, capitaine; vraiment il n'y a qu'un Allemand qui ait pu souffler à Bescartes ridée de cette walse générale de l'univers!... Pour moi , Français, bon Français , afin d'être conforme à l'esprit de ma nation , au lieu de faire sortir les mouvements planétaires d'une walse générale, je les ferai naître d'une danse. L'esprit rectiligne de l'Anglais , représenté par le système newtonien, ne les retire-t-il pas de la projection, d'un mouvement |primordial semblable au jet du boulet parti d'un de leurs innombrables forts? »

Et pendant quelques instants nous nous épanouîmes la rate à la réflexion de voir ainsi, dans l'explication de Tœuvre universelle de la création , se peindre le caractère de chacune des nations qui l'entreprirent.

— J'ai de la peine, il est vrai, dît le capitaine, â me rendre compte de la formation de nos planètes au milieu d'un immense tourbillon , tournant miraculeusement par une volonté mystérieuse, avec une vitesse incommensurable de l'ouest à l'est autour d'un centre introuvable. Comme il est prouvé que nos mondes ne sont que des agglomérations de dépôts de matière condensée et primitivement fluide , et que de tels dépôts ne peuvent se faire qu'^à l'aide d'un repos absolu de la matière , il me semble qu'on pourrait présumer avec quelque confiance que les planètes sortirent d'une solitude profonde où elles s'engendrèrent à l'abri de toute influence perturbatrice étrangère , au sein d'une masse infinie de matière immobile se déposant insensiblement, en raison de son repos même, sur le centre de chacune ; que ce ne fut qu'au moment où ces dépôts successif leur eurent donné la puissance que chacune d'elles

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possède par sa masse , que les planètes » sentant pour la première fois Faction attractive du soleil , qui lui-même s'était produit par le même mode, sortirent de leur immobilité. Mais alors les planètes , mues par la force attractive, dont la direction est rectiligne, seraient tombées en droite ligne sur le soleil , avec l'accélération croissante d'un corps en chute, et n'auraient jamais pu tracer, comme nous le voyons, une orbite autour du soleil, ce qui ne peut être que le produit de la combinaison de deux forces égales et d'une direction contraire?

— Pourquoi pas? Ce n'est pas un cercle parfait, mais une courbe elliptique que les planètes décrivent autour du soleil. Pour qu'il en soit ainsi, il faut donc que dans le mouvement d'une planète autour du soleil, tantôt la force centrale l'emporte sur la force centrifuge , et que tantôt la force centrifuge l'emporte sur la force centrale. Ce mouvement elliptique prouve donc à lui seul que les planètes sont à l'égard du soleil toujours dans le cas de corps tombant sur lui , en suivant la loi du mouvement accéléré des corps en chute, qui n'est autre, comme vous le savez, qu'une conséquence de Tattraction , dont l'intensité augmente comme le carré de la distance diminue.

— Adopté : les planètes ainsi que les comètes vinrent de régions très-éloignées du soleil et en dehors de son atmosphère; elles ne purent sortir de ses éclaboussures , ni naître dans aucun milieu tournoyant; elles sont toujours pour le soleil dans le cas de corps tombant. Il me semble déjà entrevoir, monsieur le Français, votre danse astronomique; vous me donnez déjà un avant, mais il me faut maintenant un chassé et un coulé pour compléter le mouvement elliptique des planètes. Je croii» que votre danse est aussi ridicule que la walse de Descartes.

— Erreur ! la danse demande du génie , lorsque la walse n'exige que de la force musculaire. Il doit en être de même en astronomie du système de la danse sur celui de la walse. Vous convenez avec moi que les planètes furent primitivement des dépôts paisibles et successifs de matière; or , pour

qu'il en fût ainsi , cette matière était donc à l'état flaide f Où est donc passé l'élément de la fluidité que la matière en se solidifiant abandonnait ? Les planètes laissèrent-elles ces fluides dans les régions lointaines où elles se procréèrent , comme des détritus de leur enfantement? Non ; cet abandon de gaz ne put avoir lieu ; car la matière est une ; sa fluidité , sa liquidité et sa solidification ne sont que de ses métamorphoses, qui ne peuvent ni diminuer, ni augmenter son étendue, puisqu'elle ne cesse pas d'être matière. L'espace qu'elle perd en se solidifiant , elle le comble à l'instant par des fluides, qui ne sont que quelques-uns de ses composés unis à beaucoup de calorique, que chassent les éléments se solidifiant par leur condensation provenant de combinaisons chimiques ou d'une puissance comprimante. Or, tout corps solide est enveloppé par une atmosphère à lui propre et dont l'étendue est proportionnelle à la quantité de calorique dont ses pores peuvent se charger à l'état de liberté. Cette atmosphère est à lui propre; il la retient sur sa surface avec une puissance telle, que si on peut la déplacer, même que momentanément, ainsi que cela à lieu sur certains métaux et autres substances, il s'émane de toute la surface de ces corps une appétence si active des substances atmosphériques qu'on lui a enlevée, qu'il y a sur celte surface des réactions puissantes, connues par les phénomènes électro-magnétiques, jusqu'à ce que le corps solide ait recouvré la quantité de matière fluide qui doit rétablir son atmosphère.

» Il est donc impossible d'enlever à un solide quelconque, un atome de son atmosphère, ne fut-ce que momentanément. Il dût en être de même pour les masses énormes de matière solidifiée qui constituent les globes célestes. Ces derniers retinrent en combinaison , autour de leur surface en forme de masse fluide ou atmosphère , tout autant d'élément de la fluidité qu'il en faudrait pour rendre à ces mondes , lorsque Dieu le voudra , leur primitive fluidité. Ces fluides atmosphériques adhèrent à la surface de tout solide comme la chair du fruit à son noyau; aucune puissance ne peut lui en soustraire complètement un atome. Comme cette appé-

teace de la surface du solide pour son atmosphère n'est autre que le résultat de Tattraction^ ou autrement dire est Tat* traction même du globe , la densité de son atmosphère doit diminuer comme diminue l'intensité de Tattraction , et ainsi comme augmente le carré de sa profondeur. Il sort des conséquences de cette nouvelle théorie de physique céleste , que la profondeur de chaque globe céleste est proportionnée à sa masse solidifiée et à la densité de cette masse. Quelle n'est pas l'étendue de l'atmosphère du soleil, quand on réfléchit que la seule dissolution de quatre onces de nitrate de potasse produit 3,000 pouces cubes de gaz oxygène !

— Je vois qu'il vous faut de la chimie pour être astronome.

— Et de la physique surtout. Les subdivisions de la science naturelle ne sont que des conventions humaines; la nature, la science de Dieu , est une comme Dieu est un. Il ne peut en être autrement. La chimie tient à la physique comme la physique tient à l'astronomie, et toutes trois forment une trinité qui n'est qu'une seule et même chose. Ne soyez donc pas étonné si à l'astronomie je mêle de la physique et de la chimie; et tenez-vous pour bienheureux si je n'assaisonne pas le tout de théologie.

— Miséricorde ! gardez-vous en bien ! la théologie , c'est l'ennui encarné. Il est vrai qu'elle a de temps à autre des ridicules réjouissants; mais ces derniers ne récompensent pas assez les bâillements du premier pour qu'on veuille les payer à ce prix. Omettez les éléments théologiques.

— Fiat voluntas tua. Nous revenons donc à la physique ; car main tenant je veux vous parler plus de physique que d'astronomie proprement dite. Quand on réfléchit à la masse du soleiU qui, d'après même les calculs de l'ancienne théorie que je veux battre en brèche, est 800 fois plus puissante que la somme de toutes les masses réunies des planètes connues, on conçoit à quelle prodigieuse profondeur l'atmosphère solaire doit s'étendre dans l'espace , car cette atmosphère est le produit, non-seulement d'une masse énorme, mais d'une masse dont la densité prodigieuse est la plus grande de toutes

celles des autres mondes. L'étendue atmosphérique de chacune des planètes est aussi très-considérable, et de même proportionnée à la masse et à la densité du noyau solide.

— Voilà une luxuriante prodigalité bien inutile.

— Vous vous trompez. C'est dans l'étendue prodigieuse des atmosphères des globes célestes que réside , non-seulement le ressort de tous leurs mouvements, mais aussi leur existence, c'est-à-dire la cause de leur vitalité. Lorsqu'à l'aide de la machine pneumatique vous cherchez à faire le vide , que voyez-vous se produire sous vos yeux? Par l'absence des gaz, les liquides se gazifient et s'emparent avec une espèce de fureur l'espace que les gaz viennent de quitter , et le comblent instantanément. S'il était en votre pouvoir de continuer l'opération, vous verriez les terres, les solides se dissoudre et s'élever à une dilatation indéfinie pour anéantir le vide, pour rendre le néant impossible; car telle fut la mission qu'à la création la matière reçut de Dieu.

— Eh ; mon cher, vous poussez l'argument comme un vrai rhéteur. Sans doute , puisque Dieu inventa la matière pour détrôner le néant , la matière doit être l'ennemi né du néant, et ce dernier ne peut chercher à se produire, ne fut-ce qu'artificiellement, qu'à l'instant la matière^ nullement oublieuse de sa première mission, le comble avec toute l'impétuosité à remplir un devoir imposé par Dieu. Donc, il ne peut y avoir dans l'infini, qui est le total de la matière, un des plus petits espaces qui ne soit comblé; donc le vide, même si imparfait obtenu par nos machines, ne peut exister dans la naturel Le néant ne peut plus être, puisque la création existe.

— De cette vérité, car je tiens cette opinion pour vérité, vous tirez ainsi cette conséquence : que depuis l'instant que Dieu décréta la création , il n'y eutplus de vide , et qu'il est impossible qu'il puisse jamais se reproduire; car le vide dans toute son expression signifie néant ?

— Oui ; mais cela ne m'explique nullement l'immense utilité que vous prétendez exister dans Pimmense étendue des atmosphères solaires et planétaires.

— Je vais le faire. Les gaz de ces atmosphères comblèrent l'espace qu'abandoDnaicDt les éléments qui constituent la matière solide, et qui en formant des dépôts successif constituèrent les globes célestes. Comme ce travail dura tant qu'il se trouva dans l'espace des éléments susceptibles de solidification , il arriva après un certain laps de temps que ces atmosphères, provenant de ces solidifications, et s'étendant en profondeur proportionnellement à l'accroissement de la masse du globe, durent ne plus trouver autour d'elles à soutirer d'éléments susceptibles de solidification ; c'est alors que ne rencontrant plus que les atmosphères d'autres globes, elles se mirent en contact avec elles , et enfantèrent ce phénomène d'attraction qui les enchaînent de l'une à l'autre par un réseau invincible. Ici je parle des soleils, c'est-à-dire des étoiles; mais je vais maintenantne traiter que d'un seul globe, du soleil et de ses planètes. Vous allez comprendre en peu de mots toute l'utilité des atmosphères planétaires , qui sont , à vraiment dire, pour leurs globes des boulevards réels , indestructibles , et dont toute la puissance est dans l'immensité même de la profondeur de leurs couches gazeuses.

— Oh ! il me semble déjà comprendre où vous voulez en

venir mais prenez garde, le problème est épineux, et

je doute que vous puissiez le résoudre assez victorieusement pour échapper au ridicule.

— Rassurez- vous , capitaine; je n'avance les choses que quand je suis certain de leur vérité; surtout ne cherchez pas à me devancer. C'est une pensée> nourrie par de longues réflexions , dont je veux vous faire part , et non une supposition, une probabilité née de l'instant, et qui demain ne pourrait plus être reçue. Avez- vous déjà cherché à vous rendre compte de la force attractive?

— Ma foi , non ! on m'a prouvé qu'elle agissait en raison inverse du carré des distances, et cela m'a toujours suffi.

— Vous ne connaissez ainsi que l'effet et non la cause. Je me sens fort de vous expliquer cette cause , et je voudrais le faire ici ; mais cette solution demande un grand dévelop-

pement de science chimique, dont je tous ferai grâce pour le* moment. Seulement je vous demanderai comment l'attraction peut se propager de la surface d'un globe vers un autre globe , si elle n'est pas portée par un élément atmosphérique , ou autrement dire , si elle n'est pas l'action d'un fluide > d'un gaz atmosphérique enfin? Si vous admettez que l'attraction Tienne du soleil, quoiqu'on puisse croire qu'une planète est à la fois attractive et attirée, Tatmosphère du soleil est donc énorme; car nous ne connaissons pas les bornes de sa puissance attractive et les planètes nagent toutes en elle ? Gomme il rentre dans la constitution de cette atmosphère un fluide , un gaz attracteur , l'atmosphère du soleil est donc, ainsi que celles des planètes > un composé; car il ne peut exister de fluide invisible^ de gaz qui ne soit pas le produit delà combinaison de deux éléments pour le moins, lesquels sont le calorique, principe de sa fluidité , et un élément quelconque , qui sans son union avec le calorique serait un solide.

> Or , ce dernier élément est, dans sa combinaison avec le calorique, seul possédant la propriété d'attirer, d'unir; il est donc l'élément de toute union , de toute combinaison chimique ; il doit être la puissance qui agglomère tout , solidifie tout , et donne aux substances de la matière leurs divers degrés d'affinité les unes pour les autres, d'après la quantité que leurs pores contiennent de ses molécules et d'après ses divers modes d'action sur elles? Sa puissance d'affinité pour tous les éléments de la matière est si grande , qu'il doit être le seul principe qui puisse se combiner, et faire même rentrer en l'entraînant avec lui dans des combinaisons à plusieurs bases , soit à l'état fluide , liquide ou solide , l'élément de la désunion , le calorique , ce dissolvant de toute chose , son antagoniste éternel ; car la mission de ce dernier est de désunir et de désorganiser ce que l'élément attracteur ou d'affinité unit et combine.

» A cette propriété dissolvante, c'est-à-dire, de dilatation du calorique s'enjoint une autre non moins prouvée et non non moins adhérente à sa nature, c'est la répulsion. Le ca-

lorique n'est-il pas l'élément unique de l'élasticité et de la répulsion des corps comprimés et comprimants? Les gaz ne doivent-ils pas leur puissance expansive à la grande quantité de calorique qui leur donne leur fluidité? Là où il y a de l'élasticité, là il y a du calorique, les corps élastiques fussent-ils même des solides!

•— Cette dernière assertion demande une explication.

— Oui, un corps solide, élastique, doit son élasticité à la présence du calorique , non pas précisément en lui , mais autour de lui en atmosphère puissante.

— Mais alors tous les solides seraient élastiques , puisque d'après vous, ils possèdent tous une atmosphère dont l'étendue est proportionnelle à leur masse et à leur densité?

— Tenez, capitaine , vous me forcez à rentrer dans un plus ample développement de chimie; tant pis pour vous, vous m'y contraignez. Je ne connais dans la nature qu'un unique élément dont la puissance soit attractive; sa propriété est la combinaison ; de même il n'y en a qu'un qui soit répulseur et désorganisant , celui-là est le calorique.

— Et le premier est l'oxygène , hein ! ai-je mis le doigt dessus?

— Je n'osais moi-même vous le nommer ; mais puisque c'est vous qui l'avez désigné , je vous avouerai que telle fût toujoui*s mon opinion.

— En effet, il me semble qu'on n'a pas encore dit tout sur la nature de l'oxygène? Est-il un chimiste qui ait pu le mettre à nu et l'isoler? jamais. Il est le seul des substances de la nature qui soit ainsi ; son af&nité ou attraction pour tout ce qui est matière est trop puissante pour qu'il puisse même momentanément rester à nu. Le calorique s'isole en se montrant à nos organes dans toute sa nudité sous l'aspect d'un fluide pur que l'on nomme feu; toutes les autres substances de la nature s'isolent de même dans leur radicaux. L'oxygène seul ne peut s'isoler, il est toujours uni^ soit avec le calorique , soit dans les combinaisons , dont il est l'unique principe d'union ; car sans lui il n'y a pas de combinaison.

- De telles réflexions sur la nature de l'oxygène portent donc à le croire l'élément at tracteur, car il se comporte de même que lui, et il a toute sa puissance. Ce ne sont pas les corps qui sont attracteurs l'un de l'autre , mais c'est l'oxygène qui , par sa présence en eux ou par son mode d'action sur eux , leur donne cette attraction qu'on leur retrouve pour certaines combinaisons chimiques, tandis qu'ils n'en ont pas pour d'autres. Toutes les substances sont attractives d'oxygène et attirées par lui , deux effels produits par la même cause. Cette appétence de l'oxygène pour tout ce qui est matière est inépuisable , il est vrai, mais la capacité et l'appétence de ses molécules sont une ; îl ne peut retenir en combinaison avec lui une quantité de substance sans qu'il perde de sa capacité et de son appétence pour une autre d'autant qu'il en a dépensé pour la première. Élément de la solidification , lorsque le calorique est celui de la liquidité et de la fluidité, il peut , en s'unissant au calorique ou à d'auti-es éléments, être soutiré d'un corps en s'échappant de ses pores, soit à l'aide d'une pression continue et puissante , soit dans des réactions de combinaisons chimiques. Mais le corps, dépouillé ainsi de son oxygène, est loin d'avoir perdu de son appétence pour lui, quoiquîl ne lui soit plus permis de s'en laisser pénétrer et d'en charger ses pores ; il a au contraire pour l'oxygène une appétence d'autant plus grande que ses pofes contiennent moins de cet élément.

> De cette appétence non satisfaite de ce corps pour l'oxygène ; naît un singulier phénomène. Il se tient autour du corps autant d'oxygène que ses pores pourraient en contenir ; cet oxygène ainsi retenu sur la surface du solide attracteur , ne pouvant se combiner totalement avec les molécules de ce dernier , ne reste pas pour cela à nu sur la surface du corps , sa grande affinité pour ce qui est matière y mettant obstacle ; il se combine avec le calorique qu'il soutire du réservoir commun, de l'atmosphère planétaire, et forme avec cet élément de la fluidité une atmosphère privée et propre au corps solide, atmosphère qui est ainsi une partie intégrante du solide , et forme avec lui un seul tout. Elle est une partie du corps même , une continuation de sa combinaison ; en effet ,

le rôle de Toxygëne dans ce phénomène est facile à cottiprendre : ne pouvant rentrer en combinaison parfaite dans les pores trop resserrés du solide , loin de perdre par cela de son appétence pour eux, celle-ci , au contraire , est au suprême degré de sa puissance. Mais dans cet état, l'oxygène, quoique puissamment retenu sur la surface du solide, possède encore presque toute sa capacité, dont il fait une dépense à peine sensible pour le solide ; or, ne pouvant rester à Tétat libre, même que momentanément, il se charge de calorique autant que rêxcès de son appétence non-satisfaite pour le solide peut lui permettre. Il apporte ainsi par sa combinaison avec le calorique un élément étranger au solide, une substance invisible et fluide qui, unie avec lui> forme une atmosphère qui enveloppe de couches égales le solide , et qu'aucune puissance ne peut lui enlever sans changer à l'instant la forme et la combinaison chimique du corps entier.

— Comment ? cette atmosphère serait la cause de la forme des solides , et la puissance qui leur conserverait leur solidité?

— II m'est facile de prouver que cela est , et que les globes célestes lui doivent leur forme sphérique. L'attraction du solide se faisant à la fois de tous les points de sa surface par une aetionbrusquesurroxygènedéjàuni àdu calorique et à d'autres substances, puisqu'il ne peut jamais rester un moment isolé, l'oxygène met lui-même, par sa trop grande avidité pour le soude, un obstacle à sa pénétration dans les pores de ce dernier, qu'il comprime ainsi et condense avec une puissance que mesure son degré d'appétence pour le corps. Il s'appuie de toute cette puissance sur la surface de ce dernier sans pouvoir pénétrer en lui; car cet oxygène, qui seul à le pouvoir de se combiner avec le corps , contient du calorique et d'autres substances atmosphériques , qui mettent d'autant plus d'obstacle à sa pénétration qu'il rentre en plus grande quantité dans l'atmosphère ; c'est-à-dire , que le corps contient moins d'oxygène et qu'il est ainsi plus dur. Il faut donc à l'oxygène, pour qu'il puisse se combiner complètement avec les molécules du solide, que d'abord il se sépare de son calorique, ce qu'il ne peut faire qu'à l'aide d'un choc brusque.

M PHYSIQUB CÉLESTE. *

comme dans le briquet d*aciçr, ou d'une percussion paissante et répétée , comme le jeu du marteau du forgeron , ou bien dans des réactions chimiques.

> Ce sont à ces seules conséquences amenées par la propriété attractive de l'oxygène que nous devons la production de tous corps solides. Donc, tous les solides sont pourvus d'une atmosphère d'autant plus profonde et pesante sur leur surface que ces corps ont plus de masse et de densité. J'applique cette conclusion aussi bien aux masses planétaires qu'à tous les corps solides en général. Douteriez-vous de cette vérité? mais enlevez subitement l'atmosphère d'un solide; à l'instant tous les composés de ce corps, fut-il très-dur, se désuniront complètement et seront réduits en poussière. Chaque jour les phénomènes électriques nous produisent ce résultat, lorsqu'un courant du fluide en passant sur un de ces solides entraîne avec lui son atmosphère, ou bien accumule dans son atmosphère un excès considérable de calorique que ne peut retenir l'oxygène de cette atmosphère, et qui ouvrant les pores du solide donne ainsi passage à l'oxygène , qui se précipite en combinaison avec les molécules du solide, ce qu'il ne peut Ifaire qu'en abandonnant son calorique. Ce dernier ainsi mis à nu autour de la surface du solide, et paraissant sortir de son centre, nous représente ce corps au milieu d'une combustion parfaiite. Combustion , comme vous le savez est traduite en chimie par oxydation. Un grand nombre de réactions chimiques produisent cette oxydation ou combustion qui n'est autre chose qu'une désolicUJiceUwn.

— Voilà une théorie bien neuve , monsieur le chimiste?

— Mais nullement hasardée, car je puis la confirmer par l'observation.

— Permettez, j'ai une objection à vous faire. D'après vous tous les corps devraient avoir une égale appétence pour l'oxygène; c'est ce qui est démenti par les études chimiques.

— Vous confondez ici appétence avec affinité. Affinité mar- ^e la force qui unit et retient les éléments dans leurs combinaisons ; mais l'appétence est ce désir instinctif, s'il est

permis de-m'exprimer aiosi, que roxygènè éprouve pour tout ce qui est matière. L'appétence est la cause; l'affinité est l'effet. Tous les corps ont naturellement une égale appétence pour l'oxygène > car tous sont attracteurs, c'est-à-dire pesants ; mais tous ne peuvent se montrer à nos sens avec une égale affinité , c'est-à-dire avec des résultats qui puissent affirmer cette similitude d'appétence, puisque la densité si variable des corps est une cause de variation dans la quantité d'oxygène que contiennent leurs atmosphères, oxygénation de laquelle sont produits leseffets divers de la pesanteur ou attraction ; car la première conséquence que vous devez tirer de ma théorie est que le degré d'attraction, c'est-à-dire de pesanteur des solides, doit-être considéré comme venant de la combinaison chimique de leurs atmosphères, ou autrement dire] de la quantité d'oxygène que ces solides contiennent dans leurs atmosphères.

— Oh ! pour le coup , vous dérivez furieusement de la ligne du bon sens ! Ce serait donc par leurs atmosphères que les solides seraient pesants.

— Oui et non; car les solides sont pesants ou attracteurs par deux modes différents. Rappelez-vous que je vous ai avancé qu'un solide contenait d'autant moins d'oxygène en combinaison qu'il avaitses pores plus serrés, c'est-à-dire qu'il était plus dense, et que son appétence croissait pour l'oxygène comme augmentait sa densité, mais que son oxydabilité diminuait dans le même rapport de l'augmentation de sa densité.

» De ces conséquences je tirerai donc cette conclusion : qu'un solide se laisse d'autant moins pénétrer par l'oxygène de son atmosphère qu'il est plus dense ; mais que son appétence pour l'oxygène^ c'est-à-dire sa puissance attractive pour cet élément étant proportionnelle à cette densité> la pesanteur de ce solide, effet de cette appétence, doit augmenter comme augmente cette appétence , et ainsi comme augmente la densité qui la produit.

» Retenez bien ceci , car c'est sur ces quelques principes qpe repose la base de la théorie nouvelle que je veux imposer

aussi bien aux mouvements des globes célestes qu aux phénomènes électro-magnétiques.

— Mais avant de pousser plus loin , je vous demanderai des preuves à Fappui de la vérité de ces principes.

— Je suis prêt à vous fournir ces preuves. Prenons les métaux et les demi-métaux pour comparaison. Quel est en ordre croissant le degré d'afiSnité et d oxydabilité des métaux et demi-métaux? il est :

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