‹ Histoire du eiel et de la terre: nouvelle physique célesteChapitre 15 sur 22 · FER · texte numérisé non relu

FER

» Mais quelque puissante que soit l'appétence des premiers pour l'oxygène de leur atmosphère , la grande densité qu'elle produit en rendant leurs molécules très-peu ou pas du tout oxydables, c'est-à-dire se laissant très-peu et ou pas du tout pénétrer par l'oxygène , il résulte de cette dernière conséquence que l'atmosphère des corps les plus denses et ainsi les plus pesants, quoiqu'ils aient la plus grande appétence pour l'oxygène, est de toutes les atmosphères des autres substances de la nature celle qu'on peut le plus facilement enlever à leurs solides; car elle y est la moins adhérente, en ayant toutefois égard à la différence de dureté des coqps, laquelle apporte aux métaux durs une diminution dans l'adhérence de leurs atmosphères.

» Ain^, en faisant entrer dans les calculs la différence de leur densité ou poids avec leur dureté, le fer, le nickel, le cobalt et le manganèse sont de tous les métaux et demimétaux , ceux dont l'atmosphère est la plus adhérente à leur surface; aussi sont-ils les seuls magnétiques, car c'est en raison de cette très -grande adhérence de leurs atmosphères sur leurs surfaces qu'ils peuvent acquérir la propriété magnétique : ils sont par cette même cause atmo^hérique moins bons conducteurs de l'électricité que l'or, l'argent et le platine, etc.

— Bien, je prends note de ceci; nous y reviendrons. Mais avant , dites-moi comment peut se produire la pesanteur d'Hn^corps qui, tel qu'un métal, l'or par exemple, ou bien notre planète, possède une atmosphère dans laquelle abonde l'oxygène, cause de son attraction ou de sa pesanteur, ainsi que vous le prétendez?

--€omme cet oxygène de l'atmosphère de l'or, par exem« pie, ne peut satisfaire l'appétence du métal , puisqu'il ne peut le pénétrer et s'unir à lui , il est pour ce métal comme s'il n'existait pas, c'est-à-dire que ce dernier est toujours dans une appétence extrême d'oxygène qui lui donne sa puissante attraction, et le fait peser sur la masse de matière qui contient la plus grande quantité d'oxygène dans sa combinaison, masse qui est la planète sur la surface de laquelle il se trouve; car tous les globes célestes doivent être de même que notre terre, des masses que constituent des oxydes métalliques, lesquelles attirent vers leurs centres tous les métaux et toutes les autres substances avec d'autant plus de puissance que ceux-ci sont plus purgés d'oxygène, c'est-à-dire qu'ils ont plus d'appétence pour cet élément.

— Ainsi, à volume égal, les corps pèsent d'autant moins sur la terre qu'il rentre plus d'oxygène dans leur combinaison?

— Les oxydes métalliques, les sels, les substances végétales toutes à base carbonique et ainsi renfermant beaucoup d'oxygène , et les substances animales , vous donnent l'affirmaiive.

— Mais alor& les substances les plus oxygénées devraient être les plus légères?

— Non pas ; je veux vous dire seulement qu'à volume égal les métaux à Tétat d*oxyde sont bien moins lourds qu à leur état métallique, voilà tout. Mais ces corps oxygénés pèsent encore par un autre mode. L oxygène qui sature une substance ne peut avoir, par son excès même, toute sa capacité attractive, c'est-à-dire son appétence, absorbée par les molécules de cette substance avec lesquelles il est en combinaison ; il lui reste encore beaucoup d'appétence pour tout autre élément. En effet, ce n'est que lorsqu'une substance contient de l'oxygène et en est chargée surtout, ce n'est que lorsqu'un métal est à l'état d'oxyde qu'ils peuvent rentrer en combinaison.

» Dans un oxyde métallique, Toxygène qu'il contient ne se trouve donc pas entièrement absorbé par la base métallique, et il conserve encore assez d'appétence et de capacité pour enlever du calorique à l'atmosphère planétaire, pour le retenir en demi-combinaison avec lui autour de l'oxyde métallique et procurer ainsi à ce dernior une atmos[ritière idans la combinaison de laquelle le calorique est en excès.

» C'est cette constitution de l'atmosphère de l'oxyde qui 'rend ce dernier pesant sur la terre; car la masse de notre planète n'est qu'un composé d'oxydes métalliques, substances chargées d'oxygène, qui par cette raison ont une grande appétence aussi bien pour le calorique de l'atmosphère du globe que pour celui des atmosphères des corps qui reposent sur la surface de la terre; ainsi, on peut dire que les substances chargées d'oxygène sont pesantes et attractives, en raison du calorique que contiennent leurs atmosphères, par la somme d'oxigène des oxydes métalliques qui constituent notre planète; de même que les solides dépouillés d'oxygène le sont par la même somme d'oxygène de la masse de la terre. ^

— De cette conséquence , il résulterait que les atmosphères des globes célestes , ainsi que celles des solides de la terre , seraient les véhicules de leurs attractions, et que ces attrac-

lions se feraient par deux modes bien distincts : l'un par le calorique et l'autre par l'oxygène?

— Telle est mon opinion. Vous, partisan des calculs erronés de Laplace sur les degrés de température et de lumière que chaque planète reçoit du soleil , vous ne pouvez pas vous refuser à croire que le soleil nous expédie de sa surface unecertaine quantité de fluide lumineux; la réflexion decette lumière par la lune est là pour Tafifirmer. Or, qu'est-ce que c'est que le fluide lumineux, s'il n'est pas> comme je vous le démontrerai plus tard , une épuration du calorique , une sublimation de cet élément?

» S'il en est ainsi, le soleil attire donc les planètes vers son centre par les rayons de lumière qu'il lance dans l'espace; car ces rayons qui constituent un élément des couches de son atmosphère, sont d'une matière pour laquelle les masses pla* nétaires, toutes c^omposées de masses d'oxydes métalliques, sont toujours dans un état de grande appétence.

» Ainsi, les globes planétaires pèsent sur le soleil de toute l'appétence de la somme de l'oxygène qu'ils renferment pour le grand dégagement de calorique qui se fait éternellement sur la surface solaire. Les atmosphères des planètes et celle du soleil sont les véhicules de cette force d'appétence; les atmo^hères planétaires et solaire, toutes par la somme d'oxygène et de calorique qu'elles contiennent, forment ainsi un entrelacement de puissance auquel aucun globe ne peut échapper, vu que tous sont formés de dépôts d'oxydes métalliques.

— Je ne sais où , diable , vous allez chercher toutes ces choses nouvelles! il semble que vous prenez à tâche de tout bouleverser dans le monde de la science, et de faire virer cap pour cap l'esprit humain !

— Ce que j'avance est prouvé par l'observation. Quelle est l'inlluence chimique des rayons lumineux du soleil ? la désoxydation. Or , si quelques rayons épars de l'atmosphèresolaire dont la puissance désoxydante est si forte qu'elle fait révifier certains oxydes métalliques , ont une si grande ap-

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pétence et affinité pour Toxygène , quelle ne doit pas être le résultat de l'efFet total des rayons solaires qu'une planète intercepte par sa surface sur la masse d'oxydes métallique» qui la constituent ? Cette appétence ne peut exister sans engendrer une attraction de la planète entière vers le centre du soleil?

— Si des rayons de la lumière solaire sont désoxydants , il y en a aussi d'oxydants. Répondez à cette difficulté, si cela vous est possible. Vous hésitez?

— Nullement. Ce n'est pas une difficulté que vous m'ofifrez là ; c'est, au contraire, l'occasion de vous démontrer tout le triomphe de mon système sur les systèmes anciens. Sont-ce bien des rayons provenant d'un fluide émané de la surface solaire ces rayons oxydants et échauffants en même temps, comme vous le savez? N'ont-ils pas une puissance d'illumination trop petite pour les croire émanés du soleil, lorsque les rayons désoxydants sont, au contraire, très-lumineux et très-peu échaufTants, comme doivent l'être , en effet, des rayons de lumière traversant un milieu absorbant la sensa-* tion de la chaleur, et aussi grand que l'est le milieu qui sépare notre planète 'du soleil, et quelques chauds que ces rayons fussent supposés à la surface du soleil ?

» D'ailleurs en chimie, qu'est-ce que la production de la chaleur? une combustion réelle, c'est-à-dire une ségrégation du calorique et de l'oxygène de l'atmosphère du corps en combustion, laquelle n'est, efTectivement, qu'une oxydation du corps, c'est-à-diré une absorption par ce corps de tout Toxygène ségrégé de son atmosphère.

• Gomment peut-on croire que le fluide lumineux que les planètes reçoivent du soleil ait en lui et exerce simultanément les deux propriétés opposées, qu'il soit tout à la fois oxydant et désoxydant, calorifiquç et frigorifique? son pouvoir désoxydant se comprend > car la lumière est, comme je vous le démontrerai, le calorique au minimum d'oxydation , qui est le feu lorsqu'il est totalement dépouillé d'oxygène; elle tente toujours, par son appétence pour l'oxygène.

à rentrer en combinaison avec lui. Elle est donc de sa nature frigorifique et essentiellement déso:xydante. Il lui est impossible d'être oxydante et ainsi d'abandonner Toxygène qu'elle n'a pas encore ; car pour le peu qu'elle en absorbe, elle change de propriété : elle passe insensiblement au fluide magnétique, électrique, et sa saturation d'oxygène la rend gaz oxygène.

i II n'y a d(mc que dans cette dernière combinaison qu'il lui soit possible d'abandonner de son oxygène; mais alors elle n'est pas fluide lumineux, elle est gaz oxygène; et si elle redevient fluide lumineux, ce n'est plus qu'en se ségrégéant de son oxygène, phénomène qui ne peut se produire sans qu'il y ait en même temps oxydation des corps ambiants et dégagement de chaleur, qui n'est autre chose qu'une combustion.

» Hais il n'est pas besoin que le soleil nous envoie de cette lumière oxygénée, c'est-à-dire du gaz oxygène : notre atmosphère en est assez pourvue pour lui éviter cette charge, quù d'ailleurs serait de toute inutilité; car comment ce gaz oxygène, expédié de si loin et de sa nature invisible, peurrait-it devenir lumineux, et ainsi se ségréger de son calorique, une fois rentré dans l'atmosphère de la terre, afin d'y produire lumière et chaleur?

» Non ; toute la chaleur et une certaine portion delà lumière que l'action du soleil produit dans notre atmosphère planétaire, ne sont nullenient le produit de l'émission d'un fluide ]>ar le soleil, mais bien le résultat d'une action physique sur les gaz atmosphériques, tel qu'en peut produire une compression puissante et brusque de ces gaz , de laquelle soit possible la ségrégation de l'oxygène et du calorique du gaz oxygène atmosphérique, s^régation qui seule peut produire le phénomène d'un fluide calorifique tout à la fois oxydant et lumineux, tel que l'est celui qu'engendre journellement l'action solaire, et qui n'est, en langage chimique, qu'une combustion atmosphérique, mais faible et lente.

— C'est un déluge de nouveautés que tout ce que vous me âites-ià ; je ne sais plus où tourner de la tête : mon esprit se

noie au milieu de cette richesse. Permettez que je me recueille un peu Vous m'avez fait entrevoir dans les corps

âeu:t genres d'atmosphère : dans celle des uns vous prétendez que domine Toxygène, tandis que dans celle des autres c'est le calorique qui l'emporte dans la combinaison atmosphérique. Si cela était réellement, ce serait un grand jour sur les phénomènes électriques et magnétiques.

— C'est une demande indirecte de vous donner quelques preuves à cette théorie , que vous me faites-là. Je ne veux pas que vous restiez même sur le doute ; je prétends vous convaincre. Je suis audacieux , peut-être ? mon état de marin m'excuse; j'en ai contracté l'habitude depuis longtemps auprès de vous » messieurs d'Amérique. Mais avant de traiter de ma nouvelle théorie magnétique et électrique » j'ai bien des choses à vous démontrer.

— Je vois que vous êtes loin d'être au bout du filin de vos découvertes.

— Pour le moment je suis au bout de mon quart d'en haut, et vous savez que je suis trop avare du temps du repos pour que je veuille en perdre une seconde à quelque discussion que ce soit : donc^ bonne nuit , Capitaine ! — Ho ! de l'avant! ho! pique huit! 9

Huit coups saccadés sur la cloche du navire » auxquels succède un long tintement 9 dont les sons aigres courent se perdre au loin sur les flots sans écho , avertissait l'équipage que le quart de minuit est terminé.

Au bruit de la cloche a succédé la voix rauque d'un matelot qui, la tête penchée sur le capot de l'avant, stimule la paresse des hommes endormis à l'entrepont , lesquels doivent nous relever du service du navire. — Ho! ho ! basbordais! ho! de bouttt!.». »

Je vois dans ce moment mon ter sur la dunette, d'un pas incertain et trop tardif, mon successeur au banc de quart. Il semble en lutte avec une puissance qui l'étreint : Morphée réclamait sa proie, qui secouait ses lourds pavots avec cette peine intérieure que quiconque ressent lorsqu'il est forcé de

se tenir éveillé quand il éprouve encore le besoin de dormir. De toutes les petites misères de la vie du marin , je fus toujours le plus sensible à celle-ci. C'est en se frottant rude* ment les yeux que le nouveau commandant de quart reçut de moi le transfert de Tautorité à bord.

Déjà notre capitaine» sans doute fortement prédisposé au sommeil par ma longue narration, s'était retiré dans sa cabine, et j'allais en faire autaat. Mais que vois-je! le lecteur, l'œil ronge et baigné de larmes nées de ses longs bâillements, s'interpose à mon passage!

~ Halte-là ! monsieur le barbouilleur de papier ; tu as envie de dormir? tant mieux ! il y aura peine du talion ; je me vengerai par le même supplice que tu viens de m'imposer en me forçant de me tenir éveillé par une vaine curiosité , lorsque d'un côté tu fis tout pour m'exciter au sommeil... Ah! traître , pour mieux tromper ton monde , tu embouches la trompette la plus sonore , et avec une assurance toute charlatanesque, tu t'écries : < Je vais vous montrer des choses sans pareilles et qui n'ont jamais paru; les Newton, les Washington ne sont que des écoliers ! > et au lieu de ces grandes choses que j'espérais de toi, comme les peuples espéraient encore hier des économistes politiques, je trouve toujours zéro d'application.

f Mais, par exemple, tu bouleverses tout ce qui a été dit et reçu jusqu'ici dans la science. Tiëhs, ton génie est aussi lourd qu'il est sottement orgueilleux. Voyant son impuissance à s'élever dans les sphères hautes de l'intelligence, et chacun de ses élans lui valoir une chute , il veut au moins â chaque fois en tombant battre de son aile pesante les monuments des gloires anciennes, espérant dans sa vaine fureur faire croire à sa puissance en prétendant tout détruire, lui qui ne peut rien édifier.

— Ami lecteur , lorsque tu vois les terrassiers , la pelle sur le dos et la pioche à la main , se rendre au milieu d'un parc, déraciner les arbres et creuser de larges fossés , tu ne les traites pas de destructeurs et de fous, quoiqu'ils anéantissent

de f rak ombrages et qu'ils bouleversent la terre ; parce que tu sais que leurs travaux, détruisant des choses qui, quoique regardées comme belles jusqu'alors, sont nécessaires pour l'édification du palais qu'on va élever dans ce lieu ; parce que tu sais qu'à la place de ces frôles berceaux , de ce feuillage éphémère, vont se dresser de solides murailles et des voûtes étemelles.

1 Lorsque tu vois le maçon, succédant au terrassier, combler de pierres brutes les fossés creusés par ce dernier, tu .ne dis pas : > qu'avait-on besoin d'établir ces précipices pour les fermer ainsi de pierres? > Tu ne dis pas cel^, parce que tu sais que ces travaux sont indispensables à la construction de tout édifice, et qu'ils en sont les fondements. Il en est de même des pages brutes et presque incohérentes que tu viens de lire et dont je te réserve encore quelques-unes; elles forment les fondements du nouvel édifice de la science moderne.

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