DEUXIÈME QUART
De tpialre keires i huit heirei du natiii.
Il est quatre heures du matin. La nuit est noire , comme elle l'est toujours sous les tropiques lorsque la lune est sous rhorizon. Les étoiles, qui au premier quart brillaient au Zénith « sont descendues vers l'occident , et à Torient d'autres s'élèvent. Parmi ces dernières, Sirius, glorieuse reine de l'empire des étoiles, brille au milieu du céleste cortège de ses compagnes d'honneur, et s'avance majestueuse vers le Zénith, où l'astrologue voit le trdne du Très-Haut. Je saluai le lever de cette noble fille du ciel, dont le front virginal est ceint d'une couronne radieuse.
Les premiers rêvesde mon enfance furent pour les étoiles, et depuis j'ai toujours eu pour elles un culte presque religieux. LcÂir vue me plonge dans une sainte contemplation > dont le charme comble mon être. Dans ce moment j'ai toujours repoussé avec une indignation fébrile cette proposition , à laquelle, hélas! ma profession de marin m'expose trop souvent , la proposition de mesurer la hautetf r d'une étoile audessus de l'horizon ; car je considère alors comme une profanation l'œuvre de faire, quoique facticement, toudrar du pied le limon de notre m<mde à ces filles du dei, en les
faisant tomber à l'horizon à l'aide de la perfidie du cercle réflecteur. Aussi, en récompense de ce respect à leur céleste pudeur^ ces. nobles vierges m'envoyèrent toujours au cœur leurs plus douces rêveries.
Dans ces moments d'extase, les étoiles ne sont plus pour moi des masses globuleuses enveloppées d'une lourde atmosphère, mais bien de douces enfants du ciel idéal, toujours revêtues de la robe virginale , toujours légères et vaporeuses comme la première pensée d'amour. Dans cet instant de délire, elles se montrent à moi avec les charmes que les rêves du cœur prêtent à la fiancée, cet élément de la vie de l'âme.
Lorsque la science n'avait pas encore brisé le prisme de l'idéal, lorsqu'elle n'était pas encore venue dire à nos pères, dans ses froids calculs, que ces étincelles du feu céleste et étemel qui brillent au firmament , étaient des globes immenses de matière brute et grossière, l'homme s'était demandé ce qu'étaient les étoiles. Comme il ne pouvait en définir l'origine et le but vrai , il en fit , conmie il &it toujours des choses qu'il ne peut comprendre , des êtres merveilleux, des génies divins. Le merveilleux engendre la poésie : heu* reuse serait l'humanité si l'homme s'était contenté de cette mère de l'illusion , et s'il ne lui avait pas donné pour frères le fanatisme et le fatalisme, qui engendrèrent la superstition. Une fois que fut admise la croyance qui faisait des étoiles autant de génies, autant de glorieuses filles du ciel , l'homme porta les aspirations les plus saintes de son cœur vers ces vierges immortelles. Il faisait choix d'une d'elles pour se Uer par des fiançailles spirituelles.
I Au travers du prisme de l'imagination , sa pieuse rêverie lui faisait voir dans son étoile adoptée la vierge céleste, ange gardien qui, la tête saintement penchée sur le sein de Dieu, présidait aux destinées de son époux terrestre. Son interprète auprès de la Toute-Puissanc^, elle était pour son époux mortel le génie veillant à ses besoins, consolant ses douleurs dans son voyage sur cette terre d'exil jusqu'à lUnstant où, se dépottillant de son enveloppe matérielle^ il retourne-
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rait rejoindre dans le sein de DieU cette épouse de son ftme» L'homme pouvait se croire alors réellement, à Taide de ces rêveries , que le prêtre avait grand intérêt de conserver et de faire même surgir en lui, un pauvre exilé du ciel où se trouvait sa famille divine, la seule que son orgueil le portait à croire vraie. Qu'était alors pour lui cette terre , mère dédaignée qui ne cessait malgré son ingratitude de lui prodiguer ses dons? un tas de boue!... qu'était pour lui la famille? de vils étrangers qu'il avait hâte de quitter... Sa patrie ? elle était au ciel...
Et cependant quelle riche poésie ces erreurs ne renfermaient-elles pas? elles brûlaient le cœur, si elles ne le satisfaisaient pas. L'illusion tenait lieu de la réalité que l'homme ne pouvait encore trouver. Mais dès que les dernières découvertes de l'astronomie le forcèrent à soumettre cette croyance religieuse aux calculs des mouvements du ciel, l'homme, qui s'attendait à trouver la réalité de ses rêveries, ne rencontra que des déceptions qui devinrent l'élément froid et condensant de l'effervescence de son cerveau ; et ses rêves les plus expansifs tombèrent sur le limon, comme tombent les vapeurs d'eau sous l'influence d'un courant glacial.
C'est alors que l'homme de notre siècle est sur la terre de nouveau déchu. Pauvre déshérité I il n'a plus foi dans cela même que ses pères regardaient comme plus saint. Kepler» Galilée, par la puissance de leur science, ont brisé le magique cristal de ses illusions. Son enfance est nourrie par le prêtre dans la croyance sacrilège que le bonheur n'est pas de la vie terrestre, et que c'est au ciel où il doit le trouver! jeune homme, la science lui fait du ciel un néant. Néant !... partout il lit ce mot fatal; la nature le lui répète sans cesse dans les destructions successives des générations; et son âme reçoit l'écho de ce cri de mort.
» Le néant, la mort, la mort absolue, la mort de l'âme, ils sont là, planant sur sa tête; ils le touchent de leurs ailes froides et l'enveloppent d'un linceuil éternel ! c Rien de notre vie! rien après notre mort> s'écrient les hommes! nous ne
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sommes donc rien ! > Et, fous de ia folie que donne la rage du désespoir, les uns sourient au néant màne, et doutent de leur propre existence; d'autres se disent : > Puisque la vie est. le prélude de la mort, que la vie soit une orgie qui nous fasse oublier la mort ! > Et Pyrrhon et Épicure se partagent le monde.
Quoi ! c^est au prix de toute la poésie du cœur, c'est au prix de notre croyance à un bonheur futur et étemel, que nous payons l'astronomie, la science de la réalité! Si nous ne pouvons plus croire aux mystères de l'astrologie, nous ne pouvons plus aussi avoir ses anges célestes : nous mêmes brisâmes leurs ailes!
Le ciel n'a plus de rêves pour nous; la réalité nous fait de lui l'océan de l'infini dans lequel nagent, comme des îles flottantes, des sjribères de masses condensées, qui sont pour leurs habitants des prisons étemelles de l'âme.
Au ciel jdéal a succédé le ciel de plomb du positif. Oh ! Adam ! Adam ! toi que l'histoire nous donne pour le premier astronome^ tes successeurs ont fait aussi la fatale expérience que les fruits de la science sont des fruits bien amers. Ils apportent la mort à l'âme.
C'est en vain que maintenant l'esprit humain cherche à déployer les ailes de son antique idéal : l'astronomie les lui a coupées pour toujours. Ses élans vers le ciel de la métaphysique ne sont plus que de ridicules déceptions; et toujours il retombe lourdement sur le limon. Rêves, théologie, morale de la vie de nos pères, si poétiques, mais si illusoires, tout se revêt du lourd manteau de la matière.
L'homme n'a plus à s'occuper du ciel idéal; il n'y en a plus, il ne peut plus y croire. Ce n'est plus dans la métaphysique qu'il peut retirer la puissance de son existence supérieure ; mais c'est la matière seule qu'il doit interroger : c'est le scalpel d'une main et l'alambic de l'autre qu'il doit arracher de son sein et demander à ses éléments isolés comme les membres détachés d'un cadavre, les lois mystérieuses des mouvements qui donnent la vie et que le créa-
leur déposa en elle pour tout régir. Constitution sociale, religion, Térité, tout, Dieu est là> renfermé dans la matière.
Captif sous les charmes d'une de ces nuits splendides qu'on ne trouve qu'aux tropiques, je rêvais ainsi, le bras appuyé sur le mat d'artimon et le regard fixé sur l'étoile Sirius ; tandis que notre navire, glissant silencieux sur les flots, m'emportait au loin sur la surface de l'Océan. Tout-à-coup me monta au visage la honte de m'avoir yu un instant regretter les erreurs astrologiques dans la perte de la poésie qu'elles apportaient au cœur. Quoi! me disais-je, à la pensée de ce délire d'un instant, ce spectacle sublime du ciel des fixes aurait-^il toujours le privilège de séduire l'homme et de l'égarer? Lorsqu'on est soi-même son juge , on trouve des causes atténuantes à sa faute : l'isolement spirituel ou j'étais alors, m'apporta une excuse.
« Il n'est pas bon que l'homme soit seul, fait dire à Dieu rEcritnre sacrée. » C'est depuis cette découverte que fit le Dieu de Moïse, que sans doute l'homme veut toujours s'identifier à tout ce qui l'entoure, et que, pour éluder son isolement, il converse avec les œuvres de la création. S'égarel-il dans les forêts? il parle aux arbres, à la feuille qui tombe , à la fleur qui naît. A qui, si ce n'est aux étoiles qui flottent au-dessus de sa tête, le marin , perdu la nuit dans les déserts de l'Océan, adressera- t-îl la poésie de son âme? Sa pensée s'égare et se perd lorsqu'il la lance sur Pimmensité des flots pour aller caresser sa mère et sa bien-aimée.
C'est au ciel, dans le groupe d'étoiles les plus radieuses, qu'il se plalt à les retrouver par les feux de son imagination . L'étoile disparait : à sa place se peint le visage d'une personne chère; dans la beauté de son éclat virginal, il revoit le front blanc et pur de son amante ; elle lui sourit ! oh, merci î Ce prestige d'iïn instant , qu'il paierait d'une année de sa vie, trompe l'absence , et fait oublier son exil. Il n'est plus seul, le pauvre marin , sur la plaine de l'Océan ; il se croit encore au sein de sa famille : il la voit au ciet. Ce n'est pas là de r»trok>gi«, nie disais^je, c^est un débordement du trop plein dn cceiir. Ity a loin de cette ruse sainte pour tromper l'iso-
lemcnt à la cause impure de celle astrologie qui tint si longtemps l'espèce humaine captive sous ses vaines terreurs.
Si la poésie servit que trop bien Tastrologie, la poésie n'eu est cependant pas la mère. Depuis Finstant que Thommc put penser, il peupla de génies le firmament, porté à cette croyance par la naïveté et Tégoïsme de son enfance : car l'espèce humaine a, comme chaque être en particulier, ses âges; et les premierssiècles qui servirent à la production de Thomme intellectuel, marquent la période de son enfance. L'égoûsme est Tesprit de ce premier âge de la vie, comme la générosité et Tabnégation sont les vertus de la jeunesse virile.
Les premières générations humaines, ainsi que le font les enfants, poussées par leurs aspirations vers la vie, voulaient, dans leur naïveté puérile et leur égoïsme, s'approprier tout, de rinfini même. Le premier homme crut que le firmament et ses feux n'avaient été créés que pour lui , lui seul, pour ses besoins et ses agréments. Combien alors ne s'égarait-ii pas ! Aussi, de cette pensée, la première de toutes les pensées philosophiques, la mère de l'astrologie qui servit de base à toutes les doctrines religieuses et politiques, sont découlces les plus étranges erreurs sur les principes qui doivent régir la société humaine, et qui pour fruits n'eurent que des crimes et des réactions sanglantes. Nos philosophie et théologie modernes sont encore trop entachées de ces erreurs, pour qu'on ne puisse pas trouver dans la foule des préjugés qu'elles colportent chez les peuples cette origine astrologique et impure.
Jusqu'à Kepler , les étoiles , sauf pour un très-petit nombre de savants à qui la crainte des tortures du supplice fermait la bouche, furent pour l'homme le moins exalté des lampes éternelles suspendues à la voûte du firmament. Mais pour le poète, pour les têtes à qui il faut du merveilleux pour croire, elles étaient loin d'être des lampes célestes; c'était dans chacune d'elles le feu divin des regards que tournaient avec amour ou avec colère des génies immortels.
Bientôt dans une de ces étincelles du feu céleste, essence présumée de la divinité même, l'homme prétendit reconnaî-
Ire f être idéal, que les rêves du cœur revêtent toujours des formes gracieuses de la beauté féminime; et les étoiles devinrent à IMmagination déréglée de Thomme les immortelles d'un ciel idéal, vierges saintes vers une desquelles le portaient les aspirations de son âme, et qui, en récompense de son culte idolâtre, lui promettait de lui faire partager son immortalité dans un hymen spirituel.
Dès lors la fille d'Eve eut une rivale préférée, rivale terrible, pour qui son époux épuisait les plus purs épanchements de son cœur , dont les sources ne tardaient pas à se dessécher; car la fille du ciel était insatiable dans son orgueil jaloux. La vierge de la t^re, pauvre délaissée, n'avait plus alors d'époux que par la chair : hymen impudique qui la marquait au front du mépris de son origine notortelle. L epouse de l'âme était au ciel.
Se perdaient ainsi pour un être fantastique ces saintes émanations dont Dieu enrichit l'homme intellectuel, afin que par elles il ne puisse toujours voir la compagne de sa vie que couverte des charmes que la vue du cœur prête à l'être qu'il veut aimer^
Aussi, pour son amant quel, parfum de félicité céleste ne s'émane-t-il pas autour de la vierge de la terre! La fille imaginaire du ciel ne lui emprunte-t-elle pas ses formes et sa beauté, afin que, revêtue de ses charmes purs, elle puisse mieux séduire l'homme dans son adultère commerce?
Interrogez le jeune homme qui n'a pas encore usé son âme au cpntact des erreurs de la société ; son cœur est vrai , car en lui parle la voix de Dieu même. Interrogez son âme , Dieu vous répondra par elle. Par lui est-il un être plus saintement vénéré que la jeune fille, sa sœur en l'humanité? il n'est pas de divinité qu'il entoure d'hommages plus sincères et plus désintéressés !
C'est qu'il n'a pas encore perdu, au contact des vices sociaux, ce respect saint inné en lui pour la compagne de sa vie! C'est qu'il possède encore cet organe mystérieux que la Fable fait troquer au premier homme contre la science.
Si PHYSIQUE CÉLESTE.
organe qui ne lui permet pas encore de voir la nudité de rhumanité.
Heureux ! mille fois heureux est Thomroe dont le cœur peut encore retrouver la femme au milieu des parfums de ce nuage magique dont Dieu la revêtit en la créant, et qui primitivement lui donnait une auréole de pudeur et de douce gloire. Le respect , semblable à celui que demande une sainte chose, et Taroour qui fait vivre l'âme peuvent seuls rendre aux filles d'Eve la couronne de pureté et de gloire fatalement perdue par leur mère.
Oh ! femme, vierge de la terre , n'es-tu pas la réalité de cet ange que rêve le cœur, et que nos pères demandaient en vain à un ciel idéal? Combien était grand alors Taveuglement de l'homme des siècles passés, qui ne pouvait comprendre qu'il était là, à ses côtés, dans sa couche, partageant par amour pour lui ses misères et ses joies « cherchant dans ses embrassements de feu à faire descendre sur lui la céleste volupté qu'il demandait inutilement à un être imaginaire!
Si l'homme abandonna toujours Pélément de son bonheur réel pour courir après une ombre, c'est que sa pensée, trop orgueilleuse, divorça avec la matière.
C'est en vain que> depuis le moment fatal où le bien-être matériel de l'homme s'enfuit avec le Paradis terrestre, une myriade de philosophes se mirent à sa recherche. Comme à la fin de leur existence, consommée à ce pénible labeur, ils ne trouvèrent aucun de ses indices, tous prétendirent qu'il avait péri avec le Paradis terrestre dans un naufrage commun ; et tous se dirent dans leur désespoir : < l'homme a été maudit avec ses générations ! > £t toutes les générations des siècles répétèrent : « nous sommes maudites! > Croyance sacrilège qui, en jetant le découragement dans l'âme de l'homme, lui voila constamment cet aphorisme qui recèle en lui seul toute l'essence de la félicité intérieure de l'homme :
Vivre par le coeur, cl non par l'esprit.
Longtemps je philosophai de la sorte avec moi-même> laissant ainsi mon imagination vagabonder dans les champs
de la métaphysique. Il est des gens, et ils sont nombreux en France, qui confondent toujours esprit et raison, et veulent des deux ne faire qu'un. le crois qu'ils tombent dans la même méprise qu'eurent les premiers hommes de l'Europe et les Américains, lorsqu'ils virent pour la première fois des cavaliers éur leur monture. La raison et l'esprit tsont un centaure, UD être composé de deux êtres superposés l'un sur l'autre, et qui y pour le vulgaire> ne forme qu'uii.
L'esprit est le véhicule de la raison; il a toute Timpétuosité et l'ardeur du coursier, et comme lui il se précipite, tête baissée , au milieu des plus grands dangers, sans que dans son audacieux courage il ait la pensée qu'il peut en être victime. La raison est son cavalier^ qui d'une main savante peut seule lui donner le frein et le guider. C'est alors que raison et esprit^ ainsi réunis, forment ce bel être, cette puissance double qui semble n'en faire qu'une, l'intelligence mariée h. la force, et qui paraît être chez l'homme la réflexion de la Divinité.
Ainsi ma raison paresseuse avait, descendue de sa monture, jeté la bride à mon esprit; et le lecteur a pu voir que le drôle profitait du sommeil de sa maîtresse pour s'ébattre à son aise dans la plaine de l'idéal.
Je me récréai moi-même à lui voir faire ses gambades grotesques, prendre des élans impétueux qu'arrêtait spontanément un caprice^ la distraction d'une vapeur légère; lorsque rimage du capitaine, se dessinant dans l'ombre, me rappela subitement de ces extases, qui donnent le spécimen de la folie humaine. À cette vue, ma raison se redressa avec l'empressement inquiet du soldat surpris dans son sommeil par l'ennemi. Du regard elle rappelle de l'idéal le libertin, et celui-ci vole vers sa maltresse, ploie le genou devant elle,, puis se redresse, fier du noble poids qu'il porte; et raison et esprit, le moi intellectuel, sont prêts à recevoir les attaques ennemies et à y répondre. Le capitaine commença ainsi.
— Savez-vous la conséquence qu'il me semble devoir être retirée de la révolution que vous voulez introduire dans le& sciences?
— Je sais qu'il doit vous coûter de croire à tout autre système qu*à ceux que vos professeurs vous ont donnés comme Vultima des connaissances humaines. Je ne doute pas que Fopinion que vous pouvez jusqu'ici retirer de ce que je vous ai annoncé ne soit nullement flatteuse pour moi.
— Dans ma franchise de marin, je vous dirai qu'il y a des moments où je me surprends à penser que vous pourriez hien être un blagueur. Pardonnez^moi cette expression : à la mer elle est excusable.
— Elle est, en effet, un peu^ à la matelotte.
— D'après tout ce que vous me promettez, je dois vous prendre, de deux choses Tune, ou pour un hâbleur, ou pour im génie universel ; car vous prétendez généraliser toutes les sciences humaines, les lier Tune à Pautre pour ne plus en former qu'une de laquelle toutes les autres ne seraient que des accessoires, des mouvements secondaires sortis d'un moteur unique. Une telle entreprise demande pour son exécution toute l'intelligence d'un Dieu : elle est au-dessus des forces humaines. Croire que nous puissions atteindre à cette perfectibilité, ce serait croire qu'il peut un jour s'établir sur la terre une constitution sociale où l'égalité serait absolue,, où les misères et les crimes humains seraient impossibles; ce serait croire à des utopies.
— Pauvre aveugle !
— Hein?
— Je parle de l'esprit de notre siècle qui se donne le nom de lumineux, et dont vous venez de me tracer dans vos dernières paroles l'orgueil stupide et l'impuissance. Nos savants et nos politiques (1) se tiennent par la même erreur ou plutôt par le même égoïsme. Pour eux tout est connu, tout est bien^ parce que le génie des premiers ne leur fait pas entrevoir qu'il y a encore beaucoup à connaître, et parce que les yeux
(i) Je m'empresse d'en excepter quelques-uns, malheureusement trop peu nombreux, qui, par leurs nobles travaux et leur glorieux désintéressement, prouvent qu'ils sont des hommes de science et de bonne philosophie.
des secoiids sont trop assoupis par Torgie politique pour qu'ils puissent voir les misères plébéiennes. Croyez- vous qu'il puisse y avoir des bornes à la science humaine, et que nous soyons déjà parvenus à sa dernière limite? Les misères, les crimes qui rongent le sein des sociétés humaines me répondent non.
» Quoi! un Dieu aurait créé l'humanité, qui ne lui demandait pas l'existence, afin d'avoir'l'infâme plaisir d'exercer sur elle une cruauté éternelle que rien n'explique? car ce serait une cruauté horrible que de produire des êtres pour qu'ils souffrent d'incessantes douleurs. Quoi! Dieu, la puissance par excellence, serait jaloux? il redouterait de sa créature, de l'homme, une rivalité à sa toute-puissance? il aurait dit au génie humain : tu ne dépassera pas telle limite; car en la franchissant tu pourrais devenir autant que moi !
» Non, non, il ne peut en être ainsi ! Prêter un tel sentiment au créateur, ce serait reconnaître en lui, ce qui est impossible, une faiblesse; car il n'y a que l'impuissance qui, dans la conscience de sa secrète débilité, puisse être ombrageuse et craintive. Dieu, loin d'avoir posé des bornes au génie de l'homme, semble au contraire s'être complu à faire sortir de la combinaison de chaque élément dont l'ensemble forme la matière totale, un être, un autre lui-même, un fils, un Dieu créé, l'homme, qui puisse comprendre et s'élever à l'intelligence de sa grande œuvre, la création.
» Dieu en formant l'homme ne voulut pas le faire, ainsi que les autres animaux, seulement commensal de notre planète, mais il voulut faire sortir de l'œuvre totale qu'il créait une essence, une chose plus parfaite, non pas dans le but orgueilleux (dont la pensée est tout humaine et que les théologiens spiritualisles attribuent à Dieu) d'avoir dans la nature un être qui eût conscience de son existence, de sa puissance à lui Dieu... un être qui s'humiliât devant lui comme l'esclave des contrées de l'Orient devant son souverain... Non ; en créant l'homme intelligent, Dieu voulut faire un être qui fût son substitut sur la terre, son représentant intellectuel enfin ; et s'il ne le fit paà mécanicien, c'est-à-dire créa-
f.8 PHYSIQUE CÉLESTE.
leur, il le déclara, et ce rôle est assez grand, le proposé à la surveillance des rouages qui meuvent la matière dans ses organisations multiples.
» La connaissance des mouvements que Pieu fait sortir de ces rouages est ce que nous nommons science humaine, laquelle semble faire réellement de l'homme un Dieu, mais un Dieu secondaire, un Dieu créé; car la science, réflecteur de la puissance suprême, n'est pas l'a puissance même de Dieu, laquelle a seule le pouvoir de créer, mais elle est bien celle de Pimitation divine. Son acquisition n est pas un privilège réservé à quelques hommes : elle est du domaine de tous, puisque la seule observation des mouvements naturels la donne à qui veut la prendre.
» Loin que Dieu, ainsi que le prétend la philosophie mosaïque, craigne de voir en l'homme instruit des choses di* vines, c'est-à-dire naturelles, un rival de sa puissance, il fait de lui un second lui-même sur la terre, son incarnation, une particule de son intelligence totale. Il le veut ainsi; car les maux humains sont les punitions réservées immuablement à la désobéissance de Phomme à cette volonté première. Les misères physiques, les douleurs morales sont proportionnées à l'ignorance des peuples, comme le bien-être matériel et moral l'est à l'étendue des connaissances et à Pexécution des lois imposées à la matière.
» Je vois, dans l'histoire de l'homme, chaque pas fait dans la science devenir un échelon à des organisations plus pures et 'moins tyranniques; je vois les masses plus éclairées se moraliser en acquérant la conscience de leur puissance et de leur destinée divine et éternelle. La science est une puissance, et cette puissance est invincible et immortelle; car elle émane directement du Dieu invincible et éternel. Devant elle, toutes les antiques puissances humaines ont pâli et se sont évanouies; car ces puissances étaient factices et illusoires : elles n'avaient rien de Dieu.
» Si la Divinité se révèle à l'homme, ce n'est jamais que par le langage dont parlent ses œuvres. Son intelligence ne demande pas des êtres privilégiés; car si Dieu, la justice
MOUVEMENTS MAGNÉTIQUEl«. , 8î)
même, fit les hommes semblables par leur forme, par leurs seos, ainsi que des frères, c'est qu'il prétendit que le frère ne jouisse pas plus que le frère; c'est qu'il ne veut pas dans rbumanité plus d'espèces intellectuelles qu'il ne veut de diversité de cases et de conditions : et pour que cette volonté soit faite^ il imposa aux hommes une solidarité élernellement constante.
» Il ne peut y avoir eu d'êlre privilégié dans son espèce. Au spiritualiste qui me dirait» fût-ce le plus patelinement qu'il lui soit possible : « Dieu m'envoie! » je lui répondrai : Tu en as menti î... C'est mon cœur, c'est la voix même de Dieu en moi qui jetterait au visage de l'imposteur celte réprobation outrageante.
» Dieu jamais ne s'est révélé à quelques privilégié, lorsqu'il se serait voilé au reste de la grande famille humaine : la justice, qui est lui, se l'est défendu. Nous, mortels, êtres si imparfaits, nous blâmerions sévèrement le père qui agirait ainsi envers ses enfants : s'il favorisait plus l'un que l'autre, nous le frapperions du stigmate de la réprobation publique. £h quoi ! oseriez-vous affirmer que l'homme est plus juste que Dieu, puisqu'il aurait pour ses enfants le sentiment parfait du juste que Dieu n'aurait pas?
» Vous, hommes du mensonge, vous, prêchant une révélation privilégiée, vous vous rendez pourtant coupables de ce blasphème qui serait horrible s'il n'était devenu ridicule, ce blasphème qui outrage votre raison, ce sens, ce tact des choses saintes. Dieu n'est pas avec vous, car il vous abandonne aux fureurs de votre sacrUége audace; des discordes sanglantes et éternelles vous déchirent le sein : elles vous poursuivent avec l'acharnement incessant des vengeances divines. De tous côtés se dressent devapt vous des cohortes de réfutations, qui se rient de votre agonie morale* Au milieu des tourmentes brûlantes des réactions humaines élevées par Dieu contre votre doctrine, vous tombez avec ceux que vous avez séduits ; car la nature se venge de tout homme qui, par quelque cause que ce soit, méconnaît les destinées de la création. Dieu le frappe de misères et de calamités.
» Le spiritualisme est une aberration de l'esprit de rhomme ; c'est en vain que Ton prétendrait faire passer ses folles productions comme venant de Dieu, ilest toujours couvert du cachet de la faiblesse humaine. 11 sait connaître la débilité de son origine mortelle ; car lorsque la voix de Dieu tonne dans celle des peuples , il se lait et se cache.
> £h! que peut-on, dans Tenfantement si nécessaire pour notre siècle d*une organisation sociale nouvelle, attendre d'une doctrine bâtie sur les nuages fugitifs del'idéal^EUe ne possède aucun de ces éléments puissants, aussi irréfragables qu'immortels, tels qu'en donne la science de Dieu.
» Voilà bientôt vingt siècles que le spiritualisme religieux a succédé au culte de la nature, mal entendu il est vrai. Qu'a-t-il élevé sur les ruines de l'antique philosophie? Il a joué sur les mots , et aux cris de plus d'esclaves , aux prêches de l'égalité fraternelle de l'homme , des nations soumises à sa doctrine, il fit autant de troupeaux d'esclaves appartenant de droit divin au maître qui pouvait les vendre et les troquer à son gré; opprobre inconnu jusque là aux peuples. De tous les systèmes politiques et religieux , le spiritualisme est le premier et le seul qui eut l'audace de proclamer légal et sacré cet outrage contre la dignité et les droits réellement divins des nations.
> Lorsque des hommes au cœur mâle et sur le front desquels brûlait avec trop d'éclat l'étincelle de la raison , demandaient au spiritualisme compte de ses promesses, il tuait ces hommes de lumière ; et pour anéantir dans l'esprit des peuples toute trace qu'aurait pu y laisser l'impression de leurs brûlantes questions, il faisait dire dans ses prêches : « Cette liberté, cette égalité de l'homme que je vous annonce,
> et desquelles doit s'émaner le bien-être de l'humanité, ne
> sont pas de cette vie -.elles sont de la vie nouvelle qui doit » commencer à votre mort. » Et commodes biens de cette vie future on ne peut plus problématique, il faisait son domaine exclusif (car, tout ce qui tient des rêves appartient de droit au spiritualisme), ses prêtres se donnaient non-seulemènt comme les dispensateurs sur cette terre de ces biens futurs,
mais aussi comme les agents de Dieu , comme seuls possédau t la recette pour les faire acquérir sûrement.
» C'est dans celte prétendue recette que le spiritualisme se peint tout entier : on y retrouve le mensonge dont il est né, aussi bien que tous ses instincts sordides et tyranniques.« Ne » vous occupez pas de cette vie mortelle > disaient aux peu- » pies ses prêtres; laissez-nous vous conduire dans ses sen- » tiers si dangereux. Dieu nous en a donné la mission en » vous nous abandonnant; car vous nous appartenez, vous » et vos générations : vous êtes nos brebis. Or, écoutez » bien les préceptes que Dieu lui-même vous impose par » notre bouche : vous ne cherchez pas , plébéiens , à jouir » des fruits de Tarbre des plaisirs et des douceurs qui est » planté dans le jardin de la vie; car chacun de ses fruits » renferme une séduction qui donne la mort éternelle. Les joies de ce monde sont de malins appas que Dieu, dans une ruse toute divine, vous tend pourvoir si vous aurez la force d'y résister. Malheur à vous si vous y succombez ; dans sa miséricordieuse justice il vous damnera éternellement , et ce sera bien fait. Vous succomberiez sans ressource, si le ciel ne nous avait pas envoyés vers vous, afin de vous tenir par les lisières, enfants libertins, dans cette vie d'épreuves si bien méritée par la gourmandise d'Adam, ce premier polisson de la race. Remerciez donc le ciel de ce que nous sommes ! Pour vous prouver que nous ne voulons que votre bien et combien nous sommes de bons apôtres , nous qui pourrions vous envoyer tout droit et sans miséricorde aux feux éternels de la damnation, si tel était notre plaisir : nous allons vous proposer un sûr. moyen de sauvetage ; et si nous nous arrangeons ensemble, nous vous assurerons sur toutes les chances du bonheur de l'autre vie. Les biens de la terre sont de terribles tentateurs, n'est-ce pas? et, en donnant plaisirs et joies, ils tuent de la mort éternelle? eh bien, il faut vous en défaire : donnez-nousles, à nous dont la mission divine, en nous donnant la science et la préscience, nous met au-dessus des faiblesses humaines, i» Sans doute, cette demande si chaudement intéressée du bien des peuples eut pas mal de récalcitrants et
d'incrédules; mais^ quoique bien grossière, elle trouva encore trop de dupes.
» Cependant rhomme continua toujours, en cachette il est vrai, à demander à la terre le bien-être pour lequel son cœur ne cessait de lui dire qu'il avait été créé. Au moindre aperçu de celte licence de son esclave, qui se permettait de penser ainsi sans lui^ le spiritualisme ût tonner et de frapper de scB foudres chimériques les générations du siècle : il damnait tout. « £h quoi ! criaient à Thumanilé ses prêtres^ » race incrédule et maudite ! tu ne cesseras donc jamais de » l*en(étcr à demander à la matière le bonheur qui n'est pas » de la matière! Oublieras-tu toujours cette volonté de Dieu, » qui ne cesse de te répéter par nos paroles : souffre, souffre » jusqu'à ta mort, et sois heureuse de tes maux et de ta mi- » sère ; car tes douleurs d'ici-bas est la seule monnaie contre » laquelle au ciel il te sera délivré des félicités? »
» Au souvenir de ces ruses et de ces mensonges grossiers (car ce ne sont heureusement plus guère que des souvenirs que les plaies sociales produites par le spiritualisme), je me demande comment l'homme put rester si longtemps sous les verges de celle tyrannie de l'âme, qui abmtissait le corps. Loin d'avoir pour excuse la grandeur et la gloire qui séduisent l'homme si aisément, ce despotisme moral prenait pour bannière et symbole le signe de l'infamie publique; sa loi première était la bassesse de l'âme poussée à sa dernière limite. L'homme ne pouvait descendre plus bas.
» Je ne vois de réponse à la cause de cette folie de l'humanité que dans cette seule réflexion : dans la croyance trop bien enracinée chez tous par les prêtres du spiritualisme, que le bien-être de Phumanité n'était pas de cette vie, Phomme pensait qu'il était parfaitement inutile de se mettre à sa recherche ; il ne s'en occupait plus sérieusement, et se laissait aveuglément conduire par les prêtres. Il ne pensait plus que par eux : Dieu sait où ils le conduisirent ! à toutes les misères sociales et au suicide... Oui, au suicide; car ce crime est encore une de ces plaies modernes que l'homme doit au spiritualisme.
» £n effet, le spiritualisme religieux n'enfante-t-il pas cette doctrine mensongère qui promulgue chez les peuples la croyance que le bien-être de Phomme n'est pas de ce monde, mais d'une vie spirituelle qui doit commencer à la mort physique? La pauvre dupe de cette croyance, lorsqu'elle plie sous le poids des douleurs sociales qu'on lui dit sans remède, a hâte d'en sortir pour jouir plus tôt du bien-être futur, auquel la pureté de sa conscience lui dit qu'elle a droit. Quel remède le spiritualisme religieux offre-t-il à l'homme qui souffre ? La mort ! . . .
» C'est sous Pinfluence de cette croyance homicide que s'établirent, au moyen âge» ces sociétés d'hommes occupés uniquement du travail de ce suicide, long sans dcmte, mais qui ne donnait pas moins la mort physique et morale, qu'où décorait de sainte mort.
1 La vie religieuse de ces temps n'était qu'un long suicide. L'homme se croyait doublement certain d'acquérir la félicité future en se retranchant volontairement de la société humaine pour adopter un genre de vie, austère sana doute, mais des plus égoïstes, et dont les grandes privations et les flagellations insensées que lui suggérait le fanatisme étaient les moyens sûrs du suicide. Dans sa folie, il se réjouissait et re-^ merciâ^it Dieu lorsqu'elles lui alertaient le plus tôt la mort.
» De quelle utilité était pour l'humanité ces suicides innombrables que prêchait le spiritualisme religieux? Ce n'était pas pour la patrie, pour l'amour de ses frères, que le religieux se retranchait vivant du reste du monde que dans son orgueil il traitait de pestiféré et d'indigne de ses regards ; mais c'était par le plus lâche égoïsme que lui donnait sa croyance à une félicité d'une autre vie, dont la jouissance lui était promise d'autant qu'il s'exilerait le plus de la grande so<»été humaine.
» Aussi l'humanité entière était-elle indifférente aux longues angoisses du suicide de ces misérables clupes d'une dpc" trine absurde et antisociale. Lorsque Rome moderne» Rome spiritualiste fait parade de ses innombrables victimes volon-
9i PHYSIQUE CÉLESTE.
taires du spintualisme, esclave, elle se roule aux pieds d^un prêtre!... Rome lancîenne et la payenne, Rome matérialiste ne compte qu'un suicide; mais il purgea la patrie de ses tyrans. Du sang de Lucrèce s'immolanl naquit la liberté romaine.
» Une solidarité éternelle lie tous les bommes par une chaîne qu'aucun ne peut rompre. Dieu, comme devait le faire le génie de la création, ne voit que les masses; il fil du bien-être humain, que donne la jouissance des biens de la terre, une somme de laquelle chaque homme doit retirer son bien-être privé : celui qui en prend plus que sa part fait un vol à celle de son frère, qui alors souffre; et ce dernier est malheureux parce qu'il a la lâche indolence de permettre que cela soit. Car nos maux sociaux ne sont que des aiguillons qui pénètrent d'autant plus profondément dans nos chairs que nous nous écartons davantage de la voie humanitaire que Dieu, à la création, nous a tracée du doigt.
» Quoi que puissent dire contre la doctrine qu'amène ces principes les partisans de Tégoîsme, l'amour de la patrie, qui fait tant de victimes et de héros, n'est pourtant que le sentiment, le tact de la solidarité encore trop obscure chez l'homme, puisqu'il ne l'a jamais appliquée à ses organisations sociales. £n effet, l'amour de la patrie, le seul immor-^ tel, n est-il pas le rudiment, le germe de cette solidarité que Dieu déposa dans le cœur de l'homme, pour qu'il puisse comprendre que son premier intérêt, le plus grand et le plus certain, enfin la source de son bien-être privé dépend du beau, du grand de la somme du bien-être de la grande famille qui constitue sa nation. ^
» La mystérieuse acquisition du bien-être humain pour lequel l'espèce humaine a été créée et qui, depuis la catastrophe d'Adam, en est sevrée, repose dans ce dogme unique : Faille des insHlutions sociales qui veuillent que le bien-être privé ne puisse dériver, comme Dieu le veut, que de la somme du bien-être de la nation y et dont l'Etat ou gouvernement représentant la nation serait le seul distributeur, selon les œuvres de chacun dans la somme du bien-être général.
MOUVEMENTS MAGNÉtlQUES. 95
» Cette doctrine mise en théorie tuerait régoïsme, ce ver qui ronge le cœur de la société humaine; il ferait de chaque citoyen un actif travailleur à la richesse et à la félicité de la nation, comme à sa gloire; car de la gloire et de la richesse de la patrie, iLsaurait que dépend les siennes propres. Toutes les forces de son génie se dépenseraient ainsi ayec fruit pour l'humanité, afin de créer le beau et le grandiose où lespèce humaine doit un jour parvenir.
» Tel est le système politique que le matérialisme, c'est-àdire la science de Dieu, doit un jour imposer aux sociétés humaines. Le spiritualisme adopta le système gouvernemental absolument contraire; il devait le faire ainsi : étant lui-même une erreur, il ne peut enfanter que des erreurs.
» Méprisant la solidarité qui unit les hommes par des liens indissolubles, le spiritualisme promulgua Tégoïsme ; et, cherchant à tuer dans le cœur de Thomme le sentiment immortel de la patrie, il mit en pratique cette doctrine perverse et homicide : que l'homme pouvait être heureux avec toute justice , quoique son frère souffrit auprès de lui les an< goisses de la douleur. Il déclara légal tous les moyens d'acquérir la félicité future , fût-ce au détriment de celle d'autrui. En prêchant un bien-être d'une vie imaginaire, lequel était accessible pour certains individus , lorsque des milliers d'autres ne pouvaient y atteindre : il donnait à l'égoïsme tout son essor; car l'homme, par sa propriété de tout imiter, fit des moyens de s'acquérir des biens de la terre une imitation de ceux qui lui promettaient les biens du ciel.
» Ce fut alors que la société humaine se divisa en deux catégories d'hommes : les uns, Macaires de l'époque , profitant avec empressement des moyens réputés légaux pour l'acquisition des biens du ciel , se servaient de leur mode pour s'approprier les biens de la terre; les autres, c'étaient les dupes, qui, au mépris des mouvements intimes de leur cœur, oubliaient qu'ils étaient liés sur cette terre par des liens sacrés à une patrie , à une famille. Pauvres fous ! le ciel de l'idéal, cette chimère, était tout pour eux ! aussi pour acheter une place dans son prétendu paradis (car lespiritua-
lisme se fait marchand), ils vendaient aux prêtres, selon que les circonstances étaient favorables aux vues trop terrestres des acquéreurs, ils vendaient leur patrie, leur famille, leurs sœurs ! .. . Infamie ! infamie ! qui, tant qu'elle dura, cou vrit les nations d'Europe d'ua crêpe d opprobre !
» Croyez- vous que mes paroles soient gonflées d^exagéralion? Fouillez l'histoire; lisez les pages de l'existence des peuples qui viennent de s'éteindre; vous les retrouverez avec toutes les expressions de ce texte.
» Un Jour, un Grec, ne sachant que faire, se mit à rêver ; et il rêva tant qu'il devint tout esprit, c'est-à-dire qu'il en perdit la raison. Dans ses instants d'extase, que nos médecins modernes traiteraient, avee beaucoup de justesse , d'aliénation mentale, il alla jusqu'à s'oublier lui-même et à croire qu'il n'était plus homme. Il fit part de cette découverte et du procédé de s'aliéner de soi-même (procédé qui est encore celui des illuminés) à quelques-uns de ses amis, ' lesquels voulurent au$si jouir de la double vue. Ils trouvèrent cela si nouveau et si beau qu'ils en colportèrent la recette à d'autres amis qui la communiquèrent ainsi de suite ; bref, l'épidémie de la fièvre de l'idéal s'étendit, et le platonisme fit tant de progrès chez le peuple grec, qu'en peu de temps la nation entière ne se trouva plus formée que de rêveurs.
» Or, tandis que la Grèce rêvait un monde idéal et oubliaH le positif d'ici-bas, Rome, qui alors était loin encore de s'occuper de métaphysique, faisait des provinces grecques autant de provinces romaines, et transformait en vassaux ces Grecs dégénérés par le spiritualisme, et dont les ancêtres, qui, il est vrai, n'étaient pas encore initiés, par la grande découverte de Platon, à l'art de ne plus s'occu^r des choses de ce bas monde et de son vil positif, avaient résisté, nonseulement aux chocs des peuples de l'Asie, mais les avaient poussés du pied comme de vils troupeaux.
» Dès son origine, le spiritualisme annonçait donc ce q«'il devait être : l'élément Ûbertieide. Rome, la fière répiihKeaine, que rien jusqu'alors n'avait pu subjuguer, devait
Jomber aussi et recevoir des fers dès qae ses citoyens se seraient pris à rêver à Tidéal ; ce qu'ils ne tardèrent pas h faire, en gagnant cette épidémie au contact des spiritualistes
grecs.
» Cette remarque est frappante de vérité : Tère du spiritualisme européen , c'est-à-dire des provinces de l'empire romain, date du régne du premier tyran de Rome qui , pour tuer plus sûrement lantique et fière liberté romaine, lendort aux chants de Farmée de rêveurs qu'il solde.
> Les peuples du nord envoyaient périodiquement le pléthore de leurs robustes générations sur l'empire romain ; espace, barrières, armées, rien ne résistait à la mâle valeur de ces enfants de la nature. Que font les empereurs romains pour énerver leur courage et les rendre mous à l'attaque, afin de pouvoir les subjuguer? Ils lancent au-devant d'eux et jusqu'aux fonds même de leurs forêts des nuées de rêveurs christo-platoniciens; lesquels les préparèrent, en effet, à recevoir les fers de la tyrannie et le joug de la servitude, que le spiritualisme décore du nom usurpé de civilisation. Et ces peuples, qui, jusqu'alors ne connaissaient de suprématie dans leur barbarie que celle que donne la vertu et la valeur et pour chef que le plus digne^ apprirent que l'ineptie et l'indolence sur le trône devaient y être conservées comme étant de droit divin.
» Quels sont les peuples de Pantiquilé dont les institutions sociales tenaient le plus du spiritualisme? Les peuples de l'Orient. Ils ne furent toujours que des troupeaux d'esclaves.
> A l'époque où les rois d'Espagne faisaient le plus parade de leur foi pour les choses du spiritualisme religieux , et se décoraient du titre des plus fidèles aux dogmes du système christo-platonicien, ils trouvaient dans cette doctrine, réputée comme ayant été donnée par un Dieu juste et miséricordieux, non-seulement l'autorisation, mais un droit venant du ciel, que de déclarer leurs esclaves les infortunées générations de la naïve Amérique, et de les engloutir vivantes dans les entrailles de la terre , les forçant à y creuser ellesmêmes leurs tombeaux , d(mt les déblais , poitr faire place à
chaque cadavre, rapportaient un peu d or. Pauvres victimes de rhomicide civilisation, qui, confiantes comme les heureux enfants de la nature, étaient accourues le sourire à la bouche vers ces visiteurs saintement féroces.
> A ces hommes civilisée par la civilisation que donne le spiritualisme , ces peuplades jusqu'ici heureuses comme les élus de Dieu , offraient dans leur bonté barbare les fêtes de l'hospitalité. Car la civilisation du spiritualisme ne leur avait pas encore appris que c'était une chimère que l'hospitalité, cette vertu que toutes les sociétés de l'antique matérialisme avaient fait la plus sainte, et qui donnait des droits si sacrés, que leur profanation couvrait le coupable d'une réprobation infamante.
• Le spiritualiste tua toutes les vertus héroïques et si grandioses qui unissaient par des liens fraternels les citoyens du mondé païen ; à leur place il mit les vices ignobles de l'égoïsme et du mercantisme. ^ux vertus vraies du matérialisme des peuples anciens, ont succédé l'hypocrisie et les vertus chimériques du spiritualisme de la société moderne ; et le bien-être des peuples alla toujours en décroissant.
» C'est donc que le spiritualisme n'est pas né de Dieu, mais de la folie humaine, puisque l'homme ne peut le payer qu'au prix du bonheur de sa vie? En efifet, l'histoire de la grande famille humaine nous démontre dans toutes ses pages que le spiritualisme est le baromètre certain de la misère des peuples : lorsqu'il s'élève et s'insinue dans les mœurs, le bien-être et la liberté des nations décroissent.
» Il n'y a pas de peuple moderne dont chacune des conquêtes de sa liberté ne soit pas en même temps une défaite qu'il ait auparavant fait subir au spiritualisme religieux qui étreignait sa pensée; et en transposant cette expression : le rétablissement du règne du spiritualisme religieux est toujours le pronostic certain du retour prochain du despotisme, et il ajqjiorte irrévocablement la défaite dés libertés du peuple. Ce siècle ne vit-il pas plus d'une fois la confirmation de cette vérité? Le spiritualisme est donc un mensonge, et comme tel n'apporte à Phomme que déceptions et malheur.
MOUVEMENTS MAGNKTIQLTS. 99
Du sein de la société humaine il fait surgir les maun: sociaux» source de tous les crimes.
» Les lois de la doctrine vraiment divine sont celles que le créateur burina sur notre planète, et dont les traits profonds pénètrent dans ses entrailles. Les cieux nous en offrent laspiendide réflexion : je regarde le firmament; Dieu me parle ^ et la terre me répète les échos des saintes paroles que murmure Tharmonie des cieux.
» Oui, la science est l'intermédiaire unique de Dieu à rhomrae. Dans la science seule se trouve la révélation du Créateur à Thumanité; et il est impossible à tout pouvoir humain d'étouffer cette puissance, force des nations et leuf unique garantie contre la continuation des misères que portent encore avec elles les organisations des sociétés modernes : elle est Punique palladium des peuples contre le retour du despotisme.
> Il est saint d'étudier les œuvres de la nature; car c'est converser avec Dieu. Il est bien d'apporter à la science de nouvelles données; car chacune d'elles est une pierre posée è l'œuvre du bien-être public.
Y Tant que je verrai sur la terre des sociétés humaines parmi lesquelles n'auront pas disparu les crimes et la source de ces crimes, l'inégalité politique, qui enfante les castes dans la patrie, et fait peser sur l'une les charges les plus pénibles en lui donnant les misères morales et physiques et le dédain des castes oisives pour récompense, je dirai que la science humaine n'est pas encore parvenue à sa dernière limite, je dirai qu'il y a encore beaucoup à trouver.
» Il est triste, il est douloureux de voir des hommes, dont le savoir devrait mettre à la tête des mouvements moraux qui doivent s'émaner de la science pour régénérer l'humanité, ne pas craindre de poser en principe qu'il est des mouvements, et ce sont des primordiaux, dont l'intelligence sera éternellement refusée à l'esprit humain. Ces hommes jugont de la grande œqyre de Dieu d'après leur courte vue; et ces
pygmées osent mettre des bornes au génie humain , ce réflecteur de la puissance divine.
— Reveiiiez-vous, mon ami!
— Plaît-il, capitaine?
— Eh parbleu ! vous êtes sous l'impression d'un cauchemar, qui vous mènerait je ne sais oit si je vous y laissais plus longtemps. D'ailleurs, voici le jour : je vous ai jusqu'ici laissé rêvasser tout à votre aise, et vous vous en êtes donné, j'espère. C'est bien ! vous étiez dans votre droit : la nuit, les pensées peuvent être ténébreuses ; mais maintenant je vous conseille de faire comme Thorison, de chasser vos sombres vapeurs. Tenez, je vous offre une partie qui vous distraira de votre morosité. Le ciel est beau ; l'orient est sans nuages : profitons-en pour régler nos compas. Calculons l'amplitude du soleil levant. »
En effet, des flocons de lumière partaient de l'orient, et nous prévenaient d'un splendide lever du soleil. Sur l'ordre du capitaine, le pilotin apporta sur le pont un compas de variation (1). Bientôt un point, brillant comme un éclair, partit de l'horison au milieu d'une mer de feu, et incendia le ciel. A ce moment, toujours solennel, toujours sublime, où le cœur ne saurait être indifférent, le soleil, comme disait le poète astrologue, dans sa naïve croyance, sortait en époux radieux de la couche d'Âmphitrite.
Je me hâtai alors de disposer le compas de variation; et au mot stop que je donnai pour signal de l'instant où le bord inférieur du disque du soleil touchait l'horizon, le capitaine prit le chiffre de la déclinaison du lys, et descendit dans sa cabine faire le calcul de Tamplitude. Comme le vent avait changé de sa direction de la nuit, je fis brasser quelques voiles. A peine cette manœuvre était-elle terminée, que je vis le capitaine remonter sur la dunette d'un air peu satis&it.
— Nous n'avons pas réussi; votre observation a été mal faite, fit-il en m'abordant.
(1) Boussole qui sert è trouver la déclinaison magnétique.
MOUVEMENTS MAGNÉTIQUES. lor
— Dites plutôt que vos calculs sont mauvais.
— Oh! je m'attendais bien à cette réponse. Oui, c'est encore moi, c'est toujours moi qui ai tort ! Eh morbleu ! je suigcette fois certain de la bonté de mes calculs !
— Et moi de mon observation !
— Quelle obstination ! c'est à s'en dévorer la rate... Il n'en conviendra jamais.
— Allons^ ne nous fâchons pas ! Pourquoi trouvez- vous que le résultat de notre observation est mauvais?
— Pourquoi? eh, c'est facile à trouver! Le calcul donne pour notre point (1) une déclinaison magnétique fort différente de celle qui se trouve pour ce lieu dans les Tables de déclinaisons magnétiques ! Nous serons forcés de relever le point d'est au passage du soleil par le premier vertical.
— Eh bien, capitaine, si vous êtes sûr de vos calculs, je suis certain, moi, de l'exactitude de mon observation ; et nous avons tous deux raison. Nous ne trouverons pas mieux par d'autres procédés d'observation. Ce n'est pas notre observation qui manque d'exactitude, mais bien vos Tables.
— Qui ont été rédigées par nos plus savants navigateurs ?
— Je n'en disconviens pas ; mais à quelle date se rattachent leurs observations?
— En 1785.
— Rien que cela!... Il est alors nullement étonnant que ces observations magnétiques de l'autre siècle ne s'accordent plus avec celles de nos jours.
— Vous avez raison ; je ne réfléchissais pas à ce change* ment incessant de la déclinaison magnétique.
— Vous vous emportez conune...
— Allons, quand je vous dis moi-même que j'ai tort, que vous faut-il de plus? Peccatum canfesmm^ parcendum peccatum»
— TUn do vemam^ 6 olnioxie!
(1) Lieu ou se trouve géographiquement le navire.
102 PllYSIQUK CÉLESTE.
— Il est vrai que le déplaccmenl du pôle maguétique, produisant une déclinaison variable pour tous les lieux du globe, doit au bout d'un demi-siècle amener de grands changements dans le chiffre de la déclinaison magnétique d'un point de la terre. La découverte de la cause de ce mouvement magnétique, le plus inégal qu'il soit dans la nature, est un beau rêve; mais, par malheur, elle sera toujours un rêve. Le magnétisme de la terre et la météorologie sont deux sci<'nces qui sont sœurs; filles rebelles, ainsi que ralcbimie, elles font perdre la tête à l'homme qui les poursuit.
— Effectivement, le magnétisme et la météorologie sont sous rinfluence d'actions secondaires si multipliées, que la loi première qui les régit échappa jusqu'ici à Thomme. Mais il ne faut pas dire pour cela que cette loi n'iBst pas, ou que, si elle existe, il sera toujours impossible à l'homme de la saisir. Cette loi existe, j'en suis convaincu ; eh bien, loin de me rebuter des difficultés qui se hérissent autour d'elle, je travaillerai à sa conquête, persuadé que si je ne puis lui arracher entièrement son voile mystérieux, je pourrai aider les générations futures à le soulever.
» Je sais que le magnétisme terrestre fut toujours un écueil contre lequel sont venu échouer les plus hauts génies. Devant le nombre des systèmes naufragés sur ce brisant de la science, il y aurait de Paudace, de l'imprudence à moi, observateur ignoré, de vouloir apporter une théorie nouvelle, lorsque le prestige de la réputation des auteurs des anciennes n'a pu soutenir aucune de ces dernières. Aussi, mon intention est de ne vous rapporter ici que quelques résultats obtenus par l'observation seule. Avant l'hypothèse, avant le système, l'observation doit parler. Ce n'est rien que d'enfanter des systèmes, ces romans de la science, que revêt le même clinquant des œuvres de nos romanciers littéraires.
» Avant de traiter des causes, on doit connaîtife les faits. En voyant nos savants modernes faire naître le déplacement du p6le magnétique de l'oscillation d'un moteur renfermé dans les entrailles de la terre, et en songeant qu'à l'aide de cette hypothèse, que rien dans la nature ne peut confirmer,.
MOUVEMENTS MAGNÉTIQUES. lt)3
ils ne peuvent trouver aucune formule qui donnerait une période, un mouvement régulier à ce déplacement^ je me suis plusieurs fois demandé si la cause du magnétisme de la terre était réellement intestinale, et si elle ne résidait pas plutôt sur la surface du globe d'après Tétat chimique de l'atmospl^ère terrestre.
— Halte-là ! cette dernière conjecture me parait être remarquable ; peut-être un jour la gravera-t-on en lettres d'or, sur la poupe de chaque navire, à Tinstar de la récompense que les Grecs accordèrent à la belle découverte lunaire de Melon.
— Vous me raillez, capitaine.
— Non pas; je suis, au contraire, très-partisan de votre idée. Nous touchons peut-être du doigt à une grande découverte.
— Lorsqu'on fait quelques réflexions sur les divers états atmosphériques de notre planète, on trouve que la combinaison atmosphérique du pôle sud doit être fort difTérente de celle du pôle nord, en raison des masses d'eau qui, du pôle sud, s'étendent jusqu'au 46°'^ parallèle sud, lorsque les régions polaires boréales n'ont qu'une petite mer qu'enveloppent presque entièrement de vastes continents. Je crois que cette diversité dans les éléments des régions polaires en engendrant, comme je vous le démontrerai, des combinaisons atmosphériques fort différentes^ produit le magnétisme terrestre qui, ainsi, ne serait, à vraiment dire, qu'une tendance de réaction chimique; laquelle attirerait vers un pôle du monde un des pôles de l'aiguille aimantée, tandis qu'elle en repousserait l'autre, et que ce dernier serait attiré par la constitution chimique des régions polaires opposées, lesquelles repousseraient à leur tour le premier pôle de l'aiguille.
» Dans la supposition si probable que la cause du magnétisme de la terre se trouve, non dans les entrailles du globe, mais de son atmosphère sur la surface, loin d'éluder les
grandes difiGcultés magnétiques, nous en faisons surgir d*immenses. Et cependant, c'est bien dans l'atmosphère do la
terre et non dans ses entrailles qu'il faut retrouver et qae je retrouverai la cause de tous les mouvements magnétiqfues. Si cette cause se tenait directement aux pôles du monde, il n'y aurait aucune déclinaison magnétique; il faut donc qu'elle se tienne à une certaine distance de ces p6les; et comme la déclinaison n'est pas constante et qu'elle subit de grandes variations, le pôle magnétique est donc soumis à un mouvement qui le déplace. Il est présumabie que ce déplacement, venant de lois naturelles et constantes, s'opère par un mouvement régulier autour du pôle de la terre^ et s'achève dans une certaine période.
— Savez-vous que ce serait une importante et bien grande découverte que celle qui démontrerait que le pôle magnétique est constant sur une latitude trouvée, c'est-à-dire qu'il se trouve toujours à la même distance des pôles de la rotation de la terre, en ayant autour de ces derniers un mouvement de circonvolution? Il serait non moins important de trouver la vitesse de ce mouvement; et quels avantages la navigation et la géodésie ne retireraient-ellas pas, s'il était prouvé que le mouvement du déplacement du pôle magnétique est d'une vitesse uniforme?
— A l'œuvre donc, à l'œuvre! car cette tâche est noble et grande. Les observations des siècles futurs pourront, sans doute, confirmer nos calculs sur ces importantes questions; mais les siècles antérieurs ne nous ont-ils pas légué un héritage déjà assez riche de précieuses observations magnétiques pour tenter quelques résultats de cette tâche si difficultueuse. Tenez , en ce moment le démon de la géométrie m'anime; il me soufQe une de ses inspirations.
» Voulons-nous savoir géométriquement à quelle distance le pôle magnétique se tient éloigné, du pôle de la terre? 11 n'est rien de plus facile pour nous, marins, si familiers aux calculs trigonométriques, que de répondre à cette question, lorsqu'on met en pratique cette supposition : que le pôle magnétique se tient toujours sur la surfaice de la terre à une certaine distance du pôle du monde. Il suffit seulement que nous connaissions le chiffre de la plus grande déclinaison ma-
MOUVEMENTS MAGNÂTIQUES. 105
gnétique, c'est-à-dire le plus grand angle magnétique d'un point de la terre dont la latitude et la longitude nous soient connues.
» Le plus grand angle de déclinaison magnétique que peut amr un point d'une latitude quelconque amène cette conséquence géométrique : que la ligne qui joint le pôle magnétique au point de cette latitude (ou autrement dire que l'arc, car nous opérons sur des lignes de la surface sphérique de la terre, et qui, ainsi, ne sont que des courbes, qui joint le pôle magnétique à un point d'une latitude quelconque où l'angle de déclinaison est à son maximum d'ouverture), doit toujours être tangeante au point du parallèle où se trouve le pôle magnétique.
» Or, il est géométriquement prouvé que la tangeante d'un cercle forme avec le rayon de ce cercle un angle droit ayant son sommet à la circonférence de ce cercle. Pour me faire mieux comprendre, je vais tracer une figure. Ohé! mousse, apporte du blanc de Champagne.
— Du mousseux, lieutenant?
— Eh ! non, drôle! du blanc solide de ma bonne Champagne.
— Je comprends, je comprends!... Voilà!
— Si votre pays contient beaucoup de cette pierre, fit le capitaine d'un ton railleur, il doit être bien pauvre; il n'y a pas lieu de vous glorifier beaucoup de lui.
— Je conçois qu'un descendant des Anglais de Henri V puisse avoir quelque rancune contre la Champagne, la pauvre province, qui n'eut besoin, toutefois, que d'envoyer une de ses filles, Jeanne, la villageoise de Domremy» pour chasser l'Anglais de la France.
— Que Dieu me pardonne ! vous me lancez là un véritable sarcasme!... Mais vous allez un peu loin en date.
— J'aime voir cette terre blanche qui couvre ma patrie ainsi que d'une robe virginale.
— Cette robe, il est vrai, porte la couleur symbolique de la naïve virginité; ce qui se rapporte assez bien, si j'en crois le proverbe, au caractère plus qu'ingénu des habitants de la Champagne.
— Oui, mais cette robe blanche ne se laisse pas profaner sans se rougir du sang des téméraires agresseurs; et toujours elle servit de linceuil aux ennemis de la patrie. Elle couvre encore de ses longs plis blancs, terreur des rois, les ossements des peuples poussés par le despotisme, comme des esclaves, à la destruction de la France libre. On ne peut lire l'histoire de tous les âges de la France sans se sentir glorieux d'être né Champenois. Ce titre est pour moi celui de ma noblesse.
— Si tous vos concitoyens possèdent le même amour de la patrie que le vôtre, je reconnais que la Champagne est une riche province de France. Cependant je lui en veux de ce que son souvenir vous distrait de l'importante solution que vous alliez me démontrer.
— Voilà. Je tire la droite ZC ('Fig. !'•); je fais A le pôle du monde, C le point de la terre où se trouve l'Observatoire de Paris. La ligne AC est donc le méridien de Paris, et son étendue est égale à ( 90» — 48° 50^ latit. de Paris = ) 41M0', complément de la latitude de Paris. Je tire une autre ligne C £, indéfinie, mais qui fasse avec A C, méridien de Paris, un angle C de 22'' 34', chiffre du maximum de la déclinaison magnétique, c'est-à-dire de l'angle magnétique de Paris); car vous savez que depuis plusieurs années cet angle est en décroissance. Cette droite CE était donc tangeante au parallèle (c'est-à-dire à la latitude) où se trouvait le pôle magnétique à l'époque où il donnait à l'Observatoire C de Paris sa plus grande déclinaison de 22<> 34 ^
> Pour savoir à quel point la ligne C E est tangeante^aa parallèle inconnu sur lequel se trouvait alors le pôle magnétique, il suffit de pStrtager le méridien AC en D en deux parties égales AD et CD, et de D tracer un arc CKBA, dont le rayon soit DC ou D A ; et comme cet arc coupe la ligne C E au point B, ce point B est donc celui où la ligne CE est tangeante au parallèle inconnu où se trouvait le pôle magné-
tique, lorsqu'il faisait avec C, Paris, son plus grand angle. A B se trouve ainsi le rayon de ce parallèle, que je représente parlecercleBMPFXVUTSROZJHGY, etABouAF est le complément de ce cercle de latitude.
> Ce dessin {Fig. P*) nous donne un triangle ÂBG sphérique et rectangle en B. Dans ce triangle nous connaissons, outre l'angle droit B, l'angle C de 22' 34^ plus le côté AC de cet angle, lequel côté est de ^l"" 10', complément de la latitude de rObservatoire de Paris. Chercher la latitude ou valeur du parallèle B M PF etc., où se trouvait le pôle magnétique lorsque Tangle de déclinaison C était à son maximum, n'est autre chose que chercher la valeur de Tare A B ou A F, complément de la latitude cherchée.
— Je prends trop d'intérêt à notre découverte, et elle se dessine trop favorablement pour n'être pas impatient de lui appliquer les calculs trigouométriques.
— Il est facile de vous satisfaire ici même, capitaine... Ho! pilotin, ho!... les Tables de logarithmes!,.. Il dort, je crois? Uo ! pilotin, les Tables de logarithmes!... Est-ce que le gaillard se ferait tirer l'oreille?
— Vous bariolez de tant de lignes courbes l'esprit de ce pauvre garçon, que, croyant que vous l'appelez à une nouvelle leçon de trigonométrie, il trace déjà d'avance dans sa marche, de bas-bord à tribord, des cercles parfaits.
— Oui; il sait déjà, le drôle, mettre parfaitement en pratique que la ligne courbe est la meilleure pour arriver le plus tard possible au point qui lui déplaît... Eh! pourquoi nous faire cette figure de vent de bout? Ce n'est pas pour vous, petit cancre, que je vous fais apporter ces Tables. Ecouteznous; je vous ferai répéter cette leçon ••• Continuons, capitaine.
> Pour trouver l'arc AB du triangle sphérique ABC, rectangle en B, et dont A B est le complément du parallèle cherché BMP F, etc., nous avons cette proportion :
R : sin. AC = 4lo 10' : : sin. C = 22° 34' : sin. AB = x.
SOLUTION
9,81839 logarithme sin. \C = 41» 10^ 9,58405 logarithme sin. C = 2^ 34',
Somme 9,40244 logarithme gin. a; = U"" 38^
qui étant la valeur de AB, complément de la latitude du point B du cercle BMPFZ, etc., donne (90»— 14» 38'=) 75» 22' pour parallèle nord sur lequel était le pôle magnétique, lorsqu'il produisait à Paris un angle de 22» 34', qui est le plus grand qu'on ait observé pour cette capitale.
» Maintenant, pour avoir le point exact de la surface de la terre sur lequel le pôle magnétique se trouvait à cette époque, il ne nous suffit plus que de connaître sa longitude, qui est la distance où il était alors du méridien de Paris, c'està-dire la valeur de l'arc BF que mesure l'angle A du triangle sphérique ABC, rectangle en B, et dont nous connaissons l'arc AC de 41» 10', complément de la latitude de l'Observatoire de Paris, et l'angle magnétique C de 22» 34'. Pour obtenir la valeur de l'angle A, c'est-à-dire la valeur de l'arc BF qui le mesure, et qui représente la distance du pôle magnétique au méridien AC de Paris, nous avons cette proportion :
Rrcos. AC=41»10' :: tang.C=r.22»34': cot. A=a;.
SOLUTION
9,87667 logarit. cos. de AC = 41» 10'.
9,61865 logarit. tang. de C = 22» 34',
Somme 9,49532 logarit* cot. de A = 72» 38',
qui est la valeur de l'arc BF, distance du pôle magnétique du méridien AC de Paris, lorsqu'il était en B, ou autrement dire sa longitude comptée de Paris était de 72» 38'; comme il produisait alors à cette capitale une déclinaison occidentale, cette longitude est de même dénomination. Ainsi, à Tépoque à laquelle Paris avait son angle de déclinaison magnétique occidentale de 22^ 34', maximum d'ouverture de cet angle pour ce point du globe, le pôle magnétique se trouvait en B, par le 75» 22' parallèle et le 72» 38' de longitude occidentale.
— Voilà une solution qui ferait honneur à un mcnbre du Bureau des longitudes! Dites maintenant. Messieurs de la physique, que la cause du mouvement magnétique est le résultat d'une oscillation mystérieuse de Taxe d'un vaste aimant non moins mystérieux recelé dans les flancs de la terre.
— £h ! mon cher capitaine, comme vous prenez feu ! Vous êtes aussi facile à vous laisser entraîner à une croyance, que parfois vous êtes trop incrédule ! Croyez- vous que nous ayons découvert le secret mouvement du magnétisme terrestre, parce que nous pouvons lui appliquer un calcul trigonométrique? Ce succès doit plutôt nous mettre en garde contre nous-mêmes. Ne nous serions-nous pas, sans le vouloir^ fourvoyés dans une mauvaise passe? Ne serions-nous pas les dupes d'un hasard, d'une rencontre heureuse de chiffres^ qui, quoique singulière, n'en serait pas moins une erreur? Lorsque je me méfie le plus de moi-même, c'est toujours dans les moments où il semble que je triomphe. Nous pouvons vérifier nos calculs et, tout en leur donnant des preuves d'exactitude, trouver même si le déplacement du pôle magnétique de F en B sur le 75^ 22 ' parallèle se fait toujours sur ce cercle FPMBZR L, etc., et voir enfin si son mouvement est constant et régulier.
— Parole de marin! si vous trouvez ce résultat heureux, je paierai à Montevideo un splendide dîner : je serai à votre discrétion.
— C'est vous avancer beaucoup, capitaine ; vous savez que je porte au vin de Champagne une vive affection, autant par délicatesse de goût que par amour patriotique pour un des précieux produits de la province qui m'a donné le jour. Le Champagne coûte cher à Montevideo !
— Je ne croirai pas trop payer la connaissance d'une découverte que j'ai longtemps rêvée moi-même.
— Disposez donc vos fonds pour payer à Montevideo la première carte. La pensée que bientôt je fraterniserai avec le turbulent Moët, aiguillonne en moi le génie de la trigonométrie.
» Pour savoir si le pôle magnétique du point F, où il produisait 0** de déclinaison à Paris, puisqu'il était sur le méridien AG de cette ville, s'avança d'un mouvement uniforme sur le cercle FPMBYG etc., jusqu'en B où il produisit l'angle C = 22" 34', nous pouvons subdiviser l'arc BF de 72** 38' du 75° 22' parallèle en un certain nombre de portions égales, en trois par exemple, comme ceci : FP, PM et MP, qui forment alors chacune un arc de (72° 28' : 3==} 24*» 12' 40" du 75'* 22' parallèle. Divisons de même par 3 le temps que le pôle magnétique, dans la supposition qu'il se meuve constamment sur le 75" 22' parallèle, dut employer pour se rendre de F en B en parcourant l'arc FPMB.
» Les observations magnétiques faites par Picard à Paris, donnent à l'année 1666 zéro de déclinaison magnétique ; le pôle magnétique se trouvait alors en F sur le méridien AC de Paris. Messieurs de PObservatoire prouvent par leurs observations que c'est de 1818 à 1819 où il faut reporter Pépoque à laquelle la déclinaison magnétique atteint, pour Paris , Pouverture de 22** 34', son plus grand angle. En 1819, le pôle magnétique fut donc, depuis 1666, transporté de F en B; or^ de 1666 à 1819, il s'est écoulé une période de temps de 153 ans (= 1819. — 1666), qui, divisée par 3, donne 51 ans 4 mois pour temps que le pôle magnétique doit avoir mis pour parcourir chacun des arcs FP, PM, MB, si son mouvement sur Parc total FP du 75" 22' parallèle fut d'une vitesse uniforme, et s'il resta toujours direct sur ce cercle.
> La question se réduit donc à trouver si, lorsque le pôle magnétique était 51 ans après 1666, c'est-à-dire en 1717 (=1666 + 51), s*étant porté de F en P, ou bien si 102 ans après 1666, c'est-à-dire en (16664-102 = ) 1768, s'étant porté de F en M, les angles de déclinaison ACP et ACM qu'il faisait à ces deux époques avec le méridien AC de Paris, se trouvent par nos calculs coïncider avec les angles magnétiques observés à Paris pendant ces deux années 1717 et 1768.
» En 1717, le pôle magnétique devant se trouver en P, sur le 24** 12' 40" de longitude occidentale, établissait donc sur la surface de la terre le triangle sphérîque obliquangle
A PC. Noos devons alors chercher la valeur de l'angle C de la déclinaison magnétique pour Pannée 1717. Dans ce triangle sphérique obliquangle APC, nous connaissons le côté AC=r41* 10', complément de la latitude de Paris; plus AF ou AP = 1V 38 \ complément du 75* 22' parallèle; plus l'angle A que mesure l'arc FP de 24° 12' 40", longitude ou distance du p6le magnétique du méridien de Paris pour cette année. Pour trouver l'angle C de ce triangle APC, il faut réduire ce dernier en deux triangles, par un mécanisme géométrique que vous connaissez parfaitement.
» Afin de trouver le segment indispensable de l'arc AC, je pose cette proportion :
R : co8.A=24M2'40"::teng. AP=14*38':Jtang.seg.=x.
SOLUTION
9,66001 log. COS. de 2V 12' 40", 9,41680 log. tang. de 14* 38',
Somme 9,37681 log. tang. de 13* 23' 40",
qui est le segment à retrancher de l'arc AC = 41* 10', et donne pour second seg. (41«10'— 13*23'40"=)27*»46'20".
» Pour avoir enfin l'angle C demandé, nous avons, h l'aide de ces deux segments, cette autre proportion :
Sin. 130 22' 40" : sin. 27» 46' 20" :: cot. 24'» 12' 40" : cot. C.
SOLUTION
0,63499 compl. arith. du log. sin. 13<' 23' 40", 9,66834 log. sin. de 27» 46^20", 0,34712 log. cot. de 24o 12' 40" = A,
Somme 0,64045 = log. cot. de C = 12° 53',
qui est l'angle magnétique calculé que devait avoir en 1717 la déclinaison observée à Paris, si notre système est vrai.
» Passez-moi, pilotin, la Table des déclinaisons magnéUques publiée par le Bureau des longitudes français. Bravo ! capitaine; vous régalerez à Montevideo. En 1717, Cassini et Maraldi nous donnent 12'' 50' pour angle de déclinaison BfAGNÉTiQUE OBSERVÉ PAR EUX A Paris, chiffre Semblable, comme vous le voyez, à celui que je viens de trouver, par le calcul, à cette déclinaison de Paris pour l'année 1717.
Il est le même» à trois minutes près ; et qu'est-ce que c'est que trois minutes pour la déclinaison magnétique soumise à tant de perturbations locales et accidentelles pendant'51 ans?
— Continuez vos calculs pour le triangle AMC; je brûle d'être convaincu que nous touchons à une des plus belles découvertes qui puissent marquer notre siècle!
— Oh ! je vous en réserve bien d'autres ! ce n'est ici qu'un prélude modeste de tout ce que je dois vous dévoiler. J'applique au triangle AMC, qui aussi est obliquangle, le même mécanisme que pour le triangle APC; je cherche les segments de AC. Dans le triangle AMC, outre AC= ^l** 10', complément de la latitude de Paris, et AM de 14° 38', complément du 75*" 22' parallèle, nous connaissons l'angle A que mesure l'arc FM = 48' 25' 20'^ somme de FP et de PM. Pour trouver l'angle C que la déclinaison magnétique devait faire à Paris, à cette époque où le pôle magnétique était en M, en 1768 et huit mois, il est besoin de couper en deux segments l'arc AC, afin d'obtenir les deux triangles rectangles indispensables aux calculs. Pour avoir un de ces segments, je dresse cette proportion :
R : cos.A = 48«25'20"::tang.AM = 14"38' : tang.a?.
SOLUTION
9,82193 log. COS. de A = 48° 25' 20", 9,41680 log^tang de AM = 14<> 38',
Somme 9,23873 log. tang. a? =9*» 49' 50",
qui est le segment à retrancher de 41'' 10^= AC, et donne pour
second segmei^t de cet arc (41° 10^—9° 49'50"=) 31° 20^ 10'^
» Pour avoir maintenant l'angle C de la déclinaison demandée pour l'année 1768, je fais cette autre pn^rtion :
Sin.9°49'50 " : sin. 31°20M0":: cot.48°25'20" : cot.C.
SOLUTION
0,76779 compl. arith. du log. sin. de 9° 49 ' 50 ", 9,71605 log. sin. de 31° 20' 10^', 9,94799 log. cot. de 48" 25' 20'^
Somme 0,43183 log. cot. de 20' 18', qui est l'angle ACM de la déclinaison cherchée.
I Ainsi, lorsque le pôle magnétique de F se porta en M, où il se trouvait eji 1768, il devait faire avec le méridien de Paris AC un angle ACM que les calculs trigonométriques les plus rigoureux nous donnent de SO"" 18^ Si ce déplacement du pAle magnétique de F en M s'est opéré par un mouvement régulier, il doit, pour du point P se rendre en M, employer un temps qui soit égal à celui qu'il mit pour de F se rendre en P, c'est-à-dire que, pour se rendre de F en M, il dut mettre un temps égal à (51 ans 4 mois X 2 =) 103 ans environ ; et en 1769 (=1666 -f 103) l'angle de déclinaison magnétique observé à Paris devait être environ de 20<> 18'. En effet> les Tables de décUnmsons magnétiques publiées par le Bureau des longitudes nous montrent que c'est vers l'année de 1769 où les observations de Cassini, de Levonnier
ET DE MâRÂLDI donnent CE CHIFFRE ▲ L'aNGLB DE DÉCLI- NAISON OBSERVÉ PAR EUX A PaRIS.
» Vous voyez, d'après ces quelques calculs, que depuis 1666 jusqu'à 1769, et ainsi pendant 103 ans, le pôle magnétique se tint toujours, non-seulement sur le 75** 22' parallèle nord, mais qu'il pérégrina, en traçant l'arc FM de ce cercle, avec un mouvement parfaitement uniforme et constamment régulier pendant ces 103 ans, et que cette uniformité et cette régularité se continuèrent encore pendant 51 ans, toujours en traçant le 75*' 22^ parallèle nord ; puisqu'on sortant du point M en 1769, il se trouve en 1819 transporté sur le point B : or> BM égal MP et MP égal PF, arcs égaux que le pôle magnétique parcourt dans un laps de temps également uniforme pour chacun. En effet, lorsque le pôle magnétique se trouve en B, sur le 72<' 38' de longitude occidentale, il produit à Paris l'angle ACB^ (51 ans x 3=) 153 ans après l'an 1666 et ainsi pour l'an 1819 ; et nous avons trouvé par les calculs trigonométriques les plus exacts que le pôle, ainsi placé en B, donnait à Paris un angle de déclinaison de 22"" 34^, semblable à celui observé à cette époque par Messieur» de l'Observatoire.
> Cet angle est le plus grand que puisse atteindre la déclinaison magnétique de Paris; car l'angle ACB engendre
lu PHYSIQUE CÉLESl F.
le triangle ABC, rectangle en B, lequel ne peut être ainsi rectangle que lorsque la ligne BC, qui joint le pôle magnétique à lH)bservatoire de Paris, se trouve tangeante au 75° 22' parallèle sur lequel se tient toujours le pôle magnétique.
> Ainsi, pendant 153 ans le déplacement de ce pôle se fit de F en B sur Tare FPMB. Il ne quitta donc jamais le 75* 22' parallèle dont cet arc FB fait partie; et ce déplacement se fit par un mouvement régulier.
» Comme je viens de vous le dire, la ligne BC qui joint Paris au point B, où se trouvait en 1819 le pôle magnétique, étant tangeante au 75'> 22' parallèle, l'angle ACB de 22^" 34' devait être le plus grand que puisse avoir la déclinaison magnétique de Paris^ si depuis Tannée 1819 le pôle ne discontinua pas de se mouvoir sur le même parallèle; et comme l'observation confirme encore ces calculs^ nous pouvons avoir la certitude que pendant plus de 153 ans, jusqu'à Pan 1819, le pôle magnétique continua toujours son déplacement de l'est vers l'ouest en traçant le 75° 22' parallèle avec une exactitude mathématique, et qu'il parcourut chaque degré de ce parallèle avec une vitesse constamment uniforme pour tous.
• Il résulte de l'uniformité même de ce mouvement et de la constance du pôle magnétique sur le 75° 22' parallèle qu'il est impossible que les angles C de la déclinaison magnétique puissent paraître à l'observation s'ouvrir régulièrement.
— Effectivement, en jetant|les'yeux sur le dessin {Fig. I'«), je vois que les angles FCP, PCM et MCB, quoiqu'ils aient demandé chacun le même temps pour leur ouverture^ furent loin d'offrir, à l'observateur qui les recueillait à Paris, un mouvement uniforme dans celui de leur ouverture observée. C^est ainsi que pendant les 51 premières années qui suivirent 1666, ACP s'est ouvert de 12° 53' 20"; puis, pendant les 51 années qui succédèrent à cette première période, l'angle magnétique s'est élevé à 20° 18' : ainsi, pendant cette seconde période de temps, il ne s'est augmenté que«de PCM de (20° 18' — 12° 53' 20"=) 7° 24' 40", qui oIBBre dans le mouvement d'ouverture de l'angle magnétique une diminu-
tioD de plus de la moitié de la vitesse du mouvement qu'avait l'ouverture de cet angle pendant la première périodede 51 ans qui suivit 1666. A la troisième période^ lorsque de M il passe en B et devient ÂCB de 22'' 34', le mouvement de son ouverture observée à Paris est encore, dans cette troisième période, plus retardé; car il n'est que (22'> 34'— 20*» 18'=) ^ 16 'pendant ces 51 ans : ce qui fait ce retard un tiers plus grand de ce qu'il était pendant la seconde période, et six fois plus grand de ce qu'il était pendant les 51 de la première.
— A l'aide du dessin {Fig, !'•), vous pouvez facilement comprendre la cause de ce retard apparent du mouvement magnétique qui, pendant 153 ans, donna à Paris une vitesse à l'ouverture de l'angle magnétique très-sensiblement décroissante depuis 1690 environ. Ce retard progressif ne provient nullement de ce que le pôle magnétique diminua la vitesse de sa translation de F en B; mais au contraire parce que la vitesse de ce déplacement est très-uniforme, et que ce déplacement se fait constamment sur le 75'* 22' parallèle : il est une preuve irrécusable du mouvement de circonvolution du pôle magnétique autour du pôle A du mcmde sur un parallèle constant. Ce retard provient de la forme sphérique de la terre, sur la surface de laquelle se meut le pôle magnétique, et non, ainsi qu'on l'admit jusqu'ici, parce que le défdacement du pôle magnétique se ferait sans lois régulières et saisîssables pour le génie de l'homme.
» Dès que le pôle magnétique atteint le point t , il parcourait jusqu'en m un arc du TS*» 22 ' parallèle que divise en deux portions égales le point P, sur lequel est tangeante à ce parallèle la ligne CE. Or, ce petit arc £m, vu la grandeur du cercle entier, approche beaucoup d'une droite, car il est sensiblement égal à sa corde, et il se confond avec la tangeante €E. Conmie CE est la ligne qui donne la plus grande ouverture de 22** 34' que possède l'angle de déclinaison de Paris à son maximum, tant que le pôle magnétique se trouvera tracer ce petit arc im, il produira à Paris un angle de déclinaison magnétique de 22*' 34' environ, et ainsi donnera au pôle magnétique l'apparence d'une stabilité^ quoiqu'en vé--
Ite PHYSIQUE CÉLESTE.
rîté il fût loin d'en être de la sorte, et que ce pôle, toujours sous l'influence de son mouvement régulier de l'est vers l'ouest, ne cessa de pérégriner uniformément sur le 75» 22' parallèle. Uarc tB et l'arc mB mesui^nt chacun cinq degrés et demi environ, qui demandent au pôle magnétique, comme je vous le démontrerai plus tard, 12 ans pour être parcourus par lui; or, 12 ans avant 1819, et ainsi dès 1807, et 12 ans après 1819 et ainsi jusqu'en 1831, l'angle magnétique dut paraître stationnaire à Paris?
— C'est en effet ce que confirme le catalogue des observations magnétiques faites à Paris par les physiciens français. Vous êtes jusqu'ici parfaitement dans la vérité.
— Si le pôle magnétique trace réellement de l'est à l'ouest le 75' 22' parallèle, de m, où il était en 1831, il se rendait vers Y, et a dû, depuis cette année, donner à l'angle de déclinaison une tendance à se fermer, tendance croissante, mais très-faiblement. Ce phénomène, comme vous pouvez le voir à la même figure, n'est que le résultat de la position de l'arc m Y à l'égard du méridien de Paris ; et il naît de ce que le pôle magnétique ne peut tracer mY sans se rapprocher insensiblement de la droite ZAC que représentent les méridiens inférieur et supérieur de Paris. Sur ce résultat, je suis encore d'accord avec toutes les observations magnétiques faites à l'Observatoire de Paris, lesquelles démontrent que depuis une quinzaine d'années l'angle de déclinaison magnétique décroît, mais avec une lenteur extrême.
» L'étude seule du dessin (Figure P«), et son intelligence bien saisie donnent à tous les mouvements magnétiques des explications aussi faciles qu'elles sont irrécusables. En voyant ainsi toutes les conséquences et les calculs de ma théorie s'accorder avec une précision toute géométrique avec les observations magnétiques faites depuis bientôt deux siècles, ne peut-on pas se sentir la hardiesse d'annoncer d'avance les angles que la déclinaison magnétique doit, pour Paris, avoir à une époque donnée ?
— Oui, ce serait un dépôt précieux que vous laisseriez aux générations futures, en devenant en même temps un
sûr moyen de confirmer votre théorie par les observations de l'avenir.
— En 1819^ la déclinaison magnétique de Paris nous fait présumer que le pôle magnétique était en B^ par le 72<^ 38' longitude occidentale et le 77''22' parallèle : il se passera donc 51 ans 4 mois pour de B se rendre en Y ; car BY = BM. En 1870 ( = 1819 + 51 ans), le pôle magnétique sera en Y, et engendrera sur la surface de la terre le triangle sphérique obliquangle AYC, dont Pangle A est mesuré par l'arc YBMPF qui vaut (72° 38'+24^ 12' 40"=) 96« 50' 40", c'est-à-dire que le pôle magnétique sera à cette année sur le 96** 50' 40" de longitude occidentale. Comme il se trouvera dépasser le 90"*, nous transporterons nos calculs sur le méridien inférieur de Paris A6, dont nous ferons Parc égal a AC, de 410 10'.
» Pour avoir l'angle magnétique b du triangle sphérique obliquangle A Y6, dont nous connaissons bA= 41° 10', l'arc AY = 14^ 38', et l'angle A que mesure l'arc YGHJZ de (180°— 96» 50' 40" = ) 83° 9' 20", j'ai besoin de coupera angles droits A6 = 41° 10' en deux segments, afin d'avoir les deux triangles sphériques rectangles indispensables, et j'ai la proportion :
R : cos.A6 = 41°10':: tang.AY=14°38' : tang. seg.=a;.
SOLUTION
9,07618 log. COS. de 41* 10', 9,41680 log. tang. de 14° 38',
Somme 8,49298 log, tang. du seg. a; = l'* 47',
qui, retranché de 41" 10', donne (41° 18'^1' 47'=) 39' 23' pour second segment de Parc A 6. Maintenant, pour avoir l'angle 6, j'ai la proportion :
Sin. V 47' : sin. 39° 23' :: eot. 83" 9' 20" : cot. 6 = a;,
SOLUTION
1,50697 compl. arith. du log. sin. de 1° 47', 9,80243 log. sin. de 39° 23', 9,07928 log. cot. de 83* 9' 20",
Somme 0,38868 log. cot. de 22° 13' = b ou G demandé.
* Ainsi, en 1870, l'angle magnétique ne devant être que 22° 13', lorsqu'en 1819 il était 22» 34', ne diminuera pendant les 51 années et 4 mois écoulées depuis 1819, que de (22° 34' — 220 13' = )0° 21'; ce qui, vu ce grand laps de temps qu'il employera pour opérer cette diminution si faible, confirmerait les observateurs futurs de Paris dans la croyance que le mouvement du pôle magnétique est ralenti, quoiqu'il sera loin d'en être ainsi, et que ce pôle ne discontinuera pas de pérégriner sur le 75° 22' parallèle avec sa vitesse constante. Ce ralentissement n'est, d'après la spbéricité de la surface de la terre, qu'une illusion produite par la position géodésique du pôle à l'égard du point C de Paris.
— A l'aide de ces calculs, si faciles par leur grande simplicité, on peut d'avance trouver pour Paris l'angle que la déclinaison magnétique y ferait à une époque demandée, puisqu'il est avéré que le pôle magnétique parcourt en 51 ans 4 mois 24° 12' 40" du 75° 22' parallèle.
— Eh, oui, parbleu! 51 ans 4 mois après 1870, c'est-à-dire en (1870 -|- 51 ans 4 mois=) 1921 et 4 mois, le pôle magné^ tique sera en G, formant ainsi sur la surface de la terre le triangle sphérique obliquangle AG6, dont nous connaissons Xb de 41° 10', AG de 14° 38', et l'angle A que mesure l'arc GZ de (83° 9'20'=YZ — 24° 12'40"=YG=) 58°46'40". Pour avoir l'angle magnéCique b, j'ai la proportion :
R : cos.GZ=58°46'40"::lang.GA=14°38': tang.seg.a;.
SOLUTION
9,71463 log. COS. de 58" 46' 40", 9,41680 log. tang. de 14° 38',
Somme 9,13143 tang. du seg. x = T 42' 30",
qui, retranché de 41* 10', donne 33" 27' 30" pour second
segment de l'arc A 6, et j'ai alors la seconde proportion :
Sin. 7* 42' 30" : sin. 33' 27' 30":: cot. 58* 46' 40" : cot. x,
SOLUTION
0,87248 compl. arith. du log. sin. 7* 42' 30", 9,74141 log. sin. 33° 27' 30", 9,78258 log. cot. de 58° 46' 40",
Somme 0,39647 log. cot. 6 = 21" 52'.
MOrVKMENTS MAGNÉTIQUES. 119
Ainsi, lé pôle magnétique sera en G pour l'an 1921 et 4 mois, par le 121° 13^ 20'^ de longitude occidentale et le 75* 22' paraHële; et il procurera à Paris un angle magnétique de 21" 52'.
— L'angle magnétique diminuera ainsi de bien peu, et pendant les 102 ans comptés depuis 1819, il ne décroîtra que de (22' 34' — 21° 52^ = ) 0» 42'.
— Oui, juste 0° 21 '(=42' : 2), autant dans les 51 premières années que dans les 51 dernières de cette période de 102 ans.
— Ce qui aurait fortement affirmé aux observateurs futurs que le mouvement du pôle magnétique fut d'abord singulièrement retardé, puisqu'il s'accrut uniformément pendant 102 ans.
— Si pendant (1921 — 1807 = ) 114 ans environ , le pôle magnétique doit donner à Paris, par son déplacement, un angle de déclinaison qui ne variera que de O*" 42' en moins, du point G, c'est-à-dire de l'année 1921 et 4 mois, en se rendant au point H, où il sera en (1921 et 4 mois -|- 51 ans 4 mois=) 1972 et 8 mois, il désabusera fortement les générations futures, qui, en le voyant pendant 114 ans presque stationnaire à Paris, s'imagineraient que son mouvement devrait continuer d'être toujours très-lent et uniforme; car je vois, d'après l'inspection seule de la figure, que le pôle, en se rendant de G en H , doit, pendant les 51 années et 4 mois qu'il employera pour opérer ce déplacement, fermer l'angle C de la déclinaison avec une grande vitesse, après avoir mis 114 ans pour le fermer seulement de 0^42'.
— En 1972 et 8 mois, dites-vous, le pôle magnétique sera en H, sur le 75° 22' parallèle et par le 145» 26^ longitude occidentale. Voyons donc quel angle de déclinaison il produira pour cette année aux observateurs futurs de la capitale de la France.
— Je sais qu'avec vous je ne dois toujours parler que géométriquement et que le mode graphique n'est rien. Vous avez raison. Et puis , la figure que je vous trace ici est nonseulement imparfaite, mais le dessin est fautif. Dans le cer-
cle FBGHZ SY, etc., je vous représente plan le 15° 22' parallèle , lorsque nous ne devrions le voir qu'en projection ; mais comme il ne pourrait, vu son ttës-petit rayon, être que d'une très-petite étendue^ ce qui, d'après laquantité des lignes qui tombent et s'accumulent sur lui, rendrait l'intelligence du dessin très-difficile, j'ai donc préféré ce mode, qui, malgré sa grande imperfection, démontre et détache bien à Pœil chacun des points où nous plaçons le pôle magnétique ; ce dessin serait seulement très-fautif, si on voulait lui appliquer un rapporteur pour trouver les anglesl Mais comme nous ne traitons tout qu'avec la rigidité des calculs trigonométriques, le mode graphique et le rapporteur deviennent inutiles.
• Vou9 me demandez quel sera à Paris l'angle magnétique en 1972 et 8 mois?
» A cette époque, te pôle magnétique produira, sur la surface de ta terre, le triangle sphérîque oblîquangle AHC ou mieux AH6, dont nous connaissons Ab de H° 10', AH de 14° 38', et l'angle A que mesure l'arc HZ, lequel vaut (58^ 46' 40"= GZ— 24° 12'40^'=GH=) 34*> 34'.
» Pour avoir les deux segments de l'arc 41*» 10', j'ai la proportion :
R : COS. HZ = 34*" 34' :: tang. HA=:14« 38' : tang seg. x.
SOLUTION
9,91564 log. COS. de 34* 34', 9,41680 log. tang. de 14' 38',
Somme 9,33244 log. tang. du seg. x= 12* 8',
qui, retranché de 41° 10', donne 29° 2' pour second segment. J'ai alors la seconde proportion :
Sin. 12' 8' r sin. 29° 2' :: cot. 34° 34' : cot. b = x.
SOLUTION
0,67739 compl. arith. du log. sin. 12« 8', 9,68602 log. sin. 29° 2', 0,16178 log. cot. 340 34',
Somme 0,52519 log. cot. de C ou ^ = 16'* 37'.
MOUVEMENTS MAGNÉTIQUES. tZi
» Ainsi , en 1972 et 8 mois, le pôle magnétiqae sera encore sur le 75"" 22^ parallèle, et l'angle magnétiqae de Paris sera de 16"* 37^; il aura diminué, pendant ces 51 dernières années^ de {21« 52'— 16° 37'=) 5° 15', lorsquependant les 114 années qui précédent Fan 1921 il ne diminuera que de 0" 42^
» La yitesse de sa fermeture sera encore plus grande pendant les 51 années et 4 mois qui suivront l'année 1972 et 8 mois, lorsque de H le pôle magnétique se rendra en }, où il sera en (1972 et 8 mois 4- 51 ans 4 mois=:) 2024. Il tracera alors sur la surface de la terre le triangle sphériqne obliquangle AJ^, dont nous connaissons Ai de 41 <^ 10', l'arc JA de 14» 38', et l'angle Ade(34° 34'=HZ— 24°12'40'' =H3=) 10° 21' 20 '^ Pour avoir les deux segments de Tare A A = 41° 10', j'ai la proportion :
R : COS. JZ = 10° 21^ :: tang. JA = 14° 38' : tang. seg. x.
SOLUTION
9,99287 ces- de 10^21', 9,41680 tang. de 14° 38',
Somme 9,40967 tang. du segment x = 14* 24' 20",
qui, retranché de 41° 10', donne 26* 45' 40" pour second segment. J'ai alors la seconde proportion :
Sin. 140 24' 20" : sin. 26» 45'40":: cot. 10* 21'20" : cot. b.
SOLUTION
0,60419 compl. arith. du log. sin. 14* 24' 20", 9,65347 sin. de 26° 45' 40", 0,73818 cot. de 10° 21' 20",
Somme 0,99584 cot. 6 = 5** 46'.
• Ainsi, en 2024, l'angle magnétique de la déclinaison occidentale de Paris ne sera plus que de 5° 46', et augmentera^ dans le mouvement de sa fermeture, pendant ces 51 dernières années, sa vitesse de (16^ 37'— 5** 46'=) 10° 51', lorsque dans les 51 années précédentes il ne TaugniAntera que de 5^ 46'. Comme vous le voyez, la vitesse^ si dissemblable à une époque comparée à une autre, que le pôle ma* gnétîque met à ouvrir ou à fermer l'angle de déclinaison
magnétique, loin de proTenir d'un déplacement irrégulicr du pôle magnétique autour du pôle du monde, n'est au contraire qu'une conséquence inmiédiate de la grande uniformité de ce mouvement en tous siècles, et prouve que le pôle magnétique est toujours à la même distance de pôle de la terre.
— Oui, maintenant je m'en rends parfaitement compte; et tous ces phénomènes magnétiques, dont les mouvements sont si variables et furent jusqu'à cet instant tellement insaisissables qu'ils déconcertèrent nos plus grands hommes de science, ne proviennent uniquement que de ce que le pôle magnétique est toujours sur le TS"" 22' parallèle, dont il parcourt chaque degré avec une vitesse toujours constante.
— Continuons. En Tan 2024, le pôle magnétique sera donc sur J, par le 75« 22' parallèle et le (24° 12' 38"=FPx7 = ) 169° 38'' 40 ''de longitude occidentale, et il n'aura plus que 10* 21 ' 20" à parcourir du 75° 22' parallèle pour se trouver en Z et être directement sur le méridien inférieur de Paris. Alors la déclinaison magnétique sera nulle. Il nous est facile de savoir l'année où ce phénomène aura lieu. Le pôle magnétique parcourt 24° 12' 40" du 75° 22' parallèle en 51 ans 4 mois ; en 1 mois de temps il parcourt donc 2 ' 2 " de degré de ce parallèle , et ainsi 28' 12" par an. Pour parcourir 10° 21 ' 20^' de ce cercle, il mettra (10° 21' 20" : 28' 12" =) 22 ans, et comme il sera en J en 2024, il parviendra en Z^ méridien inférieur de Paris, pour l'an ( 2024 -]- 22 = ) 2048, année où la déclinaison magnétique sera 0° à Paris, comme elle Tétait en 1666, lorsque le pôle se trouvait au point F du méridien supérieur. .
> Ainsi, pour de F se rendre en Z et parcourir ISO*" du 75° 22^ parallèle, le pôle magnétique mettra (2048—1666=) 382 ans, et 764 années pour les 360° de ce cercle. Du point Z, le pôle, continuant toujours son mouvement de circonvolution de l'ouest vers l'est, et se portant successivement vers 0, R,,S, T, D, V, X, etc., rouvrira l'angle de la déclinaison magnétique de Paris, qui alors deviendra orientale, et dont le mouvement de l'ouverture depuis Z jusqu'à U sera en tout proportionnel au mouvement de sa fermeture de B vers Z.
• Dés que le pôle aura attelut le point U , ce qui arrivera 229 ans après Tau 2048 et ainsi pour Tannée 2277, la déclinaison magnétique aura le plus grand angle qu'elle puisse avoir à l'orient^ et qui sera, comme son occidental^ de 22"* 34'. Passé ce point U, où la ligne Ce/ est tangeante au 75° 22' parallè'e, il décroîtra jusqu'à ce que le pôle magnétique soit retourné en F, où il était 764 ans auparavant^ à Tan 1666, rendant de nouveau nulle la déclinaison magnétique pour Tannée 2430. Alors, dans son mouvement de circonvolution autour du pôle A du monde, il aura tracé un cercle parfait, parallèle au 75*^ 22' de latitude nord.
> Nous pouvons diviser en deux périodes, chacune fournissant une déclinaison occidentale et orientale, 'ce mouvement de circonvolution du pôle magnétique autour du pôle du monde : Tune qui sera le temps que le premier pôle met du point B à se rendre au point U , en parcourant le grand arc B, Y, G, H, J, Z, 0, R, S, T, D, dont l'étendue est de (90° — 72° 38'= 17° 22' X 2 = 34" 44'+ 180°=) 214« 44', période pendant laquelle il se produira une fermeture d'un angle occidental et l'ouverture d'un angle oriental , et qui sera de (2277 — 1819 =) 458 ans; la seconde période, pendant laquelle il se produira une fermeture d'un angle oriental et Pouverture d'un angle occidental, sera celle que le pôle demande pour de U se porter vers B, en parcourant Tare U, V, X, F, P, M, B, de (72^ 38' x 2 =) 145° 16' du 75° 22' parallèle : laquelle période, étant de (153x2=) 306 ans, sera de (458 — 306 =) 152 ans plus courte que la première. Pour notre siècle , nous venons de commencer la grande période de 458 ans.
» Cette théorie du mouvement magnétique est encore trop nouvelle; elle a besoin de l'observation de bien des siècles pour être complètement justifiée. Mais lorsqu'on voit qu'elle peut se soumettre déjà aux calculs les plus rigoureux de la géométrie, et que ceux-ci donnent, à quelques minutes près, des angles calculés semblables à ceux observés pendant deux siècles, lorsqu'on voit qu'elle répond enfin à toutes les exigences et à toutes les irrégularités apparentes des mouve-
*** PUYSIQDE CÉLESTE.
cor7à^^iS!?3î' """^ °'*'^*' P^ *«»* **** = *> «"O"» reste encore à traiter d'un mouvement magnétique.
— Lequel?
— L'inclinaison.
— Parbleu ! c'est vrai ; je n'y pensais plus !
— Pour cause, peut-être?
vaT^^JfkT'''' ^® °'^ ï*"*^"' ^' I««* <!«« je n'j pensais ïï;uêr«Ï °? P««t «'appliquer à I^nclinaiiS! cïï^ t m« œZr^r '* ^"«dmissible. Je ne suis pas entêté
te pre^wTTl*' w 'ï"^, J* *^ ''«*'«"°«" faulivS: je suis feim .i? rejeter C'est peut-être ce que nou^^allons Snt î «2- '^^ '" *^ -«agnétisme. Mais voyons cepen-
aiêicLT?^'";*", °''>»^«"ent de l'inclinaisoi les coSéquences de ses calculs.
ie m^rîîi" "T^'^^f ^! l'hémisphère nord n'est, comme je me réserve de vous le démontrer, qu'un courant de haut en bas de matière électrique, un courant des régions hautïï de 1 atmosphère vers un point de la surface de la terre, vere lequel point tous les pôles nord des aiguiUes aimantées se orngent. Ces pôles sont chargés de matière électrique, et par ce, sont répulseurs de ce fluide; ainsi, lorsqu'ils sont atth^ vers le point de la surfece de la terre où le pôle magnétique se trouve, ces pôles des aiguiUes reçoivent en même temps du courant électrique de haut en bas, sur ce même point de ta sur&ce de la terre, une répulsion, un refoulem^t vers celte surlace ; ce qm occasionne le phénomène de ce mouvement magnétique qu'on nomme inclinaison.
» Ainsi, l'inclinaison d'un pôle de l'aiguille aimantée vers un pôle magnétique étant le résultat de l'influence de ce dernier, lequel repose toujours sur la surface de la terre, plus on approche du pôle magnétique, plus cette influence ou inclinaison magnétique doit être grande pour une aiguille aimantée. "
MOUVEMENTS MAGNÉTIQUES. t25
> En 1666, le pôle magnétique était en F, sur le méridien de Paris ; il se trouvait le plus près qu'il lui est possible d'être de Paris, puisque sa distance n'était alors que FC de {W 10'— 14° 38' = ) 26« 32'; son influence inclinante devait donc être la plus grande que nous ait donné l'observation. Effectivement, l'inclinaison magnétique approchait de 75^, la plus grande observée jusqu'alors. Mais le pôle magnétique de F se portant, cinquante et un ans et quatre mois après 1666, vers P où il était en 1717, sa distance est devenue PC et ainsi plus grande; alors l'inclinaison magnétique dut diminuer.
» Tout le problème se résout donc à trouver la valeur do triangle sphérique obliquangle ACP, dont nous connaissons l'angle C de la*» 58', l'angle A de 2^ 12' 58", le côté AC de 41'' 10', et le côté AP de 14"" 38'. Le calcul ne sera donc pas long et difficile; nous avons tous les éléments nécessaires.
» Poxur avoir la longueur de l'arc PC, représentant la valeur de l'inclinaison magnétique, le triangle sphérique obliquangle APC nous donne cette proportion :
Sin. C=12o53' : s. A=r24o 12'40"::s. AP=14«> 38's. PC=a;.
SOLUTION
0^65177 compt. arith. du log. sin. 12^ 53', 9,61288 log. sin. de 24' 12' 40", 9,40248 log. sin. de 14** 38',
Somme 9,66713 log. sin. de 27* 41' 20" = PC, longueur
demandée de cet arc, c'est-à-dire la distance du pôle magnétique à Paris pour l'année 1717.
» Comme en 1666 celte distance était FC = 26* 32', en 1717, 51 ans après, elle était PC = 27° 41' 20", et ainsi de (27° 41 ' 20"— 26« 32' =) 1" 19' 20" plus grande; ce qui devait foire diminuer d'un certain chiffre l'influence du pôle magnétique sur l'aiguille aimantée, et ainsi diminuer l'inclinaison magnétique.
» 51 ans après 1717, en 1768, le pôle magnétique était en M, et traçait sur la surfoce de la terre le triangle sjdiiérique obliquangle A MC, dont nous connaissons l'angle C de
20*^ 18', Pangle A de 48'^ 25' 20", et le côté AM de W 38'; pour avoir l'arc MC de ce triangle, j'ai la proportion :
Sin. C=20* 18' : s. A=48« 25' 20":: s. AM=U° 38 : s. MG.
SOLUTION
0,45976 compl. arith. du sin. 20° 18', 9,87393 sin. de 48» 25' 20", 9,40248 sin. de 14° 38',
Somme 9,73617 sin. 33'> 0' 20" = MC, qui est la grandeur de cet arc, et ainsi la distance du pôle magnétique à Paris pour l'année 1768. Comme cette distance était en 1717, 51 ans avant, de 27** 41' 20", elle augmenU donc de (33'*0'20"— 27*^41^20"=) 5« 19'; ce qui doit, proportionnellement à ce chiffre de plus grande distance, diminuer l'influence du p6le et ainsi l'inclinaison magnétique.
• En 1819, 51 ans après 1768, le pôle magnétique s'était transporté sur B, et faisait ainsi, sur la surface de la terre> le triangle ABC, rectangle en B, et dont nous connaissons l'angle C de 22° 34', l'arc AB de 14° 38', plus l'angle droit B. Pour avoir l'arc PC, nous avons la proportion :
Tang. C = 22<' 34' : tang. AB=14o 38' :: R : sin. BC=x.
SOLUTION
0,38136 compl. arith. du log. tang. 22<' 34', 9,41680 log, tang. de 14o 38',
Somme 9,79815 log. sin. BC= 38» 55' 22",
qui est la distance BC du pôle magnétique à Paris en 1819, et qui, étant de (38° 55' 22"— 33° 0' 20"=) 5° 55'2" plus grande que celle de l'année 1768, doit ainsi diminuer l'inclinaison magnétique d'une valeur proportionnelle à ce chiffre.
> Dire que l'inclinaison magnétique diminue degré pour degré à l'augmentation de la distance du pôle magnétique, ce serait faire cette diminution trop forte. Prenons pour chiffre proportionnel la moitié de la différence de l'augmentation de chacune des distances.
> En 1819, la Connaissance des Temps nous donne 68° 35' pour inclinaison magnétique observée à Paris; comme, d'à*
près nos calculs nous avons trouvé que depuis 1768 jusqu en 1819 la distance du pôle magnétique augmenta de S"" 55' 2'^ et qu'il fut dit que l'inclinaison magnétique ne devait pas avoir diminué de 5'' 55 '02'^ augmentation de ia distance, mais seulement de la moitié = (5° 55' 02" : 2 =) 2° 57' 31", l'inclinaison observée à Paris en 1768 devait être (68" 35' -f 2° 57'31" = )7r 32' 31".
> Conuue de 1717 à 1768, la distance du pôle magnétique s'est encore augmentée de 5° 19', ainsi que nous venons de le calculer, Tinclinaison magnétique a donc diminuée pendant ces 51 ans de (5° 19^ : 2 = ) 2° 39' 31", qui, ajoutés à 7r 32' 21", inclinaison pour l'année 1768, nous donnent (71° 32' 31" + 2° 39' 30" =) 74^ 12' 1" pour inclinaison magnétique de l'année 1717,
> Pendant les 51 années qui séparent Tan 1717 de Tan 1666, nous avons vu que la distance du pôle magnétique avait augmenté de i"* 19' 20", qui, divisés par 2, donnent 0*" 39' 40" pour diminution de l'inclinaison magnétique pendant cette période de 51 ans. Ainsi, l'inclinaison observée à Paris, en 1666, devait être de (74° 12' l" + 0° 39' 40"=) 74*' 51' 41".
— Le Catalogue des inclinaisons magnétiques de Paris à la main , j'ai comparé les résultats de vos calculs avec les chiffres des inclinaisons observées, et j'ai trouvé, aux dates où vous rappor lier les chiffres de vos inclinaisons calculées, que ces chiffres coïncidaient réellement à ceux donnés par l'observation pour ces mêmes époques à Paris.
— Ah, il n'y a plus de plaisir ! les calculs des mouvements magnétiques ne sont plus que des âneries. Je les abandonne au pilotin. Continuera qui voudra les calculs des inclinaisons futures produites par les distances YC, GC, HC, JC, etc., du pôle magnétique à Paris !
— Ne crions pas encore victoire ! En feuilletant le Catalogue des observations magnétiques faites à Londres, et en les comparant à celles faites à Paris aux mêmes époques, je trouve une anomalie telle, qu elle peut être regardée comme
la réfatatioD de toute votre théorie. Par exemple, c'est en 1666 qu'à Paris la déclinaison magnétique est nulle, le pôle magnétique étant en F, lorsque ce n'est qu'en 1657, neuf ans auparavant, qu'était nulle à Londres la déclinaison magnétique. Londres est à 2"^ 26' à l'occident de Paris, et le mouvement du pôle magnétique autour du p6le nord du monde se fait» dites- vous, de Test à l'ouest. Alors Londres aurait dû avoir son angle de déclinaison à zéro (2° 26' : 28' 12''=) 5 ans après 1666, c'est-à-dire 5 ans après que cet apgle avait été z^o à Paris; comme l'observation prouve, au contraire, que Londres eut son angle de déclinaison à zéro 9 ans avant Paris , il se trouve une différence de(5 + 9 = )14 ans, qui vient apporter à votre théorie , sinon une réfutation absolue, du moins une difficulté dont la solution me paraît peu probable.
— Merci, capitaine, de votre observation ; elle vaut à elle seule une découverte ! Loin de redouter les obstacles aux théories que je me fais des mouvements des choses, j'aime à les provoquer moi-même; car en fait de science la production d'une difficulté est déjà l'enfantement d'une découverte d'autant plus importante que la difficulté est plus grande. Je ne rejeterai pas ma théorie parce que je lui trouve une anomalie, mais je chercherai avant la cause de cette anomalie.
» Lorsque je considère les oscillations diurnes de l'aiguille aimantée, les heures invariables pour chaque climat auxquelles arrivent les maxima et les ndnima de ces oscillations, lorsque je considère que ces heures sont différentes suivant les climats et les saisons, je puis croire que le soleil, ou mieux que le dégagement plus ou moins grand de calorique qu'il produit de la surface dans l'atmosphère, en engendrant la diversité des températures des contrées de la terre, et ainsi la diversité des combinaisons chimiques de l'atmosphère, peut fort bien produire des anomalies dans la direction de l'aiguille aimantée, et faire même que cette direction ne soit qu'une diagonale produite par deux forces opposées.
MOUVEMENTS l^fAGNÉTIQUES. 129
t> Vous savez combien le ciel de Londres est dissemblable à celui de Paris; Pétai atmosphérique 46s régions circon- YÔisines influent peut-être encore plus puissamment que la température même de l'4ogleterre. L'étendue immense de terre froide qui s^étend au nord-est de la France n'apporterait-elle pas à la direction de Paiguille aimantée, placée à Paris^ une certaine influence attractive produite par l'état sec et ainsi sur-oxygéné de son atmosphère? Les contrées circonvoisines *de l'Angleterre étaût toutes maritimes, doivent avoir une combinaison atmosphérique fort différente; car, se trouvant en eUes des masses énormes de vapeurs d'eau, le calorique qui retient ces vapeurs» est donc en excès dans leur atn^osphèrOk
• Ainsi le pôle nord de l'aiguille se dirigeant vers toutes masses contenant de l'oxygène le {dus purifié, aura en France une tendance constante vei^ le nord-est , tendance qui, en Angleterre > n'existe plus ou doit être considérablement diminuée. C'est sans doute par ces causes que Londres eut sa déclinaison magnétique à zéro neuf ans avant Paris.
• Le pôle magnétique était donc déjà dépassé de quelques degrés des points du 75° 22' parallèle où mes calculs précédents le trouvaient à l'aide des angles magnétiques qu'il produisait à Paris; car ces angles n'étaient que le terme moyen de deux influences magnétiques à directions presque opposées. Dans la supposition peu probable que Londres obéisse directement et sans aucune perturbation à l'influence du pôle magnétique, Paris aurait été 14 ans en retard; et comme ces 14 ans valent 6"" 34' du 75<* 22'^ parallèle, le pôle magnétique,''au lieu d'avoir été, en 1819, sur le 72** 38', aurait donc été sur le { 72* 38' + 6« 34' = ) 79o 12'.
f Malgré les anomalies qu'un point de la terre paraît avoir dans l'époque où il donne soit zéro, soit le maximum d'ouverture à son angle magnétique comparé avec l'angle d'un autre point de la terre, le mouvement du pôle magnétique autour du pôle du monde, sur le 75'» 22' parallèle, n'en existe pas moins constant et invariable. Chaque latitude pourrait le démontrer, comme l'a fait la latitude de Paris.
» Par eicemple, prenons Londres, puisqtie nous venons de parler de cette capitale; car je pourrais prendre tout autre lieu. Lorsque l'angle de déclinaison est à son maximum pour un point quelconque de la terre, . ce Heu fait tracer sur la surface de la terre un triangle magnétique de forme sphérique et rectangle au point de la surface où se trouve le pôle magnétique ; car la ligne CB (Fig. I''), qui joint ce pôle^u lieu d'observation, est tangeante au parallèle où se trouve le pôle magnétique. Si réellement ce dernier est toujours constant sur le 75^ 22' parallèle, et qu'il ait sur ce cercle un mouvement uniforme de circonvolution, tous les calculs faits, pour n'importe quelle latitude, doivent accuser cette vérité.
» Ainsi, dans le triangle sphérique rectangle que traçaient le complément de la latitude de Londres, le complément du 75^ 22' parallèle et la tangeante à ce parallèle, laquelle joignait Londres au pôle magnétique, lorsque Londres possédait son plus grand angle de déclinaison, nous connaissons, outre l'angle droit, le complément du 75"" 22' parallèle, qui est 14'' 38^ et le complément de 5V 31', latitude de Londres, et qui vaut (90° — Sl^ 31 ' =) 38° 29'.
» Voulant avoir le chiffre du plus grand angle de la déclinaison magnétique que peut avoir Londres, dans la supposition que le pôle magnétique n'abandonne pas le 75'' 22' parallèle, je fais cette proportion :
Sin. 38« 27' : R :: sîn. ir 38' : sin. de l'angle demandé.
SOLUTION
0,20600 compl. arith. du log. sin. 38° 27', 9,40248 log. sin. de 14» 38',
Somme 9,60848 log. sin. de 24°,
qui est l'angle de la plus grande déclinaison magnétique que puisse avoir Londres. Vous voyez que c'est aussi celui donné par l'observation.
» Voulant maintenant connaître sur quel méridien du 75° 22' parallèle se trouvait le pôle magnétique lorsqu'il donnait à Londres son plus grand angle de déclinaison, j'ai à chercher l'angle que faisaient alors au pôle du monde le më-
ridien de Londres et le complément du 75"* 22' parallèle, et je fais cette proportion :
Cot. H"" 38' compl. de 75<> 22\ est à cot^^^" 28^ compl. de
la latitude de Londres; *
Comme R. est à cos. de Pangle fait au pôle.
SOLUTION
9,41680 compl. arith. du los. cot. i4<>38', ^,09965 cot. 38<> 29'comid. de la lat. de Londres,
Somme 9^51645 cos. de 70« 50', qui est l'angle fait au pôle, c'est-à-dire le méridien compté de Londres et sur lequel se trouvait le pôle magnétique, lorsqu'il donnait à Londres sa plus grande déclinaison.
» Or, comme je vous ai criculé que, dans son mouvem^t de circouYolution, le pôle magnétique parcourt en un an 28' 12'^ du 75° 22' parallèle, pour de 0° venir à son i^us grand angle, la déclinaison magnétique de Londres accuse donc un déplacement du pôle magnétique de 70<' 50' du 75° 22' parallèle, ce qui demande (70« 50' : 28' 12" = ) 150 ans , lorsque la déclinaison de Paris lui en accuse un de 72*» 38', et la différence 1° 42' de ces deux mouvements vaut en temps 3 ans. Ainsi Londres aurait dû avoir son plus grand angle magnétique 3 ans avant Paris, si ces deux capitales étaient sur le même méridien. Cette apparence de vitesse du mouvement du pôle magnétique, plus grande pour Londres que pour Paris, vient de leur différence de latitudes. En effet, cette différence 2' 41 '(51" 31'lat. de Londres— 48*» 50'lat. de Paris) tient Londres plus proche du pôle magnétique, et fait que le mouvement de ce dernier doit paraître à Paris plus lent et la déclinaison qu'il y produit moins forte qu'à Londres.
» De ces calculs nous tirerons donc ces conséquences importantes : que la déclinaison magnétique est en rapport avec les compléments des latitudes, et que la plus grande déclinaison que puisse avoir un lieu situé à l'équateur est égale à 14^ 38 ', complément du 75*> 22 ' parallèle.
» Telles sont, selon moi, les lois immuables des mouvements du magnétisme terrestre. Mais rx>mbien de causes secondaires et locales ne viennent pas jeter le trouble dans leurs
fonctions déjà si abstraites? Un changement de température , le climat de contrées voisines > des courants électricpies souterrains ou atmosBhériques provenant du voisinage de minéraux ou de bouleversements intestinaux, la variation de latmosphère de régions proches ou éloignées, sont autant de sujets de perturbations insaisissables. Mais au milieu de tous ces éléments de discordance, il existe une loi immuable qui pousse par un mouvement uniforme le p6le magnétique autour du pôle nord du monde sur le 75"" 22' parallèle, et dont la vitesse est de 28' 12'^ de ce cercle par an.
— Je pense, d'après vos dernières observations, que la cause du magnétisme de la terre pourrait bien provenir de la diversité de température de la surface de la terre.
— Je suis fortement! porté à croire comme vrai que le magnétisme de la terre n'est qu'âne tension chimique des combinaisons atmosphériques. Comme c'est le dégagement de calorique produit par le soleil qui donne à l'atmosphère ses qualités et ses températures, la diversité des températures de la surface de la terre peut être regardée comme étant en somme la cause du magnétisme terrestre.
> Il est donc impossible de résoudre complètement les phénomènes magnétiques, si on ne s'appuie pas sur les lois fondamentales de la météorologie; et comme celles-ci, quoiqu'on puissent croire certains astronomes, sont dépendantes des mouvements planétaires, vous trouverez bon que je traite de ces derniers mouvements avant de compléter ma théorie sur le magnétisme.^ Quittons donc Tétude de la terre pour explorer le ciel.
— J'accepte avec plaisir; j'aime beaucoup ces variations d'étude et de pensées. Un long séjour sur le même sujet apporte toujours de la monotonie. >
A cet instant, la voix criarde de la cloche de notre navire, se jetant au milieu de notre conversation, lui mit un terme ; car elle nous annonçait que le temps de notre service sur le pont était terminé.