SIXIÈME QUART
METEOROLOGIE.
De fiiatre à huit heores du malin.
A l'horizon oceidental, la lune; dans toute la splendeur de son éclat virginal) descendait silencieuse du ciel vers la terre. Sous sa lumière rêveuse et tremblante, la nature semblait endormie, bercée au milieu de cette douce harmonie des élémepts.
Depuis longtemps nous goûtions avec tant d'égoïsme, le capitaine et moi, les charmes d'une fin de belle nuit des Tropiques, que, dans la crainte de troubler nos propres rêves, nous ne nous étions pas encore adressé la parole. Mais un petit vent frais, parti de l'Orient, murmura au travers des cordages du navire, et vint caresser nos visages.
Quelque absorbé que soit sou esprit, le marin se réveille bien vite de toute apathie de Tâme^ à la plus faible sensation d'un déplacement de vent.
— Brasse tribord devant! commanda brusquement le capitaine. >
Puis m'appercevant près du timonier : c Yoilà^ me dit-il, pendant que Péquipage exécutait la manœuvre, un petit vent qui, s'il continue, nous fera vite arriver à Montevideo.
294 FHYSIQUE CÉLESTE.
— Je l'attendais. Mais, avant deux heures, il sera tombée
— Et la cause, s'il vous plaît, monsieur Mathieu Laens-^
berg?
— Parce que cette cause sera dans deux heures à 25*" au^ dessous de Tfaorizon.
— C'est donc la lune qui nous produirais ce vent?
— Elle nous occasionne bien d'autres choses. Cet astre est, depuis l'équateur jusqu'à d'assez hautes latitudes, la principale cause des pluies. 11 remplit dans l'atmosphère de la terre les fonctions de condensateur des vapeurs qu'y fait porter le soleil.
— Voilà encore du nouveau ! Vous êtes une vraie plaie de découvertes scientifiques... Oh! Newton, que seriez-vou» auprès de ce génie, que j'ai l'ineffable privilège de porter sur ma barque !
— Vous rirez tout à votre aise, si je suis dans l'erreur ; mais si j'ai raison, j'espère que vous l'avouerez.
— Que la foudre brise mon grand mat, si nos savants d'Europe et des Amériques s'attendent à ce déluge de découvertes qui menace leurs augustes têtes!... Eh! moi, qui avais la pensée d'aller chercher, dans le sein d'une Académie, le repos de la docte béatitude!... Ah, bien oui! vous jetez l'anarchie et la tourmente jusque dans ces lieux. Avec vous, il n'y a plus rien en place : vous portez le trouble au ciel et à la terre; et, ce qu'aucun mortel n'a pu encore faire, vous chassez l'indolence des doctes assemblées, son refuge avoué... Mercure endormit Argus; c'était difficile. Mais, vous, vous réveillez les immortelles! c'est beaucoup plus; c'est le treizième des travaux herculéens !
— Le quatorzième sera de me faire écouter de vous sans interruption.
— Vous avez donc fait vœu de bouleverser la science humaine? Vous détrônez jusqu'au soleil, qui, selon vous, n'est pas pins privilégié que tout autre globe du firmament. Et, sans doute par économie de ressorts, vous faites sortir tous
MÉTÊOROLOGri?. 296
les nioaveinents planétaires de la cause qui produit aux sphères célestes leur lumière et leur chaleur atmosphériques. Quel cerveau est le vôtre ! Vous embrassez 1 infini d^un seul regard... L'univers semble n'avoir plus de mystères pour vous. Où donc avez-vous été chercher tout cela?
— J'ai beaucoup observé, et j*ai autant réfléchi. La raison humaine est un guide qui conduit droit à Dieu.
— Sans doute que vous n'avez pas la prétention d'être rhomme le plus raisonnable?
•— Que le ciel me garde d'une telle impertinence! Tout le secret de ces solutions qui vous étonnent tant, repose dans cette maxime, qui n'est pas d'hier, car elle est de saint Thomas qui Ta mis lui-même fort avantageusement en pratique : c'est que, dans la science, il faut voir avant de croire. Beaucoup de gens pensent que toute la science est dans^le fait de lire les ouvrages de nos savants; et ils se donnent pour très-instruits, lorsqu'ils ont fait une grande consommation de ces livres.
» Mais à force d'entasser les idées des autres dans leurs cerveaux , il se trouve qu'il n'y a plus de place pour les leurs propres. Alors ces hommes, dont les longues éludes devraient en avoir fait des phénix de science, n'ont pas même le mérite de l'homme du peuple, dont le bon sens naturel est si puissant. En perdant l'usage de la réflexion, qui seule donne le génie, ils ne sont plus que des perroquets criards,, dont le caquet vous étourdit et vous assomme, quand vous êtes las d'en rire.
» Je rends grâce à la Providence d'avoir rendu mon enfance trop pauvre, afin de l'empêcher d'être trop prématurément instruite, c'est-à-dire savante sans l'aide de la réflexion. J'ai grandi ainsi, devant tout à moi et rien aux autres. La marine seule aida au développement des premières impressions de mon adolescence sur la science du ciel. Je lui dois tout ce que vous appelez mes découvertes astronomiques; car, pauvre ouvrier, sans elle je serais resté à Paris, forcé de voir, comme tant d'autre^, les germes de mon
intelligence, resserrés dam des limites iafranchissableâ, naître que pour fi'étioler et mourir. Mes réflexions sur les faite de la nature purent me fournir la matière première de mes travaux; mais ta marine, en m'apportant la puissance des calculs^ me donna l'art de la travailler.
> Croyez- vous, capitaine, qu'un simple sentiment de eu-* riosité m'ait seul poussé à Fentreprise de travaux dont Timmensité et la fastidieuse monotonie eussent rebuté le plu& intrépide! croyez-vous que je n'étais pas persuadé que je devais trouver en eux un intérêt plus haut que celui de la curiosité satisfaite!... Non; si Dieu voulut que le génie de Phomme s'éleva à l'intelligence de sa grande œuvre et des lois qui régissent les globes du firmament, c'est qu'il a placé une grande récompense, un puissant intérêt matériel à cette élude de la nature, afin que l'humanité, fût portée à s'y livrer par l'e^^ir du bien-être qu'elle doit en retirer.
» Ainsi, par cela seul que Dieu veut que l'homme soit initié à tous les mystères du ciel, il doit avoir, dans la connaissance de ces mystères, un haut intérêt humanitaire. Cet intérêt ne peut être que matériel, puisqu'il sort de la connaissance d'événements éminemment matériels. De quelle connaissance l'humanité retirera* t-elle le plus grand intérêt matériel? De la connaissance des lois de la météorologie; car à elle seule est attaché le bien-être matériel de l'homme.
> La théorie astronomique la seule vraie, celle-là qui satisfera à toutes les exigences des mouvements et des phénomènes planétaires, sera aussi celle qui pourra nous démontrer les lois si mystérieuses et si utiles de la météorologie de notre globe. Je pense que ma théorie peut s'appliquer à quelques problèmes généraux de cette science, qui, quoique extrêmement compliquée par d'innombrables influences secondaires et locales, doit cependant se plier à certaines lois, à certains mouvements planétaires.
— Trouver ces lois, dit le capitaine, ce serait couronner dignement votre œuvre; et je n'hésiterais pas à vous mettre alors de parallèle avec Francklin, mon compatriote, par rhumanité couronné son bienfaiteur.
MÉTÊOROLOGIB. 207
— Je ne sliis donc plus untitopisle, ainsi que quelquefois vous paraissiez vouloir me traiter.
— Eh ! la plus graude folie a souvent des préliminaires qui lui donnent l'aspect d'une grande œuvre.
— Toujours aimable!.... Oh! je serai sans miséricorde pour vous ! je vous couvrirai d'une montagne de preuves : et, dussiez-vous en ressentir un ennui qui vous donnât le spleen, je ne cesserais de vous accabler que quand vous me demanderez grâce en avouant ma victoire !... Comme le jour parait et va me permettre de vous faire des calculs, je commence à l'instant même ma vengeance.
» Chaque jour, il est avéré que le soleil est le premier moteur des phénomènes météorologiques, puisque c^est par son action sur notre planète qu'il dégage dans l'atmosphère de celle-ci sa chaleur et une partie de sa lumière. La lune n'aurai l-elle pas aussi quelque influence sur notre météorologie? et quelle serait cette influence comparée à celle du soleil?
» 11 est certain que, l'attraction ou poids du soleil sur la terre produisant dans l'atmosphère de cette planète une puissante ségrégation de calorique, la chaleur et une grande partie de la lumière de la terre viennent de cette pression atmosphérique. L'attraction ou pesanteur de la lune sur notre planète peut-elle produire les mêmes phénomènes? Il suffit pour cela de voir la différence des compressions atmosphériques produites par le soleil et la lune. Ces calculs sont des plus faciles. Afin d'éviter des réticences, nous supposerons que la terre est immobile, et que le soleil et la lune tournent autour d'elle.
» Le rapport du volume du soleil et de celui de la lune est ( 1326480, volume du soleil : 0,020, volume de la lune=:> 66324000 en plus pour le soleil. Ainsi, ce dernier astre serait forcé, pour arriver à la distance où la lune est de la terre, de déplacer une masse de milieu résistant qui serait 66324000 fois plus grande que celle déplacée par la lune. Mais cette masse de milieu, diminuant comme le carré de la distance augmente, n'est plus pour le soleil que (66324000— 165649,.
carré de 407, quotient des distances du soleil et de la lune à la terre, =) 66158351 fois celle déplacée par la lune.
» Or, la résistance du milieu comprimé augmentant proportionnellement à sa masse, le soleil deyrs^it donc, à force d'attraction égale, être éloigné de la terre, non pas de 407 fois la distance de la lune à la terre, mais bien 66158351 fois celte distance. Puisqu'il n'en est pas ainsi, il faut que Tintensilé attractive ou pesanteur du soleil sur la terre soit (66158351 : 407=) 162305 fois plus grande que celle de la lune sur le même globe. Or, quoiqu'ajant, à sa distance 407 fois plus grande que celle de la lune, une attraction sur la terre de 162305 fois celle de la lune, et comme l'attraction diminue comme le carré de la distance augmente, la masse du soleil est (162305x165649, carré de 407,=) 26885660945 fois celle de la lune.
» Le soleil recevant du milieu une répulsion 66158351 fois plus grande que celle reçue par la lune, et conservant, par sa masse énorme, une attraction 162305 fois plus grande que celle de la lune sur notre terre, doit nécessairement être éloigné de notre planète de 407 fois comme Pest la lune. Ce rapport des distances calculées de ces deux globes h la terre est aussi celui de ces distances observées.
» Vu le volume du soleil , qui est 66324000 fois celui de la lune, Pactiou solaire embrasse tout Fensemble de l'hémisphère de la terre tourné vers cet astre , lorsque l'action de la lune ne se produit que sur une étendue de 0, 25 de la surface de ce même hémisphère. L'action lunaire est ainsi relative, et celle du soleil est absolue. L'étendue de l'action solaire sur notre planète est égale à la surface de l'hémisphère de la terre tourné vers le soleil, lorsque l'étendue de l'action lunaire ne peut embrasser ainsi que le quart de cet hémisphère.
» Nous avons vu aussi que la résistance ou répulsion que l'attraction planétaire amène entre tous les globes, ne produisait pas seulement leurs mouvements, mais qu'elle était aussi la cause qui engendrait dans leur atmosphère ce grand dégagement de calorique, d'où naisst'nt leur chaleur at-
mospbérique et upe grande partie de leur lumière solaire. Le soleil, et jamais la lune, a seul donc la puissance de produire un vaste dégagement de calorique dans l'atmosphère des planètes ; car sa pression sur cette atmosphère est égale à la répulsion qu'il en reçcHt.
> Le soleil recevant de la terre une répulsion 66158351 fois plus grande que celle qu'en reçoit la lune, dégage de notre atmosphère une grande quantité de calorique et de luaiière sur toute l'étendue de l'hémisphère de la terre tourné vers lui; tandis que l'action du satellite sur notre atmosphère, étant non-seulement 66158351 fois moindre, mais n'agissant que sur une étendue de 90*" de cet hémisphère, ne peut engendrer de sa pression sur notre atmosphère aucun dégagement de chaleur et de lumière sensible.
* La lumière qui nous vient de la lune n'est donc qu'une réflexion ou émission de celle produite par le soleil dans Tatmosphère ^e notre satellite, lumière qui est très-faible en comparaison de celle produite par le même astre dans l'atmosphère des planètes du premier ordre. Aussi, je regarde les satellites comme des globes dont la surface est constamment glacée. C'est à leur froide température qu'il faut attribuer l'excessive pureté de leur atmosphère; car il ne peut jamais s'élever dans ces atmosphères des vapeurs d'eau, puisque toutes les substances qui sont liquides sur la terre et les autres planètes de premier ordre, sont des solides ou glaces sur les satellites. C'est aussi en raison de cette température glaciale de leur atmosphère que ces derniers globes sont pour leurs planètes d'aussi bons réflecteurs de lumière solaire; car leurs surfaces glacées n'absorbent qu'une trèsfaible portion de cette lumière.
» Quelle est donc l'influence météorologique de notre satellite sur la terre ? Pour bi^ l'apprécier, considérons la lune dans les phénomènes qu'elle produit sur les élévations des eaux de l'océan. Quoique l'attraction du soleil sur la terre soit 162305 fois plus grande que celle de la lune, comn^ elle est absolue , le soleil doit avoir, par son excès même de puissance, moins de part aux marées que la lune;
car i'élévatiop des cauiL ne vient .pas de la quantité absolue qui 1^ attire, mais de la quantité relative, c'est-A-dire de la différence et du non parallélisme de ses actions.
> Ainsi, par sa trop grande puissance, l'attraction solajre ne peut produire qu'une faible élévation des eaux do l'océan vers la verticale dé son centre d'action ; car elle attire tontes les parties du globe avec une puissance presqu'égale, et qni laisse une très-petite différence de son minimum à son maximum. De cette considération, il résulte que, de l'excès même de l'attraction du soleil, les marées solaires doivent être trèsfaibles. Puisque le soulèvement des eaux de l'océan vers les astres attractenrs ne provient pas du globe attracteur le plus puissant, c'est que l'attraction du globe qui le produit n'embrasse pa^ rbémisphère entier, comme le fait le soleil, mais seulement une portion de cet bémisphèrc.
> L'étendue de l'influencH attractive d'une sphère sur la surface d'une autre sphère est proportionnée à la grosseur de la sphère attractive; ainsi, le rapport du volume du soleil à celui de la lune étant 66324000, l'attraction solaire embrasse donc une étendue de la surface de la terre de tout ce chiffre plus grande que celle qu'occupe l'attraction lunaire. Mais l'étendue de cette influence diminue, pour la terre, comme augmente le carré de la distance des globes attracteurs; et le rapport des distances du soleil et de la lune à la terre étant 407, dont 165649 est le carrée l'étendue de l'influence solaire sur la surface de la terre n'est plus que (66324000, quot. des volumes : 165649, carré du quot. des distances, =) 400 fois celle de l'attraction de la lune.-
» Quelque grande que soit l'étendue de l'attraction du soleil , elle est limitée par la surface de l'hémisphère de la terre tourné vers cet astre. Supposons un instant que l'étendue de l'attraction lunaire soit 1 ou 180'' de la drconférence de la terre, celle de l'attraction solaire qui est 400 fois celle de la lune, et qui est toujours de 180», ramène l'étendue de latlraclion lunaire à la moitié de l'hémisphère de la terre , c'est-à-dire à 2 fois moins l'étendue de l'attracUon solaire ; car ( 400 : 180 = ) 2 , qui valent 90° de la circonfé-
MÉTÉOROLOGIE. 30i
rence de la terre. Ainsi, en raison du peu d'étendue de son attraction sur la surface de la terre, étendue qui est la moitié de celle de Fattraction solaire, la lune est le principal moteur des maréeà, et sa facilité à soulever les eaux de Tocéan est deux fois plus grande que celle du soleil.
» Je conclus donc, de ce qui précède, que l'attraction de la lune sur la. surface de la tcri^e se fait par une étendue circulaire dont le diamètre est de 90° do la circonférence de la terre. La verticale qui joint les centres des deux globes est le lieu Anmoismum de Paitraetion qui va en diminuant ju^u'ailx 4d?^vdegréâ, valeur; du rayon de la sphère d'attraction de la lune. QuDtqub Tii^fluence attractive de la lune s'étende par un rayonnement qui ne dépasse pas 45"" de la circonjTérence de la terre, les eaux, en dehors de cette sphère d'activité, tie tenteront pas moins à s'élever dans la direction du éèntre de la luné;, car lés particules des eaux qui constituant lés mers, sont constamment unies entre elles par une adhéirenceqili be peut'perméttre qu'une partie de leur masse soit sôuâ l'impression d'un mouvement, sans que la masse entière n'obéisse à cett^ impression jusqu'à une distance fort prolongée,
» Ainsi, le phénomène des marées, quoique prodMit par une influence dpnt le rayonnement n'est que de 45° de la circoiiference de là terre, doit; encore ^e produire vîgoureuseùieht au-delà dé celte tifnite ;' et cèpe peut guère être qu'à une distiance dé (45** + 28**, déclinaison là plus grande de ta luné, =) 73 degrés de la verticale de là luné qu'il doit être le moînis sénâiblé.eomnid, de cette Verticale, l'influence attractive delà tune âur leseaui vaen diminuànit jusqu'à cette limile de 73* de la circonférence dé la terre, la hauteur des marées est. soumise à la déclinaison de là lune et à la latitude du point de la terre où elle est observée ; elle doit donc être insensible au-delà deè 73™" parallèles.
» En faisant toujours abstraction de l'action du soleil, la Jbaute.mer devrait aypir lieu au moment même du passage de 1^ lusepar le méridien.. Cela arriverait si les eaux de l'océan ne se trouvaient pas toujçurs sous deux influences lunaires
contraires, lattracUon et la réputsion produite par la résistance du milieu qui sépare la terre de la lune. La hauteur des marées est donc la différence de ces deux forces opposées d'effets sur les eaux. Nous avons vu, au sujet des mouvements des sphères dans leur orhite, que la force d'attraction et de répulsion se faisaient équilibre sur la surface des globes; puisque l'excédant de la force répulsive sur l'attraction s'employa! t à lancer les globes dans leur orbite et à les faire tourner sur eux-mêmes.
» De cela, nous pourrions conclure que la lune attirant et repoussant tout à la fois les eaux de l'océan, le phénomène des marées ne proviendrait pas de.cet astre.
» Nous aurions raison de conclure ainsi, si la terre n'avait pas un mouvement de rotation sur elle-même^ et si la lune n'avait pas aussi un mouvement autour de la terre ; car alors, notre satellite restant toujours immobile et perpendiculaire sur le même point de la surface de la terre, il ne pourrait y avoir aucun mouvement, dans la disposition des eaux de l'océan, qui puisse faire présumer que ces eaux sont attirées et repoussées. Elles seraient toujours immobiles, quoiqu'étant réellement sous une grande et continuelle tension produite par l'influence lunaire.
» Rendons à la terre, ici supposée immobile, son mouvement de rotation sur elle-même, mouvement qui lui fait parcourir 466 mètres de sa circonférence en une seconde de temps ; il est certain que les eaux de l'océan ne restent pas une seconde de temps sous la même influence lunaire. Trois heures avant le passage de la tune au méridien , ces eaux commencent à s'élever vers le centre de cet astre; et, luttant en même temps contre la répulsion atmosphérique produite de même par le satellite, une partie s'écoule à l'Occident vers le méridien inférieur pour y produire aussi une haute mer; une autre partie, sollicitée par Tattraction, se dirige à l'Orient, vers le centre de la lune. Un phénomène semblable , mais dans lesquels la direction des eaux suit une orientation différente , se produit à l'Orient , vers le 90** de longitude du méridien d'observation.
— Trois heures avant le passage de ia lune à ce méridien, il y aurait donc déjà haute mer à son 45« de longitude orientale?
— Cela serait vrai si la lune, outre son attraction sur les eaux de locé^n, n'avait pas aussi sur çlles une puissante répulsion. Ce ne peut donc être que trois heures après son passage nu méridien , c'est-à-dire lorsque le satellite arrive au 45° de longitude occidentale que les eaux , n'obéissant plus qu'à leur tension et an mouvement d'impulsion qu'elles viennent de recevoir par le passage de la lune sur elles, s'élèvent, en toute liberté, vers le centre de cet astre à la hauteur la plus grande qu'elles puissent atteindre. D'où il suit que la plus grande élévation des eaux ne doit pas arriver au moment du passage de la lune par le méridien , mais à peu près dans les octans , ou environ trois heures après ce passage.
» En retirant des conséquences semblables de la répulsion ou compression que produisent le soleil et la lune sur l'atmosphère de la terre contre la surface liquide de notre planète,vous aurez aussi l'explication du retard d'un jour et demi des plus hautes marées du mois, lesquelles, sans les répulsions combinées du soleil et de la lune, devraient arriver le jour même des pleines et nouvelles lunes.
> Cette longue dissertation sur les marées (fort inutilepour un marin comme vous), n'a pour but que de vous démontrer, par les influences lunaires, non-seulement une attraction qui n'est que relative et n'embrasse que le quart de notre globe, lorsque celle du soleil est absolue, mais aussi une vigoureuse répulsion de même relative et qui engendre une compression si vigoureuse de l'atmosphère de notre planète contre sa surface, que les eaux de l'océan en sont affectées comme par l'attraction de la lune.
» Je tenais de même à vous prouver que la pression atmosphérique produite par la lune, quoiqu'assez forte pour maîtriser sur un grand espace les eaux de l'océan mues par une puissante attraction, n'était pasencore assez considérable pour produire un dégagement de chaleur sensible dons notre
atmosphère. Les propriétés de la lune, peur notre météorologie, sont donc fort différentes de celles du soleil.
» Toute rinfluence planétaire de notre satellite ^t donc de faire descendre constamment des couelies élevées de l'atmosphère, vers la suHhce de la terre, dans la proportion d'un quart de cette atmosphère. La météorologie peut-elle retirer quelques avantages de cet abaissement de couches élevées de Tatmosphère et de cette pression lunaire qui court autour de la terre avec une vitesse de 466 mètres par seconde de temps?
» Les riches observations, retirées autant de Tœlhrioscope que des voyages aériens de nos savants, nous démontrent qu'il existe dans les couches, mêmes moyennes de notre atmosphère, un froid excessif. La chaleur que le soleil engendre dans les régions basses de l'atmosphère par la ségrégation de Poxygène et du calorique que sa pression produit, a bien la propriété de se mettre en équilibï-e dans tous les corps ; mais les gaz atmosphériques sont pour elle de trèsmauvais conducteurs; elle se concentre donc dans les régions basses de l'atmosphère, et s'y maintient avec toutes les exhalaisons que portent avec elles, en s'évaporant, les eaux qui sont si abondantes sur la surface de notre planète , depuis que celle-ci possède un satellite.
• Notre terre serait donc un séjour de peste continuelle, si la Providence ne lui avait pas donné en même temps qu'elle se cotlvrait des nms^es d'eau, causes de ces grandes évaporations pestilentielles , un astre dont la puissance puisse résoudre ces éléments de mort, aussitôt qu'ils s'accumulent par trop dans Patinosphère de la terre. Cet astre est celui-là même qui engendra les mers : c'est notre satellite, dont la mission est de réparer continuellement le mal qu'il fit à la terre en venant s'unir à ses destinées.
» La lune, en faisant par son poids sur l'atmosphère de la terre descendre les couches élevées de cette atmosphère vers la surface de notre planète, force ces couches élevées et essentiellement frigorifiques à se mettre en contact avec les coudies chaudes et basses, et à leur enlever une grande partie
de leur chaleur. La lune , ainsi que tous les satellite^ des autres planètes, a donc , en météorologie, une influence eèsentieilement frigorifique, et qui est assez considérable pour entrer en considération dans les calculs de la température de la terre. Mais cette influence frigorifique ne peut exister sans être en même temps une cause puissante de formation de pluie.
s Le calorique atmosphérique ou chaleur, dès sa ségrégation du gaz oxygène par la pression solaire, tend à se mettre en équilibre avec toutes les substances de la surface de la terre, et n'abandonne à l'atmosphère que l'excédant dont Tétât chimique de ces substances ne leur permet pas d'absorber, et que ces substances réfléchissent dans l'atmosphère. Mais la combinaison du calorique avec les liquides et l'eau principalement fait passer ces derniers à l'état de vapeurs, qui, vu leur force expansive et leur légèreté sous cette forme, s'étendent de toutes parts, et s'élèvent d'autant plus haut dans Tamospbère que les couches de celle-ci sont plus chaudes.
» Ces vapeurs cessent leur ^mouvement d'ascension dès qu'elles ont déplacé une masse d'air dont le poids fait équilibre au leur. Mais si ces vapeurs, ainsi arrêtées dans leur mouvement d'ascension , se trouvent encore dans un milieu atmosphérique trop chaud pour les condenser et les réduire en masse compacte ou nuage , elles continuent à nous être invisibles; ainsi que cela arrive dans les régions atmosphériques intertropicales, où l'atmosphère présente toujours un ciel des moins nuageux et des plus sereins du globe, quoique ces régions atmosphériques soient de toutes celles de la terre les plus saturées de vapeurs d'eau.
ï Les régions in ter tropicales, loin d'être d'une végétation aussi puissante que celle que nous leur voyons , devraient être arides et brûlées par le soleil; car le bienfait des pluies rafraîchissantes et fécondantes leur serait inconnu. Il est loin d'en être ainsi. Quoiqu'étant de toutes les régions de la terre celles où la pluie dure le moins longtemps, elles sont celles aussi où il en tombe davantage. Chez elles, souvent il tombe autant de pluie dans un seul jour qu'il en tombe à
306 PHYSIQUE CÉLESTF.
des latitudes élevées pendant le cours de plusieurs mois et même d*une année entière; et, pour les régions torrides, l'abondance des pluies est toujours proportionnée à la <(oantité de calorique dégagé de latmosphère par le soleil ^ et ainsi à la diminution de la distance de la verticale du soleil au point d'observation.
» Cette divine harmonie est cependant contraire à la théorie que nous ont donnée jusqu'ici les sciences; car il est observé que, plus la surface d'une région est échauffée^ plus la vapeur d'eau s'élève dans l'atmosphère, et moins s'opère sa condensation entière , c'est-à-dire sa réduction en pluie. Ainsi, dans les contrées sablonneuses, il ne pleut pas, parce que leur sable s'échauffe fortement, et réfléchit dans l'atmosphère presque toute sa chaleur acquise, laquelle met obstacle à la réduction des Tapeurs d'eau qui peuvent s'y trouver. Comme sans pluie il ne peut y avoir maintenant sur notre globe de développement organique dans la végétation, les régions intertropicales seraient aussi arides et brûlées que les déserts sablonneux. Mais le génie du Créateur plaça, dans sa divine prévoyance^ directement audessus de ces régions un astre, la lune, à qui il imposa la fonction éternelle de rafraîchir ces contrées, qui, de steppes qu'elles seraient devenues sans le satellite, sont maintenant les plus riches du globe.
> L'atmosphère des régions où la déclinaison du soleil égale leur latitude, est toujours saturée de vapeurs d'eau ; car le soleil est, pour ces régions, dans toute sa puissance calorifique. La lune , à l'horizon oriental , s'avance vers le méridien ; par son influence compressiye et relative sur l'atmosphère de la terre, elle ne tarde pas à pousser, des hauteurs de l'atmosphère vers la surface de notre planète , des couches atmosphériques excessivement froides et pures et à les mettre brusquement en contact avec les couches chaudes et chargées de vapeurs d'eau des régions basses de l'atmosphère.
» Que doit-il résulter de ce contact brusque d'un milieu saturé de vapeurs d'eau et d'un autre milieu essentiellement
METEOROLOGIE. âor
frowl et pur, contact dont la rapidité du mouvement est mesurée par la vitesse de la rotation de la terre? Les couches froides enlèvent brusquement aux vapeurs d'eau leur calorique^ principe de leur fluidité, et ramènent d'autant plus vite ces vapeurs d'eau ^ leur liquidité, que la température des deux milieux atmosphériques mis instantanément en contact par le satellite» est plus dissemblable. Sous de certaines latitudes , ces vapeurs d'eau passent quelquefois trèsbrusquement à Tétat solide ou grêle, et dont la chute sur la terre est d'autant plus impétueuse, que le poids de cette nouvelle combinaison de l'eau devient plus considérable.
^ C'est surtout sous la zone torride que la réduction des vapeurs^ d'eau par le satellite doit-être la plus marquée, car là, l'action du satellite y est toujours directe ; aussi la pluie parait-elle instantanée, et dans le court espace qu'elle dure, elle est si abondante, que presque toujours elle est torrentielle. Grâce à cette quantité énorme d'eau qui tombe sous les tropiques, ces régions se désaltèrent à longs traits, et produisent la vie et une fécondité luxuriante à la végétation, qui se carboniserait sous l'action brûlante du soleil.
— Effectivement, j'ai fort souvent remarqué, sous les régions intertropicales, que la chute des eaux se faisait principalement lorsque la lune s'élevait au-dessus de l'horison, et que l'abofidance de la pluie était la plus grande lorsque la hauteur du satellite approchait de 45 degrés.
— Cette influence pluviale ou frigorifique des satellites se soumet à toutes les exigences de l'analyse physique et chimique. La capacité de l'atmosphère est 1 pour les vapeurs
' aqueuses, et elle ne saurait en contenir plus qu'elle ne le peut ; mais cette capacité est loin d'être immuable. Elle peut être tantôt fort grande et tantôt fort petite; elle est enfin soumise aux degrés de raréfaction de l'air qui , en augmentant son vt)Iume, augmente proportionnellement sa disposition à contenir plus de vapeurs d'eau. Ainsi , dans les contrées et aux époques chaudes, l'air peut se charger d'autant plus de vapeurs aqueuses qu'il est plus chaud, c'est-à-dire que sa raréfaction est plus gi-ande. Dans les saisons froides il en coi*-
tient fort peu; car, étant fort peu raréfié, sa capacité pour les vapeurs est fort petite. Aussi cette saison est*elie la plus pluvieuse.
» Deux causes seules peuvent diminuer la raréfaction de Tair, et diminuer alors sa capacité, c'est-à-dire sa disposition à contenir des vapeurs aqueuses et à Pengager ainsi à les réduire en pluie : la première, est la pression des couches d^air; la seconde, le contact brusque et forcé de couches froides des régions hautes de- l'atmosphère avec les couches chaudes et raréfiées des régions basses, lesquelles contiennent seules des vapeurs d'eau. La lune possède donc, à un très-puissant degré , ces deux propriétés de condenser les vapeurs d'eau que contient l'atmosphère; et, sans aucun doute, que la résolution de ces vapeurs en pluie vient en grande partie de notre satellite.
— De ces investigations, je dois donc retirer, l°que l'influence météorologique de la lune est tout-à-fait l'opposé de celle du soleil ; 2° et que l'action de ce dernier est de produire chaleur et évaporation des eaux , lorsque celle de la lune est frigorifique et condense ces vapeurs , c'est-à-dire les ramène à leur premier état de liquidité.
— Remarquez aussi que les effets si contraires de ces deux astres ne sont cependant que le résultat d'un même mode d'action : de la pression de l'atmosphère de la terre par le poids des deux globes attracteurs. La seule différence qui existe entre les influences de ces astres, est dans le plus ou moins de pre^ion et d'étendue d'atmosphère comprimée. Dans la simplicité de ces moteurs même, la nature ne cesse jamais d'être sublimement riche et variée dans ses faits.
— Je crois que vous jugerez prudent de vous arrêter à cet aperçu d'influence météorologique de notre satellite, et que vous ne pousserez pas la hardiesse à chercher à prédire le temps; car un de vos compatriotes, qui, ajuste titre, peutêtre regardé comme le prince de la science, monsieur Arago vient de faire, de la tribune populaire qu'il s'est créée dans V Annuaire du Bureau des longitudes^ cette déclaration explicite : « Que la prédiction du temps ne sera jamais une branche
de l'astronomie proprement dite; que jahais , quelque puissent être Les progrès des sciences, les savants de bonne foi et soucieux de leur réputation ne se hasarderont à prédire le temps. >
— Comme homme privé, je suis désolé de ne pouvoir tomber d'accord sur ce point avec l'illustre membre de l'Académie française, et dont les travaux, en popularisant la science, firent plus de bien à l'humanité que cette foute de savants mystérieux, enveloppant leur savoir dans le grimoire de l'algèbre et de signes symboliques. Homme du peuple, je ne puis avoir que de la vénération pour le noble citoyen, dont tous les efforts de sa vie tendirent à initier le peuple dans les mystères de l'œuvre de Dieu, connaissance qui peut seule réhabiliter l'humanité devant la nature.
> Mais , comme homme cherchant la vérité où je crois la trouver, je ne puis m'arrèter au milieu de la carrière, parce que, avant moi, un savant, rccommandable autant par ses opinions d'une glorieuse politique que par sa science , s'est trouvé sous l'impression du déplaisir de se voir journellement imposer le rôle ridicule de Nostradamus et de Mathieu Laensberg.
?> L'illustre académicien aurait dû mépriser ces plaisanteries calomnieuses lancées contre lui par des envieux qui , ne pouvant que ramper aux pieds du savant , voudraient le tuer par le ridicule. Monsieur Arago s'est doue malheureusement montré plus homme que philosophe , lorsqu'il se laissa pousser, par ces calomnies scientifiques, au paroxysme du dépit , qui lui fit oublier un instant qu'il n'y a pas de limites au génie humain.
» Sans aucun doute^ la météorologie est soumise à une infinité de causes accidentelles et locales qui nuisent à la découverte des lois fondamentales qui la régissent; mais ce» lois n'en existent pas moins. Or, ce sont-elles qu'il faut chercher ; et une fois leur puissance trouvée , il nous sera facile de nous rendre compte des effets locaux et perturbateurs.
» Monsieur Arago peut-il ignorer que les différentes positions de la lune à l'égard d'un lieu pris comme point d'ob-
serTalioli, ontiiue influence particulière sur la marcbe du baromètre aussi marquée que celle produite par les positions du soleil ? Ignore- t-il aussi que chaque période de neuf ans fournit la même quantité d*eau de pluie ? car longtemps avant lui, et encore de nos jours, les météorologistes nou» ont démontré et nous démontrent une cause immuable qui, dans cette période de neuf ans, fait tomber de l'atmosphère une même quantité d'eau.
» Voilà donc une preuve d'une loi fondamentale en météorologie, d'une loi immuable et en dehors de toutes causes secondaires et locales; car elle est constante comme le sont les mouvements planétaires. Où donc trouver cette cause si ce n*estdans un de ces mouvements? De tous les globes planétaires, la lune a seule une révolution de 9 ans ; c'est le mouvement progressif de son apogée selon Tordre des signes, mouvement qui est de plus de 3* par mois, en sorte qu'il n'achève les dGC" de sa révolution autour de la terre qu'au bout de neuf ans environ.
t D'après l'influence frigorifique et pluvieuse que j'attribue à la lune, il est évident que plus cet astre est proche de la terre, plus il pèse sur son atmosphère; son influence météorologique augmente alors comme le carré de la distance de la lune diminue. Ainsi, le mouvement progressif de l'apogée portant le périgée de la lune successivement sur toutes le régions de la circonférence de la terre, il résulte que tant que le périgée se fait directement sur une contrée de la terre, cette contrée reçoit de l'influence frigorifique et pluvieuse de la lune plus que les autres régions du globe. Ce sera aussi pour cette contrée l'époque où il tombera le plus de pluie pendant une période de 9 ans, en ayant égard, toutefois, à la saison et à la position astronomique du soleil avec la lune et avec la latitude du lieu d'observation.
t Par la même raison, l'époque où il doit tomber le moins de pluie, pendant une période de 9 ans, pour une contrée quelconque, sera l'époque à laquelle se fait directement, pour cette contrée, ra|K)gée de la lune. Au bout de 9 ans, la révolution de l'apogée de la lune autour de la terre étant
achevée, une nouvelle recommence aussitôt, et pendant laquelle la quantité de pluie tombée seia semblable à celle tombée pendant la période qui vient de s'écouler; car les phénomènes météorologiques de la première se reproduisent à la seconde.
» Les météorologistes ont observé aussi que tous les 19 ans se reproduisait assez régulièrement, pour une contrée, la môme température. Ne pouvons-nous pas encore attribuer cette loi météorologique à Tinfluence de la lune sur la terre ; car notre satellite pc^sède effectivement un mouvement périodique de 19 ans dans la rétrogradation de ses nœuds?
» Vous savez que Torbile de la lune est inclinée sur l'écliptique d'environ 5*» ; elle coupe donc ce cercle en deux points opposés qu'on appelle nœuds. Si la lune n'était attirée que par la terre, ses nœuds seraient deux points fixes et permanents; mais le soleil, par son attraction sur le satellite, Poblige à couper l'ècliptique plutôt qu'il ne ferait sans cela. La lune, ayant un mouvement périodique d'Occident en Orient, ne peut pas couper récliptique plutôt qu'elle ne le ferait, sans que ce point d'intercession devienne chaque mois plus occidental. C'est ce phénomène qui donne aux nœuds de l'orbite lunaire un mouvement périodique contre l'ordre des signes, d'Orient en Occident. Ce mouvement rétrograde des nœuds est d'environ 19 ans ou plus exactement de 18 ans 228 jours, et c'est cette période qu'on appelle Cycle lunaire ou Nombre d'Or,
» Il résulte de ce mouvement des nœuds de la lune que, pendant tout le cours d'une période de 19 ans^ les nouvelles et pleines lunes ne peuvent pas tomber aux mêmes jours de l'année solaire auxquels elles arrivaient auparavant. Certes, si notre satellite a une influence frigorifique sur l'atmosphère de la terre, ce doit être principalement aux nouvelles ^t pleines lunes. A l'époque de la nouvelle lune, le satellite, passant conjointement avec le soleil sur tous les méridiens de la terre, par son influence frigorifique, diminue, aussitôt qu^elle se produit, la chaleur que le soleil dégage de ratnM)sphère ; il la diminue d'autant plus pour une
latitude quelconque, qull est à son périgée et que sa dis— tanee à cette latitud« est la plus petite, lorsque la distance du soleil à cette même latitude est la plus grande.
• A t'époquo de la pleine lune, le satellite s^empare de l'hémisphère de la terre que le soleil vient de quitter; il règne sur lui en souverain. Aussi, si l'atmosphère de cet hémisphère est saturée de vapeurs d'eau^ il est certain qu'il le» réduira d'autant plus vite à l'état de pluie, pour une latitude quelconque, qu'il est périgée et que sa distancée cette latitude est la plus petite.
» Si les nouvelles et pleines lunes tombaient toujours aux mêmes jours de Tannée, la température d^m lieu de la terre pris pour un point d'observation recevrait des influences planétaires des vicissitudes toujours semblables : la température d'une année, comparée à l'année qui l'aurait précédée ou à celle qui Paurait suivie, n'offrirait pas de dissemblances notables. C'est donc aussi bicii au mouvement rétrograde des nœuds de la lune, dont la période est de 19 ans, qu'au mouvement progressif de l'apogée du même astre et dont la période est de 9 ans, qu'il faut demander raison de ces vicissitudes, jusqu'ici insaisissables, de pluie et de beau temps que nous offrent les observations météorologiques.
— Dans tout ce que vous me dites-là, il y a sans doute quelque chose de spécieux, de séduisant même. Mais, croyez* moi, quand un savant comme monsieur Arago s'est prononcé sur l'impossibilité astronomique de trouver des lois à la météorologie, c'est qu'il n'y a réellement rien à faire là-dedan» pour l'astronomie.
— Lalande, illustre et non moins laborieux astronome, peut> en fait de science astronomique, être mis, je pense, en parallèle avec monsieur Arago. Or, sa croyance de prédilection touchant les influences météorologiques du satellite était fort différente de celle que son successeur nous montre dans sa boutade de Y Annuaire de 1846. Loin de croire que la lune n'a aucune influence météorologique, Lalande va jusqu'à prétendre qu'elle a de grandes propriétés sur i'hy-. giène^ et qu'elle est même la cause de crises périodiques
MÉTÉOROLOGIE. 3i3
chez certains nisjades. Dans son Astrononde, ne va-t-il pas jusqu'à recommander particulièrement aux médecins d'inscrire les heures du retour de ces crises pour les coqfronter avec les mouvements de la lune? D'ailleurs, voici ce que dit, dans la préface de son livre, ce consciencieux astronome au sujet des influences météorologiques sur le corps humain :
« La météorologie, c'est-à-dire la connaissance des chan- » gements de Tair, des vents, des pluies, des sécheresses, des » mouvements du thermomètre et du haromètre, acertaiz^e- » ment un rapport essentiel et hien immédiat avec la santé » du corps humain. Il est très-probable que l'astronomie y » serait d'une utilité sensible, si Ton était parvenu, à force » d'observations, à trouver les influences physiques du soleil » et de la lune sur l'atmosphère, et les révolutions qui en » résultent.
» Hippocrate conseille l'observation des levers et des cou- » chers des astres. Galion avertit les malades de ne pas se » mettre entre les mains des médecins qui ne connaissent » point le cours des astres^ parce que les médicaments don- » nés hors des temps convenables, sont inutiles ou nuisibles. » Je ne doute pas, continue Lalande^ qu'il ne voulût parler » des principes de l'astrologie judiciaire, et des influences » qu^on imaginait alors d'après une ignorante superstition; » mais en réduisant tout à sa juste valeur, il paraît que les » attractions qui soulèvent deux fois le jour les eaux de » l'océan, peuvent bien influer sur l'état de Patmosphère.
» On peut consulter à ce sujet M. Hoffman et M. Mead, » qui en ont parlé assez au long, et le mot Crise dans rEn- » cydopédie. Je voudrais que les médecins consultassent au » moins l'expérience à cet égards et qu'ils examinassent si » les crises et les paroxysmes des maladies n'ont pas quelque » correspondance avec les situations de la lune, par rapport » à l'équateur^ aux syzigies et aux apsides; plusieurs mé- > decins habiles m'en ont paru persuadés. »
» Si, selon l'opinion de monsieur Arago, cette croyance aux influences lunaires est un ridicule de Lalande, ce savant a au moins le privilège de le partager avec les plus^
illustres célébrités scientifiques de Tantiquité comme des temps modernes. Qui se trouve ici en défaut? Est-ce les autorités scientifiques de tous les âges et que représentent l'opinion de Lalande et les croyances populaires, ou bien est-ce monsieur Ârago? Ce dernier n'oserait pas lui-même se prononcer pour lui. Qu'il avoue donc qu'il a eu un moment d'erreur en osant blasphémer contre la puissance du génie de rhomme.
• Cependant, il est de tonte justice de dire aussi que monsieur Arago n'a pas eu tout-à-fait tort ; car, d'après la théorie de Newton et de I^place, que notre académicien et ses confrères ont adoptée comme VtUiima de la science astronomique, il est réellement impossible de trouver la moindre influence météorologique dans les mouvements de la lune. Il fallait rien moins que battre en brèche cette théorie incomplète et en édifier une nouvelle, pour retrouver à la lune les pouvoirs que lui imposa le Créateur.
» En considérant la science astronomique que dans la théorie newtonienne, monsieur Arago aurait eu raison de dire que jamais il serait permis à Phomme dé trouver, par l'astronomie actuelle, les lois météorologiques; mais il a eu tort de prétendre que, quels que puissent être les progrès des sciences^ la météorologie sera tbujours un dédale éternel.
» Monsieur Arago est un savant : personne n'en doute ; mab je crois, et lui-même croit aussi, qu'il n'est pas encore arrivé aux limites extrêmes des connaissances auxquelles l'homme peut atteindre. Il doit être bien certain que, si dans un siècle Dieu lui permettait de revenir à la vie avec toutes les connaissances de ce jour, il serait forcé d'aller à l'école pour se mettre au niveau des découvertes réservées au siècle futur. Il n'y a rien de slalionnaire pour l'intelligence humaine; tout en elle marche vers une progression incessante, et ce qui aujourd'hui est regardé comme une vérité ou comme une utopie , demain sera peut-être une illusion déçue ou une vérité réalisée.
» Que penserait donc de lui-même notre trop incrédule académicien de 1849, s'il pouvait voir le jour où l'bomme
JklÉlÉOROLOGIE. 315
dira : • J'ai été trouver Taigle dans les hauteurs de Tatmospbère : je lui ai proposé le défi dans la rapidité de son vol; et je l'ai vaincu. Mes mains tiennent la foudre et la clef des cataractes du ciel. A mon gré, je peux faire tomber sur la contrée de mon choix des torrents de pluie incessante; ou, si cela me convient, je lancerais sur elle les feux du ciel qui réduiront en cendres jusqu'à ses pierres. La matière m'obcit ; les éléments sont mes esclaves.
» £h bien 1 ces terribles et si puissantes destinées qui attendent rhomme et que maintenant on traite d'utopies , je les prévois : elles sont en embryons dans le sein de la science moderne, et ma main sent déjà les pulsations qui attestent de leur prochaine naissance. Encore quelques années d'incubation intellectuelle, et elles apparaîtront au monde pour armer l'homme de la puissance suprême à laquelle Dieu l'appelle depuis si longtemps.
» Vouloir limiter la marche du génie humain est aussi ridicule que vouloir arrêter les fleuves dans leurs cours vers l'océan. L'amour-propre froissé fit un instant oublier à monsieur Arago qu'avant tout le savant doit-être philosophe, et qu'il ne faut pas croire qu'une chose est impossible, parce que nous ne prévoyons pas encore comment elle peut se faire.
» Sans avoir, pas plus que nos académiciens, la prétention de vouloir partager, avec Nostradamus et Mathieu Laensberg, la gloire d'une réputation de devin, j'irai cependant, à l'aide de ma théorie, à la recherche des lois secrètes de la météorologie, dans le but d'acquérir la puissance de prévoir, pour une latitude quelconque, les années sèches ou pluvieuses.
• J'ai le courage de cet aveu, quoique sachant bien qu'il m'attirera les diatribes de la nullité pédantesque. Mais l'homme qui s'est imposé pour devoir le travail au bienêtre des masses, ne recule pas devant les fadaises des niais, lorsqu'il croit pouvoir rendre à l'agriculture, nourricière des peuples, les bienfaits de la prévision météorologique.
— Puisque l'influence météorologique de la lune est soumise aux mouvements de cet astre, mouvements qui sont
tous si variables et si inégaux par eux-mêmes, la météorologie, certes, n*est pas une science facile, et elle ne peutêtre que du domaine exclusif de l'astronome de profession.
— Si la lune restait toujours à l'équateur et à la même distance de la (erre , ses forces et son influence météorologiques qui en résultent, seraient peu variables sur une latitude donnée; elles diminueraient insensiblement de Téquateur jusqu'aux 50"*« parallèles environ , points où son influence météorologique directe est à son minimum. Ainsi , l'influence météorologique de notre satellite sur la terre serait très-peu variable pour une latitude donnée.
> Comme vous venez de le dire, la météorologie est une science du domaine exclusif de l'astronomie; car elle est si intimement liée aux aspects lunaires, qu'il n'y en a pas un seul qui ne vienne point y apporter son influence. Aussi doit-elle être la partie astronomique la plus complexe et la plus laborieuse. Si vous joignez à ceci, que les astronomes ont ignoré jusqu'alors quelle pouvait être l'influence de la lune sur la météorologie de notre planète, vous conviendrez que des observations séculaires et continuées scrupuleusement d'instant en instant, puis comparées aux mouvements si variables de la lune par les calculs les plus épineux de l'astronomie, auraient peut-être pu, par l'ancienne tbéorie, dévoiler l'influence frigorifique de notre satellite.
» Mais, à vrai dire, ce travail était impossible ; il l'était d'autant plus, qu'il ne pouvait toujours rouler que sur l'inconnu. C'est dans ce sens que monsieur Arago a voulu, sans doute, nous dire que la météorologie ne serait Jamais une brancbe de l'astronomie. Par celte prétention si hasardée, le savant astronome s'est exposé au désagrément de cette réponse : puisque votre science astronomique est impuissante à trouver des effets astronomiques journaliers, c'est qu'elle n'est pas encore la science vraie.
B Effectivement, il était impossible de trouver jusqu'ici , parj'ancienne tbéorie astrbnomique, un lien qui rattachât la météorologie h l'astronomie. Il ne fallait rien moins qu'une théorie nouvelle, ou , ce qui est plus exact, il fallait
donner à la théorie newtonîenne tout son complément, pour trouver enfin Tinfluence météorologique de la lune. Celle influence une fois connue, il nous reste plus qu'à lui appliquer les calculs astronomiques. Ces calculs n'en restent pas moins fort laborieux ; mais maintenant ils ne sont plus impossibles.
j Si le mouvement rétrograde des nœuds et le mouvement progressif du périgée de notre satellite ramènent des périodes météorologiques de 19 ans par le premier mouvement, et de 9 ans par le second, que doivent être pour la météorologie de notre globe les aspects journaliers de son satellite ? Dans les calculs météorologiques, rentrent donc tout à la fois, non-seulement les deux mouvements lunaires précités, mais principalement la déclinaison, Tascension droite, c'cstà-dir0 la longitude et la latitude de la lune, aussi bien que la distance de cet astre au soleil et au zénitb du point de la terre pris pour lieu d'observation. Puis, après ce long travail, il faut, pour obtenir le résultat météorologique demanda, prendre la différence des effets frigorifiques calculés de la lune et des effets calorifiques calculés du soleil.
» Ainsi, les éléments des calculs astronomiques, concourrant tous aux solutions météorologiques, en font, saus doute, la tâche la plus difficile , la plus laborieuse qu'aura jamais entreprise un astronome ; mais elle n'est pas impossible. Il y a un si grand intérêt humanitaire au fond de ce labeur, que je ne doute pas qu'un grand nombre de nos astronomes Tentreprenne. Je ne puis ici que vous donner quelques notions qui, je crois, vous aideront, si un jour vous vouliez vous-même essayer quelques-unes de ces solutions météorologiques.
■» Durant la période de 9 ans du mouvement progressif de son apogée^ la lune, portant chaque jour l'influence météorologique de son périgée sur des contrées différentes de la surface de la terre, occasionne, à chacune de ces contrées, une variation périodique de température, dont le retour demande 9 ans, en ayant toutefois égard à la différence des mois de l'année où ces périgées ont eu lieu; car ce dé-
placement de la ligne des apsides ne se fait pas dans une période exacte de 9 ans, mais bien de 8 ans 309 jours 8 heures SM)'. Si le périgée tombe, par exemple, le i" mai de cette année sur le méridien de Paris à midi, dans 8 ans 309 jours 8 heures, qu'il lui faut pour accomplir sa révolution autour de la terre, il se trouvera sur le méridien de Paris que le 6 mars , à 4 heures du malin. Or, vous concevez que la température du mois de mai, à midi, étant, en raison de Faction solaire, fort dissemblable à celle de mars, à 4 heures du matin, il faut avoir égard à cette différence de l'influence solaire, dans le calcul des effets de l'influence frigorifique de la lune périgée sur toutes les latitudes que coupent les mé* ridiens inférieur et supérieur de Paris.
» Je dis que la lune périgée doit apporter, sur les régions sur lesquelles elle agit , un excès d'influence frigorifique ; car sa pesanteur sur l'atmosphère terrestre est proportionnée au carré de la diminution de sa distance à notre planète. Or, la distance de la lune à la terre, déduite des observations de ses parallaxes, varie depuis 64^74 jusqu'à 55,72 demi-diamètres de Téquateur terrestre; ce qui porte à 9, 2 de ces demi-diamètres le rapprochement de la lune périgée à ce qu'elle est à son apogée. L'excès de l'influence frigorifique de la lune périgée sur la lune apogée, résultant de ce grand rapprochement de cet astre à la terre, est trop considérable, (car il est près du quart de l'influence frigorifique totale de la lune), pour qu'on n'y ait pas égard dans les calculs météorologiques. Ainsi, la lune périgée est, pour chacune des contrées sur lesquelles elle agit, un surcroît de froid et de condensation de vapeurs d*eau, c'est-à-dire une cause de pluie.
• L'action du soleil modifie aussi la force centrale ou pesanteur de la lune sur la terre ; elle diminue cette pesanteur dans les syzigies et l'augmente dans les quadratures, et cela de telle sorte que, dans les syzigies, la diminution de la pesanteur de la lune est double de son augmentation dans les quadratures. Il n'y a que quatre points, dans l'orbite de la lune, où sa pesanteur sur la terre n'est point altérée par Taction du soleil. Ces points sont à la distance de 54<* 44' de part et d'autre des syzigies, ou à 35*^ 16' des quadratures.
r Ainsi, la pesanteur de la lune étant beaucoup plus considérable aux quadratures qu'aux syzigies, il résulte que cet excès de pesanteur doit apporter à la lune en quadrature un excès d'influenee frigorifique sur la lune en syzigie, qui ne manquera pas» si Thygromètre démontre , dans l'atmosphère une saturation de vapeurs d'eau, à faire résoudre en pluie ces vapeurs à l'époque où la lune, s'avançant vers une quadrature, passe au méridien. La lune possède, dans ses mouvements, encore bien d'autres inégalité, dont il faut aussi tenir compte dans les calculs météorologiques.
» La "cause qui produit le mouvement de l'apogée, fait aussi varier l'excentricité de l'orbite lunaire. Cette excentricité est augmentée dans les syzigies et diminuée dans les quadratures , mais la diminution est toujours moindre que l'augmentation. Cette variation de l'excentricité de l'orbite lunaire doit être prise en considération dans les calculs météorologiques.
> L'orbite de la lune est plus courbe et plus allongée vers les quadratures^ plus plate et plus rétrécie dans les syzigies. En effet, la courbure de l'orbite est d'autant plus grande que la pesanteur agit plus longtemps et avec plus de force ; or, dans les quadratures, la pesanteur de la lune est plus grande que dans les syzigies où, loin d'être augmentée, elle est diminuée. Donc, l'inflexion de l'orbite lunaire est plus grande aux quadratures qu'aux syzigies.
B II suit de ces principes que, lorsque la ligne des apsides , qui a un mouvement progressif selon l'ordre des signes, se trouve aux quadratures, la distance apogée de la lune est la plus grande possible, et qu'il en est de même de sa distance périgée; au lieu que> la ligne des apsides concourrant avec celles des syzigies, la distance périgée est la plus petite possible, et la distance apogée la moindre de toutes les distances apogées , quoiqu'elle puisse être encore plus grande que la distance de la lune aux quadratures. Dans les calculs météorologiques , il est d'une assez baule importance d'avoir égard à ces variations entre les distances des périgées de la lune.
• De ces perturbations daHS les mouvements du satellite, il r^ulte encore que la lune est plus éloignée de nous en hiver qu'en été, et que ses mois d*hiver sont plus longs que ses mois d'été; parce que l'excès de diminution de la pesanteur dans les syzigies sur son augmentation dans les quadratures est plus grand, quand la terre, pendant Thiver^ est plus près du soleil que quand elle en est plus éloignée; car^ plus la terre approche du soleil^ plus le rayon de l'orbite lunaire, lors des conjonctions^ est comparable au rayon de lorbîte terrestre. Les carrés des temps des révolutions périodiques, étant comme les cubes des distances, sont, par conséquent, plus longs lorsque les distances sont plus grandes, et plus courts lorsque les distances sont moindres. Donc^ la lune étant plus éloignée de nous pendant Thiver que pendant Tété, ses révolutions périodiques sont plus longues dans la première saison que dans la seconde, et doivent influencer en conséquence les phénomènes météorologiques.
• Dans tout ce qui précède, j'ai supposé que lorbite de la Inné était parallèle à Téqualeur de la terre. Mais il est loin d'en être ainsi; car elle est inclinée à l'écliptique de 5*" 8' 49". La lune s'éloigne ainsi beaucoup de l'équateur de la terre, puisqu'elle peut avoir une déclinaison de 28"* 3|4. Mais, à cause du mouvement de ses nœuds, il arrive aussi que , dans certaines lunaisons , la lune s'éloigne plus ou moins de l'équateur ; ce qui rend ses influences météorologiques si variables pour les latitudes moyennes.
• En effet, quand le nœud ascendant est dans le Bélier; le plus grand éloignement de la lune, par rapport à l'équateur, va bien jusqu'à SS*" 3| i ; mais quand le nœud ascendant est dans la Balance, neuf ans après, la lune ne s'éloigne jamais de l'équateur que de 18" 114 à chaque révolution ; alors son influence météorologique, pour une latitude moyenne prise pour lieu d'observation, est, dans le cours de ces lunaisons, beaucoup moindre de ce qu'elle était neuf ans avant, puisqu'elle dépend du sinus de la déclinaison de la lune.
» On conçoit aisément que l'influence frigorifique de la lune, pour une latitude donnée, doit croître comme diminue
sa dislance à cette latitude, c'est-à-dire comme augmente la déclinaison nord ou sud du satellite, si la latitude est nord ou sud. Cette influence frigorifique est aussi proportionnée à la distance de la lune au méridien du lieu d'observation. Je ue veux pas dire pour cela qu'il doit (dans le cas où Tatmosphère serait chargée de vapeurs d'eau), pleuvoir au moment du passage de la lune par le méridien.
• Je suis fortement porté à croire que la pluie doit généralement commencer quelques instants après ie lever de la lune, et être très-abondante vers trois heures avant son passage au méridien* Il peut alors fort bien arriver^ et trèssouvent même, que la lune ait déjà purgé l'atmosphère de ses vapeurs d'eau ou qu'elle les ait repoussées au loin; lorsque cet astre passe au méridien. D'ailleurs, je remarque très-souvent que c'est vers trois heures avant le passage de la lune au méridien que le vent a plus d'intensité et qu'arrivent même certaines bourrasques qui nous déplaisent tant à nous marins ; mais pour que ce vent soit bien sensible, il est besoin que la lune soit, à trois heures du méridien, fort peu élevée au-dessus de l'horizon.
— Dans tout ce que vous venez de me dire, je tire ces conclusions : 1° que, dans une lunaison, les quadratures sont les époques de la plus grande influence frigorifique de la lune, et ainsi celles où il y a plus de chance de pluie et de vent ; S"* que cette influence frigorifique est en rapport du carré de la diminution de la distance de la lune périgée, et que les époques où les périgées de la lune sont les plus petits, sont celles où il pleut de préférence; 3° que, cette influence frigorifique étant en rapport à la diminution de la distance de la lune au lieu d'observation , la lune a d'autant plus de puissance frigorifique et pluvieuse que sa distance au zénith de ce lieu diminue.
» Si la lune est tout à la fois en quadrature, à son plus petit périgée et à sa plus petite distance d'une latitude, cette latitude, en ayant toutefois égard à l'action calorifique du soleil, sera sous la plus grande influence frigorifique qu'elle peut recevoir de la lune; et, pour peu que son at-
mosphëre reçoive du soleil des vapeurs ou que les courants aérieos lui en apportent, cette région sera à une époque froide et pluvieuse.
— Vous m'avez parfaitement compris.
— Je vois que les problèmes que votre théorie astronomique impose à la météorologie, sont, sans doute, fort difficultueux, vu qu'il faut faire coincider de nombreux effets pour obtenir un résultat ; mais ils ne sont pas insolubles. C'est une mine de labeurs incessants que vous apportez à nos astronomes. Si un jour ces messieurs se trouvent forcés d'appliquer votre théorie, ils ne resteront guère oisifs ; et plus d'un, je pense, vous enverra à tous les diables !
— Il me reste encore à traiter d'un mouvement de la lune, lequel est trop important en météorologie pour que je le passe sous silence. Si chaque lunaison correspondait exactement aux mêmes jours des mois de Tannée solaire, les calculs météorologiques en acquerraient de grands avantages dans leur facilité et leur exactitude. Mais il n'en est pas ainsi. L'orbite de la lune, étant inclinée sur l'écliptique de 5" 8', coupe ce cercle en deux points opposés qu'on appelle nœuds. Nous avons vu que ces nœuds ont un mouvement rétrograde qui achève sa révolution en une période de 19 ans ou 235 lunaisons. Cette période de 19 ans contenant toutes les va-^ riétés qui peuvent arriver, dans cet intervalle, aux nouvelles et pleines lunes, il arrive qu'au bout de ces 19 ans les nouvelles lunes tombent aux mêmes jours de l'année civile auxquels elles arrivaient 19 ans auparavant.
» Ainsi, tous les 19 ans, les quadratures (qui sont une cause frigorifique) arrivent aux mêmes jours des mêmes mois et presque à la même heure de ces jours où elles correspondaient 19 ans auparavant. Il devrait donc résulter, de cette cause, un retour périodique de même température pour toutes les dix-neuvièmes années solaires ; car, pour chaque contrée, la lune est tous les 19 ans en quadrature le même jour et à la même heure. Cependant, afin que cette température soit exactement la même, pour une contrée, tous les dix-neuvièmes années solaires, il faudrait aussi que le pé-
rigée cl la décliDaison de la lune correspoDdent avec ces quadratures toutes les dix-neuvièmes années. Ce n'est donc qu'à cette coïncidence de toutes ces positions astronomiques du satellite^ que la température d'une année, comparée à celle d^une autre, puisse être identique avec cette deri^ière. Cette rencontre est fort rare, mais elle a lieu.
» Supposons que ce soit cette année que se fassent à Paris, au même jour de Tannée^ le périgée, la quadrature et la plus grande déclinaison boréale de la lune. Comme la révolution des nœuds demande 6798 jours pour s'accomplir et que celle do périgée ne demande que 3229 jours, deux révolutions du ^rigée valent (3229 X 2 =) 6458 jours. Une révolution des n€Buds est donc de (6798 — 6458 = ) 340 jours plus longue que deux révolutions du périgée. Ainsi, ce ne sera pas tous les 19 ans que le périgée se retrouvera coïncider à. la même position de la lune à Tégard du soleil et à laquelle il correspond celle année; car il l'aura dépassé de 340 jours. Mais ce chiffre 340 étant contenu 20 fois par 6798 jours, révolution des nœuds de la lune, il faudra donc 20 de ces révolutions des nœuds de la lune ou (6798 : 365 ==) 375 ans, pour que le périgée coïncide, comme il Test supposé pour cette année, avec la même position de la lune à l'égard du soleil, et pour qu'il arrive aux mêmes jours de l'année.
• Ainsi, tous les 375 ans, le périgée coïncidant aux mêmes quadratures et ainsi aux mêmes mois et aux mêmes jours de Tannée, la température de cette année doit-être semblable à celle qui existait 375 ans auparavant. La rencontre de ces positions astronomiques est, en météorologie, la plus mauvaise qu'il soit possible, surtout aux époques de l'année où la déclinaison de la lune fait la distance au zénith trèspetite. £n effet, cette année et ces époques doivent être trèsfrpides et extraordinairement pluvieuses pour les moyennes laiiludes. Aussi il nous reste à remercier la Providence de ce que cette année de stérilité ne se présente que tous les 375 ans.
j» Telle est, selon mon opinion, la somme brute des influences météorologiques qu'on peut retirer des positions as-
324 PHYSIQUE CÉI.KSTK.
IroDomiques de la lune, en appliquant ma théorie aux solutions des problèmes donnés par l'astronomie. Je laisse les détails avx astronomes de détails.
— Ainsi, connaissant pour un jour donné la distance de la lune à la terre, sa déclinaison et sa distance du soleil, on peut, en s'assurant par l'hygromètre de la quantité de vapeurs d'eau contenues dans Tatmosphère, prévoir pour un jour et même pour plusieurs à l'avance le temps du joor demandé.
— En faisant entrer, dans les calculs, Finfluence calorifique du soleil (influence dont l'intensité est donnée par la distance de cet astre au zénith du lieu d'observation), je crois qu'il ne serait pas impossible d'obtenir une approximation satisfaisante de la future température de chaque mois de Tannée. Des observations continues, faites pendant quelques années sur une latitude donnée, peuvent seules fournir Taffirmative absolue. Ma profession de marin, en faisant de mol un cosmopolite, me refuse de mettre moi-même ma théorie en pratique. Peut-être un jour aurais-je un lecteur qui, mu par le grand intérêt humanitaire qui les recommande, aura la gloire de résoudre ces grands problèmes météorologiques.
» Vpus vous trompez si vous croyez que là s'arrête Pinfluence météorologique de la lune. Ce que je viens de vous dire ne se rapporte uniquement qu'à la loi primordiale; mais les effets secondaires de cette loi sont des plus nombreux. Non-seulement les phénomènes des marées, leurs retards journalier et mensuel et la production d'une grande partie des eaux pluviales viennent de l'influence météorologique de la lune; mais on peut aussi dire que le satellite est une des causes productives des vents et même des orages.
B La lune, ne dépassant que rarement et de très-peu (S*" 8^ les tropiques^ est toujours autant dire sur la zone torrîde. Or, dans ce climat brûlant, il lui faut dépenser beaucoup de sa puissance frigorifique pour pouvoir résoudre des vapeurs d'eau en pluie, & moins que l'atmosphère, étant fortement saturée de ces vapeurs, lui vienne en aide. Mais si cette at-
mospfaère lorride n*est pas encore arrivée à ce degré de saturation^ la lune rend incomplële la résolution des vapeurs d'eau en pluie; elle les condense seulement en nuages, surtout si elle est à son minimum d'influence frigorifique» c'està-dire à son apogée ou à ses sjzigies. La pression sur l'atmosphère ne produit alors que des nuages que cette pression se charge elle-même de refouler, aussitôt leur formation , dans la direction des pôles; car ces masses de vapeurs condensées possèdent encore trop d'élasticité pour ne pas fuir avec rapidité de la contrainte qu'elles éprouvent sous la pression lunaire.
» Par ce mouvement i qui est souvent très-rapide, de ces masses de nuages passant de l'équateur vers les pôles, une grande partie de l'atmosphère planétaire en est ébranlée; •car ces masses aqueuses poussent devant-elles et déplacent une quantité de milieu atmosphérique égale à la leur. Elles produisent donc, tant que dure leur mouvement, un courant atmospbériqueou vent del'équateur aux pôles, que^ dans l'hémisphère nord, nous appelons vent du midi. Ce vent, produit par le déplacement de masses de vapeurs d'eau del'équateur vers les pôles, apporte avec lui ces vapeurs d'eau déjà à demicondensées par la lune. Ces nuages ne tardent pas à se résoudre en pluie, dès que, passant sur des contrées froides ou couvertes de grands végétaux, ils leur abandonnent le reste de calorique qui les conservait jusqu'alors à l'état de vapeurs. Aussi, le vent du midi est-il généralement tout à la fois un vent chaud et de pluie.
» Il ne peut s'élever dans les hauteurs de l'atmosphère de grandes quantités de vapeurs d'eau , sans que les régions atmosphériques qui les acceptent dans leur sein , ne reçoivent pas une impulsion de la force expansive de ces vapeurs, •qui détruisent leur équilibre en s'insérant dans les molécules 4e leur milieu. Cette répulsion, se répétant de particules <en particules, peut s'étendre des régions torrides vers les pôles, et tenir ainsi une grande partie de l'atmosphère de la planète sous une tension considérable. Si l'agglomération de vapeurs d'eau se trouve dans l'atmosphère torride , cette
32G PUYSIQUfi CÉLESTE.
répulsion sera de féqnateur aux pôles; si, au contraire^ elle est dans les hautes latitudes, la répulsion sera de ces latitudes vers Péquateur.
• Or, que la lunc> ou tout autre cause condensante réduise en pluie ces vapeurs d'eau, Tatmosphëre (reprenant son équilibre des pôles vers Péquateur aussi brusquement et aussi longtemps qu'est rapide et que dure dans les régions torrîdes cette réduction de vapeurs en pluie), engendre sur les latitudes hautes et moyennes de Thémisphère nord un vent du nord, qui, en portant des couches d*air glacé dans l'atmosphère de ces contrées, nous paraît toujours si froid. Ce vent du nord dure tant que dure la chute des pluies dan» les contrées méridionales*
• Le même phénomène de rétablissement de l'équilibre atmosphérique se produit si c'est aux hautes latitudes que se fait la réduction des vapeurs d'eau en pluie, seulement le vent vient du sud. Ainsi , tant que dure sur une contrée de l'Europe un vent du sud amenant peu ou point de pluie, on peut être certain qu'il tombe beaucoup' de pluie ou de neige dans les hautes latitudes nord.
» Comme vous le voyez, les vents variables sont de tous^ les phénomènes météorologiques la chose la plus insaisissable. Ils viennent en grande partie de la chute brusque des pluies dans une des contrées circon voisines du lieu d'observation. Effectivement, les vapeurs d'eau élevées par le soleil dans les régions atmosphériques occupent dans ces régions une place d'autant plus considérable qu'elles sont plus dilatées et que la température de l'atmosphère est plus chaude. Or, ces vapeurs restituent la place qu'elles occupent aux couches atmosphériques avec une vitesse en tout semblable à celle avec laquelle se fait leur transformation de vapeurs en pluie. Cette restitution ou rétablissement de l'équilibre atmosphérique ne peut se produire sans qu'il y ait agitation et ainsi production de VQ^t dans les couches de l'air.
» Toutes les fois que cette transformation de vapeurs d'eau en pluie se fait brusquement et avec une excessive rapidité, il y a tempête, production subite d'ouragan dans la sphère
MÉTÉOaOLOGIE. 327
de cette transformation qui , d'un ciel pur, charge spontanément l'atmosphère de nuages immenses, noirs et des plus puissants, sans qu'ils soient venus d'aucun point de l'horizon. La lune peut quelquefois, sous la zone torride surtout, produire ce phénopiëne; mais c'est principalement les rétablissements de l'équilibre électrique de l'atmosphère qui le produisent.
3 L'homme , lorsque l'hygromètre démontre dans l'atmosphère la présence de vapeurs d'eau, peut, s'il le veut, faire nattre ce phénomène. 11 lui suffit pour cela d'envoyer, dans les régions moyennes de l'atmosphère un appareil qui, sur une lieue carrée, soutire de cette atmosphère son calorique latent, calorique que ma théorie sur l'électricité vous démontrera être identique avec le fluide électrique. Il y aura d'abord sur cette contrée formation de nuages, puis chute de pluie, tant que dura le soutirage du fluide; et ce fluide, ainsi enlevé à l'atmosphère, peut, étant savamment dirigé, servir en même temps de moteur puissant et économique aux machines de l'industrie. Je me propose, pour plus tard, de vous démontrer ces propositions, qui, je crois, doivent vous paraître de véritables paradoxes.
— Eh quoi! il serait possible à l'homme de produire, sur une assez grande étendue de terre, des pluies et des vents factices ?
— Si la Providence me le permet, j'espère bien un jour en faire l'expérience avec vous, et produire même d'épouvantables orages factices. La voix du tonnerre n'est, à proprement dire, que le résultat du choc brusque entre elles des couches atmosphériques; car ces couches se précipitent dans le vide que viennent instantanément de produire dans leur sein les vapeurs d'eau ramenées, spontanément à un volume de plusieurs milliers de fois moins grand, par la soudaine soustraction qui leur est faite d'une grande partie de leur calorique. Cette soustraction de leur calorique est quelquefois si brusque que, de vapeurs excessivement dilatées, elles passent subitement à l'état de pluie et même souvent à celui de grêle.
nn PHYSIQUE CÉLESTE.
• D^aprèiS ce léger aperçu , qu'il est inutile , je présuma, d'étendre plus loin , tous concevez la cause de l'excessive mobilité des vents variables, lesquels échapperont toujours aux calculs; car ils sont en dehors des influences astronomiques. Une contrée boisée attire sur elle des nuages, qui» lorsqu'ils se transforment subitement en pluie par la soustraction de leur calorique par les hautes futaies, engendrent de cette cause unique plusieurs vents variables se portant tous dans la direction de cette contrée.
• Ainsi, dans les moyennes latitudes, la météorologie n'offre pas, dans la solution de ses phénomènes, la facilité qu'on lui retrouve dans les basses latitudes; et elle est dans les premières régions la science la plus abstraite, la plus hérissée de difficultés. Un grand nombre de causes secondaires et locales viennent troubler ou modifier les influences météorologiques de la lune et du soleil sur les régions tempérées; mais les influences météorologiques de ces deux astres n'en restent pas moins les premières bases des phénomènes météorologiques; elles sont les causes plus ou moins puissantes de formation de vapeurs d'eau et de transformation de ces vapeurs en nuages ou pluie, d'après la distance plus ou moins petite du soleil et de la lune au zénith du lieu d* observation.
» 11 est donc de toute rigueur, pour obtenir un résultat des plus approximatifs dans les calculs météorologiques touchant une contrée des régions tempérées, de faire entrer en considération, non-seulement l'influence des points culminants ou montagnes de la surface de cette région, et l'espèce plus ou moins grande des végétaux qui la couvrent, mais aussi ces mêmes influences produites par les régions circonvoisines. Si ce labeur est immense, l'intérêt qu'en retirera l'humanité est encore plus grand ; et Labor improbus omnia vincit est un adage latin dont l'astronome, plus que tout autre, sait comprendre la vérité.
> Je ne suis pas le seul marin dont les observations journalières des courants atmosphériques aient fait entrevoir les grands rêles que le soleil et la lune jouent chaque jour dans les phénomènes météorologiques. Je ne puis mieux
terminer cette thèse qu'en lui donnant pour complément l'opinion et les propres observations que le savant officier de la marine impériale. Du Bourguet (dont je suis, en hydrographie , rélève posthume), rapporte dans son Traité de navigation^ page 128 :.
« L'influence du soleil et de la lune, sur les mers qui
» couvrent, dit-il, une grande partie de la surface de la terre» » doit produire des effets semblables sur la masse du fluide » qui enveloppe toute la terre, c'est-à-dire sur l'atmosphère. » C'est en effet ce qui a lieu , et d'une manière beaucoup B plus prompte que relativement aux mers, parce que le » fluide qui compose l'atmosphère est beaucoup plus subtil » que l'eau, et par conséquent beaucoup plus susceptible » d'obéir aux impressions des astres que la mer. On observe » souvent que, par un beau ciel et dans un pays découvert, » les vents suivent la marche du soleil, et que l'intensité de
• ces vents croît comme la hauteur ou l'abaissement de cet » astre relativement à Thorizon : l'observateur attentif aper- » çoit les mêmes phénomènes relativement à la lune; et » enfin on voit que dans les syzigies les vents sont plus forts.
» Mais une preuve encore plus évidente de ce que nous » venons de dire, et qui ne peut échapper, même à l'homme
• le moins observateur^ ce sont les vents qui régnent cons- » tamment de l'Est à l'Ouest dans presque toute la zone > torride, et qu'on appelle vents alizés. Il est évident que la » cause de ces vents est la même que celle des courants que
• Ton éprouve dans cette zone, et qui ont aussi la direction » de l'Est à l'Ouest , suivant la marche diurne du soleil et » de la lune autour de la terre.
» Cependant l'on observe beaucoup d'exceptions à ces
• règles générales; mais elles proviennent :
> l^^De la localité qui^ ainsi que pour les marées, altère » l'intensité et même quelquefois change la direction des » vents, et le fait d'une manière bien plus prononcée rela- » tiyement à l'atmosphère que relativement à la mer; parce
• que la première de ces masses fluides, se composant de » molécules beaucoup plus déliées et plus subtiles que la
330 PHY^QUE CfiLESTÈ.
» seconde, les obstacles , tels que les montagnes, les sinuo- 1» sites des terres, produisent des effets bien plus grands que
• par rapport aux eaux ;
» 2« De la sérénité du ciel : car, par un temps couvert, la » partie de Tatmosphëre qui est en dessous des nuages, étant » moins influencée, et quelquefois Tétant très-peu, à cause > de Tamas épais de Tapeurs qui se trouve alors entre elle » et l'influence du soleil et de la lune, s'agite en différents » sens par plusieurs causes absolument indépendantes de » celles que nous considérons;
> 3"" De la raréfaction de l'atmosphère par l'effet de la » chaleur du soleil ;
> V De la propension des molécules de l'atmosphère à » rétablir l'équilibre dans cette masse fluide, ce qui fait » que, par les latitudes moyennes de 30 à 36*, c'est-à-dire » un peu en dehors de la lisière des vents alizés, l'on éprouve » souvent des vents d'Ouest.
» Le phénomène le plus remarquable dans les vents, est » celui qui existe dans la partie septentrionale de la mer » des Indes. Depuis octobre jusqu'en avril, le vent vient du » Nord-Est; mais ensuite, depuis avril jusqu'en octobre, » il vient du Sud-Ouest. Cette diversité de vents s'appelle » moussons, La cause de ce phénomène est, que l'air étant 9 raréfié sur les sables de l'Arabie, de la Perse et de l'Inde » pendant Tété, l'air s'y porte en abondance, et la mousson » du Sud-Ouest y règne pendant l'été; mais dans la partie
* australe de la mer des Indes, le vent est toute l'année au » Sud-£st, parce que la chaleur du continent de l'Afrique » l'attire un peu vers le Nord. »
> Je n'en finirais pas si je voulais vous rapporter tous les passages tirés des ouvrages consciencieux de navigateurs et d'astronomes, à qui une observation continue etsévère donna l'intime conviction que le soleil et ta lune ont sur notre météorologie des influences certaines et puissantes.
— Je vous assure que> moi aussi, je partage l'opinion entière de ces savants observateurs, dùt-il tomber sur ma tête
les foudres aeadémiqaès lancées par le bras tout-puissant du grand-prêtre Ârago !
— Cherchez et vous trouverez , est un conseil du Christ que nos immortels oublient toujours, avec encore plusieurs autres maximes du même.
» La philosophie du paganisme^ qui avait érigé en culte la science des mouvements du ciel et l'étude de la nature, reconnaissait dans le soldl et la lune des agents météorologiques puissants. Elle professait que la Divinité suprême avait confié à ces deux astres les emplois, non-seulement d'éclairer l'univers, mais aussi de conserver l'équilibre atmosphérique. L'éruption des épidémies, qui, en effet, proviennent des mouvements météorologiques, leur était surtout attribuée. Une peste décimait-elle l'humanité? c'était Apollon (le soleil) et Diane, sa sœur (la lune), qui lançaient leurs trails pour venger une offense des mortels. La philosophie ancienne était tellement convaincue de la réalité des influences météorologiques sur la santé de l'homme, que, dans son langage symbolique et si riche de poésie, elle donna la médecine pour fille d'Apollon, en donnant Êsculape pour fils du soleil.
— Puisqu'on ce moment nous traitons de la météorologie, dites-moi ce que vous pensez de ces tnétéores qui apparaissent subitement dans notre atmosphère en globules de feu, et y font explosion en produisant très-souvent une pluie de pierres et quelquefois une pluie de poussière.
— Ce sont des aérolithes ou pierres météorologiques dont vous voulez parler ?. . . £h bien ! je vais, avant de vous donner la mienne, vous dire les diverses opinions que les hommes jusqu'ici ont eu deees phénomènes. C'est très-curieux, comme vous allez le voir.
* Jadis les aérolithes furent la foudre lancée par les dieux irrités. S'il en était encore ainsi, le ciel se serait montré bien sévère pour un franciscain de Milan, ou ce religieux aurait été bien coupable, puisqu'il a reçu une de ces pierres qui lui brisa le crâne. L'ancienne théologie alla jusqu'à adorer
ces pierres comme des simulacres de divinités. Des prêtres, plus instruits ou plus charlatans que d'autres, expioitèreut cette superstition,qui régna même dans les plus beaux jours de la Grèce et de Iltalie.Ce culte était très-ancien; car primitivement les dieux furent représentés par de grosses pierres que Ton disait être tombées du ciel. Telles étaient, chez les Phéniciens, les pierres adorées et désignées sous le nom d'Elagabale, et , chez les Phrygiens , Cybèle ou la mère des dieux ; et peut-être que le temple de Jupiter-Amenon , au milieu des déserts de la Lybie, ne fut élevé que sur une pierre semblable qui était tombée du ciel. La plus célèbre de ces pierres fut Ct^èle ou la mère des dieux, que Scipion Nasica fut chargé, par le sénat romain , de rapporter en Italie. Les Tartares révéraient les masses de fer trouvées en Sibérie, et qu'ils dirent être tombées du ciel.
• Telle est lopinion des peuples anciens et barbares sur les* pierres météorologiques. Comme, pour ces peuples, ces pierres étaient des* merveilles, parce qu'ils ne pouvaient en trouver l'origine, ils trouvèrent rien de mieux que d'en faire des dieux.
• Bien des gens de notre époque voudraient, et pour cause, faire encore croire aux peuples que l'ignorance est une des choses agréables à Dieu. Si cela était, c'est que la Divinité voudrait se donner quelquefois le plaisir de se voir considérer par rhomme sous les qualités et la forme d'une borne.
• Est-ce en raison de ce saint désir du Très-Haut, lequel ^'aurait pas échappé, comme bien d'autres choses, à nos renards politiques, que ces derniers ne veulent que des gouvernements bornes? Car, dans la croyance d'une divinitépierre, ils seraient à la lettre du droit divin : le roi (le gouvernement-borne) c'est Dieu sur la terre.
• Les savants modernes, qui sont rarement d'accord avec les modernes politiques, disent tout simplement : un chat est un chat, MM. A, B, C sont des bornes politiques, et les pierres tombées du ciel sont des pierres. Mais d'où viennent ces pierres ? les pierres tombées du ciel, s'entend. Les opinions de nos hommes de science se partagent ici en deux classes.
» Les uns prétendent qu'elles se forment dans ralmosphëre de la terre par le moyen de substances très-sublimables, qui, de la terre, s'élèveraient dans Tatmosphère, où ces substances finiraient par s'agglomérer et par se condenser. D'autres prétendent que ces pierres sont engendrées en dehors de toute influence de la terre, et que c'est de l'espace qu'elles viennent tomber sur la surface de notre planète. De la critique de ces deux opinions , nous pourrons peut-être trouver l'origine réelle de ces pierres.
I Quelques chimistes se sont dit : puisque les terres ne sont que des métaux très-légers par lear saturation d'oxygène, les aérolithes pourraient bien être formés de ces terres amenées à une grande sublimation, lesquelles s'élèveraient* en vapeurs vers les hauteurs de Tatmosphère, puis se contracteraient subitement en masses pierreuses.
• Cette hypothèse est tellement erronée qu elle est réfutée de toute part. D'abord^ les sublimations métalliques forment toujours des gaz trop lourds pour s'élever aux dernières limites de notre atmosphère. Ensuite, les substances qui composent les aérolithes ne sont point sublimables à la tempét rature ordinaire et même à la plus élevée de l'atmosphère.; plusieurs ne se subliment qu'à une chaleur artificielle trèshaute. D'ailleurs, nos gaz et nos substances très-sublimables n'existent point dans les pierres météorologiques. Ainsi, dans la supposition d'une origine aérienne, il est clair que les gar qui formeraient ces pierres ne viendraient point de la terre.
» C'est par un temps calme et serein et par un ciel pur et sans nuages que les chutes de pierres ont presque toujours' lieu; en sorte que Ton doit être convaincu que la pluie et les états de l'atmosphère ne contribuent pas plus à leur formation que d'autres vapeurs ou gaz condensés par le froid ou l'électricité, vu la chaleur qu'elles manifestent lorsqu'elles sont à la terre et l'odeur sulfureuse qu'elles exhalçnt. De toute nécessité, il faut donc dire que les pierres météoriques sont des corps étrangers à la terre et à son atmosphère.
1 Laplace et généralement tous les astronomes sérieux et les chimistes savants de notre siècle croient que les météo-
rites sont des corps célestes qui viennent tomber dans la sphère d'attraction de la terre> mais non, comme quelquesuns le prétendent, des produits des volcans de la lune (dans la supposition peu probable encore que la lune pourrait avoir des volcans). La force expansive de ces volcans seraitelle même estimée des plus prodigieuses, ne pourrait jamais nous envoyer de ces pierres. En général, il est reçu dans le monde savant de regarder les météorites comme des planètes très-petites ou mieu3( comme des débris de planètes ou comètes. L^ conclusion est que les pierres, les fers et les poussières qui tombent du ciel sont prodfiits par des corps célestes de nature et d'aspects différents, qui s'embrasent •toujours dans l'atmosphère terrestre.
> Ett effet, la chute des pierres météoriques est maintenant incontestable. Ces pierres ne ressemblent en aucun cas aux pierres qui composent notre globe. Eiles ^ont presque toujours accompagnéesd'ùn météore lumineuK, qui ne parait que pendant quelques minutes et qui dkparait après avoir fait explosion. Ce météore est remplacé par un nuage blanc. Les pieires météoriques sont des corps brûlés, qui n'ont pas subi .un même degré de chaleur ; car on distingue chez elles dçux genres de croûtes : Tune extérieure plus vitrifiée, plus noire et plus épaisse; et une seconde, brune, qui enduit, exactement les cassures fraîches produites par l'explosion, et qui a dû se former après coup. Le fer natif que contiennent les météorites est cellulaire.
» Les pierres météoriques sont tombées dans tous les temps, ni plus ni moins dans une période d'années que dans une autre, dans toutes les saisons, dans tous les mois^ le jour et la nuit, et à toute heure» Elles sont tombées dans toutes les contrées du globe, sans en affecter aucune spécialement; dans les plaines et sur lés montagnes; toutes, pour ainsi dire, loin de tout volcan en activité. Elles sont tombées de tous tes points du ciel, sans affecter un point plutôt qu'un autre. Le météore lumineux qui les porte, n'affecté aucune direction ^constante. Entre le moment de l'apparition et celui de l'extinction du globe de feu, ii ne se {îasse qu'un
très-petit nombre de minutes. Pendant ce temps, son volame est presque le même.
» Le diamètre apparent de ces globes de feu, à la hauteur où nous les aperceTons, étant celui de la lune (et il^t même souvent de trois pieds), et le volume des pierres qu'ils rejettent étant infiniment moindre , et même dans des rapports extrêmement éloignés, on doit supposer qu'il y a dans ces globules beaucoup de matières combustibles anéanties par la combustion, et qu'ainsi il ne tombe à terre que des scories et les minéraux incombustibles.
» Ils éclatent assez près de nous, en deçà de la hauteur des nuages à pluie; quelquefois^ mais très-rarement, près de la terre. Ces globes ont une queue enflammée; ce qui annonce un corps en feu tombant avec vitesse, et dont la flamme est repoussée en arrière par la compression de l'air. Lorsque nous les apercevons, c'est le moment où le solide ou noyau se met en feu. Ce noyau n'a pu être aériforme avant; car il aurait dû occuper un espace immense dans le ciel, par rapport au globe lui-même. Son étendue l'aurait fait apercevoir; car c'est par un ciel très -pur que se manifestent presque toujours les chutes de pierres. Puisqu'il y a inflammation, il y a combustion; le noyau contient donc des principes combustibles. Cela étant, les pierres météoriques, telles que nous les connaissons, ne doivent point ressembler à ce qu'elles étaient avant d'être dénaturées par la combustion; elles ne sont plus que des résidus de combustion.
» L'incomplète fusion des pierres météoriques annonce que leur inflammatioû est récente. La combustion commence subitement dans notre atmosphère, et elle est très-courte; ce qui prouve que^ dans les matières combustibles, se trouvent des nitrates de chaux et de potasse mêlés à du carbone et à du soufre. Les pierres météoriques sortent d'un foyer de combustion si puissant , que non-seulement elles sont chaudes en tombant, mais qu'elles brûlent lorsqu'on les touche; elles brûlent et les herbes et les vêtements. Elles dégagent des vapeurs sulfureuses blanches et même noires.
336 PUYSIQUE CÉLESTE.
• La présence du soufre et du carbone annonce que ces corps essentiellement combustibles existaient dans les noyaux des solides, et que c'est à leur inflammation et à leur combinaison ^yec l'oxygène qu'on doit rapporter en partie la formation des vapeurs qui causent l'explosion du météore, et la fumée ou nuage qui le remplace après son extinction et qui se dissipe ensuite.
• Aucune pierre météorique n'a offert de l'eau par l'analyse; il est cependant très-présumabte qu'elles en contenaient avant l'inflammation, les métaux qu'elles renferment y étant souvent oxydés» et la lumière du globe de feu extrêmement vive. Cette eau travaille aussi à l'explosion. Les aérolilhes sont solides au moment de leur chute, ou rarement fragiles ou friables. L'analyse chimique n'a découvert dans ces pierres, que des principes qui nous sont connus, et qui existent dans les minéraux terrestres, mais dans des combinaisons différentes.
» Les terres tombées du ciel (car il y aussi des pluies de terre), sont des substances pulvérulentes, très-fines, grises, rougeâtres ou rouges ou noires, le plus souvent semblables à de la brique finement broyée, âpres au toucher, rayant le verre lorsqu'on le frotte avec; tantôt elles sont en masse, comparée à du sang coagulé, à de la brique, à une matière visqueuse, à de la pluie rouge, parce qu'elles colorent quelquefois l'eau avec laquelle ou dans laquelle elles tombent. L'analyse des poussières rouges donne généralement : silice, 33; alumine, 15,50; fer, 14,50; carbone, 9; chaux, 11; chrome, 1 . La perte est 15. Dans ces analyses on n'a pas cherché à reconnaître la présence de la magnésie, du nickel et du soufre surtout.
» Tout ce qu'on a observé dans ces chutes de terres, nous fait présumer qu'elles ne diffèrent pas essentiellement des chutes de pierres. Quelquefois des chutes de terres ont été accompagnées de chutes de pierres, comme aussi d'un météore de feu ; et ces terres contiennent à peu près les mêmes substances que les pierres météoriques. Il parait qu'il n'y a d'autre différence que dans la plus ou moins grande rapi-
dite avec laquelle ces amas de matière chaotique, dispersée dans l*espace de Funivers, arrivent dans notre atmosphère, de manière qu'ils subissent un plus ou moins grand changement par la combustion que la résistance de Tair développe en eux. Dans la terre roug^ et noire, l'oxyde de fer est le principal élément colorant; et dans la terre noire on retrouve aussi beaucoup de carbone. Les pierres météoriques très-friables sont les intermédiaires de la terre noire aux météorites ordinaires, leur combustion n'ayant pas été suffisante pour brûler le carbone et fondre les autres substances.
» Il résulte de l'historique et de l'analyse des pierres et des terres météoriques, que les bolides qui éclatent dans notre atmosphère, sont, à vrai dire, des ébauches premières de planètes, fœtus avortés de globes célestes. Témoins irrévocables, elles prouvent l'homogénéité de la matière qui comble Pinfini ; car leurs éléments sont en tout semblables à ceux de notre planète.
• S'il était possible de les arrêter dans leur course avant leur combustion dans notre atmosphère, combustion qui ne ûous laisse plus de leurs composés que des détritus métalliques, nous retrouverions peut-être ces composés semblables à ceux de la terre, et formant dans leur ensemble un noyau solide, dans le sein duquel se trouveraient, comme primitivement dans les entrailles de la terre, des diminutife de lacs souterrains comblés d'eau.
t Cette eau intérieure, amenée à l'état de vapeur par la combustion puissante des premières couches du globule, est, par sa force expansive, sans doute, une des principales cause de l'explosion de la bolide. Cette explosion, en lançant au loin les débris du corps, les éparpille dans leur chute, tout en détruisant la rapidité énorme du premier mouvement qui animait le météorite entier; d'où il résulte que la chute de ces pierres ne peut engendrer de graves sinistres sur la surface de la terre.
» La cause qui produit l'inflammation des météorolithes est jusqu'ici inconnue : tous nos savants l'avouent. On a bien imaginé (car l'homme veut toujours une explication telle
qu'elle soit), que cette inflammation pouvait-être i effet d'une commotion électrique; mais aucun phénomène électrique ne peut justifier cette commotion et l'expliquer. D'autres ont été plus loin, ils ont supposé (ce qui tranchait la difficulté), que les météorolithes étaient sorties d'un fo^r enflammé et qu'elles étaient incandescentes depuis leur départ.
> Outre que cette supposition ne dit pas quel est ce foyer, elle est encore totalement détruite par les considérations déjà rapportées. D'ailleurs, si cette hypothèse avait quelque réalité, on apercevrait de fort loin ces bolides enflammées. Ce qui est démenti par l'observation, puisqu'elles ne sont vues que quelques instants avant leur explosion, qui se fait au-dessous de la région atmosphérique des nuages à pluie, et ainsi fort près de la terre. Eh ! bien, toutes ces difficultés dont se hérissent les phénomènes des météorolithes sont, pour ma théorie astronomique, autant de preuves victorieuses qu'on ne peut réfuter.
— Ce. n'est peut-être pas certain. Voyons où vous voulez en venir.
— D'après l'opinion de nos plus illustres savants, les météorolithes peuvent-être considérées comme des débris ou mieux comme d'excessives petites planètes, ébauches incomplètes de globes célestes. Les constituants de ces globules sont donc des éléments vierges, comme l'étaient ceux des grands corps planétaires dès leur origine. Or, ces bolides, comme tous les corps de la nature, ont bien une atmosphère qui leur est propre, mais qui, étant proportionnée à leur masse, est trop petite pour être prise en considération. C'est en raison de leur très-petite surface antérieure qu'elles offrent à la résistance du milieu qu'elles ;traversent, que les météorolithes peuvent pénétrer si profondément dans l'atmosphère de la terre; aussi ces corps, n'obéissant autant dire qu'à la force centripète de la terre qui les {attire, ontils une vitesse énorme dans leur chute.
» Mais, dès qu'ils sont arrivés à la région inférieure des nuages, point atmosphérique où la densité de l'atmosphère
a atteint toute sa puissance et où, en raison de cette grande densité, la ségrégation du calorique de Toxygène de ce milieu est très-facile sous une percussion brusque et puissante, ces globules, dans toute la vitesse de leur chute, éprouvent une résistance soudaine du milieu et qui équivaut à un choc considérable contre sa surface. Ce choc met instantanément à nu tout te calorique de la partie du milieu qui enveloppe le météorite^ et produit autour de lui un puissant embrasement atmosphérique qui Fétreint de ses flammes, et ne tarde pas à réduire tous ses constituants à Tétat de scories.
» C'est au milieu de cet embrasement atmosphérique que les éléments métallique, carbonique et sulfureux qui constituent le globule, s'enflamment eux-mêmes et se réduisent si promptement en détritus métalliques, qu'une puissante explosion, partie du centre du météorite^ lance au loin et fait tomber sur la terre en pluie de pierres météoriques. Le globule ne continue pas moins le mouvement de sa chute pendant le temps que dure sa combustion. C'est alors que ce corps paraît avoir une immense queue enflammée ; car, étant en feu, il tombe avec tant de vitesse, que la compression de l'air en acquiert une grande puissance, et refoule en arrière les flammes qui dévorent la bolide.
— D'après cela, les météorolithes ne seraient que de trèspetites comètes, qui ne commenceraient à devenir lumineuses que du moment où elles se trouveraient dans un milieu ( Patmosphère de la terre), duquel elles dégageraient spontanément, par la rapidité de leur chute et la r^istance qu'en reçoit leur surface, une assez grande quantité de calorique pour enflammer les éléments qui les constituent, éléments qui sont encore dans leur primitif état de force virginale.
— Donnez, en imagination, à ces bolides un volume assez grand pour qu'elles ne puissent jamais pénétrer aussi profondément dans l'atmosphère de la terre, en raison de la résistance croissante du milieu dans lequel elles se trouveraient» (résistance qui est proportionnée à l'étendue des volumes de ces globes); vous verrez se produire en elles tous les phéno-
mènes qui accompagnent les comètes, phénomènes qui, dans le fond, sont absolument les mêmes que ceux des météorites, à Texception que les comètes n'ont pas une chute absolue, et que l'éclat qu'elles projettent est plus grandiose; car les masses cométaires, étant des millions de fois plus grandes que celles des météorites, ont à elles des atmosphères dont rétendue et la puissance sont proportionnées à leurs masses, et qui jouent les principaux rôles dans Tembrasement des globes cométaires et dans leurs mourements autour du soleil.
» Comme les météorolithes, les comètes Tiennent de tous les points du firmament, sans en affecter un plus que l'autre; et leurs mouvements sont aussi rapides que celui de la chute des météorolithes. Aussi, ces globes vagabonds ont-ils des ellipses fort allongées et même paraboliques ; mais ils suivent les mêmes lois que les planètes : c'est-à-dire que les aires triangulaires, terminées par les différents arcs de leur orbite qu'ils parcourent en différents temps, et par deux lignes droites tirées des extrémités de ces arcs au centre du soleil , sont proportionnelles aux temps employés à parcourir ces arcs.
» Les comètes sont-elles des corps lumineux par euxmêmes ou ne deviennent-elles visibles que par la lumière qu'elles reçoivent du soleil^ et qu'elles renvoient vers nous ? L'ancienne théorie, qui ne pouvait concevoir que les globes célestes, si ce n'est le soleil seul, puissent être lumineux par eux-mêmes, fait des comètes des corps réflecteurs. Mais l'observation sévère de ces globes donne un formel démenti à l'ancienne théorie en confirmant la nôtre. Généralement, les comètes sont à des distances si grandes de nous qu'elles n'offrent aucune parallaxe. Gomment alors pourraient-elles, étant presque toujours de petits volumes, nous apparaître, si elles ne nous étaient rendues visibles que par une lumière réfléchie ? Dans toutes les relations astronomiques sur les comètes, nous trouvons cette description : la partie la plus lumineuse d'une comète est toujours enveloppée d'une atmosphère très-dense qui jette une lumière bien moins brillante. Pour distinguer ces deux parties l'une de l'autre, on appelle la première le noyau, et la seconde la chevelure ^ en
latia coma, d'où est venu le nom de comète, c'est-à-dire astre chevelu.
• Comment peut-on admettre qu'un corps réflecteur, c'està-dire recevant sa lumière en dehors de lui, puisse nous faire voir sa partie intérieure beaucoup plus brillante que sa partie supérieure ? C'est là un non-sens. £t, puisque l'éclat du noyau ou partie intérieure des comètes est considérablement plus vif que la lumière atmosphérique ou partie supérieure, c'est que ces globes ne brillent pas par lumière réfléchie, mais bien en raison d'un très-puissant dégagement de leur calorique atmosphérique, c'est-à-dire en raison d'une grande combustion d'une partie de leur atmosphère, produite par l'énorme pression de cette atmosphère contre leur noyau solide, pression née de l'excessive répulsion de l'atmosphère solaire contre la surface de ces comètes. La prodigieuse vitesse de ces globes dans leurs orbites donne la mesure de cette répulsion et ainsi de l'immense quantité de calorique mis à nu sur les surfaces cométaires.
» Or, sous l'action de leur embrasement atmosphérique (lequel existe tant que dure l'excès de la réaction de l'atmosphère solaire sur la surface cométaire), on peut affirmer que les constituants des comètes passent successivement de leurs éléments primordiaux et simples aux composés nombreux que nous retrouvons sur notre planète. Ce travail de combinaison, dont le feu et la force d'affinité d'aggrégation sont les principaux agents, est nécessaire, non-seulement à l'organisation et au prompt perfectionnement des globes cométaires, mais aussi à la production de leur atmosphère, qui doit, par ses couches gazeuses, leur donner leur force répulsive et leur servir par la suite de remparts invincibles.
» Mille indices nous prouvent que notre planète a passé par ce travail d'un feu puissant et longtemps continu, agissant conjointement avec une vigoureuse force d'affinité d'aggrégation, laquelle est produite autant par la puissance centripète du globe que par la pression de son atmosphère sur sa surface. Par analogie, nous devons croire qu'il en fût de même de toutes les planètes. Ainsi, tous les globes voyageurs,
3li PHYSIQUE CÉLESTE.
el alors les éloiles ou soleils exceptés, ont été primitivement des comètes.
> Lorsque, i œil armé d'une puissante lunette, on observe le ciel, on découvre dans les profondeurs du firmament, répandues çà et là, des masses de matière blanchâtre de forme encore indéfinie, et qu'on appelle nébulosités. Elles sont transparentes; car elles laissent voir les étoiles placées derrière elles. Les premiers astronomes qui découvrirent ces lueurs blanchâtres, crurent d'abord qu'elles provenaient de la rencontre d'une infinité de rayons lumineux des étoiles vers les [^ints du ciel où elles s'apercevaient.
> Mais, après quelques années d'observations minutieuses, on reconnut que ces nébulosilés, loin d'être fixes à l'égard des étoiles (comme elles devraient l'être si elles étaient réellement des résultats de rayons de lumière agglomérés des étoiles), s'étaient considérablement déplacées, et qu'elles avaient des mouvements qui forçaient de les regarder comme des phénomènes parfaitement étrangers aux étoiles.
• A cette découverte, les astronomes firent de sévères observations sur ces nébulosilés ; et ils ne tardèrent pas à reconnaître en elles un point central et quelquefois plusieurs^ même qui étaient plus brillants que tout le reste du corps. Sans aucun doute que ces points brillants des nébulosités sont des commencements de noyaux planétaires. Cette opinion est celle de tous les astronomes; elle est confirmée aussi par l'observation, qui démontre, dans une quantité de ces nébulosités mises en comparaison, des degrés différents de grosseur et ainsi des croissances plus ou moins avancées chez elles. L'étude de ces corps mystérieux nous affirme l'idée qu'à notre époque nous assistons encore au spectacle de la formation de nouveaux mondes célestes. Telle est, d'ailleurs, sur l'origine et le but futur des nébulosités, la conviction intime de tous les astronomes, l'illustre Laplace à leur tête.
» Nous pouvons donc considérer, avec la certitude d'une vérité > les nébulosités comme les premières ébauches do globes planétaires, et qui, dès que leurs noyaux auront assez
de puissance par leur accroissement continu, obéiront à des attractions solaires. La Voie lactée est une immense et riche agglomération d'une multitude de ces nébulosités^ qui se tiennent aux dernières limites de notre système solaire et de sa sphère d'attraction ; de leur ensemble, elles forment cet immense cercle de lumière blanchâtre, qui semble donner à notre soleil une couronne royale^ La Voie lactée serait ainsi la vaste officine où s'engendraient et s'élaboreraient nos météorolithes et nos comètes, futures planètes ou satel- . lites de notre système solaire.
» Effectivement les nébulosités, de leur état autant dire visqueux et gélatineux, passent insensiblement à celui de comètes ou globes planétaires imparfaits; car, dans le catalogue de ces corps observés jusqu'ici, on trouve des comètes dont les noyaux étaient encore si peu sensibles, qu'elles ne semblaient que des masses de nuages lumineux, condensés chez les unes et souvent si peu chez les autres, qu'elles laissaient voir les étoiles au travers d'elles. Ainsi, ce ne serait qu'après plusieurs révolutions autour du soleil (lequel astre condense leurs constituants en un noyau solide, tout en faisant sortir de ces éléments condensés une atmosphère semblable à celles des planètes et de laquelle sort lorganisme végétal et animal, que les comètes peuvent acquérir les propriétés astronomiques et organiques des planètes.
> Les comètes s'approchent si près dti soleil, qu'on se demande comment quelques-unes peuvent résister à toute la puissance attractive de cet astre qui« à leur périhélie, est énorme sur elles. Bon nombre d'astronomes ont présumé que quelques-unes devaient s'abîmer sur la surface solaire. Je suis assez de cet avis; mais ces comètes, qui ainsi viennent se perdre^ur le soleil, doivent-être celles qui,. après la condensation de leurs constituants par le soleil^ n'offrent plus qu'un volume si petit qu'il ne peut balancer là force attractive du soleil par la résistance qu'il offre à l'atmosphère solaire. Alors ces comètes sont en grand pour le soleil ce que sont en petit les aérolithes pour la terre ; et, ainâ que ces météorolithes, elles éclatent et se brisent, dans les régions
inférieures de latmosphère solaire, par une explosion réelle, et elles tombent sur sa surface en une multitude de pierres^ en tout semblables à celles de nos pierres météoriques.
B Mais cette explosion des comètes peut quelquefois, et très-souvent même, arriver avant que ces globes aient atteint leur périhélie ou après avoir dépassé ce point, lorsque ces cor^ de nébulosités fixes passent à leur première révolulution solaire. Effectivement, lors de .cette première révolution, les constituants des comètessont dans leur noyau et dans leur atmosphère à Tétat de chaos : tous les éléments s'y trou- . vent confondus et avec toute la puissance de leur virginité. Si le tout d'un tel corps forme une masse fort petite, il doit nécessairement arriver que cette masse passe, ainsi que nous le voyons dans nos météorolithes, tout entière à l'incandescence^ de laquelle résulte l'explosion de la comète qui lance au loin et éparpille dans l'espace les débris du globe.
> Or, supposez que cette explosion d'une comète (phénomène qui doit être assez fréquent), ait lieu dans le voisinagi^ de la sphère d'attraction de la terre; il estr certain que ces débris épars, qui, réunis en une seule masse formant la comète, obéissaient au mouvement de ce corps donné par l'attraction solaire, perdent à l'instant, en raison de leur individualité qui rend la masse de chacun trop petite, toute influence attractive du soleil. Ils obéissent alors à celle de la terre, sur la surface de laquelle ils finissent par tomber^ soit en poussière, soit en pierres météoriques.
» Supposons encore, ce qui doit arriver quelquefois, que cette explosion se fasse d'une grosse comète; qu'elle se produise dans une région du ciel éloignée des orbites que tracent dans le firmament les planètes de notre système solaire ; et que les débris ou éclats de cette comète soient encore assez puissants pour que, malgré leur distance du soleil, ils obéissent encore à l'attraction de cet astre.
» Ces débris d'un vaste globe cométaire ne formeront-ils pas, dans leur ensemble, une agglomération de nombreux petits globes, qui, ayant chacun son atmosphère propre, s'at-
lireront et se repousseront l'on de Fautte, en conservant toujours entre eux une distance en rapport à leurs niasses et à leurs volumes? Ainsi, ils formeront un grgupe' d'astéroïdes planétaires, pesant comme une masse unique sur le soleil, et qui peut-être recevra, dans son tout, les mêmes phénomènes qu'en j ecevrait un globe formé de toutes les masses réunies de ces astéroïdes.
» C'est sans doute à de semblables explosions de comètes, se produisant dans toutes ces conditions pour produire de ces groupes d'astéroïdes de leurs nombreux débris> que nous devons la singulière et périodique apparition de cette multitude de bolides observées depuis plusieurs années sur des latitudes fort différentes, dans la nuit du 12 au 13 novembre.
— En effet, je me rappelle qu'en 1833, dans la nuit du 12 au 13 novembre, toutes les côtes orientales de l'Amérique, dépuis le golfe dii Mexique jusqu'à Halifax, furent, depuis neuf heures du soir jusqu'au lever du soleil, témoins d'un semblable passage d'une multitude de bolides qui, dans leur marche, se succédaient à de si courts intervalles, qu'on n'aurait pas pu les compter. Les évaluations les plus modérées ont porlé.leur nombre à des centaines de mille. Tous ces météores partaient d'un même point du ciel, situé près du gamma du Lion, et, cela, quelle que fut d'ailleurs» par l'effet du mouvement diurne de la terre, la positioà de cette étoile.
— Le retour de ces myrmidons planétaires parait être soumis à toute l'exactitude des lois astronomiques qui régissent les grands globes planétaires; car il se fait dans une période annuelle fort exacte, ainsi que vous allez le voir. En 1799, et sous la même date de l'année, du 12 au 13 novembre, un déluge semblable de bolides planétaires avait été observé en Amérique par Humbold, et au Groenland par les frères Moraves. Sous la date du même mois, en 1831 , l'Europe fut aussi témoin, comme l'Amérique en 1833, du même phénomène.
» Ces diverses observations confirment suffisamment, je pense, cette conséquence astronomique amenée par ma théorie : qu'il doit exister, dans le firmament, des zones com*
34C PUYSIQUB CÉLESTE.
posée d'ane grande quantité de petite corps agglomérés, formant entre eux un gouvernement planétaire régi par le système républicain ; leurs groupes tracent, de même que s'ils n'étaient que des planètes simples, des orbites autour du soleil» et ils obéissent, comme ces derniers globes, à totltes les influences de cet astre. Une de ces zones composées d'une infinité de ces petites planètes agglomérées est peu éloignée de la terre, et son orbite rencontre le plan do l'écliptique vers le point que la terre va couper tous les ans, du 12 au 13 novembre. C'est un nouveau monde planétaire qui commence à se révéler à nous.
» Ainsi, nous devons affirmer qu'entre les grandes planètes il circule autour du soleil des milliards de petits corps, débris résultant de l'explosion intestinale de certaines comètes (les planètes astéroïdes Cérès, Pallas, Junon et Yesta sortent peut-être d'une telle origine), et dont quelques-uns ne deviennent visibles pour nous qu'au moment où ils traversent i'atmospbère de la terre, qui produit chez eux une conflagration proportionnée à l'étendue de leur volume. Ces bolides planétaires se meuvent généralement par groupes, quoiqu'il en existe cependant d'isolées.
— Ces phénomènes lumineux, aussi subtils à s'enflammer qu'ils sont prompte à s'éteindre et que l'on nomme vulgairement étoiles filantes, ne seraient donc, d'après les astronomes, que de ces bolides planétaires traversant les régions hautes de l'atmosphère de la terre? Mais ne savez-vous pas que depuis longtemps les physiciens vous disputent ces étoiles filantes, en prétendant qu'elles sont de leur domaine ; car ces messieurs veulent quiîlles ne soient que des agglomérations globuleuses de matière électrique, s'enflammant spontanément dans leurs mouvemente. Ainsi, d'après ces savants, ces phénomènes appartiendraient exclusivement à la météorologie.
— Cette cause tout électrique que les physiciens ont voulu donner à la formation des étoiles filantes, n'a toujours été considérée, dans le fond, que comme une hypothèse tenant lieu d'une vérité encore inconnue ; car, en physique, il est
impossible de donner une cause et une explication satisfaisante à ces agglomérations électriques et à leur inflammation subite et toujours plus fréquente, dans les temps où le ciel est le plus pur, qu'à tout autre état météorologique de l'atmosphère ,*^ ce qui devrait être le contraire pour la production de ces phénomènes électriques.
» Lorsque l'astronomie donne aux étoiles filantes une explication aussi riche et aussi complète que celle que nous venons de faire, on peut affirmer que ces phénomènes sont désormais du domaine de l'astronomie proprement dite; car, à vrai dire, ces bolides lumineuses sont des globes planétaires, diminutifs de comètes, et dont la longue traînée de lumière n'est qu'un effet d'optique résultant de l'excessive rapidité avec laquelle la bolide enflammée se meut en traversant les hauteurs de notre atmosphère.
» Cependant, on s'égarerait si, de cette conclusion, on allait présumer que les queues des grosses comètes du firmament ne sont aussi que de ces effets d'optique. Pour ces derniers globes, cette longue traînée de lumière, qui toujours est opposée au soleil et est lumineuse par elle-même, provient de l'énorme refoulement, vers le côté du globe où celte queue se trouve, de toute l'économie des gaz atmosphériques de la comète.
» Deux causes puissantes produisent ce refoulement : 1** la réaction du milieu de l'atmosphère solaire contre la surface de l'hémisphère de la comète tourné vers le soleil ; 2*> et l'excessive rapidité de la comète dans son orbite, rapidité qui fait refouler, par la masse du milieu que ce globe déplace brusquement, toute l'économie des gaz atmosphériques de la comète vers le point où se trouve la queue lumineuse que forme cette accumulation de gaz comprimés.
» Ainsi, on doit dire que, tant que le noyau d'une comète est incandescent (incandescence qui prouve l'énorme compression de l'atmosphère de la comète sur sa surface par l'attraction solaire), toute l'économie de cette atmosphère est repoussée à l'Occident de la comète, à 90 degrés de la verticale qui joint les centres des deux astres.
» Or, toute cette économie des gaz de la comète étant puissamment refoulée vers un même point, et sa compression^ étant égale de toutes parts (car cette compression est le résultat de deux forces contraires se réagissant toutes deux, à direction opposée, contre la surface du globe, et qui se contre-balancent à 180 degrés de l'une de l'autre, comme je vous Pai démontré dans l'explication des mouvements orbiculaires)^ doit offrir, dans son ensemble, Taspect d'une longue colonne atmosphérique, qui ne cessera d'être lumineuse tant qu'elle durera; et cette colonne lumineuse durera tant qu'aura lieu Tincandescence du noyau, c'est-à-dire tant qu'existera l'excès des deux réactions contraires du milieu contre la surface de la comète.
» Cette colonne atmosphérique, en raison des causes puissantes de répulsion qui la produisent, doit offrir le même phénomène lumineux que nous présente une colonne d'air renfermée dans un cylindre de verre, et qu*on rend et qui reste lumineuse tant qu'on la soumet, dans ce cyclindre, sous une puissante compression.
> Voici, je crois, comment on peut se rendre compte de la cause de ces longues traînées lumineuses ou queues des comètes ; lesquelles queues, en raison de la grande rapidité des mouvements orbicutaires et de rotation qui animent leurs globes> ont une sorte de courbure, dont la convexité est, pour cette cause de résistance du milieu que déplace la comète, toujours tournée du côté vers lequel la comète se meut*
> Il peut arriver que le mouvement d'une comète soit si considérable à son périhélie, que les deux forces répulsives réagissant contre sa surface produisent une nouvelle queue avant que l'ancienne ait pu changer sa direction. Dans ce cas, on observe deux queues semblables à celles qu'offrait la comète de 1744, lorsqu'elle était à son périhélie. Ces divers phénomènes astronomiques, tous affirmés par des ob-r servations authentiques, confirment notre système de répulsion produite par la résistance des milieux existant dans l'espace, et ils doivent anéantir pour toujours cette fausse
opinion sur Texistence d'une miraculeuse projection des globes planétaires dans Pespace.
— D'après ces explications que vous donnez aux phénomènes que présentent les comètes, il résulte qu'aux premiers temps de Fapparition d'une comète, sa queue doit toujours être très-courte.
— N'en est-il pas ainsi?
— Cette queue doit augmenter en approchant du soleil.
— C'est encore prouvé par l'observation.
— Immédiatement après le passage au périhélie, elle doit avoir atteint le maximum de sa longueur et de son éclat pour tout le temps que la comète est aperçue.
— L'observation affirme qu'il en est encore ainsi.
— Alors, la comète s'éloignant du soleil, sa queue doit diminuer proportionnellement à Taugmentation de sa distance du soleil, et ensuite disparaître en même temps que le noyau de la comète.
— Mais tout cela, dites-moi> n'a-t-il pas été confirmé par les cents observations faites sur les comètes?
— C'est très-bien. Votre théorie astronomique s'applique parfaitement à tous les mouvements des globes célestes; je le reconnais. Mais tout votre système n'est qu'un immense échafaudage bâti sur un sable mouvant, et que va faire crouler une simple question^ que je me suis bien gardé jusqu'ici de vous faire> afin de voir jusqu'où iraient vos utopies scientifiques.
— Parlez, parlez vite! Vous me feriez trembler, si je n'étais pas marin.
— En réfléchissant à tout le mal que vous vous êtes donné pour me démontrer avec tant de bonne foi les preuves mathématiques de votre prétendu système, il y aurait peut-être peu de générosité de ma part à vous ôter votre illusion.
— Votre scrupule est bien tardif> lorsque vous avez eu la générosité de me laisser sciemment, pendant tant de jours.
vjo physique céleste.
dans des erreurs continuelles , comme vous prétendez que je viens de le faire; car, au fait, tout cela n'est qu'une prétention de vous.
— Oui; mais ma prétendu est au moins raisonnable, tandis que votre système...
— Que mon système?...
— Prouvez -moi donc, monsieur l'astronome^ comment nous pouvons vivre dans une atmosphère telle que celle de notre planète, atmosphère qui, selon vous, serait si puissamment comprimée par le milieu séparant la terre du foyer attracteur, que la terre recevrait de la réaction de son atmosphère, non-seulement des mouvements dont la rapidité est équivalente à celle d'un boulet de canon chassé par la poudre, mais encore de la compression de cette atmosphère une si grande ségrégation de calorique, qu'il en résulterait dans cette atmosphère une immense production de lumière et de chaleur? Ne devrions-nous pas être écrasés sous cette prodigieuse pression atmosphérique?
— Voilà votre foudroyante question?... Si vous n'en avez pas d'autres à objecter à ma théorie astronomique, ma théorie vivra.
— Eh ! répondez donc à la question !
— Bites-moi, monsieur le grand critique! lorsqu'un bassin d'un port de mer est couvert de vaisseaux chargés, comment peuvent vivre les poissons qui sont dans les eaux de ce bassin? Ne doivent-ils pas être écrasés par le poids des navires qui s'appuient^ de leurs masses énormes, sur les eaux? Votre question me parait aussi ingénue que celle-ci !
» Nous vivons aussi insouciants, aussi à l'aise dans l'atmosphère de notre planète , quelle que soit Ténormité de sa compression, que les poissons s'agitant dans les eaux d'un bassin^ quelque chargées de navires que soient ces eaux.
» Dans l'un et l'autre cas, la pression n'est-elle pas toujours en proportion avec la quantité de milieu résistant ou à
la quantité d*eaa suffisante pour pouvoir, en résistant aux poids des navires, les tenir à flot? Si les animaux qui vivent dans ces deux milieux si puissamment comprimés, sont nullement incommodés de la pression de ces milieux, c'est que cette pression se fait simultanément par le haut, par le bas et par toutes les faces latérales, en même temps qu'une multitude de particules de ces milieux circulent dans les vaisseaux intestinaux des êtres qui vivent en eux.
— Je puis vous paraître vaincu. Mais d'autres critiques, je n'en doute pas, seront plus habiles que moi. Ils disséqueront votre système, et en mettront à nu la vanité. Au$si> je vous livre à toute la fureur des dents canines de ces messieurs!... Car je ne puis croire, morbleu! que Newton et Laplace soient dans l'erreur, lorsque vous seul seriez dans le vrai.
— Quel entêtement est le vôtre ! Vous ne voulez même pas en croire vos yeux. Saint Thomas était plus raisonnable ! »
Heureusement qu'à cet instant, la voix criarde de la cloche du navire se jeta brusquement au travers de notre discussion, en nous appelant au déjeuner. Nos dernières paroles avaient pris un ton de pique et d'aigreur qui laissait prévoir que bientôt l'amour-propre se serait mêlé à la partie. Ce qui aurait été mauvais; car, dès que l'amour-propre parle, la raison s'enfuît.
Ces discussions scientifiques entre le capitaine du W
et moi, loin d'avoir été interrompues ici, continuèrent encore pendant les longs jours que nous naviguâmes ensemble. Mais avant de livrer à l'impression la totalité de mes laborieuses découvertes que traite le reste de nos entretiens, je crois prudent de faire franchement un appel à la critique de ce nouveau système planétaire.
Je suis loin de prétendre que cette théorie que j'apporte à l'astronomie soit VtUHma où doit parvenir cette science. Je crois seulement qu'il n'en existe pas encore une, qui, comme le fait celle-ci^ explique avec autant de facilité et d'exactitude les phénomènes astronomiques; car elle donne aux plus
'^53 PHYSIQUE CALBSTE.
épineux problèmes de la météorologie et de la géogonie la ecrlilude d'une prochaine solution.
Armé de l'intelligente puissance de cette nouvelle théorie , nous pourrions dès l'instant publier les grands épisodes pla-. nélaires, et lever en Mtier le voile que nous avons laissé sur bien des mystères du magnétisme et de Télectricité, comt&e sur ceux des couleurs et de la géogonie. Mais notre bat, dansi^e livre, n'est que d'exposer succinctement, à la critique des hommes de science, les ba^ brutes de nouvelles conceptions astronomiques.
Espérant recevoir de nos savants des conseils qui nous éclaireront dans les laborieuses recherches, que nous ne cessons de faire au'milicu des ténèbres épaisses de l'histoire de notre planète et des mouvements de la nature, nous ne livrerons que plus tard à la pubiieité, si la Providence nous le permet» le complément de nos travaux et des solutions de problèmes, dont nous n'avons, dans ee volume, fourni autant dire que les premières données.