XIV PRÉFACE
que par des trayanx pénibles ; et toujours elle exige de son amant un culte persévérant et le courage viril.
Notre mérite, si toutefois nous avons quelque mérite, est, non-seulement d'avoir beaucoup étudié, mais aussi d'avoir vaincu la misère qui prétendait étouffer chez nous les germes que la nature déposa dans notre sein.
Notre tête était grosse de conceptions scientifiques, mais leur enfantement semblait impossible, tant il devait être laborieux. Il ne fallait rien moins que des voyages lointains qui nous transportassent des régions glacées des pôles aux régions brûlantes de l'équateur, pour nous permettre de réaliser, par l'expérimentation, les vérités scientifiques qui n'étaient encore chez nous qu'à l'idéal.
La fortune, dont les prostitutions journalières témoignent qu'elle ne se pique pas d'une vertu très-farouche, fut cependant pour nous d'une cruelle sévérité. Sachant bien que nous n'aurions toujours d'elle que des dédains insultants, nous lui rendîmes mépris pour mépris : nous sûmes nous passer de ses services. Mais nous devions payer par le travail des bras ce qu'elle nous refusait^ et elle nous refusait tout ; car nous ne devons notre pain quotidien qu'à notre travail de chaque jour.
L'immensité des mers que nous avions à sillonner pour vérifier par nous-mêmes nos données scientifiques, était, pour un faible ouvrier que la nature avait fait naître avec trop d'idées et loin de tout port de mer, un obstacle qui semblait venir de l'enfer.
Combien ne payâmes-nous pas de fatigues et de misère notre premier voyage qui, au travers des déparle-
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ments de la France, nous conduirait de notre Tille natale au Havre ! Et nous prétendions ^Lplorer le globe ! . . .
Quoique ces premiers pas vers le but que je m'étais donné fussent bien pénibles, ils ne firent pas faiblir ma volonté. Debout et solitaire sur les rochers de la falaise dont la mer battait les flancs , je pleurais lorsque mon regard, planant tristement sur la plaine de l'océan, voyait des navires déployer majestueusement leurs voiles et prendre leur vol vers des contrées lointaines. J'enviais le sort du plus modeste matelot de ces navires.
Eh! quoi, me suis-je dit, ne puis-je aussi me faire marin? Les difficultés ne m'ont jamais eflrayé ; car j'ai toujours été convaincu que la persévérance apporte la victoire. Je me mis dès lors à étudier courageusement les mathématiques et l'hydrographie. La tâche était pénible; les professeurs me manquaient : je ne pouvais les payer ! Le temps me tint lieu de maître ; et au bout de dix-huit mois d'études solitaires et de veilles incessantes, j'avais acquis la puissance de diriger astronomiquement un navire au travers des déserts de l'océan : j'avais vaincu, et je m'embarquai, avec les avantages d'un officier, sur un navire marchand qui, de prime-abord, me transporta sur les côtes équatoriales de l'Amérique.
Ce ne fut que lorsque nous fûmes possesseur d'une riche collection d'observations locales, que nous quittâmes la marine, dont nous n'avions pris la carrière que comme moyen de pérégrination , mais qui alors nous offrait une position sociale avangateuse, comme pour nous tenter et nous faire faillir k notre volonté première.
ivi PRÉFACE.
Nous connaissioDs la misère et les fatignes nouvelles qui nous attendaient en France en redevenant ouvrier ; mais nous avions à élaborer en silence un système nouveau de physique céleste, dont nos observations nous avaient affirmé la vérité et les grands intérêts humanitaires qui doivent en naître. 11 y aurait eu lâcheté de notre part en nous arrêtant aussi près du but.
Seule, la mort pouvait me faire interrompre mes travaux; mais la mort seule me respecta. Ce n'est qu'après sept ans de la vie obscure et laborieuse d'ouvrier passées à Paris, sept ans que je traite de sept années de travaux forcés (car le jour j'arrachai mon pain du travail de mes bras, et je consacrai une partie du repos de la nuit à l'étude et aux calculs astronomiques), que je puis offrir ici le plan et quelques puissants résultats d'une nouvelle théorie astronomique.
Ce livre, dont le concours obligeant de mon frère m'aida à sa publication, est littéralement le fruit de mes veilles succédant à des journées de travail du corps; aussi son style offre-t-il quelquefois des lourdeurs et des expressions fatiguées qui sont autant de témoins accusant que, lors du premier jet qui porta mes pensées sur le papier, T esprit luttait péniblement chez moi contre la lassitude du corps.
Ces quelques détails sur ce que nous sommes et sur ce que nous avons été, étaient nécessaires pour que le lecteur puisse nous accorder autant d'indulgence que nous en avons besoin, et qu'il sache surtout que ce n'est pas à un de ces nombreux et plats copistes des idées et des
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travaux des autres qu'il a à faire, mais bien à on homme dont toute la yie n'est qu'une aspiration vers des vérités nouvelles.
Nous devons faire ici, comme auteur, un aveu que peu d'écrivains se sentent le courage de faire à leurs lecteurs. Rien de ce qu'on va lire ne provient des rêves de notre imagination, de ce travail fiévreux que Ton nomme génie.
li ne faut pas s'attendre ici a des efforts d'un travail inventif. Les causes les plus connues, les plus ordinaires nous mèneront d'elles-mêmes aux imposantes combinaisons intellectuelles que nous allons traiter.
Et, cependant, on puisera dans cet ouvrage des idées neuves, dont les conséquences ne tendent à rien moins qu'à changer de face l'étude des sciences, et à remplacer les bases mauvaises sur lesquelles reposent à faux les puissances des états sociaux.
Les cieux, en nous donnant le complément des lois astronomiques, ont ouvert une nouvelle voie à l'intelligence humaine. Et, désormais, l'astronomie peut résoudre ses problèmes déclarés jusqu'à ce jour insolubles, et apporter enfin, à l'humanité, les services que les peuples ont toujours réclamés de ses travaux.
À la météorologie, nous avons trouvé une base invariable, qui, de cette science, jusqu'ici rebelle aux calculs, doit bientôt en faire une science mathématique, de laquelle l'agriculture pourra retirer le bienfait des prévisions météorologiques.
XYiii PREFACE.
Nous avons écarté les ténèbres épaisses qui couvraient le travail de l'enfantement des mondes. Et l'histoire de notre planète et de ses iiabitaots se déroule à nos yeux avec ses terribles épisodes.
La récapitulation des éléments de la matière, considérés dans les propriétés physiques et chimiques de leurs multiples combinaisons, nous dévoila les secrets de l'organisme animal et les causes de la sensibilité physique et morale de l'homme, d'où lui vient sa spiritualité.
Les résultats de ces études chimiques donneront à la médecine une direction nouvelle; et cette science doit en recevoir une impulsion qui la portera à l'apogée de sa puissance. Car nous n'avons négligé aucun des labeurs qui nous promettaient un intérêt humanitaire à satisfaire.
Ce livre est consacré spécialement, 1° à l'explication de notre Nouvelle Physique céleste; 2° à des solutions astronomiques et météorologiques ; 3** et aux recherches sur l'histoire de notre planète.
Déjà il ramène toutes les sciences à une base .universelle; et il commence cette immense chaîne scientifique, dont nous envelopperons tontes les connaissances humaines, pour en faire sortir une seule et grande science.
Si la Providence nous en donne le pouvoir, nous compléterons, par un second volume, le nombre déjà grand des solutions importantes qu'on trouve dans ce premier livre.