CHAPITRE XI
Détail des expériences faites a l3 Ecole de médecine de Paris sur le Galvarâsmex
L A matière du galvanisme devenoit de jour en jour plus importante et plus curieuse , par le nombre des savans qui s’y îivroient , et qui publioient leurs expériences et leurs travaux sur ce sujet. Il n’étoit pas possible qu’il n’excitât pas aussi l’attention des médecins français , et l’Ecole de médecine de Paris ne pouvoit voir avec indifférence , et sans y prendre un intérêt direct , une découverte qui peut beaucoup étendre les progrès de la physique , de la chimie, et même de la medecine ; mais l’Ecole a cru de sa prudence, avant d’entreprendre de nouvelles expériences , d’attendre les résultats de celles faites dans le lieu IIe, Partie, A
même de cette découverte ; et lorsqu’elle a cru pouvoir marcher dans la carrière avec plus de sûreté , elle l’a parcourue , et a cherché , de concert avec les savans étrangers , à jetter plus de jour sur les phénomènes qui accompagnent le galvanisme. Elle s’est attachée sur-tout à diriger ces phénomènes au profit de l’art de guérir. Voici d’abord l’article qu’on lit dans le Journal de Médecine , rédigé par les CC. Corvi&art , Leroux et Boyer (i), et le détail des expériences galvaniques, vérifiées à l’Ecole, au moyen de l’appareil imagine par le professeur Volta. Cet article est du C. Halle , professeur à l’Ecole de médecine, et membre de l’Institut national , qui a toujours suivi et dirigé les expériences de l’Ecole, et qui a coopéré à celles faites à l’Institut, dont il sera question dans le chapitre suivant. Il faut observer qu’on n’avoit encore qu’une connoissance imparfaite des expériences
(1) Nivôse an 9, page 351. Voye 1 aussi le Magasin encyclopédique , nivôse an 9 , n°. 16.
(2) Ces premières expériences ont eu lieu , en floréal et en prairial de l’an 9. Leur appareil est tenu journellement en activité, dans les cabinets de l’école, par le C. Thillaye , fils, aide-conservateur. Divers savans , entre autres les CC. Lan place, Fourcroy , B ut et , ont bien voulu concourir à la vérification des faits que ces expériences constatent. Plusieurs de ceux ici annoncés , et dont on n’avoit pas encore eu connoissance par les papiers publics \ par exemple, ceux qui
du professeur Volta , dont depuis il a donné communication à l’Institut.
« i°. Dispositions dis appareils (2). L’appareil monté à l’Ecole, d’après les mémoires du C. y oltay a été composé de différens étages , formant une pile plus ou moins élevée , suivant leur nombre : chacun a été établi de bas en haut , de deux manières, ou dans deux ordres différens, savoir: i°. zinc, carton mouillé, argent; 20. argent, carton mouillé , zinc : tous ces étages ont la même disposition dans une même pile. Ceux successifs se touchent , en conséquence , dans l’ordre qui suit : dans la première disposition , l’argent de l’étage inférieur touche sans intermédiaire le zinc de l’étage supérieur ; dans la seconde disposition, le zinc touche immédiatement l’argent, également de bas en haut. Le carton n’est ici que comme moyen de réunir l’eau et les dissolutions interposées entre les métaux : il doit en conséquence être fort imbibé. »
sont relatifs à l’état électrique, différent aux deux extrémités de l’appareil , se sont trouvés à-peu-près conformes aux observations publiées depuis , par MM. Volta , Nicholson , etc. Mais quelques différences , qui sans doute ne sont qu’apparentes , nous ont déterminé à décrire la formation de notre pile , avec plus d’exactitude que ne l’ont fait les rédacteurs du tome XV de la Bibliothèque britannique. Note du C. H allé,
» Un autre appareil est celui qui est formé également de deux métaux différens , le cuivre et le zinc : ces métaux plongent dans des bocaux remplis d'eau , ou de dissolutions salines. Les extrémités plongées doivent être maintenues à distance , et se toucher , au contraire , par l’extrémité qui excède le bocal. »
» L’un et l’autre appareils se ressemblent essentiellement ; mais on a trouvé constamment , toutes choses égales d’ailleurs , l’appareil vertical ou la pile plus énergique dans ses effets : on l’a portée à cent pièces de chaque espèce, et même udelà. Les effets sont d’autant plus marquai) s , que le nombre des étages est plus considérable; mais on peut diviser la pile en plusieurs , et prouver qu’elles communiquent ensemble dans un ordre qui ne contrarie pas la disposition de leurs parties. L’effet est le même que quand la pile n’est pas divisée. Si , au contraire , soit en renversant une moitié de la pile sur l’autre, soit par la manière d’établir les communications qui unissent entre elles diverses piles , on oppose en sens inverse les séries formées par leurs étages , tous les effets sont aussitôt anéantis. Ils ne varient que selon la diverse disposition ci - dessus indiquée des étages dans les deux séries , et ne sont point influencés par les métaux que l’on ajoute , soit au pied, soit au sommet de la pile.
Dans la manière de la monter , il faut , pour l’empêcher de s’écrouler, lui donner des appuis; mais ces appuis , quand ils sont pris dans des tiges métalliques ,paroissent en anéantir l’effet. Les supports , formés par des tubes de verre , en conservent au contraire toute l’énergie. Les dissolutions salines donnent une plus grande force aux effets de cet appareil ; parmi ces dissolutions, l’eau alumineuse, et sur -tout la dissolution de muriate d’ammoniaque, ont paru jusqu’à présent produire le plus grand effet.»
» 2°. Effets produits par les appareils ci-dessus décrits. Ces effets sont de deux espèces , savoir : i°. ceux qui affectent les corps bruts, dont la chaîne continue est en contact , d’une et d’autre part , avec les deux extrémités de la pile ; 20. ceux qui affectent l’économie animale. »
»Les effets sur les corps bruts sont de trois sortes : les combinaisons ou décompositions , les étincelles , les attractions et les répulsions. »
» Combinaison ou décomposition de l’eau. T) ans un tube rempli d’eau et bouché hermétiquement , on plonge de part et d’autre des fils d’un même métal , et on les fixe à une distance d’un ou de deux centimètres l’un de l’autre ; on les met chacun en contact avec une des extrémités de la pile. Celui qui est en contactavec l’extrémité qui répond à l’argent dans chaque étage , tel qu’il est décrit ci-dessus , se couvre
d’oxide. Celui en contact avec l’extrémité qui répond au zinc, se couvre de bulles de gaz hydrogène. Si les deux fils sont en contact dans l’eau où ils plongent , il ne se fait plus , ni dégagement des bulles , ni oxidation. Celle-ci et le nombre des bulles , sont en proportion des surfaces du métal , et se multiplient avec elles. Dans la pile, les métaux s’oxident dans leur contact avec la carte , et ne s’oxident pas , ou très - peu , dans la surface opposée, par laquelle ils se touchent immédiatement. »
» Etincdks. On touche à la fois les deux extrémités de la pile avec un même fil de métal; s’il est de fer , il s’excite une étincelle au moment du contact. Elle est alors composée d’un point lumineux blanc et d’une gerbe rougeâtre , qui éclate en tous sens autour du point lumineux , comme par déflagration : si le fil est de tout autre métal , de cuivre , de platine , etc. on ne voit que le point lumineux : on peut le voir dans le contact des différentes parties métalliques de la pile, soit d’argent, soit de zinc. Au moment du contact, on voit souvent plusieurs points lumineux, dans différens points de la colonne. »
» Attractions et répulsions. On prend d’une main une peîite bouteille de Leyde , d’une surface intérieure peu étendue , telle qu’une phiole d eau des Carmes : on applique son bouton à la sur-
face supérieure ou inferieure de la pile , appliquant en même temps l’autre main à l’autre extrémité : on soutient pendant quelques minutes de suite cette application. Le bouton de la bouteille étant en contact avec le bout de la pile qui répond au zinc , il en reçoit la propriété de repousser , dans l’électromètre du C. Coulomb 9 le disque électrisé négativement , ou chargé d’électricité résineuse, et d’attirer, dans le même électromètre , le disque électrisé positivement , ou chargé d’électricité vitrée. Ce même bouton j placé au bout de la pile qui répond à l’argent , acquiert la propriété de repousser le disque chargé positivement , et d’attirer le disque chargé négativement , d’oii il résulte que la même extrémité de la pile , qui paroît spécialement déterminer la formation des bulles du gaz hydrogène , dans l’appareil des décompositions , est aussi celle qui paroît communiquer à la bouteille les propriétés attractives et répulsives , caractéristiques de l’électricité négative , et que l’extrémité qui paroît déterminer spécialement l’oxidation du métal, est aussi celle qui paroît communiquer, les propriétés caractéristiques de. l’électricité positive (1). »
(1) Il faut toujours observer que l’on suppose ici les étages formés de deux métaux différens , avec un corps-
» Les effets produits sur les corps animés sont des commotions, des saveurs, des éclairs, selon les parties affectées. On mouille Pune et l’autre main en entier , et alors on touche du doigt , de part et d’autre , les extrémités de la pile ; les cartons qui entrent dans sa structure étant imprégnés d’une dissolution de muriate d’ammoniaque. Au moment du contact , on éprouve une commotion qui s’étend jusqu’au coude. Si la main étoit sèche , la commotion seroit très-légère. Si l’on prend, pour toucher la pile, un tube de métal mouillé , assez gros pour remplir entièrement la main , l’effet est beaucoup plus considérable. Il a paru aussi plus fort , quand le tube étoit , outre cela, rempli d’eau. Si l’un et l’autre doigts, mis en contact avec les extrémités de la pile , sont maintenus dans ce contact pendant quelque temps , on y éprouve , après la commotion , la sensation d’un frémissement et d’un picotement qui finissent par être très-incommodes. Si plusieurs personnes se tiennent , comme dans la chaîne que l’on fait pour l’expérience de Leyde , la première et la dernière entrant en contact avec les extrémités de la pile , la commotion est éprouvée à la fois par toutes d’une manière assez sensible,
humide intermédiaire : les dernières expériences ont appris à les considérer autrement. (Note du C. Hallé . )
si le nombre des personnes est petit , et si toutes les mains sont bien mouillées ; mais l’effet diminuant d’intensité , à mesure qu’on augmente la quantité des personnes intermédiaires , il cesse absolument d’être sensible, quand ces intermédiaires sont portées à un certain nombre, que l’expérience fait apprécier. Si la personne ou les personnes , dont les mains forment cette chaîne de l’une à l’autre extrémité de la pile , sont isolées , c’est-à-dire , montées sur l’isoloir électrique , l’effet est plus sensible ; dans une chaîne où , à raison de son étendue , l’effet paroît anéanti , il devient immédiatement sensible par l’isolement. »
» Quand , l’appareil étant en contact avec les fils métalliques dans l’appareil des décompositions ou des combinaisons , on a tenté en même temps l’expérience de la commotion , celle - ci a paru sensiblement plus foible , que quand la pile étoit absolument libre. Mais on n’a pas observé que les bulles d’hydrogène et le progrès de l’oxidation , en fussent retardés. Les dispositions qui , dans l’appareil primitif du galvanisme , excitoient sur la langue des saveurs , dans l’oeil des éclairs , dans les parties entamées des sensations douloureuses , étant adaptées à la pile , se font remarquer par une énergie proportionnée à celle que les autres effets reçoivent de ce même appareil. Souvent , au moment où l’on monte l’appareil de la pile.
ÏO HISTOIRE
sur - tout si les disques sont couverts d’un peu d’oxide , cet appareil reste quelques temps sans activité ; ce n’est qu'au bout de quelques instans que son efficacité se déclare , par des degrés d’abord foibles , qui ensuite arrivent sensiblement jusqu’à leur maximum. Quand on provoque par des attouchemens répétés et rapides les effets de cet appareil, ils paroissent croître sensiblement, à mesure que les provocations sont plus promptes et plus multipliées. »
Ces expériences , faites à l’Ecole de medecine , prouvent , sans contredit, l’analogie des phénomènes galvaniques , avec ceux de 1 électricité : elles constatent sur -tout, comme la très -bien observé (i) le C. Fourcroy , i°. les rapports des deux extrémités de l’appareil de Volta , et de leur état respectif, relativement aux deux genres d’électricité positive ou vitree , négative ou résineuse ; 20. la coincidence de la formation du raz hydrogène dans l’eau autour du métal , mis en contact avec l’extrémité de l’appareil caractérisée par l’electncite négative , et 1 oxidation au sein de l’eau , du métal place à 1 extiemitc , oit l’électricité est positive ou vitrée; 30. les
( 1 ) Foyc{ son Discours à la séance publique de l’école de médecine de Paris , an 9 , in-40.
DU GALVANISME. n
conditions de rapport et de situation de quelques métaux qui détruisent l’une ou l’autre électricité, à l’extrémité qui leur répond; 40. la détermination des circonstances favorables , dans le nouvel appareil de V olta , au jaillissement des étincelles, aux commotions les plus énergiques; en un mot, l’identité des effets de 1 excitateur galvanique , et de ceux de l’électricite; 50. enfin, on a , dans ces expériences , la preuve que les organes des animaux vivans, sont les electromètres les plus sensibles et les plus propres a reconnoître l’existence de l’électricite , lorsqu’elle est assez foible pour échapper à tous les autres moyens physiques de l’apprécier.
La notice suivante des principaux résultats obtenus sur l’électricité galvanique , par les expériences faites à l’Ecole de médecine est du C. Butet , et doit trouver ici sa place (1).
« D’après l’importante expérience des CC. Laplace et Halle , qui ont constaté l’identité des phénomènes de la pile dite galvanique , avec ceux des attractions et répulsions électriques , le C. Butet a déterminé ( en regardant comme un des
(1) Elle est insérée , n°. 43 , vendémiaire an 9 , du Bulletin des sciences de la société philomatique, et tome IX, page 231, du Recueil périodique de la société libre de médecine du Louvre.
élémens de la colonne la carte placée entre le zinc et l’argent ) que l’électricité du côté de l’argent est constamment positive , et celle du côté du zinc constamment négative , dans quelque direction qu’on place la colonne. Il a observé avec le C. Thillaye , fils , que dans l’expérience de la décomposition de l’eau , l’oxidation du métal se fait toujours à l’extrémité positive , et le dégagement des bulles d’hydrogène à l’extrémité négative de la colonne , ce qui est devenu pour eux un moyen prompt et facile , dans le cours de leurs expériences , de s'assurer quelle pouvoit être l’extrémité positive ou négative de la pile. En montant deux colonnes dans le même sens, ou en sens contraire , ils ont eu des résultats pareils à ceux que donnent deux bouteilles de Leyde, électrisées l’une comme l’autre , ou en sens inverse. Us ont même fait , avec plusieurs piles , des espèces de batteries, au moyen desquelles ils ont également augmenté l’intensité du phénomène. »
» Le C. Thillaye, , avec un excitateur de fer , a obtenu une étincelle semblable à celle du briquet; avec le zinc cette étincelle est blanche , et ne s’obtient en général qu’avec des excitateurs de métaux qui brûlent avec flamme, ce qui fait fortement présumer que cette étincelle est purement due à la combustion. On pourra affirmer qu’elle participe de la nature de l’étincelle électrique ,
si on peut l’obtenir au sein des gaz incombustibles : c’est ce que le C. Thillaye se propose d’essayer incessamment. »
Du reste, ses recherches, et celles du C. Butet , ont eu pour objet principal de déterminer quelques-unes des circonstances , dans lesquelles le phénomène est plus ou moins intense : il s’affoiblit sensiblement dans une colonne de zinc et de plomb. Dans une colonne ordinaire , dont les surfaces métalliques en contact sont mouillées , il est presque nul , et il le devient tout à fait , quand les cartes interposées sont imbibées d’huile, ou quand on met des cartes sèches entre toutes les surfaces. On sait que pour éprouver la commotion, il faut que les deux mains qui mettent en communication les deux extrémités de la colonne, soient mouillées. Si on se sert de deux; étuis de fer blanc mouillés, pour opérer cette communication , la commotion est plus sensible , et le devient bien davantage , quand ces étuis excitateurs sont remplis d’eau.