‹ Histoire du galvanisme, et analyse des différens ouvrages publiés sur cette découverte. Depuis son origine jusqu'à ce jourChapitre 12 sur 23 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Nouveaux travaux de Volta : extrait de sort mémoire lu a l3 Institut sur l3 électricité , dite galvanique , et rapport du C. Biot , sures mémoire. Lettre de M. Van Marum.

Observations et réponses de M. Robertson y sur le meme sujet . Nouvelles expériences galvaniques. Observations sur l3acide électrique. Description d3un nouveau galvanomètre , par M. Pepys. Exposition abrégée s par le C. H allé des principales expériences répétées par Volta , en présence des commissaires de l'Institut.

Il y a environ trois mois que M. Volta et son collègue le professeur Brugnatelli , obtinrent du gouvernement Cisalpin , la permission de se rendre à Paris , pour conférer , avec les savans de \

France, sur divers objets scientifiques, et principalement sur les phénomènes de la pile galvanique; découverte qui fait tant d’honneur à Volta , et qui est si intéressante pour les progrès des sciences physico-chimiques. Dans la séanca

fie la classe des sciences physiques et mathématiques de l’Institut national, le 16 brumaire dernier, ce célèbre physicien a commencé la lecture d’un mémoire qui contient le détail et le résultat de ses expériences sur le galvanisme; expériences par lesquelles il paroît démontrer , jusques à l’évidence, l’identité des fluides galvanique et électrique (i). Lorsque Volta eut

(i) Félix Fontana ne pensoit pas ainsi ; car on a vu plus haut(iie. partie 3 page 63) qu’en traitant de l’électricité animale , il annonce qu’il publiera un ouvrage sur le nouveau principe musculaire , découvert par Galvani , et qu’il espère démontrer , d'une manière rigoureuse 3 que ce principe n a rien de commun avec V électricité , etc. Fontana n’a pas encore publié cet ouvrage.

Dans le Moniteur du ^ messidor an 9 , article Sciences , on lit une note sur les dernières expériences galvaniques , et spécialement sur /’ inflammation du fer , par le C. Fourcroy. Après avoir rendu compte des expériences galvaniques , faites à ce sujet à l’Institut, dans la séance de la première classe, du 21 prairial an 9 , en présence de M. le comte de Livourne, et des résultats qu’elles ont procurés, le C. Fourcroy ajoute : u II n’est pas prouvé que ces effets galvaniques soient les mêmes que ceux de l’électricité , malgré l’identité qu’ont admise jusqu’à présent , entre ces deux fluides , des physiciens très-illustres. Il semble même que plus on multiplie les essais et les découvertes, plus cette prétendue identité disparoît , ou au moins s’affoiblit. Les piles des grandes plaques , qui examinent le fer , îiç donnent rien ou presque rien aux çlectromètres les

DU GALVANISME. 265 cessé de lire , le Premier Consul fit la proposition de lui décerner une médaille d’or , qui serviroit en même-tems d’époque et de monument pour son importante découverte. Le Premier Consul a encore proposé, dans la même séance, défaire répéter en grand, par une commission nommée ad hoc , dans le sein de l’Institut , toutes les expériences relatives au galvanisme.

Le 1 8 et le 2 1 du même mois , Volt a a continué et fini la lecture de son mémoire ; il a fait a 1 appui, différentes expériences. Le rapport de la commission nommée , a été fait à la séance du 11 frimaire; et les commissaires ont conclu à ce que 1 Institut, faisant droit sur la proposition du Premier Consul , décernât une médaille d’or

piiis sensibles. En enlevant, à l’aide de cordons de soie, la plaque de zinc supérieure , des plaques inférieures , comme on le fait avec l’électrophore , nous n’avons rien obtenu par 1 approché de l’électromètre de Saussure. En vain nous avons essayé de produire les effets chimiques du galvanisme , la dissolution des oxides métalliques, la précipitation de leurs dissolutions , la décomposition des

acides , par les appareils électriques les plus forts et les plus variés. »

» Sans prendre encore aucun parti à cet égard , nous continuons, les CC. Vauqudin , Thénard, Hachait et moi , les recherches que nous avons entreprises , et nous attendrons de l’expérience seule , une décision , dont le raisonnement ne doit pas se permettre l’initiative. »

au savant professeur de Pavie , V oLta ; ce qui a

été unanimement arrêté (i).

Il s’agit maintenant de faire connoître le mémoire de Volta , qui a fait tant d’impression sur le monde savant. Nous y ajouterons l’extrait du rapport des commissaires de l’Institut (2).

(1) Cette médaille est du même coin et de la même grandeur que la médaille d’argent que reçoivent les membres de l’Institut, et porte cette inscription : A VOLTA , séance du 1 1 frimaire an 1 o.

(2) Long-temps auparavant que Volta ait constaté , par ses expériences démonstratives , l’identité des fluides électrique et galvanique , plusieurs physiciens ou médecins avoient déjà soupçonné cette identité ; quelques-uns meme s’étoient décidés pour l’affirmative. En voici la preuve :

i°. Le célèbre professeur de Kiel , M. Pfaff 3 est le premier qui ait proposé et établi une théorie électrique, dans l’ouvràge qu’il a publie sur le galvanisme , et que j’ai souvent eu occasion de citer.

20. Voyei, chapitre XVI, §. II, p. i6ç, le mémoire du C. Biot , sur le mouvement du fluide galvanique. Les faits qu’il rapporte, semblent rapprocher autant le galvanisme de l’électricité , que ceux qui les avoient précédés sembloient l’en éloigner. Voy&i aussi l’opinion de Mauiuyt , page 40 de la irc. partie de cette histoire.

30. Le C. Alibert , qui a fait avec M. Pfaff. , et chez lui , plusieurs expériences galvaniques , m’a assuré avoir adopté la théorie électrique sur le galvanisme, long-temps avant J es dernières expériences de Volta. C est effectivement

DU GALVANISME. 267 Ier. Extrait du mémoire du C. Volta sur

l’idée qu’il a mise constamment en avant , dans les différentes notes qu’il a ajoutées à l’éloge de Galvani , dont il a toujours réfuté la théorie. Pour se convaincre de son opinion sur l’identité des fluides galvanique et électrique, il suffit de lire les deux notes qu’il a placées , pages 147 et 148 de l’Eloge de Galvani , et qui sont en quelque sorte la conclusion de notes bien plus détaillées , qui se trouvent au commencement de cet Eloge.

Ire. Note. Voici comme Alibert s’exprime dans la première , em^parlant des expériences de Galvani. « Ces ex- « périences sont très-ingénieuses : elles prouvent évidem- » ment que c’est le fluide électrique qui circule dans l’arc j> galvanique , et qui irrite toutes les parties animales jy qui composent cet arc ; mais , comme nous l’avons j) déjà dit plusieurs fois, d’après les expériences modernés , les parties animales n’ont pas essentiellement la » prérogative de fournir et de faire circuler ce fluide. » IIe. Note. Au sujet d’une expérience de Galvani , par laquelle il croyoit démontrer les loix de l’arc , et le cercle que décrit naturellement l’électricité , sans le secours de substances métalliques , Alibert dit que cette expérience ” prouve, au contraire, contre la théorie de Galvani , « et fait voir que les parties animales n’agissent qu’à la ” manière des corps humides , puisque lor$ même qu’elles j} sont dépourvues de toute vie , elles sont encore » propres à donner passage à l’électricité. »

30. Je tiens également du C. Alibert , que le professeur de Bologne, Aldini , neveu de Galvani , lui a (écrit , il y a quelques mois , qu’il avoit procédé à des

r ikctricitè dite galvanique ( i ). Après avoir dit qu’il a exposé, dans un autre mémoire (2), les motifs qui l’avoient déterminé à avancer que le fluide ou agent galvanique n’est que le véritable fluide électrique ; il observe avec raison que peu importe la dénomination qu’on emploie , soit celle d’électricité galvanique, soit celle d’agent

expériences , d’après lesquelles il lui annonce qu’il est persuadé qu’il y a à-la-fois , dans les phénomènes du galvanisme , et du fluide électrique , et un fluide animal particulier qu’il appelle galvanique. II écrit avoir fait ses divers essais en présence des membres de l’Institut de Bologne, et qu’il en est question dans le dernier volume des Annales de chimie de Brugnatelli. Cette opinion pourra paraître bien extraordinaire , m’a dit Alibert ; mais elle appartient à un célébré physicien , connu par sort habileté et son exactitude dans les expériences , et sous ce rapport , je pense qu’on peut en faire mention.

Quoi qu’il en soit, Volta aura toujours la gloire d’avoir donné, le premier, la démonstration complette de l’identité des fluides galvanique et électrique.

(1) Voyei les Annales de chimie , du 30 frimaire an 10. Les rédacteurs observent qu’ils impriment ce mémoire sur la copie qui leur en a été remise par le savant professeur de Pavie, et corrigée de sa main.

(2) C’est sans doute la lettre de Volta } adressée au C. de la Métherie , et que nous avons rapportée en entier , chapitre Xj §. IV , p. 268 de la première partie de cette histoire.

ou fluide galvanique, pourvu qu’on soit d’accord sur les faits. C’est afin d’arriver à ce but , de terminer toute contestation oiseuse et mal réfléchie , qu’il lui paroît nécessaire, en rappelant quelques principes peu connus ou ignorés , de répondre aux difficultés, aux objections qui ne lui étoientpas échappées, mais qu’il avoit passées sous silence. « On peut donc, dit-il, regarder cet écrit comme » une suite de celui dont j’ai parlé , ou si l’on » veut, comme une partie de plusieurs autres » mémoires que je me propose de publier, » quoique celui-ci renferme en lui-même un sys- » terne complet de théorie et de doctrine (1). » Vingt - neuf paragraphes ou sections composent ce mémoire. Dans le premier , Volta expose les objections les plus fortes , au nombre de trois , qu on ait faites contre l’homogénéité

(1) L analyse que nous donnons ici du mémoire dtf M. Volta , ne peut dispenser le lecteur qui voudra à cet égard s’instruire complètement du sujet traité, de recourir au mémoire même. Autrement , il eût fallu le transcrire en entier , répéter et décrire les expériences , et y ajouter les planches; ce que ne comporte pas le plan historique que nous suivons. D’ailleurs, Y Exposition des principales expériences de cet auteur , par le C. Halle , que nous placerons à la fin de ce chapitre, ne laissera rien à desirer sur une matière aussi importante.

i/o HISTOIRE

des fluides galvanique et électrique : il indique en conséquence :

i°. La privation de quelques signes électriques , le développement peu marqué de beaucoup d’autres , en comparaison des secousses , des sensations douloureuses, etc. produites parle seul contact de deux métaux , de nature différente , tels qu’argent et zinc (i) , et principalement par

(i) Le zinc joue un si grand rôle dans les expériences galvaniques , qu’une courte notice de ce minéral , ne sauroit être ici déplacée , étant sur-tout tirée du Système des connaissances chimiques , etc. , par le C. Fourcroy , in-40. tome III, page 303.

Le zinc n’étoit pas connu des anciens. Paracelse est le premier qui en ait parlé , et qui lui ait donné le nom qu’il porte. 11 n’y a qu’une cinquantaine d’années qu’on sait que c’est un métal particulier , pur , bien caractérisé, et différent de tous les autres métaux. Le C. Sage a, le premier, déterminé sa propriété ductile, et Fourcroy le place dans la troisième division des métaux bien ductiles. Il s’échauffe très-vîte, se fond dès qu’il rougit. Le C. Guyton estime sa fusibilité à 296 degrés de l’échelle réaumurienne. L’infortuné minéralogiste, Monge{ l’aîné, perdu avec Lapeyrouse , dans son voyage autour du monde , est le premier qui ait fait cristalliser ce métal. Outre qu il a, plus que tous les autres métaux , la faculté conductrice de l’électricité , comme les expériences galvaniques 1 ont prouvé, on y remarque de plus une odeur et une saveur particulières.

l’assemblage de plusieurs couples de ces substances diverses , communiquant les unes avec les autres, au moyen d’un conducteur humide.

2°. L’inefficacité à transmettre le fluide ou principe galvanique , soit qu’il provienne de l’appareil galvanique simple , connu depuis longtemps, soit qu’il tire sa source de celui composé, et inventé dernièrement par Volta , ensuite la propriété qu’ont certains corps de suspendre, d’annuller l'action de cet appareil, quoiqu’ils soient

Le C. Haùy , le dernier , le plus savant et le plus exact auteur de minéralogie, selon Fourcroy 3 ne compte que trois espèces de mines de zinc , savoir , son oxide natif, son sulfure et son sulfate. Quant à ses autres divisions , à l’oxidabilité du zinc par l’air , à son union avec les combustibles , à son action sur l’eau , sur les oxides , sur les acides , sur les bases et les sels , Voye^ l’ouvrage de Fourcroy , annoncé plus haut.

Nous dirons seulement sur ses usages, qu’ils sont aussi multipliés qu’importans dans un grand nombre d’arts, et que c’est surtout pour la fabrication des tombacs et de* laitons, qu’il est employé. Les Orientaux et les Chinois s’en servent plus fréquemment que les Européens , dans beaucoup d’alliages. La médecine a déjà tiré parti du zinc et de ses préparations chimiques. Espérons que sa propriété conductrice , à un si haut degré , de l’électricita animale , le rendra encore quelque jour plus précieux à l’art de guérir.

regardés comme exccllens conducteurs d’électricité, tels que l’air raréfié, la flamme, etc.

30. Cette étrange et admirable décomposition de l’eau soumise au meme appareil , qu'il répugne d’attribuer à une électricité presque nulle , ou peu sensible aux électromètres les plus délicats; qui se soustrait aux décharges les plus fortes des machines électriques ordinaires, au courant électrique le plus rapide , le plus prolongé.

Telles sont les objections , les doutes que Voila s’attache à lever, dans les paragraphes suivans , et qu’il attribue à des personnes peu versées dans la science de l’électricité , principalement dans la partie qui embrasse Félectrométrie.

Pour donner une solution complette de ces objections, il lui paroît convenable de déterminer avec exactitude , les degrés de force que l’électricité reçoit du contact de deux métaux de nature dif-

férente ; contact qui les rend non seulement conducteurs , mais meme excitateurs , ou moteurs du fluide électrique. Parmi ces métaux, il choisit les deux qui sont le plus opposés, et les plus actifs, l’argent et le zinc, ^dont l’alliage avec d’autres métaux, bien loin de diminuer leur efficacité , l’augmente. L’un et l’autre bien nettoyés et polis , se touchent

immédiatement

DU GALVANISME. a73

immédiatement par un ou plusieurs points , déplacent le fluide électrique, rompent son équilibre , de manière qu’il passe de l’argent au zinc , se raréfie dans l’un, et se condense dans l’autre , s’y maintient avec ce double état de raréfaction et de condensation, pourvu que les deux métaux n’aient aucune communication avec d’autres conducteurs qui puissent, d’après les loix de l’équilibre, fournir au premier la dose du fluide électrique qu’il a perdue , et enlever au second la dose de celui qu il a acquise.

Après la description de son électromètre à paille, qui indique ~ de degré d’électricité positive ( él. + ) dans le premier, et d’électricité négative ( él. — ) dans le second; apres l’avoir compare a celui de Benzzet , Volta dit pouvoir rendre cette électricité sensible à ces deux instrumens, déterminer même sa nature positive ou négative , à l’aide du condensateur, de son invention , dont il donne la construction , et dont il enseigne 1 usage , se plaignant en même-temps de ce qu il s en faut bien qu on 1 emploie généralement avec cette attention , necessaire au succès des expériences.

Ce conducteur disposé comme il l’indique, Volta procède à ses expériences , dont le détail ne peut être bien compris qu’à l’aide des figures qui les accompagnent. Il suffira de savoir que IIe, Partie. S

les expériences qu’il décrit , prouvent que la force qui donne l’impulsion au fluide électrique , au lieu de provenir de la communication de tel ou tel métal, avec un ou plusieurs conducteurs humides , s’exerce par le contact réciproque de deux métaux, à l’endroit même où ils se touchent.

A l’égard du soupçon qu’on pourroit avoir, que le déplacement du fluide électrique s’opère par le contact de l’argent ou du zinc , avec les doigts qui le tiennent, ou par un autre conducteur humide qu’on voudroit leur substituer , il dit que ce soupçon tombe de lui-même, si l’on repète les expériences sans que la main , ou aucune autre substance humide, touche les deux lames d’argent et de zinc; en un mot, sans qu’il y ait contact, si ce n’est entre les deux métaux seuls, but auquel on peut arriver de différentes manières , qui sont décrites.

M. Volta , dans ses lettres au professeur Gren , dont il a été question plus haut(i), avoit déjà prouvé l’affirmative de la question, si le fluide électrique reçoit quelque impulsion du contact immédiat d’un métal avec un conducteur humide. Il observe, §. XII, que cette impulsion est si foible , lorsqu’on n’emploie que l’eau pure

(i) Voye{ ire. partie, page 2 p.

ou salée, qu’on ne peut la mettre en parallèle avec celle qui provient de la communication de métaux difiérens , tels que le zinc , l’argent ou le cuivre, à l’exception de quelques acides concentrés , de quelques liqueurs alcalines , des sulfures alcalines , etc. qui impriment, par leur contact avec divers métaux, une impulsion trèssensible.

Ayant déterminé, avec une grande précision, par d’autres expériences qu’il a faites , mais qu’il ne rapporte pas , quelle est la force motrice ou accumulatrice du condensateur dont il se sert, il lui est facile de découvrir quelle est la force ou la tension de l’électricité , qu’acquiert respectivement chacune des deux lames d’argent et de zinc , mises en contact ; tension qui s'y maintient ou s’y renouvelle , en conservant ou en renouvelant les communications : il apprécie les différens degrés de cette tension, d’après ceux de condensation qu’on obtient aisément avec un bon condensateur , dont les surfaces soient bien polies et vernissées comme il faut.

Ainsi l’ensemble de ses expériences , répétées et variées de différentes manières (§. V), prouve clue T? environ de degré de son électromètre à paille , constitue la tension électrique occasionnée par le contact mutuel du zinc et de l’ar-

gent ; électricité qui est positive ( él. -J- ) dans le premier, et négative ( él. — ) dans le second, comme il a déjà été dit, §. II. Plusieurs autres métaux, différant moins dans le pouvoir d’inciter le fluide électrique , produisent une tension d autant moindre , qu’ils diffèrent moins sous ce rapport , et suivant qu’ils sont moins éloignés dans la série ou l’échelle suivante : argent , cuivre , fir> étain, plomb , {inc; échelle dans laquelle le premier métal chasse le fluide électrique dans le second, le second dans le troisième, et ainsi de suite ; échelle à laquelle Volta donne beaucoup plus d’étendue, puisqu’il lui fait embrasser plusieurs autres métaux et demi -métaux, des pyrites , des charbons , etc. il observe qu’il y a d’autres corps qui semblent pousser le fluide électrique dans d’autres métaux, sur- tout dans le zinc , avec plus de force que l’argent : ces corps sont la plombagine, plusieurs espèces de charbon, principalement le manganèse noir cristallisé , dont la communication avec le zinc produit une tension presque deux fois plus grande que l’argent et le zinc, c’est-à-dire, de fr à ^ de degré. „

Mais il faut, pour que cet effet ait lieu, que la lame d’argent communique avec de bons conducteurs, dans lesquels elle trouve le fluide .électrique qu’elle apporte au zinç , et que celui-ci

dépose dans le condensateur, afin que l’électricité s’y accumule au degré indiqué plus haut. Il suit de-là que l’électromètre ne doit, même à l’aide du meilleur conducteur , signaler aucune électricité dans deux métaux différens qui se touchent , si l’un des deux ne communique pas avec un conducteur ou un récipient assez vaste , dans le même temps que l’autre fait passer l’électricité , qu’il acquiert successivement , dans le condensateur , oii elle s’accumule.

« Toutes ces expériences, dit Volta , §. XVIII, » qui me donnoient également deux, trois et » quatre degrés d’électricité positive ( él. 4- ) , » dans un plateau de zinc, et négative ( él. — ) , » dans un plateau d’argent , sont la conséquence » des mêmes principes, c’est-à-dire, que l’argent » pousse le fluide électrique dans le zinc, au » point de produire une tension d’environ un » ~ de degré d’électricité positive ( él. -}- ) dans » le second , et négative ( él. — ) dans le premier, » tension qui est produite par une dose d’autant » plus grande de fluide électrique, communi- » que d’un plateau à l’autre , que par un rap- » prochement convenable, et d’après le con- » tre - balancement réciproque des électricités » contraires, ils tiennent lieu d’excel lens con- » densateurs. Il est donc prouvé, ajoute 7^/^, » §. XIX , que la tension électrique positive

i7S HISTOIRE,,

» (él. -}-) dans le zinc, négative (él. — ) dansFar- » gent , est d’environ de degré ; qu’elle se » maintient dans cet état pendant tout le temps » que ces deux métaux se touchent , et ne pré- » sentent aucune communication avec d’autres » condensateurs , susceptibles de recevoir et de » transmettre le fluide électrique , poussé et de- » placé par cette tension. »

Volta donne , §. XX , la preuve la plus concluante que le degré de cette tension électrique, occasionnée par le contact mutuel de ces métaux , est justement celui qu’il vient d’indiquer : il tire cette preuve d’une multitude d’autres expériences , dont il donne les résultats, et faites avec plusieurs couples de métaux : il indique même un des moyens les plus simples pour réussir dans ces expériences. Il insiste sur la nécessité de placer , entre les couples métalliques , des couches humides ; ensorte qu'il est impossible d’obtenir une augmentation d’électricité, c’est-à-dire, une tension supérieure à un de degré , avec de simples pièces d’argent et de zinc accouplées , quelles que soient leur figure , leur forme , sans l’intermède d’un troisième conducteur humide, doué d’une même énergie.

Cette augmentation électrique ne peut pas même s’opérer par l’aggrégation de trois ou plusieurs métaux , dans l’intermédiaire des conduc-

teurs humides, attendu qu’il existe un certain rapport entre les métaux conducteurs de la première classe , respectivement à la force avec laquelle ils poussent le fluide électrique l’un dans l’autre. La force ou l’impulsion que deux métaux donnent au fluide électrique , égale , selon Volta , la somme des forces de ceux qui se trouvent dans la série ou l’échelle graduée entre ces deux métaux. Ainsi , que les métaux intermédiaires entrent ou n’entrent pas dans l’appareil construit seulement avec des métaux , qu’ils se trouvent tous interposés aux deux qui forment les extrémités , ou qu’il n’y en ait que quelques-uns , quelle que soit leur disposition , il n’en résulte aucun changement dans la force électrique , qui est absolument la même , que lorsque le premier métal touche immédiatement le dernier.

V ilta parle , §. XXIV , d’une découverte à faire , qui lui paroît difficile, sans cependant présenter une entière impossibilité , c’est celle d’un autre électro'motzur , entièrement composé de substances solides. « Ne suffiroit-il pas, dit- il, de trouver » un conducteur solide, privé de toute force » motrice, ou qui la posséderoit sous tout au- » tre rapport que celui dont nous avons parlé, v qu’on placeroit, au lieu de conducteurs hu- » mides , entre les couples ordinaires des m£~

» taux différens ? On cherche en vain , dit-il , » dans le paragraphe suivant, on cherche en » vain , pour les conducteurs de la première et » de la seconde classe, c’est-à-dire, entre les » métaux , et les corps humides , cette corres- » pondance d’action et de force , propre aux » métaux. »

On peut demander ( est-il dit §. XXVII ) si le rapport qui existe dans la force motrice électrique des conducteurs de la première classe , et qui ne s’étend point jusqu’au passage de celle-ci à la seconde , se présente de nouveau parmi les conducteurs de cette dernière. Volta observe que, dans là supposition même de ce rapport, il serait impossible de former, avec ces seules substances , de même qu’avec les seuls métaux, un Instrument assez actif pour produire des secousses et des étincelles. La nature seule ( §. XXVIII) a réuni ce précieux avantage dans les organes électriques de la torpille, de l’anguille de Surinam , gymnotus electricus , composés de seuls conducteurs humides , sans aucun métal ; artifice , dit Volta , que F on ne tardera peut-être pas à imiter.

Il faut alors ou supposer , pour ces corps , un rapport différent dans leurs actions électriques, ou admettre, dans la seconde classe, une subdivision , une troisième classe de conducteurs ,

qui s’accordent entre eux dans l’exercice de la puissance motrice ; mais qui ne soient pas en rapport avec les conducteurs humides ou conducteurs de la seconde classe.

Dans son paragraphe XXIX et dernier, V olta expose ce qu’il pense de la composition de cette troisième classe de corps , à-la*fois conducteurs et moteurs , peut-être formés par des substances imbibées d’une humeur, qui se coagulant et se fixant à un degré imperceptible à nos sens , mérite improprement le nom de substance humide. Il est à présumer , selon lui , que , dans les organes électriques de la torpille, les petites couches ou pellicules placées les unes sur les autres dans chaque colonne, sont alternativement formées de conducteurs appartenant , moitié à la deuxième classe , moitié à la troisième , avec un arrangement tel , que chaque couche , ou couple hétérogène de la troisième classe , se trouve séparé par un conducteur de la seconde , c’est-à-dire, par une couche humide. «Telle est, » dit-il en finissant , l’idée que je me forme de l’or- » gane électrique de la torpille , uniquement com- » posé de subtances conductrices , organe qu’on » ne peut comparer qu’à un appareil électrique, » dont la construction, la forme, et les effets » sont à-peu-près semblables. »

Voilà , en substance , l’analyse du dernier

aSi HISTOIRE

mémoire de M. Volta. Quoique nous croyions n'avoir rien omis de ce qu’il renferme d essentiel , pour établir la nouvelle théorie qu'il a adoptée, nous estimons néanmoins que, pour la bien comprendre , il faut , cpmme nous l’avons déjà dit plus haut , lire le mémoire en entier, parce qu’il renferme un enchaînement de faits et de raisonnemens qui ne peuvent tous entrer dans un extrait ou une analyse; parce qu'en outre l'auteur, dans l’exposition de ses idées, renvoie souvent d’un paragraphe à un autre. Au surplus, l’extrait que nous allons donner de la lettre de M. Van Marum , en répandant de nouvelles lumières sur la théorie de Volta , la rendra fins sensible et plus évidente : mais il faut auparavant dire quelque chose du rapport fait à rlustitut sur le mémoire de Volta.

Lorsque la lecture en fut achevée, l’Institut nomma des commissaires (i), pour lui rendre compte , tant du mémoire , que des propositions faites par le premier Consul à ce sujet. Le C. Biot , au nom des commissaires, a fait ce rapport à la classe des sciences mathématiques

(i) La commission chargée de ce rapport, étoit composée des CC. Laplace , Coulomb , Halle , Alonge , Fourcroy , Vauquclin , Pcllctan , Charles , Frisson , Sabatier , Guyton et Biot. Il est inséré tout entier dans les Annales de chimie, n ’. m , page 3.

et physiques, le n frimaire an io. Il observe d’abord que le C. V olta annonça le premier que lare animal, introduit dans ses expériences, ne servoit qu’à recevoir et à manifester l’influence, mais très-peu ou point du tout à la produire ; que l’irritation musculaire , qu’on avoit cru d’abord la partie importante du phénomène , ne fut plus , selon lui , qu’un effet de l’action électrique , produite par le contact mutuel des métaux , dont l'arc excitateur étoit formé. Cette opinion trouva des partisans et des contradicteurs, elle fit multiplier les expériences propres à l'appuyer et à la combattre ; expériences qui ne présentoient encore rien de décisif, ni de positif, lors du premier rapport qui fut fait à la classe , par le C. H allé , et dont nous avons donné l’extrait, chap. XII de cette histoire, 2e. partie, page 14.

On ne connoissoit point , à cette époque , les recherches par lesquelles l^olta , en suivant la route qu'il s’étoit tracée , a cherché à rattacher à sa première découverte tous les phénomènes que le galvanisme présente. Il en a fait connoître depuis beaucoup d’autres également importans , qu’il a liés par une théorie extrêmement ingénieuse; « et s’il reste encore, dit le C. Bïot , quel- » que chose à faire pour déterminer avec exac- » titude les loix de cette action singulière, et

» pour les soumettre à un calcul rigoureux, du: » moins les faits principaux, qui doivent lui » servir de base , paroissent invariablement » fixes. »

La commission rend compte de ces expériences fondamentales , et de la manière dont le C. Volt a. les a fait servir à l’établissement de sathéorie , ainsi que de la complaisance qu’il a eue de les répéter plusieurs fois devant les commiss aires , qui en ont ainsi constaté par eux-mêmes la vérité et l’exactitude.

Le fait principal , celui dont tous les autres dérivent, celui que nous avons déjà fait connoître , dans l’extrait du mémoire de Volta , mais qu’il est important de faire connoître ici de nouveau ; c’est le suivant : Si deux métaux , différens, isolés, et n’ayant que leur quantité d’électricité naturelle, sont mis en contact, on les retire du contact dans des états électriques différons : l’un est positif, et l’autre est négatif. Ainsi , dans le contact mutuel du cuivre et du zinc , c’est le cuivre qui devient négatif, et c’est le zinc qui devient positif. Le développement de l’électricité est donc indépendant de tout conducteur humide. Tous les autres faits sont incontestables, et ont été vérifiés par la commission. Le rapporteur expose ensuite comment le C, Volta les explique, comment il

les rapporte au précédent ; et il fait voir combien, d’après la théorie de ce grand physicien, il est facile d’expliquer sa pile; et pour le faire avec plus de simplicité, il suppose qu’on la forme sur un isoloir ; il représente par l’unité l’excès d’électricité que doit avoir une pièce de zinc sur une pièce de cuivre , qu’elle touche immédiatement.

V olta fait encore deux suppositions ; la première , que la transmission du fluide se fait d’un couple à l’autre dans la pile isolée, à travers les morceaux de carton mouillé qui les séparent, meme lorsqu’il n’existe aucune communication entre les deux extrémités de la colonne ; la seconde , que l’excès d’électricité , que le zinc prend au cuivre , est constant pour ces deux métaux , soit qu’ils se trouvent dans l’état naturel , soit qu’ils ne s’y trouvent pas. Volta appuie la première proposition sur une expérience , dans laquelle le condensateur se charge, lorsqu’on touche le plateau collecteur, recouvert d’un papier humide, avec l’extrémité cuivre, d’une lame métallique, dont l’autre extrémité, qui est zinc, est tenue entre les doigts: « Quant à la seconde supposition, elle est, dit » le rapporteur, la plus simple que l’on puisse » imaginer : mais il faudrait , ajoute-t-il , une » suite d’expériences très - délicates, que nous » n’avons pas eu l’occasion de faire, pour s as-

» surer jusqu’à quel point elle est conforme à » la nature. »

Il observe ensuite , que la même théorie peut s’appliquer également à deux métaux quelconques, dont la pile sera formée, et que les effets des différens appareils qu’ils serviraient à composer, dépendraient des différences d'électricité qui s’établiraient entre les métaux, au moment du contact. Cela s’étend également à tous les autres corps , entre lesquels il existera une action analogue : ainsi quoiqu’elle paroisse en général très-foible entre les liquides et les substances métalliques, il en existe pourtant quelques-uns, tels que les sulfures alcalins , dont l’action avec les métaux devient très-sensible : aussi les Anglois sont-ils parvenus à remplacer, par ces sulfures , un des élémens métalliques de la colonne; et, avant eux, M. Pfaff les avoit employés à cet usage dans ses expériences.

A cet égard, le C. Volta a découvert, entre les substances métalliques, une relation très-remarquable, qui rend impossible la construction d’une pile avec ces seules substances. Le rapporteur expose , d’après lui , cette relation qu’il dit n’avoir pas eu l’occasion de constater. Il en est question dans le précédent extrait, et l’on a .vu en même-temps la division que lait V oltciy des conducteurs en deux classes, qui compren-

nent, la première, les corps solides, la seconde, les corps liquides. On n’a pu, jusqu’à présent, construire l’appareil à colonne, que par un mélange convenable des conducteurs de ces deux classes : elle devient impossible avec la première seule , et l’on ne connoît pas encore assez exactement l’action mutuelle des corps qui composent la seconde, pour prononcer s’il en est de même à leur égard.

« Tel est à-peu-près, dit le rapporteur, le

» précis de la théorie du C. Volta , sur l’élec-

» tricité que l’on a nommée galvanique. Son but

» a été de réduire tous les phénomènes à un

» seul , dont l’existence est maintenant bien

» constatée : c’est le développement de l’élec-

» tricité métallique par le contact mutuel des

» métaux. Il paroît prouvé, par ces expérien-

» ces, que le fluide particulier auquel on attri-

» bua, pendant quelque temps, les contrac-

» tions musculaires, et les phénomènes de la pi-

» le, n’est autre chose que le fluide électrique

» ordinaire , mis en mouvement par une cause

» dont nous ignorons la nature, mais dont nous

» vovons les effets.

» Après avoir reconnu et évalué, pour

» ainsi dire, par approximation l’action mu- » tuelle des élémens métalliques , il reste à la » déterminer , d’une manière rigoureuse , à

i88 HISTOIRE

» chercher si elle est constante pour les mêmes » métaux , ou si elle varie avec les qualités » d’électricité qu’ils contiennent, et avec leur » température. Il faut évaluer, avec la même » précision , l’action propre que les liquides » exercent les uns sur les autres, et sur les mé- » taux. C’est alors que l’on pourra établir le » calcul sur des données exactes, s’élever ainsi » a la véritable loi que suivent, dans l’appareil » du C. Volta , la distribution et le mouvement » de l’électricité, et compléter l’explication de » tous les phénomènes , que cet appareil pré- » sente. Mais ces recherches délicates exigent » l’emploi des instrumens les plus précis qu’aient » inventés les physiciens , pour mesurer la force » du fluide électrique. Enfin, il reste à exami- » ner les effets chimiques de ce courant élec- » trique, son action sur l’économie animale, » et ses rapports avec l’électricité des minéraux » et des poissons ; recherches qui , d’après les » faits déjà connus , ne peuvent être que très- » importantes »

Le rapporteur finit par présenter le tableau rapide des progrès de l’électricité , depuis sa naissance jusqu’à la découverte des phénomènes galvaniques , si singuliers dans leur marche , et si différens en apparence de tout ce que l’on connoissoit déjà , jusqu’à la découverte te Volta,

par

par laquelle il fait servir ces phénomènes à la construction d’un appareil qui permet d’augmenter à volonté leur force , et les lie , par des résultats , à d’autres phénomènes importans de la chimie et de l’économie animale.

« D’après la demande qui a été faite par un de » vos membres ( le premier Consul), dit le C. Bioty » et que vous avez renvoyée à la commission , » nous vous proposons d’offrir au C. Volta la mé- » daille de l’Institut, en or, comme un témoi- » gnage de la satisfaction de la classe , pour » les belles découvertes dont il vient d’enri- » chir la théorie de l’électricité, et comme une » preuve de sa reconnoissance, pour les lui avoir » communiquées. »

Dans trois notes particulières, qui terminent le rapport , plusieurs des phénomènes de la pile de Volta sont soumis au calcul, et le rapporteur dit que l’on pourroit également en soumettre plusieurs autres au calcul ; mais que pour le faire sur des données exactes , il faudroit des expériences très -précises , et qu’il suffit, pour le moment , d’avoir montré comment on peut y parvenir (1).

(1) Il y a , dans la Décade philosophique, n°. 12, page 132 , un extrait de ce rapport, fait par le C. Lacépède,

IIe. Partie, T

i9o HISTOIRE

§. II. Extrait de la lettre de AI. Van Mariirn , k Al. Volta , contenant des expériences sur la colonne électrique , faites par lui et le professeur Pfaff, dans le laboratoire de Teyler , à Harlem , en novembre 1801 (1). Dans une lettre du 22 octobre, remise à M. Van Alarum , par M. Pfaff à son re tour de Paris à Kiel , M. Volta proposoit au premier de faire , de concert avec le second , quelques expériences en grand, avec les appareils connus du muséum de Teyler, sur l’électricité de la colonne métallique, très-improprement nommée , par quelques physiciens , colonne galvanique. Quoique M. Van Alarum fut presque convaincu, après ce qu’il avoit vu, en juillet, des effets d’une large colonne, et après ce que

membre du sénat conservateur, et secrétaire de la classe de physique de llnstitut.

(1) F. les Annales de chimie, n°. 120, p. 289, du 30 frimaire an 10. Il y a un très-léger extrait de ces expériences. Journal de physique , frimaire an 10, page 476.

Cette lettre , confirmative de la nouvelle doctrine de Volta, sur l’identité des fluides galvanique et électrique , mérite d’autant plus d’être bien méditée , que les expériences qu’elle renferme , faites avec le plus grand soin, avec l’attention la plus scrupuleuse, par deux des plus célèbres physiciens , présentent des résultats qui éclaircissent beaucoup la théorie du galvanisme.

DU GALVANISME. i9i

’V olta lui avoit communiqué de ses expériences, que l’action de la colonne est purement électrique, la théorie de ses effets , qu’il avoit adoptée, différoit cependant en plusieurs points de celle de Volta , que M. Pfaffi lui avoit communiquée. Désirant toujours de faire servir au progrès des sciences les appareils qui sont sous sa direction, M. Van Marum engagea M. Pfoff à examiner avec lui les deux théories , sous tous les rapports , au moyen de ces appareils , et en faisant les expériences aussi en grand que possible. Ils ont employé dix jours entiers à ce travail , ayant été obligés de faire construire de nouveaux appareils. Ils communiquent, dans cette lettre, les résultats de leurs expériences, faites en commun.

M. Van Marum commence par le détail de celle que lui avoit particulièrement recommandée Volta f c est - à - dire , de celle de la charge dune, grande batterie , par un contact tris -court de la colonne . Il y employa une partie de la grande batterie de Teyler, composée de 100 verres , dont chacun contient 5 x~ pieds carrés de surface armée, et a, en général, à-peu-près une ligne d’épaisseur. La variété dans l’épaisseur des verres , apporta aussi des changemens dans la charge de chacun. Ces physiciens après avoir choisi 25 verres, qui se chargeoient

bien chacun séparément , par la colonne, en prirent d’abord quatre , pour composer une batterie , qu’ils chargèrent par une colonne entièie, de 200 paires métalliques d’argent et de zinc. En l’examinant , ils observèrent qu’un seul contact aussi court que possible , suffisoit pour charger la batterie à la même tension que celle de la colonne, qui portoit l’écartement des feuilles d’or de l’électromètre de Bennet à { de pouce; ayant agrandi la batterie jusqu à 25 verres, qui contenoient ensemble 137 7 pieds carrés de surface armée , elle fut chargée par un seul contact aussi court que possible de la colonne , exactement à la même tension qui avoit fait écarter les feuilles d’or de l’électromètre de Bennet à J de pouce. Après cette expérience décisive, il restoit, à nos physiciens, peu de doute que par le seul contact de la colonne , ils eussent pu charger également la batterie entière de Teyler qui contient 550 pieds carrés de surface armée. Des circonstances particulières les ont empêché de faire cette expérience, se réservant au surplus de l’exécuter dans une saison plus convenable, et ou ils n’auroient pas à se précautionner contre l’humidité de l’air.

La colonne avec laquelle ils chargèrent la batterie de 137 î pieds, ayant dans les paires métalliques, l’argent en bas et le zinc en haut,

avoit par conséquent l’electricite positive en haut , et la donna à la surface intérieure de la batterie , puisque les physiciens firent le contact de la colonne en haut. L’ayant renversee, de manièic que l’argent des paires métalliques etoit en haut et le zinc en bas , et ayant répété , avec cette colonne inverse, les mêmes expériences à ses différentes hauteurs, aussi bien qu’avec tout son. corps, ils observèrent que la batterie fut constamment chargée, par un seul contact, a la meme tension que celle de la colonne.

Ils essayèrent ensuite les secousses ou sensa- ■ tions que produit la décharge de la batterie , chargée à différentes hauteurs de la colonne y et employèrent à cet effet deux conducteurs de cuivre , de deux pouces de diamètre , qu ils tinrent dans leurs mains mouillées. En commençant par la décharge de la batterie, chargée à la vingtième partie de la colonne , ils sentirent très-distinctement le passage du courant du conducteur dans la main , et de la main dans le conducteur. Un des amis de M. Van Marum le sentit même jusqu’aux carpes. Ayant continué de même à éprouver les sensations et les secousses des décharges de la batterie , chargée par 40 , 60, 80, 100, 120, 140, 160 , 180 et 200 paires, l’effet de la décharge sur leur corps augmenta, à mesure que la batterie étoit chargée

par un plus grand nombre de paires métalliques. Quand elle fut chargée par la colonne entière de 200 paires, les commotions s’étendirent avec beaucoup de force jusqu’aux épaules; mais les commotions de la batterie n’avoient pas la même force que celle de la colonne par laquelle elle étoit chargée.

M. Van Marnm donne le détail d’une expérience, qui demandoit des soins particuliers, pour s’assurer que le contact du conducteur ne donnoit pas plus d’électricité à la batterie, que l’action de la machine électrique Teylerienne d’un plateau de 3 1 pouces de diamètre en fournissoit pendant ce contact. Il observa, en répétant plusieurs fois cette expérience, que six de ces contacts du conducteur chargeoient la batterie à la même tension qu’un seul contact de la colonne; d’oii il suit, i°. que la colonne de Voltà , à la hauteur de 200 paires métalliques, fournit, pour charger une batterie à la tension indiquée, trois fois autant de fluide électrique que la grande machine a pu en fournir dans son premier état de 1785 à 1789; 20. que la force de la même colonne , pour charger de grandes batteries , et celle qu’a actuellement la grande machine Teylerienne , pour les charger à la même tension , se trouvent dans la raison de 3 à p Ta saison n’a pas permis à M. Van Marunz

D TJ G A L V A N I S M E. 295

de chercher , par une expérience directe , la raison de la force de la colonne de Volta , et de celle de la grande machine pour ces charges.

Relativement à la comparaison des sensations ou secousses , que donnoit la décharge de la batterie , chargée à différentes tensions , par les memes contacts du conducteur de la machine électrique , avec celles des charges de la même tension par la colonne , des expériences souvent réitérées ont convaincu nos physiciens qu’il n’y a aucune différence perceptible dans les secousses que donnent les décharges de la batterie, chargée par la machine ou par la colonne , pourvu que les tensions de la charge soient égales. Ils se flattent d’avoir prouvé, d’une manière trèsdécisive, par une expérience en grand, l’identité du courant du fluide mu par la colonne de Volta , et de celui mu par une machine électrique ; ce qui constate évidemment , et de façon à n’en plus douter , l’identité des courans de ces deux appareils ; et par une conséquence tirée directement de leurs expériences , ils se flattent de plus d’avoir porte le dernier coup au galvanisme ou à l’action d’un fluide particulier , trop légèrement supposé dans la colonne de Volta.

Ces expériences, jointes à celles de ce professeur , rendent en outre fort douteuse , ou plutôt démentent entièrement l’action d’un fluide

particulier, soi-disant galvanique. , dans toutes les autres expériences ainsi nommées ; si l’on est forcé d’avouer que l’action de la colonne Voltarienne , produite par le contact de deux métaux qui se touchent ( quand on l’examine en grand , comme MM. Van Marurn et Pfaff l’ontfait ) paroît évidemment être purement électrique, ces expériences s’expliquent également par l’action des deux métaux différens , ou des deux substances différentes qu’on y emploie : il n*y a donc plus de raison pour supposer l’action d’un fluide particulier. La vraie dénomination de la colonne de Volta sera donc désormais électrique et non galvanique.

C’est la réponse à la question que proposa, en mai 1801 , la société des sciences de Harlem , en ces termes : Peut - on expliquer suffisamment la colonne de Volta , par les loix ou les propriétés connues de V électricité , ou faut-il en conclure i existence dé un fluide particulier et distinct du fluide électrique ? C’est aussi d’après ces expériences , que M. V an Marum se croit autorisé à rejetter entièrement celle de trois membres de l’Institut national , les CC. Fourcroy , Vauquelin et Thénard , décrite dans la notice des travaux de la classe des sciences mathématiques et physiques , pendant le deuxième trimestre de l’an IX j expérience qui, dit-il, me parut imposante

dans ce moment , et me fit presque supposer un fluide particulier, qui jouoit quelque rôle dans la colonne, parce que je ne savois pas expliquer entièrement le résultat de cette expérience.

Un autre point capital de cette colonne, que les expériences de MM. Van Marum et Pfaff ont prouvé en grand , et d’une manière bien décisive , selon eux , c’est que le courant mu par la colonne de Volta , a une vitesse énorme, et qui surpasse toute imagination; ce qui est prouvé particulièrement par ceci : une batterie, ayant 137 \ pieds carrés de surface armée , fut chargée , par la colonne , jusqu’à la même tension qu’elle avoit, par un contact, aussi court que possible , du fil communicateur ; contact qui ne dura pas un vingtième de seconde. Après cette expérience, il n’est pas étonnant que l’appareil de Volta produise des effets tels qu’on n’en a pas vu de pareils , en employant des machines électriques ordinaires , par exemple , la prompte décomposition de l’eau. C’est ce qui a engagé M. Van Marum à faire des efforts pour augmenter la force de la colonne Volt arienne. Il décrit, ces efforts, qui ont consisté d’abord à mieux isoler la colonne ; isolement qui a prouvé que la commotion d’une colonne de 200 paires, affecte si violemment le corps de celui qui la prend , que personne ,

sc;S HISTOIRE

après Favoir éprouvée, ne se résout à la prendre une seconde fois.

M. V an Marum a ensuite changé la colonne de Volt a , c'est-à-dire, qu’il en a fait construire une plus large, jusqu’à la quantité de 70 paires métalliques ; il a répété , avec M. P/aff, les expériences de Fourcroy , Vauqudin , etc. , mentionnées dans le Moniteur (1) , sur la fusion du fil de fer, par de larges plaques de cuivre et de zinc. Une de leurs expériences les convainquit de l’impossibilité qu’il y a de faire une colonne d une hauteur considérable, avec de larges plaques, qui eût un effet proportionné à leur nombre, vu que leur poids exprime trop îes cartons de la partie inférieure de la colonne; ce qui arrive à cause de leur épaisseur considérable. Ils imaginèrent de diviser la colonne en plusieurs, de manière à en faire, pour ainsi dire, une chaîne, dans laquelle la combinaison de différentes colonnes seroit facile, et avec laquelle il seroit bien plus aisé et plus commode d'expérimenter, qu’avec une seule colonne d’une hauteur considérable. Une planche présente àla-fois la construction et la disposition de ces colonnes communiquantes, au nombre de quatre,* et ayant ensemble 1 1 o paires.

(1) Voyeç ci-dessus , page 264 , note.

DU GALVANISME, i99

Les effets de ces colonnes ont été les suivans :

i°. Les deux colonnes qui avoient ensemble 50 paires de cuivre et de zinc, ont fait fortement rougir et fondre, en grande partie, 8 pouces d’un fil de fer.

1°. Les deux colonnes ayant ensemble 60 paires , ont fait rougir 6 pouces ; effet moindre que les physiciens ont attribué à ce que les cartons n’étoient pas duement mouillés.

30. Les quatre colonnes unies ont fait rougir ï 2 pouces du même fil.

4°* Le fil ne fond bien , que lorsqu’il touche immédiatement le bord de la plaque supérieure de la colonne.

50. Le résultat d’expériences particulières, faites pour examiner s’il y a quelque différence bien sensible entre les étincelles qui sortent et

celles qui entrent , a été que , ni MM. Pfaff et

Van Marum , ni un de leurs amis , qui assistoit aux expériences, iront pu observer la moindre différence entre les étincelles sortantes (positives), ou entrantes (négatives) dans le fil conducteur : ils observèrent seulement des étincelles rayonnantes égales.

6°. Les dernières expériences ont donné à nos physiciens l’occasion d’observer lin trèsbeau phénomène, propre à attirer l’attention,

sur-tout de ceux qui aiment les expériences physiques , pour avoir de beaux spectacles. Lorsqu’ils touchèrent la surface du mercure avec le bout d’un fil de fer mince, la combustion de l’extrémité de ce fil se fit avec tant de force > qu’elle dispersoit des étincelles de tous côtés , qui formoient des milliers de rayons apparens, représentant de très-beaux soleils , de plusieurs pouces de diamètre. Ils ont pu continuer ce beau spectacle à volonté, en baissant lentement le bout du fil de fer , à mesure qu’il étoit dispersé par la combustion.

70. Lorsqu’ils prenoient des fils trop épais pour être fondus , on voyoit plus distinctement l’oxidation du mercure à sa surface par chaque étincelle, et l’oxidation y formoit des taches de plus d’une ligne de diamètre.

8°. L’extrémité d’un fil de platine d’environ de pouce de diamètre , fut fondue et forma un globe.

9P. Les étincelles, sur -tout du bout du fil communicateur , quand il n’étoit pas trop mince , avoient plus de pouce de diamètre.

Après ces expériences, qui font voir la grande force de la colonne imaginée par M. Van Marum, il en examine les tensions, les commotions, et les charges qu’elle donnoit à la batterie. Un point capital , selon lui, pour avoir, dame large

colonne, le plus grand effet, et duquel dépend en grande partie le succès, c est le juste degre d’humidité des cartons, ou d’autres substances qu’on place entre les paires métalliques, parce que trop ou trop peu d’humidité sont également nuisibles. Une solution saturee et froide de muriate d’ammoniaque, est ce qui convient le mieux. MM. Pfajf et ^ 2/2 Marum ont eu la preuve qu’une solution chaude saturee , quoiqu’elle contînt plus de muriate d’ammoniaque, fait moins d’effet. D’autres circonstances, jusqu’ici inconnues , dont M. Van Marum se propose de s’occuper , influent beaucoup sur l’effet d’une large colonne, et le rendent plus ou moins inconstant. Il a fait quelques recherches sur les causes du plus grand effet des larges colonnes, pour les fusions et les oxidations des métaux , dont il communique les résultats à M. Volta , dans sa lettre.

Ces résultats sont que les tensions des colonnes, d’un nombre égal de plaques, quoique de diamètres très-différens , sont absolument les mêmes, et qu’une batterie est chargée également par les deux. Pour concevoir comment deux colonnes, dont les tensions sont si égales, et qui chargent si également de grandes batteries, ont des effets si différens, par rapport à la fusion des métaux , il faut certainement distinguer

l’action d’une colonne isolée, de celle d’une colonne non isolée, par le courant qui est différent dans l’ur>e et dans l’autre, et par sa plus grande vitesse, ainsi que par la quantité de fluide que les décharges font passer dans des momens égaux. M. Van Marum examine ensuite quelles sont les circonstances ou les causes qui permettent ou produisent une plus grande vitesse, dans le courant mu par une plus large colonne. Il a fait, à ce sujet, des expériences qui semblent prouver, comme le pense Volta , qu’une des causes principales de cet effet, vient de ce que les substances humides qu’on met entre les plaques, et qui ne sopt pas les meilleurs conducteurs, offrent moins d’obstacle dans une large colonne , à cause de leur plus grande largeur.

Il communique ensuite à Volta quelques expériences qu’il a faites , principalement pour expliquer d’où vient que les colonnes font plus d’effet , quand les substances humides contiennent du muriate d’ammoniaque , et pourquoi le courant est alors bien plus actif. Une large colonne de 20 paires, construite avec des cartons trempés dans le muriate d’ammoniaque , a fait fondre en globules , comme à l’ordinaire , quatre pouces d^e fil de fer; tandis qu’une autre colonne, aussi large, de 20 paires également, construite avec des cartons trempés dans une solution de mu-

riate de soude (sel commun) n’a ni fondu, ni meme rougi une seule ligne du fil de fer ; une troisième colonne, construite avec des cartons trempés dans l’eau pure , a fait encore moins d’effet, par rapport aux étincelles. 11 n’y a plus alors de doute que la quantité du fluide électrique, dans le courant de la première colonne, est beaucoup plus grande, ou, ce qui revient au même , que ce courant a beaucoup plus de vitesse que celui d’une colonne, dont les cartons sont trempés dans l’eau, ou dans une solution de muriate de soude. Mais quelle est la cause de cette plus grande vitesse? L’attribuera- t-on à ce que le muriate d’ammoniaque oxide les métaux après sa décomposition ? Décomposition bien- prouvée dans la colonne par l’odeur forte d’ammoniaque qu’on sent peu après qu’elle a été construite , et sur-tout quand on la détruit» On voit aussi évidemment que l’acide muriatique de ce sel décomposé , oxide fortement les surfaces du cuivre et du zinc ; et que cette oxidation , à mesure qu’elle diminue , aflbiblit aussi dans la même proportion l’effet de la colonne.

Ces expériences ont paru, à M. Van Mamm , favoriser sur -tout l’opinion que l’oxidation des métaux , considérée comme telle, contribue beaucoup à augmenter l’effet de la colon ne. Mais, comme il avoit encore des doutes sur l’explication de

ce phénomène , comme il n’étoit pas certain que quelque autre cause ou circonstance inconnue , ne se combinât pas avec Poxidation , ou ce qui l’effectue; comme d’ailleurs M. Pjaff n’avoit pas , sur les effets de Poxidation, considérée comme telle, les mêmes idées que lui , il prit la résolution de faire, concurremment avec lui, des expériences qui pussent lever leurs doutes, et éclaircir le fait. Elles ont été faites au nombre de trois. En voici le détail abrégé , et les résultats.

i°. Ils ont trempé les cartons dans les acides sulfurique, nitrique et muriatique, tantôt concentrés , tantôt plus ou moins étendus , se servant d’une colonne de 30 paires, de cuivre et de zinc, de 1 7 de pouce de diamètre. Ils se sont aussi servis de colonnes de 10 paires de 5 pouces de largeur. Ils vouloient voir si l’effet de ces différentes colonnes etoit plus ou moins grand, à mesure que Poxidation de l’un ou des deux métaux se faisoit plus promptement. Ils n’ont nullement observé l’accroissement ni des tensions, ni des commotions, ni des étincelles, à mesure que Poxidation des métaux étoit plus prompte. Ces effets furent même plus foibles dans les expériences avec l’acide nitrique, soit concentré, soit délayé, et dans lesquelles Poxidation des deux métaux se fît très-promptement,

que

DU GALVANISME. 3o?

que dans une colonne égale , comparative , dont les morceaux de drap ou les cartons étoient trempés dans une solution de muriate d’ammoniaque; d’où il résulte que ces expériences ne sont nullement favorables à l’opinion que l’oxidation des métaux, considérée comme telle, est la cause principale de l’augmentation de l'effet du courant des colonnes , dans lesquelles le muriate d’ammoniaque est employé.

Cette conclusion absolue seroit cependant précoce , parce qu’il est possible, dans ce cas , que l’oxidation se fasse d'une manière qui diffère de celle des acides , et qui soit plus propre à produire l’effet de l’augmentation du courant de la colonne. L’action de l’ammoniaque sur le cuivre ne peut-elle pas aussi contribuer , pour quelque chose , à cet effet ? Désirant voir ce que cette action pouvoit effectuer, seule et sans combinaison avec l’oxidation produite par l’acide muriatique du muriate d’ammoniaque décomposé , MM. Pfaff et V m Marum trempèrent, dans l’ammoniaque, les cartons d’une colonne de 30 paires , de cuivre et de zinc , de 1 j pouce de diamètre ; ils observèrent alors que tous les effets du courant de cette colonne étoient beaucoup plus foibles , que celui d’une pareille colonne , avec des cartons trempés dans le muriate d'ammoniaque.

IIe. Partie.

5o6 HISTOIRE

2°. Eu égard à l'influence de l’oxidation sur l'effet de la colonne, ils jugèrent intéressant de bien examiner divers effets de la colonne dans le vide, dans différens gaz sans gaz oxigène, et dans le gaz oxigène pur. Ils employèrent, pour cette expérience, une colonne de 60 paires, d’argent et de zinc, de i ^pouce de diamètre, avec drap mouillé par une solution de muriate d’ammoniaque , sous un cylindre couvert avec l’appareil de la boîte à cuir , dont le fil leur servit pour toucher la colonne en haut. Après avoir bien observé les tensions de cette colonne, et les effets de son courant, c’est-à-dire, les étincelles , les commotions , et la décomposition de l’eau , ils firent le vide dans le cylindre. Tous ces effets furent si semblables à ceux observés dans l’air atmosphérique , qu’il n’y eut aucune différence. Il est à observer ici , que les CC. Biot et Fr. Cuvier avoient déjà prouvé (i) , par de semblables expériences , que l’action de la pile, qui, mise en jeu dans l’air libre, absorbe une partie de son oxigène , a lieu également dans le vide.

Les effets furent encore absolument les mêmes, après avoir laissé , pendant un temps assez long , la colonne dans le vide. L’introduction du gaz

(i) Voyt i Annales de chimie* tome 39 , page 242.

hydrogène carboné , tiré de l'huile d’olive et bien conservé, n’apporta aucun changement à ces. effets. Il en fut de meme du gaz azote introduit. Mais lorsqu’on introduisit, de la même manière du gaz oxigène très-pur, tiré du manganèse , les commotions de la colonne furent plus fortes , les étincelles plus grandes , plus brillantes , et plus faciles à obtenir. Le vide ayant été fait dans le cylindre , on fut bien surpris de voir ces effets beaucoup diminués. On introduisit , pour la seconde fois , du gaz oxigène : alors les effets reparurent les mêmes qu’auparavant. L’expérience , répétée une troisième fois , des deux manières, donna les mêmes résultats ; que conclure, dit M. Van Marum , de ces expériences , qui ont donné des résultats si différens , par rapport à l’influence du vide sur l’action de la colonne ; influence qui , très-peu sensible avant midi , devient très-remarquable après midi ? Avant de rien arrêter de positif à ce sujet, M. Van Marum dit qu’il se propose d’observer encore l’impression d*es gaz azote et hydrogène carbonné sur la colonne, quand elle y est plus long-temps exposée, et de répéter ces expériences dans le vide et les différens gaz, avec des colonnes dont les cartons seront trempés dans l’eau , au lieu du muriate d’ammoniaque ; parce que l’action d’une telle colonne est plus uniforme.

$oS HISTOIRE

30. Enfin, pour juger de l’influence de l’oxidation sur l’action de la colonne , nos physiciens ont cru convenable d’essayer des colonnes , dont les cartons fussent trempés dans des solutions , nullement propres à oxider les métaux. Ainsi les cartons de 12 paires de 5 pouces furent trempés dans une solution aussi concentrée que possible de potasse. La colonne fit beaucoup plus d’effet qu’une autre pareille, dont les cartons étoient trempés dans l’eau pure. Les étincelles, qui paroissoient rayonnantes, étoient déjà visibles à la troisième paire d’en-bas, et en haut à la douzième paire de la première colonne ; tandis que , dans la seconde , elles étoient à peine sensibles à la onzième et à la douzième paire. La colonne détruite, les surfaces polies du cuivre et du zinc n’avoient éprouvé aucun changement de la part de la potasse : l’effet des cartons trempés dans du sulfure de potasse liquide , fut beaucoup plus foible, et de peu de durée. •

Avant de finir sa lettre , M. Van Marum communique encore les résultats de quelques expériences qu’il a faites dans une leçon qu’il a donnée , dans la salle de Teyler , sur la colonne électrique de Volta. Dans l’expérience première, avec sa colonne de cinq pouces de largeur, dont il augmenta le nombre des plaques, pour la première fois, jusqu’à 200 paires

dans une chaîne de 6 piles , il a réussi à fondre entièrement, en globules, un fil de fer de 28 pouces , et à faire rougir , dans toute sa lon~ gueur, un autre fil de fer de 38 pouces. Dans la seconde expérience , plusieurs de ses auditeurs n’ont pas observé la moindre différence, après avoir essayé s’il y avoit quelque diversité dans les , commotions de deux colonnes , l’une de 20 paires, de cuivre et de zinc, de 1 7 pouce de diamètre, l’autre de 5 pouces de largeur, et toutes deux ayant des cartons également trempes. Même résultat dans la troisième expérience , à l’égard des commotions d’une colonne de dix pouces de diamètre , et de la hauteur de vingt paires métalliques; et d’une autre de 1 ^ pouce de diamètre , d’un égal nombre de paires. La quatrième expérience a fait voir que la force d’une colonne n’accroît pas à raison des surfaces des paires métalliques , puisque, dans une colonne de 5 pouces seulement , 20 paires suffirent pour fondre 4 pouces de fil de fer.

Telle est la lettre de M. Van Marum , sur l’identité des fluides électrique et galvanique. Il se propose d’en adresser une seconde à M. Volta , avec de nouvelles expériences et de nouveaux résultats.

Voici l’extrait d’une autre lettre , qu’il a écrite au C. Berthollet , et qui est tiree des Annales de chimie, n°. 121 , page 77. «Depuis

3io -HISTOIRE

ma dernière , dit M. Van Marum , j’ai fait avec succès l’expérience de la décomposition de l’eau, par le courant de la machine électrique d’un plateau de 3 1 pouces de diamètre , et de ma nouvelle construction , décrite dans le journal de physique, juin 1795. Comme vous m’avez fait proposer cette expérience par M. Pfaff , je vous communiquerai de quelle manière j’ai réussi. J’ai pris un tuyau thermométrique , de ceux dont on fait les thermomètres les plus sensibles de Craw fort et de Hunier , pour lesquels je les avois fait faire, il y a quelque temps, à Londres , et j’ai fait passer par un tel tuyau , dont l’intérieur n’avoit pas 7^5 de pouce de diamètre , un fil de fer d’environ ~ de pouce de diamètre, jusqu’à la longueur d’environ douze pouces. J’ai fermé le bout de ce tuyau thermométrique avec de la cire à cacheter, de manière que l’extrémité du fil de fer sortoit à peine , et j’ai placé ce tuyau thermométrique , moyennant un bouchon de îiége , au milieu d’un tuyau plus large , contenant de l’eau. Le reste de l’appareil étoit fait comme à l’ordinaire. En faisant passer le courant vigoureux de la machine susdite, par cet appareil, dont la boule de cuivre , placée sur le tuyau thermométrique , se trouvoit à la distance de trois à quatre lignes du conducteur , [j’ai obtenu une décomposition de l’eau presque aussi prompte a

DU GALVANISME. 3 1 1 que par une colonne électrique de Volta de 100 paires métalliques. »

§. III. Remarques et réponse de M. Robertson , à un anonyme , sur la nouvelle théorie et les nouvelles expériences de Volta , relatives au fluide soi - disant galvanique. Depuis l’exposition' de cette théorie , depuis qu’il a suivi et répété , comme il le fait encore en public , trois fois par décade (1), les expériences détaillées dans le dernier mémoire de Volta y le C. Robertson a bien changé d’avis sur la nature du galvanisme, et il regarde le fluide auquel on a donné ce nom , comme purement électrique. Aussi , dans la réunion des expériences nouvelles sur la pile métallique de Volta y démontre-t-il les phénomènes électriques qu’elle présente. Il tire du sommet , des étincelles brillantes , qui fondent le métal ; et par le simple contact de cette pile , il charge d’électricité cent pieds carrés : commotions , éclairs , attractions , divergence de Pélectromètre , détonation du pistolet , décomposition de Peau , bouteilles de Leyde chargées par la pile métallique , combustion du fil de fer , enfin , mouvemens rendus ,

(1) Dans son établissement de Fantasmagorie , rue Neuve-des-Petits-Champs , près la place Vendôme , à Paris,

par l’action du fluide galvanique , à lin animal privé de la vie depuis plusieurs jours , voilà ce que démontre Robertson , voilà ce qui attire au moins autant de monde à ses séances, que ses autres expériences physiques et sa Fantasmagorie.

Un anonyme dit ( i ) s’être mis , chez lui , au courant des théories et de toutes les nouvelles expériences galvaniques ; il prétend que Robertson , disciple le plus zélé de Volta , ne voit en tout et par-tout que l’électricité, et qu’il fait tout pour le prouver ; il ajoute que toutes ces belles expériences ne l’ont pas encore convaincu, et qu’il lui reste des doutes qu’il veut chercher à éclaircir. « En effet, i°. » comment se fait-il que le C. Robertson\ qui m possède deux énormes machines électriques » d’environ cinq pieds de diamètre , ne puisse » décomposer l’eau , tandis qu’un petit centime » de sept lignes de diamètre , accollé à un mor- » ceau de zinc du poids de 4 gros , décompose » l’eau en un instant? 20. Comment se fait-il » encore, qu’en disposant des plaques d’un seul » métal , avec des couches de différens liquides , » Robertson obtienne des effets exactement sem- » blables à ceux que présente la pile composée » de disques de métaux différens ? Je soumets , dit

(1) Journal de Paris , du 20 frimaire an 10, n°. 80.

» l’anonyme , ces observations aux partisans du » galvanisme , et à ceux de l’électricité. »

Voici la réponse du C. Robertson , à ces observations (1).

Le C. Robertson , aux rédacteurs du journal de Paris . « Je n’entrerai pas dans de grandes discussions , citoyens , relativement aux observations qui ont été consignées dans votre feuille du 20 frimaire , sur l’existence d’un nouveau fluide , que l’on veut introduire dans la physique. Les objections qu’on forme , sont la suite de l’hérésie que nous avons partagée avec tous les physiciens allemands, sur la nature du fluide que l’on appelle improprement galvanique . D’après les expériences péremptoires du célèbre Volta , il étoit permis de croire que Paris ne renfermoit plus que de vrais croyans ; mais la conversion n’est pas générale , puisque l’auteur de la lettre en question prétend que le fluide galvanique offre des anomalies , qui semblent contraires à la théorie de l électricité, Que faut-il conclure de là ? Que les théories imaginées par les hommes, ne sont pas aussi complettes , aussi infaillibles que les lois de la nature. La marche de celle-ci est constante et sûre : certainement ce n’est pas elle qui se

(1) Journal de Paris , n°. 91 , du icr. nivôse.

trompe. Cette vérité doit affliger notre amourpropre , qui prétend expliquer toute la nature , et la soumettre aux calculs théoriques qu'il a proclamés. »

» S’il est vrai que la nature est simple et avare dans ses principes et ses procédés , je ne vois pas pourquoi le physicien auroit besoin d’avoir recours à l’existence d’un fluide particulier et chimérique , pour expliquer les phénomènes galvaniques , tandis qu’ils peuvent se rallier tous à la théorie de L' électricité. i°. On m’objecte qu’avec mes grands appareils électriques , je ne puis décomposer l’eau , tandis qu’avec un centime et un très-petit morceau de zinc , on y parvient aisément. L’auteur de cette objection ignore sans doute que depuis fort long-temps on a décompose l’eau , en France , par des explosions électriques. M. Nickolson , à Londres , y est même parvenu par le simple courant électrique , au moyen d’un £1 d’or noyé dans un tube de verre, que l’on use jusqu’à ce qu’on apperçoive , à la loupe , l’extrémité du métal. Je parviens plus aisément à cette décomposition , en chargeait une immense batterie et en plaçant dans la chaîne de communication , de l’intérieur à l’extérieur , un fil de platine très-fin , et noyé dans une substance non conductrice. Ce fil aboutit à un petit cylinare d’eau. Le courant électrique , toujours remplace

DU GALVANISME. 3i5

par une rotation continuelle , est obligé de se mouler par ce conducteur insuffisant ; et en passant, il décompose plus ou moins l’eau, selon que la grosseur du fil métallique est plus ou moins en rapport avec l’abondance du courant électrique. »

» 2q. On objecte encore , qu’en disposant des plaques d’un seul métal , intercalé entre des couches de différens liquides , j’obtiens les mêmes résultats qu’avec une disposition de différens métaux. Il est vrai qu’un seul métal et une série de différens liquides , telle que eau , étain , acide nitreux : eau , étain , acide nitreux , eau , etc. , présentent des effets exactement semblables à la pile de V olta , mais la conséquence qu’on en tire est erronée. Un corps métallique n’a pas seul le privilège de donner de l’électricité à un autre métal hétérogène : cette propriété est commune a tous les corps , de quelque nature qu’ils soient. Lorsqu’ils sont en contact , il s’établit entre eux une espèce d’équilibre d’électricité , qui est toujours en rapport avec les parties constituantes de ces corps; de manière qu’il est possible d’établir une batterie électrique avec des disques de bois de nature différente, des liqueurs , des sels , etc. etc. Si la nature est avare en principes , elle ne l’est pas en conséquences. Je finis , citoyens , parce que je crois avoir suffisamment

justifié les motifs qui m’ont déterminé à n’admettre dans mes démonstrations de galvanisme qu’un seul et unique agent , la grande loi de l’électricité. »

Malgré cela , une lettre d’Eutin ( Holstein ) , en date du 29 novembre, annonce que deux savans médecins de cette ville, M. Jacoby , fils , et M. HelU wag , ne sont pas encore persuadés de l’identité des deux fluides.

On a dû voir, en outre, par les mémoires et expériences du C. Gautherot , que nous avons fait connoître dans le ch. précédent , §. II , qu’il persiste à soutenir que le fluide galvanique est différent de l’électricité , opinion qu’il appuie principalement sur ce qu’il prétend avoir prouvé qu’il est possible de faire des piles galvaniques très-fortes , dans lesquelles il n’entre aucune substance métallique.

§. IV. Nouvelles expériences galvaniques . Tel est le titre de l’extrait d’une lettre du C. Brugnatelli , datée de Paris du 2 floréal an IX , et qui vient de paroître dans le nouveau journal de chimie rédigé à Bruxelles , par M. Van Mons , membre de l’Institut national , tom. ier. p. 101; par cette lettre , Brugnatelli annonce au rédacteur qu’il lui fera parvenir, en manuscrit, les mémoires que Volta doit lui remettre, pour le 19e. volume de ses annales, et qui contiennent sur l’électricite

des expériences extrêmement intéressantes , que ce physicien a faites en dernier lieu. « Je m’étonne vraiment, dit Brugnatdli , comment quelques chimistes peuvent encore regarder le fluide , qui donne lieu aux phénomènes galvaniques, comme différent de l’électricité ; tandis que Volta a démontré, d’une manière à lever jusqu’au moindre doute, que ces deux fluides sont parfaitement identiques. Il avoit examiné avec soin les gaz qui se dégagent de conducteurs de métaux différens, et il avoit déterminé, avec exactitude, leur nature. Il avoit observé que du même conducteur d’or, placé dans la sphère d’activité d’un appareil galvanique , il se dégageoit d’un côté de l’ammoniaque , et que , de l’autre côté , il se faisoit une réaction acide. Quelques-uns croient que l’acide , ainsi développé , est de nature nitrique ; d’autres pensent qu’il est de nature muriatique : mais moi , je tiens ferme à croire que c’est l’acide électrique lui-même qui se comporte d’une manière tout - à - fait particulière et diverse des acides susnommés. L ammoniaque qui se forme à l’une des branches du conducteur d’or , provient de l’eau, dont l’hydrogène se combine avec l’azote , qui loge constamment dans les pores de ce liquide ; c’est ce qui détermine la décomposition de l’eau. »

» L’acide électrique se charge du thermoxigène.

rendu ainsi libre , et parcourt l’appareil à l’état de thermoxigène , pour aller se décomposer à l’autre bras du conducteur. Si celui-ci est d’or ou de platine , le thermogène , dont l’acide se * dessaisit , se gazifie , ou , s’il est d’un métal facilement thermoxidable , il le thermoxide» »

» L’appareil le plus favorable à l’observation des phénomènes , est celui à pile de coupes , que l’on range les unes dans les autres. Vingt- cinq coupes suffisent pour déterminer un courant électrique très - fort. Elles sont faites de cuivre , et couvertes intérieurement d’un alliage de zinc et d’étain. Elles sont interposées par des morceaux triangulaires de drap , imbibés d’une solution de sulfate d’ammoniaque , ou de muriate de soude; ce qui les empêche de se toucher mutuellement. On peut aisément transporter cette pile d’un lieu dans un autre , en l’enfermant dans une cassette de bois. On peut aussi, à l’aide de cette pile, non seulement faire naître tous les phénomènes chimico-électriques connus; mais encore entreprendre toute autre expérience électroscopique et électro-physiologique. Pourvoir, devant les yeux, le phénomène de l’éclair sous forme de lunettes lumineuses , on doit frotter, avec de l’eau, la racine du nez ou la partie qui est entre les deux sourcils, et la toucher, ainsi mouillée, avec un conducteur

DU GALVANISME. 3i9

métallique placé au haut de la pile; tandis qu’avec la main on complette l’arc. »

» De tous les métaux, ceux que j’ai vu produire le plus grand effet , sont l’alliage de zinc et d’antimoine, et l’amalgame de zinc et de mercure, deux parties du premier et une des seconds. On en fait des lames, en les fondant et les coulant sur une plaque de marbre , et en les comprimant avec un fer à polir. Si on les essaye avec l’argent sur la langue, on s’appercevra aisément de la supériorité de leur force excitatrice. »

» Volta a fait line belle expérience sur la grenouille ; ayant écorché un de ces animaux , et l’ayant fait plonger , par ses extrémités , dans deux verres pleins deau, places au milieu de son appareil à chapelet de tasses , l’animal qui complettoit l’arc, fut agité de fortes convulsions , qui se répétèrent chaque fois que, dans un endroit quelconque de la chaîne , on rompit ou on rétablit la communication. A la fin , l’animal cessa de s’agiter, et on eût cru que toute susceptibilité étoit en lui éteinte. Les Browniens disoient que, par le stimulus long-temps appliqué de l’oxide électrique , l’excitabilité se trouvoit épuisée. Mais l’animal ayant été retourné, on le vit de nouveau s’agiter , et entrer en convulsion. Cette intéressante expérience peut jetter une grande

lumière sur l’action des stimulans en médecine,

§. V. A la tête du journal de M. van Mons , on trouve l’extrait d'un autre mémoire du C. Brugnatdli , qu’il a publié dans, ses annali di chimïca , 1801 , tom, XVIII , pag. /jéf, et qui a pour titre : Observations chimiques sur C acide électrique . Ce mémoire paroît d’abord n’avoir qu’un rapport indirect avec le galvanisme : mais si l’on fait attention que, pour conclure définitivement et avec certitude, que le fluide électrique et le fluide galvanique sont unum et idem ; si l’on se rappelle que l’acide galvanique imaginé, a été abandonné par son auteur même(i); on conviendra qu’il est au moins utile de savoir quelle est la nature de la matière électrique, et si c’est effectivement un acide. Tel est îe but que se propose de remplir Brugnatdli , dans ses observations chimiques, que nous allons faire connoître, d’après l’extrait annoncé plus haut.

« Les physiciens , dit Brugnatelli , n’ont fait » jusqu’ici qu’errer d’hypothèse en hypothèse,

sur la nature de la matière électrique. Les » uns l’ont crue identique avec la chaleur, les

(1) Voyei , chap. X, §. II , les observations et expériences de M. Robertson .

autres

DU GALVANISME. 32I * autres l’ont regardée comme un calorique mo- » difié. Les Stahliens lui attribuèrent la nature » de leur phlogistique , ou au moins la prirent » pour un fluide abondamment pourvu de ce prin- » cipe. Henly la supposa phlogistique dans l’état du » repos, et feu dans celui d’activité. Parmi les » modernes, il en fut qui la proclamèrent un » acide; mais cette opinion fut combattue par » Gardini , qui s’efforça, à l’aide d’observations » ingénieuses , de démontrer qu’elle étoit com* » posée de calorique et d’hydrogène. »

Le résultat d’un grand nombre d’expériences que Bruonatdli a dernièrement entreprises sur Pélectricite , le porte a adhérer a 1 opinion des physiciens qui la regardent comme un fluide différent de tous ceux connus jusqu’ici, et dont la nature est acide. Il l’a, en conséquence, classée dans le système des corps chimiques, sous le nom d’oxi - électrique (acide électrique). C’est un fluide presque égal en subtilité aux fluides calorique et lumineux. Il a une odeur particulière, désagréable, et approchant de celle du phosphore. Son goût est piquant, acide. Il irrite la peau et l’enflamme : il est vrai que cette inflammation se dissipe promptement, en lavant la partie avec de l’eau légèrement ammoniacale* Si on fait passer ce fluide dans une plaie, il y excite une sensation brûlante , analogue à celle qui y seroit produite par tout autre acide, II IIe. Partie. X

rougit la teinture de tournesol , laquelle repasse au bleu, à mesure qu’il se dissipe. Il pénètre les métaux , en s’insinuant dans leur substance , avec plus ou moins de facilité, suivant leur nature. Lorsqu’il est en activité , il les dissout , de la meme manière que l’eau dissout les sels, et les transporte avec lui à de longues distances , et à travers un grand nombre de corps. Il est aussi soluble dans l’eau.

Si, dans la solution aqueuse de l’oxide électrique , on laisse tremper des métaux , la plus grande partie d’entre eux s’y oxide aux dépens de l’eau, comme NUholson et Volta l’ont observé, et il se dégage du gaz hydrogène; mais les oxides métalliques , comme l’auteur l’a trouvé , se salifient avec l’acide électrique, en donnant naissance à des clectrates. L’électrate de cuivre est d’une belle couleur verte transparente; celui de zinc , d’une couleur grise foncée et opaque ; celui d’argent, d’un blanc transparent ; celui de fer, d’un rouge jaune opaque , etc. Les électrates métalliques sont insolubles dans l’eau ; mais l’acide électrique peut les transporter à des distances considérables , à travers ce liquide , et les déposer ainsi sur d’autres métaux de nature différente, sous forme de croûtes salines , tantôt irrégulières , et tantôt d’une régularité étonnante.

Les expériences ? qui ont fait connoître à l’auteur

îa nature acide du fluide électrique , ont été ré* pétées , un grand nombre de fois , en société , avec plusieurs habiles chimistes , et sur-tout avec son très-savant collègue et ami Volta , dont il nous promet , pour les volumes suivans de ses annales, des recherches nouvelles sur le même objet (1).

L’appareil électrique , dont l’auteur s’est servi dans ces expériences, est celui de Volta, appelle à chapelet de tasses. Il plongea dans une tasse tme petite lame carrée de zinc, souciée à une bande de laiton , laquelle plongeoir dans la tasse voisine. Ces tasses, au nombre de 50, étant toutes pleines d’eau salée. Les arcs métalliques étoient placés , de manière que le zinc précédoit toujours le laiton. Les deux tasses des extrémités communiquoient ensemble par un gros fil de métal.

Les six premiers paragraphes des observations chimiques de Brugnaielli , contiennent le détail d’expériences, qui ne peuvent être comprises qu’à l’aide des figures qui les accompagnent, et qui prouvent qu’avec l’acide électrique , on obtient de très-belles crystallisations sur

(1) Volta donnera aussi une description exacte de ses diftérens appareils , dont quelques-uns , d’un effet et d’une construction particuliers , sont jusqu’ici inconnus.

3i4 HISTOIRE

divers métaux. Il est dit , dans le V.e paragraphe, que Brugnatdli a vu aussi des cristaux d’argent se former sur une branche de platine, plongée dans la même tasse qu’un fil d’argent; cristaux qui y étoient transportés par le courant électrique. Le même a vu , dans une autre expérience, l’argent se crystalliser sur la platine, avec tout son brillant métallique.

Dans les paragraphes suivans , c’est-à-dire , le VIIe. le VIIIe. et le IXe. , l’auteur expose les caractères chimiques des ikctraus d’argent, d’étain et de fer ; et voici comment il s’exprime à ce sujet.

» Les crystaux d’argent transparens , qui avoient paru , soit sur ce métal , soit sur un autre des sus-mentionnés , tantôt étoient irréguliers ,et tantôt affectoient la forme la mieux prononcée. Ils représentoient de longs prismes applatis, ayant des extrémités hexaèdres en belles facettes , qui réfractoient fortement la lumière. Elles étoient insipides, et craquoient sous les dents. L’eau , même bouillante , ne les dissolvoit point. Elles effleurissoient , par la chaleur , en perdant toute configuration , et en devenant semblables à de la neige. L’air , et sur-tout celui sec et chaud , leur enlevoit également leur eau de crystallisation. Elles se dissolvoient dans l’acide nitrique, avec une très-vive effervescence; laquelle

se manifestoit de meme avec le sel effleuri. Cette dissolution nitrique etoit tres-limpide, et se décomposoit par les alcalis , en donnant un précipité dissoluble dans tous les acides , meme dans l’acide muriatique. »

L’auteur n’a pas encore examiné le gaz qui est expulsé de l’electrate d’argent , tant par 1 a~ eide nitrique, que par l’acide muriatique, et autres. Il dit avoir des raisons de croire que ce n’est pas de l’acide carbonique , comme on pourroit le supposer, s’étant convaincu que son électrate se forme aussi sur des métaux plongés dans l’eau de chaux. Il pense que ce doit être un gaz particulier , à moins que ce ne soit 1 acide électrique lui-même; sur quoi il s’abstient toutefois de prononcer , dans l’attente que Volta , qui s'occupe en ce moment de l’examen des gaz ; dégagés de différens corps par l’acide électrique , déterminera aussi la nature de celui-ci.

L’étain employé dans ces expériences, à la place de l’argent, a donné à l’auteur des crystaux salins , analogues à ceux de ce dernier métal. Ils se déposoient sur les autres métaux , étoient brillans , transparens , solubles avec effervescence dans les acides , et se précipitoient sous la forme d’une poudre blanchâtre. Les crystaux eue l’auteur obtint, en se servant de cuivre jaune et d’acier, étoient des cubes réguliers. Ils.

3l6 HISTOIRE

etoient transparens , et se dissolvoient avec effervescence dans les acides. Leur dissolution nitrique donnoit un précipité bleu, avec Je prussiate de chaux. Ce résultat donne lieu de douter si les crystaux, obtenus dans ces expériences, etoient de fer ou d’argent, ou bien un mélange de ces deux métaux. Afin de s’en assurer, l’auteur a fait une autre expérience , qui est suivie de quelques observations.

Pour obtenir les électrates crystallisés , il faut que les métaux soient bien nets, et qu’ils n’aient pas long- temps servi aux expériences électriques , il est aussi necessaire que le courant électrique soit lent. Kolta a assure l’auteur, qu’un appareil actif ne les lui a jamais fournis bien réguliers. BrugnateUl a aussi observé que leur formation etoit plus prompte , et la forme des crystaux puis belle , lorsque l’appareil étoit directement frappé par les rayons du soleil.

L acide electnque ne se décompose pas pour oxider les métaux , mais il détermine leur oxidation aux dépens de l’eau. Il partage cette propriété avec les autres acides, qui ne contiennent la base de 1 air qu a 1 état d’oxigene, lequel , suivant 1 auteur , est incapable d’oxider ou d’acidifier un métal (i), cette opération ne pouvant se faire

fi) L arsenic , le molybdène , le cobalt s etc. , s’unissent s. loxigène, après s’çtre thermoxigénés.

que par le thermoxigène; mais les acides qui contiennent cette base à l’état de thermoxigène plus ou moins complet , tels que l’acide nitrique , qui, suivant les expériences de Brugnatdli , est composé d’oxide d’azote, et de thermogène, et l’acide muriatique oxidé, sont très - propres à produire cet effet. Cependant, quelques thermoxidations électriques s’opérant sans dégagement de gaz , l’auteur croit devoir avertir qu’il les attribue à une autre cause , qui lui est encore inconnue.

Il a reconnu , dans plus d’une occasion , la grande affinité de l’acide électrique avec le thermoxigène. On sait qu’il décompose les îhermoxides métalliques , même ceux qu’il thermoxigène. Priestley avoit déjà observé que l’étincelle électrique vicioit l’air , en agissant sur ce fluide comme corps phlogistiquant ; ce qui dépend de la combinaison dans laquelle ce fluide s’engage avec la base de l’air pur indécomposé. C’est aussi à pareille combinaison qu’est dûe la formation de l’acide nitrique , pendant le passage de la même étincelle au travers du gaz nitreux ; phénomène qui n’a été jusqu’ici expliqué, par les physiciens, que d’une manière peu satisfaisante.

« Ouoique le passage des électrates métalliques.,

au travers des métaux, soit jusqu’ici encore difficile à concevoir, il n’en est pas moins vrai, dit l’auteur, que, dans plusieurs circonstances, cet acide est assez énergique pour atténuer et réduire à une finesse extrême , ces substances mêmes; de manière à les transporter au travers de tous les corps qui sont pour lui perméables , sans que, pour cela, le métal change de nature. » La saveur diverse , qui est imprimée sur la langue par deux métaux différons , paroît à l’auteur dépendre de cette singulière combinaison, de l'acide électrique avec le métal pur. La saveur métallique est d’ailleurs très-manifeste dans cette expérience, sur-tout en se servant, pour excitateurs, d’or et de zinc, d’argent et de zinc, de zinc et de cuivre , et vice, versât

De tous les métaux , l’or et la platine ont seuls paru , à Brugnatelli , n’être point sensiblement affectés par l’acide électrique, dans son appareil à chapelet; il a vu souvent l’argent détaché d’un conducteur de ce métal, se jeter sur la platine et sur l’or, et argenter fortement ces métaux ; de même qu’il a vu le mercure blanchir for, quoique ce métal fut plongé dans l’eau , et éloigné au moins de six lignes du mercure. Dans d'autres expériences analogues , l’auteur a vu l’argent et l’or se couvrir de zinc et de cuivre, lorsque des conducteurs d’or et

d’argent étoient plongés dans les mêmes tasses que ces deux derniers métaux.

§. VI. Description of a newly invented gai— vanometer , etc. Description d’un galvanomètre, nouveau , et détail de quelques expériences faites avec la pile de Volta sur divers ga par JF. H. Pepys le jeune , Esq. ( Philosophical magazine, juin 1801 ) Extrait tiré de la bibliothèque britannique (1).

» Les recherches et les découvertes du célèbre V olta , sur le prétendu galvanisme , ont montré, dit le rédacteur, jusqu’à l’évidence, que l’ensemble des effets qu’on étoit disposé à attribuer à l’action d’un fluide particulier, n’étoit que l’une des modifications du fluide électrique , ce Prothée , dont on est encore loin d’avoir reconnu toutes les métamorphoses. Cet

(1) Noî. 143 — 144 , page 373 du dernier.

Le même M. Pepys est auteur de quelques expériences intéressantes sur la production du froid artificiel , qu’on lit dans le n°. 9 du Phil. Magazine , et que le C. Ber thollet a insérées , par extrait , dans les Annales de chimie, n°. 121 , page 59. M. Pepys a exécuté l’expérience la plus remarquable qui ait été faite sur la congélation du mercure : il a solidifié 56 livres avoir du poids de ce métal.

illustre physicien a prouvé, à tous les amateurs des sciences physiques, par une série d’expériences les plus ingénieuses et les plus convaincantes, l’identité absolue des deux fluides électrique et galvanique. Mais la classe des phénomènes électriques, qui appartiennent à la pile de VoLtay n’en est pas moins intéressante à approfondir; et l’appareil que nous allons décrire, et que nous avons vu en action , pendant notre séjour à Londres, peut aider le physicien dans cette recherche, en lui fournissant le moyen appercevoir et de graduer des effets qui échappent avec les électromètres ordinaires. »

Dans une suite d’expériences , dont s’occupott l’auteur , en 1798, sur l’électricité atmosphérique, il eut souvent occasion d’employer Félectromètre à feuilles d’or, inventé par M. Berma. Il avoit long-temps désiré qu’on trouvât quelque instrument qui pût assurer l’action galvanique de deux plaques, l’une d’argent et l’autre de zinc, mises en communication avec la langue et la lèvre supérieure (1). G’estce qui lui a donné l’idée d’inventer le galvanomètre

(1) M. Pcpys n’avoit apparemment pas connoissance do galvanomètre de M. Robertson , dont nous avons donné la description , d’après l’auteur même , ire. partie de cette, histoire j page 303.

qu’il décrit; description que le rédacteur du journal a transcrite , mais qui ne peut être bien comprise sans la planche qui représente l’instrument. Nous croyons donc devoir passer sous silence cette description , et donner seulement ici les résultats des effets de l’instrument, avec les propres expériences de l’auteur.

« Après avoir construit, dit-il, l’instrument d'une manière dont j’étois satisfait, j’essayai son effet en introduisant le bout extérieur de la lame d’argent , entre ma lèvre supérieure et ma gencive, et en appliquant ensuite à ma langue la pièce mobile de zinc. La distance respective des deux branches de zinc, ascendantes dans le cylindre , étoit de - de pouce : je n’apperçus pas le moindre effet. Je répétai l’essai , en rapprochant ces branches jusques à j et à un 1 de pouce de distance l’une de l’autre , et toujours sans observer ni divergence dans les feuilles d’or , ni aucune saveur particulière. »

» A l’instant où je fis arriver l’or en contact avec le zinc , j’éprouvai une saveur , précisément comme on en apperçoit, lorsqu’après avoir mis en contact, dessus et dessous la langue, une pièce de zinc et une d’argent, on fait toucher ces deux pièces l’une à l’autre en dehors de la bouche. xMais dès que je mettois les métaux à une distance quelconque l’un de

l’autre, je n’éprouvois pas le moindre effet; en conséquence, après maints efforts inutiles pour accroître cette action, en augmentant les surfaces des métaux en contact avec la bouche, je laissai de côté cet instrument, et ne le considérai plus que comme un électromètre un peu plus sensible peut-être, qu’un autre.»

» Comme j’attribuois moins mon défaut de succès à quelque erreur commise dans le principe, ou dans la construction de mon ins-* trament , qu’à la petitesse de la charge galvanique ; dès que M. Volt a eut fait connoître aux physiciens les effets de la pile, il me vint à l’esprit que, comme cet appareil fournissoit une charge plus forte, l’instrument que j’avois construit en seroit certainement affecté , si du moins les fluides galvanique et électrique étoient un seul et même fluide. »

« Mon ami , M. H. Lauwson , ayant établi une pile composée de 80 pièces de zinc et d’autant de pièces d’argent, nous tentâmes, de concert, l’expérience suivante. On mit en communication la lame d’argent du galvanomètre , avec la pièce de zinc qui terminoit la pile par le haut ; tandis que la pièce d’argent qui formoit sa base, communiquoit d’autre part avec le zinc du galvanomètre. On ajusta ensuite les pièces à une coulisse; alors les feuilles d’or se mirent à diverger >

lorsque ces pièces furent à la distance de y de pouce l’une de l’autre. Lorsqu’on approcha de l’appareil un tube de verre électrisé , la divergence augmenta ; d’où l’on inféra que l’électricité étoit positive. »

« Nous établîmes ensuite la communication en sens inverse , en faisant toucher le zinc du galvanomètre à celui de la pile, et l’argent à l’argent. On eut les mêmes symptômes électriques ; mais , cette fois , les feuilles d’or se rapprochoient par la présence du verre excité, et s eloignoient , quand on présentoit de la cire frottée. »

« Lorsque nous fîmes cet essai de l’instrument, la piledonnoit des commotions, qui égaloient celles qu’on auroit éprouvées d’une quantité de surface armée en bouteille de Leyde ? qui auroit mis en pièces les feuilles d’or, si on eût fait passer cette décharge au travers ; tandis que cette commotion galvanique ne les faisoit diverger que d’environ y de poudre. La cire à cacheter , légèrement excitée et présentée à l’instrument , entretenoit les feuilles d’or dans un mouvement continuel. »

« Depuis cette époque , j’ai fait nombre d’expériences avec la pile de Folta. J’ai répété celles qu’on a publiées , et j’en ai fait quelques-unes nouvelles. J’ai trouvé, dans tous ces procédés.

le galvanomètre un instrument si utile, que je puis le recommander, avec quelque confiance, aux amateurs de ce genre de recherches. »

« Je ne remplirai pas les pages de votre recueil , en donnant le détail des expériences dans lesquelles j’ai été prévenu par d’autres; mais je raconterai, aussi brièvement qu'il me sera possible, certains essais que j’ai faits sur l’action de la pile galvanique , appliquée à divers gaz ; et on y verra quelques faits nouveaux, sur un sujet aussi intéressant. »

« On procédoit, de la manière suivante , pour se procurer un volume connu d’un gaz donné , dans lequel on se proposoit d’opérer : on vissoit l’extrémité d’un transporteur (i) garni

(i) Le transporteur est un perfectionnement dans les appareils pneumatiques , fort commode, et que nous avons lieu de croire trop peu connu hors de l’Angleterre, où il a pris naissance. C’est un canal métallique, en forme de T , garni de trois robinets. La branche ascendante , qui en porte un , se visse sur la platine de la pompe pneumatique. On visse une platine amovible sur l’une des extrémités de la branche horizontale ( celle à droite par exemple ) , après avoir fermé le robinet de l’autre branche : on met un récipient sur cette platine , et on y fait le vide. On ferme ensuite le robinet qui communique avec la pompe , et après avoir mis en communication avec l’autre extrémité de la branche horizontale (celle de la gauche

d’un récipient vidé d’air, au haut d’un cylindre de verre gradué, et ouvert par en bas. Ce cylindre étant rempli d’eau, et placé sur la cuve pneumato-chimique , on y fait monter, par le procédé ordinaire, une quantité de gaz déterminée par le numéro de la division à laquelle répond la section inférieure du gaz, soit la supérieure de la colonne d’eau. On ouvre ensuite le robinet de communication entre ce cylindre et le récipient dans lequel on a fait le vide, qui se remplit ainsi du gaz en question , dont on détermine , soit la quantité absolue , soit les modifications qu’il peut éprouver dans son volume, par l’ascension de l’eau dans le cylindre divisé. »

« I. La pile de Volta , conjointement avec lin petit tube plein d’eau distillée, communiquant avec les extrémités de cette pile, par un fil d’argent très-fin, interrompu dans l’eau, fut placée dans le récipient , vidé d’air , du transpor-

par exemple), la vessie ou le récipient qui contient le gaz à introduire dans le récipient où l’on a fait le vide, on ouvre le robinet qui interrompoit la communication. A l’instant , la pression atmosphérique chasse l’air de la vessie ou du récipient inférieur dans le supérieur , sans aucun mélange d’eau ni de gaz étranger à celui qu’on a voulu ainsi transporter d’un récipient dans un autre.

teur; et on prit note de la quantité d’air atmosphérique qui y monta pour le remplir, lorsqu’on ouvrit la communication entre le récipient et le cylindre qui , plein d’air, commun , reposoit sur l’eau de la cuve. L’appareil demeura 36 heures dans cette situation ; et au bout de ce terme , sur 200 pouces cubes d’air atmosphérique, on trouva qu’il y en avoit 40 absorbés. Pendant tou+z la durée de cette absorption, il se forma du gaz dans le petit tube plein d’eau; et un précipité d’oxide en flocons parut dans le liquide. » « IL Lorsqu’on mit la pile dans du gaz oxigène retiré de l’oxi-muriate de Patam, l’énergie de l’appareil en fut considérablement accrue : l’une des extrémités du fil donnoit du gaz beaucoup plus rapidement; tandis que l’autre précipitoit de l’oxide avec plus d’abondance. On laissa l’appareil en action pendant la nuit, et le matin on trouva que 200 pouces de gaz oxigène avoient été absorbés. L’eau qui s’étoit élevée à mesure au-dessus de son niveau dans la cuve, non seulement avoit rempli le cylindre divisé , mais elle étoit montée si haut dans le récipient qui renfermoit la pile , que cet appareil s’y trouvoit à moitié plongé. La raréfaction ainsi produite par l’absoption du gaz oxigène, soutenoit une colonne d’eau de près de 16 pouces de hauteur. »

» Le

« III. Le gaz azote , obtenu de la décomposition de l’air atmosphérique, par le sulfure de potasse, arrêta tout-à-fait l’action de la pile. On n’apper- ÇUt ni gaz, ni précipité dans le petit tube qui contenoit l’eau distillée. »

« IV. On eut le même résultat avec la pile plongée dans le gaz. hydrogène. On ne s’apperçut pas quelle exerçât la moindre action (i). »

« Il est à propos d’observer ici , que les rondelles de drap, interposées entre chaque paire des disques métalliques qui formoient la pile, fuient humectees , dans ces expériences, d’une solution de sel commun. Si on les imprègne ci acides, le résultat est, comme on lésait, trèsdifférent. La pile agit alors aussi puissamment, même dans le vide, qu’elle le fait dans l’air atmosphérique.

« Un correspondant anonyme remarque, dans le dernier numéro du PhU. Magasin* , que les acides augmentent l’action de la pile. Mais parce qu’il trouve aussi que les alcalis , et sur-tout

(i) Ces faits , et ceux qui suivent, pour la plupart en rapport direct avec l’action chimique de la pile , sont difficilement explicables par cette partie du système de Voha , qui ne suppose d’autre action au fluide interposé entre les disques métalliques, que celle d’un conducteur plus ou moins parfait.

IIe. Partie. y

l’ammoniaque pur, lui donnent également beaucoup d’énergie , il en conclut que le fluide , mis en action dans la pile , ne provient ni de l’action des acides , ni d’aucune combinaison de l’oxigène avec les métaux. Avant de tirer cette conclusion , il auroit dû essayer la pile dans des circonstances telles, qu’elles dussent nécessairement exclure tout accès de l’oxigène. Ainsi, dans le vide , l’appareil n’auroit pas tardé à cesser toute action, lors meme qu’on auroit logé des solutions alcalines entre les paires des disques métalliques. Il auroit dû aussi examiner l’état de l’eau qui restoit dans les deux verres communiquant par un syphon, avant de prétendre renverser le système de Lavoisier , d’après la circonstance qu’il se forme du gaz oxigene dans l’un des verres , et du gaz hydrogène dans l’autre. »

« L’anonyme n’est pas plus fonde à conclure , Comme d le fait dans son dernier , que paice qu’un électromètre donne des signes d’électricité négative, quand on laisse tomber une goutte d’eau sur du fer rouge en communication avec lui, il s’en suit que l’eau et l’électricité positive forment le gaz hydrogéné. La présence de 1 hydrogène n’est point une condition exclusive , pour que l’électromètre indique l’électricité négative; car cet effet se produit par la simple

conversion de l’eau en vapeur , et même par la Vaporisation d’un liquide quelconque. »

§. VII. M. Tilloch , éditeur du journal intitulé Philosophical Magazine (i), a adressé, de Londres, à M. Pictct , un des rédacteurs du journal britannique, une lettre en date du 7 nov. 1801 , et qui est insérée n°. 144 de ce journal, Pa§* 39°* Cette lettre est la réponse à une autre adressée de Pans à M. Tilloch , où. on lui rend compte des expériences de Volta , dont l’auteur de la lettre avoit été témoin.

« Votre lettre amicale, du 23 octobre, dit M. Tilloch , m’a fait un extrême plaisir : ceux de nos amis, a qui j’ai annoncé l'intention du piofesseur boita , de publier ses beaux résultats icunis en un corps d’ouvrage, sont très-impatiens de les voir paroître. Il s’écoulera bien du temps encore, avant que le champ des recherches, qu il vient d ouvrir par sa decouverte ingénieuse, soit épuisé ; et il seroit difficile d’apprécier les avantages que pourront en retirer les sciences

(1) Ce journal, et celui de M. Nicholson , dont il a déjà été plusieurs fois question dans cet ouvrage, sont, en Angleterre, le répertoire de tout ce qui se’publie de plus intéressant sur toutes les sciences naturelles , et sur les nouvelles scientifiques,

et les arts, dans un avenir plus ou moins éloigné. »

« Dans le peu de temps qui s’est écoulé depuis votre départ d’Angleterre, on a fait quelques expériences brillantes avec le circuit (i) du célèbre professeur Italien; et on a obtenu des résultats qui , quoique analogues aux faits déjà connus , sont également nouveaux et intéressans ; ils tendent à prouver ce que je disois tout-à-l’heure , savoir que nous ne faisons encore qu'entrevoir la nature de cette force, et les applications dont elle pourra être susceptible. »

« C’est dans une séance de la société Askerimne (2), qui a eu lieu le 4 de ce mois, et qui étoit la seconde de la section actuelle, que ces expériences ont été faites. MM. Pepys , Allen et

(1) Comme la disposition en pile, n’est qu’une des variétés de l’appareil Voltaïque , dont la circonstance essentielle est l’établissement d’un circuit , capable d’accumuler, par addition successive , de petites différences électriques, qui ont lieu dans un même sens, l’expression de l’auteur de la lettre nous paroît heureusement trouvée.

(2) C’est une société particulière d’amateurs des sciences naturelles , formée à Londres , depuis peu d’années , sur un plan assez analogue à celui de la société Philomatique de Paris. On trouve fréquemment , dans le Philosophical Magazine , de très-bons mémoires dûs aux travaux des membres de cette société.

Howard ( Luke ) , moi , et quelques autres de vos amis , en avons été témoins , avec le reste des membres de la société. Notre batterie étoit composé de deux auges , dont chacune contenoit 60 plaques d’argent , et un nombre égal de plaques de zinc , en tout 1 20 paires de plaques métalliques, dont chacune avoit 2 ^pouces de côté, sur 5 de surface (1). »

» Au moyen de cette batterie, la société a vu Y or s'allumer avec beaucoup de facilité. Ce métal, réduit en feuilles minces, communiquoit

(1) « Cette disposition du circuit voltaïque en auges, de forme parallélipipède , divisées en cellules par des parois métalliques , dont chacune est une lame composée des deux métaux , soudés l’un à l’autre dans leur pourtour , et entés chacun dans une rainure , assez exactement pour, que les cellules contiguës puissent contenir un liquide , sans qu’il passe de l’une à l’autre; cette disposition, disons-nous, est peut-être l’une des plus commodes et des plus propres à une grande variété d’expériences. On peut ainsi , par exemple , graduer à volonté la force de l’appareil, comme on le fait avec les batteries électriques ordinaires , lorsqu’on emploie plus eu moins de jarres £ on peut faire charier très-promptement le liquide conducteur, dont les cellules sont remplies , nettoyer les surfaces métalliques avec une brosse, etc. Nous avons vu cet appareil employé avec le plus grand succès , à l’institution loyale , chez M. Crukkshank et çhez M, Pepys. »

avec l’une des extrémités de la batterie; et k

I instant où on le mettoit en contact avec la lame extérieure de l’autre extrémité de cette meme batterie , pour completter le circuit , il s’enflammoit immédiatement. La combustion ne s operoit que dans les points oii la feuille d’or et la lame extrême étoient en contact; et ede n avoit plus lieu à l’instant où on cessoit d’approcher jusques à ce contact, la feuille d’or > à mesure qu’elle disparoissoit par la combustion.

II est singulier qu’on ne put découvrir ni oxide, ni résidu d’aucune espèce, dans l’endroit où cette combustion s’étoit opérée; et il est probable que l’or étoit volatilisé par la même chaleur qui occasionnoit sa déflagration. On se propose, au demeurant, d’examiner avec plus de soin cette circonstance , lorsqu’on exposera une quantité d’or plus considérable à l’action du circuit Voltaïque, et on cherchera alors à déterminer avec précision si la totalité du métal , ou seulement une partie , passe à l’état de vapeur dans cette combustion. »

« Vous avez été témoin, pendant votre séjour a Londres, de la combustion du phosphore , opérée par une auge Voltaïque, lorsqu’on a ajusté lin petit morceau de cette substance à l’extrémité d’un fil de fer, qu’on' allumoit en le mettant en contact avec l’une des extrémités du circuit ,

tandis qu’il étoit en communication avec l’autre (1). La société, en employant un procédé analogue, a allumé la poudre à canon. On en avoit logé quelques grains dans une feuille d’or repliée; on alluma le métal, parle procédé décrit tout-à-f heure , et le métal incandescent fit détonner la poudre. »

« Dans une séance de la société minéralogique (2), qui a eu lieu il y a peu de jours; M. Sandman , un de ses membres , excellent chimiste , rapporta qu’il avoit mêlé , depuis quelques mois , une partie de beurre d’antimoine avec cinq parties d’eau. Au lieu d’une précipitation instantanée , il observa que le mélange prit une consistance tout-à-fait épaisse , telle—

(1) « Cette jolie expérience fut imaginée et exécutée par M. Pepys , qui possède une collection considérable d’appareils chimiques , dont quelques-uns sont de son invention. M. Allen avoit réuni ce jour-là chez lui , un certain nombre d’amateurs , et on employa à faire des expériences , l’une des soirées les plus intéressantes auxquelles nous ayons participé. »

(2) C’est une société d’amateurs de minéralogie et dè chimie , qui se chargent particulièrement de faire gratuitement les essais de toutes les matières minérales , dont on leur envoie des échantillons.

ment qu’il ne sortoit point du vase, lorsqu’on l’inclinoit. Au bout de quatre mois, il commença à s’éclaircir , et à déposer une quantité de petits crystaux très-blancs , dont quelques - uns ont été mis sous les yeux de la société. On n’a pu déterminer leur forme avec précision; mais elle paroissoit approcher du cube. C’est encore une question , que de savoir si c’est là un oxigène cristallisé, ou un simple muriate d’antimoine ; on se propose de l’examiner, et de répéter l’expérience sur des quantités plus considérables. »

« L’ingénieux M. Davy , professeur de chimie à l’Institution royale, s’est occupé, depuis quelque temps , d’une suite d’expériences sur la tannerie, qui seront bientôt rendues publiques. Il a essayé un grand nombre de bois et d’écorces diverses , qui ne sont point celles qu’on avoit cru , jusques à présent, exclusivement adoptées pour cet objet, et il en a trouvé plusieurs qui contiennent le principe tannant en grande quantité. Ce chimiste a remarqué entr’autres, une circonstance assez curieuse; les glands du chêne ne paroissent contenir , dans leur état na^ turel , aucune portion de tannï&r ; mais après qu’on les a fait cuire au four, dans une température d’environ 212. F. ( 80 R. ) on trouve qu’ils en contiennent une quantité considérable.

DU GALVANISME. 34ç

Elle disparoît, si on les chauffe au-delà de ce terme. »

§. VIII. De C inflammation des métaux par la plie galvanique , par Us CC. Hachette et Thénard (i). « L’expérience de l’inflammation des métaux , au moyen de la pile , a été faite à l’école polytechnique , en prairial an 9 ; elle a été répétée en presence des célèbres chimistes Fourcroy et Vau quelin , qui en ont rendu compte à l’Institut , le 21 du même mois. »

» On sait de quelle manière on enflamme les métaux par la batterie électrique : un fil métallique communique , par une de ses extrémités , à l’armature intérieure de la batterie; à l’instant ou l’autre extrémité est en communication avec l’armure intérieure , les molécules du fil se repoussent, se divisent et s’enflamment dans l’atmosphère. Il faut considérer, dans la batterie qui produit cet effet , deux choses , l’étendue de ses surfaces, et la tension de l’armure intérieure;

( 1 ) N°us ne plaçons qu ici cet article , qui eût mieux figure a la suite des expenences du C. Fourcroy , sur 1 inflammation du fer ( a ) , parce qu’il ne nous a été communique que tout récemment par les auteurs. Il nous a paru trop intéressant , quelle que soit sa place , pour être omis.

(a) V oyez plus haut , pag. 264 et 298, les expériences de M. Van lharum, et pag. , celles de la société Askérienne.

ce qu’on nomme la tension , est indiquée par l’écartement des boules ou des fils de l’électromètre : elle est d’autant plus forte , que l’écarte- , ment est plus considérable. »

» Ce qui tient lieu de la batterie électrique , dans l’expérience qu’on va rapporter, c’est une pile galvanique , composée de huit couples de plaques , les unes de cuivre rouge , et les autres de zinc ; chaque couple étoit séparée par une pièce de drap trempée dans une dissolution de muriate d’ammoniaque. Ces plaques avoient io pouces sur 7 pouces La première communiquoit avec le réservoir commun ; la dernière a voit line électricité, dont la tension, mesurée sur l’électromètre à pailles de Volta , seroit de de degré (jj de degré pour chaque couple ). »

» On s’étoit d’abord assuré que la tension électrique ne dépendoit que du nombre des plaques superposées , qu’ainsi la différence entre les tensions de la première et de la dernière plaque, étoit la même pour la grande pile , que pour celles dont les plaques n’avoient que quatre lignes carrées : à défaut d’électromètre assez sensible , on apprécioit la tension par l’impression de la pile sur les organes. »

» Ayant préparé sur un bain de mercure , une cloche remplie de gâz oxigène , on a introduit

sous cette cloche deux fils de laiton : le premier de ces fils communiquoit , par une de ses extrémités , au haut de la pile , et portoit à l’autre extrémité un fil de fer très-fin , et plié en spirale ; le second fil de laiton communiquoit avec le bas de la pile. A l’instant oii l’on mit ces fils en communication sous la cloche , en rapprochant le laiton de la spirale de fer , celle-ci s’enflamma , répandit une lumière très- vive , et la partie du fil qui n’avoit pas brûlé , étoit terminée par un petit globule arrondi de fer fondu. »

» En substituant du gaz hydrogène ou du gaz azote au gaz oxigène , le fil de fer a rougi , mais ne s’est pas enflammé. »

» Il est facile de voir l’analogie de ce phénomène , avec celui de la combustion des métaux par la batterie électrique : lorsqu’une batterie a peu d’étendue, quelque forte que soit la machine avec laquelle on l’a chargée , l’électricité qu’elle reçoit n’a pas assez de tension pour compenser le défaut de surface ; mais une grande batterie , chargée d’une électricité, dont la tension est assez foible pour être indiquée par Pélectromètre à pendule , divise le métal en molécules qui fondent , brûlent , et se vaporisent dans l’air. »

» La pile galvanique à grandes plaques fournit, comme la batterie électrique d’une grande étendue, une quantité considérable d’électricité ;

et quoique cette électricité n’ait qu’une tension de ~ de degré , elle suffit pour enflammer les métaux. Lorsqu’on a déchargé une pile galvanique, en faisant communiquer ses deux extrémités, il s’écoule un temps assez long avant que la dernière plaque ait repris le maximum de tension , dû au nombre de couples. Quelle que soit la cause de ce fait , dont Volt a n’a pas donné 1 explication , il est probable que si cette cause n’existoit pas , les petites piles produiroient les memes effets que les grandes , à raison de l’énorme vitesse avec laquelle le fluide électrique passe à travers les corps, même mauvais conducteurs. La pile à petites plaques, du même nombre de couples , ne produit pas cet effet , parce que , dans un instant donné ( instant qu’on ne peut pas mesurer), elle ne fournit pas une assez grande quantité d’électricité à de degré de tension. »

§. IX. Exposition abrégée des principales expériences répétées par M. Volta , en présence des Commissaires de r Institut national , ou consignées dans les mémoires qu’il a lus à la classe des sciences physiques et mathématiques , avec fig. ,par le prof, H allé ( i ).

(i) Bulletin des sciences 3 par la société Philomatique , nivôse an io, n°. ç8. Nous eussions beaucoup nui à cetrs exposition , en l’abrégeant : elle fait époque dans

« M. Volta , dit ce professeur , a présenté , à la classe des sciences physiques et mathématiques , une suite d’expériences , par lesquelles il a rendu évidente l’identité de principe, entre les phénomènes du galvanisme et ceux de l’électricité. Il a répété ces expériences devant les commissaires nommés pour suivre cet objet : nous allons en rendre compte. »

« Premier principe. M. Voila établit d’abord que quand deux métaux différens sont mis en contact, ces métaux qui, isolément, ne donnent aucun signe d’électricité, au moment de leur contact, agissent l’un sur l’autre, de telle manière qu’il en résulte de part et d’autre un état électrique sensible , positif dans l’un , négatif dans l’autre, état qui se maintient encore après leur séparation. »

« Première expérience . Prenez deux disques ,

l’histoire , parce qu’en confirmant la nouvelle théorie de M. Volta , elle y ajoute un degré d’évidence qui la rend plus sensible , sur-tout à l’appui de la planche et des figures qui l’accompagnent. Aussi n’avons-nous pas hésité , après avoir obtenu l’agrément de la société Philomatique y d’enrichir notre ouvrage de ce précieux morceau , et d’y joindre la planche qui est relative aux expériences.

Les autres notes ne font pas plus partie du texte de L’auteur j que celle-ci.

l’un d’argent ou de cuivre, l’autre de zinc; qu’ils soient égaux, parfaitement polis sur une de leurs faces , montés de l’autre côté sur une tige de verre enduite de cire d’Espagne ou de gomme lacque. Appliquez-les l’un sur l’autre exactement, en les tenant par leur tige de verre (fig. i ). Séparez-les ensuite ; portez alors l’un des deux disques sur le plateau supérieur , ou le plateau collecteurd’un condensateur : répétez ce procédé plusieurs fois de suite , ayant soin , chaque fois , de rendre à l’autre disque son premier état , soit en le touchant, soit en rétablissant, de quelque manière que ce soit, sa communication avec le réservoir commun. Le condensateur finira par se charger d’une électricité assez forte pour faire écarter sensiblement les deux fils d’un électromètre. Si le disque porté sur le condensateur est le disque de zinc, l’électricité se trouvera positive ou vitrée; si, au contraire, c’est le disque d’argent ou de cuivre qui soit porté sur le condensateur, l’électricité communiquée sera négative ou résineuse. »

« Nota . Pour la commodité des expériences, M. Volt a construit son condensateur avec deux plateaux de métal ( de cuivre ) d’un petit diamètre ( i à 2 décimètres ) , montés sur verre , vernis l’un et l’autre du côté par lequel ils doivent se toucher. Par ce moyen , il obtient le

DU GALVANISME, 35t

même effet que procurent les corps imparfaitement conducteurs et imparfaitement idiolectriques, auxquels est due la propriété du condensateur (fig. 2). L’un des plateaux, celui qui sert de support (b) , doit communiquer avec le réservoir commun; l’autre, ou le plateau collecteur (a), est souvent garni à sa face supérieure, près de sa monture , d’un fil de métal (c) , ou simple, ou terminé par un bouton, pour entrer plus facilement en contact avec les appareils qu’on ne veut pas démonter. »

« L’électromètre de M. Volta {fig. 5 ) ? est une fiole à quatre faces planes. Les fils électrométriques sont formés de deux pailles bien égales, bien droites, contiguës, parallèlement suspendues à l’obturateur de la bouteille. La partie supérieure de cette fiole est enduite de cire d’Espagne. Sur les deux faces, parallèles au plan dans lequel se fait l’écartement des pailles, est trace un arc de cercle, dont le centre correspond a la hauteur de leur point de suspension. Il est divisé en degrés de demi - ligne ou d’un millimètre chacun : souvent , à la partie supérieure de l’obturateur, on adapte un plateau de cuivre verni (a) , sur lequel on en pose un autre (b) , verni de même , et qui forme avec lui un condensateur. Le plateau vissé sur l’obturateur, sert alors de collecteur, et peut

35i HISTOIRE

être garni en dessous d’un fil de métal (c) comme le condensateur ordinaire ; l’autre plateau , au moyen d’une lame de métal (</), peut communiquer avec le sol, et remplir ainsi le même office que le plateau inférieur, dans les autres condensateurs. Quand le plateau collecteur est chargé , on enlève l’autre plateau , et l’électricité accumulée passe aussitôt aux pailles de l’électromètre. »

« Cet électromètre est très-sensible , mais il est nécessairement très-inexact , sous le rapport de la mesure ; car , indépendamment de la difficulté de rapporter très - précisément l’écartement à la graduation, une distance double entre les pailles n’indique point une force électrique seulement double; d’abord, en vertu de la loi démontrée par le C. Coulomb , cette force est en raison inverse du carré des distances : ensuite on doit y ajouter l’effort nécessaire pour vaincre l’effet de la force de pesanteur, contre laquelle s’élèvent les pailles en s’écartant, et qui croît à mesure qu’elles s’élèvent , dans la proportion des sinus des angles , qu’elles font alors avec la verticale. »

« Deuxième expérience . Au lieu des deux disques ( fig . i) , prenez une lame de zinc soudée avec une lame ou une tige de cuivre (/g. 3 « 4). »

« 1 er. cas. Tenez lésine ({) dans la main (/g. 3),

et

DU GALVANISME, 3Sj

ét portez la tige , ou la lame de cuivre (c) , sur le plateau ( a ) du condensateur, vous verrez que Ce plateau aura reçu , par le contact de la lame de cuivre, un état électrique qui, éprouvé à l’électromètre , se trouvera négatif, conformément à ce qui résulte de l’expérience i . »

« 2e. cas. Tenez, au contraire , le cuivre 00 dans les doigts ( [fig . 4) , et portez le zinc ({) sur le condensateur ( a ) ; le zinc se trouvera alors entre la tige ou la lame de cuivre , à laquelle il est soudé , et le plateau de cuivre avec lequel il est en contact : le condensateur ne vous donnera , dans ce cas , aucun signe d’électricité* »

« 3 e. cas i Tenez l’appareil de la même maniètc ( fig. 4 ) , mais interposez un papier mouillé (fi) entre le condensateur et la lame de zinc ; alors le plateau collecteur prendra un état électrique , qui se trouvera être positif comme celui du zinc; si vous retournez l’appareil et que vous touchiez le papier mouille avec le cuivre ; Vous communiquerez également un état électrique au plateau, mais qui, à raison de l’état du Cuivre , sera de nature négative i comme dans le premier cas (fig. 3) , où il arrive la même chose que dans la première expérience; l’état élec* trique , communiqué par le zinc à la lame IIe, Partie, Z

de cuivre, qui lui est soudée, passe dans le plateau du condensateur, aussi de cuivre. »

« Dans le deuxième cas, le zinc, placé entre la lame de cuivre, à laquelle il est soudé, et le plateau de cuivre du condensateur qu’il touche immédiatement, étant, par conséquent, départ et d’autre, en contact avec du cuivre, se trouve entre deux forces opposées et égales qui se détruisent. »

« Dans le troisième cas , l’interposTtion du papier mouillé, interceptant le contact du zinc avec le condensateur , empêche leur action mutuelle, qui ne peut s’exercer que dans le contact immédiat , et laisse dans son entier celle de la tige de cuivre soudée au zinc ; alors le papier mouillé , à raison de sa propriété conductrice , transmet l’état électrique du zinc au plateau du condensateur. »

« Deuxième principe . Dès-lors , il est évident que cette propriété des métaux , de se mettre , par le contact mutuel, dans un état électrique ( propriété que M. Volta nomme force élcctromotrice ) , ne peut avoir lieu que dans le contact immédiat; les corps humides, comme corps conducteurs , et par cela même qu’ils sont moins bons conducteurs que les métaux, d’une part, interrompent le contact , et ainsi partagent

l’action électromotrice , de l’autre , transmettent l’état électrique , que les métaux ont acquis au moyen de cette action , aux substances avec lesquelles ces corps humides sont eux-mêmes, en contact. En sorte qu’une série de couples métalliques et de corps humides peut alternativement exciter et transmettre l’etat électrique , et en accumuler les effets , autant de fois que cette alternative se continuera. »

« De-là l’expérience de la colonne et de la pile de M. Volta. »

« Troisième expérience . Prenez deux disques ou pièces de métal, l’une d’argent, l’autre de zmc (fig. 6 , a et i i ) : mettez-les immédiatement 1 une sur 1 autre , sans les isoler. Mettez sur ce couple métallique un morceau de papier ou de drap mouillé ( fi ) ; pose* sur ce drap mouillé un autre couple métallique ( a et £ i ) , dans le même ordre que le premier; recevez sur le condensateur 1 électricité du second couple , et chargez-le par un nombre suffisant de contacts. Faites-en l’épreuve à l’électromètre : vous trouverez, toutes conditions égales d’ailleurs, l’électricité du deuxième couple plus forte que celle du premier. Continuez ainsi successivement : l intensité électrique croîtra à mesure que vous multiplierez les couples ainsi superposés. »

« Enfin, la pile étant toute montée et com-

posée d’un nombre déterminé d’étages, l’intensité électrique se trouvera plus ou moins grande, selon que vous l’éprouverez à diftérens points, depuis la base jusqu’au sommet : négative, si les pièces supérieures de chaque couple sont d’argent; positive, si elles sont de zinc. »

« Dans ce cas, on conçoit que lorsque les premiers disques sont en contact, ils passent à l’état électrique ( voy. exp . i ). Les seconds, séparés des premiers par le drap mouillé, deviennent pareillement électriques; et partagent, de plus, par l’intermède du drap mouillé ( exp. 1, 72°. 3 ) , l’électricité du disque supérieur du premier couple ; ainsi de suite , dans tous les couples qui composent la pile; à mesure qu'on enlève l’électricité au sommet, ou dans quelque point que ce^oit de la colonne, celle-ci se fournit aux dépens du réservoir commun ; en sorte que , d’une extrémité à l’autre , l’intensité électrique croît nécessairement dans une progression arithmétique. L’électromètre de M. Volta paroît l’indiquer ainsi ; il est néanmoins à desirer que ce fait soit encore mieux constaté, au moyen d’instrumens plus exacts. »

« Quatrième expérience. Si vous isolez la pile par sa base , alors le premier et le dernier couples se trouveront dans un état électrique opposé,, d’une intensité égale ; le milieu de la pile ne

présentera aucun signe d’électricité; et depuis ce milieu jusqu’aux extrémités, l’état électrique ira croissant, positif dans un sens , négatif dans l’autre, jusqu’aux deux couples extrêmes, dont l’intensité sera la plus forte. Cependant , à moins que la pile ne soit très-considérable , le condensateur ne recevra de ces extrémités qu’une électricité foible. »

« Dans cet état de choses, on conçoit, 19. que les pièces du premier couple , étant d’abord disposées , seront chacune dans un état électrique opposé ( cxp. 1 ), et conserveront l’une et l’autre cet état , puisqu’elles n’auront aucune communication avec le sol ; 20. qu’à mesure que la pile montera , l’effet des nouveaux couples sera d’accroître, tant dans un sens que dans l’autre, les intensités électriques : cela posé, la pile montée représentera deux progressions toujours croissantes en sens opposés, le moindre terme de Tune correspondant à la plus grande intensité de l’autre. Dès-lors , vers le milieu de la colonne, les termes moyens, négatif et positif, se trouvant égaux, se détruiront et rendront en cet endroit 1 état électrique égal à zéro. On conçoit encore que, l’électricité ne se reproduisant point par la communication avec le sol , le condensateur , appliqué aux extrêmes , n’en recevra qu’une très - petite quantité , qui

sera meme inappréciable , s'il est lui-même d’une grande capacité. »

« Cependant la communication de la base de la colonne avec une jarre très-forte , feroit en partie le même effet que la communication avec le sol, et fourniroit un supplément qui rendroit l’électricité très-sensible au sommet de la pile isolée. »

« Cinquième expérience. Si l’on rétablit la communication avec le sol par la base de la pile , et qu’en même - temps on en touche le sommet avec le condensateur , celui - ci se chargera , même en un instant, dune manière très-sensible ; si l’on touche d’une main la base, de l'autre le sommet , on éprouvera une sensation continue , ou continuellement répétée ; si l’on établit , du sommet à la base , une série de corps conducteurs , parmi lesquels il y en ait d’altérables par l’action galvanique (tels que l’eau, dans laquelle plongent en opposition deux fils de métal, etc. ), la continuité des phénomènes qui caractérisent leur altération , attestera une continuité d’action , dépendante de la communication établie , à travers ces corps , entre les deux extrémités de la colonne. Cette disposition a donné lieu à une foule d’expériences de tout genre, aujourd’hui trop connues pour être ici détaillées. »

» On conçoit que , dans le premier cas , tout

ce qui est enlevé par le condensateur , est proportionnellement reproduit par la communication avec le sol ; on conçoit aussi , dans les autres cas , qu’il s’établit un courant du sommet à la base, entre les électricités opposées de Tune et de l’autre. »

» Sixième expérience. Si d’une part on établit, entre la base de la colonne et le sol , une large communication , que de l’autre on reçoive l’électricité du sommet dans une jarre électrique très-grande, on peut, par un contact très-rapide, du sommet de la pile , charger cette jarre , de manière à en obtenir une décharge très-forte. La fig. 7 indique une des manières les plus commodes de répéter cette expérience. La base, de la pile communique par une lame métallique large , qui plonge dans un vase d’eau, dans lequel le physicien trempe Tune de ses mains ; de l’autre , le meme physicien tient la jarre, et en porte le conducteur sur un bouton, qui termine la dernière pièce métallique de la pile. »

» Il peut de meme , en portant sur ce bouton le pistolet à air inflammable , le faire immédiatement détonner. »

» Les charges que l’on prend ainsi au sommet de la pile, soit avec le condensateur, soit avec tout autre appareil , ont également lieu , de quelque manière que soit terminée la colonne , soit que le contact ait lieu sur l’un des métaux , soit

qu'il se fasse sur la pièce de drap mouillé. *

» Les expériences de MM. Van Marum et Pfajf avec la machine Teylerienne (1) , ont aussi démontré qu’il falloit , pour charger au même point une même batterie , moins de contacts d’une pile de 200 couples , argent et zinc , que du conducteur de cette grande machine. »

» Ce phénomène , à peine concevable , pour qui connoît les effets des grands appareils électriques , vient , selon M. Volta , de ce qu’il n’y a nulle comparaison à établir entre un courant électrique, formé d’une succession d’actions continuellement renouvelées , et une décharge instantanée, quoique très-forte. Le même phénomène se trouve confirmé par la comparaison des effets produits sur l’économie animale par la pile de Volta , et par les machines ordinaires. »

» Troisième principe . La pile étant composée de deux ordres de substances nécessaires à sa cons^ truction , les unes électromotrices , les autres simplement conductrices , les propriétés , résultantes de cet assemblage , varient suivant la différence des matières , dont on a fait choix pour en former les diverses parties. »

(1) Voyei , plus haut , l'analyse et les résultats de ces expériences , pag. 290 et suiv,,

» Ainsi , d’une part , les métaux agissent les uns sur les autres avec différens degrés de force électromotrice ; de l’autre , les corps humides intermédiaires transmettent l’effet de cette force, plus ou moins facilement et complettement. »

» D’un autre côté , l’intensité ou le degré de la force électromotrice métallique , se manifeste essentiellement , et se mesure par les effets électrométriques ; et dans l’électromètre de M. Volta , si cette intensité n’est pas exactement mesurée, elle est au moins indiquée par la grandeur de l’écartement des pailles. »

» De l’autre part , les effets électrométriques restant les mêmes , on voit d’autres phénomènes varier et correspondre , à ce qu’il paroît , tantôt à la facilité de la transmission , tantôt à l’étendue des surfaces transmettantes. »

» Ainsi, la variété et l’énergie des effets que produit la colonne de V olta , semblent résulter de la combinaison de deux élémens ; et si l’on compare les actions électriques aux autres forces dont les corps sont animes , les intensités représenteront les vitesses , et les rapports, dans la facilité ou l’étendue de la transmission , représenteront les masses.

» Les expériences suivantes donneront une idée de ces deux modes d’influençe. »

*>. Septième expérience . L’expérience a prouvé

qu’on pouvoit ordonner les métaux selon l’intensité de l’état électrique qui résulte de leur contact. L’argent, le cuivre, le fer, l’étain, le plomb et le zinc , forment une série , dans laquelle chaque métal , mis en contact avec celui qui le précède, passeroit à l’état positif, et se trouveroit au contraire à l’état négatif avec celui qui est immédiatement après lui dans la même suite. »

» Les extrêmes de la série sont ceux dont le contact immédiat développe l’intensité la plus grande ; en sorte que l'argent et le zinc sont ici ceux qui , réunis , donnent les effets électrométriques les plus considérables. On peut ajouter encore plusieurs substances à cette série, comme, par exemple, le manganèse, la plombagine , les charbons , tous les métaux , divers alliages, etc. L’effet du manganèse combiné avec le zinc , est presque double de celui de l’argent. »

» Les Anglois et M. Pfaff de Kiel , ont aussi construit des piles avec un seul métal , des sulfures et des corps humides. M. Gautherot a obtenu des effets avec une pile de charbon de schiste et de corps humides (1). M. Davy assure avoir construit

(1) Voye^, plus baut , les détails de cette expérience , pages 208 , 209.

un appareil avec des charbons accouplés, dont les extrémités , de part et d’autre , trempoient dans des liquides de diverse nature; comme l’eau d’une part, de l’autre des dissolutions acides , alcalines , etc. N’est-il pas possible que, même parmi les substances humides , il y en ait qui , respectivement entre elles , deviennent électromotrices ? M. Volta présume que l’appareil de la torpille et des poissons électriques, tient à des superpositions pareilles, qui s’opèrent en vertu de l’organisation de cet animal. Quelques physiciens conjecturent aussi que de pareilles dispositions , entre les lames cristallines de certains minéraux , sont les causes véritables de leurs propriétés électriques. »

» Quoique M. Volta n’ait pas répété devant les commissaires de l’Institut les expériences qui établissent cet ordre de succession entre les métaux , plusieurs physiciens , entre autres le C. Lehot , et quelques-uns aussi des commissaires de l’Institut, s’étoient déjà convaincus, par l’expérience, de sa réalité. »

» Mais un phénomène plus important, et dont la connoissance n’est due qu’à M. Volta , c’est l’intensité électrique résultante du contact de l’argent et du zinc , intensité éprouvée à l’électromètre , et égale à la somme de toutes celles qui se développent entre les métaux formant la série de

Tun à l’antre des extrêmes. Ainsi , l’intensité de l’argent au zinc étant représentée par 1 2 , celle de l’argent au cuivre , dans la série indiquée , se trouve 1 ; du cuivre au fer , 2 ; du fer à l’étain , 3 ; de l’étain au plomb , 1 ; du plomb au zinc , 5 : somme totale ,12, égale à l’intensité de la force électromotrice de l’argent au zinc. En sorte que , disposant tous ces métaux entre leurs extrêmes , on n’a pour effet total , que celui qui résulte de l’union immédiate de ces extrêmes eux-mêmes. »

» Ce phénomène mérite d’être soumis à l’épreuve d’instrumens plus exacts que l’électromètre à pailles ; il fait concevoir une raison de plus sur la nécessité d’interposer les corps humides aux substances métalliques , dans la construction de la pile. »

» Huitième, expérience . Les corps humides ne remplissent pas tous , avec la même perfection , l’office de conducteur : l’eau pure est un des plus imparfaits ; mais si on y mêle quelques sels , la faculté conductrice augmente , et les effets de la pile sont plus sensibles. L’oxidation qui se fait entre les couples , par l’interposition des pièces humides , paroît aussi contribuer à rendre l’action plus complette ; cependant , dans tous ces cas , selon M. Volt a , l’intensité électrique marquée par l’électromètre ne change pas , mais les effets que

la pile produit sur nos organes sont plus vivement sentis. »

» Disposez l’appareil à couronne de tasses, que tout le monde connoît, en rangeant sur deux files parallèles les tasses ou les bocaux , garnis des lames réunies de cuivre et de zinc , par lesquelles ils communiquent , de manière que l’extrémité négative d’une des files corresponde à l’extrémité positive de l’autre ; remplissez les bocaux avec de l’eau simple; que les deux bocaux , qui se correspondent à l’un des bouts de la double file , reçoivent les deux cuisses réunies du train de derrière d’une grenouille nouvellement préparée à cet effet ; qu’on plonge dans les deux bocaux, qui sont à l’autre bout, la lame accouplée de cuivre et de zinc , qui doit établir la communication entre les deux files ; au moment de l’immersion , la grenouille sera agitée de convulsions. Qu’on mette , dans les deux bocaux les plus éloignés de la grenouille, du muriate de soude ou du muriate d’ammoniaque , les convulsions seront sensiblement plus fortes ; qu’on en mette aussi dans les deux bocaux suivans, les convulsions augmenteront encore, et ainsi de suite ; en sorte que , si les muscles de la grenouille paroissent fatigués et deviennent immobiles , cette dissolution réveille sur-le-champ leur action , encore qu’elle ne se fasse que dans des bocaux très-

distans de ceux où sont plongées les cuisses de ranimai. »

» De tous les sels employés jusqu’ici, le muriate d’ammoniaque est le plus efficace , tant dans l’appareil des tasses , que dans la construction de la pile. »

» Il est bon d’ajouter ici l’observation d’un phénomène bien remarquable , dont les conséquences peuvent être intéressantes dans l’application utile des appareils galvaniques à l’économie animale et au traitement des maladies : si la grenouille ainsi disposée , finit par s’épuiser et reste immobile , il suffit alors de changer la disposition des cuisses , de manière que celle qui plongeoit dans le bocal de l’extrémité négative , passe dans celui de l’extrémité positive , et réciproquement; alors les convulsions se renouvelleront et paroîtront telles qu’auparavant. De plus , quand après quelque temps l’épuisement et l’immobilité auront mis fin aux mouvemens , dans cette nouvelle disposition , on les verra immédiatement se renouveler, en replaçant de nouveau la grenouille dans la première situation, où elle avoit cessé de se mouvoir et de s’agiter la première fois. »

» Neuvième expérience . L’imperfection dans la propriété conductrice des corps humides en général, et spécialement de l’eau pure, est encore démontrée par un autre genre d’expériences. »

» Soit une pile montée de manière à être ou isolée , ou foiblement communicante avec le réservoir commun , posée , par exemple , sur une table de bois ordinaire ; qu’on lui adapte une bande de papier mouillé (/%. 8 ), de manière que , communiquant d’une part à son sommet (P), que je suppose positif, cette bande réponde par l’autre bout à la base (N), qui sera négative. Alors le zéro d’intensité de la pile (O), répondant au milieu de la colonne , si l’on éprouve l’état de la bande de papier , on le trouvera électrique dans l’état positif vers l’extrémité (P) qui forme le sommet, et négatif vers l’extrémité (N) qui forme la base ; mais à partir de ces deux points , on verra que l’état électrique ira en diminuant, à mesure que l’on s’en éloignera , en sorte que le milieu de la bande (o) se trouvera absolument dépourvu de tout état électrique sensible.» '

» Si dans quelque point de la partie P o de la bande , on porte une substance plus conductrice que l’eau , comme de l’eau salée , alors le zéro (O) de la colonne s’élèvera vers le sommet (P) , et le contraire aura lieu , si l’on fait la même épreuve sur la partie inférieure (N o ) de la même bande. Le zéro (O) variera egalement, selon que Tune des deux parties de la bande changera de propriété conductrice, en se desséchant par l’effet de la situation , ou par celui de l’évaporation.- »

.» Si les portions Po et No , qui forment le sommet et la base , au lieu de faire partie d’une même bande, forment deux bandes distinctes et indépendantes , dont les extrémités libres s’étendront séparément sur la table, et si on charge l’une de dissolution saline, tandis que l’autre sera seulement imbibée d’eau, l’état électrique de la bande , qui sera mouillée par la dissolution saline , s’étendra beaucoup plus loin • le long de cette bande , que sur celle qui n’aura été pénétrée que d’eau pure , et le zéro (O) de la colonne s’élèvera ou s’abaissera proportionnellement de ce côté. »

» Dixième expérience. Soit un appareil construit avec des plaques de métal d’un large diamètre , et des intermédiaires de carton mouillé , d’un diamètre égal ; soit , d’une autre part , une pile construite avec un nombre égal d’étages , formés de petits disques des mêmes métaux : les deux piles donneront à l’électromètre des degrés égaux , et par conséquent se trouveront dans le même degré d’intensité proportionnellement au nombre égal de leurs couples. »

» Mais si l’on fait avec les deux piles l’expérience, par laquelle on brûle le fil de fer, la pile 1 formée de grandes plaques donnera, comme Ton sait, des phénomènes d’incandescence et de déflagration beaucoup plus considérables que ceux qui résulteront de la colonne formée avec les

disques

DU GALVANISME. 369 disques ordinaires. Les fils métalliques éprouveront aussi une déflagration d’autant plus active , que d’une part ils communiqueront avec la colonne par une plus grande surface, et que de l’autre ils se rencontreront par des extrémités plus aiguës. »

» En général , l’exactitude du contact, son étendue , la perfection de la propriété conductrice des intermédiaires, sont des conditions qui, sans changer sensiblement la force électromotrice * operee par la nature des métaux , paroissent déterminer, sous une même intensité, le mouvement d’une masse électrique plus considérable; et le peu d’étendue des points par lesquels elle s échappé , ou la tenuité des conducteurs , fait concevoir une énergie d’effets proportionnels k la concentration que cette masse éprouve dans ces étroites issues, »

» Nous terminerons cet exposé par la description d’une petite colonne portative , dont se sert habituellement M. Volta. (K fîg. g.)

» d est une petite colonne formée d’un nombre de disques plus ou moins considérables , et renfermée dans un étui de fer-blanc. Chaque disque de cette colonne est formé d’une lame de cuivre soudée à une lame de zinc, ou doublée d’un étamage de zinc et d’étain; ainsi , chaque disque IIe, Partie, Aa

37o HISTOIRE

forme à lui seul un couple entier , cuivre et zinc. Entre les disques , sont des pièces intermediaires de drap mouillé. Le tout est maintenu par trois tubes de verre : ces tubes reçoivent inférieurement des broches de métal, par lesquelles ils sont assujétis à une pièce de cuivre , qui forme la base de la colonne , et qui est ici cachée dans la partie inférieure de l’étui (o) ; supérieurement , ils sont engagés dans un chapeau de même métal, surmonté d’une aigrette métallique (e), qui doit presser contre le fonds de la partie supérieure du même étui (a) , quand il est fermé. Les montans de verre mettent entre les parois de l’étui et les pièces de la colonne , un intervalle suffisant pour qu’il n’y ait entre eux et elle de communication , que par la base et le sommet. L’endroit où la partie inférieure de l’étui est reçue dans son couvercle (<*) , est garni d’une bonne couche de résine , ou de cire d’Espagne , ou de gomme lacque : de cette manière , ces deux pièces sont parfaitement isolées l’une de l’autre en cet endroit. »

» Si pour lors , l’étui étant fermé , on le prend dans une main mouillée , par sa moitié inférieure , et que l’on touche son sommet avec quelque autre partie du corps , l’on éprouve , de l’une et de l’autre part, une commotion très-sensible. Deux étuis pareils , garnis de colonnes disposées en sens

DU GALVANISME. 37i

inverses , tenus dans Tune et l’autre mains mouillées , et rapprochés par leurs sommets , donneront une commotion double , etc. Cet appareil , que l’on porte aisément avec soi, peut suffire à un grand nombre d’expériences (i). »

» Telles sont les principales expériences sur lesquelles M. Volta a fondé sa théorie. Elles démontrent d’une manière évidente l’identité de principe entre le galvanisme et l’électricité ; elles font connoître un fait bien important , jusqu’à présent ignoré : c'est la propriété de certains corps de la nature , et particulièrement des métaux , de se mettre dans un état électrique , uniquement par le contact. Ce principe , fécond en résultats , ouvre la voie à un grand nombre d’observations , étend la sphère connue des influences électriques , en développe de nouvelles connexions avec les phénomènes chimiques et les actions organiques , et autorise à concevoir de nouvelles espérances pour le progrès de plusieurs sciences, et le perfectionnement de procédés utiles. »

(i) Le C. Hachette qui s’est muni d’un de ces appareils , a bien voulu faire devant moi les expériences rapportées ici , et quelques autres , qui ont bien réussi.

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