‹ Histoire du galvanisme, et analyse des différens ouvrages publiés sur cette découverte. Depuis son origine jusqu'à ce jourChapitre 13 sur 23 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Details expériences et faits relatifs a ly application du galvanisme au traitement des maladies.

Le Galvanisme , semblable à l'électricité dite animale , au Mesmérisme, au Perkinisme (i), et à tant d’autres inventions , plus curieuses qu’utiles, et dont plusieurs charlatans ont su tirer parti pour s’enrichir; le galvanisme , disons-nous, tombera dans l’oubli , comme tous ces prétendus secrets, malgré les découvertes physiques auxquelles il a donné lieu, si on ne vient pas à bout de trouver dans ses effets , des ressources contre certaines maladies , et un moyen de plus pour les guérir.

A cet égard, si le zèle, l’activité et la constance dans les épreuves, sursoient pour réussir.

(i) Je comptois terminer l’histoire du galvanisme par celle du perkinisme , qui a beaucoup de rapport avec celle-là : l’abondance des matières et l’étendue de ce volume s’y opposent; ]C la reserve pour le 3e* volume de supplément , qui pourra avoir lieu.

si desaccidens particuliers, dépendans de la constitution et de l’impatience des malades, si certaines circonstances, qu’on ne peut ni prévoir, ni écarter, ne contrarioient pas souvent et ne changeoient pas de nature les expériences, en apparence les plus décisives , il y a long-temps que les médecins et les physiciens , tant étrangers que François , qui travaillent assiduement à atteindre le but salutaire auquel ils aspirent, auroient enrichi l’art d’un nouveau moyen curatif, et rendu à leurs concitoyens le service le plus important, celui de diminuer le nombre de leurs maux, ou celui, au moins, d’y apporter , dans certains cas , un soulagement efficace.

La carrière , ouverte depuis long-temps , a été parcourue avec plus ou moins de promptitude ou de lenteur , avec plus ou moins de succès, suivant les concurrens. On s’occupe toujours, et plus efficacement que jamais , des moyens de surmonter les obstacles qui retardent les progrès de la découverte : attendons tout du temps; c’est un grand maître* Comptons un peu aussi sur le hasard , mot , si l'on veut , vide de sens ; mais qui n’en joue pas moins un grand rôle dans presque toutes les découvertes, à commencer par celle du galvanisme. Combien de fois , en effet , des expériences,

constamment et même opiniâtrement répétées , n’ont-elles pas conduit à des résultats inatten^ dus , et bien éloignés de ceux qu’on devoit espérer ?

C est pour mettre sur la voie ceux qui voudront se livrer à de nouvelles recherches , que nous allons donner le précis de toutes les tentatives faites , de tous les travaux entrepris pour trouver dans le galvanisme un nouveau moyen curatif des maladies. Entrons dans les détails de ce qui a été entrepris jusqu’ici; et voyons s’ils donnent au moins quelques lueurs d’espérance de réussir: il est juste de commencer par l’exposition des idées conçues à ce sujet, par l’auteur mê^ me de la découverte du galvanisme , et des e£* têts qui en sont résultés.

§. Ier, Idées de Galvani sur V application du galvanisme ci l'art de guérir (i). On a vil, dans les chapitres précédens , que la théorie de Galvani , quoiqu’il ait déployé, pour l’établir, toutes les ressources de son génie inventif, n’a pu résister a la multitude et à l’évidence des faits réels et incontestables qu’on lui a opposés , et

(i) Ce qu’on va lire est extrait, en grande partie, d& l’Eloge de Çalvani par le C. Alibert ,

dont on l’a, pour ainsi dire, accablé. Voyons s'il a été plus heureux dans les extensions principales qu’il a su donner à sa première hypothèse pour la recherche des causes des maladies, et développons ici des idées que nous n’avons fait qu’annoncer dans le premier chapitre de cet ouvrage. Si Galvam a encore été séduit par son imagination brillante et ardente , ne lui en faisons pas un reproche , et souvenons-nous toujours, comme l’a très-bien dit Alibert, que les écarts à'un homme, célébré intéressent toujours , et sont

des leçons pour la postérité.

Voici d’abord quelles étoient les idées particulières de Galvam , sur la production des afiections rhumatismales , de la sciatique nerveuse , des convulsions , et du tétanos. Il s attachoit a rendre raison de ces douleurs vives et prolongées, et de ces contractions musculaires si constantes, qui s’observent dans les graves affections rhumatismales , et particulièrement damla sciatique nerveuse , en les attribuant à des humeurs extravasées , qui stagnent autour de la surface des nerfs , et qui agissent non seulement par l’irritation qu’exerce leur présence , mais encore en fournissant au fluide électrique (i) une

(i) Gahani appuyoit sa théorie sur la remarque , faite par Cotnnni , d’un fluide stagnant entre h nerf

espece^ d’arc ou d’armature plus considérable; Il expliquoit, d’après les mêmes idées, ces convulsions fréquentes , et sur-tout mortelles , qui se déclarent aussitôt que des liquides s’amassent soit entre le cerveau et la pie mère, soit entre cette membrane et la dure mère, soit dans les ventricules du cerveau , soit enfin entre la moelle epmière et le canal vertébral , ou entre les nerfs et leurs propres enveloppes.

11 pensoit aussi que ce phénomène pouvoit résulter des changemens qui surviennent dans les couches de matière cohibante , dont les neifs sont , selon lui, environnées. Ces couches, d apres sa manière devoir, s’altèrent, ou en diminuant extraordinairement d’épaisseur, ou en se dépravant au point que , de cotisantes qu elles sont , elles deviennent en tout ou en paitie déférentes. On comprend alors comment le torrent électrique trouvant passage à travers cette matière , auparavant imperméable, doit augmenter considérablement d’énergie, et produite , par ce mécanisme, de fortes et violentes contractions. C’est d’une manière à-peu-près analogue, suivant Galvani , que s’engendre le tétanos. Il y a même ceci de particulier , dans

et l’enveloppe qui le revêt , dans la sciatique net-* veuse.

DU GALVANISME. 377 cette affection , que l’irritation d’un seul nerf suffit pour exciter une rigidité spasmodique dans l’universalité du système musculaire, comme on le voit fréquemment à la suite de la piqûre d’un nerf. Des qu’une fois ces mouvemens spasmodiques ont eu lieu , il suffit , pour les renouveler , que le lit , sur lequel repose le malade , éprouve une légère secousse.

Après avoir rendu compte de la manière dont s’opèrent les mouvemens musculaires dans certaines maladies , oii leur force est extraordinairement augmentée , Galvani chercha à expliquer, d’après la même théorie, l’état absolument contraire , ou , ce qui est la même chose , la perte absolue de la faculté contractile , d’où résulte la paralysie. Il attribua cette dernière à l’interposition d’un corps non conducteur , lequel s’opposoit au passage du fluide électrique du muscle au nerf , et du nerf au muscle. Or cet effet sera produit, selon lui , toutes les fois qu’une matière huileuse, ou toute autre matière cohibante, obstruera les nerfs ou les membranes qui les enveloppent , toutes les fois qu’une humeur âcre et corrosive aura altéré la propre texture du cerveau, et aura produit une congestion , etc. Galvani convient cependant qu’on ne peut expliquer , de cette manière , que les paralysies ou les apoplexies qui se

forment lentement et par degrés. Comment , en effet , rendre raison de celles qui frappent soudainement , et comn^e par un coup de foudre ? Le professeur de Bologne rapproche pour cet objet les phénomènes apoplectiques ou épileptiques des effets obtenus par l’application artificielle de l’électricité aux animaux, et il y trouve la plus frappante analogie. « Si , par le moyen du conducteur de la bouteille de Leyde, dit-il , on dirige l’électricité artificielle contre le cerveau, les nerfs, ou la moelle épinière d’ur* animal , celui-ci éprouve des convulsions plus ou moins fortes , au moment de la décharge électrique, et il est frappé de paralysie, d’apoplexie, et enfin de la mort même, suivant que la bouteille est chargée d’une plus ou moins grande quantité de fluide électrique. Si de tels effets sont produits par l’électricité ordinaire , comment ne présumeroit-on pas , ajoutoit Galvani , qu’un afflux précipité d’électricité animale vers le cerveau peut occasionner des accidens aussi funestes ? Leur intensité ne peut-elle pas même être aggravée par un changement dans l’état de l’électricité atmosphérique, sur-tout lorsqu’elle est très-abondante ; parce qu’alors celle des animaux l’est aussi beaucoup, comme le prouvent les agitations violentes et réitérées qu'ils éproib vent ? »

DU GALVANISME. 379 « On conçoit que la cause que nous indiquons, dit à ce sujet A liberté produira plus facilement et plus promptement ces effets , si elle attaque directement l’organe cérébral , que si elle agit uniquement sur les nerfs ; ce qui , dans le premier cas , occasionne des maladies idiopathiques, et dans le second cas, des maladies sympathiques. Mais , dans l’un et l’autre cas , les symptômes seront d’autant plus graves, que le fluide électrico-animal vicié s’accumulera avec plus d’abondance dans le système nerveux ou musculaire. Il n’est pas douteux que ces sortes de maladies sont beaucoup plus funestes chez les vieillards, à cause du développement qu’amène l’âge dans toutes les parties de leur système physique, et sur-tout à cause du peu de fluidité de la substance oléagineuse des nerfs , et du défaut de transpiration. »

Galvani appuyoit son hypothèse sur ce qu’on observe chez les épileptiques, au moment oti l’accès est prêt à paroître, La plupart d’entre eux éprouvent alors comme un courant d’air qui leur monte de l’estomac, du bas-ventre , ou des extrémités inférieures vers le cerveau. Ils avertissent quelquefois les personnes qui les environnent , ensorte que si on saisit l’instant favorable , et qu’on fasse une forte ligature à la jambe, très -souvent l’accès n’a pas lieu. Ne

3^o HISTOIRE

semble-t-il pas que par cet artifice on s’oppose à la transmission du courant électrique vers le cerveau ?

Voyons maintenant quelle étoit l’opinion de Galvani sur le mode d’action des remèdes , et sur la manière d’administrer l’électricité. Il paroit que les bons effets qu’on retire dans ce cas de l’application de divers remèdes , et même de l’électricité artificielle, doivent être rapportés à leur mode d’action sur le fluide animal , quel que soit le changement qui s’opère dans l’état de ce dernier, et il soutenoit que c’est d’après ces vues que le médecin doit diriger le traitement. Pour bien concevoir, par exemple, les différentes manières d’agir de l’électricité sur le corps humain, il importe d’avoir égard à trois circonstances spéciales ; savoir , i°. à celle ou l’électricité artificielle agit promptement et avec violence sur l’économie animale, comme dans l’expérience de la bouteille de Leyde; 20. à celle où cette même électricité agit d’une manière lente et successive , et semble se combiner avec les fluides du corps humain , ce que l’on désigne sous le nom de bain électrique ; 30. enfin à celle oii l’on retire de l’animal une quantité donnée d’électricité, comme lorsqu’on emploie celle négative. Les mouvemens convulsifs dépendent presque toujours ou d’une électricité animale

DU GALVANISME, 3Si

viciée et exubérante qui , sollicitée par des causes souvent très-légeres , est entraînée vers le cerveau et les nerfs, ou de quelques principes âcres et stimulans, qui portent leur action sur ces organes. Dans le premier cas , l’électricité négative sera d’une grande efficacité : dans le second cas, on donnera la préférence à l’électricité positive, ayant sur-tout grand soin de diriger son effet immédiatement sur les nerfs affectés.

C’est pour cela que Galvani s’attache à démontrer que , dans le traitement des maladies convulsives, rien n’est plus important que de rechercher laquelle des deux électricités, la positive ou la négative , il est plus convenable de mettre en usage, et la nécessité qu’il y a de bien déterminer le genre d’électricité qui leur convient. Les expériences qu’il a faites à ce sujet, prouvent que, d’après l’état électrique très-abondant de l’athmosphère, on peut soupçonner une trop grande abondance d’électricité animale ; de-là vient la nécessité , avant d’entreprendre le traitement des maladies par l’électricité, non seulement d’éprouver l’air par les électromètres , mais même d’avoir égard à l’état des nuages , à la saison , à l’espèce de vent qui souffle, aux phases lunaires, etc. etc. D’après les expériences de Galvani , le moyen préférable à tous les autres, dans l’application de l’électricité

négative , c’est celui de faire communiquer celle qui réside dans les muscles d’une partie , avec les nerfs de la partie malade; c’est le moyen le plus efficace pour transmettre l’électricité animale des muscles aux nerfs affectés, et expulser les substances étrangères qui les irritent. Il établit ensuite les avantages que pourroit avoir l’application de l’électricité atmosphérique, dans les temps d’orage , lorsqu’on aura la précaution d’apporter la plus grande prudence dans la manière d’armer de conducteurs la partie malade (i).

Sans vouloir attacher à la théorie de Galvani , sur l’application de l’électricité à la cure des maladies , plus d’importance qu’elle n’en mérite ; et quelqu’insuffisante que paroisse cette théorie, tou^ jours est-il vrai de dire que ses travaux et ses expériences à ce sujet, viennent à l’appui de ceux de H. Mauduyt , publiés dans les mémoires de l’ancienne société royale de médecine (2) , qu’ils y ajoutent encore beaucoup , en ce qu’ils prouvent l’influence de- l’électricité artificielle et atmosphérique , et qu’elle est beaucoup plus puissante qu’on ne l’a cru dans ces derniers

(1) Voyt ç ce qui a été dit plus haut, chap. Ier., page 18.

(2) Voye 1 les Mém. de l’ancienne société de médecine t

tom. II, III, IV et V,

temps. Espérons, avec Alibert, que les données acquises sur sa manière d’agir, nous éclaireront infailliblement sur la recherche des moyens d’administrer l’électricité plus utilement qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, qu’elles dévoileront peut-être par la suite les rapports constans qui existent entre les variations de l’électricité atmosphérique et l’état de santé , entre ces mêmes variations et plusieurs maladies.

§. II. Idées de M. Creve sur t 'application du galvanisme à Vart de guérir. Ce célèbre physicien prétend avoir employé le galvanisme, avec quelques succès , pour distinguer la vraie mort de la mort apparente , ou de l’asphyxie. Il est entré à ce sujet dans des détails très-intéressans (1). Il propose de dénuder un des muscles d’un individu , par exemple , le biceps brachial , ou le gastrocnémien , ou même le grand pectoral , et d’appliquer l’argent et le zinc dans une forme convenable sur les fibres musculaires elles-mêmes , de manière que l’arc galvanique soit bien établi. Si ces fibres se contractent, c’est une preuve

(1) Voye^ son ouvrage qui a pour titre : Vom metallrti^t einern , etc. Voyc ç aussi une thèse intitulée : de metdllorum irrïtamento veram ad mortem explorandam. Mogunt. 1794. Nous n’avons pu nous la procurer.

que l’irritabilité n’est pas encore entièrement détruite , et qu’on ne peut pas encore décider que l’homme est véritablement mort. Mais, dans le cas contraire , on ne doit plus douter de sa mort.

On peut objecter à M. Creve , i°. qu’une mort partielle pourroit exister dans un des muscles qu’il désigne, sans que le reste du corps y prit part; 2°. que la susceptibilité pour le stimulus galvanique , pourroit être anéantie , sans que l’irritabilité en général fût épuisée; 30. enfin, que le stimulus galvanique, appliqué de la manière qu'il prescrit , n’est pas le stimulus le plus fort que nous connoissions, puisque l’électricité de la bouteille de Leyde , ainsi que la pile galvanique , agissent encore avec plus de force; toutes ces objections, auxquelles il n’est pas aisé de répondre , rendent très-douteuse la méthode proposée par M. Crevé , comme on le verra plus bas dans la lettre de M. Humboldt.

M. Pfaff a aussi proposé le stimulus galvanique dans quelques maladies, spécialement dans la paralysie du nerf optique (1).

§. III. Détail des expériences faites à l'école de

(1) Voyei plus bas, §, IV, la lettre d 'Humboldt , et îe résumé qui la suit.

médecine

médecine de Paris , sur le traitement des maladies , par le moyen du galvanisme. Tel étoit, sans doute, le principal but que devoit se proposer cette école, en répétant les expériences galvaniques; et si elles pouvoient et dévoient conduire à la guérison de quelques maladies , c’étoit du résultat des travaux et des recherches de ses membres , qu’on devoit attendre un effet aussi salutaire; c’étoit, en un mot, l’école de méde-

cine qui devoit éclairer les esprits sur un sujet aussi intéressant et aussi utile.

On a vu, chapitre XI, dans le détail des expériences faites à cette Ecole , qu’on a employé le premier appareil de Volta , pour répéter les expériences galvaniques des différens savans étrangers, qu’on a vérifié plusieurs des propriétés de cet appareil , et une partie de celles qui caractérisent les élémens de sa construction. Ces travaux ont d’abord eu pour objet 1 application des effets de cet appareil à l’économie animale.

On a pu en conclure, i°. que ces effets pénétrent et affectent l’organe nerveux et les organes musculaires, plus profondément que les appareils électriques ordinaires, en estimant ceux-ci d’après la mesure usitée de l’électricité médicale.

IIe. Partie. B b

2°. Qu’ils provoquent de vives contractions, des sensations fortes de picotement et de brûlure , dans les parties que leur état maladif rend insensibles aux étincelles , et même aux commotions électriques.

30. Que la durée de cette action est telle, qu’elle semble autoriser l’espérance de trouver dans ce moyen un excitant efficace et capable de concourir avec succès au traitement des paralysies.

Dans l’application de cet appareil , on a encore observé que les effets produits sembloient proportionnés à l’étendue des points de contact ; ensorte que l’excitation la plus forte avoit lieu , quand la commotion se faisoit par la rencontre des conducteurs émanés de la pile galvanique, avec des conducteurs métalliques fixés sur la partie malade, par un contact plus ou moins étendu.

Dire que ces expériences ont été exécutées d’après les vues et sous la direction du C. H allé, c’est annoncer avec quelle précision elles ont été faites , avec quelle justesse les conséquences en ont été déduites. L’équité nous fait un devoir d’ajouter, et nous remplissons, à cet égard, le vœu du C. Hallé , qu’il a ete singulièrement seconde par le C. Thillayc fils; à 1 exactitude et à l’intelligence duquel on doit la

réunion de beaucoup d’observations importantes sur ce sujet.

Avant de rapporter les résultats des expériences faites par le C. Haïti, sur les malades qu’il a traités dans les cabinets de l’école de medecine de Pans , nous croyons devoir présenter d’abord l’apperçu, ou, pour mieux dire, le bulletin de leur traitement, qu’a tenu le C. Thiti

layc fis , et qu il a bien voulu nous communiquer.

Le 6 floréal an IX , le C. Toutin , ciseleur , âgé de 5 3 ans, demeurant rue de la Roquette, n .76, étant sorti par un temps froid et venteux, rentra chez lui avec une paralysie de presque tous les muscles de la joue gauche.

La paupière supérieure ne pouvoit s’abaisser que jusqu au niveau de la pupille ’9 l’inférieure, retirée en bas , et renversée vers son tiers interne, laissoit voir la conjonctive qui la tapisse intérieurement; les larmes n’étant plus retenues par les paupières, écartées l’une de l’autre, et n’étant plus dirigées vers les points lacrymaux, tomboient continuellement sur la joue.

Les lèvres étoient obliquement dirigées , en s'élevant de gauche à droite ; déplacement qui augmentoit, lorsque le malade ouvroit la bouche pour parler ; alors la lèvre inférieure

Bb 2

ne s’écartoit point de la supérieure du côté gauche , pour donner passage aux sons : ajoutons que le tissu cellulaire des paupières et de la joue étoit infiltré.

Cette maladie ayant été négligée pendant plusieurs jours, la conjonctive se phlogosa : l’œil devint douloureux; Vépiphora augmenta, la vue devint trouble ; effet qu’on ne doit attribuer qu’à l’abondance des larmes : les cils se collèrent pendant la nuit , quoique les paupières ne se louchassent point.

Le 12 floréal, douzième jour de la maladie, le C. Jolkt fut appelé, et fit usage de différens remèdes, qui ne firent que dissiper l’infiltration, sans changer l’état paralytique. Il conseilla l’emploi de l’électricité , et adressa le malade au C. Halle , qui jugea utile , comme lui, l’application de ce moyen, et de suite en commença l’usage par de simples étincelles; les muscles ne se contractoient point, et la partie exposée aux étincelles devenoit seulement un peu rouge : ce qui fit qu’on substitua aux étincelles la commotion, dont on fixoit l’intensité au moyen de l’électromètre de Lane , adapté à la bouteille de Leyde. La distance qu’on observoit étoit d’une à deux lignes. De légères contractions se firent d’abord appefeevoir; mais le relâchement succéda presque aussitôt, et pendant

tout le temps qu’on fît usage de l’électricité , le malade n’obtint pas le moindre soulagement.

C’est alors que le C. Huilé se détermina à l’emploi du galvanisme : la colonne de Volta , composée de 50 étages ( argent et zinc ) , fut substituée à la bouteille de Leyde. On forma la chaîne au moyen de deux excitateurs , dont un communiquant à la partie supérieure de la pile par une^ chaîne de cuivre , étoit posé sur le nerf sous-orbitaire , et l’autre en rapport avec la partie inférieure , étoit placé vers l’angle de la bouche : aussitôt après cette application , tous les muscles du côté malade entrèrent dans une contraction beaucoup plus forte que celles qui jusqu’alors a voient été le résultat de l’électricité ; on continua l’expérience pendant cinq minutes , en promenant les conducteurs sur différens points de la partie malade, et sur-tout vers la partie antérieure de l’oreille. On observa que plusieurs contractions furent assez intenses pour faire fortement claquer les dents les unoc contre les autres.

A la fin de cette première séance, on remarqua que la rougeur étoit plus marquée que lorsqu’on employoit l'électricité, et cette rougeur étoit accompagnée d’un gonflement trèsapparent , avec un peu de douleur et d’augmentation dans l’écoulement des larmes ; mais

ces

symptômes se dissipèrent quelques instans après.

Une des observations qu’on fît avec le plus de plaisir , fut que la contraction n’étoit point d’aussi peu de durée , que celle qui suivoit la décharge électrique : cette différence nous fit concevoir, ainsi qu’au malade, dit le C. ThilLaye , l’espoir de réussir, sinon à guérir complètement , au moins à donner beaucoup de soulagement. En effet, après avoir, pendant quelque temps, continué la même application , on s’apperçut que la bouche se redressoit un peu , que l’œil voyoit avec plus de facilité; bien être qui alla en augmentant jusqu’au troisième mois; pendant l’intervalle de ces mois , on augmenta le nombre des étages de la pile, qu’on porta à 75. Les mêmes phénomènes, observés à la première séance, se renouvellèrent à toutes celles qui suivirent; et à cette époque ( celle du 3e. mois ), la bouche étoit, à peu de chose près, dans sa position naturelle , l’écoulement des larmes peu sensible , et la vision très - distincte : les muscles du côté gauche contrebalançaient l’action de ceux du côté opposé , pendant leur repos seulement : car lorsque le malade parloit, la bouche étoit emportée du côté droit.

Les occupations du malade ne lui ayant pas permis de continuer à se rendre aux cabinets

de l’école, on lui fournit chez lui tous les objets utiles et nécessaires pour établir un appareil galvanique , dont il s’est servi jusqu’au 13 brumaire an X. Voici quel est son état actuel.

La paupière inférieure est relevée , l’éraillement n’a plus lieu ; mais la paupière supérieure ne descend point assez pour fermer l’œil complètement, et le moindre espace qui se trouve entre les deux paupières , est d’une à deux lignes environ ; il n’y a plus qu’un léger épiphora : la bouche est dans la situation ordinaire; il faut ajouter qu’une maigreur considérable du côté affecté , empêche de pouvoir apprécier à sa juste valeur le changement opéré dans l’état de ce malade , qui , cependant , se trouve lui -même beaucoup mieux : il éprouve dans toute la partie malade , une sensibilité bien plus grande que dans celle opposée.

Depuis cette expérience, on a essayé d’en faire une pareille , avec les mêmes moyens , sur lin jeune homme de 17 à 18 ans, attaqué d’une légère surdité depuis l’enfance : mais le peu de temps que le malade a donné aux épreuves, et la difficulté qu’on a rencontrée pour apprécier au juste la susceptibilité d’une oreille peu sourde, sont les causes qui empêchent de rendre compte des résultats de cette expérience, qu’on.

espère reprendre et répéter sous peu de temps.

Après ce bulletin, voici maintenant comme le C. Halle rend compte , dans le journal de la société Philomatique , messidor an IX , des effets observés sur le premier malade.

« Un homme, dit-il, dont tous les muscles de la face du côté gauche étoient paralysés, à la suite d’une fluxion déterminée par l’action du froid , avoit été électrisé plusieurs fois : il n’éprouvoit aucune sensation ni contraction , lorsque la partie affectée recevoit l’étincelle : à peine même appercevoit - on une foible contraction dans le muscle jugo-labial ( le grand zigomatique ) , lorsqu’on appliquoit l’électricité par commotion. On soumit cet homme à l’action galvanique d’une pile de 50 étages , en faisant communiquer, avec différens points de la joue malade, les deux extrémités de la pile , à l’aide de chaînes et d’excitateurs métalliques. Au moment du contact, tous les muscles de la face entrèrent en contraction : le malade éprouva de la douleur, et une sensation de chaleur très-désagréable : l’œil entra en convulsion : les larmes coulèrent involontairement , et il se manifesta de la douleur et du gonflement sur les différens points touchés. »

Ces expériences , qui paroissoient donner quelques moyens de comparer les effets du galva-

nisme avec ceux de l'électricité, ont été répétées plusieurs jours de suite , et c'est le 26 prairial an IX , que le C. Halle en a rendu compte à l’Institut. Il s’est apperçu que les muscles étoient restés contractés quelques minutes après la commotion galvanique , et même que l’œil gauche suivoit le mouvement du droit.

Dans cette application du galvanisme au corps humain , le C. Halle a remarqué des anomalies très-singulières. Souvent la pile étoit long-temps à communiquer son effet ; quelquefois il étoit tout-à-fait interrompu , pendant plusieurs secondes : il sembloit , dans ces deux cas , que le fluide éprouvoit quelque obstacle dans sa marche. Il a suffi , dans cette circonstance , de mouiller la chaîne , de la frotter , de changer la position respective des anneaux, pour la faire communiquer. En général , on a observé que pour que la sensation soit prompte , il ne suffit pas que la peau soit mouillée , qu’il est nécessaire qu’elle soit , pour ainsi dire , moîte et imbibée d’eau. Le C. Halle a éprouvé lui-même , ainsi que plusieurs autres personnes , qui se sont soumises à 1 expérience, l’espèce de sensation que le galvanisme produit. Elle a quelques rapports avec celle de la piqûre de plusieurs épingles , qu’on enfonceroit en même-temps dans la peau. C’est une

douleur poignante , accompagnée d’un sentiment de chaleur , et d’un peu de saveur métallique , lorsqu’on applique les excitateurs aux environs des glandes salivaires.

§. IV. Note du C. Richerand. Nous avons déjà fait la remarque ( i ), en rapportant l’article qui concerne le galvanisme , dans ses Elemens de physiologie , que ce jeune médecin a observe que de la différente distribution des métaux , dans les expériences galvaniques , dépend bien évidemment la direction du fluide galvanique , ou plutôt électrique , pour parler selon la doctrine du jour, déterminé vers les nerfs ou vers les muscles , et que cette direction est si importante à connoitre, qu’elle peut jouer un grand rôle dans l’application des moyens galvaniques à la guérison des maladies. A l’explication que l’auteur a donnée a ce sujet , page 407 de sa Physiologie , il faut ajouter que le professeur Pfaff lui a raconté avoir traité avec succès une hémiplégie , en plaçant de 1 argent dans la bouche , et une plaque de zinc sut le bras paralysé : au bout de vingt-quatre heures d’une communication non interrompue , le membre pouvoit déjà exercer quelques légers mouvemens. Pour diminuer, au contraire , dit-il ,

(1) ae. partie, page 240,

l’énergie irritable, dans plusieurs affections spasmodiques, il faudroit inverser l’application des métaux ; il faudroit placer le zinc le plus près possible de l’extrémité centrale des nerfs , et l’argent sur leurs terminaisons périphériques.

§. V. Lettre de M. Humboldt à M. Loder , sur V application du galvanisme à la médecine pratique (1). « Cinq années de recherches continuelles , sur les loix qui règlent les phénomènes du galvanisme , et celles de l’irritabilité des fibres nerveuses et musculaires , ont certainement acquis le droit à M. Humboldt de prononcer sur l’application de ces phénomènes à la médecine pratique; et après être convenu avec M. Loder , que le principal avantage des découvertes galvaniques consiste moins dans l’application directe qu’on en peut faire aux dérangemens de l’économie animale , que dans les lumières qu’elles peuvent fournir sur la nature des nerfs et sur la force dont ils sont doués , lumières qui , portées à un certain point, doivent puissamment influer sur la perfection de la médecine pratique , il observe avec justesse que , dans un siècle comme le nôtre , ou

(1) Voyc{ la Bibliothèque germanique tome IV , messidor an VUI, page 301.

l’on regarde les progrès lents et successifs comme un état stationnaire , dans un siècle ou l’on veut cueillir les fruits avant que les fleurs soient formées , des expériences qui , du moment où on les a conçues et faites , ont semblé promettre une application prompte et immédiate à l’art de guérir , n’ont pu qu’attirer fortement l’attention du public , qui a anticipé sur cette application. » « C’est ainsi qu’on a recommandé le galvanisme , tantôt comme le critérium de la mort , tantôt comme un stimulant puissant et salutaire contre les maladies des nerfs. Lorsqu’on a commencé à se former une idée du fluide électrique et de ses propriétés , n’a-t-on pas cru sur-le-champ avoir trouvé , dans son action sur le corps humain , un remède à toutes ses maladies ? De même , après avoir vu les phénomènes galvaniques , on s’est imaginé , dans ces derniers temps , que deux plaques de métal , présentées d’une certaine manière , alloient , comme par enchantement , rappeler à la vie les asphyxiés, rendre la vue aux aveugles , rétablir chez les paralytiques le libre usage de leurs membres , produire , en un mot , de plus grands effets que les médecins n’en ont jamais pu obtenir de la multitude de remèdes chimiques , mécaniques et autres , qu’ils emploient depuis bien des siècles. »

M. Humboldt , qui n’est pas enthousiaste à ce

sujet, se propose d’examiner de sang froid ce que la médecine peut attendre du galvanisme, de soumettre séparément à une rigoureuse analyse les opinions proposées à cet égard par des savans distingués. «N’oublions pas sur-tout , dit-il , que la science , dont nous nous occupons , est encore au berceau , malgré le laps de temps qui s’est écoulé depuis sa découverte. La première fois, ajoute-t-il, qu’on vit des bulles de savon, remplies de gaz hydrogène , s’élever rapidement au plafond d’une chambre , on étoit loin de prévoir que ce phénomène fourniroit aux hommes un moyen de s’élever dans l’atmosphère, et de planer avec sécurité au-dessus des mers. »

La première question qu’examine M. Humboldt , est celle-ci : Le galvanisme peut-il servir à distinguer la mort qui nest qu 'apparente , de celle qui est véritable ?

A l’époque où un médecin célèbre (1) montroit le danger des inhumations précipitées , on se flatta que deux pièces de métal , mises en contact avec un nerf, résoudroient le problème important de la vie ou de la mort d’un individu, une heure après qu’il auroit paru rendre le dernier soupir. Behrends et Crève sont les premiers

(1) Hufeland , sur l’incertitude des signes de la mort.

qui aient fait , à ce sujet , des expériences sur les cadavres. Hymly et Pfaff ont combattu avec force les argumens et les conclusions que ces physiciens ont tirés de leurs expériences. « J’ai comparé , dit Humboldt , les faits rapportés par Crève , avec les résultats de ma propre expérience, et j’ai vu que mes observations ne sont pas conformes à ses conclusions. » Il expose de suite les raisons qui l’empêchent de regarder le galvanisme comme le véritable critérium de la mort.

« i°. Le fluide électrique nous fait enco4|appercevoir des indices d’irritabilité dans un nerf sur lequel le galvanisme n’a plus aucun effet sensible. 2°. Les expériences galvaniques ne peuvent se faire que sur quelques parties déterminées du corps , ou l’irritabilité peut être détruite , sans qu’il soit permis d’en conclure qu’elle est également anéantie dans tout le reste du système nerveux. 30. Il y a des cas où le galvanisme paroît tout-à-coup n’avoir aucune prise sur des organes qui peu auparavant étoient très-sensibles à son application , et qui même s’agitoient encore, après que son action avoit cessé. 40. Il est possible que des parties qui ont été privées en apparence de leur irritabilité , pendant quelque temps , la recouvrent ensuite jusqu’à un certain point. Les solutions alcalines produisent, dans les organes très-irritables , à-peu-près les mêmes effets

que le galvanisme dans ceux qui le sont moins. On auroit donc bien tort de regarder comme absolument dépourvu d’irritabilité, l’organe dans lequel les alcalis n’exciteroient pas de mouvemens sensibles; et ce qui est vrai de ceux-ci, peut l’être également des stimulus électrique et galvanique.»

Humboldt rapporte plusieurs expériences curieuses qu’il a faites sur divers animaux , et auxquelles il a donné l’attention la plus scrupuleuse ; elles ne lui permettent pas de douter que de trèslégères commotions électriques ne stimulent quelquefois efficacement les mêmes muscles sur lesquels le zinc et l’or ne produisent pas le moindre effet. Il est persuadé que la fibre musculaire irritée , se contracte en forme d’arc , et la fibre inanimée, en lignes serpentantes. Dans d’autres expériences , il a cherché à déterminer si , par quelque moyen chimique, il seroit possible de rétablir l’excitabilité d’un organe qui en auroit été privé par de fortes commotions électriques. Il résulte , selon lui , des faits qu’il rapporte , que l’irritation galvanique ne sauroit être regardée comme le critérium de la mort , puisque le principe vital peut conserver encore une certaine énergie , sans que le galvanisme suffise pour en faire appercevoir l’existence , parce que , quelque intime que soit la connexion des divers organes

du corps animal , elle n’est pas telle que la vie ne puisse y exister à différens degrés. Des expériences positives , faites par Hymly et Anschd , déposent contre l’opinion qui supposeroit que l’excitabilité est anéantie dans tout le reste du système nerveux , parce qu’après avoir soumis à l’irritation galvanique un ou plusieurs nerfs d’un cadavre , mis à nu , on n’en aura vu résulter aucun effet.

Humboldt , après avoir supposé qu’une asphyxie détruit pour quelques instans l’irritabilité des parties extérieures , sans diminuer celle des parties intérieures , s’écrie : « faudra-t-il , parce que l’irritation galvanique ne produira rien extérieurement , tenir pour mort l’individu sur lequel on opère ? Une commotion électrique, conduite au travers du cœur , ne pourroit-elle pas ranimer les pulsations de cet organe , qui , à l’aide du sang artériel , porteroit peut-être encore la vie dans tout le système animal ? »

Mais l’objection la plus importante contre l’opinion que combat Humboldt , se tire des alternatives de l’excitabilité , et de son retour , lorsqu’elle paroît anéantie. Crève a dit à Hufeland que le retour de la force vitale dans le corps animal , après qu’elle a cessé de se montrer , est une chimère. Il faut alors oser nier à priori des effets sur lesquels l’observation peut seule nous éclairer.

Il faut alors donner à Humboldt un 'démenti formel, lorsqu’il dit que , dans le cours des expériences qu’il a faites pour déterminer les effets des substances salines et autres , sur les fibres nerveuses et musculaires , il a vu plus de mille fois que le foible stimulant du zinc et du plomb irritoit fortement des organes , sur lesquels , peu de minutes auparavant, le stimulant le plus actif du zinc et de l’or n’avoit pas produit le moindre effet ; lorsqu’il ajoute avoir vu 1 irritabilité disparoître jusqu’à trois ou quatre fois dans les mêmes muscles , et y reparoître aussi souvent , pendant qu'il les mettoit alternativement en contact avec de l’opium , de l’oxide d’arsénic , de Palcohol , du musc , des acides et des alcalis.

Tout cela prouve que ce n’est pas une vaine inquiétude qui a fait avancer a Humboldt que le galvanisme peut induire en erreur , en annonçant la mort , là où il n’y a qu’un défaut d’irritabilité plus ou moins complet, plus ou moins passager. Il n a pas fait ses expériences seulement; sur les animaux à sang froid : il les a faites sur. ses propres nerfs , et il a vu que les solutions alcalines et l’acide muriatique oxigéné augmenq toient autant sur eux l’effet du galvanisme, qu? sur ceux des poissons et des grenouilles. « La vie , dit-il, n’est pas une matière que l’on puisse ajouter au corps animal , ou qu’il soit facile d’en IIe. Partie. C c

séparer à volonté. Les phénomènes vitaux sont le résultat d’une certaine organisation de matière, dont la forme et le mélange sont détermines. Voilà pourquoi une altération dans le mélange, produit nécessairement de nouveaux phénomènes; et ce que nous nommons destruction de l’excitabilité , en vertu d’un commencement de putréfaction , n’est peut-être rien autre chose qu’un moindre degré d’excitabilité. »

Quoiqu’on ne puisse , d’après les expériences et les raisonnemens d’Humboldi , regarder le galvanisme comme un moyen infaillible de distinguer la véritable mort de celle qui n’est qu’apparente, il est bien éloigné de rejetter totalement l’opinion de Crève et le moyen qu il propose , parce que , sans donner une certitude complette , il peut cependant fournir un haut degre de probabilité , qui n’est pas à rejetter dans bien des circonstances , parce qu’il peut etre tres-applicable et d’une grande ressource , dans tous les cas où l’on ne peut attendre que la putréfaction ait commencé, par exemple, dans les combats, soit sur terre soit sur mer. Persuade, non sans fondement , qu’après une bataille , les chirurgiens font avec trop de légèreté le recensement des soldats qu’ils décident morts , parce qu’ils n’ont plus ni pouls ni respiration , ce qui fait qu on les laisse sur le champ de bataille , exposés a toutes

les injures de l’air , jusqu’à ce qu’ils soient jettes dans une fosse, Humboldt croit que ce seroit un grand bienfait pour les malheureux militaires, si les chirurgiens d’armée étoient toujours munis d’un appareil galvanique , tel qu’une simple lame d’argent et une de zinc , avec lesquelles, après avoir mis à nu le muscle biceps du bras , ou les gastroc-némiens , ils pourroient , en peu de minutes , et sans autre préparation , faire l’expérience sur chaque corps présumé mort.

Le galvanisme a-t-il le pouvoir de rappeler à la vie les personnes che{ qui elle paroît eteinte ? Telle est la seconde question qu’examine Humboldt. C'est la multitude d’observations qui constatent l’analogie de l’action du galvanisme sur les organes des animaux, avec celle de l’électricité; c’est l’analogie manifeste entre les phénomènes galvaniques et électriques, qui ont fait naître à Valli l’idée de proposer le stimulant métallique comme un puissant revivifiant pour les personnes asphyxiées : déjà il avoit rappelé à la vie deux poules noyées, et qui paroissoient mortes. Anschel a fait avec succès de semblables expériences , sur des grenouilles étouffées dans du gaz hydrogène. Sœm meringa proposé de faire ces expériences sur les personnes mortes en apparence, en portant l’irritation sur le nerf phrénique , qui , à raison de ses anastomoses avec le ganglion cæliaque, avec le nerf

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récurrent et avec les nerfs brachiaux , excite le plus de mouvemens sympathiques. Humboldt témoigne avec raison sa surprise de voir que Crève condamne toutes ces expériences comme inutiles, et ne craigne pas de dire que la proposition mise en avant par Valli et Scemmering , décèle manifestement , che^ l'un et che £ V autre , peu de connaissances physiologiques , pathologiques et thérapeutiques ; ce qu’il est bien loin de prouver.

Une question intimément liée à la précédente, est celle de savoir si le galvanisme peut être regardé comme un moyen de guérir la gouttesereine , les affections rhumatismales , les paralysies des extrémités , etc. Si le stimulant métallique est utile chez les asphyxiés , où tout le système, tant nerveux que musculaire, est dans un état de paralysie, il est permis d’en attendre d’aussi bons effets , dans des cas de paralysie partielle , tels que certaines affections de l’estomac , des yeux, des extrémités des vaisseaux cutanés. Pfaff objecte, contre l’application du galvanisme dans les maladies paralytiques , qu’il vaut mieux les combattre par le stimulant électrique , dont on peut augmenter ou diminuer la force à volonté. N’en est -il pas de même du stimulant métallique ? et si l’expérience ne nous a pas encore tout appris sur les rapports qui existent entre les effets de ces deux moyens , s’il étoit vrai , contre

l’opinion commune d’aujourd’hui , que les phénomènes galvaniques et électriques diffèrent essentiellement entre eux, comment pourroit-on décider a priori que les uns et les autres exercent sur la fibre animale une action de la meme nature ? C’est ce. qu’apprendront les expériences faites sur les membres paralysés , après y avoir appliqué des vésicatoires , ou sur d'autres ulcères artificiels.

Le galvanisme semble promettre plus d’utilité, dans les affections rhumastimales, ainsi que dans, d'autres maladies , où l’on se propose souvent d’établir au dehors un écoulement des humeurs. Humboldt dit que dans les expériences qu’il a faites à différentes reprises sur lui-même , la secrétion de l’humeur lymphatique continuoit aussi long-temps que l’on prolongeoit l'irritation galvanique sur les ulcères formés par les cantharides ; et ce qui étoit encore plus remarquable , c’est que l’activité des vaisseaux cutanés se trouvoit augmentée , au point que la secrétion se prolongeoit quelque temps après qu’on avoit cessé l'application des métaux. Le docteur Anschd a écrit à Humboldt que les expériences qu’il a faites ace sujet, sur lui-même, confirmentles siennes. On pourroit de même essayer l’effet des émanations électriques sur les plaies des vésicatoires, et les comparer à l’effet du galvanisme.

Pfaffz déduit avec beaucoup de sagacité, des.

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expériences galvaniques , un moyen de reconnoître si la cataracte peut être opérée avec succès. Mais il fait en même-temps la remarque que ce moyen n’est pas infaillible , puisque le coup de lumière que détermine le stimulant galvanique, dans l’expérience de Humer , peut n’avoir pas lieu , quoique la rétine conserve sa sensibilité. Humboldt dit connoître plusieurs personnes chez qui l’expérience de Volta et de Humer ne fait point appercevoir de lumière , quoique leurs yeux soient parfaitement sains ; fait qui , dans le cas de cataracte , peut donner lieu à une double incertitude. Car, pour tirer une juste conclusion de l’expérience dont il s’agit ici, il faudroit savoir, i°. si l’œil du malade étoit susceptible de l’impression galvanique , avant qu’il eût perdu la vue ; 2°. si la privation d’excitabilité , après la perte de la vue , dépend d’un vice de la rétine et du nerf optique , ou d’une circonstance co-existante et accidentelle , telle qu’une affection du second rameau de la cinquième paire.

Un avantage très-important pour les anatomistes et les physiologistes , que procure le galvanisme , c’est celui de fournir le moyen sûr de distinguer les nerfs des autres organes , et sur-tout des vaisseaux. Humboldt croit que la chirurgie doit, au moins pour sa partie théorique, trouver

de grands avantages dans ce moyen ; ce qui est probable. Un autre avantage non moins précieux, qu’on tire des expériences galvaniques , c’est d’avoir une manière de calculer le degré d’excitabilité d’un nerf ou d’un muscle. Humboldt est persuadé que la doctrine du galvanisme ne répandra jamais plus de lumière sur la médecine pratique , que lorsqu’on étudiera cette doctrine sous ce point de vue.

Le galvanisme seul ne suffit pas , sans doute , pour nous conduire dans le labyrinthe inextricable des phénomènes , suite des changemens qu’éprouvent nos organes dans leur excitabilité , changemens dont la rapidité plus ou moins grande échappe à notre observation ; mais le galvanisme, s’il ne nous éclaire pas, nous fournira au moins un point d’appui. « Toutes les expériences que j’ai faites à ce sujet, dit en finissant Humboldt , tous les faits rapportés , qui nous conduisent aux observations les plus importantes sur la matière médicale et sur les procédés chimiques vitaux , auroient été à jamais perdus pour moi , sans les expériences sur l’état des nerfs , à l’aide de l’irritation métallique. »

Cette lettre de Humboldt est, sans contredit, pleine d’idées neuves et intéressantes, et même de vues ingénieuses. Mais il y a difFérens points que l’auteur ne fait qu’indiquer ? et sur lesquels

Ce 4

cependant on desireroit des éclaircissemens. Humboldt les suppose suffisamment connus : ils peuvent 1 etie en effet pour ceux qui ont lu le détail de ses expériences sur L irritation de La fibre musculeuse et nerveuse , dans un ouvrage qui a été traduit en allemand (an 7), et dont la connoissance est indispensable a tous ceux qui s’occupent des fonctions de l’économie animale.

§. VI. Dans une note sur le traitement des paralysies , par le galvanisme , insérée dans le journal de physique (floréal an IX, p. 391 ) , il est dit qu’on a écrit de Eerlin, que le docteur Grapengiesser ( dont nous avons rapporté les expériences curieuses, chap. XIII, dans l’extrait de l’ouvrage üHumboldt) , et le professeur Hers ont appliqué avec succès le galvanisme au traitement des maladies qui sont une suite de la paralysie ou de l’afFoiblissement des nerfs d’une partie , ainsi que dans la surdité , et qu’ils ont employé les piles galvaniques.

Cette note , alors presque insignifiante, devient très-intéressante, depuis l’ouvrage que M. Grapengiesser a publié en allemand , à Berlin , sur l’emploi du galvanisme dans le traitement des maladies (1), et dont nous allons placer ici

(1) Le titre est : Versuchc den galvanismus tpir heilung tiniger krankheiten amptwenden anges tell t and bcschrieben von

l’analyse , que le C. Jadelot a bien voulu faire, à notre prière. La voici , telle qu’il l’a rédigée.

Analyse, de Cessai sur C emploi du galvanisme dans le traitement de quelques maladies , par C. J. C . Gra pengiesser , docteur en médecine et en chirurgie. M. Grapengiesscr , ami et collaborateur de Humholdt , a reuni à ses propres observations, sur l’usage du galvanisme dans le traitement des maladies , celles de plusieurs autres médecins. Il lui a paru convenable de les faire précéder de la description succincte de la pile de V olta , de recherches sur son action dans l’économie animale , et de la comparaison des effets galvaniques avec ceux de l’electricité ordinaire (1).

C. J. C. Grapengiesser der arpidikundt und wundarpidikunst doctor , avec planches, Berlin 1801. C’est ainsi que cet ouvrage est annoncé dans le Journal de littérature étrangère, IIe. année, n°. 3, page 105. Le rédacteur nous apprend que le D. Augustin , à Berlin , avoit publié une histoire du galvanisme , dans laquelle il rend compte des expériences des différens auteurs qui ont écrit sur ce sujet , et de celles que Grapengiesser a faites, pour connoître l’effet que produit le galvanisme dans les maladies ; mais que ce dernier ayant trouvé incomplettes et peu conformes à la vérité , les citations du D. Augustin , il a pris le parti de les publier lui-même, et d’yen ajouter quelques autres , faites par les DÛ. Fliers et Vodker , à Berlin.

(1) Comme nous avons déjà donné cette description.

L’auteur remarque que les piles composées de zmc et or ou argent , sont les plus énergiques , mais que leur action , très-irrégulière , doit les taire bannir de l’usage médical; que celles qui sont composées de zinc et cuivre , leur sont prélerables , parce que leur action , quoique plus fioible, est plus sure et plus constante.

L’une des extrémités de la pile est désignée sous le nom de pôle. %inc , l’autre sous celui de pôle cuivre , et il est reconnu que l’électricité du premier est positive , que celle du second est négative ? qu’ils excitent l’un une saveur acide et une lueur rougeâtre , l’autre une saveur alcaline et une lueur bleuâtre.

Humboldt et Volta avoient remarqué , dans la dissection d’organes séparés d’animaux vivans , que le galvanisme est un moyen avantageux pour reconnoître les nerfs dans leur tissu; M. Grapengiesser assure que ce moyen peut aussi servir à indiquer les distributions des nerfs superficiels , par exemple ? de ceux du nez et d’une partie du reste de la face , en plaçant une des extrémités de la chaîne galvanique sur la membrane nazale, et l’autre sur quelque point de la peau qui recouvre le nerf

à l’article des travaux de Volta, chap. IX et XVIII de cette histoire } il est inutile de la répéter ici.

frontal. Volta avoit déjà annoncé , et Humboldt a depuis écrit d’Amérique , que le phénomène de la torpille semble être un effet galvanique ; Fauteur conclut de ces diverses considérations, que, dans les animaux vivans , les nerfs sont de trèsbons conducteurs du galvanisme ; que cet agent influe sur eux d’une manière fort analogue à l’électricité ; que cependant il semble pénétrer plus profondément dans leur tissu, et y exercer une action plus durable et plus locale ; qu’en conséquence , il paroît être très-stimulant , et propre à déterminer Faction nerveuse , même dans les cas de foiblesse de ce système , et de paralysie , où l’électricité ordinaire est inutile.

L’auteur développe ensuite les causes des nombreuses variétés qui se remarquent dans les effets , soit de l’appareil galvanique simple , soit de la pile pourvue de conducteurs, qu’il désigne sous le nom de batterie : ces variétés tiennent à la nature des pôles , à l’ordre dans lequel la chaîne est établie , au point de son étendue , par lequel on en détruit la continuité , à la durée de l’application galvanique, et bien plus encore, à la constitution et même à l’état instantané des nerfs dans chaque individu.

Qu’on prenne une plaque de zinc et une plaque d’argent , que chacune soit mise en contact avec une plaie de vésicatoire ; la plaie correspondante

au zinc cessera la première de fournir de la sérosité, et il s y formera bientôt une escarre.

Si 1 on porte un doigt mouillé sur le pôle zinc d une batterie , on y éprouve , la chaîne étant fermee , une sensation semblable à celle que cause un coup porte sur le nerf cubital ; le même doigt , piace sur le pôle argent, fait éprouver une sensation semblable à celle qui accompagne lin gonflement inflammatoire.

Si 1 on adapte aux deux conduits auditifs , les conducteurs d’une batterie , celui du pôle zinc excite un fort ébranlement dans l’organe auquel il correspond , avec des irradiations marquées et un bourdonnement ; l’autre occasionne une douleur pungitive.

Le conducteur du pôle zinc répondant à la membrane des narines , et la main mouillée étant placée à l’autre pôle, on éprouve dans le nez une douleur lancinante insupportable , et une forte envie d’éternuer. Le bout de l’autre conducteur, substitué au premier dans les narines , fait éprouver une douleur pungitive..

Le pôle zinc excite aussi , sur les organes de la vue et du goût , des irritations bien plus fortes que le pôle argent; et il en est ainsi, non seulement à l’instant où l’on complette les chaînes , mais même pendant toute la durée de leur action . Lors de leur rupture, on remarque des effets inverses :

l’impression la plus vive se fait sentir , dans ce moment , vers le pôle argent , mais instantanément , et sans effacer, comme Richter l’avoit prétendu , la sensation excitée auparavant , du côté du zinc. Par exemple , il arrive souvent que le bourdonnement se prolonge , quand l’application galvanique a cessé , et il n’est pas rare de ressentir , quelques heures après , sur-tout le soir, au moment de s’endormir , le retour des diverses impressions que cette action avoit occasionnées, et particulièrement celle de l’éclair dans les yeux.

On remarque aussi , dans la nature et les degrés des commotions galvaniques , et des impressions qui leur succèdent , des variétés relatives aux points de la chaîne par lesquels on la complexe ou on la rompt; pour remédier à l’inexcitabilité qui résulte , dans les nerfs , de l’application continuée du même appareil galvanique, il suffit d’intervertir l’ordre des pièces qui composent la chaîne ; enfin , les conditions relatives aux

tempéramens et à l’état des nerfs, donnent lieu à des nuances tellement variées , dans les phénomènes dont il s’agit , qu’on ne peut en former le tableau; mais ces nuances ne méritent pas moins toute l’attention des médecins.

Après ces considérations sur l’action galvanique çt sur ses principales modifications, considérations

oui servent de préliminaires à leur application aii ti alternent des maladies, M. Grapengiessir passe à 1 indication de celles dans lesquelles on peut recourir au galvanisme. Selon lui, il peut être utile, i°. dans les paralysies des extrémités, dues à la foiblesse ou a la cessation de l’action nerveuse , et meme dans celles primitivement déterminées par d autres causes ; par exemple , par la compression du cerveau, ou par la répercussion d’une affection exanthématique , ou par une affection rhumatismale , quand ces causes ont été avantageusement combattues par les moyens usités.

2°. Le galvanisme est indiqué dans la foiblesse de la vue et dans la goutte sereine , dues uniquement à finexcitabilité du nerf optique ; mais on conçoit combien il est essentiel de bien s’assurer de la nature de ces dérangemens de l’organe de la vue , avant d’employer un moyen aussi irritant.

3°. Il convient dans les difficultés d’entendre et les surdités dépendantes de l’affoiblissement nerveux , ce qu’il est toujours aussi important que difficile quelquefois à constater , et dans certains bourdonnemens des oreilles. L’auteur avertit que ce dernier symptôme , qui survient assez souvent par l’application galvanique , n’a pas d’inconvénient, quand il cesse avec elle, mais qu’il est de mauvais augure , quand il se prolonge plusieurs heures après ; que cette application

produit, dans quelques cas, des effets semblables à l’eau qui bout, au bruit du vent, des cloches, ou à celui du chant très-fort d’un oiseau.

4°. Le galvanisme paroît encore convenir dans l’enrouement et l’aphonie , qui consistent dans le défaut d’actiôn nerveuse : s’ils succèdent à une inflammation , ou à la fatigue occasionnée par le chant , par des cris , il suffit d’appliquer la batterie, ou même l’appareil simple, sur la peau mouillée ; mais s’ils ont paru à la suite d’affections catarrhales , exanthématiques , rhumatisantes, arthritiques ou vénériennes , le moyen préférable est d’appliquer sur des plaies de vésicatoires l’appareil le plus simple : il agit , à la vérité, moins fortement ; mais il a l’avantage de pouvoir être supporté plus long-temps par les malades , ce qui est nécessaire alors. L’auteur ajoute que les maladies du larynx , dues à une affection lymphatique, comporteroient aussi Tusage du galvanisme , comme résolutif; mais qu’il seroit toujours essentiel d’employer en même-temps les remèdes généraux indiqués par les circonstances.

50. Le même moyen convient certainement dans la paralysie du sphincter de l’anus et de celui de la vessie.

6°. N’agiroit-il pas utilement dans l’asphyxie, qu’on peut regarder comme une paralysie momentanée ? Humboldt a fait des expériences sur

>fi6 HISTOIRE

cet objet, avec l’appareil simple : n’est-il pas évident qu’on obtiendroit, avec la pile de Voltay des effets bien plus prononcés.

M. Grapmgusser imagine que le galvanisme seroit aussi employé avec succès , comme résolutif, dans certaines sciatiques chroniques, dans les tumeurs blanches des articulations , dans le goëtre , dans le mélicéris et l’athérôme commençants. Il dit même en avoir retiré quelque avantage , dans un cas de métastase avec inflammation, à l’articulation du coude et à celle de la cuisse ; mais il regarde principalement le galvanisme , qui est toujours un stimulant énergique des forces vitales , comme» un moyen puissant à mettre en usage , au moins comme auxiliaire , dans le traitement de beaucoup de maladies du système nerveux ; d’ailleurs, appliqué sur des vésicatoires , il agit aussi fortement , comme dérivatif.

Après avoir offert le tableau des maladies dans lesquelles il croit le galvanisme convenable, l’auteur décrit les différentes sortes d’application qu’on en doit faire , selon la nature et le siège de chacune d’elles : il préfère, dans presque tous les cas , la batterie à l’appareil simple , comme agissant plus énergiquement.

Dans la paralysie des extrémités , il place les conducteurs, ou sur la peau seulement mouillée,

ou

ou sur la peau dénudée par des vésicatoires ; de façon que celui du pôle zinc réponde au tronc nerveux, et que celui de l’autre pôle réponde à ses principales ramifications L’expérience lui a appris que cette disposition des conducteurs est la plus avantageuse , et que dans certains cas , la paralysie a éteint l’excitabilité à un point tel’ quon est obligé d’employer une pile de 150 couches , pour obtenir quelque effet.

Quand on applique les conducteurs sur la peau mouillée , 1 effet constant de l’action galvanique un peu prolongée, est d’augmenter la secrétion de la sérosité sur les plaies , ou de déterminer sur la peau une dépression rouge, de laquelle '[ ne coule pas de sang , et où il se forme assez vite une escarre : dans tous les cas , cette application excite considérablement les forces vitales, et augmente la chaleur locale.

A raison de la sympathie qui existe entre le nerf nazal et le nerf optique , pour stimuler ce dernier dans raffoiblissement de la vue et dans la goutte sereine , on dispose la batterie de manièie , que le conducteur du pôle cuivre se trouve en contact avec la membrane des narines , et que celui du pôle zinc réponde à une partie mouillée ou dénudée de la peau qui recouvre le trajet du nerf frontal. Il est à remarquer que la lame métallique terminant l’un des conducteurs

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4ï8 HISTOIRE

appliquée sur la membrane nazale, y occasionne bientôt une excoriation et une sensation insupportables. Quand cet inconvénient a lieu , on porte le conducteur sur la mâchoire supérieure, près des dents molaires ; mais quelquefois il y cause encore de si vives douleurs , qu’on est obligé de l’appliquer enfin sur la peau mouillée de la joue, ayant soin de varier très-fréquemment ses points de contact avec elle.

La manière la plus sûre d’irriter le nerf optique , consiste à placer le bouton qui termine le conducteur du pôle cuivre , et encore mieux celui du pôle zinc , sur la cornée qui , avec les humeurs de l’œil , transmet, comme substance humide et conductrice , l’irritation jusqu'à la rétine. Il est vrai que ce mode d’application exige les plus grandes précautions , parce qu’en stimulant extrêmement fort l’organe , il excite une abondante secrétion des larmes , et occasionne quelquefois une rougeur très-vive à la conjonctive , et même , dans l’oreille , une douleur insupportable; mais souvent il détermine des contractions dans l’iris , qui restoit tout-à-fait immobile auparavant.

Dans les maladies de l’organe de l’ouïe , si l’on sé propose de soumettre les deux oreilles à l’action galvanique , on adapte à l’extrémité de chacun des conducteurs une tige métallique ,

DU GALVANISME. 4i9

contenue dans un tube de verre , et dont l’extrémité courbée , pourvue d’un bouton , et dépassant celle du tube , s’introduit , enveloppée de linge , dans les conduits auditifs : on laisse ces tiges en place pendant quelques minutes, une ou deux fois par jour , de manière que le conducteur du pôle zinc réponde à l’oreille la plus insensible. Les nerfs acoustiques sont ainsi très-irrités ; on croit entendre un bruit plus ou moins fort : l’irritation s’étend même quelquefois jusqu’au nerf optique.

On peut aussi appliquer, sur la peau dénudée, des vésicatoires situés derrière les oreilles, des plaques de deux ou trois centimètres d’étendue , l’une de zinc et l’autre d’argent , unies ensemble par une chaîne d’or et d’argent. On fixe ces plaques avec un ruban , et on les laisse en place pendant plusieurs heures : leur effet constant est de déterminer l’écoulement de beaucoup de sérosité , et de donner lieu , du côté du zinc , à la formation d’une escarre, dont on aide la chute par les moyens appropriés, pour renouveler ensuite, selon l’avis de l’auteur, les mêmes applications. Il arrive quelquefois que l’ouïe se rétablit pendant le séjour des plaques sur la peau; mais l’auteur convient que cet effet est rarement durable.

Quand il ne s’agit d’exciter l’action galvanique que sur une oreille , on n’ajuste que de ce côté

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la tige du conducteur qui vient d’être décrite , et pour completter la chaîne, il suffit de porter la main mouillée à l’autre pôle de la pile , ou de faire repondre le second conducteur à un vésicatoire derrière l’oreille malade ; ou mieux encore , on porte , derrière le voile du palais , sur la trompe d’hustache , le second conducteur termine par la tige précédemment indiquée. Ce mode d’application sur une seule oreille, est le plus énergique , et il est toujours sans inconvénient.

Pour employer le galvanisme dans la paralysie de la vessie , le conducteur du pôle zinc doit se placer, chez les hommes, dans le rectum, chez les femmes , dans le vagin ; et celui de l’autre pôle doit répondre à un vésicatoire situé au-dessus du pubis.

Dans l’enrouement, l’aphonie ancienne, les engorgemens lymphatiques , le goëtre , le rhumatisme chronique, on met en usage, selon les circonstances, l’appareil simple ou la batterie, avec ou sans vésicatoire.

§. VII. Observations du C. Lebouvyer- Desmortiers , sur le danger du galvanisme dans le traitement des maladies. Ce physicien , membre de la société des Observateurs de l’homme , a lu , dans la séance du 28 floréal an 9, de cette société, les observations dont est question. En voici l’extrait , tel

DU GALVANISME, 42t

qu’il se trouve dans le journal de physique (i),

« A peine , dit l’auteur , savons -nous monter l’appareil du galvanisme , et lorsque nous ignorons encore la nature de cet agent extraordinaire , nous le portons hardiment dans le système animal, sans prévoir les desordres qu’il peut y introduire , et par conséquent sans connoître les moyens d’y remédier. On sait que le galvanisme réduit promptement en gelée les parties musculeuses et tendineuses , qu il décomposé avec une énergie singulière les liqueurs animales. Les personnes qui se soumettent à son action un peu forte , ou prolongée , éprouvent différentes indispositions plus ou moins vives , plus ou moins durables , selon leur divers tempérament, il est donc de la prudence , avant de l’appliquer au corps vivant, de chercher à connoître, par la voie de 1 expérience , quelles alterations il peut causer dans les différens principes de la vie. » C’est ce que le C. Bouvytr s’est proposé d’examiner par

des expenences particulières sur l’urine et sur la bile.

Il observe que plus les liqueurs soumises au galvanisme sont composées , plus l’action et la reaction de leurs principes sur les métaux , et de ceux-ci sur elles , sont considérables. Ainsi l’eau'

(i) Prairial an 9, page 467.

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salée est plus active que l’eau pure , Purine plus que Peau salée, et la bile plus que Purine. Le dégagement du gaz se fait avec une telle rapidité , qu’il sort par élancemens , en forme de fusée , et présente à l’œil des corpuscules alongés , qui semblent de nature fibreuse , comme appartenant au corps muqueux , amassé en grande quantité dans cette liqueur. Comme la bile agit fortement sur les métaux , il se fait un précipité très-abondant , que l’auteur décrit avec précision , ainsi que la manière dont il se comporte au chalumeau.

Le galvanisme change la couleur et la pesanteur des liqueurs animales , suivant l’extrémité de la colonne avec laquelle elles sont en communication. Nous ne pouvons "qu’indiquer ces résultats intéressans , disent les rédacteurs du Journal de physique, les observations du C. Bouvycr devant bientôt paraître , dans le premier volume des Mémoires de la société des observateurs de l’homme.

L’auteur nous apprend que, s’étant appliqué deux fois sur les tempes les conducteurs galvaniques, il ressentit deux fortes commotions, précédées chacune d’un éclair très-vif. « A la suite de ces •commotions, je m’apperçus , dit- il , que mes yeux, qui habituellement sont très-fatigués , et dans lesquels je sens presque toujours de la chaleur et des

DU GALVANISME. 423 tiraillemens, n’éprouvoient plus ces petites incommodités. Mais cette espèce de guérison subite ne dura guère , et fut bientôt suivie d’une sorte d’étourdissement , d’un léger mal de tête qui ne se dissipa qu’à la fin de la journée, »

L’auteur , que des occupations d’une nature toute différente empêchoient pour le moment (il écrivoit en l’an 9) de continuer ses observations , a cru devoir les communiquer auxsavans, quelque imparfaites quelles soient ; «heureux, dit-il, d’apporter quelques légers matériaux pour l’édifice de la science , aux pieds de tant d’hommes célèbres qui la perfectionnent sans cesse , et la font principalement servir au soulagement de l'humanité souffrante. »

Ces matériaux du C, Bouvyer-des-Morütrs , sont effectivement bien légers , et ne remplissent nullement le cadre qu’il avoit annoncé dans son titre , à en juger du moins par l’extrait que nous venons de transcrire. 11 s'en faut bien que l’expérience qu’il cite, prouve le danger du galvanisme ; elle manque des détails nécessaires pour faire autorité contre le moyen proposé. Au surplus , il faut attendre la publication du mémoire en entier , qui n’a pas encore paru.

Le même C. Bouvytr a écrit de Nantes (ijf,

(1) Vçyc ^ le Journal des débats > du 6 thermidor an 9.

424 HI-STOIRE

qu’il a commencé à soumettre à l’action du galvanisme le calcul urinaire. Un gravier rond , très-dur , et pesant un grain , a été totalement dissous en vingt-quatre heures. Dans un temps égal , un fragment de calcul , aussi très-dur , et pesant cinq grains, a perdu environ le cinquième de son poids. Ces expenences ont été faites en picsence des CC. Gerber , médecin , et Baca , chirurgien, qui jouissent à Nantes d’une réputation distinguée.

§• VIII. Extrait (Tune lettre adressée au clt. Husson , médecin , attacne a la bibliothèque de l' école de médecine de P aris : cette lettre est du cit. Oppermann , étudiant en médecine a Paris , et datée de Reims le 28 ventôse an X ,

« Au moment, dit-il, oii j’ai reçu votre lettre , j’avois encore l’espérance que mon pere , s’il ne pouvoit recouvrer l’usage entier des parties paralysées , du moins recouvreroit la voix , parce que je me propdsois alors de faire construire une colonne de Volt a. Je l’ai fait construire en effet (1), et le premier essai en a été fait

(r) «Les plaques de zinc furent soudées avec celles de Aiivre, et j’interposai entre chacune de ces plaques ainsi doublées , un morceau d’étoffe. La plaque supérieure étoit hérissée , au centre, d’aiguilles de cuivre, et garnie, à la.

DU GALVANISME. 4i5

le 9 cle ce mois au matin. Elle ne m’a offert d’abord presque aucun résultat, sur-tout vers le côté paralysé de la langue : mais le soir, après avoir mis la colonne dans sa boîte de fer-blanc , et celle-ci dans une cuvette remplie d’eau , j’ai placé les extrémités des doigts du bras paralysé dans l’eau de la cuvette ; et , au moyen d’un conducteur en argent , ]’ai donné quelques étincelles sur le côté de la langue non paralysé. Je n ai eu presque aucun effet des premières étincelles , mais bientôt j ai ete assez étonné de voir les doigts paralysés se mouvoir, et la langue se retirer de l’extremité du conducteur avec beaucoup de vîtessç. Enhardi par ce premier succès , j’ai placé l’extrémité du conducteur du côté parabsé de la langue ; d’abord je n’ai eu aucun résultat, mais bientôt aussi ce côté sentit les étincelles , et les doigts firent encore quelques mouvemens. »

« Le lendemain io, je recommençai l’expérience, la colonne étant placée dans l’eau. Le succès fut plus grand que celui de la première

cii conférence, de petites aspérités du même métal. Cette disposition m a paru beaucoup plus convenable à la production des étincelles , et par conséquent à l’effet que je-

desirois produire, que si la surface de la plaque supérieure eût été plane. »

expérience. Les muscles du bras paralysé se contractèrent avec assez de force, et la langue du côté paralysé montra qu’elle étoit très-sensible à l’effet de la machine. »

« Le soir je répétai la même expérience , et je l’exécutai ensuite sur le pied du membre abdominal paralysé. Je le plaçai pour cela dans l’eau de la cuvette, et j’établis, au moyen d’un conducteur en fer , des rapports entre la colonne et la langue. Cettè nouvelle expérience a réussi parfaitement. »

« Le 1 1 , je résolus de faire contracter les muscles de la face du côté paralysé. Pour y parvenir, je plaçai l’extrémité .du conducteur sur les régions de la face , correspondantes au trajet des nerfs facial , sous-orbitaire et mentonnier. Tout réussit comme je l’avois espéré, et les muscles se contractèrent avec tant de forçe , qu’ils causèrent beaucoup de douleur. »

« L’expérience fut faite aussi en appliquant l'extrémité du conducteur sur les ulcères des vésicatoires placés sur les parties affectées. Le succès en fut très-grand. J’ai remarqué aussi , depuis que j’ai commencé les expériences galvaniques, que les ulcères des vésicatoires appliqués aux quatre membres, suppurent fort bien, et que l’on n’a plus besoin, comme avant, de les ranimer tous les jours. »

« Le 12 et le 13, j’ai continué les mêmes expériences , qui m’ont donné le meme effet. Malgré leur succès, je n’ose conclure que celles que je ferai encore suffiront pour détruire, en grande partie, la maladie, parce qu’elle a été trop violente , lors de son invasion. D’ailleurs , lorsque l’on a cessé les expériences , les parties paralysées rentrent dans le même état ou elles étoient avant l’application du galvanisme, et elles restent alors sans mouvement. Du côté de la langue , ou j’espérois le plus , je n’ai rien gagné. »

«J’ai repris, le 14, les expériences qui ont été continuées chaque jour exactement, jusqu’au 28. Le malade éprouvoit les plus vives douleurs, lorsqu’on dirigeoit l’extrémité du conducteur sur les ulcères des vésicatoires : alors aussi les muscles entroient dans une contraction assez violente ; le membre abdominal étoit même soulevé. Ce dernier phénomène avoit également lieu , si , la main étant dans l’eau , on appliquoit l’extrémité du conducteur sur le nerf facial. »

« En général, la sensibilité est revenue à son état naturel ; peut-être même est-elle exaltée. Les muscles ont gagné du côté de la contractilité , dans le membre abdominal seulement ; la progression se fait plus aisément ; le malade commence à se soutenir sur ses jambes , et j’ai lieu

d espérer que l’emploi sagement combiné de la nouvelle électricité galvanique , pourra contribuer à rendre an bras et a l’avant-bras paralysés , une partie du mouvement. »

« Je ne dois pas vous laisser ignorer que , dans les premiers jours de la maladie, la bouche étoit absolument de travers , que la làngue étoit tirée vers la commissure gauche des lèvres , et que le côté droit de la face étoit flasque et sans énergie. Depuis les expériences , la face est dans son état naturel , la langue dans sa position ordinaire , et le malade a déjà articulé quelques mots. »

« Je termine ma lettre par la remarque que le cuivre de ma colonne s’est considérablement oxide ; je vous dirai aussi que les effets galvaniques ont toujours ete en raison inverse de cette oxidation : ainsi, chaque jour, après avoir désoxide mes plaques avec une lessive alcaline, les

commotions etoient plus fortes le matin que le soir. »

« L eau dans laquelle plongeoit ma colonne , a été d’abord pure , puis saturée de muriate de soude , et enfin de muriate d’ammoniaque. Les effets galvaniques ont été plus sensibles par l’eau saturée de ce dernier sel , que par l’eau saturée de muriate de soude , et plus par cette dernière , que par l’eau pure. »

Cette lettre contient des détails très-curieux >

DU GALVANISME. 4i9

et même très-satisfaisans , sur le traitement de la paralysie par la pile galvanique; la manière dont le C. Oppermann a fait construire celle qu’il a employée , prouve son génie industrieux. Aussi a-t-il eu* un succès qui surpasse ceux obtenus jusqu’ici par le même moyen , dans le traitement de la meme maladie. Tous les amis de l’humanité se joindront à moi pour témoigner aux citoyens Oppermann et Husson les remerciemens qu’ils méritent, et leur sauront gré d’avoir publié cette observation.

S* IX. Résumé sur le nouveau moyen curatif , tire de l application du galvanisme. D’après tout ce qui vient d’etre dit, on est contraint d’avouer que cette application n’a eu encore que des succès peu concluans en sa faveur, dans le traitement des maladies. On a vu plus haut que M. Creve dit s’en être servi avec quelque succès , pour distinguer la mort vraie de la mort apparente, ou de l’asphyxie. M. Hum boldt , dans sa lettre a M. Loder , a combattu avec assez d avantage 1 opinion de Creve , et a prouvé qu’il pouvoit exister une mort partielle dans un des muscles qu’il a désigné , sans que le reste du corps y prit part , que la susceptibilité pour le stimulus méchanique peut être anéantie , sans que l’irritabilité soit en général

épuisée; enfin, que le stimulus galvanique, appliqué de la manière qu’il décrit , n’est pas le stimulus le plus fort que nous connoissions : car l’électricité de la bouteille de Leyde, et la pile galvanique , agissent avec encore plus de force ; ce qui rend la méthode de M. Creve un peu douteuse.

On a encore vu que M. Pfajf a aussi proposé le stimulus galvanique dans quelques maladies , spécialement dans la paralysie du nerf optique. Comme il y a quelquefois complication de la cataracte avec l’amaurosis, dont les caractères ne sont pas toujours certains et évidens, il a conseillé d’employer le stimulus galvanique, qui est un moyen de lever les doutes. Si, , dans le cas de cataracte , ou la complication avec l’amaurosis n’est pas manifeste, l’application de deux excitateurs différens, d’après le procédé connu, ne produit pas de sensation particulière dans l’œil, il est plus que probable qu’il y a en même temps amaurosis : dans le cas contraire , on peut juger que cette dernière maladie n’existe pas.

Mais c’est sur-tout M. HumboLdt qui a enrichi son ouvrage (i) de quelques applications trèsjudicieuses à la physiologie, à la pathologie et

Voyez l’extrait que nous en avons donné, chap.

à la thérapeutique. Il a montré que le stimulus galvanique influe considérablement sur les sécrétions , les altère d’une manière très-remarquable , et qu’il peut , sous ce rapport , être employé comme un stimulus opposé, pour corriger des secrétions perverties. Il a rendu sensible , par ses expériences , une espèce d’atmosphère autour des nerfs , laquelle est attestée par beaucoup d’autres phénomènes. Enfin il est parvenu , par l’administration d’une sorte de lavement galvanique , en établissant une communication entre la bouche et l’anus, avec du zinc et de l’argent, à rappeler à la vie de petits oiseaux frappés d’une mort apparente.

Sans doute le galvanisme n’est pas assez puissant pour ressusciter les morts : peut-être lui trouverat-on au moins la vertu de faire découvrir les signes d’une vie encore existante, chez l’homme , lorsque tout semble annoncer une mort certaine ? Cette espèce de miracle peut être attribuée au galvanisme, si l’on en croit l’auteur d’une lettre insérée dans le Journal de Paris , du 5 vendémiaire an 9. M. Ver^y , après avoir déploré l’horrible abus d’enterrer trop promptement, après avoir cherché à réveiller l’attention publique sur les dangers qui en sont inséparables , dit : « Dès les premiers » instans de sa découverte , j e vis que le galvanisme » pouvoit fournir un moyen des plus faciles pour

» garantir chaque individii du plus horrible des » supplices. Il suffiroit pour cela d’introduire , » d’abord légèrement , dans quelque partie mus- » ciliaire , les pointes aiguës d’un excitateur gai- » vanique : on pourroit ensuite les enfoncer de » plus en plus , s’il ne se manifestoit aucun reste » de vitalité. J’ai différé jusqu’à présent, ajoute » M. V iriy , de publier cette idée , dans la triste » certitude oii jé suis que , malgré tous les avan- » tages et la facilité de son exécution , elle aura » le sort de mille autres propositions utiles ».

Cela pourroit bien être ; car celle de M. Ver {y n’a pas autant d’avantage qu’il le croit , et le moyen qu’il indique n’est pas aussi efficace qu’il le prétend. On n’a pas encore été à même d’observer , sur les parties de l’homme , dépourvues de tout sentiment , de tout mouvement , les mêmes effets qu’on a apperçus sur celles de certains animaux dans Un semblable état ; il est même plus que probable , d’après la connoissance exacte qu’on a de la structure des premières , que les expériences galvaniques tentées sur ces parties, ne donneroient pas les mêmes résultats qu’elles donnent sur celles des animaux. Pourquoi d’ailleurs avoir recours à un moyen incertain pour s’assurer de la certitude de la mort , lorsque l’on en a de plus certains, de plus efficaces, et qui, lorsqu’on les emploie , ne laissent plus de doute ?

I) U G A L V A N I S Al E. 433

§. X. Le C. Famin , frappé du danger que peuvent courir certaines personnes peu versées dans l’exercice des expériences galvaniques , a cru devoir consigner , dans le Journal de Paris du 6 vendémiaire an 9 , une observation essentielle , relative à ces expériences. Il prétend qu’il ne faut les répéter qu’avec précaution, et attendre que l’Ecole de médecine , qui s’en occupe , ait donné son opinion sur la cause des effets singuliers que produit le galvanisme. Il dit avoir traité avec succès plusieurs malades , par le moyen de l'électricité , mais qu’ilatrès-rarementemployélescommotions.Celles du galvanisme lui paroissent pour le moins aussi dangereuses , et voici comme il le prouve. « On » sait, dit-il, que si l’on pose une pièce d’argent » au bas des gencives inférieures, et une pièce » de zinc au haut des gencives supérieures , on » voit des éclairs phosphoriques , toutes les fois » qu’on met ces deux pièces en contact. Hé bien ! » un jeune homme, à qui jemontrois cette ex- » périence , et qui l’a répétée plusieurs fois de » suite sur lui-même, a eu pendant 24 heures les » mâchoires si affaiblies , qu’il ne mangeoit qu’a- » vec peine , et qu’il lui sembloit que toutes ses » dents remuoient dans leurs alvéoles. Il est bien » sûr , d’après cette expérience , une des plus » simples du galvanisme, qu’une forte commo- » tion , produite par des piles de zinc et d’argent, IIe, Partie. E e

» peut être suivie de quelques effets funestes, » sur-tout chez les personnes dont le genre ner- » veux est très-sensible et très-irritable. »

§. XI. On lit encore dans plusieurs journaux (i) que la gazette suisse a donné la relation de l’effet produit , par les procédés galvaniques , sur une, jeune fille de Bâle , épileptique , sourde et muette, et qui , dit-on , après quelques séances, a recouvré rouie et la parole. On pourrait répondre : propos de galette; mais le mot recouvré faisant entendre que , chez cette fille , les facultés , dont il est question , n’étoient que suspendues , l’effet , s’il a eu lieu , est bien moins surprenant.

Ces prétendues cures , consignées dans des journaux, dans des gazettes , d’après des lettres anonymes, et sur la foi d’auteurs qu’on ne cite pas, ne peuvent inspirer aucune confiance à l’homme de l’art , qui ne doit porter son jugement que sur des faits authentiques , bien détaillés , et avoués par la raison. Quand il s’agit des sciences, et sur-tout de celle de la médecine , il faut que les preuves qu’on allègue , les observations qu’on rapporte à l’appui , ne contiennent rien d’obscur , rien

(i) Et notamment dans celui de Paris , du 21 nivôse RII 10.

DU GALVANISME. 435 qui répugne à la théorie et à l’expérience. Sont-ce là les qualités qui caractérisent la plupart des faits cités dans les journaux, relativement aux guérisons attribuées au galvanisme ? Non sans doute: presque par-tout ce sont des oui-dires , comme dans ce que nous venons de transcrire , tiré de la Gazette suisse , comme dans ce qu’on lit (Journal de Paris du 27 ventôse de cette année ) , et qui , à bien des égards , mérite d’être relevé , sans que nos reproches puissent tomber sur le rédacteur du journal.

« Il y a près d un an , dit un anonyme , ou si l’on veut un sourd , suivant la signature, que les journaux nous ont entretenu de cures surprenantes , opérées à Berlin , par le moyen du galvanisme, sur des personnes attaquées de surdité; plus récemment encore , des lettres d’Eutin en Holstein et de la Suisse , annoncent que des médecins y ont obtenu les résultats les plus favorables , par le moyen de ce nouveau fluide. Il est bien étonnant qu’en France, et sur- tout à Paris, qui est le centre des sciences, on ne se soit pas encore occupe ( du moins les journaux n’en ont pas encore fait mention ) d’une découverte si précieuse à l’humanité , et qui pourroit rendre a la société une foule de malheureux qui gémissent de ne pouvoir jouir de ses avantages... Si quelques médecins de Paris se sont déjà

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occupés de ce nouveau traitement , et qu’ils aient obtenu quelques résultats satisfaisans , ils sont priés de se faire connoître , soit par la voie de ce journal , soit en envoyant leur nom et leur adresse au rédacteur. J’irai alors volontiers m’offrir à eux pour faire une nouvelle épreuve du galvanisme , qui paroît avoir eu de si grands succès dans les pays étrangers. »

Cet article n’est rien moins qu’exact. D’abord , sa fin a l’air d’un persiflage sur les médecins de Paris , qui ne mérite pas de réponse. Ensuite , si l’anonyme parle sérieusement , il est peu instruit, quand il avance qu’à Paris on ne s’est pas encore occupé de l’application du galvanisme au traitement des maladies, et qu’aucun journal n’en a fait mention. S’il eût consulté le Bulletin de la société philomatique , et le Journal de médecine , oii sont détaillées les expériences intéressantes tentées à ce sujet, à l’Ecole de médecine, par le professeur H allé 9 et par le C. Thillaye , expériences que j’ai rapportées ci-dessus; s’il eût connu tout ce que nous venons d’exposer dans ce chapitre , il eût été plus réservé dans ses assertions. Il est vrai que le professeur Halle a décrit simplement ce qu’il a fait , ce qui en est résulté , et qu’il s’est bien gardé d’annoncer des succès qui ne sont pas constans , dont le temps seul peut assmer l’efficacité et la durée , et démontrer dans les

phénomènes galvaniques un nouveau moyen de combattre les maladies. Ce seroit sans doute un grand bonheur pour l’humanité, si, comme le dit l’anonyme, cette découverte pouvoit rendre d La société une foule de malheureux , qui gémissent de ne pouvoir jouir de ses avantages . Mais ce temps n’est pas encore venu ; attendons , espérons , et n’anticipons pas sur l’avenir par des promesses , par de fausses annonces , que la raison et l’expérience , d’accord avec elle , répudient.

Au moment ou je finis cette réponse, je reçois le Journal de Paris du 3 germinal , qui en contient une du C. Robertson , que je transcris ici telle qu’il l’a. rédigée.

« Les Allemands n’ont certainement pas été: les premiers à administrer le galvanisme , comme moyen curatif de la surdité. Si les François ont donné moins de publicité à leurs travaux, c’estque les connoissances physiques étant ici plus généralement répandues , la confiance ne s’établit qu’après des succès multipliés. J’en ai déjà cité quelques-uns dans mes précédons mémoires. >*

• ir/ ■ •

« L’intérêt connu qUe M. Volta a bien voulu m’accorder, pendant son séjour à Paris, et les instans d’instruction qu’il m’a prodigués , m’ayant mis à même de suivre pas à pas cette importante découverte , je crois devoir faire connoître à la personne qui, dans votre journal, réclame les

secours du galvanisme, que depuis long-temps je n’ai cessé de galvaniser et d’électriser les personnes qui, d’après l’avis d’un médecin, pouvoient avoir besoin de ce fluide. »

Ajoutons que le C. Robertson ^ des expériences duquel nous avons rendu compte (i) , en fait dans ce moment de très-intéressantes , et qui doivent sans doute avancer nos connoissances sur le galvanisme. Il vient de monter des piles métalliques , au nombre de 2,^00 plaques de zinc, et autant en cuivre rosette. « Nous parlerons incessamment, disent les auteurs du journal de Paris (2) , de ses résultats, ainsi que d’une expérience nouvelle qu’il a faite , avec deux charbons ardens. Le premier étant placé à la base d’une colonne de 120 élémens de zinc et argent, et le second communiquant avec le sommet de la pile , ils ont donné, au moment de leur réunion, une étincelle brillante d’une extrême blancheur, qui a été apperçue par toute la société. »

A7. B. « M. le professeur Rafn a lu , le 8 mai 1801, dit le rédacteur du Magasin encyclopédique (1),

(1) Irc. partie, pag. 294 et suiv. — IIe. partie, page 3 11.

(2) Du 22 ventôse an 10.

(3) N°. 19, ventôse an 10, page 370,

à l’académie des sciences de Copenhague , la continuation de ses éxpériences , relatives à la végétation. Il y a sur-tout été question de finfluencê du galvanisme sur les plantes , et le sujet a fourni à l’auteur l’occasion de parler en mêmetemps de l’influence du fluide galvanique sur les sens. » '•

Des détails tisfaisans.

P. S. Des personnes , qui croient qu’une histoire quelconque ne doit être publiée qtie lorsqu’elle est absolument terminée, c’est-à-dire,

lorsque tous les faits, ou autres objets qui y ont rapport , sont recueillis ^ objecteront peut-être que j’aurois pu et même dû encore différer la publication de l’histoire du galvanisme, attendu qu’il est très-probable que les différens journaux, oii j’ai principalement puisé pour mon travail, contiendront bientôt de nouveaux matériaux, relatifs au même sujet.

Je réponds à cette objection, i°. qu’en fait de sciences, on ne publieroit jamais leur histoire, s’il falloit attendre que tout ce qui leur est relatif fût connu, puisque tous les jours leurs progrès se propagent par des écrits nouveaux; 20. que l’histoire du galvanisme, qui paroît aujourd’hui, est désirée depuis très-long-temps , et qu’elle

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plus étendus auroient été plus sain ôii luocî - : : ünnr.'.n tC'i •

est déjà assez complette, pour qu’on sache à quoi s en tenir a ce sujet, sur-tout depuis la dernière découverte de Volta ; 3 °. que différer encore * parce qu il peut survenir de nouveaux travaux de physiciens ou de médecins, qui pourront présenter de nouvelles vues,, ce seroit reculer à une epoque indéfiniment déterminée , la publication, d un ouvrage, à la rédaction duquel j’ai apporté les plus grands soins , pour lui mériter l’accueil du public, et qui, tel qu’il est, peut, fixer les idées sur la nature et les effets du galvanisme.

Au. surplus ,, si de nouveaux matériaux nous obligent de publier une troisième partie , comme elle sera, composée de matières nouvelles et différentes de. celles des deux, premières, elle leur servira de suite, et formera. peut-rêtre le complément de l’histoire du galvanisme , qui pourroit bien être plus près qu’on ne le pense, de sa fin.

Fin de la deuxième partie*

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