‹ Histoire du galvanisme, et analyse des différens ouvrages publiés sur cette découverte. Depuis son origine jusqu'à ce jourChapitre 7 sur 23 · G1 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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élémens de la pile galvanique \ elles se rapportent à l’action mutuelle de la pile et de l’air environnant. Pour reconnoître l’action de la pile sur l’air atmosphérique , on a monté une pile composée de disques de zinc , de cuivre et de draps imbibés d’une forte dissolution de sulfate d’alumine, sous une cloche d’une capacité connue, et sous une cuve pneumato - chimique. La communication, entre les deux extrémités de la pile , étoit établie hors de cette cuve , par des fils de fer passés dans des tubes de verre recourbés et remplis d’eau. Apres 48 heures, l’eau étoit montée dans la cloche environ d’un 5 e. et le gaz qui y restoit a montré tous les caractères du gaz azote. Il étoit plus léger que l’air atmosphérique : il éteignoit les bougies allumées, etc. etc.

Après avoir reconnu que le gaz oxigène etoit absorbé par la pile , il falloit déterminer s’il en augmentoit les effets : pour cela on a dresse la même pile sur la cuve pneumato-chimique, dans un verre long et étroit \ on a recouvert le tout d’une cloche beaucoup plus grande et d’une capacité connue , et la communication a été établie hors de la cuve , à l’aide de fils de fer passés dans des tubes de verre remplis de meicure. Ensuite , par la succion , on a elevé 1 eau dans la grande cloche, jusqu’à une hauteur

déterminée. La pile est restée en action pendant 17 heures : on jugea par l’absorption que l’air laissé sous la cloche avoit perdu son oxigène : la pile avoit aussi perdu toute son action. On ht passer sous cette cloche de l’oxigène pur, jusqu’à remplacer entièrement toute l’eau qu’elle contenoit; au même instant, l’action de la pile se rétablit, et devint presque aussi forte qu’avant l’expérience : on laissa l’action se continuer, et l’absorption se fit de nouveau.

Cette expérience prouvoit que l’oxigène , dans certaines circonstances au moins, servoit à augmenter les effets de la pile ; mais il restoit à savoir si cet oxigène étoit absolument nécessaire à la pile, et s’il en faisoit un des élémens. Pour cet effet , on monta une pile , à laquelle on adapta un petit appareil propre au dégagement des bulles : on l’introduisit sous le récipient de la machine pneumatique, et on fit le vide très-exactement. Le dégagement des bulles continua ; mais peut-être avec un peu moins de force. On répéta cette expérience d’une manière plus simple , en plaçant la pile seule sous un récipient, qui portoit à son sommet une verge de métal. Cette verge d’une part, et le corps de la machine de l’autre servoient de conducteurs, et quoique le vide fût fait avec beaucoup d’exactitude , on éprouvoit fortement la commotion,

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et on opéroit la décomposition de l’eau. Ces phénomènes étant entièrement contraires à ce qu’avoient avancé d’autres physiciens, les auteurs, sans vouloir établir une comparaison rigoureuse entre le fluide galvanique et le fluide électrique , rapportent une expérience très-propre à rendre ces résultats sensibles. «On sait, disent-ils, qu’une bouteille de Leyde se décharge sous le récipient de la machine pneumatique, parce que, la pression de l’air extérieur étant détruite , le fluide contenu dans l’armure intérieure , s’échappe par le crochet de la bouteille , et se rend à la surface extérieure , qui exerce sur lui une force attractive : lorsque cette expérience est faite dans l’obscurité, on observe des jets de lumière qui partent du crochet, et se replient vers la surface extérieure. Dans notre expérience, continuentils , la pile se décharge de la même manière. L’appareil , qui sert au dégagement des bulles , rend sensible le passage du fluide , comme le font les jets lumineux dans la bouteille de Leyde, et ce passage est continu , parce que la pile se recharge et se décharge à chaque instant , etc. » Enfin , les auteurs concluent de leur expérience, que la pile galvanique a une action propre et indépendante de l’air extérieur, qui peut cependant en augmenter la force , dans certaines circonstances, etc.

§. IL Mémoire sur le mouvement du fluide galvanique , lu à l’Institut , le 26 thermidor , par le C. Biot , un de ses associés , et professeur de mathématiques au collège de France (1). « Je me propose , dit le C. Biot , de démontrer dans ce mémoire , que la diversité des loix auxquelles le fluide galvanique paroît obéir , dans les différens appareils , résulte de la forme même de ces appareils , en vertu de laquelle la vitesse du fluide est ralentie ou accélérée. Les expériences faites à l’école de médecine , ont prouvé, i°. qu’il y a attraction entre les deux extrémités de la pile galvanique ; 20. qu’à chaque extrémité , les molécules du fluide se repoussent mutuellement. >►

» Ces faits servent de fondement aux recherches que je vais exposer. On sait que les pointes soutirent et émettent facilement l’électricité : cette propriété doit exister encore dans tous les fluides , dont les molécules se repoussent mutuellement. Plus les pointes s’émoussent , plus leur pouvoir diminue ; et en suivant cette analogie , on voit que les surfaces planes , qui sont comme des élémens de grandes sphères , doivent

(1) Voyei le Journal de physique , tome LUI , p. 264. Ce même mémoire est inséré par extrait , dans le Bulletin de la société philomatique * fructidor an 9, n°. 54.

abandonner difficilement , par leurs faces , le fluide dont elles sont chargées ; d’autant plus difficilement encore qu’elles sont plus grandes. Cette propriété des plaques devient sensible dans le condensateur de Volt a. Le plateau métallique de cet instrument retient l’électricité, tant qu’il est appliqué par sa face sur le plateau de marbre, et se décharge lorsqu’il ne le touche que par sa tranche. Ainsi lorsque l’on établit une pile, et que l’on fait communiquer ses deux extrémités , le mouvement du fluide , déterminé par ce moyen, doit être d’autant plus rapide que les disques sont plus petits, et d’autant plus lent, qu’ils sont plus larges. D’un autre côté , la quantité absolue du fluide, qui se forme dans un temps donné, diminue avec la surface des disques , toutes les autres circonstances restant les mêmes. Si donc on forme deux piles, Tune de grandes plaques, l’autre de petites, toutes deux en contenant le même nombre, elles donneront dans le même temps , la première , une plus grande masse de fluide , animée d’une même vitesse , la seconde , une moindre masse , animée d’une vitesse plus grande. Examinons comment la combinaison de ces deux élémens peut influer sur nous. »

» Les commotions dépendent beaucoup moins de la masse du fluide , que de sa vitesse , comme

le prouve l’experience de Leyde. Ainsi cc que l’on gagne en masse , en augmentant la dimension des disques , est bien plus que compensé par la diminution correspondante de vitesse. Les commotions doivent donc diminuer , à mesure que les surfaces des disques augmentent. Mais, d’un autre côté, elles ne doivent pas augmenter indéfiniment , à mesure que ces surfaces diminuent, parce que la quantité absolue du fluide diminue en conséquence , et avec lui l’intensité de la commotion. Une pile composée de petites plaques , donnera donc un coup plus sec et moins intense , qu’une autre pile composée de plaques plus grandes. »

» Ces résultats, que le simple raisonnement fait connoître, sont encore confirmes par 1 expérience et l’observation. Les huit grandes plaques du C. Hachette , dont le C. Fourcroy a fait usage , donnent déjà une commotion plus foible qu’un pareil nombre de disques ordinaires , de la largeur d’un écu de 6 livres ; un appareil composé de douze disques circulaires de zinc , et de douze disques de cuivre de 0,4 mètres (13 pouces) de diamètre , n’excite pas ou presque pas de frémissement dans les doigts mouillés; il ne fait éprouver qu’une saveur très-légère , et n’occasionne jamais l’éclair galvanique. Une seule de ces plaques équivaut en surface à plus de 80

disques ordinaires. L’appareil dont j’ai parlé a été construit par les soins du C. Koard , ancien élève de l’école polytechnique, et professeur de physique à l’école centrale de l’Oise ; il a bien voulu observer avec moi quelques-uns des phénomènes que cet appareil a présentés. Enfin, une pile composée de cinquante centimes et de cinquante disques de zinc de même grandeur , donne* une commotion très-forte , semblable à un coup sec ; et elle fait voir des éclairs trèsbrillans, accompagnés d’une forte saveur. Ces 50 petites plaques n’équivalent cependant en surface qu’à 8 disques ordinaires , et elles ne forment , à elles toutes , que la dixième partie d’une des grandes plaques dont nous avons parlé. Lorsque l’on décharge cette pile , avec de gros conducteurs , et à plusieurs reprises , dans l’intervalle de quelques secondes , elle ne fait plus rien du tout éprouver l'instant suivant, ni à la personne qui a reçu les commotions précédentes, ni à une autre qui établit subitement la communication ; c’est que la quantité absolue du fluide est très-petite, tandis que sa vitesse est très-grande. »

» Le petit appareil que je viens de décrire , m’a encore présenté plusieurs faits, dont je parlerai plus bas. Je reviens aux modifications que produisent, dans les phénomènes galvaniques.

les différentes proportions de la masse et de la vitesse du fluide. Le sentiment de la saveur et celui de l’éclair galvanique, suivant la même loi que les commotions, on doit en conclure qu’ils dépendent principalement de la vitesse du fluide. Il n’en est pas de même des étincelles, et de la combustion des métaux. Ces phénomènes , où le fluide agit par sa masse et par la continuité de sa présence , doivent être singulièrement favorisés par les grandes plaques , si elles augmentent sa masse et rallentissent son mouvement dans la pile. C’est ce que l’expérience confirme; le grand appareil, non seulement donne la combustion du fer dans le gaz oxigène, mais il les brûle d’une manière continue dans l’air atmosphérique. »

» Le petit appareil , composé de centimes , donne une petite étincelle assez vive et brillante , mais qui ne produit rien de semblable. Les attractions dépendent encore de la masse du fluide : aussi sont-elles beaucoup plus sensibles avec de grandes plaques. Dans le grand appareil, si l’on approche jusqu’au contact les deux fils métalliques qui établissent la communication, ils adhèrent fortement ensemble, même contre la force de leur ressort. Cette adhérence est telle, qu’on peut les agiter, et leur faire supporter plusieurs petits poids sans qu’ils se

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détachent. Ces effets réussissent mieux par le contact des pointes des fils , que par-tout ailleurs : on les obtient avec toutes sortes de métaux , pourvu qu’il ne soient pas oxidés. La communication entre les deux extrémités de la pile est établie par cette adhérence; car tant qu’elle subsiste, aucun autre phénomène galvanique n’a lieu. On ne peut pas faire adhérer simultanément deux autres fils , et lorsqu’on détruit les premiers, s’ils étoient un peu forts, l’appareil reste quelque temps, avant de recouvrer cette propriété. Ces mêmes fils peuvent rester adhérens pendant plusieurs heures, et probablement pendant tout le temps de l’action de la pile. On peut aussi foire adhérer l’une à l’autre deux lames métalliques , en les approchant par leurs angles ; on n’y réussit point , en les approchant par leurs faces. Les métaux dont j ’ai fait usage , classés suivant l’ordre de leurs facultés, pour produire ces effets, sont le fer, l’étain, le cuivre, l’argent : cet ordre est inverse de celui de leurs facultés conductrices. »

» Les faits , que je viens de rapporter , me paraissent mettre en évidence le pouvoir des pointes pour émettre le fluide galvanique , et celui de leurs plaques pour le retenir. Le résultat auquel elles conduisent , achève de confirmer ces considérations ; car l’adhérence des

fils communicateurs , lorsqu on les approche latéralement , doit être d autant plus aisee a opérer, que le fluide s’échappe avec moins de facilité par leurs pointes. J’avois eu occasion de remarquer que , dans les piles composées de petites plaques , l’oxidation est beaucoup plus prompte qu’avec des disques ordinaires. Cela me fit penser que la vitesse du fluide pourroit avoir de l’influence sur l’oxidation ; afin de m’en assurer, je fis l’expérience suivante. »

» Sous une cloche cylindrique de verre , et sur un support fixé à une cuve pneumato-chimique , j’ai placé une pile composée de 39 disques de zinc , et d’autant de disques de cuivre , larges comme un écu de 6 francs. Je n’ai point établi de communication entre les deux extrémités , et j’ai observé le temps que l’eau a employé pour monter dans l’appareil ; elle s’est élevée de 0,02 mètres en 5 heures un quart. J’ai repris les mêmes disques , et , après les avoir nétoyés, je remis les mêmes pièces de drap, imprégnées de nouvelle dissolution : je construisis la pile comme la première fois, en la plaçant dans les mêmes circonstances; mais j’établis la communication entre ses deux extrémités : l’eau s’éleva de 0,02 mètres dans une heure et demie. En continuant l’expérience , l’ascension de l’eau tut beaucoup plus considérable , lorsque la

communication étoit établie, que lorsqu'elle ne rétoit pas ; et les oxidations suivirent la même loi. »

» J’ai répété cette expérience avec deux piles composées chacune de 22 petits disques de zinc, et de 22 centimes; je les ai placées en même temps sous des cloches égales , et sur la même cuve : j’ai obtenu les mêmes résultats que précédemment. La pile , dans laquelle le courant du fluide étoit établi , a élevé l’eau en 7 heures un quart, à la même hauteur que l’autre en 1 1 heures : et le reste de l’expérience a marché dans la même proportion. Au bout de 53 heures, l’eau s’étoit élevée de 0,045 mètres dans l’une, et de 0,015 mètres dans l’autre; enfin, lorsque l’absorption cessa, elle étoit de 0,065 mètres dans la première , et de 0,035 dans la seconde. »

» En démontant les deux piles , et comparant une à une les pièces dont elles étoient composées, je remarquai une oxidation incomparablement plus forte dans celle où la communication étoit établie. Il suit de-là que la circulation du fluide , dans l’appareil, augmente l’oxidation des disques métalliques , et l’absorption de l’oxigène. D’un autre côté, l’accroissement de l’oxidation paroît augmenter la quantité absolue du fluide qui se forme; par conséquent l’oxi-

dation des disques, dans l’appareil galvanique, est à-la-fois cause et effet. »

» C’est ici le lieu de parler d’un fait que nous avions déjà reconnu , le cit. Frédéric Cuvier et moi , dans nos expériences sur l’absorption de l’oxigène par la pile galvanique. Lorsqu’on la monte de cette manière, {inc, eau , cuivre , et qu’on la place sous une cloche , pour empêcher le renouvellement de l’air atmosphérique , elle réagit sur elle-même , et l’on voit constamment le zinc se porter sur le cuivre , le cuivre sur le zinc , et ainsi de suite du bas en haut de la colonne ; l’inverse a lieu , lorsqu’on monte la pile dans une disposition contraire. Le zinc est obligé, pour se porter sur le cuivre , de traverser le morceau de drap humide qui les sépare ; dans les piles ou la communication n’a point été établie, cette transmission n’a point lieu; la surface du cuivre est lisse, et celle du zinc, qui lui est opposée , est couverte de petits filets noirs , qui suivent la direction des fils de drap. Lorsque la communication est établie depuis quelque temps, quelques particules d’oxide commencent à passer, et portent sur le cuivre; enfin, si l’action est forte, la surface de ce dernier finit par en être recouverte entièrement. C’est alors que l’effet cesse , et cette transmission , en renouvelant la surface du zinc, contribue à faire durer

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plus long-temps l’action de l’appareil. Quelquefois l’oxide de zinc, après avoir traversé le morceau de drap , se revivifie sur le cuivre à l’état métallique. »

» Lorsque le cuivre se porte sur le zinc , c’est toujours par les faces que ces métaux se touchent immédiatement; alors, si le cuivre adhère au zinc , il garde son brillant métallique, quelquefois il se forme du laiton ; quand la communication n’est pas établie entre les extrémités de la pile , je n’ai jamais vu ces revivifications. Il faut, pour qu’elles puissent s’opérer, que les disques de drap ne soient pas trop épais, ni d’un tissu trop serré. Ces résultats font voir que lorsque la pile est montée de cette manière : {inc, eau , cuivre , {inc, eau , cuivre , etc. , le courant du fluide est dirigé du bas en haut de la colonne , et du haut en bas , si elle est montée de cette manière : cuivre , eau , {inc, cuivre , eau , {inc, etc. , ce qui s’accorde avec les expériences de Volta. »

» Après avoir considéré le mouvement du fluide dans l’intérieur de l’appareil , j’ai cherché comment ce mouvement se modifie , lorsque l’eau lui sert de conducteur (i). »

(i) C’est l’objet d’une expérience particulière, que rapporte l’auteur, mais qui ne peut être comprise qu à l’aide de la figure qui l’accompagne.

» Dans l’expérience que j’ai faite à ce sujet, l’appareil est resté monté pendant vingtquatre heures : il a constamment présenté les mêmes effets. Il ne s’est dégagé de bulles ni d’une plaque ni de l’autre ; aucune n’adhéroit à leurs surfaces, et elles ne présentoient pas la moindre trace d’oxidation. La pile qui donnoit encore la commotion , étant démontée , elle a offert les mêmes apparences que dans le cas ou la communication n’est pas établie entre les deux pôles. Les pièces de zinc étoient recouvertes de filets noirs , qui n’avoient pas pu traverser les morceaux d’étoffe, pour se porter sur le cuivre. Ces morceaux étoient pourtant parfaitement propres à le transmettre; ils avoient déjà servi plusieurs fois : on les avoit soigneusement lavés et séchés, avant de les imprégner de nouvelle dissolution. »

» L’eau , placée entre les conducteurs , offre donc une résistance au mouvement du fluide galvanique. Si cette résistance est trop grande pour que le fluide puisse la vaincre, l’effet n’est pas transmis , et il n’y a réellement pas de communication entre les deux extrémités de la pile. »

» J’ai répété cette expérience en ne mettant entre les plaques qu’une distance de 0,6 mètres ( 21 pouces ), et en imprégnant les disques de drap

d’une forte dissolution de muriate de soude; les commotions et les éclairs, qui se faisoient sentir avec beaucoup d’énergie, ont également cessé, quand on établissoit la communication à travers les tubes, même en faisant entrer dans la chaîne les organes les plus sensibles; mais lorsque l’on élevoit l’eau des vases par la succion dans un tube de verre, et qu’on maintenoit pendant quelque temps l’extrémité de la langue sur la petite colonne d’eau, qui y étoit renfermée , on éprouvoit très - sensiblement la saveur galvanique. Cette saveur étoit plus piquante avec un tube plus court, mais elle n’occasionnoit ni l’éclair, ni le plus léger frémissement. En prenant dans une main la lame A' , par exemple , et plongeant successivement le tube dans les vases A, B, A', on éprouvoit dans le premier une saveur très-sensible, dans le second une saveur très-légère, dans le troisième rien, ou presque rien. »

» Ces résultats prouvent que l’eau est par ellemême un conducteur imparfait du fluide galvanique. »

» Ce que je viens de dire ne doit pas être regardé comme établissant une différence entre l’électricité et le galvanisme ; on pourroit plutôt en déduire entre eux une nouvelle analogie. Il est vrai, et je m’en suis assuré, que

dans

dans les circonstances où j’ai opéré, on auroit pu transmettre à travers l’eau la commotion produite par la bouteille de Leyde, quoiqu’elle perdît dans son passage une partie de son intensité; mais on doit observer aussi que l’épaisseur inévitable du verre , exige , pour qu’il s’opère une décharge, l’accumulation d’une assez grande quantité de fluide électrique ; or si le galvanisme étoit, comme cela devient de plus en plus probable , l’effet successivement répété d’une électricité très-foible, animée d’une vitesse très - grande , il n’y auroit poinr de contradiction ; car l’eau devroit être alors pour l’électricité un conducteur très-imparfait. »

» Il importe d’observer que dans ces expériences le fluide galvanique ne pouvoir se propager qu’à travers la masse de l’eau : il n’en auroit pas été de même, si l’on avoit établi la communication par le moyen d’un vase découvert; le fluide galvanique , libre alors de glisser sur la surface de l’eau, se seroit propagé à une distance beaucoup plus grande. J’en ai eu la preuve d’une manière fort simple , dans une expérience où j’avois établi la communication par une cuve large d’un mètre et pleine d’eau , dans laquelle j’avois plongé , à 0,6 de distance , les extrémités des conducteurs métalliques, qui étoient aussi terminés par des disques de cuivre IIe. Partie. M

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de 0,14 mètres ( 6 pouces) de diamètre, Lorsqu’en tenant d’une main une de ces lames , on touchoit l’eau de la cuve avec l’autre main ou la langue, on éprouvoit à l’instant la commotion, la saveur et la lumière; mais si l’on élevoit l’eau parla succion dans un tube de verre, lorsque la colonne d’eau venoit a toucher la langue , on n’éprouvoit aucun effet. Peut-être, en maintenant le contact , auroit-on fini par éprouver la saveur : je ne l’ai point essayé cette fois. »

» En répétant cette expérience, je me suis assuré que les effets d’une pile tres-forte , qui se faisüient sentir sur la surface de l’eau pure à plus d’un demi - mètre de distance , sans rien perdre de leur énergie, se réduisoient à une simple saveur, lorsqu’on les transmettoit à travers une petite colonne d’eau , de deux ou trois centimètres de hauteur , élevée par la succion le plus près possible du conducteur , qui étoit plongé dans la cuve. Lorsque l’on offre ainsi une grande surface humide au mouvement du fluide galvanique, il s’écoule en plus grande quantité, et la vitesse l'augmente ; car les oxidations des disques, dont la pile est composée, deviennent beaucoup plus foites par cette disposition. La propriété de glisser avec facilité sur la surface libre de l’eau, donne au fluide galvanique une nouvelle analogie avec l’électricité. »

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» On peut expliquer par-là cette difficulté que le fluide éprouve à se transmettre sur les conducteurs métalliques, comme le Cit. Halle l’a observé à l'école de médecine de Paris , difficulté qui semble disparoître , lorsque l’on excite la marche du fluide , en le guidant , pour ainsi dire, avec les doigts mouillés. Il glisse alors avec une grande rapidité sur la trace humide que les doigts ont laissée dans les conducteurs, au lieu qu’il auroit pu être arrêté ou .du moins retardé par une foule d’obstacles , comme, par le passage d’un conducteur .à- un autre par des surfaces arrondies, ou par l’oxidation de quelques r points de sa route ; obstacles qui ne résister oient pas à une quantité de fluide plus considérable , et qui céçleroient , par exemple , au;x quantités ordinaires d’électricité , que nous, savons expter. »

» Ce fait, qui pourroit être regardé comme line différence très-importante entre le galvanisme et l’électricité , étant rapporté à cette cause , tient au contraire à une de leurs analogies. La propriété qu’a le fluide galvanique de glisser avec rapidité sur la surface libre de l’eau explique encore cet accroissement d’action que font éprouver les conducteurs mouillés , lorsqu’on les serre avec force, pour établir leur contact avec un plus grand nombre de points. Le fluide, libre de s’étendre sur la surface humide

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que les conducteurs lui présentent, s’écoule en grande quantité , et avec une grande vitesse ; cette disposition doit donc augmenter les effets de son action sur nous , et d’autant plus , que la surface des conducteurs est plus grande. »

» Enfin , c’est pour la même raison que le fluide galvanique se transmet mieux , et à une plus grande distance , sur les parties des corps , lors-* qu’elles sont mouillées , que lorsqu’elles sont sèches, et l’on pourroit rapporter encore, aux propriétés que nous avons indiquées, plusieurs des autres irrégularités apparentes que présente quelquefois l’appareil galvanique. »

» J’ai cherché à prouver dans ce mémoire, i°. Que les lois du mouvement du fluide galvanique résultent de la propriété répulsive des molécules qui le composent , et que, sous ce point de vue , ces lois sont les mêmes que celles de l’électricité ; ^

2°. Que la variété des phénomènes obtenus avec les différens appareils , a pour cause principale les différentes proportions , dans lesquelles la quantité ou la masse du fluide s'y trouve combinée avec sa vitesse ;

3°. Que ce fluide, qui passe difficilement à travers l’eau, glisse sur la surface de ce liquide avec une grande facilité. »

» Enfin , j’observerai que les effets chimiques ?

présentés par le galvanisme, ne peuvent pas être rapportés comme essentiellement distincts de l’électricité , parce que le fluide galvanique ne se montre jamais dans nos appareils qu’avec une grande vitesse , et une foible masse , tandis que lelectricité , lorsque nous la mettons en mouvement par nos batteries, a en mêmetemps une grande masse , et une grande vitesse. Or, si dans le galvanisme lui-même, les différentes proportions de la vitesse à la masse donnent lieu à des différences si marquées , combien n’en devroit-il pas exister entre l’électricité produite par nos machines , et les impulsions successives d’une électricité très-foible, animée d’une vitesse très-grande,

N. B. Ce mémoire du C. Biot a démontré , d’une manière assez évidente, que de nouveaux faits étoient prêts à rapprocher autant le galvanisme de l’électricité , que ceux qui les avoient précédés sembloient l’en éloigner. Cette idée paroît encore mieux confirmée par la lettre de Volta à M. de la Métherie , insérée chapitre IX de cette histoire. On aura encore bientôt des preuves plus convaincantes de cette vérité.

Les sciences sont sujettes à de semblables oscillations , tant que leur marche n’est pas assurée par des expériences et des explications indubitables.

Mais la stabilité de ces expériences, la clarté et l’évidence de ces explications , sont le fruit du temps, encore plus que celui de la raison. Celle-ci s’égare souvent dans les théories qu’elle invente : il faut que de nouvelles idées , qui ne s’étoient pas présentées , que de nouveaux faits, souvent dûs au hasard , ramènent le physicien au but dont il s’étoit écarté , et lui fassent voir combien il étoit éloigné de la vérité qu’il cherchoit, quoiqu’il crût l’avoir saisie.

Il est bon d’observer à ce sujet que, tandis que les recherches dont il vient d’être question , avoient lieu en France , tandis que le C. Biot enrichissoit la physique de ses découvertes sur le mouvement du fluide galvanique, les Anglois faisoient , de leur côté , des expériences d’une espèce particulière et décisive , puisqu’ils sont parvenus à imiter les effets les plus singuliers du galvanisme par l’électricité ordinaire , en amincissant et en allongeant beaucoup les conducteurs,

III. Résume des nouvelles expériences faites sur le galvanisme ,par divers physiciens (i). « Nous avons toujours cherché , disent les rédacteurs du Bulletin

(i) Quoique ce résumé soit à-peu-près l’extrait de tout ce que nous avons rapporté jusqu’ici sur le galvanisme , il nous a paru devoir trouver place ici, parce qu’il con-

des sciences de la société philomatique (1) , à consigner dans ce journal les glands résultats des expériences galvaniques, à mesure qu ils paixenoient à notre connoissance , et nous avons mis nos lecteurs à même de suivre les principales époques de l’histoire de cette importante découverte »

» La production de mouvemens convulsifs , lorsque le nerf et le muscle sont joints par un arc de plusieurs métaux ; voilà le fait originaire démontré par Galvanl. L’indication detaillee des analogies de ce phénomène , avec ceux de 1 electricité, fut ce qui occupa d’abord Volta ; plusieurs phénomènes organiques , produits par le contact de deux métaux , comme l’éclair , la saveur, etc. furent aussi rapportés à la même

tient quelques détails et quelques faits , dont nous n avions pas connoissance, et qui méritent d’étre connus.

A côté de ce résumé , et par forme de supplément , il faudra placer celui fait par le C. de la Metherie , dans le discours préliminaire du tome LIV du Journal de physique , page 15. L’auteur y suit l’histoire du galvanisme , depuis l’époque où il l’a laissée dans son discours préliminaire du tome LUI , et la conduit jusques et compris la dernière découverte de Volta , que nous ferons connoître dans le chapitre XVIII.

(1) Floréal an 9 , n°. 50.

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classe par ce savant physicien. La détermination de toutes les circonstances , qui sont plus ou moins favorables à la production des convulsions, la preuve que plusieurs de ces circonstances n’ont pas les mêmes effets dans le galvanisme que dans 1 électricité , furent le résultat des longs travaux de Humboldt , de Pfaff, , de Halle , etc. De-là les nouveaux efforts de Volta pour remettre sa théorie en honneur. Invention de la pile ; augmentation prodigieuse des effets par cette multiplication des pièces métalliques ; ressemblance de la sensation produite par la pile avec la commotion électrique ; attractions et répulsions , résineuses du côté du zinc , vitreuses du côté de l'argent : tout cela fut, à cette seconde époque, le produit des recherches du physicien de Padoue. »

» Mais ici le galvanisme , qui paroissoît n’intéresser que la physiologie, se transporte , pour ainsi dire, dans le domaine de la chimie, et semble vouloir en ébranler les théories les plus nouvelles. Deux Angloîs, Carliste et Ni cholsoriy imaginent de plonger dans l’eau deux fis métalliques, qui communiquent chacun avec une des extrémités de la pile : ils voient se manifester les gaz qui composent cette eau , et àpeu-près dans la proportion où ils y entrent ; mais chacun paroît à l’extrémité d'un des fils ,

à une certaine distance du point d’où s’échappe l’autre gaz , et si les fils se touchent , tout dégagement cesse. Dès-lors toute l’attention s’est portée de ce coté, et l’action du galvanisme sur les animaux a été négligée, jusqu’à ce qu’on ait épuisé la question plus simple et plus générale de son action sur l’eau. »

» Ces bulles d’oxigène et d’hydrogène viennentelles ou ne viennent-elles pas de la même molécule d’eau ? Voilà ce qu’ôn devoit se demander d’abord. Pour répondre à cette question, il falloit voir si elles se manifesteroient dans des eaux séparées. MM. Ritter et Pfaff ont commencé à faire voir que cela est ainsi , mais par des moyens sujets à contestation. M. Davy , à Londres, en a trouvé un plus simple et plus évident. Après avoir plongé chaque fil dans un vase distinct, il réunit l’eau des deux vases par le moyen de ses propres doigts : le dégagement eut lieu comme à l’ordinaire. Il a également lieu , si , au lieu du corps humain , on emploie des fibres musculaires , tendineuses, végétales, du charbon, etc.»

» Il n’y avoit que deux manières d’accorder cette expérience avec la théorie chimique sur la nature de l’eau : ou celle de chaque vase perd une de ses parties constituantes, en gardant l’autre en excès, ou le fluide galvanique enlève une des parties constituantes au bout

de l’un des fils , et l’abandonne au bout de l’autre , en continuant son circuit. »

» La première opinion est des CC. Monge et Berthollet. Le Cit. Hassenfrat { a cherché à la prouver par l’expérience suivante : si c’est le tendon qu’on emploie pour moyen de communication , le dégagement ne dure pas long-temps , sans beaucoup s’affoiblir : si on change les dis du vase, le dégagement recommence avec force , mais produit dans chaque vase un gaz opposé à celui qui s’y dégageoit avant. « C’est que , » dit-il , chaque eau étoit épuisée , autant que » possible , de la partie que le fil lui arrachoit , » et contenoit l’autre en excès ; maintenant que » le nouveau fil lui demande précisément cette » partie excedante, elle l’abandonne avec faci- » lité. »

» La seconde opinion est des CC. Fourcroy , Vauquelin et Thénard, : « le fluide galvanique , disent-.ils, en sortant du fil du côté de l’argent, décompose l’eau, mais ne laisse échapper que Foxigène , parce que lui - même se combine avec l’hydrogène, pour former un fluide qui traverse , d’une manière invisible , l’eau et les moyens de communication des deux vases, pour aller à l’autre fil; mais en pénétrant dans celuici, le galvanique abandonne l’hydrogène, qui se dégage en bulles. »

» Voici la principale des expériences sur laquelle ces auteurs cherchent à appuyer leur hypothèse : si, entre les extrémités des deux fils, on place de l’oxide d’argent bien pur , cet oxide se revivifie à l’endroit qui répond au fil positif, parconséquent à celui qui donne l’oxigène , et alors il ne paroît point d’hydrogène au fil opposé: c’est que cet hydrogène s’est combiné , en passant avec l’oxigène de l’oxide , pour former de nouveau de l’eau (1). »

» Outre ces deux expériences, dont celle qui se trouvera exacte sera peut-être une sorte üexperimcntum cruels , plusieurs savans en ont fait d’autres en mêlant dans l’eau différens acides , ou autres substances composées. Leurs résultats ne sont au fond que des modifications de l’expérience fondamentale du dégagement des deux gaz. Ainsi, lorsqu’on y mêle de l’acide nitrique, le fil du côté de l’argent se dissout très - rapidement ; celui du côté du zinc ne se dissout pas. On conçoit que l’hydrogène s’empare de l’oxigène de l’acide, et ne laisse pas au fil le temps de s’oxider pour être dissous , etc. etc. »

» Mais un fait qui mérite d’être remarqué, et

(1) Vbyc^ la page 1^7 de cette 2e. partie, où le C. Cuvier expose à-peu-près de la même manière , la théorie dçs CC. Fourcroy , Vauquelin et Thénard .

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