‹ Histoire du gentil seigneur De BayartChapitre 13 sur 53 · SI HISTOIRE · texte numérisé non relu

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son en votre pays da Daaphiné, dont il est sorti de braves gentilshommes; il y a six mois son oncle, Tévêque de Grenoble, m'en a fait présent; monseigneur de Ligny Ta vu et en a dit da bien; voas verrez à votre aise le page, et le cheval en la prairie d'Ainay. » ^

Le Bon Chevalier n'était pas présent alors; mais tout lui fut raconté, et comment le roi le voulait voir sur son cheval. Je crois que s'il avait gagné la ville de Lyon, il n'aurait pas été si content. Il s'en alla aussitôt trouver le maître palefrenier du duc de Savoie, nommé Pizou de Ghenas, et lui dit: « Maître mon ami, j'apprends que le roi a dit à monseigneur qu'il veut me voir sur mon roussin après diner. Je vous prie tant que je puis, de le faire mettre en état, et je vous donnerai ma courte dague de bon cœur. » Le maître palefrenier qui vit la bonne volonté du jeune garçon, lui dit: « Bayart, mon ami, gardez votre dague, je vous remercie, mais je n'en veux point ; allez seulement vous peigner et nettoyer ; quant à votre cheval, il sera en bon état. Dieu vous fasse cet heur, mon ami, que le roi de France vous prenne en grâce : il vous en peut advenir beaucoup de biens ; et peut-être, qu'avec l'aide de Dieu, vous deviendrez un si grand seigneur, que je m'en sentirai. — Sur ma foi ! maître, dit le Bon Chevalier, jamais je n'oublierai les courtoisies que vous m'avez faites depuis que je suis dans la maison de monseigneur ; et si Dieu me donne un jour des biens, vous vous en apercevrez. »

Le Bon Chevalier monta incontinent dans la chambre de son écuyer, où il nettoya ses habillements, se peigna et s'accoutra le plus joliment qu'il put, en attendant qu'il eût quelques nouvelles ; elles ne tardèrent guère; sur les deux ou trois heures, l'écuyer de monseigneur de Sa-

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voie, qui gouvernait Bayart, vint le demander et le trouva tout prêt. Il lui dit d'un air chagrin : « Bayartj^lnon ami, jë^ vois bien que je ne vous garderai guère, car je sais que monseigneur a déjà fait présent de vous au roi qui veut vous voir sur votre roussin dans la prairie d'Ainay. Je ne suis pas marri de votre avancement, mais, sur ma foi, j'ai grand regret de vous quitter. » Le jeune Bayart répondit : « Monseigneur l'écuyer, Dieu me donne la grâce de continuer dans les vertus que vous m'avez montrées depuis que Ton me confia à vous ! Si je puis, moyennant son aide, vous n'aurez jamais de moi que'de bons rapports; et si je suis un jour en état de vous rendre service, vous connaîtrez combien je me sens votre obligé. »

Après ces paroles, l'écuyer sur son cheval et Bayart sur son roussin s'en allèrent attendre le roi et sa compagnie dans la prairie d'Ainay : le prince s'était mis par eau sur la Saône. Aussitôt qu'il fut hors du bateau, il alla sur le pré voir le jeune Bayart. Il commença par lui crier : « Page, mon ami, donnez de l'éperon à votre cheval !» ce que le page fit incontinent. Et il semblait à le voir partir, qu'il eût fait ce métier toute sa vie. Au bout de la course, il fit bondir son cheval deux ou trois sauts, puis s'en retourna à bride abattue vers le roi ; il s'arrêta tout court devant lui en faisant cabrer son cheval. Nonseulement le roi, mais toute la compagnie y prit un singulier plaisir.

« Mon cousin, dit le roi à monseigneur de Savoie, il est impossible de mieux piquer un cheval. » Puis s'adressant au page : « Pique, pique encore un coup. » Après les paroles du roi, les pages lui crièrent : « Piquez ! piquez ! » de façon que depuis il fut quelquefois sur-

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nommé Piquet. « Vraiment, dit encore le roi au duc, je vois devant mes yeux ce que le cousin de Ligny m'a dit à dîner; je ne veux pas attendre que vous me donniez votre page ni votre cheval ; je vous les demande. — Monseigneur, répondit le duc de Savoie, vous êtes le maître, qu'il soit fait comme vous dites. Dieu lui donne la grâce de vous faire quelque service agréable !

— « Par la foi de mon corps ! » dit le roi, il est impossible qu'il ne soit homme de bien. Cousin de Ligny, je vous donne le page en garde ; mais je ne veux pas qu'il perde son cheval; la hôte demeurera toujours dans votre écurie. »

Le seigneur dé Ligny, très-satisfait de ce présent, remercia très-humblement le roi; il prévoyait bien que du page il ferait un homme dont il aurait un jour grand honneur; ce qui fut accompli depuis en maints lieux.

Le Bon Chevalier fut page seulement trois ans dans la maison du seigneur de Ligny, qui le mit hors de page vers l'âge de dix-sept ans et le fît entrer dans sa compagnie d'hommes d'armes, tout en le retenant parmi les gentilshommes de sa maison K

1, Chaque homme d'armes des compagnies d'ordonnance ou lance garnie était accompagné d'un varlet, de trois archers et d'un coutilHer ou soldat armé d'un long couteau, et ehargé d'aahever l'ennemi tombé à terre; Charles VII en 1439 avait créé quinze compagnies de iOO lance* ou 600 hommes. Sous Louis XII, la lance sera composée de 7 hommes ; snus François I" de 8 dont cinq chevau-légers. En bataille, les chefs de lanoe derenaientde simples soldats, ordonnés sur nu seul rang et «an? être près les uns des autres ; les archers voltigeaient ou engageaient l'action ; le valet se tenait à côté du chef de lance pour réparer ses armes ou l'assister en cas de chute. Le coutillier massacrait l'ennemi renversé. On comprend combien ce défaut de cohésion et d'uniformité dans la monture, puisque le lancier avait un cheval de bataille et les autres des courtauds, devaient nuire à une bonne tactique.

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