CHAPITRE II
Le pas d'armes du sire Claude de Vauldray. — Bayart voudrait toucher à l'écu. — Pas de harnais ni de cheval.
— Conseil du bon ami Beilabre. — Un bon tour de neveu.
— L'abbé d'Ainay. — Imprudence d'un compte ouvert illimité. — Maître Laurencin, marchand de draps. — L'abbé s'avise un |5eu tard de son imprudence. — Acquisition de deux chevaux pour le pas d'armes. — Un commencement qui promet une bonne an. — Le mal-bâti fait mieux que les autres. — Piquet, s'en va en Picardie apprendre le métier des armes. — Adieux de Bayart roi et au sire de Ligny. — Tout le monde est généreux selon sa position. — Arrivée de Bayart à Aire. — Proposition d'un autre bon compagnon, Tardieu. — Bayart ordonne un tournoi. — Prouesses de Bayart.
Le roi de France alla visiter son royaume ; et deux ou trois ans après il se retrouva à Lyon oii arriva un gentilhomme de Bourgogne, messire Claude de Vauldray, habile homme d'armes. Il fit supplier le roi que, pour garder d'oisiveté tous jeunes gentilshommes, il lui voulût permettre de dresser un pas, tant à cheval qu'à pied, à course de lance et coups de hache; ce qui lui fut accordé, car le bon roi ne demandait, après le service de Dieu dont il était assez soigneux, que joyeux passe- temps. Ce messire Claude de Yauldray fit suspendre Técu de ses
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armes où tous gentilshommes qui avaient désir de se montrer venaient toucher, et se faisaient inscrire au roi d'armes qui en avait la charge.
Le Bon Chevalier passa un jour devant Técusson, et dit en lui-môme : « flélas, mon Dieu, si je savais comment me mettre en état, que je toucherais volontiers à cet écu pour savoir et apprendre les armes. » Et sur cela il s'arrêta tout coi et demeura pensif. Il avait avec lui un de ses compagnons, de la maison du seigneur de Ligny, appelé Bellabre, qui lui dit : « A quoi songez- vous, compagnon, vous me paraissez tout interdit? — Sur ma foi! répondit-il, mon ami, je le suis aussi; et je vous en dirai présentement la raison. Il a plu à monseigneur me mettre hors de page, et par sa grâce il m'a élevé au rang d'homme d'armes. J'ai grand désir de toucher à Técu de messire Claude; mais je ne sais, quandje l'aurai fait, qui me fournira des harnais et des chevaux. »
Alors Bellabre qui était plus âgé que lui et fort hardi gentilhomme (car je veux avertir tous ceux qui liront cette histoire, que de la maison du gentil seigneur de Ligny sont sortis cinquante gentilshommes, dont trente ont tous été de vaillants et vertueux capitaines en leur vie), Bellabre, dis-je, répondit :
« Mon compagnon, mon ami, vous souciez-vous de cela? N'avez-vous pas votre oncle, le gros abbé d'Ainay? Je fais vœu à Dieu que nous irons à lui, et s'il ne veut pas fournir de deniers, nous prendrons la crosse et la mitre, mais je crois que, quand il connaîtra votre bon vouloir, il le fera volontiers. »
Et sur ces paroles le Bon Chevalier alla toucher à l'écu. Montjoye, roi d'armes, qui était là pour écrire les noms, lui dit:
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« Gomment, Piquet, mon ami ,. vous n'aurez pas de barbe avant trois ans, et vous entreprenez de combattre contre messire Claude, qui est un des plus rudes chevaliers qu'on connaisse. »
Bayart répondit:
• Montjoye, mon ami, ce que j'en fais n'est pas par orgueil ni outrecuidance, mais seulement par le désir que j'ai d'apprendre le métier des armes peu à peu avec ceux qui me le peuvent montrer. Et Dieu, s*il lui plaît, me fera la grâce de faire quelque chose qui plaira aux dames.»
Sur ce, Montjoye se mit à rire et fut très-content.
Le bruit courut aussitôt par tout Lyon que Piquet avait touché à l'écu de messire Claude, et il vint jusqu'aux oreilles du seigneur de Ligny, qui n'eût pas voulu donner ce plaisir pour dix mille carolus^. Il s'en alla incontinent le dire au roi qui en fut très-joyeux, et lui dit :
• Par la foi de mon corps ! cousin de Ligny, votre maison vous fera une fois de plus honneur, j'en ai le pressentiment.
— Nous verrons ce qu'il sera, répondit le seigneur de Ligny ; il est encore bien jeune pour endurer les coups de messire Claude. >
Le plus fort pour le Bon Chevalier n'était pas d'avoir touché à reçu, mais de trouver l'argent pour avoir des chevaux et un accoutrement. Il alla trouver son compagnon Bellabre et lui dit:
• Mon compagnon, mon ami, je vous prie de m'aider à obtenir de monseigneur d'Ainay, mon oncle ", qu'il me
t. Monnaie de billon frappée sous Charles VIII qui lui avait donné son nom ; elle valait dix deniers.
2. Onde & la mode de Bretagne, cet abbé n'était en réalité que le cousin du jeune Bayart.
donne de l'argent ; je sais bien que si mon oncle monseigneur de Grenoble était ici, il ne me refuserait rien ; mais il est à son abbaye de Saint-Sernin à Toulouse; c'est bien loin; jamais un homme ne pourrait y aller et en revenir à temps.
— Soyez tranquille, lui dit Bellabre, nous irons vous et moi à Ainay, et j'espère que nous réussirons. »
Saint-Martin d' Ainay.
Cela réjouit quelque peu le Bon Chevalier; toutefois il ne reposa guère la nuit. Bellabre et lui couchaient ensemble. Ils se levèrent matin, puis ils se mirent dans un de ces petits bateaux de Lyon, et se firent mener à Ainay. Quand ils furent descendus, le premier homme qu'ils trouvèrent dans le pré, fut l'abbé qui disait ses heures
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avec un de ses religieux. Les deux gentilshommes allèrent le saluer; celui-ci, qui avait déjà ouï parler comment son neveu avait touché à l'écu de messire Claude, et se doutait bien qu'il faudrait débourser, ne leur fit pas grand accueil; mais il s'adressa à son neveu et lui dit:
« Qui vous a donné cette hardiesse de toucher à Técu de messiré Claude de Vauldray? Il n'y a que trois jours que vous étiez page, et vous avez à peine dix-sept ou dix-huit ans. On devrait encore vous donner des verges à vous qui montrez un si grand orgueil. »
Le Bon Chevalier répondit :
« Monseigneur, je vous assure ma foi que ce n*est pas l'orgueil qui me le fit faire, mais le désir et la volonté de parvenir , par des faits vertueux , à l'honneur que vos prédécesseurs et les miens ont obtenu, m'en ont donné la hardiesse. Je vous sapplie, monseigneur, tant que je puis, vu que je n'ai ni parent, ni ami à qui je puisse présentement avoir recours, sinon à vous, que votre bon plaisir soit de m'aider de quelques deniers pour me procurer ce qui m'est nécessaire.
— Sur ma foi, répondit l'abbé, cherchez ailleurs qui vous prête de l'argent ; les biens donnés par les fondateurs de cette abbaye l'ont été pour y servir Dieu et non pas pour dépenser en joutes et en tournois. »
A cette parole de Tabbé, le seigneur de Bellabre reprit otlui dit :
a Monseigneur, sans les vertus et les prouesses de vos prédécesseurs, vous ne seriez pas abbé d'Ainay ; c'est par leur moyen et non par un autre que vous y êtes parvenu. Il faut avoir reconnaissance des biens qu'on a reçus par le passé, et espérance d'avoir quelque rémunération de ceux qu'on l'ait. Votre neveu est de
bonne race, bien aimé du roi et de monseigneur notre maître ; il a la volonté de parvenir, vous devriez en être bien joyeux. Il a besoin que vous Faidiez ; il ne saurait vous coûter deux cents écus pour le mettre en bon équipage, et iJ pourra vous faire de Thonneur pour nlus de dix mille. >
L'abbé tint plusieurs autres propos^ mais il consentit enfin à aider le Bon Chevalier et les mena à son logis ; iJ fit ouvrir une petite armoire vitrée, et d'une bourse qui s'y trouvait, il tira cent écus qu'il donna à Bellabre, en lui disant :
a Mon gentilhomme, voilà cent écus que je vous donne pour acheter deux chevaux à ce vaillant gendarme, car il a encore la barbe trop jeune pour manier les deniers. Je m'en vais écrire un mot à Laurencin pour qu il lui fournisse les habillements qui lui seront nécessaires.
— G'es^ très-bien, monseigneur, dit Bellabre, et je vous assure que, quand chacun le saura, vous n'en aurez que de l'honneur. »
L'abbé demanda aussitôt de l'encre et du papier pour écrire à Laurencin ; il lui manda de fournir à son neveu ce qui serait nécessaire pour s'accoutrer à ce tournoi, s'imaginant qu'il ne pourrait avoir besoin de plus de cent francs de marchandises.
Aussitôt que les gentilshommes eurent leur lettre, et que le Bon Chevalier eut très-humblement remercié son oncle de la courtoisie qu'il lui faisait, ils s'en retournèrent fort joyeux de ce qu'ils avaient si bien travaillé.
Bellabre parla le premier et dit :
« Quand Dieu envoie de bonnes fortunes aux gens il faut bien et sagement les conduire. Ce qu'on dérobe à moine est pain bénit. Nous avons une lettre à Laurencin
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pour prendre ce qu'il vous faudra. Allons vitement à son logis avant que votre abbé ait pensé à ce qu'il a fait, car il n'a point limité dans sa lettre jusqu'à combien d'argent il vous donne d'accoutrements. Par la foi de mon corps ! vous serez équipé pour le tournoi et pour d'ici à un an ; car vous n'en aurez jamais autre chose. »
, Le |Bon Chevalier, qui ne demandait pas mieux, se prit à rire et lui dit :
« Par ma foi, mon compagnon, la chose va bien ainsi ; mais, je vous prie, hâtons-nous, car j'ai grand'peur que, s'il s'aperçoit de ce qu'il a fait, il n'envoie aussitôt un de ses gens déclarer pour combien d'argent il entend qu'on me fournisse d'habillements. »
Aussitôt ils marchèrent droit au logis de Laurencin qui était dans sa boutique. Ils le saluèrent, et Bellabre dit :
« Par mon âme ! sire Laurencin, mon compagnon et moi nous venons de voir un honnête abbé ; c'est monseigneur d'Ainay.
— Je vous assure, dit Laurencin, que c'est un grand homme de bien, et qu^il me tient du nombre de ses bons serviteurs. J'ai eu en ma vie affaire à lui de vingt mille francs, mais jamais je ne trouvai un homme plus rond.
— Mais vous ne savez pas l'honnêteté qu'il a faite à son neveu, mon compagnon que voici, dit Bellabre ? Il a su qu'il avait touché l'écu de nîessire Claude de Vauldray, et qu'il voulait s'éprouver, pour acquérir de l'honneur comme ses ancêtres ; sachant que nous couchions ensemble, il nous a .envoyés quérir tous deux ce matin, et après nous avoir fait très-bien déjeuner, il a donné trois cents beaux écus à son neveu pour avoir des chevaux, et davantage pour s'accoutrer, de sorte qu'il n'y ait homme en la compagnie mieux en ordre que lui : et il nous a
donné une lettre adressée à vous, pour lui fournir ce qui lui sera nécessaire. »
Bellabre montra la lettre à Laurencin qui reconnut incontinent le seing de monseigneur Tabbé.
• Je vous assure, messeigneurs, dit Laurencin, qu'il
Vieilles maisons de Lyon.
n'y a rien céans qui ne soit à votre commandement, et à celui de monseigneur qui m'écrit. Regardez seulement ce qu'il vous faut. »
Ils firent aussitôt déployer des draps d'or, d'argent, des satins brochés, velours et autres soies dont ils prirent
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pour le Bon Chevalier, la valeur de sept ou huit cents francs. Puis ils 8*en allèrent à leur logis ; et incontinent envoyèrent quérir des tailleurs pour faire leurs habits.
Revenons à Tabbé qui fut bien aise quand il se vit débarrassé de son neveu. Il commanda qu'on servît le dîner où il eut de la compagnie. Entre autres propos, il dit tout haut:
« J'ai eu une terrible étrenne ce matin : ce garçon, mon neveu de Bayart, a été assez fou que d'aller toucher reçu de messire Claude ; et pour s'habiller, il est venu me demander de l'argent, j'en ai été pour cent écus. Et encore n'est-ce pas tout : j'ai écrit à Laurencin de lui fournir ce qu'il demandera pour compléter son équipage. »
Le secrétaire deFabbé répondit:
« Ma foi ! monseigneur, vous avez bien fait. Il veut imiter l'exemple de monseigneur votre grand-père qui fut si vaillant homme^ et de tous ses parents. Je ne vois qu'un mal en ceci : il est jeune et plein d*ardeur; vous avez écrit à Laurencin qu'il lui fournisse ce qu'il demandera ; je suis sûr qu'il le fera, quand il serait question do deux mille écus. J'ai peur qu'il n'en prenne plus que vous n'entendez. »
L'abbé réfléchissant sur ce mot, répondit :
« Par saint Jacques ! vous dites vrai : je n'ai pas fixé la somme. »
Et il ajouta :
c Qu'on m'appelle le maître d'hôtel. »
Celui-ci vint sur l'heure.
« Nicolas, dit l'abbé, un autre servira bien pour vous. Allez à la ville chez Laurencin et dites-lui que je lui ai écrit ce matin de donner quelques habillements à mon neveu de Bayart pour le tournoi de messire Claude; qu'il
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lui en fournisse pour cent ou cent vingt francs, et non pour plus ; et ne faites qu'aller et venir. »
Le maître d'hôtel alla vite , mais il partit trop tard. Quand il arriva chez Laurencin, celui-ci était à table ; comme il était assez accoutumé céans, il monta' en haut et salua la compagnie qui lui rendit son salut.
«t Monseigneur le maître, dit Laurencin, vous venez à propos; lavez- vous les mains et venez faire comme nous.
— Je vous remercie, répondit-il, ce n'est pas ce que je veux. Monseigneur m'envoie ici parce qu'il vous a écrit aujourd'hui de fournir à son neveu de Bayart quelques accoutrements. »
Laurencin n'attendit pas qu'il eût achevé, et dit : « Monseigneur le maître, j'ai déjà fait tout cela, et je vous assure que je l'ai mis en bon ordre. C'est un jeune gentilhomme très-honnête, monseigneur fait bien de l'aider.
— Et pour combien lui en avez- vous fourni ? dit le maître d'hôtel..
— Je ne sais, ma foi ! dit le marchand, si je ne vois mon compte et son récépissé au dos de la lettre de monseigneur; mais il m'est avis qu'il y a environ pour huit cents francs.
— Là, par Notre-Dame ! vous avez tout gâté !
— Pourquoi ?dit Laurencin.
— Parce que, dit le maître d'hôtel, monseigneur voug mandait par moi de ne lui en fournir que pour cent ou cent vingt francs.
— La lettre ne dit pas cela, dit Laurencin, et en eùtil demandé plus, je le lui aurais donné, ainsi me le mandait monseiprneur.
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— Alors il n*y a pas de remède, fit le maître d'hôtel. A Dieu je vous recommande. »
Il s'en retourna à Ainay, et trouva encore la compagnie où il Pavait laissée. Quand rab])é vit son maître d'hôtel : « Eh bien, Nicolas, avez-vous parlé à Laurencin ?
— Oui, monseigneur, mais je suis allé trop tard; votre neveu avait déjà fait sa foire, il en a seulement pris pour huit cents francs.
— Pour huit cents francs ! sainte Marie , dit Fabbé, voilà un mauvais garnement. Vous savez bien son logis, allez le trouver, et dites-lui que, s'il ne va vitemenl rendre à Laurencin ce qu'il a pris, jamais il n'obtiendra de moi un denier. »
Le maître d'hôtel obéit à monseigneur, et s'en vint à Lyon, croyant trouver son homme ; mais celui-ci qui s'était bien douté de l'aventure, avait dit à ses serviteurs : • Si quelqu'un d* Ainay me vient demander, qu'on fasse force excuses, en sorte que je ne lui parle point. » Il fit avertir de même tous ceux du logis.
Quand le maître d'hôtel vint demander Bayart, on lui répondit qu'il était chez monseigneur de Ligny; il y alla et ne le trouva pas ; il retourna au logis. On lui dit qu'il était allé essayer des chevaux au delà du Rhône. Bref, il y alla plus de dix fois, mais jamais il ne put le trouver. Il s'en retourna ; il vit bien que c'était une moquerie. Quand il fut de retour à Ainay, il dit à monseigneur que c'était du temps perdu de chercher son neveu ; qu'il avait été plus de dix fois à son logis, mais qu'il était impossible de le trouver, car il se faisait celer. L'abbé dit : « Par mon serment! c'est un mauvais garçon, mais il s'en repentira. » Son courroux se passa quand il voulut, mais Bayart n'en eut pas autre chose.
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Aussitôt que le Bon Chevalier et son compagnon eurent de Laurencin ce qu'ils demandaient, ils ne firent pas grand séjour en sa maison, se doutant de ce qui advint. Ils se retirèrent en leur logis, et envoyèrent quérir des tailleurs, pour faire à chacun trois accoutrements par-dessus le harnais ^ Le Bon Chevalier voulait que son compagnon fût de sa livrée ; aussi tout était commun entre eux. Après qu*ils eurent donné ordre pour les habillements, Bellabre dit: • Compagnon, il faut que nous allions voir des chevaux. Je connais un gentilhomme de Piémont qui loge à la Grenette, il a un bas roussin bien relevé et bien remuant ; ce sera bien votre affaire ; et il me semble aussi T[u11 a un petit coureur bai qui est fort adroit. On m'a dit qu'il les veut vendre, parce que, il y a huit jours, il s'est rompu une jambe en chevauchant. Allons voir ce que c'est.
— C'est bien avisé, • répondit le Bon Chevalier.
Ils se rendirent au logis de ce gentilhomme qu'ils trouvèrent en sa chambre. Ils le saluèrent, et il leur rendit leur salut, comme courtois chevalier. Bellabre prit la parole et dit : « Mon gentilhomme, voici mon compagnon qui a le désir d'acheter une couple de chevaux que vous avez ; on nous a rapporté que vous les voulez vendre, à cause de l'accident qui vous est advenu, et qui nous ' afflige pour vous. — Sur ma foi ! messeigneurs, répondit le gentilhomme, c'est vrai ; et cela me fait grand'peine, car les chevaux sont beaux et bons. Mais, puisqu'il plait ainsi à Dieu, je vois bien que de trois mois je ne saurais quitter cette ville. Les vivres y sont chers ; mes chevaux me coûteraient à nourrir; vous me sembiez