‹ Histoire du gentil seigneur De BayartChapitre 16 sur 53 · Dans le Pas-de-Calais · texte numérisé non relu

Dans le Pas-de-Calais

ne fit semblant d'avoir de l'orgueil, mais il repondait courtoisement à leurs paroles et disait : « Messeigneurs, mes compagnons, la louange qu'on me donne est à grand tort ; il n'y a pas encore tant de bien en moi pour que je puisse valoir grand*chose ; mais s'il plait à Notre-Seigneur, moyennant votre bonne aide, je parviendrai à être au nombre des gens de bien. » Ce propos fut laissé et on parla d'autres matières. L'un des gentilshommes de la compagnie, appelé Tardieu, homme joyeux et facétieux, adressa ces paroles au Bon Chevalier : c Compagnon, mon ami, je vous avertis qu'en toute la Picardie il n'y a point de plus belles dames qu'en cette ville, et votre hôtesse, que vous n'avez pas encore vue, en est une; elle est allée aux noces d'une de ses nièces ; demain elle reviendra et vous la verrez à votre aise. Il est impossible que vous soyez venu tenir garnison sans écu; il faut à votre arrivée faire parler de vous, et par vos belles actions acquérir les grâces des dames de cette contrée. Il y a longtemps qu'il n'y a eu de prix donné en cette ville ; je vous supplie, tant que je puis, de vouloir en donner un avant huit jours ; et ne me refusez pas, s'il vous plaît, la première requête que je vous fais. » « Sur ma foi ! monseigneur de Tardieu, repartit Bayart, quand vous me demanderiez une chose beaucoup plus importante, croyez que vous ne seriez pas éconduit ; comment le seriez-vous pour celle-ci, qui me plaît autant ou plus qu'à vous. Si vous voulez m'envoyer demain matin lo trompette , et que nous ayons congé de notre capitaine , je ferai en sorte que vous soyez content. » Tardieu lui dit : « Ne vous souciez pas du congé ; le capitaine Louis d'Ars nous Ta donné pour toujours ; ce n'est point pour mal faire. Il n'est pas ici à présent, mais il y sera dans

quatre jours ; s'il y a mal, j'en prenas la faute sur moi. — « Eh bien! donc, répondit le Bon Chevalier, demain votre désir sera exécuté. »

Quoique le Bon Chevalier, fatigué de son voyage, eût grand besoin de repos, le propos que lui avait tenu son compagnon Tardieu Fempôcha de dormir ; toute la nuit il pensa comme serait ordonné son tournoi. Quand Tardieu vint le voir le matin et lui amena le trompette, il trouva déjà par écrit l'ordonnance du tournoi qui portait :

« Pierre de Bayart, jeune gentilhomme du Dauphiné, nouvellement initié au métier des armes, appartenant aux ordonnances du roi de France, sous la charge et conduite de haut et puissant seigneur monseigneur de Ligny, fait crier et publier un tournoi, au vingtième jour de juillet, hors et tout proche des murs de la ville d'Aire, à tous venants, pour y combattre à trois coups de lance sans lice S à fer émoulu * et en harnais de guerre *, et douze coups d'épée, le tout à cheval. Et au mieux faisant il donne un bracelet d'or émaillé * de ses armes ^ du prix de trente écus. Le lendemain, il serait combattu à pied à poulx de lance •, à une barrière de la hauteur du nom-

1. Licej était le tampon de tapisserie qui, en garnissant la pointe de la lance, amortissait les coups ; cette expression équivaut à fleuret démoucheté.

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