PRÉFACE DE L'AUTEUR
Bien que de tout temps, la grâce de Notre-Seîgneur se soit si grandement répandue en cette douce contrée de France, que bien peu de choses y manquent, quant aux nécessités du corps, ce qui est une manne pour la vie mondaine, cependant la grande aisance dans laquelle vivent grands, moyens et petits, leur procure une telle oisiveté qu'ils ne peuvent se soustraire au péché d'envie ; qu'ils blâment souvent à tort et sans cause les innocents, et tiennent cachés les mérites, prouesses et honneurs des vertueux, pourtant il s'en trouvera peu qui aient su ou voulu dire quelque chose contre l'honneur du Bon Chevalier, et s'ils l'ont fait, ce n*a été qu*à la dérobée ; car le Bon Chevalier Bayart s'est si vertueusement gouverné en ces trois états, qu'il en aura, quant à Dieu, sa grâce, et quant au monde, une couronne verdoyante et immor
Et combien que de tout temps en caste douice contrée de France la grâce de Nostre-Seigneur s*est si grandement espendue que peu de deffault y survient quant aux nécessités du corps, qui est une manne quant à ceste vie mondaine, ung autre inconvénient à ceste occasion y survient; c'est que la grande ay se que grands, moyens et petits y soustiennent, les mect en telle oisyveté qu'ils ne se peuvent contenir du péché d'envye, en blasmant aucunes fois à tort et sans cause les innocents, et en détenant cachés les mérites, prouesses et honneurs des vertueux. Si s'en trouvera-il peu qui sceussent ou ayent voulu dire chose contre l'honneur d'icelluy bon chevalier, s'ils ne l'ont dit à l'emblée ; car en iceulx trois estats s'est si vertueusement gouverné qu'il en aura, quant à Dieu, sa grâce, et quant au monde, verdoyante et immortelle couronne de laurier, pour ce que tou-
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elle de laurier ; il ne s'en est jamais trouvé de plus obéissant pour TÉglise, de plus compatissant, ni do plus secourable pour l'état de labour *.
chant réglise ne s'en est jamais trouvé ung plus obéissant, quant à Testât de noblesse ung plus deifensible, et à Testât de labour ung plus piteux ne secourable.
1. On sent qae l'écrivain anonyme, homme du tiers-état, a vécu du temps de ce bon roi Louis XII, qui donnait de si vertes leçons à ces nobles terribles aux laboureurs. Le poète Andrieux a raconté en vers charmants l'histoire d'un seigneur invité par le roi à un excellent dincr où il ne manquait que du pain et puis congédié avec ces ipots :
I.... Puisqu'il faut, monsieur, du pain pour vous nourrir ■ Songez à bien traiter ceux qui le font venir. »
DE BAYART