JETONS DES REINES DE FRANCE
Comme les Rois de France, les Reines avaient leur hôtel, avec l'attirail d'offices et d'officiers qui en était la conséquence. Les rois avaient eu soin d'entourer leurs chières compaignes d'un train de service digne d'elles. On voit par plusieurs ordonnances et notamment par celle de Philippe V, du 16 novembre 4318, que l'hôtel de la Reine était assimilé à celui du Roi, et que ses officiers jouissaient conséquemment des mêmes droits. Charles VI eut l'occasion de confirmer cette assimilation dans une ordonnance de juillet 1411, où il en fait reposer le principe sur ce, dit-il : « Que les officiers^ serviteurs et familiers d'icelle nostre compaigne sont principalement à Nous et par Nous retenuz et mis en son hostel et service^ et que en la servant ils Nous servent, et doient pour ce estre tenuz. et aussi les tenons-Nous et reputons noz officiers, serviteurs et familliers de nostre hostel, comme se ils Nous ser voient en nostre personne (l), »
Les Reines ayant eu leur hôtel , on comprend facilement qu'il ait existé des jetons frappés pour leur service ; jetons d'autant plus intéressants qu'ils portent presque tous les armoiries de la Reine sous laquelle ils ont été faits, ce qui per-
(1) Ordonnances des Rois de France, t. IX.
met, non-seulement de leur assigner une époque positive, mais encore de déterminer, au moyen des rapprochements et des comparaisons, l'époque de beaucoup d'autres jetons qui ne portent pas avec eux les mêmes éléments de classification chronologique.
Déjà en 1848, l'un des auteurs de ce Recueil, en appelant l'attention des archéologues sur cinq jetons des Reines Clémence de Hongrie (1315-1328), Jeanne de Bourgogne (1328- 1348), Jeanne d'Auvergne (1350-1361), et Marie d'Anjou (1422-1463), dont trois avaient été précédemment publiés, mais sans que la véritable origine en eût été reconnue, émettait l'espoir que l'on parviendrait à établir une série non interrompue des jetons des Reines de France, depuis l'époque de saint Louis (1). Si nous ne sommes pas encore en mesure de remplir complètement ce programme, on reconnaîtra du moins, par les descriptions qui suivent, qu'il y en a déjà une bonne partie de réalisée. Nous pouvons aujourd'hui commencer la série à la Reine Blanche de Castille, mère de saint Loufe, et nous ouvrirons un article à chacune des Reines qui l'ont suivie, jusqu'à l'époque de la Renaissance, même à celles dont nous ne connaissons pas de jetons; c'est en signalant les lacunes que l'on peut être plus certain d'arriver à les voir disparaître. Des deux dates dont nous faisons suivre le nom de chaque Reine, la première n'indique pas toujours la date du mariage, l'union ayant parfois précédé l'avènement du mari au trône ; quant à la seconde date, elle indique invariablement l'année du décès de la Reine, parce que, alors même qu'elle survivait à son mari, elle n'en conservait pas moins durant son veuvage les mêmes armoiries et un train de maison assez important pour motiver la frappe de jetons particuliers.
(1) M. Hucher, 2^ Supplément à Fessai sur les monnaies du Maine. lievue numismatique de 1848, p. 365.