‹ Histoire du jeton au moyen ageChapitre 36 sur 70 · ET DE QUELQUES AUTRES SEIGNEURS D'ORIGINE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ET DE QUELQUES AUTRES SEIGNEURS D'ORIGINE FRANÇAISE

Dans ce chapitre sont réunis les jetons que nous connaissons des princes issus de la Maison royale de France, et ceux de quelques grandes maisons féodales.

Si avec les jetons que nous sommes parvenus à rassembler, et dont la majeure partie n^avait pas été signalée, on ne peut encore accompagner d*une manière suivie le père Anselme dans le cours de son histoire généalogique de la Maison de France, nous croyons du moins en publier assez pour que Ton puisse espérer d'y arriver un jour en continuant les recherches. Il est, en effet, peu de branches importantes que nous ne soyons déjà en mesure de représenter par quelques jetons ; il ne s'agit plus que de compléter les séries.

Nous verrons bientôt, dans la suite même de ce chapitre, que les femmes de plusieurs grands feudataires, de même que les Reines de France, eurent des jetons frappés pour leur propre service. Nous devons, à ce propos, faire une remarque, qui découle de Texamen des sceaux aussi bien que de Texamcn des jetons : c'est que le mari ne comprenait au nombre de ses insignes héraldiques les armoiries de famille de sa femme, qu'autant que celle-ci lui apportât la possession des terres, ou tout au moins des prétentions sur les terres auxquelles ces armoiries étaient afférentes. Les armoiries de famille de la femme devenaient dans ce cas , pour le mari, des armes de

possession ou de prétention^ et ce n'était qu'à ce titre qu'il les prenait. La femme, au contraire, conservait dans tous les cas ses armes de famille, en adoptant en même temps celles de son mari. Lors donc que l'on rencontre, sur un jeton du moyen âge, deux blasons appartenant l'un au mari et l'autre à la femme, et que l'on ne peut les expliquer comme armes de possession ou de prétention, on peut admettre comme principe général que le jeton a été frappé pour le service de la dame bien plutôt que pour le service du mari; à moins toutefois que ce ne soient des jetons frappés à l'occasion même du mariage , comme l'usage s'en répandit d'assez bonne heure dans les états des ducs de Bourgogne de la race de Valois.

Lorsque des femmes nobles, au lieu de laisser dans deux écus èéparés les armes de leurs maris et leurs propres armes de famille, voulaient les réunir en un seul écu, c'était uniquement à l'aide du parti que l'assemblage avait lieu. Quant aux hommes, s'ils avaient à composer leur blason de plusieurs armes, ils partageaient leur écu de diverses manières, ayant même recours au partie si bon leur semblait, lorsqu'ils n'avaient à y faire entrer que les armoiries de deux terres, mais préférant assez généralement, dans ce cas, Vécartelé, Quoi qu'il en soit, on rencontre sur les jetons du moyen âge, comme sur les sceaux et les monnaies, quelques blasons masculins à l'écu parti ; mais c'est moins la règle que l'exception, et l'on peut dire que la présence de l'écu parti sur les jetons indique presque généralement des jetons de dames.

Nous aurions désiré pouvoir suivre dès à présent, pour l'ordre de nos descriptions, le plan même de l'ouvrage du père Anselme; mais nous aurions eu trop souvent à entrer dans des détails de généalogie au milieu desquels nos jetons auraient en quelque sorte été comme perdus, à cause de leur nombre relativement encore trop restreint, eu égard à la quantité de personnages que nous aurions eu à citer. A défaut de ce cadre,

nous aurions volontiers adopté la description dans l'ordre géographique des provinces; mais ici nous nous sommes trouvés arrêtés par une autre considération : souvent, un même prince avait ses possessions dans des provinces très- éloignées les unes des autres, et comme les jetons du moyen âge, à la différence des monnaies, font assez rarement connaître s'ils ont été frappés pour une possession ou pour une autre du même seigneur, nous aurions été continuellement exposés à des méprises contre lesquelles les moyens de nous tenir en garde nous auraient manqué. L'ordre alphabétique par familles n'aurait non plus été que fort peu satisfaisant, et aurait fait double emploi avec la table la plus simple.

Ces considérations nous ont portés à adopter un quatrième mode de classement : la description par branches de la famille royale, en commençant autant que possible par les plus anciennes, mais en tenant compte en même temps du plus ou moins d'ancienneté des premiers jetons connus de chaque branche. Nous terminons le chapitre par les jetons de quelques familles seigneuriales qui ont eu leur importance , mais qui n'appartenaient pas, ou qui n'appartenaient que de loin, à la Maison de France.

Nous ne nous dissimulons pas que ce classement peut paraître arbitraire ; qu'il peut à chaque instant se trouver modifié par des découvertes nouvelles; mais il nous paraît pouvoir suffire dans l'état des connaissances actuel, et nous ne le proposons pas comme un modèle à suivre pour les publications ultérieures où pourront être mis en œuvre des matériaux plus complets.

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