COMTES D'ARTOIS
La série des comtes d'Artois commence à Robert, fils du roi Louis VIII. Il fut tué en 1249 à la bataille de la MassQure, et
son fils, Robert II, qui lui succéda, perdit la vie à la bataille de Courtray (1302). Ce dernier avait épousé en troisièmes noces, en 1298, Marguerite de Hainaut, qui mourut en 1342, et dont on a uu jeton.
1. Écu d'Artois, parti de Hainaut. Les armes d'Artois sont figurées par trois fleurs de lis surmontées d'un lambel dont on ne voit que deux pendants; les armes de Hainaut sont figurées par un lion rampant (1).
1^. Écu orné d'une bordure et renfermant un râteau en pal (2). {Collection de M. Hermand, à Saint-Omer.)
Le type de l'avers imite presque à s'y méprendre le contrescel de la comtesse d'Artois, Marguerite de Hainaut (3). Quant au râteau du revers, il indique le service de l'écurie, et l'on ne doit pas plus, nonobstant la présence de l'écusson, y chercher des armoiries proprement dites que sur les jetons des Reines Jeanne de Navarre (1285 — 1304) et Jeanne d'Évreux (1328 — 1370), sur lesquels le râteau figure, enfermé dans un encadrement semblable (4).
Les armes d'Artois sont ordinairement blasonnées : de France, au lambel de gueules à trois pendants^ chargés chacun de trois châteaux d'or. Ces châteaux avaient été tirés par Robert I" des armes de sa mère. Blanche de Castille. Mais on
(1) Mahaut de Brabant, femme de Robert 1er, comte d'Artois, avait également pour armes de famille un lion rampant; mais il ne paraît guère possible d'attribuer à cette princesse le jeton que nous donnons à Marguerite de Hainaut, femme de Robert II; ce serait, pensons-nous, faire remonter bien haut la règle de Fécu parti pour les blasons de femmes. Mahaut de Brabant, dont Tunion avec Robert !«' avait eu lieu en 1237, était remariée à Guy III, comte de Saint-Pol, fort peu de temps après la mort de son premier époux (1249).
(2) Ce jeton sera publié dans Fintéressant recueil des méreaux et des jetons de l'Artois, que M. Hermand nous promet, pour faire suite à son Histoire monétaire de la môme province.
(3) Olivier de Vrée, Généalogie des Comtes de Flandre, page 48. (i) Voir ci-dessus, pages 82 et 88.
rencontre souvent les arraes d'Artois figurées sans châteaux sur le lambel, et quelquefois les pendants sont au nombre de quatre et même de cinq. Les châteaux du lambel manquent sur le jeton ainsi que sur le contre-scel de Marguerite de Hainaut, où ils sont remplacés par des espèces de compons. Quant aux armes de Hainaut, elles ont varié plusieurs fois. A l'époque de Jean II, d'Avesnes, comte de Hainaut, père de Marguerite, dont il vient d'être question , elles étaient d'or, au lion de sable, lampa^sé et armé de gueules.
Nous devons décrire ici un jeton dont l'attribution n'est pas pour nous sans embarras.
* 2. ECU renfermant trois fleurs de lis au pied posé, surmontées d'un lambel à trois pendants, chargés chacun de trois châteaux. Entourage de trois arcs de cercle, accompagnés de quintefeuilles et de trèfles.
Rf. ECU billeté, renfermant trois fleurs de lis au pied posé; mêmes accompagnements qu'à l'avers. (Cuivre rouge; PI fig.78.)
Les châteaux du lambel déterminent d'une manière non équivoque les armes d'Artois, nonobstant la forme un peu insolite des fleurs de lis. Les armes du revers nous sont malheureusement demeurées inconnues.
Nous pensons que ce jeton, s'il n'est pas du temps de Robert II (1250—1302), est au moins du temps de la comtesse Mahaut, qui lui succéda en Artois (1302 — 1329).
Mahaut était fille de Robert II. Elle avait eu un frère, Philippe d'Artois, qui était mort avant son père, laissant un fils du nom de Robert. Elle avait obtenu sur celui-ci le comté d'Artois, en vertu du droit coutumier de la province, qui excluait la représentation, mais contrairement à la coutume féodale, qui n'admettait les femmes à la succession des fiefs qu'à défaut de mâles. Ainsi privé de l'héritage paternel, Robert d'Artois ne tarda pas à le réclamer par voie de procès à la
cour du Roi de France, et même par la voie des armes ; mais après avoir échoué deux fois dans sa demande, en 1309 sans Philippe le Bel, et en 1318 sous Philippe V, il dut renoncer, au moins momentanément, à ses prétentions. Il lui restait d'ailleurs des propriétés assez importantes, au nombre desquelles les seigneuries de Couches et de Meun-sur-Yèvre, qu'il tenait de sa mère, Amicie de Courtenay, et le comté de Beaumont-le-Roger, qui lui avait été donné par Philippe le Bel. On sait que Robert, lorsque Philippe de Valois, dont il était le beau-frère, fut parvenu à la couronne en 1328, essaya encore de revendiquer le comté d'Artois, et qu'après avoir épuisé cette fois tous les moyens, jusqu'au crime de faux, il finit, en 1331, par être banni du royaume, en vertu d'un jugement de la cour des Pairs, et par se mettre au service du roi d'Angleterre, guerroyant ainsi contre la France. Le dernier procès et la félonie de Robert d'Artois sont au nombre des faits les plus saillants du règne de Philippe de Valois. Robert mourut en 1343. Nous croyons que l'on ne peut attribuer qu'à ce prince le jeton suivant :
3. + MONSEIGNEVR . ROBERT . DARTOIS. Écu semé de France, au lambel à trois pendants, chargés chacun de trois châteaux. Entourage de trois arcs de cercle et de trois angles alternés.
Cf. + lE S VI : DE : LATON... ON. Croix à triple nervure, fleurdelisée et entourée de quatre arcs de cercle. {PL, fig. 79.)
{Collection de M. Louis Deschamps de Pas, à SainP-Omer.)
La légende Monseigneur Robert d'Artois, bien différente de Monseigneur d'Artois, tout simplement, ne peut convenir à un comte d'Artois, et ne désigne qu'un titre de famille. Notre Robert d'Artois portait bien, en sa qualité d'aîné des mâles de la famille, les armes pleines d'Artois (1), et H n'est pas douteux
(i) Olivier de Vrée, Généalogie des Comtes de Flandre, page 48.
que des jetons n'aient été frappés pour son service, puisqu'il en a même été frappé pour le service de sa femme, Jeanne de Valois, plus connue sous le nom de comtesse de Beaumont.
* 4. Ecu k trois fleurs de lis surmontées d'un lambel à trois pendants chargés chacun de trois points. Ces points remplacent les châteaux, que le travail peu soigné du jeton n'aura pas permis de représenter. Champ extérieur ponctué.
çr. Ecu avec bordure, renfermant trois fleurs de lis. Champ extérieur ponctué. {PL, fig. 80.)
Les armes de Valois étaient de France, à la bordure de gueules,
Jeanne de Valois, fille de Charles de France, comte de Valois, avait été mariée à Robert d'Artois en 1318 ; elle mourut en 1363.
Nous revenons à la suite des comtes et des comtesses d'Artois, dont nous avons dû momentanément nous écarter. Après Mahaut, le comté d'Artois fut successivement transmis de descendant en descendant direct : en 1329, à Jeanne de Bourgogne, Reine de France, femme de Philippe le Long; en 1330, k Jeanne de France, femme d'Eudes IV, duc de Bourgogne, et en 1347 k Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne, petit-fils de Jeanne de France. Ce dernier mourut sans postérité en 1 361 , et eut pour successeur dans le comté d'Artois sa grand'tante, Marguerite de France, fille de Philippe le Long et de Jeanne de Bourgogne, et veuve de Louis de Crécy, comte de Flandre. Il a été retrouvé plusieurs jetons de Marguerite de France.
* 5. + CAR. DE FAIR [Gardez de faillir), RAETSIA. Ecu au lion de Flandre, parti d'un semé de France. Dans la légende, deux fleurs de lis au pied posé.
Cf. + AMIS : AMES : AMIE : AVES : AVES {Amis , aimez, amie avez). Croix fleuronnée, évidée en quadrilatère arqué, et renfermant une rosace k quatre lobes. (PL, fig. 81.)
Les armoiries qui sont représentées sur cette pièce ne suffi-
raient pas pour la donner à TArtois, puisque ce sont celles que Marguerite, bien avant de posséder cette province, portait déjà en sa qualité de fille de France et de femme du comte de Flandre. Mais toute incertitude cesse lorsque Ton s'est rendu compte de la valeur des lettres RAETSIA qui terminent la légende de Tavers, et qui donnent intégralement, avec deux transpositions, le nom latin de la province : ARTESIA. Or, on sait que ces transpositions, par suite d'erreurs et de distractions des graveurs , n'étaient pas sans exemple ; c'est ainsi qu'on lit sur d'autres jetons FARNCE au lieu de FRANCE (il, DENEIRS au lieu de DENIERS (2) , CETVM au lieu de TECVM, etc. (3).
Quant à la légende : Amis, amés, amie avés, qui se voit au revers du jeton de Marguerite, qui n'avait pas moins de cinquante ans quand elle devint comtesse d'Artois, on est autorisé à penser que cette légende fait partie d'un coin banal qui n'a rien de commun avec l'avers, auquel il ne se trouve accouplé que par hasard. La même légende, au surplus, existe, à notre connaissance, sur trois coins banaux différents, et toujours le mot amie y est au singulier , tandis que les autres mots sont au pluriel ; c'est à demi l'expression d'une pensée plus complètement et plus élégamment rendue par un ancien trouvère artésien :
Qui ame sans tricherie Ne panse n'a Iroiz n'a doz; D'une seule est désireux Cil que loyals amorz lie (4).
Nous connaissons deux autres jetons de Marguerite de France avec l'écu parti également, mais sur lesquels rien n'in-
(1) Voir aux planches, fig. 61.
(2) Ibid., fig. 66.
(3) Ibid., fig, 141 .
(4) Jehan Moniot, d'Arras.
dique qu'ils aient plutôt été frappés pour l'Artois que pour la Flandre; en voici la description :
* 6. + GARDES DE FAILR PSTS P' (Gardez de faillir, faites par loisir) (i,. Ecu de Flandre, parti d'un semé de France.
^. DOM - INV — SVO — BICE. Croix évidée en quadrilatère arqué , fleurdelisée aux extrémités , renfermant une fleur de lis, et coupant la légende en quatre parties. Quatre fleurs de lis dans les cantons de la croix.
* 7. + AVE : MARIA : GRACIA : PLEA. Même type qu'à l'av.ers du numéro précédent.
Cf. + PATER : NOSTER : QVI ES : IN. Croix évidée en quadrilatère arqué, renfermant une fleur de lis, et fleurdelisée aux extrémités.
Nous donnons sur nos planches le dessin d'un quatrième jeton de la comtesse Marguerite :
* 8. + FANCE (France). FLANDRES. ARTOIS. BOVR- GOIGNE. Ecusson écartelé, au 1 de Flandre, au 2 de France, au 3 d'Artois et au 4 de Bourgogne-comté.
^. Même légende qu'à l'avers. Croix à triple nervure, fleuronnée, évidée au centre en rosace à quatre lobes, et cantonnée de quatre fleurs de lis. {PL, fig. 82.)
Dans l'écu de ce jeton, les quartiers du chef, qui forment le parti entre eux, sont comme l'état civil de Marguerite, tandis que les quartiers de la pointe donnent ses armoiries de possessions, cette princesse ayant été de son chef comtesse de Bourgogne en même temps que comtesse d'Artois. Ces terres, à sa mort (1382), passèrent à son fils, le comte de Flandre Louis de Maie.
Nous décrirons plus loin un jeton de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, qui avait épousé la fille unique de Louis de
(1) Nous croyons pouvoir rétablir et continuer ainsi la légende, en la rapprochant de celle du jeton de la famiUe Poilçvilain, figuré sur nos planches, n» 14.
Maie, et sur lequel il prend, entre autres titres, celui de comte d'Artois ; il ne paraît pas que le jeton dont il s'agit ait été frappé particulièrement pour cette province.