‹ Histoire du jeton au moyen ageChapitre 38 sur 70 · COMTES DE PROVENCE, DU MAINE, ETC · texte numérisé non relu

COMTES DE PROVENCE, DU MAINE, ETC

En 1246, Charles de France, troisième fils de Louis VIII, eut en apanage, de son frère saint Louis, les comtés d'Anjou et du Maine. Il avait épousé, l'année précédente, Béatrix de Provence, fille et principale héritière de Raimond-Bérenger II, comte de Provence et de Forcalquier. Le pape Urbain IV le fit roi de Naples et de Sicile, et le couronna en cette qualité en 1265. Ayant acheté les droits de Marie d'Antioche sur Jérusalem, Charles s'en fit également couronner roi à Rome, en 1277. A sa mort (1285), son fils Charles II, dit le Boiteux, déjà comte de Provence, hérita de ses états et de ses titres.

De tous les princes de la maison d'Anjou-Sicile, Charles II est celui qui réunit les possessions les plus considérables. 11 avait épousé en 1270 Marie, fille du roi de Hongrie, et ce mariage eut pour résultat de faire passer le royaume de Hongrie dans la maison d'Anjou, en 1290, par la mort de Ladislas IV, frère de Marie. Charles II décéda en 1309; il n'avait pas eu moins de huit enfants, parmi lesquels Charles Martel, tige des rois de Hongrie de la maison d'Anjou, mort avant son père, et Robert, dit le Bon, qui fut roi de Naples et de Sicile, roi titulaire de Jérusalem, comte de Provence, de Piémont, etc. Quant aux comtés d'Anjou et du Maine, ils avaient été donnés en dot en 1290 à Marguerite, fille de Charles II, lors de sou mariage avec Charles de France, comte de Valois, et ils se

trouvërent réunis à la couronne par Tavénement de Philippe de Valois au trône en 1328.

On peut attribuer aux comtes d'Anjou Charles !**' ou Charles II les deux jetons dont voici la description :

* 9. Champ semé de fleurs de lis et entouré d'une bordure de fleurs de lis plus petites.

1^. Croix potencée, cantonnée de croisettes sans nombre, posées en sautoirs, entourée d'une bordure de petites croix pattées. (H. fig. 114.)

"^10. Champ semé de fleurs de lis dans une bordure de quintefeuilles.

Cf. Croix potencée, cantonnée de croisettes sans nombre. Les armes de Jérusalem sont représentées d'une manière à peu près identique sur un sceau de la cour d'Angers dont on usait sous Charles P% et qui est notamment apposé à des lettres de 1284, de la collection de M. Hucher. Bordure de fleurs de lis (/>/.,%. 115)0).

Nous devons décrire ici un jeton dont le type principal est imité servilement des coronats du Mans, et qui parait, par son travail, remonter à l'époque de Philippe de Valois, qui possédait l'Anjou et le Maine.

'^ 11. APENNACOMINE. Couronne semblable à celle des coronats du Mans ; au-dessous, une fleur de lis.

ÇT. lAIA • M • • OAIOI • AI. Croix pattée , cantonnée de trèfles. (Rev. Num,, 1848, pi. xv). (2).

Il est douteux que l'on parvienne à expliquer ces légendes d'une manière complètement satisfaisante , et nous ne nous livrerons pas. ici à de nouveaux commentaires à leur sujet. Nous renvoyons les lecteurs à ce qui en a déjà été écrit par l'un des auteurs dans un travail plus spécial au Maine (3).

(1) Publié par M. de Fontenay, Fragments (184S, pi. m).

(2) M. Hucher, 2e Supplément à l'Essai sur les Monnaies du Maine,

(3) Id.

Nous (levons nous occuper des princes de la maison d'Anjou- Sicile qui n'avaient pas dans leurs possessions la provinceraère, et dont quelques rares jetons ont été retrouvés.

Fauris de Saint-Vincent, dans son recueil de planches des nîonnaies et des jetons de la Provence, nous fait connaître le jeton suivant :

12. Buste tourné à gauche, couronné et orné d'un manteau semé de fleurs de lis surmontées d'un lambel, qui sont les armes d'Anjou-Sicile.

^. Écusson renfermant une fasce surmontée d'un lambel à quatre pendants. — Des deux côtés, au lieu de légendes, une bordure festonnée analogue à celle que l'on remarque sur le jeton de Jeanne de Naples dessiné sur nos planches, fig, 83, et qui sera décrit ci-après.

Fauris de Saint-Vincent donne ce jeton à Robert, roi de Sicile et comte de Provence (1309-1343). Il existe des monnaies au même type quant à l'avers, frappées sous Charles 11; mais il en existe aussi de Robert (1), et, au résumé, si l'attribution de Fauris de Saint-Vincent n'est pas incontestable, elle est du moins très-vraisemblable.

Cet antiquaire a été moins heureux lorsqu'il a voulu donner à Jeanne de Naples, petite -fille et héritière de Robert II (1343-1382), d'abord un jeton banal très-commun, au type de la couronne royale et à la légende AVE . MARIA . GR . PLNA, que l'on découvre chaque jour dans toutes les parties de la France; puis un jeton sans légende, de travail anglais, au type de la tête de face des esterlins, et à la croix ancrée, de la série de ceux que Snelling a publiés avec plus de raison comme appartenant à son pays. Voici, du reste, un jeton auquel Jeanne de Naples a des droits beaucoup plus évidents. * 13. ECU fascé de six pièces. Au lieu de légende, une bordure festonnée.

(1) Duby, Traité des Monnaies^ pi. xcvi, fig. 5 et 7.

1^. ECU mi-parti d'un fascé de six pièces à dextre et de deux pauxà senestre. Même bordure qu'àTavers. {PL, fig. 83.)

Pied-fort en potin ; épaisseur, 4 millimètres ; poids 16 grammes 20 centigrammes.

Les pieds-forts sont toujours rares, mais ils le sont infiniment plus encore pour les jetons que pour les monnaies. Il nous paraîtrait difficile de ne pas reconnaître dans celui-ci, d'un côté, les armes de Hongrie, et de l'autre côté les mêmes armes parties de Provence; souvenir de l'union néfaste d'André de Hongrie et de Jeanne de Naples (1343), qui se terminait, après deux ans à peine, par la mort violente d'André.

Les armes de Hongrie étaient un fascé d'argent et de gueules, dont le nombre des pièces était le plus souvent de huit, et c'est bien ainsi qu'elles sont représentées sur les jetons que nous avons décrits de la Reine de France Clémence de Hongrie (1); mais la règle n'était pas établie d'une manière tellement invariable que l'on n'y trouve des exceptions. Suivant Bouche, Marie de Hongrie, femme de Charles II, roi de Naples, est représentée sur son sceau, accostée de deux écus, sur l'un desquels sont trois fasces. Or, cet écu est justement celui qui est à gauche de la Reine, et qui donne par conséquent ses armoiries de famille. 11 ne serait pas impossible, d'ailleurs, qu'André de Hongrie, qui n'était qu'un puîné, eût différencié, par le nombre des pièces du fascé, ses armoiries de celles du royaume de Hongrie, qui étaient la propriété de son frère aîné. Quant aux armes de Provence, qui étaient d'argent à quatre paux de gueules, elles sont nettement indiquées sur le jeton; si dans l'écu de Jeanne on ne voit que deux paux, au lieu de quatre, c'est par une conséquence naturelle du mi-parti, où l'on ne représentait souvent que la moitié des armes entières.

Notre jeton a dû être frappé pour la Provence; nous ne

(1) Voir ci-dessus, page 85 et suivante.

nous expliquons pas autrement le motif qui aurait pu y faire préférer, pour la personnification héraldique de Jeanne, les armes de ce comté à celles autrement nobles des royaumes de Jérusalem et de Sicile, qu'elle portait le plus ordinairement.

Cet autre jeton de la maison d'Ânjou-Sicile est, au contraire, d'origine évidemment italienne :

* 14. Homme velu, à la barbe longue et épaisse, marchant en s'appuy ant sur un bâton noueux. Bordure de quintefeuilles.

Cf. Champ armorié, tiercé en pal de Hongrie, d'Anjou- Sicile et de Jérusalem. Par une omission dont on a plusieurs exemples, le quartier d'Ânjou-Sicile n'est pas pourvu du lambel qui doit accompagner le semé de fleurs de lis. Bordure formée d'annelets et de points. {PL, fig. 84.)

Pour se convaincre que ce jeton est bien de façon italienne, il suffit de le rapprocher de ceux de Florence, de Venise et deVéronne, que l'on trouvera plus loin. (/ /., fig. 143, 144, et 145.) Or, les armoiries sont celles qu'ont portées successivement Charles III, de Duras, proclamé roi de Naples et de Sicile après Jeanne, dont il avait hâté la mort (1382), couronné roi de Hongrie en la même année, et Ladislas, fils de Charles III (1386-1414). (1). Ces princes avaient bien leurs possessions en Italie. Quant à la Provence, cette dernière portion de la succession de Jeanne de Naples était passée sans difficulté au pouvoir de Louis I*"", duc d'Anjou, que Jeanne avait institué l'héritier universel de ses biens.

Louis P^ duc d'Anjou, en même temps comte du Maine (1361-1384), chef de la seconde maison d'Anjou du sang royal de France, était le deuxième fils du roi Jean le Bon. Il portait de France à la bordure de gueules; mais, lorsque

(1) Les mêmes armes sont données, parle père Anselme, à Charles dit Martel, ei à Charobert, rois de Hongrie (1290-1342); mais ces deux princes n'avaient leurs possessions qu'en Hongrie, et notre jeton est évidemment de façon italienne.

Jeanne l'eut reconnu pour son héritier, il chercha à faire valoir ses droits sur la Sicile, s'intitula roi de Jérusalem et* de Naples, et ajouta à son blason les armes de Jérusalem et d'Ânjou-Sicile, qu'il porta même quelquefois à l'exclusion de ses armoiries propres. Louis II, son fils (1384-1417), et ses autres successeurs, Louis III (1417-1434), René (1434-1480) et Charles (1480-1481), prenaient également les titres de rois de Jérusalem et de Naples, et portaient les armoiries en conséquence.

Quelques jetons, d'origine française, rappellent la grandeur des ducs d'Anjou issus du roi Jean. Ceux que nous connaissons paraissent tous avoir appartenu à la Chambre des comptes que ces princes avaient à Angers.

* 15. + POVR. LE VRAI. SAVOIR. Champ armorié, parti de Jérusalem et d'Anjou-Sicile. Trois fleurs de lis dans la légende.

Cf. Croix à triple nervure, fleurdelisée, évîdée au centre en rosace, et entourée de quatre arcs de cercle. {PL, fig. 116.)

La légende Pour le vrai savoir peut être comprise de deux manières bien différentes, suivant que l'on prend le mot vrai pour un adjectif ou pour un substantif, et le mot savoir pour un substantif ou pour un verbe. Nous croyons qu'elle n'a d'autre objet que de rappeler que les jetons étaient faits pour savoir le rrai dans les comptes.

* 16. + GETOVERS : DES : COPTES : DAGIERS. Écu en losange, parti de Jérusalem et d'Anjou-Sicile.

Page 1