COMTES D'ÉVREUX, ROIS DE NAVARRE
Avant de décrire les jetons de la branche royale d'Évreux, nous devons, pour la clarté de notre sujet, donner la suite des principaux membres de cette branche.
Louis de France, qui eut en apanage les comtés d'Évreux, d'Étampes, de Beaumont-le-Roger, etc., était fils de Philippe le Hardi. Il était né en 1376, et il mourut en 1319. Il portait de France, à la bande componée d'argent et de gueules.
Philippe , fils de Louis , hérita des comtés d'Évreux et d'Étampes; il avait, en 1318, à l'âge de treize ans, été marié à la fille unique de Louis le Hutin, Jeanne de France, qui était encore de six ans plus jeune que Philippe. La loi salique avait fait exclure Jeanne de la succession à la couronne de France, mais elle tenait du chef de son père le royaume de Navarre, à la succession duquel les femmes étaient aptes. Toutefois, et à cause du jeune âge de Jeanne, ses oncles, les Rois de France Philippe le Long et Charles le Bel, conservèrent le gouvernement de la Navarre; ce ne fut qu'après la mort de Charles le Bel (1328), que le comte et la comtesse d'Évreux devinrent, de fait. Roi et Reine de Navarre. Les deux époux moururent, Philippe en 1343, et Jeanne en 1349.
Charles le Mauvais, issu de ce mariage. Roi de Navarre et comte d'Evreux, décéda en 1386. Il était veuf, depuis 1373 ou 1378, de Jeanne de France, fille de Jean le Bon, de laquelle il avait eu un fils, Charles le Noble, qui lui succéda.
Charles le Noble demeura Roi de Navarre ; mais il se démit en 1404 du comté d'Évreux en faveur du Roi de France Charles VI, et en échange de diverses terres qui'furent érigées en duché-pairie sous le nom de Nemours. Il mourut en 1435, veuf d'Éléonore de Castille, décédée à Pampelune en 1416, et eut en Navarre pour successeurs de sa race : Blanche
(1425 — 1441), mariée à Jean d'Aragon; Éléonor (1441 — 1479), mariée à Gaston IV, comte de Foix; François-Phœbus (1479—1483); Catherine (1483—1516), mariée a Jean d'Albret.
Nous n'avons pas de jetons de Louis de France, comte d'Évreux. De ceux que nous connaissons de ses descendants, celui-ci est, croyons-nous, au nombre des plus anciens :
* 26. + GARDES DE FAILIR POVR • DEIX. Écu parti de Navarre et d'Évreux, entouré de croisettes en sautoir.
1^. + lE SVI • DE LETTON • POVR lETER. Croix à triple nervure , fleurdelisée et entourée de quatre arcs de cercle. ( PL , fig. 86. )
L'incertitude pour l'attribution de cette pièce peut exister entre le comte-roi Philippe (1319 —1343) et la reine-comtesse Jeanne, sa femme (1319 — 1349); mais nous ne pensons pas que l'indécision puisse s'étendre plus loin. Le travail du jeton est d'un style correct, presque sévère, et de la belle époque de l'art gothique.
* 27. + POVR . LA. CONTOISSE DEVRES. Écu parti de Navarre et d'Évreux, dans un entourage de six arcs de cercle.
çr. + BENEDTTUS : SI . NOMEN : DOMI. Croix à triple nervure , fleurdelisée , évidée au centre- en rosace à quatre lobes, et entourée de quatre arcs de cercle. ( PL, fig. 87.)
Les armoiries de ce jeton , comme blason d'une comtesse d'Évreux, ne peuvent absolument appartenir qu'à Jeanne, dont il vient d'être question, femme du comte Philippe, Reine de Navarre de son chef, et qui portait par conséquent les insignes de Navarre comme armes de possession, ce qui explique pourquoi les armes de la femme ont pu être représentées ici avant celles du mari, qui n'étaient que celles d'un comté. Après cette princesse, il y eut encore deux Reines de Navarre comtesses d'Évreux, qui étaient les femmes de Charles le Mauvais et de Charles le Noble ; mais Técu mi-parti de Navarre et d'Évreux
ne peut leur convenir, puisque les éléments en appartenaient uniquement à leurs maris, et qu'elles n'avaient aucun titre à les porter sans y ajouter leurs armoiries proprés.
* 28. + ARMS . A . REI . NOBL ET . POY {Armes à roi noble et puissant). Dans un entourage de six arcs de cercle, un écu mi-parti de Navarre-Évreux , reproduit dans le sens symétrique, de telle sorte que le quartier d'Évreux se trouve le premier, mais avec la bande transformée en barre.
^. AVE - MA — RIA — GAS. Croix fleurdelisée aux extrémités, évidée en quadrilatère arqué, renfermant au centre une fleur de lis, et cantonnée de quatre lions. {PL, fig. 88.)
Ce jeton est de Charles le Mauvais ou de Charles le Noble, et plutôt, sans doute, du dernier que du premier, si Ton peut, pour l'attribution, faire entrer en ligne de compte Tépithète de Noble donnée au Roi de Navarre dans la légende de l'avers, et les lions qui cantonnent la croix du revers et qui entraient dans les armoiries de la femme de Charles le Noble, fille du Roi de Castille et de Léon.
Comme sur le n** 26 qui précède, et les n*" 29 a 33 qui suivent, le parti de l'écu n'a pas ici sa valeur la plus ordinaire ; il tient lieu de Vécartelé, qui est donné pour armoiries par le père Anselme aux Rois de Navarre de la maison d'Évreux, et que nous verrons bientôt sur quelques jetons.
**29. + DE FRANCE : ET : DE NAVARRE SV. Même type de l'écu mi-parti de Navarre et d'Évreux, reproduit à contre-sens, dans un entourage de six arcs de cercle.
IjC. + lETES . GARDES DE FALI. Croix fleurdelisée, évidée en quadrilatère arqué, et renfermant une fleur de lis au centre. (P/., fig. 89.)
* 30. Variété, qui ne diffère du n° 29 que par la légende du revers : + PATER NOSTER QVI ES IN.
On remarque que, dans la légende d'avers des n°* 29 et 30, les armes d'Évreux sont qualifiées de France , parce qu'en
effet, et nonobstant la brisure de la bande componée, ce n'en était pas moins, en résumé, un semé de France. Olivier de la Marche a dit dans le même sens , dans ses Mémoires, que Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, portait pour armoiries un semé de fleurs de lis écartdé des armes des dtACS ses prédécesseurs, bien qu'en réalité les armoiries propres de Philippe le Hardi ne fussent pas un semé de fleurs de lis purement et simplement, et que ce semé fût accompagné d'une bordure componée d'argent et de gueules. C'est pour avoir donné aux expressions d'Olivier de la Marche une signification trop littérale, que le père Ménestrier a prétendu prouver dans une longue dissertation (1) que le duc Philippe le Hardi portait de France écartelé de Bourgogne ancien, sans aucune brisure dans les quartiers de France, dissertation que le savant jésuite se serait assurément épargnée s'il avait jeté les yeux sur les sceaux et les monnaies de Philippe le Hardi (2).
Trois jetons aux types des n*»' 29 et 30 portent des légendes uniquement pieuses :