ET PRINCES DE LEUR MAISON
La branche royale de Bourbon, il est presque superflu de le rappeler, descendait de saint Louis; mais nous ne trouvons pas de jetons de cette branche avant Tépoque du duc Jean I".
Jean P', né en 1380, était devenu duc de Bourbon en 1410, par la mort de son père, Louis II. Fait prisonnier en 1415, à la bataille d'Azincouit, il mourut en Angleterre, après dixneuf ans de captivité. Il avait épousé, en 1400, Marie, fille du duc de Berry dont nous venons de nous occuper.
Voici trois jetons que nous croyons pouvoir attribuer à Jean P' :
* 71. Écu à trois fleurs de lis, chargé d'une cottice mise en bande et entouré de quatre arcs de cercle. Au lieu de légende, une bordure fleurdelisée, semblable à celle des gros tournois.
çr. + LES : GETOVERS : DE : BONRBON. Croix à triple nervure, fleurdelisée aux extrémités, évidée au centre en rosace, et entourée de quatre arcs de cercle. (P/., fig. 107.)
Les armes de Bourbon étaient de France, à la bande de gueulesy mais le plus souvent la baude y est réduite à une simple cottice.
* 72. Mêmes types, mais avec la légende SIT : NOMEN : DOMINI • BENEDiCTV, au revers (1).
* 73. + AVE MARIA • GRATIA • PLAIGNA. Écu renfermant un dauphin accompagné de deux couronnes rangées en chef. Quatre palmes de chaque côté de l'écu, et, au-dessus, trois rosaces à six feuilles.
1^. + LES : GETOVERS : DE : BONRBON. Même type qu'au revers du n°71.
Les armes du dauphiné d'Auvergne étaient cPor, au dauphin d'azur; et celles du comté de Forez, de gueules, au dauphin d'or. Les ducs de Bourbon avaient droit aux unes comme aux autres de ces armes depuis le mariage de Louis II avec Anne, dauphiné d'Auvergne et comtesse de Forez (1371). La présence d'un dauphin sur un jeton de Bourbon est donc pleinement justifiée, et l'on pourrait dire qu'elle l'est deux fois, au lieu d'une. Quant aux deux couronnes ajoutées dans l'écu de notre jeton n*" 73, elles ne constituent, sans doute, qu'une addition de fantaisie ; nous ne voudrions cependant rien affirmer à ce sujet..
L'aspect général des jetons n°* 71 à 73 suffit pour prouver qu'ils sont du même temps et qu'ils sont sortis de la même fabrique que ceux du duc de Berry que nous avons décrits ci-dessus.
Après Jean I®', furent successivement ducs de Bourbon : son fils Charles I«' (1433 - 1456) ; Jean II, fils de Charles V' ( 1456 - 1488) ; puis Pierre II, frère de Jean II (1488—1503). Les trois jetons suivants, que nous ne saurions à quel duc donner de préférence, nous paraissent toutefois antérieurs à Pierre II.
(1) Deux jetons semblables à nos n^» 71 et 72 ont été publiés par M. ManteUier, dans sa Notice sur les monnaies de Trévoux et de Bombes^ pi. III, fîg. 5 et 6. M. ManteUier attribue, de plus, aux ducs de Bourbon, un ancien jeton au type de Taslre flamboyant, et sur lequel il croit reconnaître des pots à feu, qui entraient, on le sait, dans les emblèmes de ces ducs. Il sera question de jetons analogues au chapitr*^ des jetons banaux.
* 74. + AMOVRS • A VOVS • lOV SVL Champ semé de fleurs de lis, chargé d'une cottîce mise en bande, le tout dans un entourage polylobé. Deux fleurs de lis dans la légende.
1^. Croix à triple nervure, fleurdelisée aux extrémités, évidée au centre en rosace, dans une bordure de cintres. Quatre annelets dans la partie extérieure du champ. ( PL , fig. 108.)
75. + BOVRBONNOIS : CLERMON. Écusson de Bourbon , accosté à dextre d'un dauphin , surmonté et accosté à senestre de deux fleurons, et reposant sur un chien courbé.
^. -| B— — R. Croix fleuronnée, évidée au centre en
quadrilatère arqué, et renfermant une fleur de lis chargée d'une cottice. Entourage de quatrearcs de cercle. (P/., fig. 109.)
( Cabinet des Médailles.)
76. + GECTEVRS : DE : BOVRBONNOIS. Trois fleurs de lis chargées d'une cottice terminée par le haut en tête de lion, le tout dans un cartouche formé de trois arcs de cercle et de trois angles, alternés.
1^. + SIT : NOMEN : DNI : BENEDICTVM. Croix fleuronnée, évidée en quadrilatère arqué, renfermant au centre une étoile, et entourée de quatre arcs de cercle. D'autres étoiles dans les cantons de la croix et à l'extérieur des quatre angles forméspar les arcs de cercle. (P/., fig. 110.)
(Argent. — Cabinet des Médailles.)
Jean II avait, en 1487, épousé en troisièmes noce» Jeanne de Bourbon-Vendôme. Celle-ci, devenue veuve en 1488, contracta un second mariage en 1495 avec Jean III, comte d'Auvergne et de Boulogne, seigneur de La Tour, et conserva son douaire de Bourbon, comme on le voit par ce jeton :
77. {Petite tour.) lEHANË: DE: BOVRBO : DOVAIRIERE : DE : BOVRBO. Écusson parti : à dextre, de la Tour-d'Auvergne, coupé d'Auvergne-Comté ; à senestre, de Bourbon-Vendôme.
Au-dessus de Técu, une couronne; de chaque côté de Técu, deux bâtons noueux arqués et croisés par les bouts.
Les armes de la Tour-d'Auvergne étaient d'azur, à la tour d'argent, Vécu semé de fleurs de lis d'or ; celles du comté d'Auvergne, d'or, au gonfanon de gu^eules frangé de sinople ; et celles de Bourbon-Vendôme, de Bourbon^ avec trois lionceaux d'argent sur la bande,
Cf. {Petite tour.) CONTESSE : DE : BOVLOIGNE : ET : DAVVERGNE. Les armes delà Tour-d'Auvergne prenant tout le champ, et figurées par un semé de fleurs de lis avec une petite tour sur la fleur de lis du milieu. {PL, fig. 113.)
(Argent. — Cabinet des Médailles.)
Duby {\) a publié de ce jeton, dans lequel il a cru voir une monnaie, sur la foi de Baluze, un dessin qui a été reproduit par M. Louis Deschamps de Pas, dans ses recherches sur les monnaies des comtes de Boulogne (3).
La pièce qui suit est de Pierre II :
78. {Fleur de lis chargée d'une bande.) PRE • DVC • DE • BOVRBONN • ET • DAVVERGNE. Écu à trois fleurs de lis chargées d'une cottice mise en bande, surmonté d'une couronne et accosté des lettres P et A , sigles de Pierre II et d'Anne de France, sa femme, fille de Louis XI. La queue de la lettre P, qui commence la légende, est traversée par un signe d'abréviation.
Cf. {Fleur de lis chargée d'une bande.) AVX • GENS • DES • COMPTES • A • MOLINS. Cerf ailé, volant à gauche, le col orné d'un écu de Bourbon. La ceinture de V Espérance, que les ducs de Bourbon avaient prise pour devise, lui flotte sur les reins. {PL, fig. 111.)
(Argent. — Cabinet des Médailles.)
(1) Supplément, pi. ix.
(2) Revue numismatique de 1838, pi. i.
La représentation du cerf ailé existe encore à Moulins parmi d'anciennes sculptures, dont le dessin accompagne un mémoire de M. Tudot, inséré dans le compte-rendu des séances de la Société Française pour la conservation des monuments, session de 1 864, p. 327. Le même recueil contient, p. 100, une communication de M. G. de Soultrait, au sujet du jeton dont nous nous occupons.
L'ordre delà Ceinture de l'Espérance avait été fondé à Toulouse, par le roi Charles VI, en 1389. On sait que ce roi affectionnait également l'emblème du cerf ailé, dont il fit même le support des armes de France (1).
Indépendamment de Jean II et de Pierre II, successivement ducs de Bourbon, Charles I*'' avait eu deux autres fils : Charles, archevêque de Lyon (1446 — 1488), qui prétendit, comme cadet, à la succession de Bourbon, à la mort de son frère aîné Jean II, et Louis, évêque de Liège (1456 — 1482), qui périt assassiné dans Liège même, par les gens de Guillaume de la Marck. Quelques jetons rappellent le souvenir de ces deux prélats. Le premier, qui suit, se rapporte à l'archevêque de Lyon :
* 79. + KAROLVS : DE BORBONIO : ARCHEPISCO.
Écude Bourbon, brochant sur une croix pastorale mise en pal, le tout dans un entourage de trois arcs de cercle.
^. + SIT . NOMEN . DOMINI . BENEDICTVM. Croix à triple nervure, fleuronnée aux extrémités et évidée en rosace au centre. (P/., fig. 112.)
Ce jeton, en cuivre rouge, a été fortement doré; la dorure subsiste encore dans presque toutes les parties non saillantes, qui étaient par conséquent les moins exposées au frottement. C'est le seul exemple que nous connaissions d'un jeton du moyen âge, doré, suivant toute apparence, à l'époque où il a été fait.
1) Dupuy-Demportes, Traité historique et moral du Blason, T. I, p. 141.
80. lETTES BIEN ET LE COMPTE TROV. Ecusson incliné, aux armes de Bourbon, avec casque, panache et deux crosses en pal pour cimier.
IX. SANGTVS . LVDOVICVS. Saint Louis debout, couronné, revêtu d'un manteau semé de fleurs de lis, et tenant un sceptre de la main droite. Cinq fleurs de lis dans le champ.
81. {Fleur de Us.)k\E : GRACIA : DOMINVS : TECVM. Les armes de Bourbon prenant tout le champ, et figurées par trois fleurs de lis chargées d'une cottice.
1^. Légende extérieure, commençant par une fleur de lis : MATER : BEI : MEMENTO : MEI : Légende intérieure : PAX : NOBIS : SIT : SEMPER : BOM.... Bans le champ, une croix cantonnée de quatre fleurs de lis, et portant en cœur un lion.
Ces deux derniers jetons, en cuivre, sont de Tévêque de Liège, Louis de Bourbon. Ils ont été publiés par M. deRenesse, dans Y Histoire numismatique de Vèvêchè de Liége^ et décrits par M. Petit de Rosen dans la Revue de la numismatique belge de 1851.
BAUPHINÉ.
Les jetons que nous connaissons, appartenant d'une manière certaine au Bauphiné, sont de beaucoup postérieurs à la donation que le Bauphin Humbert II fit de cette province, en 1343, aux Rois de France et à leurs hoirs. Ils sont du XV® siècle.