‹ Histoire du jeton au moyen ageChapitre 67 sur 70 · ECCE . AGNVS . DEI . QVI . TOLL . PECCATA · texte numérisé non relu

ECCE . AGNVS . DEI . QVI . TOLL . PECCATA

MV. L'agneau de Dieu tourné à gauche, la tête contournée à droite, avec la bannière à la hampe crucigère, le tout dans un entourage de douze arcs de cercle. Point concave au centre du flaon.

çr. + TAVNT : RE ... : TAVNT : DISPEND. Une rose entourée de quatre couronnes et de quatre léopards, alternés. {PL y fig. 140.)

Le type de la rose en Angleterre est bien antérieur à l'époque où la rose blanche et la rose rouge servirent aux partis de signes de ralliement dans la révolution qui devait faire descendre du trône en 1460 Henri VI , de la maison de Lancastre, pour y élever Edouard IV , de la maison d'York.

Quant à la légende du revers, malheureusement incomplète, nous serions assez. disposés, d'après ce qui en reste, à la croire française, mais d'un français peu épuré et tel qu'on le parlait en Angleterre sous Edouard III. On sait que la langue française était alors tellement répandue en Angleterre, qu'Edouard III y vit un sujet d'inquiétude politique, et qu'il crut devoir interdire, en 1360, l'usage de cette langue dans tous les actes publics de son royaume, où l'on s'en était servi jusqu'alors. TAVNT RE... , TAVNT DISPEND, pourrait très-bien vouloir dire ; Tant reçu, tant dépensé^ ou : Tant reçoit^ tant dépense^ etc. Cette devise a ses analogues sur d'autres jetons.

* 10. + MEMENTO. DOMINE. MEI . Ecu aux armes d'Angleterre, à trois léopards superposés.

1^. + DOMINVS . CETVM {tecum) . BENEI . Croix fleurdelisée aux extrémités , évidée en quadrilatère arqué, et renfermant une fleur de lis au centre. (jP{., fig. 14i . )

Ce jeton a bien évidemment été fait en France. Il n'a pas de

point concave, et le travail est purement français. Son époque est celle de la domination de Henri V ou de Henri VI 11413-1436)*

Nous passons à l'examen de quelques pièces italiennes en laiton, qui n'ont pas malheureusement de légende, mais dont l'aspect général, de même que le métal, parait permettre de les considérer comme des jetons. Si nous nous trompons dans cette appréciation, nous nous plaisons à croire que nos confrères d'Italie voudront bien nous rectifier. Nous avouons sans peine que nous connaissons peu le terrain sur lequel le hasard nous amène en ce moment.

* 1 1 . L'aigle italienne. Bordure de roses percées.

9^. Fleur de lis de Florence. Bordure d'annelets dans un double grènetis. {PL, fig. 143.) Jeton de Florence.

* 12. L'aigle italienne. Bordure de roses percées. Cf. Le lion de Saint-Marc. Bordure de globules.

* 13. Le lion de St-Marc. Bordure de quintefeuilles.

Cf. Une femme de type moresque, nue et debout, s'appuyant du bras droit sur un bâton denté, et caressant de la main gauche un chien assis. Bordure de quintefeuilles. (P/., fig. 144) (1).

Les jetons n"' 12 et 13 sont de Venise.

* 14. L'aigle italienne. Bordure de roses percées.

ÇT. Ecu renfermant une échelle, armes parlantes de la famille délia Scala. Au-dessus de l'écu, un fleuron; sur les côtés, une rangée de quintefeuilles. {PL, fig. 145.)

Jeton de Véronne, dont les membres de la famille délia Scala, lesMastino, les Cane, les Alboin, les Antoine, etc., ont été podestats, du milieu du xiii'' siècle à 1387. En cette dernière année, Antoine délia Scala fut dépossédé de la ville de Véronne

(1) Il convient de rapprocher de ce jeton celui que M. de Fontenay a publié sans attribution, à la page 57 de son Manuel

par Jean Galéas, seigneur de Milan, qui s'en empara. Antoine délia Scala se retira à Venise.

* 15. L'aigle italienne. Bordure de roses percées.

ÇT. Ecusson en forme de tête de raquette, renfermant une crosse en pal entre deux points, et surmonté d'une croix. Bordure de roses percées, entre deux grènetis. {Pl.^ fig. 146.)

Nous n'avons pu découvrir à quelle ville ou à quel pouvoir quelconque le jeton n"" 15 se rapporte.

Les jetons n^'Ml à 15 ont tous entre eux un air de famille trfes-prononcé : c'est le même travail ; ce sont les mêmes ornements. L'époque où ils ont été faits peut avoir duré longtemps. On voit, dans tous les cas, par le jeton de la maison d'Anjou- Sicile que nous avons décrit dans le chapitre IV, sous le n"" 14 (P/., fig. 84) , et qui présente aussi le même air de famille, qu'il était déjà fabriqué de ces jetons à Naples du temps de Charles de Duras (1383-1386), ou au plus tard sous son fils, Ladisias (1386-1414).

II existe de nombreux jetons aux armes des ducs de Savoie. Aucun de ceux que nous avons vus ne remonte au delà de la seconde moitié du xV' siècle. Celui que nous avons dessiné , et que nous allons décrire, est le plus correct de ceux qui nous sont passés sous les yeux.

* 16. Ecu penché, aux armes de Savoie, qui sont degueuksj à la croix d'argent. Au-dessus de l'écu, un casque dont la partie supérieure représente une tête bizarre surmontée de plumes. Le casque est, de plus, orné de lambrequins terminés par des houppes. Dans le champ, et accostant le casque, la devise FERT , en caractères gothiques minuscules. Bordure d'arcs de cercles festonnés.

Cf. Le même écu de Savoie, dans la position droite ordinaire, accosté de deux lacs d'amour réunis entre eux par quelques arcs de cercle festonnés. Au-dessus de l'écu la devisé FERT en caractères gothiques minuscules. (P/., fig. 143.)

Tous ces insignes sont bien connus pour appartenir aux ducs de Savoie, et se retrouvent sur leurs monnaies. L'ordre du lacs d'amour avait été institué en Savoie, en 1385, par Amé V, dit le Cœnte Vert.

Nous n'insisterons pas sur la devise FERT , qui s'explique très-bien comme mot latin et sans abréviation, mais dans laquelle les uns voient les initiales de Fortitudo ejus Rhodum ienuity tandis que d'autres, qui paraissent avoir voulu plaisanter, y ont trouvé les initiales de frappez, entrez, rompez tout (1). On ne peut que répéter, avec Dupuy-Demportes , que « ces quatre lettres ont reçu beaucoup d'interprétations » aussi ridicules et aussi extravagantes les unes que les » autres. »

M. Cartier (2) et M. de Fontenay (3) ont publié quelques jetons des ducs et des princes de la maison de Savoie, mais qui paraissent encore moins anciens que le nôtre. Nous devons ajouter que le type de l'écu penché aux armes de Savoie, surmonté d'un casque bizarre, a souvent été imité à Nuremberg vers la fin du xv® siècle et au commencement du xvi®.

Nous avons passé en revue, dans les pages qui précèdent, les jetons du moyen âge, d'origine déterminée, dont nous avons pu avoir connaissance. Il nous reste à décrire les jetons d'origine indéterminée et les jetons banaux. Ce sera l'objet de la seconde partie de ce Recueil.

(1) Dupuy-Demportes, Traité hisUnHque et moral du Blason^ 17S4, 1. 1,

(2) Revue numismatique, 1848, p. 226.

(3) Nouvelles études de jetons, 1850, p. 8 et 9.

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