‹ Histoire du KatangaChapitre 9 sur 12 · DI · texte numérisé non relu

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pantalon de drap et d'énormes bottes, qui paraissaient le gêner beaucoup; il était coiffé d'un mouchoir crasseux et d'un vieux chapeau de paille. »

En mai 1891, Paul Le Marinel fondait le poste de Lofoï, dont il confia la garde au lieutenant L^^^/ et quittait la région.

En 1891, la (( Compagnie dit Katanga » avait chargé une expédition de pénétrer dans le Katanga par la vallée du Sankurtc ; le commandement en était confié au capitaine Bia, ayant comme collaborateurs les lieutenants Franqui et Derscheid, le géologue Cornet et le docteur Amerlynck,

Cette expédition découvrit le lac Kabele, près des monts Mitumba, et le 3o janvier 1892 elle arriva à Bimkeïa,

De là, elle se diriga vers le Sud, explora, pour la (c Compagnie du Katanga », les lacs Bangwëlo et Moëro et se dirigea sur Tenke, où mourut le capitaine Bia^ d'une anémie cérébrale, le 4 août 1892. Ses restes reposent au sommet d'une petite colline située au sud du village.

Le lieutenant Francqui le remplaça à la tête

de l'expédition et parcourut en tous sens la région. Il découvrit la source du Lualaba et reconnut le cours du Ltibidi, son affluent.

Le 27 décembre 1892, Francqiti arriva à Giindîi où il remit ses troupes et ses munitions au lieutenant Duchesne, qui devait rejoindre Dhanis, et regagna, en janvier iSg2 ,Delcoinmune à Liisambo.

Ensemble ils prirent le chemin de l'Europe, où ils apportaient à leurs Compagnies une moisson de renseignements des plus précieux.

Une seconde expédition fut envoyée par la (c Compagnie du Katanga », ayant à sa tête le capitaine anglais Stairs, ancien compagnon de Stanley, et composée du capitaine Bodso7iy des carabiniers, d'un voyageur français, le TnsLvquis de BojîchanipSj et du docteur Mo leney.

Au commencement de juillet 1891, Stairs quitteZanzibar avec l'expédition du capitaine Jacques, de V a Association Antiesclavagiste y^ , et arrive à Bunkeïa le 14 décembre suivant.

Quatre jours après, Stairs eut une entrevue avec Msiri et apprit par lui les voyages de Paul Le Marinel et Delcommune, mais il refusait toujours de se soumettre et fit, comme à Paul Le Marinel, de vagues promesses. Stairs

passa outre et arbora bravement le drapeau de l'Etat sur une colline des environs; Msiri s'enfuit alors à Moemena, d'où il se disposait avec ses fidèles à massacrer tous les Européens.

C'est alors que le capitaine Bodson revendiqua la mission audacieuse de se rendre chez Msiri pour le décider et avoir une réponse formelle.

Msiri, furieux, fit le geste de frapper Bodson de son sabre, alors le vaillant officier belge saisit son revolver et le tua net... mais au même instant, Bodson, hélas î tombait, frappé également.

Dans l'une de ses lettres, le marquis de Bonchamps relate en ces termes le récit de la mort de Bodson :

« A II heures du matin, Bodson et moi, nous partions du camp et nous nous dirigions vers le village où Msiri s'était réfugié (environ à 2 milles du camp). Notre centaine d'hommes nous suivait d'un air assez martial, sans cependant nous inspirer grande confiance ; c'était la première fois que nous les menions au feu. Il était un peu plus de midi quand nous arrivâmes sur la lisière du village : Moemena, est une agglomération d'une cen-

taine de huttes disséminées sur une grande étendue et protégées par des palissades de pieux et d'épaisses haies d'euphorbes. Nous rangeâmes immédiatement notre petite troupe sur une seule ligne, le dos appuyé à des collines et faisant face au village.

Les habitants parurent d'abord ne pas faire grande attention à nous ; nous apercevions bien d'instant en instant, quelques indigènes, armés de fusils pour la plupart, se cachant derrière les clôtures, mais c'était tout.

Enfin au bout d'un quart d'heure, le chef du village vient nous demander ce que nous voulions. Nous lui répondirent que nous désirerions voir Msiri et lui parler, mais qu'il pouvait être persuadé que nous ne voulions aucun mal aux habitants. Le chef invita l'un de nous à l'accompagner.

Le capitaine Bodson voulut y aller, malgré mes instances, car tous ces indigènes armés, se cachant derrière les palissades m'inspiraient des craintes sérieuses. Il partit néanmoins avec une dizaine de soldats et deux de nos nyamparas, me laissant le commandement de notre petite troupe et me disant d'attaquer immédiatement dès que j'entendrais des coups de revolver, signal convenu.

Dix minutes à peine s'étaient écoulées depuis son départ, lorsque j 'entendis plusieurs coups de revolver suivis immédiatement de coups de fusil.

Aussitôt j'attaquai le village; à cinquante pas des clôtures, nous fûmes reçus par une fusillade assez nourrie et un mouvement d'hésitation arrêta la plupart de mes hommes. Cette hésitation était toute naturelle, car il était impossible de distinguer l'ennemi à travers les touffes d'euphorbes. Il fallait payer de ma personne. Je n'hésitai pas à le faire et j'eus la satisfaction de voir mes hommes me suivre à travers le dédale des ruelles qui séparaient les habitations.

La fusillade retentissait encore, lorsque je parvins avec quelques uns de mes askaris à une sorte de place centrale d'où s'échappaient quelques indigènes. Hélas ! là, près d'un tembé, gisait mon pauvre ami, grièvement blessé d'une balle au côté droit de l'abdomen. Près de lui était étendu Msiri, frappé de plusieurs balles de revolver. Plus loin, c'était un parent de Msiri ; enfin dans un coin de la place, un de nos askaris et un des nyamparas gémissaient, blessés ; l'un avait la cheville fracassée, l'autre le genou perforé par une balle.

J'interrogeai le nyampara qui put me raconter ce qui s'était passé : Bodson, entré dans le village avait été conduit avec son escorte sur la place centrale. Là se trouvait Msiri, assis devant son habitation et entouré d'environ trois cents de ses fidèles, presque tous armés de fusils. Le capitaine mis en présence du chef, l'avait prié de le suivre, lui disant qu'il le conduirait à notre camp, devant notre chef et qu'il ne lui serait fait aucun mal.

A ce moment, Msiri se serait levé, faisant avec son sabre un geste menaçant. Bodson se voyant menacé, tira sur Msiri quatre coups de revolver. Msiri tomba, achevé par deux balles du nyampara. Au même instant, mon pauvre ami est frappé lui-même d'une balle tirée par l'un des chefs entourant Msiri. Il tombe à son tour et la bagarre éclate...

J'organisai immédiatement un cercle de défense. En même temps j'envoyai à Stairs un mot par un nyampara, le mettant au courant de la situation. Vers deux heures et demie, Stairs m'envoyait le docteur avec du renfort.

Tout étant rentré dans le calme, nous

primes aussitôt le chemin du camp, portant sur un hamac le malheureux Bodson. »

Il souffrait terriblement, la balle était faite d'un morceau de cuivre informe lui occasionnant une blessure affreuse.

a Je vais mourir, disait-il à Stairs, mais vous direz à mes compatriotes que je ne suis pas mort en vain, car j'ai délivré ce beau pays d'Afrique de l'un de ses plus détestables tyrans. )>

A 8 heures du soir, le héros expira...

Aussitôt tous les chefs révoltés se soumirent et leurs partisans ne tardèrent pas à faire comme eux ; ils acceptèrent la Suzeraineté de l'Etat Indépendant et l'un des fils de Msiri, Mukande-Bande fut désigné par Stairs comme successeur de son père ; il mettait, bien entendu, ses guerriers et ses éminentes facultés à la disposition de l'Etat.

Le 3o janvier 1892, l'expédition S/a/n^ reprit le chemin du retour, après avoir enduré des privations sans nombre, occasionnées surtout par la famine ; elle se dirigea vers le lac MoërOj de là vers le Tanganikaj descendit le Zambèze jusque Chnide, où Stairs mourut le 8 juin 1892.

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Croquis du lac Bangwëio (1884)

d'après Giraud, explorateur français

Croquis du lac Bangwëlo (1872)

d après Livingstonnc, explorateur anglais

Le marquis de Bonchamps et le docteur Moleney retournèrent alors à Zanzibar où ils licencièrent leurs troupes et rentrèrent en Europe en juillet 1892.

C'est grâce à Bodson, qui le paya de sa vie, que le Katanga était désormais ouvert aux Belges...

Mukande-Bande rendit parfois à l'Etat de très grands services, qu'il serait injuste de ne pas reconnaître, il prêta son appui et ses hommes pour déloger le terrible Simba d'une île qu'il habitait dans le lac Moëro ; ayant des intelligences avec des chefs de l'intérieur, dont un nommé Sénamé, il faisait souvent des expéditions, pillant et razziant sur son passage. Mukande-Bande l'attaqua avec les soldats de l'Etat. Accidentellement, rapporte le commandant Jules Morisseaux, le terrible Simba se tua dans l'action et ses guerriers s'éparpillèrent ou se rendirent à l'Etat.

Cette île dans le lac Moëro est aujourd'hui anglaise, inhabitée et sert de dépôt aux fraudeurs de caoutchouc.

Expéditions de l'Association Antiesclavagiste

A l'appel du cardinal Lavigerie qui signala les plaies affreuses de l'esclavage, le monde civilisé se souleva et dans chaque pays, se formèrent des associations ayant pour but d'enrayer l'esclavage (*).

La Belgique a été l'une des premières à répondre à l'appel pour une œuvre aussi généreuse, un Comité se forma et l'Etat du Congo accepta volontiers l'aide que lui offrait la société belge et s'engagea à lui faciliter sa tâche glorieuse.

Le plan de la société était de constituer au lac Tanganika une barrière infranchissable aux caravanes esclavagistes et établir une croisière sur le lac au moyen de steamers.

V^ Expédition :

On envoya d'abord le lieutenant Hinck, qui s'était déjà distingué brillamment en

(*) C'était également une des clauses de l'Acte Général de Berlin,

Afrique, avec mission de transporter sur le Tanganika les pièces d'un steamer.

Il s'embarqua à Anvers, le i6 juin 1890, avec Paul van de Kerckhove, pour la côte orientale d'Afrique ; sur la route des Caravanes ils furent rejoints par Edors et comme ils se disposaient à gagner le Tanganika pour rejoindre le capitaine ^a^^w^^, ils apprirent le fameux soulèvement arabe et ne purent mettre leur projet à exécution. Ce furent eux néanmoins les premiers agents de la Société.

2^ Expédition :

On confia au capitaine Jacques^ qui s'était déjà distingué en Afrique, le commandement de la seconde expédition antiesclavagiste ; il avait comme adjoints le lieutenant Renier, MM. Docquier et Vrithoff. L'expédition arriva à Zanzibar en juin i8gi.

Partie le 12 juillet de Bagamoyo, avec 700 porteurs, elle arriva le 16 octobre suivant, après avoir dû livrer un combat acharné aux Wagogos^ qui l'avaient attaquée.

Le 26 octobre, Jacques, après avoir traversé le lac, arrivait sur la côte occidentale du Tanganika, à St-Loiiis de Miriimbi, où il rencontrait le capitaine Joitbert, qui se trou-

vait là depuis très longtemps (14 ans), et dont la situation était devenue très critique. Sans cesse harcelé par des bandes d'arabes, le capitaine Jacques fut accueilli en libérateur.

Après avoir étudié la rive, il fonda chez le chef Kitaki, entre Mtoa et Mpala, la station d'Albertville sur la côte occidentale du Tanganika, le 3o décembre. De là il pouvait surveiller la rive occidentale, lui à Albertville et Joubert à St-Louis de Mirumbi.

Tout allait bien et depuis novembre 1891 les populations environnantes n'avaient plus eu à souffrir du voisinage des Arabes, lorsqu'en mars 1892, Jacques apprit que les Arabes d'Udjiji se préparaient à attaquer Kibanga au Nord de Mtoa où se trouvait une mission ; de suite Jacques vole à son secours, heureusement il n'en était rien, ce n'était qu'une fausse alerte ; mais en cours de route il apprend que des bandes esclavagistes, sous la conduite de l'Arabe Rinnalizay ont dévasté le pays et qu'en quelques mois de temps plus de 10.000 indigènes ont été enlevés dans la région pour être transportés au delà du lac à Udjiji, afin d'y être vendus. Sans perdre de temps, Jacques se rend à Udjiji, voit Rumaliza, qui lui fait les promesses les plus belles

et rentre à Albertville le 3o mars 1892.

Mais des événements importants s'étaient passés pendant l'absence du capitaine Jacques: les nègres arabisés de la région, les Wangwanas ont envahi la contrée et les sujets de l'Etat sont venus demander aide et protection au lieutenant Renier qui commandait la station en l'absence de Jacques, il marcha contre eux et les mit momentanément à la raison, ensuite il fit demander secours à Joubert qui se trouvait toujours à St-Louis de Mirumbi, celui-ci envoya Vrithoff que Jacques lui avait laissé pour le seconder.

A ce moment Jacques était malade ; il chargea le lieutenant Renier, avec Docquier, Vrythoff et une centaine de soldats de déloger et de chasser des Arabes qui s'étaient installés en maîtres sur la Lukuga.

La rencontre fut chaude et Vrythoff tué après une conduite héroïque ; les troupes de Renier durent se replier.

Ce combat défavorable à nos armes avait mis Jacques dans une position très critique, il s'attendait à être attaqué sérieusement par les Arabes qui gagnaient chaque jour du terrain.

Il signala la chose au Comité de l'Associa-

tion Antiesclavagiste Belge, qui n'avait pas attendu cet appel désespéré et avait envoyé déjà une troisième expédition.

J"2e Expédition :

Cette expédition, sous le commandement du lieutenant d'artillerie Long, avec le lieutenant Duvivier et le sergent De Mol, était malheureusement arrêtée à Tabora, faute de porteurs et ne pouvait venir au secours de Jacques.

C'est alors qu'il fit appel à Joubert et, le 24 août, Jacques voyait arriver avec Joubert l'expédition Alex. Delcommune, Didderich et le sergent Cassart^ qui avait appris, comme nous l'avons vu précédemment, la situation critique de Jacques et arrivait à son secours. Malheureusement, l'issue du combat que Jacques engagea fut indécise, ses troupes prises de panique s'étant enfuies; le calme régna néanmoins pendant quelque temps, mais une famine épouvantable désola la région. Il était indispensable de pouvoir prendre l'offensive. Jacques demanda à l'Association de lui envoyer du renfort et, si possible, de l'artillerie pour pouvoir soumettre les Arabes, qui attendaientle moment propice d'attaquer. Une souscription

fut ouverte en Belgique et, quelque temps après, on envoyait une 4.^^ expédition.

La 3^^ expédition, partie en avril 1892, forte de 100 soldats et de 700 porteurs, arriva à Tabora le 3o août.

Divisée en deux colonnes, Duvivier gagna Albertville le 5 décembre et Long gagna Karema le 3 Janvier i8g3, où Jacques s'était porté à son arrivée.

Tandis que Dz^z^râz^r commandait Albertville pendant l'absence de Jacques, il apprit que la discorde régnait dans le camp des Arabes, causée par la famine ; il envoya Docquier en reconnaissance et celui-ci, voyant un moment favorable, n'hésita pas à tenter l'assaut du camp, qu'il enleva après une vive fusillade. Jacques, à son retour, eut la satisfaction de voir Alberville débarrassée de ses derniers

assiégeants.

4'^^ et dernière Expédition :

Sous le commandement du lieutenant Descamps, ayant comme adjoints Miot et ChargoiSjoXlQ partit le 6 avril i8g3 et le 26 juillet suivant, elle arrivait sur le lac Nyassa. De là, elle se rendit à Kassongo, après une marche des plus pénible et traînant avec elle deux pièces d'artillerie.

Descamps arriva avec Miot à Abercorn le 22 septembre, où il trouva Jacques qui s'occupa de faire diriger sur Moliro, poste de la Société Antiesclavagiste, situé sur la rive occidentale du Tanganika, à la limite de l'Etat Indépendant, les charges amenées par Descamps, ce qui facilitait le ravitaillement de la région.

En février, Jacques remettait son commandement à Descamps et retournait à Zanzibar, pour revenir en Europe après être resté deux ans à Albertville.

Quelques jours après, Descamps rencontrait de Wouters d'Oplinter, commandant l'avantgarde de l'expédition Dhanis\ la jonction était faite et, de Banana à Albertville, se trouvait désormais une chaîne de stations de l'Etat.

Expédition Brasseur (1893)

Après la mort de Msiri, nous avons vu que le lieutenant Légat entra en relations amicales avec le fils du puissant potentat, Mukande- Bande, que Stairs avait installé comme chef, puisqu'il reconnaissait l'autorité de l'Etat Indépendant. Malgré cela, à cause de forces insuffisantes. Légat ne put étendre son autorité qu'aux villages voisins, les autres commençaient à reconquérir une certaine indépendance.

Le lieutenant Clément Brasseur, commandant la station de Luluabourg, fut désigné pour aller remplacer Légat, à Lofoï.

Il quitta cette station, le 14 juillet 1893, avec 3oo indigènes et 3o soldats et le 16 septembre il arrivait à Lofoï. Avec les soldats que Légat lui laissa, cette force se montait à 5o hommes.

Le premier soin de Brasseur fut de reconstruire à 800 mètres plus loin la station de

Lofoï car elle était sujette à des inondations périodiques, qui amenaient un cortège de maladies.

Au commencement de 1894, Brasseur créa une route pour établir des communications avec le Tanganika, en passant par MpwetOj ensuite il se rendit au lac Moëro où il soumit l'arabe esclavagiste Simba.

Fin de 1894, Brasseur profita de la saison des pluies pour faire de la culture, il fit défricher et ensemencer sur une soixantaine d'hectares, du riz, du froment ainsi que divers légumes d'Europe; il en distribua aux chefs indigènes en leur faisant toutefois conserver des semences pour Tannée suivante. De ce fait, Brasseur tout en prévenant la famine, introduisait la culture au Katanga.

Il partit de Lofoï le i3 mai 1896 pour visiter les chefs indigènes et nouer avec eux des relations amicales, il conclut de nombreux traités.

Le 16 juin 1896, en compagnie du lieutenant Cerckel, il quitta à nouveau Lofoï afin d'explorer diverses régions encore peu connues, du cours du Lualaba inférieur ; le 16 août il arriva à Mpweto; retourna, en suivant la côte occidentale du lac Moëro, tra-

versa les montagnes Kundulungu et rentra à Lofoï après 98 jours d'absence et après avoir parcouru 2000 kilomètres, dont la plupart en pays inconnus.

Depuis 1892, Brasseur séjournait au Katanga où il fit de nombreuses et utiles reconnaissances. Comme Descamps, il fit une lutte acharnée aux esclavagistes voisins, et c'est malheureusement dans l'un de ces combats, contre Chiwala, arabe esclavagiste, qu'il tomba mortellement sur le Luapula, frappé, comme Bodson, d'une balle faite d'un morceau de cuivre.

L'Expédition Lemaire

(Avril iSç8 — Septembre içoo)

Chargé par l'Etat du Congo de l'exploration de la partie Sud-Est du Congo, le lieutenant d'artillerie Charles Lemaire, ayant pour adjoints le docteur De Windt, géologue, le lieutenant Maffei, chef de caravane ; Michel, sous-intendant chargé des services photographiques et géologiques ; Dardenne, artiste peintre et Caisley, prospector, quitte l'Europe le 14 avril 1898 et par la côte occidentale arrive le 25 mai à Shinde à l'embouchure du Zambèze, et par la voie du Shire, du lac Nyasa et la route Stephenson gagne, à l'extrémité sud du Tanganika, Kituta le 3i juillet suivant.

Peu de temps après le docteur De Windt et le prospecteur Caisley se noient accidentellement dans le lac Tanganika, et le lieutenant Maffei, malade, reprend le chemin de l'Europe.

Lemaire, quoique privé de trois utiles collaborateurs, ne se décourage pas et commence ses travaux à Moliro, sur le Tanganika, où il installe un petit observatoire météorologique. Le 21 septembre, il se met en marche vers l'intérieur, et arrive à Mpweto le i3 octobre, où il procéda à l'exploration de la rive septentrionnale du lac, se dirige sur Kabesa, son escorte venant d'être renforcée de soldats sous le commandement du sous-officier De Haring.

A Kabesa, Lemaire apprend que l'Etat lui a envoyé MM. Voss, ingénieur de mines et Questiaux pour remplacer ses deux premiers collaborateurs décédés : MM. De Windt et Caisley.

Après quelques jours passés à Kabesa, l'expédition arrive le 20 février 1899 à Lofoï, toujours commandée par le lieutenant Verdickt, c'est là que toute l'expédition se trouva réunie par l'arrivée de Voss et Questiaux.

A Lofoï, Lemaire établit une station météorologique, il envoya Voss pour étudier le pays de la haute Lufira et lui-même explora la Lufira inférieure.

De retour à Lofoï, il organisa sa caravane qu'il devait mener jusqu'au lac Dilolo, soit à

environ 800 kilomètres. C'est à Lemaire que revient l'honneur d'avoir complété les données faites par les explorateurs précédents et d'avoir achevé leurs travaux. C'est à lui aussi l'honneur de nous avoir fixé définitivement sur la ligne de faîte qui sépare les bassins des deux grands fleuves africains : le Congo et le Zambèze. En revenant, l'expédition franchit vingt-cinq fois cette ligne de faîte, reconnaissant successivement les sources de la Lidiia, du KabompOj de la Kîtleshi, du Liibidi, du Ltifiipa, du Lualaba, etc. ; elle était de retour à Lofoï le 21 décembre, où Lemaire fit avec la même ténacité une série d'observations astronomiques à Baudouinville, Mpala, Albertville et Towa, et établit définitivement la position de la côte occidentale du lac.

Lors de son retour en Europe qui se fit par le fleuve Congo, Lemaire laissa ses soldats au Katanga et fit sans escorte le trajet du Tanganika au fleuve; partout il rencontra des populations paisibles et des villages florissants. Le 24 septembre igoo, Lemaire et ses compagnons arrivaient à Anvers, après deux ans et demi d'absence

Il serait injuste, même dans ce petit opuscule, de ne pas rendre à Lemaire, le tribut

d'hommage qui lui est dû. Lemaire, comme l'a dit très bien A. J. Wauters, appartient « à ce groupe de coloniaux belges qui, dès la première heure, s'emballèrent sur l'idée coloniale et y mirent leur enthousiasme et leur vie à la disposition du Roi, cohorte admirable de foi, de courage et d'abnégation à l'aide de laquelle de grandes et nobles choses ont été réalisées )>.

Le lieutenant Lemaire a publié plusieurs ouvrages très remarquables contenant les résultats de ses observations scientifiques, ainsi qu'un vocabulaire de mots congolais et a toujours collaboré avec talent au « Mouvement Géographique » .

Campagne du Congo Oriental

Le 17 avril igoo, les soldats du fort de Shinkakasa, près de Borna, se révoltèrent, mais heureusement cette insurrection fut assez vite réprimée ; des bandes vaincues s'étaient réfugiées dans le Nord du Katanga actuel, entraînant avec elle des pillards et des déserteurs. Avec les Batélélas, elles terrorisaient les campagnes; des chefs indigènes les encouragaient. Les révoltés occupaient les montagnes près du lac Kissale.

L'Etat résolut d'envoyer contre eux une expédition, qui fut confiée au major Malfeyt, Inspecteur d'Etat, ofhcier d'une rare énergie.

Malfeyt divisa ses troupes qui occupèrent, fin avril 1901, les positions suivantes :

700 hommes, avec le major Malfeyt luimême, occupaient Bidi (au confluent du Congo et de la Lukuga);

i5o hommes, avec le commandant Sannaes, au confluent du Luapula et du Lualaba;

2ooh.om.mes,diveclQC3ipit^ineV an denBroeck, à Lukafu ;

5o hommes, avec Liot, à Kilwa, sur le lac Moëro ;

5o hommes, avec le lieutenant Bouvier, à M'pweto, sur le Moëro également;

loo hommes, avec le lieutenant Saroléa, sur les plateaux de l'Utembo.

On voit que les dispositions étaient bien prises pour cerner les révoltés.

Le 21 juillet, les troupes de l'Etat délogent les rebelles et occupent Kissale. Le 4 août suivant, une nouvelle rencontre a lieu avec des négriers qui sont dispersés.

Le major Malfeyt, avec le commandant SannaeSy les lieutenants Vitalis, Saroléa, Blanchard et Lanser, les poursuivent avec 5oo soldats et se dirigent vers Kilemba, où les rebelles s'étaient concentrés. Il les atteint le 27 août et leur livre un combat acharné qui les met en déroute à nouveau. Nous devons signaler ici la brillante conduite du souslieutenant Lanser,

Le lieutenant Hendrickx et le sergent Declercq les poursuivent jusqu'aux monts

Mitumbas, où ils les culbutent à nouveau.

Le 27 octobre 1901, Malfeyt rencontre près du lac Kissale une bande de Batélélas et les met en déroute.

La révolte était finie et l'Inspecteur d'Etat Malfeyt traita les ennemis vaincus avec la plus grande humanité, ce qui lui valut leur attachement à l'Etat.

Dans le Sud du Katanga

'Expédition Chesnaye, "Lyons ef J{ennelly (Mai igoo)

Dans le Sud du Katanga se trouve une région bien peu parcourue par les agents de l'Etat et les explorateurs, elle est baignée par les affluents du Haut Luapula et ce que l'on en sait provient surtout de quelques communications sommaires faites à la Société de Géographie de Londres par des agents de Compagnies anglaises.

Le 3 mai igoo, Chesnaye, Lyons et Kennely, agents de Compagnies anglaises, quittèrent le fort Jameson, poste de Rhodésie et traversèrent de l'Est à l'Ouest cette région. Ils trouvèrent un pays couvert de bois touffus où

se rencontrent quantité d'éléphants, plus loin des rivières, partout un sol très fertile.

Parti d'Anvers, le ig janvier 1901, le major Weyms, un des plus distingués ingénieurs, représentant le (c Comité spécial du Katanga )) ayant comme adjoints MM. De Smet, secrétaire ; Meyers, médecin ; Vervloet, chef de secteur du haut Luapula (Lofoï) ; ChargoiSy chef de secteur du Moëro (Pweto) ; Deffense, commandant du corps de police (Pweto) ; Bure, Vanderstraeten, Caminaert, Rongé, M aller, Menu, Del forge et Koopmans, rentra en Europe, le i3 avril igo3, après deux années passées au Katanga où il s'occupa avec énergie de la construction de routes carossables, de l'établissement de fermes, cultures, etc.. il réalisa là-bas de sérieux progrès.

Weyns fut remplacé au Katanga par M.

To7ineaii, déjà au service du « Comité Spécial » depuis 1901; il commandait d'abord le secteur du Lomami, lorsqu'il accepta, son terme touchant à sa fin, de remplacer Weyns ; pendant les trois années qu'il passa au Katanga, M. Tonneau déploya une grande activité et

continua à organiser les routes et les stations. A son retour, en congé, en Europe, en avril 1904, il fut remplacé par M. Derclaye^ chef de secteur du Lomami, puis par M. Freitag.

Expédition Jacques

(lÇ02-IÇ05)

Fin de l'année igo2, la « Société des Etudes du Chemin de fer du Katanga )> confiait au capitaine Jacques, ancien chef des troupes antiesclavagistes, le commandement d'une expédition scientifique au Congo.

Jacques alla revoir ces pays après dix ans d'absence, il avait pour adjoints les ingénieurs Chiandi, Krassniggh et quelques topographes.

Cette mission revint en Europe en igoS, rapportant un levé complet du voyage à travers le Katanga et surtout une étude très approfondie du pays situé entre le district minier de Kambove et Congo-Kamolondo.

Nombre important de différentes missions toutes scientifiques furent envoyées par des

Compagnies pour faire des relevés de terrains ou des recherches de mines, toutes ont coopéré au brillant avenir du Katanga et nous leur présentons ici Texpression de notre sincère et patriotique reconnaissance.

Le KATANGA en 1900

Nous ne pouvons mieux faire ici que de laisser la parole au très érudit directeur du Mouveffient Géographique, M. A.-J. Wauters, qui dans le numéro du 16 décembre 1900, résumait les dernières nouvelles relatives au Katanga. Nous voyons en effet que de très <c importants progrès n'ont pas tardé à se manifester dans la colonisation de ce pays » .

« Un ensemble d'événements vient de se produire qui démontre que le Katanga qui, jusqu'ici, était forcément resté en dehors du mouvement commercial et industriel du Congo, va entrer dans une période de grande activité. Et lorsque nous disons « Katanga », nous ne voulons pas seulement parler du territoire relativement restreint de l'ancien chef Msiri, nous entendons la vaste région

qui s'étend depuis le 5- degré de latitude méridionale au Xord, jusqu'aux frontières de l'Etat du Congo, par environ 12° au Sud ; et depuis les lacs Tanganika, ^loëro et Bangwëlo, à l'Est, jusqu'au cours du Sankuru, à l'Ouest, territoire dont la superficie peut être évaluée à 5oo.ooo kilomètres carrés, approximativement.

Il comprend la région des hauts plateaux drainés par le Luapula, la Lufila, le Xzilo et rUrua, c'est-à-dire le bassin presque complet de l'ancien Kamolondo, drainé par le Congo-Lualaba et la Lukuga. Aux points de vue orographique, hvdrographique et ethnographique, c'est une des contrées les mieux connues de l'Etat du Congo, grâce aux belles explorations de Cameroun (1874), Bôhm- Reichard (iSS3), Cappello-Yvens (i885), Delcommune-Briart (1892), Stairs (1892), Francqui-Cornet (1892), Brasseur (1896), Lemaire (1899), etc. Néanmoins, plusieurs circonstances ont fait que, jusqu'ici, le Katanga, terrain d'action de tant de belles reconnaissances géographiques, est demeuré en grande partie, en dehors du mouvement d'occupation et d'exploitation dont tant d'autres districts de l'Etat du Congo sont le théâtre.

Tout d'abord, il faut noter la situation du pays, éloigné des grandes bases d'opération : le cours navigable du Congo et du Kasaï et, d'autre part, les difficultés de transport pour l'atteindre par la voie de l'Afrique Orientale, c'est-à-dire par le Zambèze, le Shire, le Nyasa et le Tanganika. Puis à côté des obstacles naturels, se sont successivement dressés des obstacles provoqués par les indigènes : d'abord la révolte arabe qui s'est prolongée de 1892 à 1894, puis la révolte des Batelelas de Gango Lutete en 1893-1895, enfin, la révolte plus sérieuse des soldats de l'expédition du Nil qui éclata au mois de janvier 1897 ^^ ^^^ vient seulement de prendre fin (*) après trois années de difficiles répressions.

Ces trois campagnes, qui exigèrent de la part de l'Etat des efforts considérables, troublèrent le pays pendant huit années et vinrent, par conséquent, empêcher tout progrès dans le sens du développement économique. C'est ainsi que furent enrayés les projets d'exploitation méthodique formés par la Compagnie du Katanga, constituée précisément à la veille

(*) Nous sommes en 1900.

— Sodés événements que nous venons de rappeler.

Aujourd'hui (*), non seulement le pays est pacifié et tranquille — au point que le commandant Lemaire a pu le parcourir pendant plus d'un an, sans avoir à tirer un coup de fusil — mais il est devenu plus facilement, plus rapidement et plus économiquement accessible, grâce aux projets réalisés au cours de ces dernières années; à Touest, par l'ouverture de la ligne ferrée Matadi-Léopoldville et l'organisation d'un service régulier de navigation, depuis le Pool jusqu'à Lusambo ; à l'est par l'organisation de services de navigation sur le bas Zambèze, le Shire et le Nyasa, la construction de routes et la création d'un service de transport régulier entre le Nyassa et le Tanganika, d'une part, entre le Tanganika et le Moëro, d'autre part.

Ainsi à l'heure actuelle (igoo), on peut, de Matadi, atteindre Lusambo, sur le Sankuru, à la frontière occidentale du Katanga, en i5 à 20 jours. Sur le versant de l'Océan Indien, grâce au travail de plusieurs sociétés anglaises, les progrès ne sont pas moins considérables. En moins de 3o jours, un voyageur.

(*) Toujours en 1900.

partant de Schinde à l'embouchure du Zambèze, peut réussir à gagner le sud du lac Tanganika, en employant successivement les steamers du bas Zambèze et du bas Shire, le service de portage de la route de Blantyre, les steamers du haut Shire et du Nyasa, et enfin, le service de portage de la route Stephenson, de Karanga à Kitufa. »

Que de progrès déjà avaient été réalisés en igoo! î !

Le Colonel Wangermée trace en quelques lignes la situation du Katanga à ce moment :

(( La disparition de Msiri, l'ennemi des Européens, semblait devoir signaler le commencement de la mise en valeur du Katanga et son équipement industriel ; mais pendant plusieurs années, l'attention du gouvernement de l'Etat du Congo fut requise par la campagne arabe, qui se déroula tout au long des rives du Lualaba, et fut terminée en 1894 seulement; aucune occupation sérieuse ne put se faire et quand on put y penser, il fallut tout-à-coup faire face à la rébellion de l'expédition du Haut Nil en 1897. ^^^ péripéties diverses amenèrent les bandes ou leurs résidus vers le centre du Katanga et ce fut vers 1900 seulement, qu'elles furent refoulées vers l'extrême

Sud-Ouest du Congo; le pays jouit alors d'une tranquilité relative et c'est depuis ce moment que les découvertes antérieures ont pu être contrôlées, complétées et mises sous une forme concrète, grâce à une combinaison établie en

)) Avant cette époque, la C^^ du Katanga avait voulu s'acquitter de ses obligations et en même temps prendre possession des terres lui revenant, qui représentent le tiers d'un territoire de Soo.ooo K"", mais des difficultés de délimitation inextricables, suscitant à tout instant des conflits entre les agents de l'Etat et le personnel de la C^^, devaient surgir et, pour y mettre fin, un organisme avait été créé en 1899, sous le nom de Comité Spécial du Katanga.

» Composé de délégués de l'Etat du Congo et de la C^® du Katanga, ce Comité constituait une sorte de C^® à charte, investie des droits politiques, fonciers et administratifs de l'Etat, sauf en ce qui concernait la justice et les finances. Et il fut chargé de gérer les propriétés des deux intéressés en répartissant les dépenses et les recettes dans la proportion des droits de propriété. )>

Le collaborateur de Brialmont, le colonel

Wangermée,dont personne n'ignore les belles missions qu'il a accomplies dans le Haut et Bas Congo, fut envoyé en igo6 au Katanga en qualité de représentant du Comité Spécial, dont nous venons de parler.

Par la voie de Capetown, il gagne, par Broken-Hill, alors point terminus du chemin de fer, la frontière méridionale du Katanga après un voyage pédestre de dix jours; il devait se rendre à Lukonzolwa, sur le bord occidental du lac Moëro; il passe par Musofi, Lulua, Ruwe,Kambove, Lukafu,Kasenga, Kalonga, Kavalo, etc., admirable voyage qu'il retrace d'ailleurs dans son ouvrage, si vivant et si alerte : « Les Grands Lacs Africains et Katanga ».

Aussitôt à destination, Wangermée travailla avec opiniâtreté à l'œuvre du Comité Spécial, puis il rentra en Belgique par la voie de Broken-Hill.

Wangermée, infatigable, repart pour la sixième fois et quand la Colonie reprend l'œuvre du Comité Spécial, à juste titre, elle le nomme Vice-Gouverneur du Katanga, en août igio. Nous n'insisterons pas ici sur la façon admirable dont il remplit sa tâche, mais nous dirons de lui, avec notre confrère « Le

— go —

Journal du Congo » qui traçait sa silhouette : « On peut dire que le colonel Wangermée a vécu les courtes et fiévreuses étapes qui ont si profondément transformé le Katanga et il y a présidé avec toute l'autorité et tout le talent qu'on attendait de lui. »

Et maintenant.. . !

Et maintenant, sur ce territoire où dominaient naguère des potentats nègres, cruels marchands d'esclaves, et tout récemment encore sous le joug de Msiri, s'étend sous un ciel d'azur, lui aussi étoile d'or, une contrée, vaste, riche, fertile... belge enfin.

Elisabethville vient de se fonder il y a quelque temps à peine, et aujourd'hui, grâce à l'énergie d'un grand nombre des nôtres, elle s'est développée avec une rapidité qui tient du prodige, étant comme un bijou entouré de pierres précieuses, qui sont les mines qui l'entourent.

Georges Gardet.

Compagnie Belge Maritime du Congo

Société Anonyme

Sièg-e social : ANVERS, 13, Canal des Réeollets

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