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En relisant les feuilles de ce volume, j'ai revu en perspective ma solitaire adolescence, avec ses élans éperdus vers la Poésie et l'Idéal, ses jeunes illusions et sa foi naïve. A la mélancolie des choses passées que suscite cette mag-ie du souvenir se
I. La première édition de ce volume est de 1868 ; la seconde, parue en iS'75,est épuist'e depuis dix ans. Absorbé par des travaux plus importan s, j'en ai relardé jusqu'à ce jour la réédition. On ne corrige pas un livre écrit de jet, à trente ans de distance. En pareil cas, il faut tout refaire ou ne rien toucher. Je me suis résij^né à ce dernier parti, sans me dissimuler (jue plus d'une page étonnera par un enthousiasme excessif ou choquera par des erreurs de détail. Si, malgré ces défauts, le livre garde un mérite, c'est peut-être qu'il donne un tableau complet de la genèse du lied et de son action sur la littérature allemande. Toutefois, certaines pages et la conclusion ne s'exjjliquent plus, à l'heure qu'il est, que par la date où elles furent écrites. Le reproche que j'adressai alors à mes compatriotes de négliger leur propre poésie populaire serait aujourd'hui fort injuste. Car les recueils de chansons populaires françaises se
mêle cependant une double joie. Je constate d'abord que, loin d'avoir perdu la foi de ma jeunesse, elle s'est élars^ie et corroborée par l'effort de l'àg^e mûr. Dans le vaste circuit, décrit par ma pensée depuis r Histoire du Lied, j'ai suivi, me semble-t-il, une spirale ascendante, qui me ramène aujourd'hui à mon point de départ, mais sur un plan supérieur. De là, j'embrasse du regard tout le chemin parcouru. Je n'ai pas cessé d'aimer ce que j'aimais alors, mais je comprends mieux pourquoi. Car j'en pénètre plus profondément le sens, grâce à ce que j'ai trouvé au-dessus et au delà. D'autre part, mon désir d'assister à une renaissance de la chanson populaire en France s'est pleinement accompli. Par un bonheur exceptionnel, qu'il vaut la peine de remarquer, tellement il est rare, la réalité a surpassé mon attente.
L'heure etle lieu me semblent donc propices pour jeter un coup d'oeil sur le développement du folk-
sont multipliés chez nous depuis lors et de nombreux poètes s'en sont inspirés.
Pour réparer cette lacune, dans une certaine mesure, et permet Ire au lecteur une comparaison plus équitable entre la poésie des deux nations si diverses de génie, j'ai joint à celte édition définitive cette préface sur le Réveil de la poésie populaire en France de iSjo
à IQOO.
Ce n'est que resqiisse rapide d'un vaste sujet. On y trouvera, du moins je l'espère, l'essai d'une vue synthétique sur un ensemble que les érudits, les amateurs et le public n'ont vu jusqu'à ce jour que par fragments. Dans cette conscience de nos provinces, qui renait sous une forme poétique, on verra se dessiner, en traits encore indécis mais cependant suggestifs, les figures variées d'une P'rance nouvelle.
lore en France, depuis une trentaine d'années, d'autant plus que ce livre fut, à son apparition, un appel au réveil de la poésie populaire. Des voix plus puissantes que la mienne, celles de Gérard de Nerval, de Pierre Dupont et de Champfleury l'avaient précédé. Pourtant elles avaient retenti dans le désert. Mais, à ce moment, une sève nouvelle était montée silencieusement sous Técorce dure jusqu'au sommet de l'arbre, et nous avons vu depuis une nouvelle branche pousser au tronc de notre littérature, celle des études françaises sur le folklore universel. D'autre part, presque toutes nos provinces ont apporté leurs gerbes de chansons glanées dans les campagnes. Enfin, un groupe de poètes distingués y a cueilli des fleurs exquises pour les transplanter dans le jardin opulent de notre poésie lyrique.
Résumons ce triple mouvement en un seul tableau.