LUI
0 val profond, profond, ô montagnes, ô bois, Vous reverrez ma mie et plus de mille fois. Oui, vous verrez passer et repasser la belle, Mais vous en serez loin, moi seul serai près d'elle.
Le jour du départ est venu. Il faut se dire le dernier adieu. Quand c'est un soldat qui va quitter sa bonne amie, la scène prend un caractère martial et pittoresque qui couvre sa tristesse sous une fanfare entraînante.
Trois cavaliers par la porte sortaient.
Adieu !
Gentille amie sur la rue sepemhait.
Adieu !
18i HISTOIRE DU LIED
Puisqu'il faut nous quitter sitôt, Vite encor jette ton anneau !
Adieu ! adieu ! adieu !
Ah ! qu'il fait mal ladieu !
Le galop du cheval, la poussière du chemin et les cris de ses amis aident à l'étourdir. Mais le compagnon et sa bien-aimée veulent savourer cette douleur jusqu'à la lie. lisse séparent loin du monde au fond du bois, sous le frêne bien-aimé. Que se sont-ils dit au dernier moment, comment a-t-il fait pour s'arracher des bras qui l'étreignaient, pour la laisser seule sous l'arbre et prendre le sentier fatal? Les chants ne le racontent pas, ils disent seulement : « Là où deux amants se séparent, l'herbe dessèche et le feuillage se flétrit. »
Le compagnon suit sa route sans se retourner. Mais le soir, quand les campagnes sombres se remplissent de brume et de silence, il s'affaisse au bord de la route et tout ce qui l'oppresse s'échappe dans un suprême adieu :
Autant d'étoiles scintillantes Brillent au grand pavillon bleu, Autant de brebis bondissantes Paissent sous le regard de Dieu, Autant d'oiseaux sous la nuée Se bercent, o ma bien-aimée!
Mon âme ! autant de fois adieu !
Ne dois-je plus jamais t'entendre.
Te laisser pour Féternité ?
Non, je ne puis pas le comprendre Que demain j'aurai tout quitté.
Que ne suis-je mort en silence Sans avoir connu l'espérance, Bien avant que d'avoir aimé !
KPOPÉE ET THAGÉDIIC DE L'AMOUR 185
Je no sais si sur celle lerre
Si pleine de maux, de (.louleur,
Après la liille et la misère,
Je reverrai mon seul boniieur.
Oh ! quelles vagues, ({uelles flammes,
Jaillissent entre nos deux âmes.
Et submergent mes yeux en pleurs !
Mais je veux souffrir en silence Pourvu que mon cœur pense à toi.
Tous les matins plein d'espérance Je dirai : Vient-elle vers moi ?
Et tous les soirs Je veux me dire En me noyant dans mon délire :
Mon seul amour, oh ! songe à moi !
Non, ne crois pas que je t'oublie, Jusqu'au tombeau va mon amour.
Dussé-je, après ma triste vie.
Mourir loin de toi quelque jour.
Je veux dormir au cimetière Comme un enfant qu'endort sa mère, Qui s'endort bercé par l'amour i.
L'absence est long-iie, elle dure jusqu'à sept ans. Point de lettres en ce temps, point de nouvelles. L'alouette et le rossignol sont les seuls messagers des amants et parfois l'oiseau de mort ou de trahison. Alors le jeune compagnon, seul au milieu d'étrangers, accablé de travail et de soucis, perd courage. Il voudrait oublier et ne peut pas oublier. L'image de la bien-aimée et de la forêt, où ils se promenaient, est là devant lui comme un paradis à jamais perdu sur la terre d'exil. Là-bas tout était tendresse, amour, félicité; ici n'est que haine, ironie, malédiction. A certains moments, cette image