I. Wanderhorn, II, paçe
unique, persistante, le domine au point de lui fain oublier tout ce qui l'entoure. Le passé et le présent le rêve et la vie, Tàme et la nature se confondeni dans une vaste hallucination :
Dans mon pays se berce un frêne, Un frêne au fond des bois.
Ma mie et moi sous le grand frêne Nous vînmes mille fois.
Un bel oiseau dans son feuillage
Y chante tous les jours, Ma mie et moi sous son ombrage
Nous Técoutons toujours.
Dans son doux rêve il se balance
Sur le dernier rameau ; Nous le regardons en silence,
Il chante de nouveau.
Un accent de sa voix ch«'rie.
Un son m'est arriva.
Étais-je près de toi, ma mie,
Ou n'ai-je que rêvé ?
Quand je revins voir mon amie
Le frêne était coupé, Un autre était près de ma mie...
Je me suis réveillé !
Dans mon pays se berce un frêne, Jen suis si loin, j'ai peur!...
Le vent glacé qui se déchaîne Me déchire le cœur ^ !
Pendant qu'il erre à l'étranger, elle attend. Sa vie se passe dans une alternative d'espérance et d'appréhension, de joie folle et d'abattement. Elle
()) Simrock, page 226.
ÉPOPÉE ET TRAGÉDIE DE l'AMOUR d 87
est superstitieuse, elle fait des rêves et les interprète. Une nuit ellercve que son jardin est chang-é en cimetière, toutes les plates-bandes sont des tombes blanches, toutes les fleurs des arbres sont à terre. Triste, elle les rassemble dans une cruche d'or. Mais tout à coup la cruche s'échappe de ses mains, se brise et il en sort des perles roug-e cramoisi. Mon Dieu! s'ëcrie-t-elle, c'est le sang- de mon ami! Une autre fois, le songe est plus riant. Elle revoit son amant comme au jour où il entra pour la première fois dans son jardin. Il s'avance vers elle par le joli chemin sablé et lui prend les deux mains pour lui dire adieu. Elle lui demande quand il reviendra de son long voyag-e. Il répond : « Quand il neigera des roses rouges et qu'il pleuvra du vin frais. » Puis il disparaît Aussitôt elle plante desrosiers dans son jardin. Les rosiers font un bosquet et le bosquet fait une maisonnette. Elle s'assied dessous et attend qu'il neige des roses rouges. Pendant ce temps l'ami revient avec une belle amphore de vin, il parcourt le jardin et ne voit pas la bienaimée. Enfin il s'approche du bosquet; elle fait semblant de dormir. Il se penche sur elle, la cruche lui échappe et tombe sur un rosier. Elle ouvre les yeux: il neige des roses rouges, il pleut du vin frais et le bien-aimé est là. Mais, hélas ! ce n'est qu'un rêve. Tout éveillée elle rêve encore. Elle demande des oracles aux fleurs et aux oiseaux. Un matin elle se dit que si l'aubépine de la forêt est encore en fleurs, l'ami est encore en vie et en grande joie. Elle y court et trouve le buisson couvert de fleurs et de boutons. La voilà radieuse pour tout un jour. Ou bien elle se persuade que si le rossignol revieiit
demain, l'ami reviendra au mois de mai. L'oiseau ne revient pas; la voilà plongée dans les larmes.
Si la séparation est pleine de souffrances, I retour est d'autant plus joyeux. Le compagnon a fini par faire fortune. Il a terminé son chef-cV œuvre, il a été reçu maître^ il revient libre, riche de projets et d'espérance. Il s'arrête à l'auberge du village voisin pour demander des nouvelles de son amie. Il frissonne à l'idée qu'on pourrait lui dire : elle est mariée depuis longtemps. Que ferait-il alors? Tout, hormis de se résigner. Mais quelle joie lorsqu'on lui dit qu'elle attend toujours le compagnon en voyage. Alors il met ses plus beaux habits et se promet de la surprendre. H y a une ballade qui peint un de ces retours, où l'amant qui revient sur un cheval fringant met sa promise à la plus dure des épreuves.
Un tilleul à large feuillée Regarde au fond de la vallée.
Deux amoureux étaient dessous Par amour oubliant leurs peines.
— Ma mie, il faut nous séparer Car j'ai sept ans à voyager.
— Tu pars pour sept ans, mon amour?
J'attendrai jusqu'à ton retour.
Quand les sept ans furent passés Elle se dit : il va venir!
Elle entre au vert bois qui fleurit Pour voir revenir son ami.
Dans la forêt verte elle entra, Un beau cavalier rencontra.
ÉPOPÉE ET THAGÉDll-: DE L'aMOUR 189
— nonjoiir, ma Lrllc, ma cliarmanfe, Qu'alJez-vous faire seule au Luis?
Vos parents que vous ont-ils fait?
Aimeriez-vous damour secret?
— Hier il y eut juste sept ans Que j'ai vu partir mon amant.
— J'ai vu votre amant à la ville Épouser une riche fille.
Eh bien, que lui souhaitez-vous.
Puisqu'il a trahi ses amours ?
— Je lui souhaite dans mon cœur Le plus doux, le plus grand bonheur.
Tant de joie, de ravissement Qu'il y a d'étoil's au firmament.
Je lui souhaite autant d'honneur Que je sens d'amour dans mon cœur.
Il prit à son doigt vivement Un anneau d'or pur scintillant.
Il le jeta sur ses genoux,
Elle en versa des pleurs si doux !
Puis il tira de sa valise
Un voile blanc comme la neige.
— Essuie, essuie tes yeux, ma mie ; Car tu m'appartiens pour la vie i !
L'amour et ses chants ne cessent point avec le nariag-e pour le joyeux artisan et sa compagne
trépide. Le travail en commun, les épreuves et es douleurs partag-ées, les longues veillées d'hiver, es courtes joies d'été, n'est-ce point assez pour