‹ Histoire du Lied, ou, La chanson populaire en AllemagneChapitre 56 sur 79 · HISTOIRE D\J LIED · texte numérisé non relu

HISTOIRE D\J LIED

préau où dansaient paysans et paysannes il fr donnait lestement:

Je cours sans flûte et sans musette A travers champs, à travers bois.

Je siffle au vent ma chansonnette Plus amoureuse qu'un hautbois.

Et sur mon rythme et ma mesure Tout danse et tourne, tout murmure, Tout marche aux accents de ma voix.

Et quand je trouve la jeunesse,

Au printemps, sous le vieil ormeau.

Sitôt je chasse sa paresse,

Je souffle un air sur un roseau.

Le gars timide se pavane

Et tourne Suzette et Suzanne

Au soupir de mon chalumeau.

C'est ainsi qu'il mettait sans cesse sa poésie action. Rêver dans la solitude ne lui suffisait pî Il avait besoin d'ai^nr, de vaincre les âmes rebelle^ de les enthousiasmer et de les faire vibrer à l'uniî son de la sienne. C'était la seule gloire dont il fiU fier.

Les premières années de Weimar furent pour Goethe une série de triomphes. L'ami de Charles- Aui^uste parut conmie un dieu à la cour et y conquit, par son ascendant, une position exceptionnelle qui sauveg^ardait sa liberté. 11 commença par lâcher encore une fois la bride à la fantaisie sauvage du g-énie qui se sent maître des cœurs et règne sur les imaginations en monarque absolu. Mais après six mois d'escapades de tout genre avec le duc, de fêtes, de succès et d'enivrements, il se concentre sur luimême avec une énergie plus grande . 11 commence

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h:<imont. Wilhrlm Mrister, Iphujcnie. Le poète Ivriqne nVst pas oisif non pins. Mais il ne parle que par uUervalles, quand une émotion s'impose, ou qu'un sentiment fug-itif se cristallise. Un soir, il écrit quelques vers au crayon sur la cloison de bois d'une petite hutte à Ilmenau, où le re-ard embrasse un vaste horizon de montagnes. Cette bluette est restée un chef-d'œuvre; chaque vers chante, chaque mot peint. Ces huit vers sont à la tois un paysage complet et une mélodie achevée. Malheureusement ici, la traduction ne peut rendre l'orig-inal:

Sur les cimes imposantes

Paix et mort; Dans les forêts frémissantes

Tout s'endort.

Plus un souflle, plus un soupir...

Petit oiseau se tait dans les feuillages, 0 cœur! ô calme tes orages 1...

Car bientôt, bientôt, toi aussi Tu vas dormir.

Calme du soir, apaisement du désir dans le silence de la foret, résolution suprême de toutes les dissonances dans l'accord parfait de la nature, acceptation de la mort d'une âme qui se sent une avec le monde; toutes ces pensées ne sont pas exprimées dans le Chant du soir du voyageur, mais on les entend chanter comme les voix confuses d'une douce symphonie.

Plus que jamais à ce moment de sa vie, Gœthe éprouvait la solitude du génie. Tandis que tout Weimar l'appelait à ses fêtes, le poète s'isolait de plus en plus et passait des semaines dans sa maison

du parc, au bord de Tllm, ploni^é dans l'étude des plantes et dans ses travaux poétiques. La seule femme qu'il aimait sérieusement, éperdiiment, M™® de Steln, le tenait à distance tout en acceptant ses hommages. Ce sentiment d'une solitude profonde, au milieu de la richesse débordante du cœur et de l'esprit, a trouvé son expression dans un des plus beaux chants de Goethe, qui peut être considéré comme l'apogée de son lyrisme dans le genre du Lied. Il fait nuit ; le poète a quitté sa maison de campagne et suit la vallée de l'Ilm; perdu dans ses pensées, il repasse sa vie dans sa mémoire; dans l'obscurité profonde, il sent avec plus d'intensité la grandeur des désirs et le néant du bonheur. Avoir eu tant d'amour, avoir été tant aimé, et pourtant quelle solitude 1 A ce moment, la lune monte derrière les arbres et verse sur les prés vaporeux son étrange magie. Soulagé par cette lumière discrète, le poète s'adresse tout naturellement à l'astre bienfaisant.

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