‹ Histoire du Lied, ou, La chanson populaire en AllemagneChapitre 55 sur 79 · GŒTHE · texte numérisé non relu

GŒTHE

Moi L'honorer ? Pourquoi ?

As-tu jamais adouci mes soulTrances

Dans laflliclion ?

As-tu jamais apaisé mes larmes

Dans l'inquiétude?

N'est ce pasleTemps,ce forgeron tout-puissant,

Qui m'a fait homme,

Et l'éternel destin,

Mes maîtres et les tiens ?

T'imaginais-tu par hasard

Que je devais haïr la vie,

M'enfuir dans un désert.

Parce que n'ont pas mtiri

Tous mes rêves de jeunesse ?

Non. Me voici sur mon sol, je pétris des

A mon image, [hommes

Une race qui me ressemble.

Prête à souffrir, prête à pleurer,

A jouir, à s'enivrer de joie

Et à te mépriser

Comme moi !

Ses amis admiraient avec une sorte d'effroi cette ode d'un panthéisme litanesque, où Ton sentait à la fois le disciple d'Eschyle et de Spinoza. Ils voyaient bien que ce Prométhée c'était Goethe luimême, debout devant eux, les prunelles dilatées, beau comme Lucifer. Dans ces odes-là, il était bien loin de la chanson populaire. C'est l'homme de l'avenir qui parlait alors par sa bouche dans une lang-ue de feu. Mais entendait-on sur les bords du fleuve, dans quelque villaîçe, les joyeux accents de la danse, aussitôt Goethe, avec sa merveilleuse élasticité, redevenait le gai compagnon. Abordons ! criait-il à ses amis, et tout en s'acheminant vers le

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