‹ Histoire du lied; ou, La ehanson populaire en Allemagne, avee une centaine de traductions en vers et sept mélodiesChapitre 3 sur 26 · VI PREFACE DE LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

VI PREFACE DE LA SECONDE ÉDITION

littérature de Tautre. De là un dépérissement graduel pour le premier, et pour la seconde un isolement dangereux qui lui a fait perdre» en sève et en originalité ce qu'elle a gagné en élégance et en raflSnement. — En Allemagne, au contraire, après la période d'imitation classique qui succéda à la guerre de Trente ans, il s'opéra un retour des meilleurs esprits vers la muse populaire et les traditions anciennes. Dès lors, comme un arbre replanté dans le sol natal, la poésie allemande pousse en sens divers de puissants rameaux et donne ses plus beaux fruits.

La condition de Tart vivant et fécond, la force et le charme du lyrisme m'apparurent désormais dans cette alliance intime entre Tâme nj^'ve du peuple et la volonté consciente du poète. Un tel retour, me disais-je, n'est-il plus possible chez nous ? Nos chants populaires ne renferment-ils pas des trésors cachés ? N'y a-t-il pas des mondes oubliés dans nos traditions locales et provinciales, de mâles vertus dans nos vieilles épopées et des puissances secrètes dans les voix naïves qui nous viennent du fond des âges? N'est-ce pas une grande force pour tes nations comme pour les individus de ne rien oublier, de porter en soi le meilleur de son passé en se développant toujours?

Ces questions qui se pressaient en moi auraient dû me conduire à l'étude du passé de la France. Mais mon prenlier besoin fut de traduire dans ma langue maternelle les émotions que

PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION. Vfl

j'avais éprouvées en écoutant la chanson populaire d'une nation voisine et de la poursuivre jusqu'à sa source. Ce qui me poussait, ce n'était ni la curiosité de Térudit, ni l'intérêt de l'historien. C'était moids et c'était plus. Donner un écho vivant d'une chose vivante, et par là faire appel chez nous-mêmes à des voix plus franches, à un accent plus libre, tel était mon fervent désir. Ainsi naquit ce livre.

Ceux-là, sans doute, se tromperaient fort qui croiraient y trouver une image fidèle de TAUemagne contemporaine. Il n'y a ici qu'une Allemagne idéale entrevue à travers ses chants du quinzième et du seizième siècle et les grands lyriques d'il y a cinquante ans.

' Cette Allemagne du rêve et de la légende peut nous sembler aujourd'hui une féerie tissée dans une forêt par le clair de lune et qui se dissipe le matin devant une foule affairée et tapageuse. J'avoue que dans cette première excursion en Allemagne j'ai très-naïvement cherché le beau autour de moi et quelquefois fermé les yeux à la réalité. Car dès cette époque la naïveté et la simplicité qui faisaient, au dire de Madame de Staël, le charme du peuple allemand et qu'on retrouve encore dans les campagnes perdues, commençaient à disparaître des villes et de la société. Pour beaucoup d'Allemands de nos jours ces qualités ne sont plus que des défauts, dé même que la noble largeur d'esprit, la haute impartialité des Schiller, des Humboldt, des Groethe ne

Page 1