‹ Histoire du Long-Parlement, convoquéChapitre 11 sur 26 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Ouverture du parlement d! Angleterre. Examen des griefs. Les délinquans sont recherchés. 1/ archevêque de Cantorbéry est envoyé à la Tour, Fuite du secrétaire d'Etat TFindehanh , et du lord-chancelier Finch.

Le parlement s'ouvrit le 3 novembre 1640 (i). Le Roi y prononça un discours trè&-bon et trèsagréable aux deux chambres , qui ne prétendaient pas obtenir de lui un aveu des erreurs passées y capable de nuire à sa dignité personnelle^ mais

(i) Quelques personnes voulurent engager l'archevêque Laud à faire retarder de deux ou trois jours l'ouverture du Long-Parlement. Le 3 novembre était , disait-on , un jour de mauvais augure ; le parlement, réuni ce même jour dans la vingtième année du règne de Henri YIII , avait commencé par la chute du cardinal Wolsey, et fini par la destruction des abbayes ; mais l'archevêque ne fit aucune attention à ces vains présages. {Mémoires de Whitelocle, pag. 35. ) La cérémonie même de l'ouverture du parlement fut triste et peu solennelle ; le Roi ne se rendit point à Westminster par terre et avec la pompe accoutumée ; il arriva presque sans suite , et dans sa barque, jusqu'au bas de l'escalier , et alla à l'église comme il eût fait au sortir d'une séance d'ajournement. ( Clarendon , Histoire de la Rébellion, tom. a , pag. i . ) ( Note de V Editeur, )

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désiraient seulement qu'il leur accordât à l'avenir son affection (i).

Elles entendirent avec beaucoup de joie les gracieuses paroles par lesquelles le Roi les assu>* rait : « qu'il s'abandonnait librement et sans rë- « serve à l'affection de ses sujets d'Angleterre ; « les priant d'examiner les moyens les plus proie près à assurer la tranquillité de ce royaume y tf et à satisfaire ^ dans cette vue , à leurs justes

(i) u Aux élections qui amenèrent ce parlement, la cour ne négligea rien , dit Whitelocke, pour faire nommer ses amis ; mais ceux qui avaient la faveur de la cour pe jouissaient dans le pays d'aucune estime; et ce ne fut pas une chose peu étrange que de voir avec quelle vivacité les citoyens repoussaient toute prétention, tout candidat, qui paraissaient avoir quelque rapport avec la cour. Aussi trës-peu d'hommes de ce parti furent-ils élus membres de ce parlement. » ( Mé' moires de Whitelocke, pag. 35. ) L'influence du gouvernement sur ces élections fut si faible , que le Roi ne put pas même faire élire sir Thomas Gardiner, qu'il désirait avoir pour orateur de la chambre des communes , quoiqu'on l'eût présenté comme candidat en trois endroits diflereus. Ce qui paraîtra bizarre , c'est que le Roi ne fut informé du mauvais succès de cette tentative , que le malin même du jour ou le parlement devait s'ouvrir. Dans la nécessité de prendre brusquement un parti sur le choix d'un orateur, on jeta les yeux sur M. Lenthall , dont le parti du Roi espérait au moins l'impartialité. Ce fut à grand'peine qu'on le détermina à se laisser porter h cette charge , et il ne tarda pas à se donner complètement au parti dominant. {Hist. de la Réb. , tom. 2 , page 2. ) {Not, de VEdit.)

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H doléances : dessein auquel il était déterminé à ce concourir si sincèrement que le monde con- « naîtrait l'intention où il était de rendre le (( royaume glorieux et florissant. C'était à eux « que, librement et de sa propre volonté, il rei< mettait le soin de voir par où commencer. »

Il leur demanda aussi de mettre de côté toute espèce de soupçons et de méfiances , et promit de sa part d'en faire autant ; en même temps pour colorer la dernière guerre, et justifier ou excuser la conduite de cette affaire , il se montra trèsblessé de Taudace qu'avaient eue les Ecossais d'entrer contre sa volonté en Angleterre avec une armée; il les qualifia de rebelles, et ajouta qu'il allait de son honneur et de celui de l'Angleterre de les expulser.

Dans son second discours, lu deux jours après , il dit encore : or Je vous ai dit que les re- « belles devaient être chassés de l'Angleterre; «r dans la vérité, je dois les nommer ainsi, tant (f qu'ils nous envahiront à main armée, bien que c( je sois en négociation avec eux, et que, dans un w édit scellé de mon grand sceau, je les appelle « mes sujets , car ils le sont eu effet. »

Pour rendre moins déplaisante cette demande de les faire sortir d'Angleterre , le Roi dit qu'il y était poussé par la considération de ce que devaient souffrir de leur présence ses sujets du nord de l'Angleterre.

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Tout cela fut exposé plus en détail dans un long discours du lord Finch ^ qui donna aussi à connaître que la résolution prise par le Roi de convoquer un parlement avait précédé la pétition des lords à York.

Bien que les deux chambres du Parlement rendissent grâces au Roi de sa bonté ^ cependant on Yerra^ par les détails suivans^ qu'elles ne considéraient pas du même œil que lui la proposition de chasser les Ecossais; car^ environ une semaine après ^ la chambre des communes or* donna que les deux armées reçussent la somme de loo^ooo liv. levées proportionnellement sur tous les comtés de TAngleterre , excepté sur les comtés du nord qui avaient la charge de leur séjour. Il fut ordonné que ^ jusqu'à la levée de la somme ^ elle serait empruntée à intérêts.

Les commissaires écossais eurent la permission de venir exposer leurs doléances et discuter leurs affaires à Londres , o4i ils arrivèrent en effet le 19 du même mois ; car l'accommodement n'était pas encore fini^ mais toujours en négociation^ et les conférences , comme le dit le Roi dans son discours ^ furent seulement transportées de Rippon à Londres.

Avant que le parlement pût procéder à l'importante cure qu'on attendait de lui, il avait besoin de quelque temps pour rechercher et mettre au jour les plaies qu'il avait à guérir. C'est

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ce que firent ^ en d'élegans et judicieux discours^ plusieurs membres des deux chambres.

Le 9 novembre^ lendemain du jour où la chambre des communes avait été constituée (i)^ M. Grimstoa^ sir Benjamin Rudyard , M. Pym

(i) Voici quelle était la composition de ce fameux parle^ ment de 1640 y et quelles vicissitudes elle essuya pendant sa durée ; ce résumé nous paraît propre à intéresser nos lecteurs.

i<*. Chambre des Pairs,

A l'ouverture du parlement, la chambre des pairs était composée de cent cinquante membres , savoir :

Un duc;

Un marquis ;

Soixante-trois comtes;

Cinq vicomtes ;

Cinquante-quatre barons ;

Deux archevêques ;

Et vingt-quatre évéques.

De 1640 à 1642, c'est-à-dire entre l'ouverture du parlement et l'explosion de la guerre civile, Charles i*** créa douze pairs ; de sorte qu'à cette dernière époque , la chambre des pairs était composée de cent soixante-deux membres.

De ce nombre, soixante-onse pairs laïques, et tous les pairs ecclésiastiques, en tout quatre-vingt-dix-sept pairs, prirent parti pour le Roi , après l'explosion de la guerre civile.

De 1642 à 16499 époque de sa mort, Charles i«'créa vingt-deux pairs ; mais ils ne prirent séance dans la chambre qu'après la restauration.

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et M. Bagshaw firent rénumératioQ et le tableau des abus relatifs à la religion et des nom--

2^*. Chambre des Communes,

La chambre des communes était composée de cinq cents seize membres , savoir :

Quatre-vingt-huit députés de comté.

Quatre cent vingt-quatre députés de villes , cités , bourgs

et ports.

Quatre députés des universités d'Oxford et de Cambridge. Sur ce nombre , les élections annulées , les éliminations , les déclarations d'incapacité , les décès, etc. , donnèrent liea de 1640 à iG5o , à trois cent cinquante réélections , sans comp'.er un grand nombre de places qui demeurèrent vacantes!

Parmi les 866 membres qui passèrent ainsi successive-* meot, soit dès l'origine , soit plus tard , et comme <î1us à des places vacantes , dans la chambre des communes , 287 signèrent le covenant.

180 abandonnèrent le parlement à diverses époques, rejoignirent le Roi et siégèrent dans la convention ou anti-parlement d'Oxford. Parmi eux se trouvaient plusieurs de ceux qui avaient signé le covenant. 189 furent exclus de la chambre à diverses époques, par la faction dominante ou par l'armée , sans compter ceux qui furent déclarés indignes et déchus , parce qu'ils étaient allés rejoindre le Roi.

Un grand nombre de membres s'abstinrent de siéger et se retirèrent chez eux sans^prêndre parti ; de sorte qu'à dater de 1643 , la chambre des communies fut en général assez peu nombreuse , et alla se réduisant de jour en jour.

( Voy. V Histoire Parlementaire oii sont contenus les tableaux ^ont le dépouillement nous a fourni ces résultats , t. 2 , col. fÎK)! — 67.9. ) ( Note de V Editeur. )

breuses violations des lois et des libertés qui avaient eu lieu durant les années précédentes* Sir John Clotworthy , du Bevonshire, établi en Irlande^ exposa y fort au désavantage de lord Strafford , les injustices dont ce pays avait été victime.

Plusieurs gentilshommes de haut rang parlèrent les jours suivans dans le même sens^ sans que jamais^ au milieu de leurs plaintes ^ le ïloi se trouvât nommé qu'avec respect. L'expression ae leur mécontentement sur les griefs dont ils se plaignaient était toujours mêlée de remercîmens pour l'espérance qui leur était donnée d'en obtenir le redressement.

Leurs remercîmens étaient toujours adressés au Roi ^ et les torts rejetés sur ses ministres. Le lecteur pourra voir un parfait exemple du ton de ces discours dans celui de sir Benjamin Rudyard (i)^ le second qui fut prononcé à la chambre ; il fait connaître quels étaient les griefs dont on se plaignait, et de quelle manière on avait soin 5 dans ces plaintes , de ménager le Roi. L'auteur de ce discours était un homme plein de religion^ de science et de jugement, cujus erant

(i) C'est le même orateur qui, comme on l'a vu, s'était félicité, à l'avènement de Charles, de la bonne intelligence qui allait désormais régner entre le Roi et là nation.

( Note de F Editeur. )

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inores qualis facundia. J'insérerai son discours en entier pour l'intelligence de la situation.

M, l'Orateuh,

(c Nous sommes assembles ici pour faire les affaires de Dieu et celles du Roi y ce qui comprend les nôtres en notre qualité de chrétiens et de sujets. Avant tout craignons Dieu^ nous en honorerons mieux ensuite le Roi; car si nous n'avons pas été prospères dans nos parlemens, c'est, je le crains bien^ pour lui avoir préféré d'autres choses. Que la religion soit notre primuin quœrite , car tout le reste n'est auprès d'elle que des et cœtera^ Et cependant nous obtiendrons ce reste et bien plus promptement et bien plus sûrement, SI nous donnons à Dieu la préséance qui lui appartient.

« Nous savons tous quels troubles ont été jetés dans l'Église pour de vaines et misérables bagatelles, comment toute l'Église et tout le royaume ont été en désordre pour le placement d'une métaphore (i), d'un autel.

« Nous avons vu des ministres , leurs femmes/ leurs enfans , leurs familles , ruinés contre toute loi , contre toute conscience , contre toute pitié

(i) L'orateur voulait sans doute parler de la présence réelle et du sacrifice de la messe. {Note de V Editeur. )

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de cœur, pour s'être élevés contre les danses du dimanche. Comment les hommes qui ont fait ces choses, pensent- ils qu'ils seront traités lorsque lé maître de la maison viendra et les trouvera frappant ainsi ses autres serviteurs ?

« De pareilles inventions sont des cribles destinés à séparer les bons ; ce qui est l'occupation du démon.

w C'est à la prédication qu'ils en veulent; car, selon ce que j'ai appris jusqu'à présent , ces machinations et autres semblables n'ont été employées que contre les prédicateurs zélés.

« Ils méprisent la parole divine , et voudraient bien , dit-on , avoir quelque chose de semblable à la messe qui ne mord pas (i), une religion muselée. Ils voudraient dissiper et énerver la puissance et l'énergie de la religion, en la réduisant à de pompeuses et brillantes formalités , à de vieilles cérémonies hors d'usage qu'ils remettraient à neuf. Telle est probablement cette oeuvre louable à laquelle on travaille , et qu'a célébrée si haut le docteur Heylin dans ses audacieux i)a\nphlets. Tous leurs faits et gestes sont si mêlés , si brouillés , si compliqués , qu'on ne peut

(i) Allusion à la manière dont le prêtre ou les fidèles avalent, sans Tentamer, la Sainte Hostie. Chez les prolestans la Cène est célébrée avec du pain que mangent les fidèles.

( Note de V Editeur. )

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trouver dans aucun de leurs procédés rien de clair ni de sincère. Et qu'ils ne disent pas que ce sont là les méchans soupçons , les malignes interprétations de quelques factieux d'entre nous ^ puisqu'un partisan de Rome s'est vanté et félicité > dans un ouvrage imprimé , de ce que la face de notre Église commençait à changer^ le langage de notre religion à changer , puisqu'on a publique-^ ment écrit que si Voa tenait un synode , non inter^ mixtispuritanis y d'où les puritains fussent exclus ^ nos articles de foi et leur religion seraient bientôt d'accord.

(( Us ont conduit les choses à ce points qu'on est admis à insulter ^ sous le nom de puritanisme ^ toute notre religion^ et à soutenir le papisme , à la fa* veur de quelques duretés contre les jésuites.

« Quiconque soumet ses actions à quelque règle ^ soit divine ou humaine, est un puritain. Quiconque voudrait être gouverné par les lois du Roi , est un puritain.

(f Celui qui se refuse à faire ce que d'autres voudraient exiger de lui, est un puritain. Leur grande affaire , leur principal moyen , est de représenter tous ceux de la religion comme un parti suspect dans le royaume.

« Faisons réflexion aux pernicieux résultats de cette conduite , aux défections qu'elle nous a fait subir d'un côté, aux séparations qu'elle nous force à souffrir de l'autre. Quelques-uns, voyant

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