CHAPITRE IL
lie Roi revient d^ Ecosse y et son retour est ma" gnifiquement célébré par la cité de Londres» Remontrance publiée par le parlement. Le Roi vient à la cham bre des communes. Protestation des douze évéques; comment elle fut censurée par les lor^s et les commuries* Divers obstacles s^opposent à ce qu^on secoure V Irlande.
Laissons l'Irlande se débattre contre ces la-» men tables calamités* et revenons aux ajBTaires d^ Angleterre. Vers ce même temps ^ environ à la fin de novembre 1641 , le Roi revint d'Ecosse, et fut reçu^ fétë par la cité de Londres , et accompagné à son palais de Whitehall avec d'aussi pompeuses solennités et d'aussi magnifiques témoignages d'amour et de fidélité , qu'en eût jamais obtenu aucun roi d'Angleterre (i).
(1) "DdiTi^ V Abrégé ^ May s'exprime, sur cette circonstance , avec beaucoup plus d'humeur , et en tire des inductions beaucoup plus hostiles contre le Roi : « Tandis « que l'Irlande , dit-il , était dans cet état de désolation , le « Roi revint d'Ecosse , et fut reçu par la cité de Londres « avec la plus pompeuse solennité. La totalité des citoyens « rangés par compagnies , selon leurs diverses professions , « allèrent au devant du Roi à cheval , et en armes , et dans
Le Roi parut très-sensible à ces marques extraordinaires de l'afTection publique ^ et il en témoigna sa reconnaissance à la cité > en invitant peu de jours après les principaux de ses citoyens à Hamptoncourt où ils furent traités par lui^ et où plusieurs aldermen reçurent de lui le titre de chevaliers. Tandis que le Roi résidait à Hamptoncourt^ la chambre des communes lui présenta une remontrance ou déclaration de l'état du royaume où étaient exposés les principaux grie& et mesures oppressives sous lesquels la nation avait gémi depuis le commencement de son règne; mab on eut soin ^ comme cela peut se voir dans la pétition qui accompagna la remontrance y d'ap-
« le plus dispendieux équipage qu'on eût encore vu , et « Fescortèrent à travers la ville jusqu'à son palais de Whi- « tehalL Quelques personnes blâmèrent la cité de cette « réception si coûteuse , dans un si triste temps ; d'autres « espérèrent qu'elle pourrait gagner au peuple les douteutt ses affections du Roi. Mais elle produisit sur le Roi un effet M tout contraire. Il commença à penser que, quelque chose « qu'il fît 9 n«n n« pourrait lui ôter l'amour de la cité , et « quelques-uns le flattèrent de l'espérance que la cité l'ai- « derait à enchaîner le parlement lui-même. En sorte qu'il « en devint plus dédaigneux envers le parlement , et pour « se rendre plus cher à la cité, il invita plusieurs des prin- « cipaux citoyens à Hamptoncourt oii il les traita et en fit « quelques-uns chevaliers. « {Abrégé de Thistoire du Long" Parlement ^ dans la collectionne M. Mazeres, t. i, p. 36. )' ( Note de VÉdit. )
porter dans l'expression de ces faits toutes les*formes d'affection et de respect compatibles avec de telles yerités. Toute la faute était rejetée sur les mauvais ministres qu'on désignait sous le nom de parti malintentionné.
Cettelremontrance avait été débattue avec beaucoup de chaleur dans la chambre des communes , très-peu de temps avant que le Roi ne revînt d'Ecosse; et, lorsqu'elle fut votée, la chambre se trouva tellement divisée , qu'on ne l'emporta que de neuf voix. La discussion fut si longue et si vive, et les argumens produits pour et contre si nombreux , qu'on y passa non-seulement le jour, mais une grande partie de la nuit, et ^ue la séance ne fut pas levée avant deux Ifeures du matin (i).
(i) Le parti dominpitit n'avait cependant rien négligé ponr faire adopter la /èmontrance à l'improviste et presque sans débat. Il avait essayé de persuader à un grand nombre d« membres , que ce n'était au fond qu'une démarche comminatoire; quela remontrance ne serait point publiée, et qu'elle avait pour unique objet d'intimider les malintentionnés en leur prouvant que la chambre ne les laisserait jamais pré^ valoir. Le 22 novembre, et sans que la chambre en fût avertie , la séance étant déjà fort avancée , on proposa tout à coup de voter sur la remontrance ; lord Falkland et ses ami» eurent beaucoup de peine à obtenir que le débat fût remis au lendemain matin. Cromwell , encore fort obscur , lui demanda pourquoi il insistait si vivement sur ce délai. « Parce qu'il est trop tard , lui répondit lord Falkland , et qu'il y aura à coup sûr une discussion.— ^ Une légère discussion , » reprit Cromwell; le parti se flattait d'avoir réussi à prévenir
Ceux qui tenaient pour la remontrance disaient, comme ils l'exprimèrent ensuite dans la pétition
toute opposition ou à peu près. La méprise était graiide ; car le débat, ouvert le lendemain à neuf heures du matin, dura jusqu'au jour suivant à raidi. Un grand nombre de membres s'étaient retirés de fatigue , après avoir voté sur plusieurs amendemens ;. et lorsqu'on en vint au vote définitif, la remontrance ne fut adoptée que par 1 5^ voix contre 1 48. M. Hampden fit aussitôt la motion que l'impression en fût ordonnée par la chambre ; ce qui amena un débat encore plus vif que le précédent. On vit alors que le parti ne voulait pas soumettre la remontrance à l'approbation de la chambre des lords, et que c'était un véritable appel au peuple. M". Hyde (depuis lord Glarendon) s'opposa trèsvivement à l'imprâ^sion , déclarant que si la motion était adoptée , il demandait à protester. M. Palmer et plusieurs autres se levèrent en désordre, «ciant tous à la fois qu'ils protestaient. Cependant. la chambre s'étant calmée peu à peu , on convint , à deux heures après midi, de remettre le débat sur l'impression au lendemain matin. « £h bien! dit lord Falkland à Cromwell , en sortant de la chambre , y at-il eu un débat ? — • Je vous en croirai une autre fois , » dit celui-ci; et se penchant vers son oreille : u Si la remontrance avait été rejetée, ajouta-t-il, j'aurais vendu demain tout ce que je possède et quitté l'Angleterre pour toujours ; et je connais beaucoup d'honnêtes gens qui en auraient fait autant. »
Sir Benjamin Rudyard dit en sortant que la remontrance était le verdict d'un jury affamé.
La remontrance fut présentée au Roi le i*'. décembre par un comité de onze membres , présidé par sir Ralph Hopton qui, le lendemain, fit à la chambre le f apport suivant : « Hier , dans la soirée , le comité chargé de se présenter à
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au Roi, w qu'ils n'ayaîent d^autre intention que « d'édaîrer Sa Majesté, les pairs et tous ses
« Sa Majesté , se rendit à Hamptoncourt ; et sir Richard « Wynne informa Sa Majesté que nous étions là. Au bout « d'un quart d'heure , le Roi envoya un gentilhomme pour H nous appeler, avec ordre de ne laisser entrer que le comité « seul. Nous nous mîmes tous à genoux devant le Roi; et en « l'absence de celui d'entre nous que la chambre ava^t chargé « de cet offîce , je commençai à lire à genoux la pétition. « Mais Sa Majesté nous ordonna de nous lever , et je con- « tinuai debout ma lecture. La première observation que (( fit Sa Majesté , eut trait à cette partie de la pétition qui M accuse un ^parti de malintentionnés du projet de^chan— « ger la religion. Le Roi dît avec une grande vivacité :«-— Si « quelqu'un a le projet de changer la religion , qtîe le dia- H ble l'emporte, quel qu'il soit. — Je continuai, et lorsque j'en <t vins au paragraphe qui met en réserve les' biens des re* « belles d'Irlande, il plut à Sa Majesté de dire: — Ne dispo- « sons pas de la peau de l'ours avant de l'avoir tué. — La « lecture delà pétition achevée , le Roi manifesta le désir de « nous faire quelques questions : nous dîmes que nous n'é- « tîons point autorisés à rien dire de plus sur toute cette « affaire. — Bien , dit le Roi ; au moins vous pouvez parler M comme simples pàrtîculiéi's. Là chariibre a-t-elle intention « de publier cette déclaration? — Nous dîmes que nous ne « ' pouvions répondre à cela. — Eh bien ! reprit le Roi , je « suppose que vous n'attendez pas sur l'heure une réponse tt à une si longue pétition. Je tous dirai donc que j'ai laissé « l'Ecosse fort bien et en paix. Ils sont tous contens de moi, « et moi aussi d'eux. J'y suis resté plus long-temps que je « n'imaginais; mais si je n'y étais allé, vous n'auriez pas M été 5itôt quittes de l'armée. Je vous répondrai sur cette af- « faire-ci aussi promptement que le permettra sa gravité. — Il I. 17
u loyaux sujets ; qu'ils n'ayaient pas dessein de a jeter le moindre blâme sur sa personne^ mais (( seulement de lui représenter combien on ayait (¥ abuse de son autorité royale et de sa confiance , « au grand préjudice et danger de Sa Majesté et « de tous ses bons sujets. »
Hors du parlement ^ plusieurs personnes attachées à Topinion delà majorité , soutenaient dans les conversations que cette remontrance pouvait devenir utile , et que le Roi , qui peut-être ignorait jusqu'à un certain point tout le mal qui avait été fait^ pourrait être amené par là non-seulement à la connaissance de ses erreurs passées ^ mais à une crainte salutaire d^y retomber lorsqu'il verrait que les torts des princes dans le gouvernement ne manquent jamais d'éclater aux yeux du public.
«c nous donna à tous sa main à baiser , et nous envoya ensuite « M\ le contrôleur, qui nous ordonna , de sa part , de porter « à la chambre le vœu du Roi pour que la remontrance « ne fût pas publiée ayant l'arrivée de sa réponse. » Malgré, ce vœu , la chambre des communes la fit publier trois semaines après. {Histoire Parlementaire ^ tom. 2, col. 937 — 943 ; Glarendon , Histoire de la Rébellion, t. 2 , pag. 246 çt suivantes.) L'iniportance de celte remontrance qu'on doit considérer non-seulement comme l'exposé général des griefs du royaume , mais aussi comme l'acte décisif par lequel le parti populaire s'engagea irrévocablement et publiquement contre Charles I*'. , nous fait un devoir de l'insérer dans les Eclaircissemens et Pièces historiques , ainsi que la Réponse du Roi. ( Note de V Editeur. )
D'autres pensaient que cette remontrance y au lieu de régler à Tayenir la conduite du Roi y ne servirait qu'à lui rendre odieux ceux qui l'auraient faite ; il verrait en eux des censeurs de ses crimes y des hommes imiquement occupés à ternir sa réputation auprès du peuple ; et tel fut en effet le sentiment du Roi ^ comme on en put juger par sa réponse. Il était, disait-on , plus convenable dans un moment où la bienveillance du Roi pour le parlement était fort douteuse y de se le concilier en passant sous silence ses erreurs y que de l'irriter en les publiant y et il était peu sage d'entrer en contestation avec lui y à moins qu'on n'espérât changer ses dispositions y ou que le parlement ne fût assuré de son propre pouvoir et déterminé à en user.
Quant à moi ^ je ne porterai point de jugement sur tout ceci; et en vérité il est Impossible de juger sainement des choses par l'événement ; un si malheureux génie présidait à cette époque ( car les historiens ont remarqué que chaque époque avait son génie y aussi bien que chaque climat et chaque homme), qu'aucun effort ne tourna à bien^ et que les actions tie produisirent point les légitimes effets qu'on en pouvait attendre.
Qui n'eût pensé que la magnifique et coûteuse fête que la cité de Londres donna au Roi y lui aurait fait chérir cette ville y et aurait amené des deux parts la confiance et la paix ? Mais il en ar^
riva autrement: beaucoup d'ennemis du parlement repétèrent en tous lieux, comme chacun sait, que la cité était dégoûtée de l'ennuyeuse obstination des deux chambres , et disposée à se joindre au Roi contre elles. Le Roi partagea-t-îl ou non cette opinion ? c'est ce que je he ssuirais décider. Cependant quelques-unes de ses actions donnèrent lieu de présumer qu'il avait conçu cet espoir. Il témoigna dans ses desseins contre le parlement plus de confiance qu'auparavant, et retira à quelques membres les charges qu'il leur avait conférées : aussi la cité , voyant quel mauvais usage on avait fait des bruits populaires , se vit-elle obligée de se déclarer dans une pétition aux àexkx chambres. « Des malveiilans , y est-il « dit, avaient interprété la tendre et loyale ré- (c €eptîon que la cité a va H &ite au Roi, comme « une preuve qu'elle était portée à se ranger ab- (T salement de son parli , et à abandonner )e par- « élément. i*es habitans de la cit^ professaient (f '^s sentinaens tout contraires ; ils voulaient ((' vivre et mourir avec les deux chambres, pour ^ le salut de la république. »
4pi^ celte démarche , la cité aussi bîeti que le parlement parui'ent désagréables au Roi et à la Reine.
Lesoraififtes et les méfiances qui régnarient alors étaient d^une nature tbien plus sombre que celles des àfifnées précédef^es. Béux ans auparayaoït le
peuple craignait de ne jamais voir un parlement tant que le Roi vivrait ^ maintenant il conimençait à craindre qu'aucun parlement ne pûtsauver TÉtat.
A cette époque devint pleinement manifeste la fatale rupture du Roi et du pai:lement , et chaque jour s'élargit un abîme que rien ne dlBfydit combler , jusqu'au moment où le royaume entier se^ rait plongé peu à peu dans une guerre déplorable. Aucune confiance rie régna plus dans les relations du Roi et de cette haute cour» Chaque jour leur apporta de nouveaux motifs de division. A chaque occasion étaient publiées des déclarations réciproques; et bien que la forme en fût d'ordinaire adoucie , de la part du Roi par des expressions de bienveillance, de la part des chambres par des protestations d'attachement, cependant le fond en était amer, et ne contenait guère que des reproches mutuels; les événemens successif envenimèrent par degrés le ton de cette correspondance, à tel point qu'elle fit bientôt tristement pressentir la guerre dénaturée qui devait la suivre.
En réponse à la remontrance dont j'ai parlé , le Roi publia une déclaration pour la défense de son gouvernement et de son honneur; il envoya en même temps un message au conseil commun de Londres pour se plaindre des réunions tumultueuses des gens de la cité , qui se formaient
chaque jour auprès de Westminster ^ occasion-* nant des désordres sur cette place ^ et autour de son palais de Whitehall.
Le peuple^ en effets dans ces temps de méfiance et d'alarmes^ avait coutume de se réunir par bandes ^ pour présenter aux chambres des pétitions , où il protestait du déyouement qu'il leur portait. Les soupçons devinrent tels^ que le même jour où le Roi envoya à la cité le message que je yiens de rapporter ^ la chambre des communes s'adressa au Roi y pour lui demander ime garde de sûreté. Il y avait, disait-elle, un parti de malintentionnés profondément irrités contre les chambres , qui prenait chaque jour plus de confiance avec plus de force , et en était venu à ce degré d'audace de se répandre en discours menaçans contre le parlement lui-même ; la chambre suppliait donc le Roi de lui accorder une garde prise dans le sein de la cité, et commandée par le comte d'Essex , lord-chambellan de la maison de sa majesté , dont la fidélité au Roi et à l'État n'avait jamais été mise en question.
Le Roi se refiisa à cette demande , mais en pro-^ mettant solennellement, (c et sur sa parole de a Roi , qu'il veillerait à la sûreté du parlement a et de chacun de ses membres , avec autant de K soin qu'à la sienne propre et à celle de ses ente fans, et que si cette assurance générale ne sufi< fisait pas pour dissiper leurs appréhensions , il
« lear donnerait une garde pour veiller à leur « porte f aussi vrai qu'il répondrait devant Dieu « de ce qui pourrait arriver (i). »
Lelendemain de cette réponse, le 4 janvier 1642, le Roi donna malheureusement à tout le public nn juste motif de penser que les méfiances du parlement n'étaient pas sans sujet. Ce jour-là , le Roi se rendit en personne au parlement , accompagné d'un grand nombre de gentilshommes , soldats et autres ^ armés de pistolets et d'épées , au nombre d'environ trois cents , qui montèrent jusqu'à la porte de la chambre des communes , et en occupèrent toutes les avenues. Le Roi entra dans la chambre, et demanda qu'on lui livrât cinq de ses membres : « Ces cinq membres sontils ou ne sont-ils pas ici? » dit-il ens'asseyant dans le fauteuil de l'orateur. L'orateur , M. William Lenthall, répondit fort sagement au Roi « qu'il n'avait point d'yeux pour voir , et point
(1) Le Roi , à son retour d'Ecosse, avait ordonné le renvoi de là garde que le parlement s'était fait donner en son absence , bien que les deux chambres insistassent de concert pour qu'elle fût conservée. Le 29 décembre (i64i), les communes demandèrent aux lords de se joindre à elles pour demander au Roi une garde nouvelle , mais les lords s'y refusèrent; et , sur ce refus, la chambre des communes se décida immédiatement (le 3i décembre) à présenter , pour son compte , la pétition isolée à laquelle le Roi répondit dans les termes que rapporte May. (Histoire parlementaire , tom. 2 , col. 940 , 993 , looi . ) (Note de l^ Editeur. )
u de langue pour répondre, à moins, qu'il n'ea « reçût Tordre de la chambre (i). »
Les membres que demandait le Roi étaient : M. Denzill Hollis^ second fils du comte de Clare^ sir Arthur Haslerig , M. Pym , M. Hampden et M. Strode , tous hommes d'une grande considération dans la chambre. Deux d'entre eux , M. Hollis et M. Strode, avaient souffert par ordre du Roi, et à raison de leur conduite dans le parlement de la quatrième année de son règne , un dur emprisonnement de plusieurs années , ce qui était contraire aux privilèges de cette haute cour. Le jour précédent , le Roi, par l'entremise de son avocat - général , sir Edward Herbert, membre lui-même de la chambre des conimunes, avait demandé qu'on lui livrât ces cinq gentilshommes , et envoyé un sergent d'armes pour les arrêter. Il voulait, disait-il , intenter contre eux et contre lord Kimbolton , fils aîné du comte de Manchester et membre de la chambre des lords (2),
(i) May a omis , sur cet important événement , des détails curieux et dramatiques ; on les trouvera dans le récit de Rushworth que nous publions dans les éclaircissemens historiques, Rushworth était alors l'un des clercs de là chambre et vit tout ce qui se passa. {Note de F Editeur. )
(2) Lord Kimbolton était présent à la chambre des pairs au moment oii l'avocat-général y présenta l'accusation dont il était l'objet ; il se leva aussitôt , disposé , dit-il , à obéir à tout ce qu'ordonnerait la chambre , mais demandant que
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une accusation de haute trahison et autres crimes sous les chefs suÎTans :
sa justification fut publique comme son accusation venait de rétre. La chambre , dit Clarendoh , parut saisie de stupeur par cette démarche du Koi , et elle se donna jusqu'au lendemain pour en délibérer , afin de voir ce que feraient ses maîtres , messieurs de la chambre des communes. Ce silence universel des pairs fut d'autant plus remarquable , que lord Digby avait promis au Roi qu'aussitôt après l'accusation intentée par i'avocat-général , ii ferait lui-même la motion d'envoyer Icrd KimboUon en prison. S'il eût tenu sa parole , un violent débat se serait élevé dans la chambre, et beaucoup de pairs auraient, à coup sur, adopté l'avis de lord Digby; mais il se montra, au contraire , plus étonné et plus troublé que personne de l'accusation de I'avocatgénéral. Se trouvant assis dans ce moment près de lord Kimbolton , avec qui il affectait de vivre dans une grande intimité , il lui dit tout bas, avec une émotion apparente et une profonde dissimulation : « Le Roi est bien malheureu- « sèment conseillé ; mais j'aurai moi-même bien du mal- « heur ou je saurai de qui est venu ce conseil ; je vais , sur- « le-champ, trouver Sa Majesté pour m'en informer et M prévenir les tristes conséquences de tout ceci ; » et il sortit en effet de' la chambre. Or, lord Digby seul avait donné au Roi ce conseil ; c'était lui qui lui avait désigné les hommes qu'il fallait a^ccuser , et notamment lord Kimbolton , contre quiily avait beaucoup moins à dire que contre bien d'autres; il s'était même engagé à prouver que lord Kimbolton avait dit à la multitude, attroupée autour du parlement , qu'elle ferait mieux d'aller à Whitehall. Lorsqu'il vit le mauvais succès de l'accusation dans les chambres et le mécontentement général qu'elle leur inspirait , il conseilla au Roi de ne rendre le lendemain à Guild-Hall ( Thotel de ville de la
:i66 HISTOIRE
I*. Qu'ils ayaient tenté de renverser le gouvernement y de dépouiller le Roi de son pouvoir légal y et de placer ses sujets sous un pouvoir arbitraire et tyrannique ;
2"*. Qu'ils avaient tenté par d'odieuses calomnies contre le gouvernement du Roi ^ d'aliéner de lui l'affection de son peuple ;
5*. Qu'ils tentaient de soulever l'armée contre les ordres du Jloi , et de l'attirer dans leurs perfides desseins ;
4^. Qu'ils invitaient et encourageaient traîtreu-
çité de Londres) et d'informer le maire et les aldermen des motifs de sa conduite. Il l'engagea en même tenips , pour ne point paraître abattu ni embarrassé de ce qui s'était fait , à faire préparer , dans la nuit, une proclamation qui défendrait à toute personne de recevoir ou cacher les membres accusés ; on savait bien déjà qu'ils étaient tous réunis , et sans aucune crainte pour leur sûreté personnelle, dans une maison de la cité. Tout cela fut fait sans être com*muniqué à qui que ce soit , et lord Digby seul en fut l'auteur. Il faut dire , à la vérité , qu*il offrit d'en prendre sur lui tous les périls ; car il proposa au Roi d'aller , avec une compagnie de gentilshommes , arrêter les membres accusés dans la maison oii ils étaient cachés , et de les lui amener morts ou vifs ; mais le Roi n'aimait pas les coups de main de ce genre. {Histoire de laRébellion, tom. 2,pag. 33 t .) Cette dernière circonstance ne s'accorde guëres avec la dissimulation dont avait usé lord Digby dans la chambre des pairs , au moment de l'accusation ; cependant Clarendon l'affirme positivement , et rien d'ailleurs n'autorise à en douter.
( Note de V Editeur, )
sèment une puissance étrangère à enyahir le royaume d'Angleterre ;
5**. Qu'ils trayaillaient traîtreusement à détruire les droits et l'existence même du parlement;
6". Qu'ils voulaient par la force et la terreur , contraindre le parlement à les seconder dans leurs criminels desseins ; et qu'à cet effet , ils provoquaient et soutenaient des réunions tumultueuses contre le Roi et le parlement ;
7*. Qu'ils avaient traîtreusement médité d'exciter^ et excitaient en effets la guerre contre le Roi.
A la réception de cette demande^ la chambre des communes , voulant prévenir toute violation des privilèges parlementaires^ décréta <i que si quelqu'un se rendait à la demeure de « quelque membre de la chambre et voulait « mettre le scellé sur son appartement ou ses pa-^ « piers y ou se saisir de sa personne ^ le niembre w menacé pouvait requérir la protection du cons- « table et se placer sous sa garde jusqu'à ce que <c la chambre y eût pourvu. On décréta égale- (( ment que si quelqu'im méditait d'arrêter ou (( de détenir un membre de la chambre ^ avant « d'en avoir informé la chambre et reçu ses ort< dres à cet effet ^ ledit membre ou quiconque « viendrait à son secours, aurait droit de se « mettre en défense et de résister , conformément « à la protestation qui avait été faite de défendre « les privilèges du parlement. »
Tout cela s'était passé la veille du jaur où le Roi entra en personne dans la chambre des communes. Les cinq membres ayant eu quelque vent de ce qui les menaçait ^ s'étaient absentés du consentement de la chambre. Le Roi ne les trouvant pas 9 s'adressa à la chambre du fauteuil de l'orateur où il était assis , et dit : « qu'il était très-fâ- (( ché de ce qui arrivait; qu'aucun, roi d'Angleu terre n'avait jamais eu pour les privilèges du (( parlement plus de respect qu'il n'en voulait té- « moigner; mais que ces cinq membres étaient « des hommes dangereux ; que , sur sa parole de (c Roi y il ne méditait aucune violence ; qu'il vou- (c lait procéder contre eux franchement et légalei( ment; que puisqu'il ne pouvait accomplir le c( projet qui l'avait amené y il ne les dérangerait (c pas plus long*temps ; mais qu'il espérait qu'ans- « sitôt que ces cinq membres reparaîtraient dans « la chambre^ la chambreJes remettrait entre ses c( mains; sinon^ qu'il prendrait soin lui-même de <c les découvrir. »
Une si étrange violation des privilèges du parlement fut aggravée par plusieurs circonstances. Déjà la veille 5 janvier^ et malgré la déclaration ci-dessus mentionnée de la chambre des communes, les scellés avaient été apposés , en vertu d'un ordre du Roi, sur les appartemens , cabinets et papiers de ces cinq membres* Sir William Killigrew , sir William Flemen e/t d'autres avaient
été chargés de cette mission. Deux jours après, le 6 janvier, le Roi publia une proclamation pour ordonner l'arrestation et l'emprisonnement des cinq membres , insinuant que s'ils avaient pris la fuite et refusé de se soumettre à la justice , c'est qu'ils avaient la conscience de leur crime.
Sur quoi, la chambre des communes publia quelques jours après , pour soutenir ses privilèges, une déclaration où 1?. proclamation du Roi, tlésignée sous le titre à^un papier imprimé , est déclarée fausse, scandaleuse et illégale, et où l'on avertit les membres de la chambre des communes que, nonobstant ledit papier imprimé, et tout warrant oti toute autre attaque dirigée contre eux ou quelqu'un d'eux , ils n'en peuvent et doivent pas moins continuer à se rendre à la chambre des communes et dans ses différens comités ; que tout le monde peut également loger , communiquer et converser avec eux ou chacun d'euï ; et que quiconque serait poursuivi pour ce fait , serait sous la protection et le privilège de la chambre.
La chambre des communes déclarait , en outre , que la publication des différens articles composant une accusation de haute trahison contre lord Kimbolton et les cinq membres susdits , faite au nom dli Roi dians le Temple et autres lieux, par sir William Kîtligre w, sir William ïlemen et autres, étârt une haute violation des privilège? dupaflement , un grand outrage fait au Roi et à son gou-
Yernement^ un acte séditieux tendant manifestement à troubler la tranquillité du royaume , une injure et une insulte faite à des membres contre lesquels il n'y avait ni charge légale ^ ni aucune espèce d'accusation*
A l'occasion de ce que contient cette déclaration à l'égard du Temple ^ nous ne devons pas omettre que 'Vers le même temps , grâce au malheureux esprit de division qui régnait dans toutes les classes , il se trouva des gens qui n'aimant pas le parlement , allèrent de tous côtés persuadant aux jeunes étudians du Temple^ d'offrir leurs services au Roi en qualité de gardes ^ dans le cas où sa personne serait menacée de quelque danger; en sorte que plusieurs de ces jeunes gens^ pour se mettre en faveur , allèrent à la cour et furent très-bien reçus du Roi et de la Reine.
Le parlement déclara en même temps qu'une telle violation de ses privilèges et des libertés des sujets ne pouvait recevoir ime suffisante réparation^ s'il ne plaisait à Sa Majesté de révéler les noms de ceux qui lui avaient persuadé i^. de donner des warrants pour que le scellé fdt mis sur les appartemens et cabinets des cinq membres ; 2**. d'envoyer un sergent d'armes à la chambre, des communes pour demander qu'on les lui livrât;. 5*. de donner l'ordre de les arrêter ; 4°« de venir à la chambre en personne ; 5°. de publier des articles en forme de proclamation contre lesdits
membres ; l'intention du parlement était que les personnes qui avaient conseillé au Roi ces actions reçussent le châtiment qu'elles méritaient.
En conséquence^ les chambres suppliaient humblement Sa Majesté de vouloir bien satisfaire à ces justes et légales requêtes^ en leur faisant connaître ceux qui l'avaient conseillée ; car ce genre de satisfaction a été assuré aux chambres par deux statuts portant que^ si pendant la durée du parlement le Roi accuse un de ses membres d'un crime quelconque, il doit déclarer au parlement quels sont ceux qui lui ont conseillé cette démarche. Le Roi s'y refusa ; sur quoi la chambre des communes interrogea l'avocat -général, sir Edward Herbert, qui avait publié ces articles. Il n'avoua rien relativement à aucune autre personne , mais déclara seulement avoir reçu l'ordre du Roi lui-même, et ne savoir rien autre chose. Le Roi rendit le même témoignage sur son avocat - général , dans une lettre adressée au lord-garde du sceau ; il le justifiait en disant qu'il n'avait fait que remplir le devoir d'un serviteur. Mais le parlement en jugea autrement, et pensa que sir Edward Herbert avait violé les privilèges du parlement en publiant ces articles , et commis un acte illégal. Sur quoi il fut envoyé en prison.
Cette conduite du Roi affligea excessivement tous les protestans honnêtes ; elle devenait sur-
tout funeste dans un temps où les malheureuses affaires d'Irlande requéraient de prompts et puissans secours ; ces de'plorables divisions , retardant nécessairement les mesures à prendre, menaçaient la cause des protestans d'une ruine totale (i). La cité de Londres n'y fut pas moins sensible que le reste , et , dans ses profondes et
(i) Dans V Abrégé , May impute plus clairement au Roi le dessein de mettre par là empêchement à l'envoi des secours nécessaires à l'Irlande. « Ce fut une étrange chose , dit-il, de voir celte grande. violation des privilèges du parlement tomber à une tel4e époque, et pour distraire l'attention du' royaume des secours que réclamait l'Irlande. On s'en plaignit de tous côtés , et l'an se rappela des propos des rebelles, rapportés par quelques pauvres protestans qui s'étaient sauvés d'Irlande. Les Irlandais disaient hautement qu'on avait bien tort de fuir en Angleterre dans l'espérance d'y vivre plus en sûreté , car ce royaume devait être bientôt en aussi mauvais état que l'Irlande ; qiie le Roi avait le projet dé se séparw du parlement et de lui déclarer la guerre , et que comme alors ils auraient fini leur affaire en Irlande, ils iraient aider le Roi contre le parlement. » ( Abrégé àe May , dans la collection de M. Mazeres , tom. i, pag. 38.) Les malheurs de l'Irlande étaient, dans ces temps de calamité , ce qui avait le plus frappé l'imagination du peuple , et l'un des moyens dont on- s'était servi pour l'animer contre le Roi ; mais ce fut seulement lors de son procès qu'on en fit contre lui une accusation positive ; aussi dansl'^^rf^e, May abandonne-t-il plusieurs fois la réserve avec laquelle, dans VRistoire^ il. avait seulement jeté sur Charles des soupçouâ de complicité. ( Note deVÈdit. )
DU LONG PARLEMENT. SyS
triâtes appréhensions , elle pre'senta au Roi une pétition pour lui exprimer toutes les craintes dont elle était pénétrée, La pétition roulait sur ce que «f Sa Majesté avait ôté à un homme d'hon- « neur et de confiance la charge de lieutenant de « la Tour (i); qu'elle avait mis Whitehall sur
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(i) Le Eoi avait ôté la lieutenance de la tour k sir Wil-» Ham Balfour , dont il se méfiait, pour la donner au colonel Lunsford. La chambre des communes prit feu aussitôt, et demanda aux lords de se réunir à elle pour présenter au Roi une pétition contre cette nomination. Le colonel Lunsford était , disait-on , un homme licencieux , ruiné , et sa religion était fort suspecte, car, pendant qu'il était à l'armée, il avait refusé d'aller à l'église ; la chambre des communes demandait qu'on nommât a sa place sir John Conyers. Les lords refusèrent de se joindre à la pétition des communes , disant que c'était empiéter sur la prérogative royale; les communes ne se tinrent pas pour battues, et votèrent sur-le-champ que le colonel Lunsford était , à leur avis , indigne d'occuper le poste de lieutenant de la Tour , attendu qu'il n'avait pas la confiance des communes d'Angleterre. Les lords engagèrent sous main le Roi à en nommer un autre ; Lunsford donna sa démission et fut remplacé par sir John Byron : « Ce n'était pas , dit Claren- « don , celui qu'avait recommandé le parti ; mais il ne s'en « réjouit pas moins de voir les conseils du Roi si mobiles ; «( il avait prouvé sa puissance. » Il en fit bientôt une plus complète épreuve. Le ii janvier 1642, la chambre, des communes demanda l'éloignement du nouveau lieutenant de la Tour , disant que les bourgeois de la cité , pleins de méfiance contre lui , retiraient leurs lingots de la monnaie, fermaient leurs boutiques et abandonnaient leur cora- I. 18
ce un pied extraordinaire de défense^ par le nommer bre des hommes et des munitions qu'elle y avait (( renfermes; que quelques-uns de ces hommes (c avaient attaqué par des discours insultans et (c blessé à coups d'épée des citoyens désarmés qui « passaient près de ce lieu. » Pour expliquer cette partie de la pétition , le lecteur doit être informé que le Roi^ le lendemain de son entrée dans la chambre des communes , s'était rendu en voiture dans la cité de Londres, où on lui avait dit que s'étaient retirés les cinq membres ; et que là, les citoyens, se pressant en foule autour de sa voiture , l'avaient humblement supplié de vouloir bien s'accommoder avec son parlement, et n'en pas enfreindre les privilèges (i). Le Roi, voyant bien de quel côté se tournaient les affec-
xnerce ; elle insista pour la nomination de son candidat sir John Gonyers. La chambre des lords refusa encore d'adhérer à cette pétition ; mais elle céda enfin à des ins-* tances réitérées ; et le Roi cédant à son tour aux deux chambres , leur annonça , le 1 1 février , qu'il venait de nommer sir John Gonyers lieutenant de la Tour, à la place de sir John Byron. ( Hist, parlementaire , tome 2 , col. 982, 1029, 1087; Hist, delarébel.^ tom. 2, pag. 284.) ( Note de VÉdit. )
(i) Ces supplications n'avaient pas été si humbles ni si paisibles que May le prétend. Dès qu'on sut dans la cité la tentative du Roi contre les cinq membres , le peuple prit soudâineinent les armes , et malgré les efforts du lord-maire,
DU LONG PARLEMENT. ij5
lions de la cité , retourna à Whitehall , où il demeura environ une semaine. Durant ce temps ^ je ne saurais dire par quel conseil ou par quelle intention^ il s'y composa une petite suite militaire de gentilshommes et autres qui , ainsi qu'il est déclaré dans la pétition, insultèrent plusieurs citoyens qui passaient près de Whitehall. La cité se plaint aussi, dans sa pétition, « des manœuvres dernièrement employées à l'ét( gard des étudians du Temple; de Tintroduc- « tion , dans la Tour, de plusieurs canonniers et (( autres auxiliaires;, de la découverte faite der-
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sir Richard Gurney , pour apaiser la fermentation , la multitude passa la nuit à courir les rues en criant « que <t les cavaliers allaient venir mettre le feu à la cité , et que « le Roi était à leur tête. » Le lendemain matin, le Roi se rendit au conseil commun et s'efforça de regagner la bienveillance des bourgeois ; il dit à l'un des shériffs les plus prononcés qu'il voulait dîner chez lui , et y alla dîner en effet le même jour ; mais tout cela réussit peu. Quand le Roi traversa la cité , la multitude se pressa autour de sa voiture , réclamant à grands cris les prmléges du parle--' ment ! les privilèges du parlement I On entendit même ce cri plus menaçant : à vos tentes y Israël! Pendant ce temps, les cinq membres étaient cachés dans une maison voisine de celle oii siégeait le comité que la chambre des communes venait de nommer pour délibérer sur cette af« faire ; et des personnes affidées allaient et venaient sans cesse pour prendre et transmettre leurs directions. {Hist. de la rébelL , tome 2 , page 333 , 338. )
( Note de VEdit. )
a qièrement de divers ouvrages d'artifice entre a les mains d'un papiste. Mais , disait-on , ce qui « augmente par-dessus tout nos craintes ^ c'est la ex démarche qu'a faite dernièrement Votre Ma- (( jestë en se rendant à la chambre des communes ^ « suivie > outre sa garde ^ d'un grand nombre « d'hommes armés , pour y saisir plusieurs mem- (( bres de cette chambre, au risque d'exposer votre i< personne sajcrée, ainsi que les personnes et priu viléges de cette honorable assemblée. Le résul- (c tat de ces inquiétantes circonstances menace « non-seulement d'une entière ruine le com- K mercede la cité et du royaume , malheur dont u les pétitionnaires se ressentent déjà profon- « dément, mais aussi la religion protestante , les « vies et libertés de tous vos loyaux sujets. Les u pétitionnaires supplient donc très-humblement « votre sacrée Majesté de pourvoir à ce que , u par les avis de votre grande assemblée du parce lement , les pix)testans d'Irlande soient promp- « tement secourus , la Tour remise entre les « mains de personnes de confiance , et qu'éloi- .« gnant toute personne suspecte et inconnue d'aui< tour de Whitehall et de Westminster, Votre (( Majesté forme , pour sa sûreté et celle du parle- (( ment, une garde qui soit connue et approuvée ce du public ; enfin que le lord Kimbolton et les (( cinq membres de la chambre des communes, « dernièrement accusés , soient laissés en liberté
<t oaquW procède contre eux d'une manière qui i< n'ait rien -de contraire aux privilèges du parce lement. m
Le Ilot, bien qu'il trouvât, comme il le dit lui-même , cette pétition tout-à-*fait inusitée , voulait satisfaire la cité, et lui répondit gracieuse* ment sur tous les points. Il avait, dit-il , montré sur les affaires d'Irlande aiitant de sollicitude qu'il était possible, et ne manquerait pas d'en montrer autant à l'avenir ; ce qu'il avait fait relativement à la Tour, en déplaçant un homme de confiance pour en mettre à sa place un autre d'une réputation sans nuages , avait eu pour objet de dissiper les craintes témoignées auparavant par les habitans même de Londres; quant aux préparatifs de défense qu'il y avait faits, ils avaient autant pour objet la sûreté et l'avantage de la cité , que celui de sa propre personne. Il allégua , pour se justifier d'entretenir une garde à Whitehall, l'afilaence désordonnée et tumultueuse de peuple qui s'était portée à Westminster, et avait mis en danger sa royale personne, sans que les lois donnassent contre ce péril aucun moyen de répression. Si des citoyens avaient été blessés, il était certain que cela était arrivé parleur propre faute; il ne connaissait pas, dît-il , d'autre manoeuvre employée envers les étudians du Temple, que de leur avoir fait entendre gracieusement qu'il acceptait l'offre de leurs loyales affections,
et les encourageait à la lui conserver en toute occasion; il n'avait nulle ^connaissance d'aucun ouvrage d'artifice trouvé entre les mains de papistes. Quant à la chambre des communes^ il n^y était point allé dans rintention d'user de violence^ quoique la violence même eût pu se justifier en ce cas ^ car il était certain que les privilèges du parlement ne s'étendaient pas au cas de trahison > et qu'on pouvait prouver clairement que les cinq membres en étaient coupables ; on le ferait connaître au public quand il en serait temps y et il serait procédé contre eux conformément aux lois. Après avoir répondu à cette pétition, le Roi informa le parlement, par un autre message, qu'il renonçait pour le moment à la poursuite des cinq membres, et, dans le même temps, il répondit favorablement aux pétitionnaires du comté de Buckingham , qui vinrent , au nombre d'environ deux mille, solliciter en faveur de leur député M. Hampden , gentilhomme tenu en grand honneur par eux et par la plus grande partie du royaume (i). Ils demandaient, dans cette
(i) Il est fort à regretter que May ne donne presque ja*mais aucun détail sur le caractère et le genre d'influence politique des hommes importans avec qui il avait vécu. On s'étonne , par exemple , qu'il parle si rarement et si sèchement de M. Hampden , sans contredit l'un des chefs les plus éminens du parti populaire. Pour suppléer à celte lacune , nous insérons , dans les éclaircissemens historiques y
pétition , que M. Hampden , et ceux qui se trou-* vaient avec lui sous le poids de la même accusation ^ pussent jouir des justes privilèges du parlement.
Les citoyens avaient alors coutume de venir en grand nombre à Westminster pre'senter des pétitions au parlement. Quelles que fussent les intentions de ceux qui venaient ainsi , cette habitude devint funeste au bien de l'Etat. Quoique les pétitionnaires furent sans armes , et que les amis du parlement n'en pussent concevoir aucune crainte , ceux qui ne se sentaient pas bien dans l'esprit du peuple en prirent une occasion ou un prétexte de frayeur 9 et soutinrent que cette nombreuse affluence de peuple troublait le royaume et gênait en quelque sorte la liberté des chambres; les gens de la basse classe étant très-disposés à insulter de paroles ceux qu'ils ne regardaient pas comme affectionnés au bien public > de quelque rang qu'ils pussent être. Quelques-uns prirent occasion de là pour justifier l'établissement d'une garde à Whitehall , et ensuite pour excuser le Roi de ce qu'il ne se montrait pas au parlement (i).
■ ■ Il ■ I I H I I I I II ■ I « I ■ III I
le portrait de ce patriote célèbre , par Glarendon , qui excellait à bien observer les caractères individuels et qui , malgré les préventions de parti , ne manque pas tout-à-fait de justice envers ses adversaires. {Note de V Editeur.)
(i) Ce fut dans ces fréquentes altercations des volontaires qui se rendaient à Wbitehall pour servir de garde au Roi ,
^8u HISTOIRE
C'était sur les mêmes bases qu'eaviron une semaine avant la pétition de la cit^ ^ l«a douzQ évéques àyaieut dressé la pétition et protestation qu'ils adressèrent à Sa Majesté et aux pairs* En voici le contenu :
(( Ils protestent avoir en abomination toutes
« actions ou opinions tendantes au papisme et
' f »■ ■ I ■ Il 1,1. . » I I ■ , I I
et de la multitude qui se rassemblait en tumulte , que naquirent y seloa Clarendon , ces dénominations de cavaliers ti de têtes rondes ( round^heads ) , qui bientôt furent appliquées , d'une manière générale , au parti du B.oî et à celui du parlement. ( Histoire de la RéôeUiQn, tom. 2 , pag. 296.) Whitelocke ne rapporte l'origine de ces noms qu'à la première année de la guerre civile ; mais c'est probablement de leur extension qu'il veut parler. {Mémoires de Whitelocke, pag. 57. ) Quant à la gravité de ces querelles et à l'impunité des émeutes, on en a déjà vu des preuves. Il est évideilt que la chambre des communes n'osait ni ne voulait même réprimer les excès de son parti ; la chambre des pairs insista plusieurs fois pour obtenir une déclaration qui blâmât du moins , au nom du parlement , de semblables désordres ; mais les meneurs de la chambre des communes répondirent toujours qu'ils se garderaient bien de décourager lénrs amis, car ils avaient besoin de toutes sortes d'amis. « A Dieu ne plaise, dit M. Pym, que nous émit péchions le peuple d'obtenir > par cette voie , ce qu'il a si u juste raison de demander. » {Histoire parlerhentaire y tom. 2, col. 986.) Les presbytériens honnêtes et sincères, qui n'étaient point initiés aux pratiques des meneurs, élevaient de temps en temps la voix pour réclamer 2e maintien de l'ordre légal, et la répression des têtes rondes aussi bien que des cai^aliers. On en voit un exemple dans un
DD LONG PARLEMENT. 28t
u tout projet malveillant contre TÉtat ; mais ils a ont le désir et l'intention d'accomplir leur <c devoir dans le parlement; cependant ^ comme {i en se rendant à ce devoir^ ils ont été violemment Si menacés , insultés et mis en danger de la vie a par la multitude , et que la plainte qu'ils en ont u faite n'a pu leur procurer ni réparation ni proie tection ^ ils protestent humblement devant w Sa Majesté et les nobles pairs que , se réservant c( tout droit de siéger et voter à d'autres époques « dans la chambre des pairs, ils n'osent ni siéi( ger, ni voter en cette chambre, jusqu'à ce que a Sa Majesté leur ait donné les moyens de le faire H avec sûreté. Et , comme ce ne sont pas des n craintes vaines , mais fondées sur des motifs a solides et véritables, ils protestent en toute (i soumission et humilité , devant Sa Majesté et « les pairs , contre toutes lois , ordres, votes , ré- (c solutions et déterminations qui ont déjà passé à w la chambre, en leur absence, depuis le 27 de ii ce mois de décembre 1641, comme nuls et a de nul effet , et contre tout ce qui pourra y
discours prononcé, le 29 décembre 164 1 9 par M. Smith (^ Histoire parlementaire y tom. 2, coL 987) ; mais Fitopulnon révolutionnaire était donnée ; elle devait , plus tard , }eter le Long-Pariement et ses chefs dans le plus profond déeri; mais, en attendant, ils la secondaient de tout leur pouvoir , et déjouaient toutes les tentatives par lesquelles on essayait quelquefois de la contenir. ( Note de V Editeur. )
« passer durant cette absence forcée. Ils déman'^ a dent au Roi que cette protestation soit enre- (( gistrée par le clerc de la chambre (i). »
Les lords du parlement y dans une conférence^ déclarèrent aussitôt à la chambre des communes^ par la bouche du lord-garde-du-sceau , que , regardant cette protestation comme d'une dangereuse conséquence, et comme un empiétement
(i) Voici le récit que fait l'évêque Hall de Tune des émeutes qui éclataient contre eux chaque jour , récit confirmé par tous les monumens du temps et par le silence des écrivains du parti opposé. « La populace , dit-il , n'hé- « sitait pas à déclarer hautement qu'elle voulait mettre « les évêques en pièces. La chambre envoya plusieurs mes- « sages aux groupes tumultueux qui entouraient West- « minster, pour les engager à se retirer et à abandonner fc leurs sanglantes résolutions; mais ils persistèrent obsti- « nément. La nuit approchait ; l'un des pairs , le marquis « de Hertford , s'approcha du banc des évéques, et nous «c dit que nous étions en grand danger, en nous conseillant de (( prendre quelque mesure pour notre sûreté. Nous lui de- « mandâmes ce qui lui paraissait le plus sage , et il nous « engagea à passer la nuit dans la salle du parlement. — « Ces gens-là y dit-il , jurent qu'ils veilleront jusqu'à votre « sortie et qu'ils visiteront toutes les voitures avec des torches « pour qu'aucun de vous ne puisse échapper. — On fît alors « une motion contre toutes ces émeutes , et on envoya des K messages à la chambre des communes; mais ils n'eurent « aucun résultat. Cependant , comme le danger était pres- «< sant , on proposa de prendre quelque parti qui pût nous « en préserver pour le moment. Quelques-uns des lords « accueillirent cette motion par un sourire; quelques autres.
considérable sur les privilèges fondamentaux et sur l'existence même du parlement^ ils avaient jugé à propos de la communi(|uer à la chambre des communes. Les communes remercièrent leurs seigneuries de leur en avoir fait part avec tant de bienveillance et de promptitude , et de leur avoir dit ce qu'elles^ en pensaient. Elles prirent ensuite la résolution d'accuser les douze évéques de haute trahison (i).
M. Glynn fut donc envoyé à la chambre des
n notamment le comte de Manchester , offrirent de rece- « voir , dans leur maison , l'archevêque d'York et ses amis, te Je fus du nombre. Nos autres collègues se sauvèrent , les « uns en restant dans la chambre , les autres en s'échappant <t par des sorties secrètes et des chemins détournés ; mais il « fut bien clair que nous ne pouvions plus nous hasarder a « venir à la chambre sans quelque meilleure garantie. » ( Histoire parlçmentaire, tom. 2 , col. ggï . )
( Note de V Éditeur. )
(i) La séance , oii la chambre des communes adopta celte résolution , offrit un singulier spectacle. Il y avait dans la ^ chambre, on n'en saurait douter, une minorité assez nombreuse qui voulait conserver l'épiscopat et le droit des évéques de siéger dans le parlement ; cependant l'état gé<* néral des esprits leur était «i contraire que leur protestation parut insensée à leurs propres partisans ; et les mêmes hommes qui soutenaient que les évéques devaient rester dans la chambre-haute , furent très-choqués de les voir déclarer que tout ce que ferait , en leur absence, le parlement , ou la violence les empêchait d'assister, serait frappé de nullité. « Le « blâme fut si général, dit Clarendon , que, dans le débat de
lords; et, à la barre ^ au nom de toutes les communes d'Angleterre , il accusa ces douze prélats de haute trahison pour avoir entrepris de renverser les lois fondamentales du royaume et l'existence même du parlement. U demanda aux lords que lesdits prélats fussent immédiatement séquestrés du parlement^ mis sous sûre garde ^ et que leurs seigneuries assignassent aux communes un jour très-prochain pour recevoir leur accusation. Les lords aussitôt envoyèrent prendre ces évêques par l'huissier à la verge noire. A huit heures du soir ils étaient tous saisis^ et futent amenés pour se présenter à genoux à la barre» Dix d'entre eux furent envoyés à la Tour, et les deux autres , en considération de leur âge , furent confiés à la garde de l'huissier à la verge noire. Ces douze évêques étaient l'archevêque d'York , les évêques de Durham, de Coventry et Lichtfield, de Norwich, de Saint-Asaph, de Bath et Wells > de Hereford , d'Oxford , d'Ély , de Glocester , de Peterborough et de Landaff.
Tels étaient les travaux journaliers du parlement d'Angleterre , et c'est ainsi non-seulement
« la chambre des commaaes , un seul membre osa parler <t en faveur des évêques ; et il se contenta de dire qu'il ne « croyait pas qu'ils fussent conpables de haute-trahison y « mais qu'à coup sur ils étaient devenus fous, et qu'il votait « pour qu'on les envoyât à Bedlam . >» ( Histoire partemen" taire, toin. 2, col. 995. ) ( Note de F Éditeur. )
qu'il fat entièrement empêché de porter secours à l'Irlande , mais que le redressement des griefs de l'Angleterre et la conclusion des affaires de l'État se trouvèrent tellement retarde's, qu'enSn les deux royaumes furent enveloppés dans les mêmes désordres. Ce fîit une étrange chose qu'une si barbare et si sanglante rébellion pût avoir éclaté en Irlande sans qu'on eût d'avance le moindre soupçon d'une telle calamité , et san^ que les innocens protestans anglais y eussent donné le moindre motif. Mais certainement , si l'on y pense bien , il paraîtra aussi étrange que la vengeance de cet horrible carnage ait éprouvé des obstacles, et l'on sera porté à regarder la chose comme impossible y à moins de supposer que le soulèvement et les obstacles qui en ont empêché la répression ont procédé de la même source.
Lorsqu'on avait vu au commencement de décembre' tous les préparatifs que le parlement avait eu soin de faire à la première nouvelle de la révolte , on avait eu grande espérance que l'Irlande serait promptement secourue^ et qu'on y transporterait promptement des troupes de l'Ecosse ; mais ^ si cette époque , le Roi était revenu d'Ecosse, et ^ dans un discours au parlement, où il le conjura de s'occuper des secours envoyés en Irlande, il parla aussi d'un bill alors en débat à la chambre des pairs, et qui ordonnait la presse des soldais pour l'Irlandej il déclara que ce moyeu
lui déplaisait , parce que c'était , dit-il y un grand empiétement sur la prérogative royale (i). Il ajouta qu'il avait peu d'obligation à celui qui avait mis ainsi en discussion les limites de son ancienne et indubitable prérogative. Il proposa qu'au moins le bill passât avec un sahojure , à l'égard du Roi et du peuple^ laissant ces débats à un temps qui y fût plus propre.
Ge discours du Roi déplut beaucoup aux deux chambres ^ comme une grande violation du privilège du parlement; elles lui adressèi'ent une pétition oii elles disaient que le Roi , en prenant connaissance des débats de la chambre des lords y relativement au bill de la presse des soldats y avait violé le privilège fondamental du parlement , qui est : « que le Roi ne doit prenu dre connaissance de rien de ce qui se propose a ou se débat dans l'une ou l'autre chambre'^ sans « leur aveu et sans en avoir été informé par elles- « mêmes ^ et qu'il ne doit proposer aucune con- (i dition ou limitation à un bill préparé ou dé- (( battu ^ ni en manifester son approbation ou déi( sapprobation ^ jusqu'à ce qu'il lui ait été préii sente dans les formes voulues par la constitu-
(i) Le préambule de ce bill portait : « Qu'en aucun cas, u sauf celui d'une invasion étrangère, le Roi n'avait le droit « d'ordonner lapresse de ses sujets pour le service militaire, « attendu qu'un tel droit était incompatible avec la liberté « des citoyens. » ( Histoire parlementaire ^ t. 2, col. 969. )
t( tion du parlement ; en sorte que tout membre « de Tune ou l'autre chambre , a pleine liberté u de parler^ proposer ou discuter toute chose « selon les réglemens du parlement^ sans que le (( Roi ait le droit de concevoir aucun déplaisir (( contre lui pour ses opinions ou propositions. » Elles lui demandaient en même temps réparation de cette violation de privilège , et, pour qu^elle ne se renouvelât pas à l'avenir, priaient le Roi de leur faire connaître les hommes qui l'y avaient porté par leurs rapports et leurs mauvais con-* seils, afin qu'ils pussent recevoir le châtiment qu'ils méritaient.
Cette affaire prit quelque temps, et fut au nom* bre des malheureux obstacles qui empêchèrent qu'on ne secourût promptement l'Irlande. De plus, malgré les imminens besoins de ce royaume, et l'intérêt que lui portait la généralité de l'Angleterre, les préparatifs se firent si lentement qu'il se passa beaucoup de temps avant que la chambre des communes pût parvenir à mettre le lord-lieutenant en état d'envoyer au moins un régiment pour la défense de la ville et du château de Dublin. Ce régiment était commandé par un digne gentilhomme nommé sir Simon Harcourt; comme il avait été nommé gouverneur de la ville de Dublin , le parlement lui donna ordre de partir avec son régiment, et il débarqua en Irlande le dermier jour de décembre 1641 > au grand soulage-
ment de la ville , alors frappée d'affliction et de terreur par l'approche des rebelles irlandais.
Environ trois semaines après , un autre empêchement fut apporté aux affaires d'Irlande. Les Écossais firent au parlement huit propositions ayant pour objet l'envoi , dans le nord de l'Irlande^ de 2y5oo Ecossais 9 alors en état de marcher. Les deux chambres adoptèrent toutes ces propositions ; mais le Roi s'opposa à la troisième^ qui était que la ville et le château de Carrick Fergus fussent confiés à la garde des Ecossais^ qui auraient la faculté d'y demeurer ou d'étendre leurs quartiers à volonté ; que si quelques régimens ou troupes de cette province se joignaient à eux^ ils seraient sous les ordres du général des troupes écossaises. Le Roi fit des objections à cet article^ et demanda que les chambres le prissent de nouveau en considération^ comme une chose importante , et qui pouvait être préjudiciable à l'Angleterre. Cependant si la chambre désirait qu'il en fût ainsi ^ le Roi demandait à en conférer lui-même avec les commissaires écossais , pour voir comment ils pourraient lai donner satisfaction sur cet article. Les Écossais dirent à Sa Majesté que ^ puisque la chose était consentie par les deux chambres , et que Fargument de Sa Majesté portait sur ce que c'était remettre une trop grande confiance entre les mains d'une armée auxiliaire , ils espéraient que Sa
DU LONG PARLEMENT. lîSg
Majesté qui e'tait leur Roi naturel , ne leur montrerait pas moins de confiance que ne Tavail fait librement la nation dont ils étaient les allies ; sur quoi le Roi consentit enfin à adopter l'article et l'opinion du parlement. Ce fatal obstacle apporté au soulagement de l'Irlande n'avait ëte' que la suite d'un autre; car, d'abord , les commissaires d'Ecosse n'ayaient pas été autorisés par le gouvernement de ce royaume à traiter pour l'envoi de moins de dix mille hommes ; ce à quoi les lords ne voulaient pas consentir. Cet obstacle avait paru écarté par la bienveillance zélée delà chambre des communes, qlii, conformément aux instructions reçues par les commissaires écossais^ vota l'envoi des dix mille Écossais. Mais la chambre des lords , après de longs débats , ne voulut pas y consentir, à moins que la chambre des communes ne donnât l'assurance qu'on enverrait en même temps dix mille Anglais. Les communes le désiraient autant que les lords, et promirent d'y faire leurs efforts; mais tout le monde comprenait bien que les Anglais ne pouvaient être levés et encore moins transportés en Irlande aussi
promptement que les Ecossais. Je n'ai pas entendu ^donner d'autres raisons de cette résolution, si ce n'est qu'il aurait été déshonorant pour l'Angleterre que la révolte d'Irlande fût réprimée par les Écossais. C'était là ce que disaient partout les papistes et les autres ennemis de la cause. I. 19
Cependant les bons protestanss'étonnaientbeau^ coup qu'on pût s'arrêter à un pareil point d'honneur y tandis que leur religion et leur cause étaient livrées en Irlande à un état si déplorable. Cela commença à abattre les esprits et le courage des pauvres protestans d'Irlande ; ils craignirent qu'on ne travaillât , sous main ^ à dé-* jouer les bonnes intentions delà chambre des communes et des lords affectionnés au bien de l'État ; car^dans la chambre des lords ^ la majorité se prononça contre eux, tant il y avait encore de lords papistes et malintentionnés , sans compter les vingtquatre évêques, qui n'avaient pas encore perdu le droit de siéger dans le parlement.
Les gens bien intentionnés se plaignaient aussi en général de ce que Iç Roi avait hésité si longtemps à déclarer rebelles ces barbares Irlandais | et non-seulement on en parlait ainsi dans le peuple, mais le parlement lui-même parut adopter cette opinion dans la déclaration qu'il publia, lorsque sa rupttire avec le Roi fut devenue manifeste. Il dit : « que cette odieuse rébellion avait « été soutenue par la cour d'Angleterre , et il en « donna pour preuve le retfiird de la proclama- (c tipn qui accusait les Irlandais de trahison. Elle « ne parut en effet que le premier janvier , quoî- « que la révolte eût éclaté au mois d'octobre préce cèdent. De plus > on n'en avait imprimé que « quarante exemplaires, d'après une injonction
(( spéciale du Roi de ne pas excéder ce nombre. tf Le Roi avait égalemeut ordonné qu'on n'en mît i< aucun en circulation^ sans son expresse volonté^ « comme le prouve le warrant donné à cet effet, (( et dont le parlement publia une copie , en sorte « que la proclamation ne fut connue que d'un « très-petit nombre de gens ; circonstance d'ânes tant plus remarquable , dit le parlement, qu'on w avait procédé d'une toute autre façon contre u les Écossais. Les proclamations dirigées contre a eux avaient été rapidement publiées, répan- (( dues avec une extrême diligence dans tout le <f royaume , et le Roi avait donné l'ordre de les « lire dans toutes les églises, en les accompagnant « de prières publiques et d'exécrations contre les « rebelles. »
Cette déclaration des lords et des communes fut publiée pendant que le Roi était à York; elle lui déplut grandement et il s'empressa, d'y repondre. Comme le reproche relatif à l'Irlande était le plus grave pour la réputation du Roi, il est juste que le lecteur connaisse sa réponse. En voici textuellement les palroles :
(( Pour soutenir les expressions inconvenantes « par lesquelles on a supposé notre connivence , « ou du moins notre défaut de zèle dans l'affaire « de la rébellion d'Irlande si odieuse à tous les « gens de bien, on a imaginé un nouveau genre « de calomnie. On a dit que notre proclamation
« contre ces traîtres n'avait pas paru avant le « commencement de janvier, quoique la rébel- (( lion eût éclaté en octobre , et que par notre or- (( dre spécial , quarante exemplaires seulement « en avaient été imprimés. Personne n'ignore qu'à « cette époque, nous étions en Ecosse; que de là , (( et après avoir fait passer d'Ecosse en Irlande (c tous les secours nécessaires, nous avons vivece ment recommandé cette affaire au parlement; (( qu'après notre retour à Londres , nous l'avons « traitée nous-mêmes d'après les avis de notre « conseil d'Irlande et des deux chambres. Si au- (c cune proclamation n'a paru plus tôt ( ce que nous (( ne nous rappelons pas avec certitude , bien que (( nous pensions qu'il y en a eu de publiées avant « le mois de janvier) , cela ne peut être imputé « qu'à l'avis des lords -juges d'Irlaûde qui n'en « ont sollicité aucune avant cette époque; et (c quand ils nous l'ont demandée, ils n'en voui( laient que vingt exemplaires signés de nous ; « mais , pour la sûreté du service , nous l'avons (( fait imprimer, ce qu'on ne demandait point; (c et nous en avons signé un plus grand nombre (( d'exemplaires que nos juges ne le demandaient. (( Tout cela était bien connu de quelques mem- « bres du parlement , qui en sont d'autant plus (c coupables s'ils ont gardé le silence lorsque la (( dernière déclaration a été votée ; et s'ils ont « parlé , nous n'en sommes que plus fondés à nous
DU LONG PARLEMENT. ^gS
« plaindre du blâme odieux qu'on a touIu jeter « sur nous dans Fesprit de notre peuple , quand (c on savait si bien comment répondre aux repro- « ches qu'on nous adressait. »
Telle fut la re'ponse du Roi aux plaintes du parlement à l'égard de l'Irlande; mais la chambre des communes, dans une autre déclaration publiée long-temps après , chargea de nouveau le Roi à ce sujet , en y ajoutant des circonstances aggravantes, (c Les rebelles, y est-il dit, s'étaient « impudemment qualifiés d'armée de la Reine , (f annonçant qu'ils s'étaient soulevés pour maince tenir la prérogative du Roi et la religion de la i( Reine contre le parlement puritain d' Anglece terre. Aussitôt le parlement avait humblement (€ et instamment conseillé à Sa Majesté de faire i( cesser ce dangereux scandale, en proclamant w les Irlandais rebelles et traîtres envers la coûte ronne d'Angleterre , ce qui les aurait affaiblis « soudain , et aurait encouragé les sujets fidèles , (( soit dans le parlement , soit dans le public , à (( leur résister avec vigueur. Mais telle était au- « près du Roi l'influence des mauvais conseilw 1ers , qu'aucune proclamation ne fut publiée , « si ce n'est trois mois après l'explosion de la « révolte , et le Roi voulut qu'on n'en tirât que « quarante exemplairejs , qui ne devaient être « distribués que d'après ses injonctions spé- « ciales. »
^ HISTOIR
La proclamation contre les Irlandais ne parut en effet que deux jours ayant cette yiolente entrée du Roi dans la chambre des communes dont nous avons déjà parlé ; événement qui causa tant de troubles et retarda si long-temps les secours dont l'Irlande avait besoin.
Trois semaines après , la chamb^re des communes se plaignit aussi de ce que^ malgré Tordre des deux chambres qui fermait aux papistes irlandais tous les ports d'Angleterre, plusieurs des principaux chefs des rebelles avaient été admis en vertu de passe-ports directs du Roi, Le Roi répondit, qu'après avoir consulté sa propre mémoire et les notes de ses secrétaires, il ne se trouvait coupable d'aucune concession de ce genre (i).
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(i) Ce n'est pas ici le lieu de discuter la légitimité des reproches que le parlement adressait à Charles P' au sujet des affaires d'Irlande. Parmi le^plus ardens ennemis du Roi, à peine quelques-uns ont ils osé dire qu'il avait approuvé ou du moins toléré la première insurrection des Irlandais ; et cette accusation est évidemment absurde. Ce qui n'est pas moins évident , c'est que le roi et le parlement voulaient , l'un et l'autre, prendre seuls en main la répression de l'Irlande y afin d'avoir la disposition des troupes qui y seraieut employées et de pouvoir s'en servir au besoin contre un autre ennemi. Le parlement craignait de remettre au. Roi lui-même la direction de cette guerre ; et le Roi redoutait de voir le parlement maître des forces qu'il fallait lever pour la soutenir. Telle fut d'abord la véritable^cause des obstacles et des lenteurs qu'essuya cette déplorable affaire; les deux
DU LONG parlement: 2€)5
partis sacrifiaient tour à tour, à leurs intérêts propres, les intérêts de l'Irlande désolée. Quand la guerre civile eut éclaté entre le roi et le parlement , Charles I*' fut conduit de jour en jour à traiter avec plus de ménagement les catholiques ; la Reine plaidait sans cesse leur cause auprès de lui ; et tout porte à croire qu'à mesure que sa situation devint plus^ mauvaise , il mit moins d'empressement à réprimer les Irlandais dont 3 finit par accepter lés secours.
iNote de f Éditeur. )