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Martial, deux poëmes historiques', Fun sur le règne du roi Henri II (i) , l'autre sur celui d'Edouard III (2)^ enfin sa traduction de la Pharsale de Lucain et sa continuation de ce poëme , en latin et en anglais , jusqu'à la mort de César, lui valurent bientôt une brillante renommée. Ce dernier ouvrage surtout fut regardé comme un chef-d'œuvre et obtient encore , en Angleterre , beaucoup d'estime. On y admira une rare connaissance de l'antiquité romaine , de ses sentimens , de ses moeurs , et un talent d'écrire très«peu commun. Charles I" traitait May avec distinction, et ce fut à la demande du Roi qu'il composa ses deux poëmes sur les règnes de Henri II et d'Edouard in. C'était là le temps où le Roi opprimait ses peuples et où s'amassait , dans le cœur des peuples y tant de méfiance et de colère •, mais ni le Roi ni le poëte n'avaient, à coup sûr, le moindre pressentiment de l'opinion qu'ils devaient un jour avoir l'un de l'autre , quand le Roi se serait mis en guerre avec ses sujets , et le poëte au service des ennemis de son premier patron.
Cependant tout n'était pas faveur et plaisir dans ces relations des gens de lettres avec les grands seigneurs, et May en fit un jour une assez triste expérience. Les étudians du Temple et leurs joyeux compagnons donnèrent à }a cour une de ces mascarades alors à la mode.
(i) The reign of King Henry the second , written in seuen books by his Majesty'^s command.
(a) The viciorious reign of Edward the ihird , in seuen books , bjr hii Majesty.\ command.
"sur THOMAS MAY. xj
<r Ils furent , dit un témoin oculaire , très-bien reçus a du Roi et de la Reine , et n'essuyèrent aucun dé- « sagréraent, sauf Taccident que voici. M. May, un a- charmant poëte , celui qui a traduit Lucain , croisa « brusquement , dans la salle du banquet , le lord- « chambellan , et celui-ci ne sachant qui il était , Iuy ce cassa le bâton de sa charge sur les épaules. Le Roi « qui était là et connaissait M. May , car il Tappelle «' mon poëte ^ en fît des reproches au lord-chambellan a qui' envoya chez lui le lendemain matin pour s'ex- « cuser 9 et lui fit remettre cinquante livres en pièces « d'or. M. May a dû , je crois , cette politesse au nom a que lui donne le Roi (i). » Singulier exemple de la brutalité des mœurs et de la petite situation des lettrés dans une cour qui les recherchait avec tant de soin , et recevoir d'eux la plupart de ses plaisirs !
Un incident d'un autre genre vint bientôt changer la situation de May et donner à ses opinions , comme àses travaux , un nouveau tour. En 1637 , Ben-Johnson étant mort , le titre de poëte lauréat et les avantages qui y étaient attachés se trouvèrent vacans. May les désirait et les sollicita. Un concurrent plus heureux , sir William Davenant, les obtint. May avait- il déjà contracté, avec les adversaires de la cour , des relations qui détournèrent de lui les faveurs royales ? Il vaudrait mieux , pour son honneur, que nous pus-* sions le croire \ mais rien ne l'indique , et les écri-
(i) Dans une lettre du 27 février i634 , adressée an comte de Straflbrcf ftlora lord-lietitenant d^Jrtande. {Biographia britannica , à Tarticiff J^ajr f tom, 5 « pag. 8067 , à la note £. )
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vains royalistes impotent sa désertion de lenr parti k Fhumeur que lui causa l'échec qu'il venait d'essuyer. May devait être aisément accessible à l'humeur : « Né « pour être riche, ditClarendon, si son père ne s'é-* «"* tait pas ruiné, il ne possédait qu'un mince revenu^ « en désaccord avec l'éducation libérale qu'il avait « reçue ; et à défaut d'une fortune capable de lui ins- « pirer quelque hauteur de caractère , il abaissa son « caractère au niveau de sa fortune. Il était d'un « naturel singulièrement humble et timide , dispo- « sition qu'il n'affectait point et que fortifiait un défaut c de langue qui, le rendant impropre à la conversa- « tion , si ce n'est avec ses plus intimes amis , était « pour lui un sujet de mortifications qu'il ressentait « vivement (i). » Pauvre, peu agréable, forcément taciturne , May n'eût pu se trouver long-temps bien à la cour qu'à force de succès ^ elle le blessa dans son amour-propre 5 le poëte triste et offensé changea soudain de parti et de protecteurs. ,
Ce n'était pas des vers qu'il fallait offrir au Long-* Parlement , et le parti presbytérien attendait de May d'autres services que des intermèdes ou des tragédies. Quelles fonctions lui furent confiées et quelles récompenses il en obtint , on l'ignore 5 on voit seulement qu'il prenait le titre de secrétaire du parlement, qu'il fut attaché à Fairfax et résida souvent, dans le cours de la guerre civile , au milieu des quartiers de l'armée. Rien ne donne lieu de croire qu'il ait jamais joué un rôle politique de quelque importance. Re-
(i) f^ie de Clarendon, tom. i , pag. 4o«
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therché du parlement comme il l'avait été du Roi , à cause de son talent et de, sa renommée littéraire , il assista à la lutte des intérêts et des passÎQos politiques comme il avait assisté aux fêtes de la cour. A la demande de Charles P*" , il avait composé des poëmea, sur celle de la chambre des communes , ou plutôt de quelques chefs de parti , il écrivit l'histoire des événemens qui se passaient sous ses yeux , et à mesure qu ils se développaient. Son Histoire du Parlement parut au mois de mai 1647 ' pendant qu'on traitait encore avec le Roi prisonnier. Les trois libres qu'il en publia alors s'arrêtent à la bataille de Newbury y a3 septembre i643*
C'est une périlleuse entreprise que d'écrire l'histoire pendant qu'elle se fait, et surtout d'écrire , dans le camp d'un parti, l'histoire d'une révolution flagrante qui, d'année eu année, de mois en mois, change de maîtres , de principes , de langage et de desseins. Ce n'était pas un simple pamphlet, approprié à telle question ou telle circonstance déterminée , qu'avait à composer May. Ce n'était pas non plus des Mémoires ordinaires , destinés à ne paraître qu'après sa mort, et où il pût déposer, avec ou sans impartialité, mais librement, ce qu'il avait vu, entendu , recueilli. Son ouvrage avait un but prochain, direct,, qu'il lui était prescrit d'atteindre , et que cependant il ne devait pas , il ne voulait pas avoir l'air de poursuivre. Le parlement était loin de ce jour où il s'était ouvert avec l'adhésion du pays tout entier. Les révolutions les plus salutaires ne tiennent jamais à la génération qui les subit les promesses qu'elles lui ont
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faites, et lui amènent des souffrances qu'elle ëtait loin de prévoir. L'Angleterre se dégoûtait de plus en plus de ses nouveaux maîtres. Opprimée par leur despotisme , déchirée par leurs factions , désolée par la guerre civile , elle commençait à s'en prendre au parti dominant, de ses mécomptes et de ses maux. Le parlement luttait contre ce sentiment public, essayant à la fois de justifier tout ce qu'il avait fait et de s'arrêter sur la pente qui le poussait à faire bien plus encore. Ce fut , on n'en peut douter , dans cet intérêt pressant et impérieux que May entreprit son histoire. <c Peut-être, dit-il lui-même dans sa préface, mon <c récit rappellera-t-il à l'esprit de quelques-uns de « mes lecteurs , des pensées qui , comme le songe de « Nabuchodonosor , s'étaient effacées de leur souvent nir. Un gentilhomme anglais , parti pour voyager c( au moment de la convocation du parlement actuel, « et revenu lorsque nos différends avaient éclaté , af* il fîrmait , en écoutant les discours qu'on tenait de- <( va|)t lui à son retour , que le parlement d'Anglen terre était plus mal compris en Angleterre qu'à « Rpq^e , et que nos compatriotes avaient plus besoin « que les étrangers d'être in&rmés de ce qui s'était a passé parmi nous : tant , disait-il , ils paraissaient « oublier et les choses elles-mêmes et les idées qu'ils « s'en étaient formées d'abord. »
Dans cette disposition du public , une apologie dé- <;larée eût été décriée d'avance ^ il fallait qu'un ouvrage pli;s. grave, plus calme, écrit comme s'il ne se fil t ^dressé qu'à la postérité, vînt remettre sous les .yei3LX djss Anglais le coupable gouvernement de