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Charles V' av^iKt la convocation du Long-Parlement , et présentât la conduite des chambres depuis cette époque , comme constamment patriotique , nécessaire , comme imposée uniquement et en toute occa* sion par les torts passés du Roi , et son obstination à repousser les seules garanties qui pussent en pré server Tavenir. Il fallait que , dans un tel ouvrage , les passions du parti parlementaire, ses intrigues, ses pratiques illégales , les intérêts personnels de ses chefs , tout ce qui compromet et discrédite un pouvoir dans Tesprit des*peuples , fût absolument omis et passé soùs silence , comme si rien de semblable n^eût influé sur les événemens , comme si les actes de la chambre des communes et leurs résultats n'eussent eu d autre cause que les mauvais desseins de ses adversaires jet les nécessités de sa situa|;ion. Tel est le vrai caractère de ï Histoire de May , oeuvre à Ht fois , officielle et littéraire , écrite par un homme naturellement modéré et soigneux de conserver, dans le ton ^u moins , cette impartialité q4ie commahde à ses yeux la. mission générale de l%istorien , ma^s sous rinspiration d'un pouvoir embarrassé de lui-m,âme , aux prises avec un public refroidi , et qui , ne se sentant plus ardemment soutenu par Topinion , voudrait au moÎQS la convaincre qu'il n'a rien fait que par be* soin on par devoir.
Mais pcindant qi^e, sous cette inspiration, May composait et publiait son livre , un pouvoir nouveau ^^él^yaitU , moins scrupuleux , plus énergique , plus expressif. C'était celui du parti républicain et de l'armée. Ce qui avait convenu à l'apologie des près-
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bytériens ne suffisait point aux indëpendans et à Cromwell. May abandonna son histoire. Comment Teût-il continuée? En passant d'un chapitre à Tautre , il eût fallu changer de principes et de héros , renier le comte d'Essex, M. HoUis, et toutes les prétentions de modération du parlement envers le Roi. La transition eût été trop brusque et le contraste trop grossier. May ne cessa cependant d'écrire; de 1647 ^ ^^^^ ^^ écrivit au profit des nouveaux maîtres de la révolution , comme de i64a à 1647 ^^ vivait écrit dans rintérétde ses premiers auteurs. En i65oil publia, d'abord en latin , ensuite en anglais , un Abrégé de l'Histoire du Parlement d'Angleterre , comprenant y 1"^. Vexposé des causes et du commencement de la guerre civile ; 2^. le tableau des principaux eVe/ïemens de cette guerre; 3®. le récit de V origine et des progrès de la seconde guerre civile. La révolution toute entière fut retracée dans ce nouvel ouvrage jusqu'aux approches du procès de Charles I*'. \ elle y fut retracée comme il convenait à Cromwell et au parti que Cromwell s'appliquait à corrompre, et qu'il trompait en attendant.
Quiconque aura vu une révolution et comparera attentivement les deux ouvrages de Thomas May , sera frappé de leur profonde différence. Elle n'<3st point grossière ni palpable ; l'historien qui ne manque ni de modération dans l'esprit, ni d'habileté dans l'art de présenter les faits selon son dessein , a pris grand soin de conserver encore les apparences de l'impartialité. Mais sa situation le domine et se révèle dans ses réflexions les plus insignifiantes , dans ses
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insinuations les plus fugitives ^ dans la couleur génë^ raie de son récit. En 2646 la cause du Roi ne semblait pas absolument perdue ; pelle du parlement n'était encore qu'une opposition au fond très-légitime » bien que déjà soutenue par beaucoup de fraudes et d'iniquités. La plupart des bons citoyens espéraient encore la paix, et la révolution ne voulait que se jbstifier de ne l'avoir pas conclue plus tôt ; elle ne l'avait pas pu , bien qu'elle l'eût constamment souhaité , c'est là ce que May avait entrepris de prouver au nom du parlement ^ et il s'était adressé surtout à cette portion du public, éclairée et désintéressée, dont le parlement avait reçu , en 1640 , sa force et son impulsion. En iSSoy au contraire, la révolution avait atteint le terme de ses violences; le dernier acte, l'acte irrévocable était consommé, à la grande désapprobation de la cité de Londres et d'une foule de gentilshommes de comté , d'honnêtes bourgeois , naguëres engagés avec ardeur dans la cause du parle-* ment. La faction des indépendans qui domiilait seule n'espérait pas , ne tentait pas de les rallier-, c'était dans les classes inférieures qu'elle prenait son point d'appui, et là même son crédit commençait à décli^ ner; le Roi mort redevenait populaire*, de continuelles émeutes redemandaient les membres presbytériens éliminés de la chambre des communes. C'était donc aux classes inférieures qu'il importait de parler ; c'était là qu'il fallait réchauffer les intérêts et les préjugés révolutionnaires en accueillant tous leurs soupçons ,'en fomentant toutes leurs méfiances , en présentant, comme seuls fidèles à la cause natio-
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nale , les hommes qoi avaient suivi on pousse la révolution jnsqu'aa bout , quels que fussent le sort et le véritable vœu du pays.
Cest dans ce dessein que , sous des ibrmes toujours prudentes , May^ au lieu de continuer son ffis^ toirSy écrivit Vjibrégé où elle est à la fois refaire et complétée. Le ton en est sec, amer, non-seulement envers le Roi et les royalistes, mais envers toutes les fractions de parti , tous lès hommes qui ont cru devoir s'arrêter dans la carrière Aie la révolution. Les opinions diverses n'y sont plus expesées , comme dans le premier ouvrage, avec cette sorte d'impartialité qui affecte de s'en remettre au jugement du lecteur. L'auteur se borne à raconter les faits de la façon qui convient au dernier étsft^où la révolution est arrivée, y mêlant, chaque fois que l'occasion s'en présente, les réflexions et les insinuations les plus propres à rendfe odieuse ou suspecte , aux yeux du peuple, toute opinion, toute conduite qui n'a pas été c^lle de Cromwèll et de ses adfaérens.
Mais , en se chargeant de cette tâche , l'historien avait entrepris plus que ses dispositions personnelles, et peut-être aussi celles du public, ne devaient lui permettre d'exécuter. Presbytérien d'opinion et modéré de caractère , dans la route nouvelle où il était entré IVIay s'arrêta encore une fois. Après avoir écrit, dans Vintérét des indépenclans et de Gromwell , l'histoire de la guerre civile et des discordés intérieures du parlement , après avoir pallié le diespotisme de l'armée et les violentes éliminations de la chambre d«s communias , il n'osa racoiTter , comme 1ç voa*
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lairat SMS'doute ses maîtres , le procès et la mon de Charles I«^ V Abrégé fiait brusquement à la veille de ce terrible fait m qui, à lui seul , dit Fauteur, exigeic rait une histoire. » Cest quelque chose , poorTesprit de parti et la complaisance envers le pouvoir , que de reconnaître une limite , quelle qu'elle soit.
Mày i^e survécut pas long-temps à^ la publication de $oa dernier ouvrage. Le i3 novembre i65o , après avoir, disent les iHOgraphea , bu galment sa bouteille de vi|i accoutumée / il ^ coucha; sans aucun symptôme jd£ maladie , et le lendemain matin on le trouva mort dans son lit Sa renommée littéraire était grande ^ il avait bien servi la iàc^n qui siégeait seule alors dans kt; chambre des^coH^imuies; elle lui fit &ire de pompeuses obsèques et décréta qu'il serait enseveli daq^abbs^e. de Weâ1«}inster , ou on lui éleva un ii||$nimient de marbre blai^CM)mé d'une longue épi* taj^e. Dix ans^ après, Charles II était remonté sur le troue , et les réactions ne respectent pas les tombeaux; celui de Thomas May fut détruit; le i% sej^ij^nbre 1661 , s^s restes furent obscurément transportés dans/Féglise de Sainte -Marguerite, et taist que régnèrent les Stuart, sa mémoire fut traitée avec aussi peu de considération» Il avait été au service d'un parti; le parti contraire triomphait; il fut convenu, pendant plus de trente ans, que May était dénué de tout mérite et n'avait jamais dit une vérité.
Il a dit, sinon dans son Abrégé y àa moins dans son Histoire , les vérités dont l'Angleterre conserve aujourd'hui le souvenir, les seules peut-être qui , après cent cinquante ans,, soient demeurées importantes aux