CHAPITRE IV
Les Ecossais se forment en copenant; le Roi leur envoie le marquis de Hamilton; on leur
. accorde un synode national; mais il est di.s* sous au bout de quelques Jours par le mar-quis en sa 'qualité de commissaire du Roi. Le Roi se déclare contre les covenantaires y et lève une armée pour les réduire. #
De Stirling les commissaires se rendirent à Edimbourg,oii plusieurs de leurs partisans vinrent de divers lieux les rejoindre pour consulter ensemble sur les affaires présentes ; ils résolurent de renouveler solennellement entre eux le covenant connu sous le nom de Petite Confession de FEglise d'Ecosse , ou Confession de la Famille du Roi. Cette confession avait été' dictée et scellée de la main du Roi Jacques en i58o^ et confirmée ensuite par tous les états du royaume , et par le décret du synode national en i58i. Elle fut, sur l'ordre dii conseil et du synode national , signée de nouveau en iSgo par les Ecossais , et on y ajouta un autre covenant pour la défense de la vraie religion et de la majesté royale. Ce fut ce covenant que renouvelèrent en i658 les lords , citoyens et pasteurs dont
nous avons parlé, et ils en dressèrent en même temps un autre relatif aux circonstances actuelles. Ce covenant, dans sa totalité, tel qu'il est consigné au long dans les actes du royaume, se composait de trois parties principales. La première était une répétition textuelle de l'ancien covenant conclu en 1 58o pour la défense de la pureté de la religion , de la personne et des droits du Roi contre l'Eglise de Rome , et confirmé par l'autorité royale et deux synodes nationaux. La seconde partie contenait l'énumération des actes du parlement faits en Ecosse pour défendre contre le papisme la religion réformée, soit dans la doctrine, soit pour la discipline ecclésiastique. La troisième^ était une application de l'ancien covenant aux circonstances présentes : de même que dans le premier covenant on jurait de combattre toute tendance au papisme, de même dans celui-ci on s'engageait à repousser toutes les innovations contenues dans le livre de liturgie qu'on voulait, illégalement, les forcer de recevoir. Ce covenant renfermait aussi le serment de maintenir la personne et l'autorité du Roi, et un serment de défense mutuelle.
Le Roi, très -mécontent, fit à ce covenant quatre objections principales. Il demandait, I**. de quel droit ils l'avaient conclu et prétendaient exiger un serment quelconque de leurs concitoyens; 2*. en supposant qu'ils eussent le
droit d'ordonner le renouvellement ile Fancien serment, qui leur donnait celui de ^interpréter comme applicable aux nouvelles circonstances, contre la maxime reçue qu'aucune loi ne peut être interprétée que pal* une autorité égale à celle qui Fa faite, ou parlesjuges nommés pour l'appliquer; 5*. qui leur donnait pouvoir d'y ajouter quelque chose, et d'y joindre ce nouveau covenaiit d'assistance mutuelle contre tout pouvoir, sans exception , qui s'opposerait à leurs desseins ; 4*- enfin, il ajoutait que toute ligue conclue entre des sujets sans que le Roi en eût eu connaissance et y eût donné son approbation , avait été déclarée séditieuse en Ecosse par deux parlemens , le dixième de Jacques VI, acte douzième , et le neuvième parlement de la reine Marie, acte quinzième.
On peut voir exposées au long , dans un grand nombre d'écrits , les réponses des covenantaires à ces objections , et les argumens employés par le Roi pour les soutenir; car non-seulement alors, mais depuis, et durant les tristes calamités du royaume, ces discussions ont faille sujet de volumes entiers , où l'on trouve tout ce qui peut être dit concernant les véritables droits et privilèges du prince et du peuple.
Le covenaut fut néanmoins signé par tous ceux qui se trouvaient présens à Edimbourg au mois de février ï658, et des copies en furent en—
Yoyées à tous les absens^ et si promptement signées de tous qu'à peine avant la fin d'avril pou-vait-on compter un çeul niembre de la religion réformée qui n'eût pas signé le covenant (i). Âiusi rjÊgUse et l'État se trouvèrent divisés en deux partis^ sous le nom de covenantaires et non-covenantaires. Les non-covenantaires comprenaient : i^. les papistes regardés comme trèspeu nombreux en Ecosse où ils ne passaient guère en effet le nombre de six cents; a^» quelques gens en place et en faveur à cette époque; 3*. quelques personnes qui^ tout en professant la religion réformée > tenaient beaucoup aux cérémonies de l'Église anglicane^ et à la liturgie anglaise.
Plusieurs évêques et trois lords du conseil d'Ecosse se rendirent à la cour d'Angleterre^ mandes par le Roi pour aviser aux aifaires de ce royaume. Après beaucoup de débats sur la question de savoir s'il fallait réduire les covenantaires par les armes ^ ou user de moyens plus doux , le Roi leur ordonna de retourner en Ecosse et envoya avec eux le marquis de Hamilton.
Le marquis se rendit d'abord à DalJieith et,
(i) La ville d'Aberdeen fut 1^ seule qui refusa d'adopter le covenant. L'influence de l'université d'Aberdeen et du comte de Puntley détermina ce refus. (Histoire à* Ecosse ^ par Maîcolra Laing, tom. 3, pag. i5i .) ( Note de F Editeur,)
peu de jours après^ fit au mois de juin son entrée à Edimbourg, accompagné d'une multitude de personnes de tous les rangs qui étaient allées au devant de lui, et parmi lesquelles se* trouvaient sept cents pasteurs (i).
Le marquis 5 d'après les ordres du Roi, négocia avec les covenantaires pour les engager à renoncer à leur covenant, sans quoi, leur dit-il, ils n'avaient aucune espérancfe d'obtenir le synode national qu'ils désiraient si vivement pour mettre fin aux troubles de l'Eglise. Mais ils refusèrent de se rendre, affirmant qu'ils ne le pouvaient faire sans se parjurer liianifestemeht, et profaner le nom de Dieu.
On ne put donc convenir de rien , et ils supplièrent le marquis, prêt à retourner en Angleterre, de mettre leur humble requête sous les yeux du Roi; Mais, avant son départ, qui eut lieu au mois de juillet, il publia une proclamation du Roi où Sa Majesté se déclarait le défenseur de la religion réformée,promettant qu'elle n'insisterait plus sur l'admission du livre des canons et de la liturgie autrement que par les
(i) G'étaietit les covenantaires qui faisaient à Hamillon celte réception solennelle pour déployer, sous ses yeux , leur popularité et leur force. Plus de vingt raille personnes , à pied ou à cheval , accompagnèrent le marquis. ( Histoire d* Ecosse , par Malcolm Laing, tom. 3, pag. i54.)
{Note de r Éditeur,)
moyens légaux ; qu'elle réformerait la haute commission , et ajoutait qu'elle était déterminée à saisir promptement l'occasion d'assembler un par-, lement et un synode.
Quand la proclamation fut finie, les covenantaires lurent une protestation, dont les points principaux étaient : qu'ils n'avaient jamais douté que Sa Majesté ne fût sincèrem ent attachée à la religion protestante; que les concessions qu'elle venait de faire ne pouvaient suffire à guérir les maux présens, puisqu'elle ne révoquait pas entièrement la liturgie et la haute commission, toutes deux imposées illégalement au peuple écossais; que leurs réunions ne devaient pas être flétries de noms ignominieux, puisqu'elles étaient légales, et qu'ils étaient résolus à n'y pas renoncer jusqu'à ce qu'un synode libre et national eût ramené la paix et rétabli la religion dans sa pureté.
Le marquis partit pour l'Angleterre, et son retour en Ecosse fut fixé au 12 août. Dans ce temps les Écossais se soumirent^ à un jeûne solennel ; et les covenantaîres , n'espérant pas que le Roi convoquât le synode national aussi promptement que le demandaient les maux du moment^ publièrent un écrit oii ils s'efforçaient de prouver que dans l'état où elle se trouvait, l'Eglise avait le droit de pourvoir à ses propres besoins , (( et <( que dans IJÉglisé elle-même résidait le pouvoir (( de convoquer un synode , dans le cas où le
a prince se trouyerait être un enaeini de la yé- (f rite 9 ou négligerait le bien de FÉglise. » Us affirmaient que la situation actuelle de l'Église d'Ecosse lui rendait cette mesure nécessaire ; ils soutenaient cette assertion par un exporsé détaillé de leurs griefs , et répondaient à tous les argumens du parti opposé^ relativement aux droits des princes en fait de religion.
Le marquis revint en Ecosse avant Le jour désigné f et apporta ^ de la part du Roi y des articles auxquels les covenantaires étaient requis de souscrire 9 s'ils voulaient obtenir^ soit un parlement^ soit un synode; mais ils rejetèrent absolument ces articles comme insuffisans pour régler les choses d'une manière stable ; si bien que le marquis y craignant que p fatigués de délais ^ ils ne finissent par convoquer un synode sans attendre le consentement du Roi , leur demanda avec instance de retarder cette convocation, seulement jusqu'à ce qu'il revînt de la cour où ih retournait pour tâcher de persuader le Roi. Ils ne lui accordèrent sa requête qu'avec beaucoup de peine , et son retour fut fixé slvl 22 septembre ^ auquel temps ^ si le marquis ne revenait pas y les covenantaires seraient libres de pourvoir à leurs propres affaires.
Mais le marquis , usant d'une extraordinaire diligence , prévint le jour fixé , et publia la proclamation du Roi y dont voici les points princi-
paux : i"". le Roi abrogeait tous les décrets du con^ seil relatifs au livre des canôos et à la liturgie ; il abrogeait aussi la haute commission; a*", personne pe deyait plus être inquiété au sujet des cinq articles de Perth ; 5". les évêques devaient être assujétis à ia cen$ui:e d'un synode; 4^. il ne pouvait plus être exigé de serment des pasteurs à leur ordination ^ si ce n'est par une loi du parljsment; 5*, la Petite Confession de i58o serait signée dans tout le royaume; 6*. le Roi convoquait un synode national pour le 21 novembre i638 ^ et un parlement à Edimbourg pour le i5 mai 1639, Enfin ^ pour le bien de la paix^ il oubliait les ofrense$ passées.
A. la première lecture de ce pacifique message^ les CQvenantaires éprouvèrent une grande joie ; mais^ en y regardant de plus près^ ils trouvèrent^ assurèrent-ils y que les expressions dont on s'était servi ^ contenaient une condamnation tacite de leurs précédentes actions , et privaient le synode xitational de la liberté qui lui était due.
Dans la crainte donc de se laisser tromper^ ils dressèr^t une nouvelle protestation; non pas^ dirent-ils y qu'ils doutassent de la sincérité du Roi y xnais parce qu'ils ne se fiaient pas à ceux qui étaient en faveur près du Roi y et dont ^ à ce qu'ils pensaient j les conseils pernicieux avaient seuls empêché le Roi dç leur montrer sa clémeoce> dès le commencement de l'affaire.
go HISTOIRE
Voici les principaux chefs de la protestation :
!**• Après d'humbles remercîmens à Dieu et au Roi , ils de'claraient rie pouvoir regarder cette concession comme un remède à leurs maux ; car Sa Majesté traitait de terreur panique une crainte fondée non sur des motifs imaginaires , mais sur Tappréhension le'gitime de voir s'opérer un changement dans la religion et dans les lois ^ par Tin troduction forcée de ces livres positivement papistes;
a**. Le Roi, dans ses précédentes proclamations, ayant hautement exalté ces livres comme trèsreligieux et propres au service de l'Eglise , ils ne pouvaient se contenter d'être simplement exemptés de s'y soumettre, si lesdits livres n'étaient formellement abrogés et condamnés , car, sans cela , il ne manquerait pas ensuite de novateurs inquiets qui en profiteraient pour élever dans l'Eglise de nouveaux tro ubles ;
5°. C'était diminuer la légitime liberté des conciles nationaux , et élever le pouvoir des évêques , que de leur donner le droit de voter dans les synodes sans y avoir été 'députés par les Églises;
4*^. On ne pouvait consentir à une nouvelle signature de l'ancien covenant , par plusieurs raisons déduites au long dans cette pièce, et entre autres par celle-ci, que ce serait éluder le dernier covenant, le renfermer dans des limites beau-
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coup plus étroites, et le rendre insufBsant au redressement des griefs dont on se plaignait albrs ; enfin multiplier inutilement les sermens, et prendre le nom de Dieu en vain , sans compter plusieurs autres objections, impossibles à rapporter en leur entier.
L'ancien covenant fut adopté solennellement à Edimbourg par le marquis de Hamilton, commissaire du Roi, et par tout le conseil privé.
Le marquis donna alors ses ordres pour le synode, craignant, s'il tardait, que les covenantaires ne le convoquassent eux-mêmes, et, le i6 novembre, il se rendit en grande pompe à Glascow.
Après plusieurs réunions pour préparer les affaires, le synode s'ouvrit, suivant Fédit du Roi, le :2i novembre; mais, sept jours après, il fut dissous par le marquis de Hamilton, au nom du Roi , et reçut Tordre de discontinuer ses séances.
Le marquis dit , pour raison , que les lois d'un synode libre avaient été violées dans plusieurs des actes de celui-ci , non-seulement pendant le peu de jours oii il avait siégé , mais aussi avant qu'il commençât , dans la forme des élections, et plusieurs autres choses semblables (i).
(i) Les instructions de Charles I" prescrivaient formellement à Hamilton de tout faire pour que le synode n'eût au-
Mais ils protestèrent contre cette dissolution y et continuèrent le synode après le départ du marquis» On trouvera dans deux longues relations publiées^ l'une par le Rot, l'autre par le synode^ les actes de cette assemblée , sa manière de procéder y les obstacles qu'elle rencontra ; comment les eTeques protestèrent contre le synode > et le synode répondit à leur protestation ; comment le synode écrivit au Roi; comment il procéda contre les évêques qu'il déposa tous y et comment des quatorze évéques y huit furent excommuniés y quatre interdits de toutes fonctions sacerdotales y et deux
cun résultat^ et de chercher des nullités dans se^ actes , afin de pouvoir le dissoudre ou s'en prévaloir plus tard : « Je « n'attends rien de bon de cette assemblée générale , lui « écrivait-il; mais j'espère que vous empêcherez beaucoup « de mal , en semant des divisions entre eux, en contestant « la légalité de leurs élections et en protestant contre leurs « procédés irréguliers. » Et ailleurs: « Les prélats sont d'à vis « de proroger cette assemblée , mais je m'y refuse ; je ferais « plus de tort à ma réputation en ne la laissant pas se réunir « que ses folies ne peuvent faire de mal à mon service. Je « vous ordonne donc de l'ouvrir au jour fixé ; mais si vous « pouvez la dissoudre en découvrant des nullités dans ses te actes , rien de mieux. » ( Hist, (ï Ecosse , par Malcolm Laing, tom. 3, page i6i , not. 77.) Il était impossible que la politique qui se révèle dans ces lettres échappât complètement aux Écossais et qu'ils ne vissent pas que les concessions du B.oi n'^vaieat pour but quç de gagner du temps- ( Nùt. ds VEÎUU )
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seulement eurent la permission d'officier en qualité de pasteurs ; comment enfin Ton condamna les cinq articles de Perth , le livre de liturgie , celui des canons et de l'ordination , on abolit la haute commission et tout ce qui s'était introduit dans FÉglise depuis l'année i58o, époque du premier covenant national.
Les covenantaîres écossais , lorsqu'ils rompirent eux-mêmes leur synode , écrivirent au Roi une lettre de remerciment , et publièrent immédiatement après une déclaration datée d'Edimbourg , 37 février lôSg, et adressée « à tous les « sincères et bons chrétiens d'Angleterre , pour « laver leurs actions et leurs intentions de toutes « ks calomnies que leurs ennemis pourraient i( chercher à répandre sur eux. »
Cette déclaration fut bien reçue de la généralité du peuple anglais ^ et particulièrement de ceux qui étaient le plus attachés à la religion^ aux lois et aux libertés de leur pays ; mais elle fut supprimée par l'autorité du Roi , et la même interdiction fut appliquée à tout ce qui pourrait être envoyé par les. Écossais. Bientôt après le Roi fit publier une proclamation également datée du 2j février i658 , avec ordre de la lire dans toutes les églises d'Angleterre. Elle avait pour titre : (c Proclamation et déclaration pour « informer nos fidèles sujets d'Angleterre , des i< séditieuses actions de quelques Écossais ^ qui ^
u SOUS un faux prétexte de religion , travaillent « au renversement absolu de notre autorité « royale. »
Cette de'claration était remplie d'amères invectives et d'exécrations contre les covenantaires écossais ; mais , dans la vérité. , elle produisit peu d'effet sur le cœur des Anglais ; ils étaient disposés à juger favorablement de la conduite des Ecossais ^ et se confirmaient dans cette opinion en voyant combien le Roi avait eu soin de cacher à la nation anglaise touteia marche de cette affaire; car, loin de s'en expliquer dans un parlement convoqué à cet effet, comme avaient fait avant lui plusieurs princes en pareille occasion , il n'avait seulement pas instruit de ses démarches son conseil-privé, et ne s'en était ouvert qu'à quelques-uns des membres de ce conseil , qu'il jugeait plus propres que les autres à l'exécution de ses desseins ; il le dit lui-même en deux passages de l'écrit intitulé : Ample Déclaration concernant les derniers troubles d\E cosse» Enfin > les Ecossais sont déclarés rebelles, et le roi en personne, à la tête d'une armée anglaise richement équipée > se met en marche pour les aller châtier.
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