‹ Histoire du Long-Parlement, convoquéChapitre 9 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Èloi^ement des Anglais pour la guerre d* Ecosse. Le Roi s^apance i^ers York avec son armée» Préparatifs des covenantaires écossais • Pàci'* fication; les deux années sont congédiées. NoU" fléaux préparatifs de guerre contre l'Ecosse. Un parlement est convoqué en Angleterre pour le i3 avril. Le comte de Traquaire dissout le parlement d'Ecosse par ordre du Roi*

J A M A I s le peuple anglais ne fut si opposé à aucune guerre , car il ne haïssait point l'ennemi qu'il devait combattre , et n'approuvait point la cause qu'on l'obligeait à défendre.

Les Anglais étaient disposés par la grandeur de leurs propres souffrances à regarder les Ecossais comme innocens , et à les croire traités avec injustice par cette main dont ils haïssaient euxmêmes l'oppression. Quant à la cause qu'o^ les chargeait de soutenir , elle ne pouvait leur faire désirer la victoire ; il leur était naturel de prévoir que, de la même épée qui subjuguerait les Ecossais, leur liberté serait bientôt anéantie; et ceux qui poussaient à cette guerre étalent également les ennemis des deux nations.

Et ce n'était pas seulement l'opinion des hom-

mes les plus sages de la classe éclairée y le peuple lui-même comprenait très-biea en général quel était Fintérét mutuel des deux royaumes.

Les courtisans , en toute autre chose si complaisans à la yolonté du monarque ^ répugnaient aussi à cette guerre contre l'Ecosse y bien que ce ne fût pas pour la même raison que ceux dont j'ai parlé. Us ne considéraient pas en ceci les moti& de la guerre ^ ou la cause qu'on se proposait de soutenir ^ mais les désayaatages de la guerre ellermême. Ils avaient coutume d'exprimer leur sentiment par des paroles pleines de mépris sur la pauvreté de l'Ecosse. On n'avait rien à gagner y disaientils^ avec des ennemis si misérables. Le Roi ^ si son honneur pouvait le permettre, devrait se trouver heureux d'être débarrassé d'un pareil royaume et gagnerait beaucoup à le perdre. On* entendait les jeunes courtisans désirer que l'Ecosse fût engloutie sous les eaux, ou qu'on pût rebâtir l'ancienne muraille de l'empereur Sévère.

Les courtisans plus sérieux dans leurs discours semblaient craindre également les suites de cette entreprise; ils faisaient habituellement, je me le rappelle fort bien , allusion à la guerre que Charles duc de Bourgogne avait contraint les Suisses à soutenir contre lui, et à ce que Philippe de Comtnes rapporte de la bataille de Granson , qui coûta au duc la valeur de trois millions d'écus follement hasardés contre un peuple si misérable

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qiie^ selon l'expression de cet auteur^ tous les Suisses eussent*ils été faits prisonniers , la rançon qu'ils auraient été en état de fournir n'aurait pas suffi pour payer les éperons et les mors de bride de sa caTalerie. Ils avaient souvent à la bouche ce vers :

Curandum imprimU ne magna injuria Jiat Fortibus et miseris (i).

Mais les Anglais , quoiqu'ils abhorrassent jusqu'à la pensée de cette guerre dénaturée , semblaient cependant se féliciter d'une occasion qui devait raisonnablement obliger le Roi à convoquer un parlement anglais , donner lieu ainsi , par occasion , au redressement des nombreux griefs de l'Angleterre, prévenir pour l'avenir toute crainte de semblables guerres, et amener la juste punition de ceux qui avaient occasioné ou fomenté les désordres actuels.

Mais le Roi , bien que déterminé à poursuivre ses projets de guerre, aima mieux se passer de l'aide du parlement que de prendre ses avis, et eut recours à des ressources d'un genre moins relevé. Il emprunta de grosses sommes d'argent à la haute noblesse, et exigea, de tous les juges et officiers du gouvernement , des prêts proportionnels. Le clergé de tous les rangs se montra particu-

(i) Il faut bien se garder de faire une grande injure à des hommes courageux et pauvres.

lièrement libéral pour cette guerre ^ qui fut a|> f^lée par beaucoup de gens Bellum episcopale.

Tous les courtisans^ tant ceux qui fréquentaient ordinairement la cour que ceux qui n'y paraissaient qu'extraordinairement^ furent sommés d'accompagner le Roi en personne avec un nombre d'hommes et de chcTaux proportionne à leur rang.

Par ce moyen ^ et à l'aide d'un certain nombre de gentilshommes de comté qui vinrent comme volontaires pour se mettre dans les bonnes grâces du Roi , et de vieux soldats qui prirent les armes parce que c'était leur métier, on se composa une brillante armée , dont le rendez-vous général fut à York , et le comte d'Arundel général en chef.

Le Roi , comme on le savait bien , avait reçu de beaucoup de gens, et notamment des évêques accusés qui s'étaient enfuis d'Ecosse, l'avis que les covenantaires écossais n'étaient, en aucune façon , capables de lui résister, qu'à peine avait-on besoin d'une armée anglaise pour combattre, qu'il suffirait qu'elle parût, et que Sa Majesté trouverait en Ecosse un parti assez considérable pour faire à lui seul l'affaire.

H est vrai qu'on aurait pu réussir de cette façon si les lords du covenant n'avaient adopté à temps une mesure très-adroite et nécessaire dans* une guerre défensive aussi bien que dans celle ou l'on aurait pris l'offensive..

Oiitre les incursions qu'ils pouvaient craindre de la part des Anglais sur les frontières d'Ecosse , et l'invasion que pouvait tenter par la côte occidentale le lord député d'Irlande^ soutenu par le comte d'Antrim et les forces tirées des Hébrides , les covenantair es avaient à redouter, dans le nord, le marquis de Huntley , dans le sud le marquis de Douglas avec le comte de Heth , et il fallait s'assurer de la-ville d'Aberdeen, avant qu'elle ne fôt fortifiée pour recevoir la flotte du Roi.

Plusieurs lords, comme lord Argy le dans l'ouest , lord Montrose dans le nord, et le colonel Monroe dans le midi , se chargèrent de prévenir ces périls , et y pourvurent à temps.

Les covenantaires s'emparèrent tout d'abord, sans résistance ni effusion de sang, des principales forteresses du royaume , entre autres d'Edimbourg et de Dun-Britton , et les mirent en état de défense; le port de Leith fut fortifié à la hâte pour protéger Edimbourg (i). Ils désarmèrent, sans trouble , toutes les personnes indifférentes ou suspectes; ils prirent d'assaut le château de Dalkeith,

(i) Les travaux de fortification de Leith furent une œuvre nationale, entreprise avec tant d'enthousiasme que des volontaires de la haute comme de la petite noblesse , tra* vaillërent aux bastions , et que des femmes du plus haut rang se mêlèrent aux ouvriers pour porter les matériaux. {Histoire d* Ecosse, par Malcolm Laing , tom. 3 , pag. 171.)

( Note de F Editeur. )

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avec toutes les munitions de guerre que ie mar-^ quis de Hamilton y avait fait amener l'année précédente. Us y trouvèrent la couronne ^ le sceptre et répéeduRoi^ qui furent solennellement emportés par les principaux seigneurs et déposés dans le château d'Edimbourg.

Les lords du covenant publièrent en même temps y le 27 février , une longue renotontrance en réponse à la proclamation du Roi contre eux , et aussi pour faire connaître au peuple d'Angleterre leurs procédés et leurs intentions.

Au mois de mai le marquis de Hamilton arriva dans le port avec une flotte, et envoya au gouverneur d'Edimbourg des lettres qui lui enjoignaient d'obéir aux ordres du Roi, et surtout de publier à Edimbourg la proclamation que le Roi avait rendue à York le 2 5 avril , et qui , entre autres choses, défendait de payer aux covenantaires les sommes ou rentes que pouvaient leur devoir des tenanciers ou autres débiteurs.

Le gouverneur pria le marquis d'attendre sa réponse jusqu'à la réunion du parlement qui devait s'assembler sous peu de jours, et le parlement répondit alors au marquis qu'il ne pouvait obéir à ces ordres pour beaucoup de raisons déduites en détail dans les notes jointes à cette letti*e.

Sur ces entrefaites , le Roi prononça la dissolution du parlement qui obéit aussitôt; mais^ se voyant de tous côtés menacés de la guerre^ les

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Écossais élurent pour leur gênerai sir Alexandre Lesley , ofiicier forme dans les guerres d'Allemagne ; les plus puissans comtes et lords du coye«* nant jurèrent de lui obéir en toutes les choses relatives à la campagne prochaine , après avoir reçu de lui le serment qu'il s'acquitterait fidèlement de son devoir^ et chacun partit sur-le-champ pour aller dans les diverses contrées du royaume exécuter les ordres de Lesley.

Les armées s'avançaient ainsi des deux cotés , et il semblait qu'on ne pût raisonnablement attendre aucune autre issue de ce triste différend que celle qu'il plairait à la guerre de lui donner. Les covenantaires écossais ne cessèrent cependant pas d'envoyer au Roi des pétitions et des adresses , protestant de leur loyauté envers sa couronne et sa personne. Us continuèrent aussi^ tant par lettres que par messages^ de solliciter Tappui des seigneurs anglais ^ qu'ils regardaient comme les meilleurs et les plus sincères patriotes y tels que les comtes d'Essex^ de Pembroke et HoUand ; sup* posant toujours 5 telles étaient leurs expressions , que cette guerre n'avait l'approbation d'aucun homme fermement attaché à la religion et aux libertés des deux royaumes.

Le comte de Dumferling^ qui avait à cette époque' la liberté de communiquer avec l'armée anglaise y assura les coyenantaires ses amis que les nobles comtes ci*dessus désignés^ et presque

toute la noblesse anglaise , étaient fort opposés à la guerre^ etseconderaîentleursdémarchesauprès du Roi.

Les corenantaires ^ encouragés par ce i^pport , renouvelèrent si obstinément leurs humbles pé* titions au Roi^ qu'après quelques messages de part et d'autre , et Dieu voulant se montrer favorable y le Roi permit que six d'entre eux vinssent le I G juin traiter en personne dans la tente du comte d'Arundel , avec quelques seigneurs anglais. Le Roi daigna même , au bout de quelques jours^ assister à ces conférences; enfin^ après beaucoup de protestations des covenantaires et quel**ques explications du Roi avec eux , l'heureuse mé* diation de sages et nobles conseillers amena une pacification solennelle y dont les- articles donnèrent satisfaction à toutes les parties ; seulement , les covenantaires ^écossais parurent mécontens de quelques expressions , dont le roi s'était servi dans le préambule de l'édit de pacification. Il appelait^ par exemple, leur dernier synode, pj^wdosynodus glasguensis, et qualifiait leurs préparatifs d'armemens, de tumultueux, illégaux et rebelles.

Cependant, sur leur humble requête, le Roi consentit, soit à effacer, soit à modifier quelquesunes des phrases les plus dures , comme aussi à expliquer plus, clairement d'autres phrases ambiguës, afin de bannir la méfiance de l'esprit des

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peuples ; des copies de cet acte furent remises à divers seigneurs anglais , qui s'étaient sincèrement appliqués à procurer cette heureuse paix , afin que fti quelque doute s'élevait dans la suite ^ on pdt les concilier sur l'intention des contractans.

Le roi déclara aussi , pour la satisfaction des Écossais ^ que si quelques-unes de ses expressions pouvaient partître dures , ses intentions à leur égard n'en étaient pas moins bienveillantes ; qu'il devait prendre soin de sa considération dans les pays étrangers^ et qu'il était inutile de disputer sur des mots 5 quand les choses étaient arrangées et ieur^ demandes pleinement consenties.

Le Roi leur accorda , pour le 6 août suivant y un libre synode national ^ et un parijement qui devait se tenir le 20 du même mois , pour confira mer et ratifier ce que le synode aurait décrété. Les Écossais recurent avec reconnaissance cette autorisation ^ convaincus que c'était là l'unique et vrai moyen d'établir une, paix solide dans l'Église et l'État.

Us se réjouirent aussi beaucoup de ce que le Roi leur avait promis d'être à Edimbourg à cette époque; mais cette espérance fut. déçue; le Roi «'excusa^ alléguant que des affaires graves et pressantes f dont il était informé par les lettres de la Reine et de son conseil , exigeaient sa personne k Londres ; il annonça qu'il enverrait à Edim-

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baurg un député ^ muni de pleins pouToirs pour tenir tout ce qu'il avait promis ; ce fut le comte de Traquaire.

Cette pacification fut solennellement conclue à la grande joie des gens de bien^ le i8 juin lôSg; les deux armées devaient être licenciées dans l'espace de quarante-huit heures y ce qui fut exécuté; et les Anglais et les Ecossais retournèrent chez eux^ rendant grâce à Dieu qui > sans effusion de s^ng , avait terminé ce différend , et prévenu une guerre si méchamment projetée.

Mais cette joie dura peu, car le comte de Traquaire , commissaire du Roi 9 ne put s'entendre avec le parlement écossais. Les Écossais se plaignirent qu'on n'accomplissait rien de ce que le Roi avait promis dans la pacification^ comme on le verra clairement plus tard.

Quoi qu'il en soit, à peine le Roi était-il de retour à Londres, que l'acte qui, au dire desÉcos» sais , contenait les vraies conditions du traité , fut dénoncé par le Roi, et d'après sa proclamation brûlé de la main du bourreau. Aucun des articles de cet acte n'était mentionné dans la proclantation , et le peuple anglais ne fut nullement informé de ce qu'il contenait; aussi les Anglais commence-* rent-ils à craindre grandement que les conseils qui avaient amené les premières dissensions , ne prévalussent encore à la cour, d'autant qu'on

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aperceyait de nouTeaux préparatifs de guerre (i). Laissons pour quelque temps le parlement écossais. A la même époque lord Wentworth, lord député dlrlande^ arriva en Angleterre ; il fut reçu par le Roi avec de grandes marques de faveur et de crédit ^ honoré d'un titre plus élevé et créé comte de Strafford. Les Anglais attendaient impatiemment quel serait l'effet de son arrivée ; on avait en général une haute opinion de ses talens et de son habileté , et on le regardait comme le seul ressort sur lequel l'État dût ix>uler à l'avenir. Mais^ comme je veux rapporter la vérité, je dois dire que , dans leurs conversations habituelles , les hommes éclairés de ce temps formaient des conjectures ti^ès-diverses sur l'usage que ferait ce grand homme de sa capacité et de sa faveur. Quelques-uns, conformément à leurs désirs, considérant la rectitude des principes qu'il avait montrés <l'abord , semblaient se flatter que toute la conduite qu'il avait tenue depuis son élévation n'a-

(i) K Quiconque prendrait sur lui, dit Clarendon, d « raconter tout ce qui est relatif à ce traité , serait à coup « sûr obligé d'inventer, son récit ; les négociations les plus 4( importantes se passèrent en conversation, et très-peu de M choses furent rédigées par écrit. Parmi ceux qui prirent « part à l'affaire , on n'en trouve pas deux qui s'accordent « dans ce qu'ils en racontent , ni sur ce qui fut convenu , « ni inême , ce qui est pis , sur le sens des conventions écri- « tes. » {Hist. de la Rébell, t. i, p. 2ii.) {Not. de PEdit.)

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Tait eu d'autre but que de se mettre très-bien avec le Roi y afin de' pouvoir ensuite ^ par sa sagesse et son crédit 9 obtenir un heureux empire sur le jugement et les affections du monarque , l'éloigner des mauvais conseils qui l'avaient long-temps envahi et le faire entrer dans des votes ou il trouverait plus d'honneur et de bonheur. On pensait que le comte était assez sage pour comprendre ce qui convenait le mieux à un homme sage ^ et ce qui pouvait fsiire chérir sa grandeur en en assurant la durée* Mais d'autres , se rappelant la manière dent il avait gouverné en Irlande et son ambition^ n'osaient espérer autant de lui ; ils craignaient qu'il n'eût pas assez de vertu pour risquer sa fortune ^ en s'opposant aux mauvais conseils qui entouraient le Roi y ni assez de faveur pour parvenir à gouverner en chef; ils avaient peur qu'on ne l'eût Élit venir seulement pour mener à bien l'œuvre coupable que des têtes moins fortes que la sienne avaient commencée. Ils pensaient qu'il se hasarderait plutôt à l'accomplir qu'à former de nouTcaux et meilleurs desseins ; car on a remarqué que peu de ministres se sont opposés à leurs princes et qu'ils les ont plutôt soutenus et secondés dans leurs mauvaises inclinations. C'est ce qui fait que peu de ministres ont détourné leurs princes des mauvaises routes où ils étaient entrés; ils se sont eux-mêmes écartés des bonnes intentions dans lesquelles ils semblaient être d'à-

bord. Aussi les historiens n'ont-ils jamais attribué à Marcus Agrippa ni à Statilias Taurus y les mérites d'Auguste, ni imputé à Sejan les vices de Tibère^ selon cette maxime de Macchiavel^ recta concilia à guocumque proficis^ cuntur^ à principia prudentià ; non auiem principis prudentià à rectis consiliis derwatur.

En ce temps, le Roi déclara à son conseil l'intention où il était de convoquer un parlement en Angleterre pour le commencement d'avril suivant. On semblât s'étonner d'entendre quelque chose d'aussi nouveau que le nom d'un parlement; mais le long délai mis à sa convocation donna lieu de craindre quelque nouvel artifice, d'autant que les préparatifs de guerre contre l'Ecosse se poursuivaient avec activité. Le lôrd député d'Irlande devait d'abord se rendre dans ce pays et y convoquer im parlement ; il passa en efiet la mer à la fin de décembre.

On ne savait pas quelle pouvait être sa mission; mais on aurait désiré que le parlement anglais commençât avant que les affaires d'E- , cosse ne fussent poussées trop loin; car on présumait qu'une prompte convocation pourrait prévenir une si triste guerre , et épargner à la nation les charges que devaient accumuler jusqu'au mois d'avril tant de préparatifs militaires, qui ne pouvaient manquer de nécessiter un subside. On pensait qu'il valait mieux prévenir une

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telle nécessité que d'attendre à dessein qu'elle fût arrivée.

Le i8 de ce même mois de décembre, le comte de Traquaire , sur un ordre du Roi donné sou s le sceau-privé , rompit le parlement d'Ecosse , et le prorogea jusqu'au 2 juin de l'année suivante. Les Ecossais se plaignirent de cette mesure , comme d'une violation de leur liberté, tout-àfait nouvelle et inouïe dans lespace de vingt générations. On n'avait point encore vu^un parlement en pleine session, complet, et appelé à traiter d'affaires importantes, ainsi dissous sans le consentement de la chambre elle-même. De quelque manière que procédassent les Rois dans d'autres royaumes, les Ecossais ne songeaient point à s'en enquérir; mais ce procédé était entièrement contraire à leurs lois , auxquelles le Roi avait dernièrement promis de se conformer dans ses rapports avec eux.

Immédiatement après la dissolution du parlement d'Ecosse, Traquaire se rendit en toute hâte à la cour d'Angleterre , pour rendre compte an Roi de ses démarches.

De leur côté les députés du parlement d'Ecosse dépêchèrent au Roi quatre commissaires, les comtes de Dumferling et deLowden, Douglas et Barclay, auxquels il remirent des instructions spéciales.

Leurs instructions étaient de porter plainte

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deyant le Roi^ et non devant le conseil^ à cause de l'indépendance du royaume d'Ecosse , des in* jures qu'ils avaient souffertes depuis la pacification; la dissolution de leur parlement; la garnison mise dans le château d'Edimbourg , et trois fois plus forte qu'il ne fallait pour sa défense ; la garnison anglaise mise dans le château de Dunbritton ; l'oppression qu'on exerçait sur les Ecossais qui trafiquaient en Angleterre ^ et par* ticulièrement en Irlande^ le^ contraignant à prêter de nouveaux sermens, tout-à-fait contraires à ce qui avait été stipulé dans les articles de la pacification^ et dans lesquels était exprimée la désapprobation du covenant.

Ils adressèrent eu même temps à la nation anglaise un exposé de leur conduite et dé leurs intentions, où ils détaillaient, comme on peut l'y voir, les injures particulières qu'ils avaient reçues depuis la pacification , et tout ce qui avait été fait de contraire à cet accommodement.

Après quelques conférences avec le Roi et plusieurs membres de son conseil^ les quatre commissaires écossais furent mis en prison au mois . de mars ; le Roi avait l'intention de les accuser promptement devant le parlement prêt à s'assembler ; Lowden fut mis à la Tour et les trois autres dans d'autres prisons.

Vers ce temps le comte de Strafford arriva à la cour, revenant d'Irlande oîi il avait tenu un

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court parlement y de qui il avait obtenu quatre subsides^ et^ le parlement étant prêt à commencer, on dressa un acte d'accusation contre Lowden alors prisonnier à la Tour, à l'occasion d'une lettre adres* s^ au Roi de France par les covenantaires écossais , et écrite de la main du comte.

L'accusation portait que les Écossais^las d'obéir à leur Roi , ayaient eu recours à l'assistance d'un prince étranger ; ce qui pouvait attirer les armées

françaises dans cette île.

Lowden répondit que la lettre avait été écrite en 1659^ au moment où l'Ecosse était menacée d'une dangereuse invasion, et oii les covenantaires savaient que les ambassadeurs et agens de l'Angleterre représentaient leur cause sous un jour odieux aux États et aux princes étrangers; que leur intention était de se laver de ces imputations , particulièrement envers le roi de France , dont les ancêtres avaient été autrefois les alliés du royaume d'Ecosse , et dont ils craignaient qu'on ne travaillât à leur faire un ennemi ; qu'ils ne s'étaient point proposé de demander au roi de France le secours de ses armes, ce que toutefois ils jugeaient légitime dans une extrême nécessité , et lorsque la persécution était poussée à l'excès; mais qu'ils désiraient seulement sa médiation auprès de leur Roi, et que la lettre, bien examinée, ne pouvait offrir aucun autre sens. Bien qu'il y fût fait mention de secours, cependant, dans

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leurs instructioûs secrètes à celui qui deVait la porter, ils araieût spécifie de quel geore de secours ils entendaient parler. Mais, en tout cas, ils alléguèrent pour leur défense que la minute de la lettre ne leur avait pas convenu , qu'ils ne rayaient nullement approuvée et n'avaient point eu l'intention de l'envoyer, et que , d'ailleurs , la souscription au jRai dont on faisait un si grand bruit, comme s'ils eussent reconnu par là le roi de France pour leur souverain , n'avait point été écrite par eux, mais ajoutée par quelque ennemi, après qu'elle fut sortie de leurs mains ; de plus la chose avait été faite avant la pacification et l'acte d'oubli , et ne devait pas maintenant être rappelée pour en faire un chef d'accusation ,contre eux. Que leur réponse parût suffisante ou non , ce qu'il y a de certain, c'est que l'affaire n'eut aucun résultat^ bien que le Roi l'eût donnée, au commencement du parlement, comme une preuve de la déloyauté des Ecossais, et comme la justification des préparatifs de guerre qu'il avait faits contre eux (i).

(i) Yoici , au sujet de l'arrestation du comte de Lowden , une anecdote fort curieuse que l'évéque de Péterborough (le docteur ^White Keonet) avait écrite en marge de son exemplaire des Mémoires des ducs de Hamilton, par Buraet.

« Le jeudis février 1719* M. Frazîer, ancien secrétaire 4u collège de Chelsea , est venu me voir el m'a nconté Je

Cepei^dant les Êcassais araient ^ de leur cdtë ; envoyé au parlement une longue apologie de leur

£ait suivant en me protestant de sa véritë. Peu après la publication des Mémoires des ducs de Hamilton^ il se trouvait, m'a-t-il dit, dans une réunion de plusieurs pairs anglais, 011 était aussi M. Burnet , auteur de cet ouvrage. Un des nobles pairs accusa ce dernier d*aYoir omis plusieurs choses dans la crainte de déplaire à la cour. « £h ! oui , M certainement, dit M. Burnet, il m'a été impossible de « rapporter tout ce que j'ai trouvé dans les papiers qu'on « m'avait remis ; car il y avait là des choses qui n'auraient « pas souffert la publication. >» Le lord répartit : « qu'il fal- « lait que la vérité fût dite. — Eh bien , dit M. Burnet, en « supposant que ce que je vais vous raconter soit vrai^ «( voyons si vous penserez que j'eusse pu le publier. »

« Tandis que le comte de Lowden était prisonnier k la Tour, le roi Charles I*', dans un accès de colère et de ressentiment contre lui , envoya à sir William Balfour , lieutenant de la Tour , l'ordre de faire exécuter le lendemain matin son prisonnier , pour crime de haute trahison. Le lieutenant communiqua au comte de Lowden l'ordre qu'il venait de recevoir et lui demanda son avis sur les moyens de se dispenser d'obéir. Le comte de Lowden , après des plaintes amères sur l'extrême injustice de l'avoir mis en prison et de lui ôter ensuite la vie d'une manière si cruelle , pria instamment Balfour d'aller trouver lé marquis de Hamilton pour lui demander son avis et ses bons offices dans l'occasion présente. Balfour se rendit en conséquence à la cour, ce soir même, pour tâcher de voir le marquis; mais il ne put le rencontrer avant que le roi ne fût couché. Le marquis et le lieutenant allèrent à la porte de la chambre du Roi et furent étonnés d'apprendre qu'il était déjà au lit. Lorsqu'ils eurent passé quelque»

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K conduite ; les engageant^ par de fraternels ayis^ <c à prendre soin de soutenir leurs lois et leurs

momens dans une grande agitation , quelqu'un dit à sir William Balfour qu'en sa qualité de lieutenant de la Tour, il avait le privilège de frapper à la porte de la chambre à coucher du roi , et d'être , à quelque heure de la nuit que ce fût, admis auprès de Sa|Majesté. Encourage par là , Balfour frappa jusqu'à ce qu'il eût été entendu par le valet de chambre qui demanda qui était là. « Balfour, ré- «< pondit le lieutenant de la Tour , pour parler d'à flaires « au roi. » Le roi dit qu'on le fit entrer ; il entra , et , tombant à genoux devant le lit , demanda si l'ordre pour l'exécution du comte de Lowden avait été légalement obtenu de Sa Majesté, et si lui , Balfour, pouvait légalement le mettre à exécution. Il tâcha , par ses raîsonrienrens et ses instances » d'engager le roi à le supprimer , ou du moins à le suspendre. « Non, dit le roi, l'ordre est de moi et vous devez y obéir. » Sur quoi le marquis de Ha mil ton , qui était demeuré à la porte , s'avança , et , tombant aussi à genoux devant le roi , le pria de ne pas insister sur une résolution aussi extraordinaire. Le roijépondit trës-impérîeusement , tant qu'enfin le marquis , prenant en quelque s^orte congé , lui dit : a Eh M bien , puisque Votre Majesté est si déterminée , je vais « me préparer à partir en toute hâte pour l'Ecosse demain « matin ; car je suis sûr qu'avant la nuit toute la ville sera « soulevée et qu'on viendra arracher Votre Majesté de son « palais ; je vais donc gagner du pays autant que je le pour- « rai et déclarer à mes compatriotes que je ne suis pour rien <t là dedans. » Le roi fut frappé , et dit au marquis de rappeler le lieutenant ; celui-ci s'étant rapproché du lit , le roi lui dit : « Donnez-moi l'ordre ; » et l'ayant pris il le déchira en morceaux.

« Eh bien , dit M. Burnet , est-ce là une histoire qu'on

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(c libertés.^ afio de déjouer les projets de ces mauii vais conseillers qui ne leur avaient accorde un u parlement que dans l'intention d'armer le Roi c< des subsides dont il avait besoin pour faire la « guerre à ses sujets d'Ecosse , et par cette guerre (c assujétir^ peut-être ruiner les deux nations, ce Après tant de violations , disaient-ils , après ce tant de dissolutions de parlemens en Angleterre ,

pûtj raconter ? » Tous ceux qui ttaient là demeurèrent stupéfaitSi et levèrent les mains au ciel. « J'ai,* dit M. Frazier, entendu cette histoire de mes propres oreilles , et Fayant une fois racontée au feu duc de Hamilton , celui qui a ëtë tué en duel , Sa Grâce me dit : qu'il avait souvent parcouru les papiers d'où le docteur Burnet avait tiré les matériaux de ces mémoires j et qu'ils étaient encore en sa possession en Ecosse. Il se souvenait très-bien , me dit-il , d'y avoir vu le récit dont je viens de parler , et croyait le fait tout-à-fait vrai. {J^iede Charles I^'^.parHarris, p. 347-35o.) Cette anecdote a paru* assez certaine à M. Malcolm Laing pour qu'il l'introduisît dans son histoire- d* Ecosse comme un fait avéré. Il indique même un auteur contemporain qui la confirme par son témoignage ( histoire d* Ecosse par Malcolm Laing , tom. 3 , page 1^)9) , et elle est aussi rapportée dans quelques pamphlets postérieurs , à la vérité , à la révolution de i688( v/e de Charles I*^ parHarris, p. 35o, not. a). Nous ne pensons pas cependant qu'on puisse la regarder comme incontestable ; rien ne révèle dans le caractère de Charles I*"" cette cruauté audacieuse qui brave toutes les formes et se défait de ses ennemis par l'assassinat. Cependant le fait est attesté par des autorités assez g^raves pour que Hume ne dut pas , comme il l'a fait, le passer absolument sous silepce. ( Not. deVEdiu )

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ii on n'appelait pas celui-ci pour redresser les « griefs publics , mais dans le dessein de le do- (c miner tellement^ s'il manquait de prudence « et de courage , qu'il n'y aurait plus à l'arenir (c aucune possibilité d'obtenir un tel redresseu ment. Us faisaient observer qu'on pouvait soup- (( çonner quelque dangereuse machination^ lors- « qu'on voyait dans le même moment refuser un (€ parlement à l'Ecosse^ à qui il ayait été promis « sur la parole d'un Roi , en accorder un à l'Anc< gleterre qui ne s'y attendait pas , et en imposer « un à l'Irlande qui ne le désirait pas. »

La remontrance des Écossais contenait plusieurs détails de la même nature.

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