ET
Suf le procès et ta fnort de Tarchevêque Laud, ( I o janvier 1 645. )
La eondamnatiton de Strafford avait ëtë une victoire de ]parti; celle de Laud eut surtout le caractère d'uue vengeance, et les animosités religieuses j eurent la plus grande part. Pendant toute sa vie , Laud avait été l'eniiemî déclaré d«s dogmes calvinistes, adoptés par les puritains, et le zélé partisan de la hiérarchie ecclésiastique , qu'il soutint aveb la violence despotique de son caractëk-e. Attaqué et traversé dans la première partie de sa carrière par le parti calviniste, alors tre9>^puissant dans le clergé du second ordre, il ne dut ensuite son avancement qu'à l'efiroi que commençaient à inspirer à la cour les progrès de Ce parti. Là faveur que lui accorda le duc de Buckingham dut faire porter d'abord sur lui une partie de la haine que s'était attirée le duc. Laud prit soin , pour ainsi dire , de cultiver cette disp^ition malveillante ; violent dans ses actes , hautain et emporté dans ses discours, incapable de se laisser distraire par aucune considération de la passion qui le dominait, il se livrait avec d'autant plus de confiance aux impulsions d'une volonté impérieuse et arbitraire que , persuadé 4e la droiture de ses intentions , il prétait aux penchans de son caractère Tappui d'une idée de devoir, a. ^ 26
402 £GL4IReifS£}l^NS
La part qu'il eut dans toutes les mesures vexatoires qui signalèrent le règne de Chyles I , ayait exalté au dernier degré la haine populaire , en même temps que son application à faire tourner du moins au profit du Roi le fruit des exactioas Ju (Quv^riie^ifn^ y toupurs prêt à.^e.pfçrjre dans les mains des courtisans, lui avait fait des ennemis de presque, tous les hommes de la cour » dont il r^chçrch^t d'ailleurs avec une sévérité presque maligne , et poursuivait avec éclat les désordres et les scandales.
Strafford ahattu , la puissance passa toute entière entre les mainsr du parlenient ; Laud à 1^ Xôur ne pouvait plus inspirer de crainte ; aus^i 3^ dem«m:»-t-il trois années entières ( depuis le 20 février 1641 /jusqu'au 12 mars 1644 ) 9 avaat qu'on commençât son procès, A l'époque où Qn, l'entreprit » -o^n se proposait prohah)eip^t c^ F^njmer p^r là les auimosités pogul^e^ > trop disposée» pe^tr«il^e. à céder au hesei^, de lia p^ix ; sajos. quoi il fatt4l'ait. ^^tjriliuçr la manièr^^ dont ce.pcoçè^ Eut conduit à l'aigreur 4q.faiuitisiae^ et au. dési^ de s^atisfaire des ress^ntmens pers^nn^Li.
Au jfiç^s de mai 164^ , on avait dçfendu ^ l'archevêque de Cantoirjbjsry de dispo5.er d'aucun des béï^èûçfi$ k sa n^ miual^ioa ^^ si ce i^'est paf l'ordre du parlement ^f, en favc^iv des personnes quî'o^ lui désignerait. Sur son refus , oa 1^ dépouilla de sc;s pouvoirs et de ses reve»»^, qijâ £i»rent jnis^ou^ ,1^ séquestre ; jetdf puja CiÇttç époque , malgré «e&pér titions. au, pa,^l/si^nt pot^r représentai: r^:tat de.détrosçe ou il se^ tl;o^<<(ajty et les charges que lui imposait, son p^ro^às (chacuA de ^es vpy^ges de la ïour à We^nûnst^ lui cwi^ tait y comw^e^ il nous l'apprend liii - m^ipe , 6 04 7 Uvces sterlji^iig ) , jUL ne put obtenir qu'une, seul^ fois un aofîQur^ 4e,^çto.livi:^^ h^ boi^ne volon.té des.lords à cftt égaiyL élajyt t9.uJ9uris repoti^jsé^.^pa^ les çofi^piuiies. Uq de^ <»ratie|ir& de cette xhanxbfe di.t,ups £9^ ejç^trV^P** W''^ falWtsftïQir qe qu'oja fejraît 4^ L^^d;, avant dc^ s'çfljl^rasçer des.in^jfcm
ET PIÈCES HISTORIQUES. 4o3
de poovvoir a sa 9ftbnM^nc«. Tfâmpcyrte quatri^-nogtg fois àè laTomr au pârletiieàt ^ il ttf ecMUpartitqvie vingt ft)îs ; lés «ittree jours , après avoir atfeiMhi pludieut^ iHidrés , il était teniféyé sans qu'oïl l'vàt «tittfiidtt ^ à eaose 6U sobs pt-éte^te dk la «ntiltiplkitë ies affaiféS ; et , yrosqn» toutes le$ #919 , ii ëtait «xposé aux plus ^ossiëre» at- aa^t pins vîohstiie» in^suites de k populace, un pauts'èn ttnkvàmert par le compte qu'il a reiidci tui-mèiKia de soti prœès, 0t qui va jusqu'au moment oli il reçut sa s^tften^é. La poptftacé ne Se mêlait méfiée pas iéiile de llnjurier ; le preikiier jour dti il comparut , ayant cité ^ pour se défendre oontre radcusation de papisma y vingt-*dlrux pérsonnesi qn'il avait ramenées à la religion protestante qu'elles éCafent p^^s de quitter pour le oatkolieîstfre^, il fut assailli ,'au sortir dé la salIé, par les invectives de fatderniàn Moyieet de plusieurs autres spec^ tateurs Indignés , à ce qu'il parait, de ce qu'il ava^ pt-étendu à se défendre. HngH Peters , sttrtout , anînré sans doute d'une sorte de jalousie de métier , lé snivrt en grande hâte dans la salle du comité n oit il cornihénça ^ dit Lànd , k ttie (( maltraiter de paroles, et ih'assufit qtre lav et d'antres « miûistres pouvaient nommer âes milliers de personnes M qu'ih avaient converties. Je ne le connaissais pasr , Ae f< i'ajraTlt, autant qu'il m'en souvienne, jamais vu de ma vie, « quoiqué^ j'eusse beaucoup entendu parler de Itrii Comme « f allais lui répondre , un de me^ conseils , M. 'He^né , « se mit entre nous , et lui représenta que c^étéiC se don- « ctuire avec moi d^mè manière bfeii id<;bnVéiiattte dsphs « mon affiiction; et véritaUement il s'avançait comme s'il « avait voulu me frapper. i> Le comte d'Eès^ y éfaUt en-' tré en ce moment j réprimandée Fete^^r et le At ^oHit ; niais il parut ensuite , par dîfét^etité» cihcOhsfikncés y que Ces vingt - àmiTL conversions avaient slnguliëremetit déplu au parti , et surtout à Hug!i Peters. En l»ffe*, sbit eel<*g itaalheur , soit que sa dSfense toufonrs spirituelle , éourageuse
4o4 ÉCLAIRGISSEMËNS
et plus insérée qa'on ne Taurait attendue de lai , produisit quelque impresMon sur le» esprits , plusieurs fois , durant le cours de .ce procès « le peuple parmi se relâcher de sa Tio-. lence. Les injlires et les cris diminuèrent sur le passage de l'archevêque; mais, pofir entretenir réchauffement^' ont avait soin d'imprimer , dans des pamphlet distribués avi peuple^ le» charges portées contre hii , sans jamais faire, mention de ses réponses ; en sorte que chaque accusation était reçue dans le public cpmme prouvée. Il s^en plaignk , mais sans pouvoir obtenir satisfâ^ctiod. Une fois entr'aotreïs y on l'accusa d'avoir, à l'avènement de Charles I> idtéré le serment du couronnement pour le rendre moiii% favorable aux droits dn peuple. Bien qu'il eût répondu à cet^e allégation , on la répandit le jour même dans toute la ville ,.etr de là dans les provinces , avec une incroyable rapidité ; et on tint pofur certain que l'archevêque de Gantorbery avait altéré le serment du couronnement, et méritait pour cela seul de perdre la vie. « Yaja&t^ dit-il, commue à ce sujet « le feu prenait partout, je crus- devoir, la première fois, <i que je comparus ensuite k la chambre , demander que, ce les livres du couronnement des rois précédens , et ea <i particulier ceux de la reine Elisabeth et du roi Jacques, (c fussent vus et comparés , et qu'on apportât 4 la courlea « exemplaires qui étaient à l'échiquier, et ceux qui se trona vaient dans mon cabinet à Lambeth, afin qu'il fût fait, « un examen complet de cette affaire , dans laquelle j'étais, «c aussi innocent que quand ma mère me mit au monde. On <« enregistra ma protestation , et chaque fois que je revins «i ensuite à la barre , je réclamai de nouveau ; mais ceux M qui soutenaient l'accusation protestant toujours une chose n OU l'autre , je ne pus gnères que le dernier jour obtenir u qu'on apportât les livres , on qu'il f&t fait quelque chose^ 1 à cet égard f et alors on ne put trouver , ni à l'échiquier « ni dans çion cabinet 9 d'autre livre que celui du roi Jac-^
« ques, bien qu'il y en eût plusieurs chez moi lorsqu'on « me pritjnes' défis , oofxune cela est atteste par les:.Totes «( ÛDprimésduparlemait. Il y' en avait entr'autres ùncou* « vert.de; satin bleu de ciel ^ qui alors ne se' trouva plus ; u et quant à celui du roi Jacques ,- si mon secretairie qui le <« connaissait ne l'eût pas vu tomber du ssk: de M.' Prynne 5<' (charge de la saisie) , je ne reponds. pas qu'on ne l'eût H caché comme les autres. » Les livres comparés, lé: serment de Charle^se trouva parfaitement conforme à celui de. soi^.pere. . ' : • , , ,
Les charges intentées contre Laud portaient, les unes sur des faits politiques et des actes arbitraires, les autres sur les faits religieux et les. soupçons de papisme. Toutes les ridicules susceptibilités , toutes les malveillantes interprétations du {aaatisme trouvèrent leur place dans le tissu d'absurdités, dont, se compose cette dernière partie de l'accusation. Lçs omemens dei la couverture de ses livres , quelques tableaux placés dans sa demeure devinrent des motifs d'iiicùlpation. Laud s'étonna avec raison de l'accusation' de papisme j>ortée contre un de ces tableaux , qui faisait allusion à ces paroles de Jésus-Christ : « Le berger entre dans la ber- « gerie par la porte ; mais ceux qui l'escaladent , pour y 4i entrer par une autre ^oie^ sont des voleurs et des brigands. >» Le. tableau représentait le pape et les moines grimpant pour entrer par les fenêtres. C'était en effet , ce semble, une pièce à déciharge , s'il en fut jamais. -
On produisit de nouveau contre Laud la note de sir Henri ^ane, déjà produite contre Strafford. Cependant il fut impossible de trouver aucun délit approchant du crime de haute trahison. Le sergent Wild , l'un des accusateurs , en convint : « Jamais , dit-il , nous n'avons prétendu'qu'aucun « des desseins de l'évéque arrivât à la trahison ou à la féi( lonie; mais' nous disons que tous les délits de. l'évéque .« jnisenseoiUe, composent, par voie d'accumulation, plu-
4o6 ÉCLAIRCISSEMENS '
i« siqurs grandes Irahiscns.— Je tous demande panloii, moa « bon monsieur le sergent , re^it fieame, cmiseii de l'ar^ « cbeféque, mais je n'aieaîs jamais enteuda dire que deux « cents couples de lapins noirs fissent un cheval noir. » Ce-«< pendant les communes prononcèrent sans hësiter f ordon^ nance à^attainder. Les lords y rën^tèrent pendant six se-* maines, bien qu'en leur portant rordonnance, on les eût «Tertis, à la fin du message^ que s'ils ne l'acceptaient pas de bonne grAce^ lepeupie viendrait la laitr arracher. Le Vieux comte de Pembroke , l'un des plus brutaux du parti , s'in-« dignantd'un pareil délai, disait : m A quoi nous arrêtons* « nous donc? iroas»nous penser qu'en rendait cette ordon-^ « nanec les communes ^ient manqué de conscience ? vrai-* « ment ^Ites savaient bien ce qu'elles faisaient. » Et les lords ayant demandé aux conomunes une conférence poui* délibérer de nouveau avec elles sur ce sujet, le sergent Wild s'étonnait avec ses amis qne les lords se méfiassent assez du jugement des communes pour avoir besoin d'une confé^ reqce. Ni l'archevéqae , ni son conseil , ne furent admis k là conférence , et plusieurs des vingt lords qui composaient alors à peu près toute la chambre des pairs , paraissent s'en êXtê absentés. Le résultat fut la condamnation définitive dé l'archevêque , fondée sur l'accusation de tyrannie , d'efforts pour renverser les lois et la religion y pour irriter le Roi contre les parlemens, etc. , et terminée, comme la sentence de Strafford , par une réserve en faveur des délinquans à v«nir, défendant à tous juges, quels qu'ils fussent, d'interpréter les lois portées sur la trahison , autrement qu'ils ntaiH raient dâ h faire awtnt cette ordcnnance , et si cette ordon" nanee n* eût jamais été faite. Laud, quelque espoir qu'il eut conservé jusqu'au dernier moment, se prépara avec courage à subir sa sentence ; cependant, pour tenter encore un effort, il envoya aux lords un acte èfi grâce , qti<$ le Roi \m avait envçyé deux ans auparavant^ O moyen, ceinme on le peut
penser , ii*eut aucune valeur auprès de ses ju^s ; alors il se borna à demander qu'on lui épargnât le supplice ignominieux de la potence ; et refusé d'abord par Us communes , il ne l'obtint qu'à une seconde requête par l'intercession des lords»
Son discours de mort préparé, il le montra à son conseil M. Hearne , et voyant celui-ci placer son doigt sur un endroit qui paraissait l'arrêter, il voulut savoir de quoi il s'agissait. Laud avait écrit: « Je suis non-seulement le premier « archevêque , mais le premier homme qui ait jamais été « mis à mort par une ordonnance de traîtres, » Hearne eut beaucoup de peine à lui faire substituer à ces derniers mots ceux-ci : par une ordonnance du parlement, Hearne ayant ensuite remarqué qu'il paraissait affecté, l'archevêque en convint , mais l'assura que son trouble venait uniquement de ses inquiétudes pour le Roi. « Je dois mourir, « dit^il, le 10 janvier, mais j'ai bien peur que ce mois de « janvier ne soit fatal aussi au Roi mon maître. Je prie Dieu « qu'il n'en soit pas ainsi. » Ces détails ont été consignés de la main de Hearne dans le manuscrit de la défense de l'archevêque.
L'archevêque dormit profondément la nuit qui précéda son supplice , et marcha à la mort avec une grande fermeté. L'échafaud était tellement encombré de peuple, qu'il demanda à ceux qui le conduisaient, de lui laisser la place de mourir , et pria les exécuteurs de faire écarter ceux qui se trouvaient précisément au-dessous, ne voulant pas, dit-il , que son sang retombât sur la tête de ce peuple. Son discours, qu'il appela son dernier sermon, fut touchant et ferme. On y trouve plusieurs traces du goût du temps. Ainsi il se compare aux Israélites prêts à traverser la mer Rouge , et prédit la vengeance de Dieu sur ceux qui l'y font entrer, comme elle tomba sur les Egyptiens qui poursuivaient les Israélites.
4oâ EGLÂIRCISSEMENS
Il avait demandé, avant de mourir , qu'on lui accordât sur ses revenus séquestrés , une légère somme qui pût le mettre en état de subvenir aux frais de sa sépulture. Il ne l'obtint point, et fîit enterré aux dépens de ses amis. (Clarendon , Hisu de la RébeUian; State^TriaU ^ tom. 4 y col. 315-626.)
Sur la prise d'armes et les intentions des clubmen , dans les comtés de JVilts et de Dorset , en i645.
La lettre .où Fairfax rend compte au parlement cle la prise d'armes des clubmen dans les comtés de Wilts et de Dorset , et les pièces qui y sont jointes , nous ont paru si curieuses, que nous avons cru devoir les insérer ici textuellement. Bien ne fait aussi bien connaître l'esprit qui animait cette singulière et pacifique association.
i". Lettre de Fairfax au comité des deux roy cannes.
« Milords et messieurs, mes précédentes lettres ont informé vos seigneuries de ma résolution de marcher vers l'ouest pour secourir Taunton , et d'après laquelle je me suis avancé jusqu'à Blandford. Je n'ai pu jtisqu'à présent rendre compte à vos seigneuries de l'état des comtés de Wilts et de Dorset , actuellement en armes sous le nom de clubmen» Ces gens-là ne prétendent qu'à se défendre du pillage, sans se ranger du côté du Roi ni de celui du parlement , et en recevant également les deux partis. Leurs chefs sont tous, autant que je puis le savoir , des hommes qui ont servi dans l'armée du Roi , ou sont connus pour favoriser ce parti ; quelques uns mêmes tiennent actuellement du Roi des emplois militaires. On dit qu'ils ont dressé et signé des réglemens pour la conduite et le maintien de leur nouveau parti. Ils ont rédigé deux pétitions adressées l'une au Roi, l'autre au parlement , dont j'envcie des copies à vos seigneuries. Leurs chefs ont négocié avec les commandans des villes de garnisons, soit du Roi, soit du parlement, qui se trouvaient
4lO £CLAIR€ISS£M£]!«S
clans leur voisinage , et sont convenus de leur payer des •contributions. On m'a dit que c'était 5o livres sterling à Tolson-House , et autant à Langhom-House. Ils ont nommé parmi eux des trésoriers , chargés de recevoir et de payer ces sommes, et les garnisons s'engagent, à raison de ce traité^ à ne pas lever de contributions par elles-mêmes, j'envoie à vos seigneuries un de leurs warrants pour les levées d'argent , et pour que remise en soit faite à M. HoUis de Salisbury. Ils donnent des ordres de passe aux' leurs, qu'ils nomment associés , afin de leur donner moyen «4e voyager dans le pays sans inconvénient. Us s'enrôlent sous le commandement de divers oÂcîers , se réunissent ]6urheltement en grands corps, au lieu de leur rendez-vous , et se vantent de pouvoir rassembler vingt mille hommes en vingt-quatre heures. Pour les réunir, leurs chefs envoient dans dififérentes villes ; et au moyen du son des cloches et des messagers qui passent d'un lieu de rendez-vous à l'autre, ils assemblent des corps nombreux; iU por;tent pour marque distinctive des rubans blancs en signe, disent-ils, de leur désir de paix. Ils ont des tambours , des drapeaux , sont armés de mousquets , dont quelques uns, m'a-t-on dk, leur ont été envoyés de Sherbume, des fusils de cha$se, des piques , des hallebardes, de gros maillets et autres armes du même genre. Ils s'interposent entre les garnisons des deux partis , et si quelques hommes de nos troupes et des troupes royales viennent à se rencontrer dans des lieux oii le5 clubmen se trouvent en force , comme à Salisbury et autres lieux pa^ reils, ils ne leur permettent pas de se battre , mais ils les font boire ensemble , et les renvoient ensuite chacun à sa garnison. Ils entrent dans nos quartiers de cavalerie , volent les chevaux qu'ils trouvent à l'herbe et les emmènent dans les bois. Ils n'obéissent à aucun ordre dans ces deux comtés, et ne consentent jamais, à moins d'y être forcés, à emmener des vivres pour l'armée, ni des chevaux pour \e$ charrois.
Ils sont heaucoiip plus affectionnés à l'ennemi qu'au parlement, et déclarent publiquetnent que, quelque soit le parti qui tombe sur eux , ils se joindront à l'autre. Ceux des habiians ie ces comtés qui sont règlement affectionnés au pariement, et refusent de se joindre à eux^ en sont jouriMllement menacés et craignent beaucoup que cela ne finisse mal. J'ai devant moi rennemi» vers lequel je marche en toute bâte , et je ne sais ce que poorraient tenter ces genslà y nombreux comme ils le sont, et conduits par des hommes aussi dangereux que le sont la plupart de leurs chefs. Je désire donc avoir Tavis de vos seigneuries sur cette a&ire, ne «juchant à quoi me décider tant qye je n'aurai pas reçu dç vos nouvelles. J'ai soin d'empêcher qu'aucun désordre de l'armée me donne au pays de justes motifs de crier, et j'espëre qu'on s'occupera de nous envoyer de l'argent afin que nous puissions satisfaire le peuple , en payant les frais de notre séjour* Je ne doute nullement 9 si on pouvait trouver promptement les moyens de réprimer ou d'apaiser ce$ gens-là , que cela ne fût asses facile , mais ou ne sait ce que cela pourrait devenir avec le temps. Ils me paraissent généralement pleins de confiance dans leur cause et dans leur parti , et s'ils en venaient à s'ingérer de faire la loi aux armées comme ils la font aux garnisons , il en pourrait résulter de fâcheuses conséquences. Quant à présent je proposerai à vos seigneuries d'envoyer dans ces cantons les régimens de* cavalerie du colonel Fiennes et du colonel Norton, ce qw» avec l'assistance du colonel Ludlow» shériff du Wiltshire, et celle des garnisons, les empêcherait au moins de se rassembler en grands corps, et de troubler ainsi le pdys. Je pris Vos seigneuries de me répondre prompteme«t , et 4uis , ete. , T». FAIRFAX.
BUndford f 3 juillet, (645. »
4i2 ÉCLAIRCISSëMEJVS
Voici les pièces qui étaient jointes à cette lettre.
a*. Interrogatoire de Christophe Dale, cîubman. ,
« Christophe Dale, de Salisbury/ interrogé', a dit que, quand il avait été pris hier comme espion au bout 'de la ville de Salisbury par un soldat de Tarmée , il s'en revenait de Wicanton à Salisbury avec plusieurs bouchers de cette ville, avec lesquels il était allé pour se faire rendre sa jument, qu'il ramenait alors à Salisbury. Il a nié qu'il fût venu dans l'intention d'observer l'armée , on qu'il se'soît détourné pour cet objet de son chemin de Wicanton à Salisbury. Mkis il arriva que , comme il était en route, l'armée vint à traverser le chemin qu'il suivait , et il continua sa route à travers l'armée sans s'arrêter à l'observer. Il avoue qu'il â porté les armes pour le Roi et a servi dans le parti eniiemi en qualité de quartier-maître sous les ordres du colonel Bampfiéld. Mais il dit qu'il a quitté les armes il y a environ làeuf niois , et depuis ce temps n'a servi ni dans l'un ni dans Tautre parti. Mais il dit que dernièrement il s'est associé avec ceux qu'on appelle les chibmen de Salisbury, qu'il ne connaît pas, aux membres de cette association , d'autre dessein que de sedé-^ fendre , eux et leurs propriétés , contre tous les pillards , mais non de combattre l'une ou l'autre armée ; que pour la ville de Salisbury on a choisi seize hommes , savoir quatre de chaque paroisse, pour leur servir de chefs, les guider et les diriger, et que M. Hollis est au-dè^sus de tous les antres: Il juge qu'il y a aux environs de Salisbury environ^sept cents clubmen qui se sont montrés en: différentes fois ; mais, d'après son opinion , il y en a un phis grand nombre d'associés. Il croit que la ville est en état d'armer ces cA/^me/i,' quelques uns de piques et de mousquets , d'autres de carabines et de pistolets; il pense que la même association de clfil^men existe sur tout le comté de Wilts, et que plusieurs gentilshommes sont à la tête de leurs différentes paroisses ; mai^^
ET PIÈG£S HISTORIQUES. 4iS
il ne peut nommer certainement que M. le juge.Bennet , M. Gold ) M. Ashton ^ et M. Ed. Topp^ Ils se sont jtroùvés k plnsieBrs rendee-vous. Il était à un rendez-voas à Grovelej, oii se sont réunis les clubmen de Salisbury et quelques antres d'une partie de ce comté. Ils se trouvèrent au nombre d'environ quatre mille. On disait et croyait généralement qu'outre ce rendez-^vous il y en avait eu d'autres, indiqués pour d'autres parties du comté , savpir Warminster, Stonage , White-Parish et Uphaven ; mais il ne sait pas le nombre de. ceux qui se sont trouvés à ces rendez->vous. A celui de Groveley on leur lut et on leur proposa quelques articles , auxquels ils donnèrent tous leur consentement par une acclamation. Mais il ne pourrait dire que ces articles continssent rien de pi us. que des moyens de se défendre contre tous pillards. On dit alors qu'ils seraient envoyés au "Roi et au parlement pour savoir ce qu'ils en pensaient ^ et^ deux ou trois jours après , quelques militaires des giamisons de Forceley el.de Langford eurent une conCerence à Salisbury, avec les. clubmen sur l'invitation de ceux-ci. On lui a dit qu'on y avait de nouveau proposé les articles , et que , pour conclusion, il avait été. convenu que. les clubmen donneraient 5o livres par seniiaine à chaque garnison jusqu'à ce que le Roi et le parlement eussent répondu àjeurs articles* »
3®. Warrant des clubmen»
<t Gomme les habitans du comté ont le projet de s'entendre sur des pétitions pour la paix , destinées à être présentées l'une à Ssl Majesté , et l'autre aux chambres du parlement, plusieurs gentilshommes et autres habitans de la division de Sarum^ déjà d'accord et associés pour cet objet, ont pensé que , jusqu'à ce qu'on eÂt répondu à ces pétitions , il serait à propos de prendre , par voie de négociation entre ces gentilshommes et habitans , et les commandans des garnisons de Langford et Fallérsdown , de promptes mesures ^
4i4 &GLAIRCIS8£Mfel«S
Unt pour le repos €l la ràrctc soit des hahttaBa de ladite dv- TÎsion, ond» eeux des autres divisions saf qui pèseiit \ts t:ontnhniions , ott qui se tronveat^ de quelque laainàne que ^e soit, incommodé» ou toarmenlës par l'une de ces germ^ sons , que peur la subsîatence deidiies garnisons. Sur l'aTÏs qui leur en a été donnée pliisîeurs^mtiislioiiimes et habitons de ladite dirtsîon se sont réeni», le i3 deee mois de {um, à une conférence arec les cemmandens à%$ gamisoo^ sitt^s dans la division de Samtn , et sont convenaa de plnsienrs articles ayant pour ol^et de pourvoir à la sûreté et «lU'ivpos du comté, ainsi qu'à la subsistance et à Fentretien des dena garnisons. Ces articles ont été revdtus de la stgnatare des gentilshommes et habitans de ladite division et de celle des commandans desdites garnisons, et confirmés, penr la gami^» son de Fallersdown, par les membres du comité lors siégeant dans cette viHe. Vous done^ habitans de la paroisse à*Et^ besbottme^Wake,étes prié» par les gentilshommes soaasigoés de pajer ou fbire payer, le sr dn courant ea auparavant, au juré constahie de la centnrie , la somme de ± liv. t8 sch. 4 dep« pour la semaine dernière, afin que le constable puisse la renftcttre et payer à John Hollis de Nevr Sarum , député par léa gentilshommes et habitans ponr recevoir cette somme, destinée à acquitter les paiemens premis aux garnisons. Ce^ lui-ci devra en rendre compte lorsqu'il en sera requis , et re-* mettre le reste de la recette, s'il s'en trouve un , à qui il sera ordonné.Yous enregistrerez aussi les noms 4es^ personnes imposées dans votre décurie , ainsi que le montant de la taxe de chacune , et les noms de ceux qui reCoserajeat ou négligeraient de payer. Vos- amis, etc;
t Signés Thomas BENNET, Thomas HOLLIS, etc. »
f^, PéUtÎQn c^dre^sée au Rai par, lesclubmm des comtés 4e l'TiUs et de Dorsei.
« Vos suppUans ayant plus profondément aç^ti qu'ai/Lcune autre partie du royaume , Ips m,i$ëre$ de ç^tte guerre dénaturée et intestine , aggravée pour eux par le poids d'un grand nombre de garnisons établies dans cea co^njtés et le» comtés voisins , et par le continuel passage des armées, opposées ^ ayaient dernièrement espérç (|iie le traité proposé à Uxbridge , par Votre Majesté » aux honorables chambires du parlement « leur, permettrait enfin de recueillir, de nouveau, les fruits chéris de la paix, dep^ii si long*.temps perdus > en terminant, par un heureux accommodement, les différends actuels , sans nouvelle effusion dç sang chrétien* Mais se trouvant entièrement déçus de ces espérances , et n'ayant ainsi que trop lieu de craio4re que l'excès des ca«" lamités, que doit produire U. continuation de cette guerre sanglante , ne devienne chaque jour plus insupportable , si quelque prompt accQmmodemeQt n'arrête à temps nos di*visipus y si contraires, au christianisme;, iM commencent par assurer franchemeni, avec douleoir et confusion., devant Dieu et devant les hommes , que de n^ême que leur ex* Irême ingratitude , le peu de cas et l'abus qu'ils ont fait de la paix dont i]s j^ouissaient , les ont jmitemmit privés de cet inestimable bienfait, ce sont leurs ao^ibreuse» indignités qui la tieni^^nt éloignée d'eux; en raison de quoi^ soumis aux dispositions de la clémence divine,, ils ne cessent de prier Dieu du fond du coaur , de vouloii' bien , lorsqu'il en sera temps ,^ répondre par sa. grâce aux côntinueUes supplications que lui adresse son Eglise pour 90n heureux réta* blissenxent et celui de la paix. £t pour ne rien négliger dans la recherche et la poursuite des moyens qui peavent amener un si h^^Ke^x rjetour, il$ se [ettent égaleni^nt aux pieds de Votre royale Majesté , la conjurant humblement de prêter
4i6 églaihgissëmeivs
une oreille favorable aux ouvertures de paix qui seraient faites à Votre Majesté par les deux chambres du parlement; auxquelles vos pétionnaires s'adressent également pourries engager à en faire la proposition, afin qu'il se puisse rétablir enfin parmi nous une paix solide, et telle qu'elle puisse contribuer à la gloire de Dieu et au maintien de la vraie religion protestante réformée , à la garantie de la personne , dé l'honneur et des propriétés de Votre royale Majesté , à la sécurité des privilèges et immunités du parlement, et au msdnlien des libertés et propriétés des sujets ; ce qu'ils regardent comme les quatre principaux articles de la protestation générale jurée autrefois par tout le corps du royaume. Et biei^qu'ils n'osent prendre la hardiesse de s'entremettre dans la discussion de ces deux grands mystères d'£tat , les prérogatives inséparables de la personne et du pouvoir royal de Votre Majesté , et les justes privilèges du parlement, également l'objet de leurs prières, qui en sollicitent la fixation et l'heureuse combinaison ; cependant , ils se croient obligés en conscience , d'abord et surtout comme chrétiens , de soutenir et faire prospérer , aux plus grands périls de leur vie et de leur fortune , la vraie religion protestante réformée; et ensuite, comme Anglais libres de naissance , de ne point dégénérer des vertus de leurs pères , et de défendre et soutenir , par tous les moyens possibles et légitimes , les lois , libertés et propriétés qui sont leur héritage naturel, et auxquelles ils attachent autant de prix qu'à la vie même. Lesdits pétitionnaires demandent encore humblement que , dans le cas oii l'on consentirait mutuellement et de bonne foi à des négociations , Votre Majesté pour sa part voulût bien de sa grâce hâter la suspension d'armes , durant ces négociations , et que les deux chambres du par-r lement consentissent à en faire autant, afin qu'un traité de paix ne fût pas négocié au milieu du sang ; et comme vos pétitionnaires ne sont pas en état de se soumettre plus
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long-temps à Tobservation impossible de tant d'ordres contraires j imposes par toutes ces garnisons et ces différentes armées qui , sous prétexte de contributions, et contre les proclamations de Votre Majesté à ce sujét^ ont, par des taxes démesurées , de continuels logemens de soldats , et des piU lages sans relâiclie , laissé k peine à vos pauvres supplians lés moyens de soutenir leur vie , ils supplient très-humblement Votre très-sacrée Majesté de vouloir bien , par votre royale t:lémence , accoutumée à ressentir les maux de vos pàuyres sujets dans la détresse , leur faire la grâce de diminuer le nombre de vos garnisons dans ces' comtés , dans le cas oii les deux chambres du parlement , sur la pétition que leur présentent à cet égard vos sujets , consentiraient à diminuer aussi le nombre des leurs , et de remettre entre leurs mains toutes les villes oii , pour la défense de ces contrées , il vous paraîtra nécessaire d^entretenir des garnisons , afin que ces villes soient gardées à la charge des habitans, qui ne les remettront à personne qu*à ceux que Votre Majesté et le parlement auront d^un commun accord autorisés à les recevoir. Et ils v6us demandent humblement que ^ durant le temps du service qu'ils auront à faire pour la gardé de ces villes , Votre Majesté veuille bien leur faire là gràcé de les exempter de tout paiement et autre charge que celles qui seront nécessaires au logement de vos armées'^ lors^ qu'elles se rehdroint en d'autres lieux. Et comme une foule de personnes licencieuses, à la fa veuf du désordre des temps et de la faiblesse où est tombée la justice , commettent sans répression de grands crimes , au mépris du Dieu tout-^puis^ sant et du gouvernement de Votre Majesté , tel qu^il est établi par les lois du royaume , ils vous supplient de faire en sorte que tous les actes du parlement, rendus contre de tels attentats , soient mis à exécution par les officiers qui en sont chargés , sans que nul ait le droit de s^y opposer , et que tous ceux qui , après avoir pris les armes ou 2* 27
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porté secours dans cette malheureuse guerre à l'un ou k VaLiiite parti , ont quitté le Heu ie leur demeure habituelle, ou sont retenus en prison pour avoir secondé le parti oppose, aient la permission de retourner en paix dans leurs maisons , pour y vivre conformément aux lois. Les pétitionnaires conjurent Votre Majesté d'être persuadée que leurs fréquentes réunions n'ont eu jusqu'ici , comme on le voit bien , aucun autre but que de saisir l'occasion de présenter en conimun leurs griefs à Votre Majesté , par l'bumble et innocente voie d'une pétition , ainsi que de s'unir, comme ils s'y croient légalement autorisés , aux termes de 1^ pro-^ clamation de Votre Majesté en leur faveur, pour la défense ' de leur religion , de leurs lois , de leurs libertés et de leurs bieùs, contre toute violence et pillage quelconque , en attendant qu'il plaise au Dieu tout-puissant de mettre un ternie à ces tristes disseiiisioiis. Enfin , pour prévenir tout jfïialentendu , et pour que les pacifiques intentions des pétitionnaires puissent être pleinement expliquées, ils supplient Votre Majesté de leur accorder un sauf-conduit pour la garantie de ceux qui seront employés à ces communications avec elle. >»
Là même pétition , adressée au parlement par les cluà-^ men , mutatU mutandù , est insérée dans le journal de la chambre des lordSf { ffi^toîre parlementaire , tom. 3, col, 380 et suiv. )