‹ Histoire du Long-ParlementChapitre 1 sur 36 · SUR THOMAS MAY · texte numérisé non relu

SUR THOMAS MAY

Le 5 septembre 1754 , le père de M. Pitt, le grand lord Chatham écrivait à son neveu , alors étudiant k rUniversité de Cambridge : « Je vous ai engagé , il j « a quelque temps, à lire Y histoire de IcuRébelMonj « de lord Glarendpn \ je viens de lire un ouvrage « beaucoup plus, sincère et plus instructif sur le même « période de notre histoire 5 c'est Vhistoiredu Long- « Parlement y par Thomas May. Je vous l'enverrai « dès que vous serez de retour à Cambridge. »

Vers la même époque ( 16 août 1753), le savant et ingénieux évêque Warburton écrivajit aussi au docteur Hurd : « Vhistoire du Long-Parlement de May est « un excellent ouvrage , écrit avec beaucoup ^eju- « gement, de pénétration^ d'énergie, et avec une can- « deur qui ajoutera beaucoup à votre estime quand « vous saurez que l'auteur l'a écrit par l'ordre de ses t maîtres , les deux chambres du parlement de 164p. »

Si lord Chatham et Warburton avaient assisté à une révolution, ils auraiei^t vu , je pense , dana Y histoire du Long-Parlement de Thomas May, quelque chose de moins , et aussi quelque chose de plus \ je dirai tout à l'heure quel en Ojst , à. mes yeux , le caractère.

TJ NOTICE

Quoi qu'il en soit, ropinion de ces detix grands hommes est aujourd'hui, en Angleterre , celle des amis les plus sincères et les plus •éclairés des libertés publiques. De tous les écrits contemporains de la révolution de 1640 , l'ouvrage de May leur paraît le plus judicieux , le plus vrai , celui qui contient le tableau le plus complet et; le plus fidèle de l'état du pays et de la marche des événemens. C'est là du moins ce que j'ai recueilli de leurs lettres et de leurs entretiens

May a donc vu et jugé la révolution dont il était témoin comme la voient et la jugent aujoard*hui la plupart des patriotes anglais. Les faits de ce temps se présentent à leurs yeux sous l'aspect qu'ils avaient aux siens ; les impressions qu'il en a reçues et décrites sont les leurs 5 ils adhèrent aux jugemens qu'il a portés sur ïa situsltion et la conduite des partis. Près de deux siècles se sont écoulés ; toutes choses ont changé •de face 5 il n'y a plus ni papistes ni puritains^ ni cavaliers ni têtes-rondes ; la révolution de i64o n'est •plus, en Angleterre même, que de l'histoire; et les Whigs de nos jours lisent et jugent cette histoire avec les mêmes sentimens, dans le même esprit qu'y portait, en l'écrivant, un contemporain.

Ce phénomène est remarquable et suffirait pour donner, à l'ouvrage de May, une assez haute impoi*tance. Il n'a pas toujours été jugé de la sorte. Je ne parle pas de Clarendon qui , lié d'abord avec lui , l'accusa ensuite « de s'être prostitué au vil emploi de « célébrer l'infâme conduite des hommes qui s'étaient « révoltés contre le Roi; ce qu'il fit, ajoute- t-il ,

SDR THOMAS MAY. VÎj

« d'ttne façon si triviale qu il parât, à tous les yeux , « avoir perda son esprit en même temps que sa pro- « bitë (i). » Un homme plus impartial que Claren«don, qui , sous Charles P^, avait partage les opinions des réformateurs, qui, après le retour des Stuart, siégea presque constamment avec l'opposition , et que plusieurs fois Charles II tenta vainement de séduire , André Marvell, a écrit contre May un petit poème où il lui reproche sa plume mercenaire^ se moque de la basse complaisance avec laquelle il a nommé tel homme de son parti un Caton^ tel autre un Cicéron, et soutient que les erreurs de son histoire n'ont point eu leur source dans l'ignorance de l'écrivain ni dans une crédulité honnête , mais dans sa malice et son intérêt personnel (2).

Ainsi l'homme que, peu après sa mort, un patriote indépendant , et qui n'a jamais cessé de passer pour tel , taxait hautement de vénalité et de mauvaise foi , est maintenant, dans l'opinion des patriotes nouveaux, le narrateur le plus impartial et le plus fidèle de la grande crise à laquelle l'Angleterre doit incontestablement ses libertés.

Ni les préventions de parti , ni la légèreté des jugemenrs humains ne suffisent à expliquer ces vicissitudes de l'opinion \ elles ont des causes, plus générales: la renommée de la révolution que raconte^

(1) Mémoires de Clarendon sur sa vie privée, tom. i, pag. 4^ t ediûon de B&le. Ces mémoires feront partie de notre Collection,

(a) Biographia hritannica^ h Tarticle May, Com. 5, paf. 8070; Mition de 1760.

Tuj NOTICE

Thpms^s May les a subies comme celle de son livre ; et c'est parce que les ëvënemens mêmes ont changé de face aux yeux des hommes qu'ils ont jugé si diversement Thistorien.

Il était né en iSgS, d'unç famille ancienne et honorable dans le comté de Sussex -, son éducation fut très-soignée , et pendant le temps qu'il passai à l'Université de Cambridge , il s'adonna à l'étude de la littérature classique avec une passion et un succès qui' présageaient un érudit ou un poëte bien plutôt qu'un homme de parti et un historien puritain, Aussi la poésie et les lettres occupèrent-elles seules la première portion de sa vie. Venu à Londres au sortir de l'Université , il s'associa avec ardeur à ce mouvement général des esprits vers le théâtre , les travaux littéraires , les divertissemens et les fêtes , qui avait commencé sous le règne d'Elisabeth , et cachait encore l'approche menaçante des graves pensées de la liberté et de$ rudes épreuve? de la guerre civile. La cour de Charles P' était alors, après celle de France, la plus brillante et la plus animée de l'Europe ; ce monarque imprévoyant dépensait, avec une légèreté sérieuse, les derniers restes du glorieux gouvernenient d'Elisabeth et du gouvernement pacifique du roi Jacques son père. La haute noblesse, oisive et appauvrie, afïluait autour de lui, ne demandant que. des faveurs et des plaisirs. Le duc de Buckingham , son favori , présomptueux , hautain , magnifique , frivole , us ait du pouvoir et du trésor comme d'une richesse viagère , bonne seulement à lui faire des créatures et à satisfaire les caprices de sa volonté. La Reine qui ne.

Page 1