CHAPITRE III
Etat de VEcosse et de son clergé lorsqù!on leur envoya la nouvelle^ liturgie. Comment elle fut reçue ^ et quelques-uns des effets qui s^ ensuivirent. La proclamation du Roi envoyée par le comte de Traquaire. Les lords protestent contre.
Telle était la situation du royaume d'Angleterre vers Fan i636, lorsque s'alluma cette première étincelle d'où sortit ensuite un incendie qui défigura et réduisit presque en ruine trois florissans royaumes. Le souffle qui l'anima ne vint point de la portion lésée de l'Angleterre , du peuple , ni des hommes religieux occupés à prier pour la réformation, mais du parti opposé , des gens qui les avaient tenus en oppression. Les opprimés n'excitèrent aucune commotion , bien que formant le corps de la nation, ils fussent assez forts pour se faire rendre justice, s'ils avaient voulu se soulever d'une manière illégale.
Le pays était encore tranquille , et , dans le long espace de temps qui s'était écoulé depuis la mort du duc de Buckingham , l'orage , redouté même avant cette époque , n'avait pas encore crevé sur l'Angleterre , quoique le gouvernement eût continué d'entretenir , au plus haut degré ,
les causes de mécontentement qui donnaient lieu de le craindre. On désirait seulement un parlement, mais sans oser l'espérer^ à moins quQ quelque événement étrange, et encore impossible * à deviner, n'amenât la nécessité d'un tel remède» Le peuple portait donc paisiblement son joug, là cour jouissait librement de sa grandeur et de son éclat, et le clergé possédait sans obstacle toutes ses dignités y lorsqu'enfin une trop grande application à augmenter et assurer sa prééminence le fit entrer dans des voies où il trouva sa ruine. Ce fut en effet par le clergé que commença Tincen-» die, bien que le gouvernement n'en fût pas innocent. La tyrannie de l'autorité civile marchait du même pas que l'ambition des évêques , et les conseils du Roi avaient poussé si loin l'oppres-» sion , que la patience du peuple ne put leur suffire , tant qu'ils n'auraient pas ôté au peuple la possibilité d'obtenir jamais le redressement de ses griefs.
Cependant ce fut au nom de la religion que Ion commença l'affaire; on prétendit établir la conformité de culte entre l'Ecosse et l'Angleterre ; mais les moyens qu'on employa étaient mal conçus, et défectueux sous le rapport de la politique ainsi que de la justice , comme on va le montrer plus en détail. ,
L'archevêque de Cantorbéry fut un des principaux agens de cette fatale entreprise. C'était un
homme vigilant , d'un esprit actif ou plutôt inquiet, plus ardent à entreprendre qu'habile à conduire , d'un caractère plus violent et plus cruel qu'il né convenait à sa profession , et cependant si éloigne' de dissimuler avec adresse qu'il augmentait au contraire la haine par son insolence. Il avait peu de vices ignobles ou qui affectassent sa conduite privée ; on ne l'a taxé ni d'avidité, ni d'intempérance, ni d'incontinence : homme en un mot, moins mauvais en lui-même que mal approprié au gouvernement des affaires de l'Angleterre.
On avait, dès long-temps, préparé en Ecosse l'œuvre qu'on y voulait entreprendre (i)> et quoi-
(i) Pendant son premier voyage en Ecosse (en i633 ), Charles avait fait présenter au parlement écossais plusieurs articles qui introduisaient , dans le culte public , quelques innovations et en présageaient d'autres pour l'avenir ; ils attribuaient, entre autres, au Roi le droit de régler tout ce qui concernait le vêtement des ecclésiastiques. Quand ces propositions furent mises sous les yeux du parlement , le vieux lord Melville s'écria : « Sire , j'ai juré , avec votre përe et K tout le royaume , la profession de foi dans laquelle les in- « novations que préparent ces articles ont été solennelle- « ment abjurées. » Déconcerté de celte apostrophe inattendue , Charles hésita un moment et se retira ; mais rentrant bientôt après dans l'assemblée , il ordonna aux membres de ne point délibérer et de voter : « J'ai ici vos noms , dit-il en ^ montrant la liste du parlement qu'il tenait à la main ; je « verrai aujourd'hui quels sont ceux qui veulent me servir. »
fjue ce pays eût grancrpeine à supporter l'autorite et la pompe de re'piscopat, on pensa qu'il était temps de les y porter à. leur perfection. Les évêques avaient en Ecosse , aussi bien qu'en Angleterre, réuni entre leurs mains tous les pou-* voirs ecclésiastiques , et y obtenaient une part égale dans le gouvernement des affaires civiles. De quatorze évêques dont se composait le haut clergé d'Ecosse, onze étaient conseillers-privés; l'archevêque de Saint- André , primat d'Ecosse , était lord -chancelier, et l'évêque de Ross, en grande faveur auprès de l'archevêque de Cantorhéry, avait l'espérance certaine d'être nommé
Malgré ces menaces, les articles furent rejelés par quinze pairs et quarante-cinq députés formant la majorité; mais le lord chargé des registres falsifia la délibération et présenta les articles comme adoptés par le parlement. Le comte de Kothes dénonça cette infidélité ; mais le Roi intervint et somma le comte d'accuser formellement , à ses risques et périls , le lord secrétaire d'avoir falsifié les registres : dans un semblable procès l'accusateur , s'il ne réussissait pas , s'exposait à la peine capitale. Rothes intimidé se désista ; le Roi ratifia les articles en les touchant de son sceptre, et le parlemenjt fut dissous. ( Histoite d'Ecosse par Malcolm Laing , tome 3 , page } 1 1 . ) Une telle résistance et la nécessité de tels moyens , quand il s'agissait d'innovations si peu importantes , auraient du faire pressentir à Charles quelle serait rissae de tentatives plus graves 5 mais il n'en persévéra pas moins ; tant il est vrai que nul gouvernement ne s'est perdu faute d'avoir été averti. ( Not. de VEdit, )
lord -grand -trésorier. Plusieurs autres étaient pourvus d'emplois dans le gouTernement et de fonctions lucratives.
Afin d'établir l'autorité épiscopale en Ecosse^ on érigea une haute cour de commission ^ semblable à celle d'Angleterre , et on dressa , pour cette Église 9 un livre de canons , publié et ratifié par l'autorité du Roi , où il était ordonné à tous les sujets de la couronne d'Ecosse de se soumettre , sur tous les points de la loi religieuse, au jugement des évêques.
Tout l'édifice de la discipline ecclésiastique ^ depuis si long-temps reçue en Ecosse, établie par tant d'actes du parlement , fut , comme le déplorèrent alors plusieurs de leurs écrivains , renversé d'un seul coup , et leurs consistoires , sociétés et congrégations rangés dans la classe des conventicules. Tout droit de décision sur les points de controverse fut exclusivement réservé au tribunal de l'évêque. « Quoique depuis le malheu- « reux synode de Perth, tenu en 1618, nous n'eus- « sions eu, disent-ils , aucun synode ou assemblée ce nationale, il nous restait encore une sorte d'ap- « parence , le nom du moins de synodes provin- « ciaux, de congrégations, d'assemblées. » Pure ombre, à la vérité^ et vains noms; mais, après la monstrueuse production des canons, cette ombre même disparut entièrement.
OUm verajides Ubertatis obit ;
Nunc et Jicta périt (i). Lucain.
Cependant le pouvoir de Tépiscopat ne s'enracina pas en Ecosse autant qu'en Angleterre ^ et ne trouva pas le même appui dans les dispositions du pays. La réformation d'Angleterre n'avait jamais aboli y par autorité du parlement^ avait même à peine ébranlé la puissance épiscopale. Mais en Ecosse elle avait été complètement détruite , et ne s'était réédifîée de nouyeau que par degrés et non sans beaucoup de difficultés et de résistance de la part des pairs , de la noblesse des provinces , et de la plupart des pasteurs; il y avait fallu le secours extraordinaire de l'autorité royale , accompagnée de l'art singulier qu'avaient employé deux Rois à conduire cette affaire, et à replacer l'épiscopat au rang éminent qu'il occupait.
L'impatience de la haute et de la moyenne noblesse d'Ecosse à supporter ce nouveau joug , fut sans cloute excitée principalement par leur zèle pour la conservation de la religion dans toute sa pureté; cette Eglise avait toujours été très-attachée à la réforjqaation de Genève , et des Eglises de la même croyance, comme il parut par l'extrême répugnance que montra le synode de Perth
(i) Depuis long-temps a péri le véritable amour de la liberté ; maintenant on cesse même^ de le feindre.
à recevoir le petit nombre de cérémonies qu'avait conservées FEglise anglicane. Cependant il s'y joignait aussi une grande aversion à voir diminuer leurs libertés temporelles, ce qui ne pouvait manquer de leur arriver par l'admission de la juridiction épiscopale, ainsi que le firent connaître en diverses occasions les procédés rigoureux dont usèrent quelques évêques envers des hommes de qualité du royaume, qu'ils soumirent à des amendes, des emprisonnemens et autres traitemens pareils, dont le détail serait trop long pour entrer dans ce récit (i).
(i) Ce n'étaient point là les seuls ni peut-être les phis puissans motifs qui portaient la noblesse d'Ecosse à repousser Faccroissement du pouvoir des évéques et toutes lés innovations religieuses que voulait le Roi. Au moment de la réformation , elle avait pris ou reçu de la couronne la plupart des biens ecclésiastiques et défendait avec ardeur sa possession attaquée par tout ce qui semblait un retour vers l'ancien état du clergé. Des les premières années de son règne, Charles , en révoquant les concessions qui avaient précédemment abandonné aux nobles écossais les dîmes de l'Église , avait déjà excité toutes leurs craintes et rencontré leur résistance. Une convention des États, convoquée en 1626 pour sanctionner la restitution de ces dîmes , se montra décidée à tout tenter , plutôt que d'y consentir ; les propriétaires de dîmes avaient résolu , si aucun argument ne pouvait déterminer le comte de Nithisdalç, commissaire du B.oi, à se désister de ses demandes ,> de recourir à la pratique de leurs ancêtres , et de le massacrer lui et ses partisans , au milieu de l'assemblée. L'un d'entr?euV| lord Belhaven y vieillard aveugle ^ st
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En 1657 , un lÎTre de liturgie fut composé et envoyé d'Angleterre; ce qui excita les plaintes des Ecossais 5 mécontens de ce qu'on ne TâTait pas fait accepter d'abord par leur Église^ dans un synode national, comme il conrenaità une si importante affaire. Il fut expressément commandé, au nom du Roi 5 de le 'recevoir avec respect^ et de le lire publiquement dans les Eglises^ à commencer dujour de Pâques^ époque à laquelle le conseil privé d'Écos&e avait ordonné que chaque paroiàse en achetât au moins deux exemplaires.
Cette liturgie était la même qvae la liturgie ordinaire d'Angleterre, à un petit nombre de changemens près dont, comme on en fit la re^ marque , les uns l'annulaient, les autres la rendaient plus mauvaise.
Ce qu'on regardait comme tine amélioration , c'est qu'on n'y prescrivait plus la lecture d'un
fil placer à côté du comte de Dumfries ( l'un des conseillers du Koî), se saisît de son habit d'une main comme pour se soutenir dans sa faiblesse , et tenait de Fantre un poignard caché , prêt à le lui plonger dans le cœur , au premier signal de tumulte qui viendrait à éclater» ( Histoire d'Ecosse par Malcolm Laing , tome 3 , page 98. ) Lorsqu'au milieu de telles mœurs , les intérêts personnels et matériels des hommes puissans sont ainsi d'accord avec les sentimens généraux du pablîc, la résistance ne peut manquer de réussir. ( Not. de rEdit. )
aussi grand nombre des livres apocrypkes que dans la liturgie anglaise^ et que tandis que les Anglais^ particulièrement dans les psaumes^ s'en tenaient à la vieille traduction en latin vulgaire ^ la nouvelle liturgie suivait la dernière traduction , dite communément^ du roi Jacques.
Les divers changemens en mal ^ remarqués par les Ecossais^ avaient surtout rapport à la célébration de la cène, comme Fexpresse injonction de placer Tautel ( qu'on désignait sous ce nom) contra le mur oriental^ et le rétablissement de plusieurs gestes et postures des nlinistrès 9 qu'ils avaient expressément rejetés. Mais ce qu'il y avait de plus grave, c'est que les paroles de la consécration, qui dans le livre anglais étaient dirigées contre la transsubstantiation , avaient été retranchées de celui-ci et remplacées par d'autres, évidemment conformes pour le sens à celles des livres de Messe de l'Église romaine ; comme par exemple : « Ecoute-nous, ô père « très-miséricordieux, et accorde-nous, dans ta i< bonté toute puissante, de bénir et sanctifier, par a ta parole et ton esprit, ce pain et ce vin , tes « créatures, afin qu'elles deviennent pour nous c< le corps et le sang de ton fils bien-aimé.
Les écrivains écossais ont et relevé dans leurs écrits plusieurs autres changemens; ils ont affirmé que , partout où ce livre diffère de la liturgie anglaise, il se rapproche évidemment du
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missel romain ^ et se sont étudiés à prouyer qu'il renfermait en germe toutes les parties importantes du* livre de Messe.
Plusieurs pensèrent que si notre propre liturgie^ sans aucun changement^ avait été envoyée en Ecosse^ les Écossais^ bien que peut-être ils ne l'eussent pas reçue ^ en auraient été beaucoup moins blessés , et auraient pu ne regarder cette mesure que comme une invitation fraternelle d'adopter la pratique des Anglais. Je ne trouve les raisons du changement indiquées nulle part^ si ce n'est dans la déclaration du Roi sur cette affaire y où il lui plait de dire :
M Supposant qu'ils auraient pu se trouver of- (( fensés si nous leur avions offert la liturgie (( anglaise^ totidem verbis^ et que quelques n esprits factieux se seraient efforcés d'intercf prêter à mal cette offre ^ comme le signe d'une H dépendance que nous prétendions imposer à « leur Église envers l'Église d'Angleterre^ au (c préjudice de leurs lois et de leurs libertés; c( nous avons jugé plus convenable que leurs « propres évêques composassent une nouvelle a liturgie^ pareille en substance à celle d'An- « gleterre, afin que le parti de Rome ne pût (( nous reprocher aucune différence considérable « ou importante entre nos liturgies^ et qui cece pendant s'en distinguât par un petit nombre (< de changemens à peine sensibles ^ en sorte
(c qu'on la put v^iment et justement regarder M comme compose'e par cette Eglise même, et « e'tablie par notre royale autorité , en qualité H de roi d'Ecosse. »
Telles sont les expressions du Roi : les Ecossais ne parurent pas les regarder comme satisfaisantes.
Us étaient, comme on l'a dit, mal disposes pour leurs évêques , dont le pouvoir et la juridiction étaient plutôt le résultat de la force que de lettr libre consentement; et ils ne pensaient pas que l-a conformité de culte , si ce cuhe eût été tel qu'ils le pussent embrasser en conscience, dût jamais être regarde'e par eux comme un signe de dépendance envers l'Angleterre, puisqu'ils n'étaient pas un peuple conquis, mais un peuple uni à rAngleterre sous la domination d'un même Roi et dans la jouissance d'une égale liberté.
Us ne pouvaient qu'être choqués d'ailleurs de la conduite que tenaient à leur égard l'archevêque de Cantorbéry et les autres évêques anglais; d'une part en effet, en plusieurs points du culte et des cérémonies religieuses regardées comme matière de tolérance, les évêques s'approchaient, autant qu'il était en leur pouvoir, de l'Église de Rome, sans autre motif, comme ils le déclarent dans leurs écrits, que de s'efforcer à ramener, s'il était posisible, l'union dans l'Église c^irétienne; et d'autre part, ils employaient aldrs envers l'Église d'Ecosse qu'ils savaient être plus disposée au puritanisme
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que la leur , ^des moyeos d'uuion tout-à-£iit coft*traires , car au lieu de rapprocher les formes de leod: propre culte de celles qui conrenaient à la pro^ fessioii de foi et à la discipline des Écossais , ils prétendaient obliger ceuz^i à adopter une liturgie plus papiste encore que la liturgie anglaise^ et semblaient ainsi chercher l'unité plutôt du coté de Kome que de celui de l'Ecosse.
Pour revenir au récit des événemmis , le livre de liturgie fut présenté par ordre du roi à l'Église et au conseil d'Ecosse , et annoncé par une proclamation ; le jour fixé pour le lire dans les Églises > fut le jour de Pâques suivant, lôSy,
Cependant, d'après quelques considérations sub* séqjoentes, et comme le ilédara le Roi , sur quelques indices qu'on avait eus de la disposition des esprits, cette 'première lecture fut différée jusqu'au :^5 juillet suivant , afin que les lords de la session ( nom qu'on donne à ce qui s'appelle terme en Angleterre (i), et tous ceux qui avaient quelques affaires devant les tribunaux, pussent, avant la levée de la session, qui finit toujours le ï", août, être témoins du succès de cette mesure, et que, retournant dans leurs difrérentesj)rovinces,
(i) La session en Ecosse et le terme en Angleterre, sont les époques périodiques où se tiennent les cours de j^mlice. £n Ecosse , les juge^ sont appelés lords de la sessiotu
{Note de r Editeur. \
ils y pussent dire que la liturgie avait été reçue à Edimbourg ; car on avait donné ordre ^ pour ce premier dimanche^ de ne la lire que dans l'église d'Edimbourg et quelques autres églises adjacentes. L'avis en fut imprimé et publié dans les chaires de ces églises le dimanche qui précéda celui où la lecture devait avoir lieu.
Le dimanche 25 juillet , la liturgie fiit lue dan s Féglise de Saint- Gilles , communément appelée la grande église d'Edimbourg , en présence de plusieurs membres du conseil privée des deux archevêques , de plusieurs autres évêques , des lords de la session^ des magistrats d'Edimbourg et d'un nombreux auditoire.
Mais le peuple y principalement les gens de la dernière classe^carcefurenteux qui se déclarèrent les premiers, manifestèrent non-seulement par des paroles et des cris , mais encore par des actionsr^ une si grande horreur pour cette liturgie,] que les magistrats de la ville eurent grand'peine à mener le service à fin, et que l'évêque qui avait fait la lecture aurait probablement été tué en sortant parla multitude, sll n'eût été tiré de ses mains par le secours d'un noble.
Entre les deux sermons il y eut une conférence du conseil et des magistrats , sur les moyens de prévenir de nouveaux tumultes ; mais quoique la lecture de Faprès-midi fût écoutée plus tranquillement, le service fini, le tumulte éclata beaur
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coup plus TiTement parmi le peuple qui était demeuré dans les rues ^ et FeTéque , qui sortait dans le carrosse du comte de Roxburgh^ n'échappa qu'à grand'peine au danger d'être lapidé (i).
(i) Voici quelques détails sur cette première émeute , mouvement tout-à-fait spontané et populaire qu'on doit regarder comme l'acte décisif par lequel le peuple d'Ecosse s'engagea contre le Koi.
« Le dimanche 23 juillet 1637 , le doyen d'Edimbourg se prépara à officier dans l'église de Saint-Gilles et l'évéque d'Argyle dans celle des Pénitens gris. Pour donner plus de solennité à l'introduction de la liturgie , les juges , les évêques et une grande partie du conseil privé se rendirent à l'église , et la nouveauté du spectacle y attira une foule immense dépeuple. L'assemblée réunie à Saint-Gilles fut calme jusqu'au moment où le service commença ; mais tout à coup une vieille femme, saisie d'indignation , se leva, et, éclatant en injures contre ce qu'elle appelait la messe , lança à la tête du doyen la chaise sur laquelle elle était assise. Aussitôt s'éleva un tumulte effroyable. Les femmes envahirent le chœur en poussant des cris , et le doyen ne se dégagea de leurs mains qu'en leur abandonnant son surplis. L'évéque d'Edimbourg monta en chaire et s'efforça vainement d'apaiser la fermentation. La chaire fut assaillie à coups de pierre , et sans la prompte intervention des magistrats , l'évéque aurait été tué sur l'autel. On parvint à faire sortir une partie de la populace , on ferma les portes de l'église et le service recommença. Mais la populace assiégea les portes , brisa les fenêtres et mit fin au service en criant : « un « pape! un pape ! Vantechrist I lapidez-^le I » « L'évéque retournant chez lui fut enveloppé par les furieux et soustrait à grand'peine à leur rage. Le service fut aussi interrompu
Les principaux personnaged et les magistrats d'Edimbourg écrrvirent au Roi , et quelques-uns aussi à l'archevêque de Cantorbéry pour s'excuser , rejetaût la faute sut* la multitude , car per^ sonne de considérable n'avait encore paru : si bien que le conseil privé et les magistrats d'Edimbourg se consultèrent le jour suivant , dans la matinée , sur ce qu'il y avait à faire pour la découverte et la punition des chefs de ce soulèvement.
Mais ^ peu de temps après , lorsqu'on vit se déclarer quelques personnes d'un rang plus élevé , et qu'on eut reçu des pétitions de plusieurs ministres, à l'effet d'obtenir h la suspension des If lectures de la litttrgie , jusqu'à ce que Sa Mate jesté eût pu recevoir de nouvelles pétitions et H informations ^ n le conseil se relâcha au point de décider que les évêques n'exigeraient pas l'a-
^an9 l'église des Pénitens gris par des pleurs, des gémisse*» mens et de bruyantes lamentations ; cependant on le reprit le soir et il fut accompli sans obstacle. Mais le tumulte continua dans les rues. Lord Roxburgh , garde du sceau privé, emmena Tévéque dans sa voiture , et si les gens du comte Bravaient tiré Tépée , la populace qui le suivait à coups de pierres, l'eût infailliblement lapidé. Malgré les efforts des écrivains presbytériens pour pallier ces désordres , l'un d'eux, Baillie , avoue qu'on n'en avait point vu de semblables depuis la réformation. » {Hi'st, d'Ecosse 'p^r Malceliit Laing, tom. 3 , page iSi. ) ( Nat. de VEdii, )
doptioD de la nouvelle liturgie , avant que le Roi n'eût fait de nouveau connaître ses volontés.
Sur quoi un grand nombre de gentilshommes et de ministres, récemment arrivés à Edimbourg avec des pétitions sur ce sujet, retournèrent chez eux en partie satisfaits , et en plusieurs endroits formèrent des assemblées de prières , accompagnées de jeûnes, pour qu'il plût à Dieu de diriger le cœur du Rôi dans le sens qu'ils jugeaient le plus favorable au bien de TÉglise et du royaume d'Ecosse.
Le 18 octobre suivant, après la fin des moissons, il se rendit à Edimbourg un grand concours de gens de toutes les classes , pour apprendre ce qu'il avait plu au Roi de décider sur cette affaire ; ils y trouvèrent un édit contre eux, qui leur enjoignait « sous peine d'être traités comme rebelles, à évacuer toute la ville en peu d'heures ; et comme les habitans d'Edimbourg s'étaient deux fois opposés tumultueusement à la lecture de la liturgie , et avaient assailli l'évêque d'Edimbourg, en punition de ces actes , le terme devait être transféré dans le bourg de Linlîthgow , et le terme suivant , après les vacances ordinaires , devait être tenu auboui^ de Dendié, ou les termes continueraient ensuite à se tenir, tant qu'il plairait à Sa Majesté. « Cet édit causa une grande émotion parmi les pétitionnaires, comme on les nommait alors, et le 19 octobre ils adressèrent au conseil privé
iina longue plainte contre les évêques qu'ils regardaient comme les auteurs de toute cette affaire , demandant qu'on leur en ût justice^ tant pour d'autres crimes que pour avoir introduit^ contre les lois, ce livre superstitieux et idolâtre. La plainte fut souscrite par un grand nombre de personnes de tous les rangs qui déclarèrent au conseil qu'elles ne pouvaient quitter Edimbourg avant qu'on n'eût trouvé quelque moyen d'accommoder la difficulté présente.
*Ils demeurèrent donc, leur nombre s'accroissant tous les jours de nouveaux arrivans des provinces les plus éloignées ; si bien que le conseil fut obligé de consentir à ce qu'en attendant de nouveaux ordres du Roi, ils élussent quelquesuns d'entre eux pris dans toutes les classes , pour représenter les autres, et suivre l'affaire au nom de tous. Us choisirent donc quatre de leurs commissaires dans la haute noblesse , quatre dans la noblesse inférieure , comme représentans des provinces y quatre bourgeois des villes et quatre pasteurs, comme représentans des consistoires. Cette affaire ainsi réglée, ils retournèrent paisiblement à leurs demeures.
Le Roi, instruit de ce qui s'était passé, défendit au conseil d'Edimbourg de rien prendre à l'avenir sur lui dans cette controverse , dont il se réservait à lui-même le jugement; et en décembre 1637 parut une proclamation déclarant que
l'intention du Roi était qu'il ne fût porté aucune atteinte aux lois et aux libertés du royaume.
Quand donc les commissaires présentèrent une pétition au conseil pour être admis à poursuivre leur action contre les éyêques y le conseil répondit que le Roi lui avait défendu de recevoir dorénavant aucune pétition contre les évéqties et la li^ turgie.
Les commissaires mécontens préparèrent ime protestation contre le conseil du Roi y où ils déclaraient qu'en leur refusant justice^ le conseil du Roi devenait responsable de tous les malheurs qui pourraient s'ensuivre.
Le conseil 5 craignant les effets de cette démarche y demanda aux évéques de se retirer y et consentit à donner audience aux commissaires. Le lord Lowden fit au nom de tous un discours dans lequel il accusait les évéques^ non seulement d'être les auteurs des troubles , mais encore de plusieurs autres crimes y et demandait qu'ils fussent éloignés du conseil jusqu'à ce qu'ils eussent répondu , et se fussent justifiés. Un des ministres parla dans le même sens.
Le conseil parut affligé que les ordres absolus da Roi ne lui permissent pas de leur donner satis&ction ; mais il les engagea à prendre patienc6 encore quelque temps jusqu'à ce qu'on eût pu connaître de nouveau le bon plaisir du Roi.
Le Roi y instruit de nouveau par eux de l'état
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des choses , manda en Angleterre le comte de Traquaire qui fut bientôt renvoyé en Ecosse , et en jfévrier i658fit publier une ordonnance du Roi à Stirling où siégeait alors le conseil.
La proclamation déclarait que les éréques étaient accusés à tort de l'envoi de la liturgie , que Sa Majesté en était l'auteur et que tout avait été fait par son ordre , que le Roi condamnait toute manière tumultueuse de présenter des pétitions contre les évêques entièrement innocens , et contre la liturgie^ et les regardait^ ainsi que toutes signatures données jusqu'alors à cet effet , comme autant de conspirations contre la paix publique; qu'il accordait son pardon à tous ceux qui se repentiraient, que tous ceux qui persévéreraient seraient punis comme coupables de haute trahison. Il promettait d'écouter les justes plaintes de ses sujets toutes les fois qu'elles ne l'offenseraient ni dans le fond ni dans la forme.
Aussitôt que cette proclamation eut été publiée à Stirling , le comte de Hume , lord Lindsey et quelques autres protestèrent contre au nom de tous les pétitionnaires. Leur protestation fut repétée à Linlithgow , puis à Edimbourg.
Dans cette protestation , que nous ne pouvons insérer ici tout au long, on déclarait que le livre de liturgie était rempli de superstitions et d'idolâtrie , et qu'on ne devait point les obliger de l'admettre sans le consentement d'un synode national ,
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juge légitime en pareille matière ; qu'il n'était pas juste de leur refuser la liberté d'accuser les évéques; et que ceux-ci s'étant rendus coupables de grands crimes, le peuple leur contestait tout droit de le juger et de le gouverner jusqu'à ce qu'ils se fassent disculpes. Us protestaient aussi contre la cour de haute commission , et justifiaient leurs réanions et signatures de pétitions comme ayant pour objet de défendre la gloire de Dieu, l'honneur du Roi et les libertés du royaume. Cette protestation fut lue à Stirling sur la place du marché et affichée publiquement.