‹ Histoire du Long-ParlementChapitre 16 sur 36 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Èloignement des Anglais pour la guerre d^ Ecosse. Le Roi s^ avance vers York avec son armée. Préparatifs des covenantaires écossais. Pacification^ les deux armées sont congédiées* Nou" veaux préparatifs de guerre contre V Ecosse. XJn parlement est convoqué en Angleterre pour le i3 avril. Le comte de Traquaire dissout le parlement d^ Ecosse par ordre du Roi.

J AM AI s le peuple anglais ne fut si opposé à aucune guerre y car il ne haïssait point l'ennemi qu'il devait combattre , et n'approuvait point la oause qu'on l'obligeait à défendre.

Les Anglais étaient disposés par la grandeur de leurs propres souffrances à regarder les Écossais comme innocens 9 et à les croire traités avec injustice par cette main' dont ils haïssaient euxmêmes l'oppression. Quant à la cause qu'on les chargeait de soutenir , elle ne pouvait leur faire désirer la victoire ; il leur était naturel de prévoir que, de la même épée qui subjuguerait les . Écossais, leur liberté serait bientôt anéantie; et ceux qui poussaient à cette guerre étaient également les ennemis des deux nations.

Et ce n'était pas seulement l'opinion des hom-

mes les plus sages de la classe éclairée, le peuple lui-même comprenait très-bien en général quel était l'intérêt mutuel des deux royaumes.

Les courtisans y en toute autre chose si complai* sans à la volonté du monarque , répugnaient aussi à cette guerre contre TÉcosse , bien que ce ne fût pas pour la même raison que ceux dont j'ai parlé. Ils ne considéraient pas en ceci les motifs de la guerre, ou la cause qu'on, se proposait de soutenir, mais les désavantages de la guerre elle-même. Ils avaient coutume d'exprimer leur sentiment par des paroles pleines de mépris sur la pauvreté de l'Ecosse. On n'avait rien à gagner , disaientils, avec des ennemis si misérables. Le Roi , si son honneur pouvait le permettre, devrait se trouver heureux d'être débarrassé d'un pareil royaume et gagnerait beaucoup à le perdre. On entendait les jeunes courtisans désirer que l'Ecosse fût engloutie sous les eaux , ou qu'on pût rebâtir l'ancienne muraille de l'empereur Sévère.

Les courtisans plus sérieux dans leurs discours semblaient craindre également les suites de cette entreprise; ils faisaient habituellement, je me le rappelle fort bien , allusion à la guerre que Charles duc de Bourgogne avait contraint les Suisses à soutenir contre lui, et à ce que Philippe de Géminés rapporte de la bataille de Granson , qui coûta au duc la valeur de trois millions d'écus follement hasardés contre un peuple si misérable

que, selon rexpression de cet auteur, tous les Suisses eussent-ils été faits prisonniers , la rançon qu ils auraient été en état de fournir n'aurait pas suffi pour payer les éperons et les mors de bride de sa cavalerie. Us avaient souvent à la boucha ce vers :

Curandum imprirnîs ne magna injuria Jîat Foriibus et miseris ( 1 ) .

Mais les Anglais, quoiqu'ils abhorrassent jusqu'à la pensée de cette guerre dénaturée , semblaient cependant se féliciter d'une occasion qui devait raisonnablement obliger le Roi à convoquer un parlement anglais, donner lieu ainsi , par occasion , au i^edressement des nombreux griefs de l'Angleterre, prévenir pour l'avenir toute crainte de semblables guerres, et amener la juste punition de ceux qui avaient occasioné ou fomenté les désordres actuels*

Mais le Roi, bien que déterminé à poursuivre ses projets de guerre, aima mieux se passer de l'aide du parlement que de prendre ses avis, et eut recours à des ressources d'un genre moins relevé. Il emprunta de grosses sommes d'argent à la haute noblesse, et exigça^ de tous les juges et officiers du gouveriiement , des prêts proportionnels. Le clergé de fous les rangs se montra parlicu-

(i) Il faut bien se garder de faire une grande injure 4 des hommes courageux et pauvres^

lièrement libéral pour cette guerre^ qui fut aj> pelée par beaucoup de gens Bellum episcopale. - Tous les courtisans, tant ceux qui fréquentaient ordinairement la cour que ceux qui n'y para issaient'qu'extraordinairement^ furent sommés, d'accompagner le Roi en personne avec un nombre d'hommes pt de chevaux proportionné à leur rang*

Par ce moyen , et à Faide d'un certain nombre de gentilshommes de comté qui vinrent comme volontaires pour se mettre dans les bonnesgrâces du Roi , et de vieux soldats qui prirent les armes parce que c'était leur métier, oa se composa une brillante armée, dont le rendez-vous général fut à York, et le comte d'Arundel général en chqf.

Le Roi , comme on le savait bien > avait reçu de beaucoup de gens , et notamment des évêques accusés qui s^étaient enfuis d'Ecosse, l'avis. que les eovenantaires écossais n'étaient, en aucune façon ^ capables de lui résister, qu'à peine avait-on besoin d'une armée anglaise pour combattre, qu'il suffirait qu'elle parût, et que Sa Majesté trouverait en Ecosse un parti assez considérable pour faire à lui seul l'affaire. '

Il est vrai qu'on aurait pu réussir de cette façon si les lords du covenant n'avaient adopté à temps une mesure très-adroite et nécessaire dans une guerre défensive aussi bien que dans celle où Ton aurait pris l'ofTçnsive.

Ontre les incursions qu'ils pouvaient éraindre de la part des Anglais sur les frontières d'Ecosse , et rinrasion que pouvait tenter par la côte occidentale le lord député d'Irlande, soutenu par le comte d' Antrira et les forces tirées des Hébrides ^ lescoyenantair es avaient à redouter, dans le nord, le marquis de Huntley , dans le sud le inarquîs de Douglas avec le comte de Heth , et il fallait s'assurer de la ville d'Aberdeen, avant qu'elle ne fût foî> tifi ée pour recevoir la flotte du Roî,

Plusieurs lords> comme lord Argyledânsl'ouest, lord Montrose dans le nord, et le colonel Monroe dans le midi , se chargèrent de prévenir ces périls, et y pourvurent à temps.

Les covenantaires s'emparèrent tout d'abord, sans résistance ni effusion de sang, des principales forteresses du royaume , entre autres d'Edimbourg et de Dun-Britton , et les mirent en état de défense; le pbrt de Leith fixt fortifié à la hâte pour protéger Edimbourg (i). Ils désarmèrent, sans trouble , toutes les personnes indifférentes ou suspectes; ils prirent d'assaut le château de Dalkeith,

(i) Les travaux de forlîficâtion de Leith furent une ceuvre nationale , entreprise avec tant d'enthousiasme que des volontaires de la haute comme de la petite noblesse, travaillèrent aux bastions , et que <^es femmes du plus haut rang se mêlèrent aux ouvriers pour porter les matériaux. [Bistpire d'Ecosse y par Malcolm Laing , tom. 3 , pag. 171.)

(Note de r Editeur.)

lOO HISTOIAE

avec toutes les munitioDs de guerre que le marquis de Haniilton y avait fait amener Tannée pré-: cédente. Us y trouvèrent la couronne, le sceptre -et l'épée du Roi , qui furent solennellement emportés par les principaux seigneurs et déposés dans le château d'Edimbourg.

Les lords du covenant publièrent ^n même temps , le 27 février , une longue remontrance en réponse à la proclamation du Roi contre eux , et aussi pour faire connaître au peuple d'Angleterre leurs procédés et leurs intentions*

Au mois de mai le marquis de Hamilton arrivA dans le port avec une flotte , et envoya au gouverneur d'Edimbourg des lettres qui lui enjoignaient d'obéir aux ordres du Roi, et surtout de publier à Edimbourg la proclamation que le Roi avait rendue à York le 25 avril , et qui , entre autres choses, défendait de payer aux covenantaires les sommes ou rentes que pouvaient leur devoir des tenanciers ou autres débiteurs.

Le gouverneur pria le marquis d'attendre sa réponse jusqu'à la réunion du parlement qui devait s'assembler sous peu de jours, et le parlement répondit alors au marquis qu'il ne pouvait obéir à ces ordres pour beaucoup de raisons déduites en détail dans les notes jointes à cette lettre.

Sur ces entrefaites , le Roi prononça la dissolution du parlement qui obéit aussitôt; mais, se voyant de tous côtés menacés de la guerre, les

DU LONG PARLEMENT. i«ï

Écossais élurent pour leur général sir Alexandre Lesley, officier formé dans les guerres d'Allemagne ; les plus puissans comtes et lords du covenant jurèrent de lui obéir en toutes les choses relatives à la campagne prochaine , après avoir reçu de lui le serment qu'il s'acquitterait fidèlement de son devoir, et chacun partit sur-le-champ pour aller dans les diverses contrées du royaume exécuter les ordres de Lesley.

Les armées s'avançaient ainsi des deux côtés y et il semblait qu'on ne pût raisonnablement attendre aucune autre issue de ce triste différend que celle qu'il plairait à la guerre de lui donner. Les covenantaires écossais ne cessèrent cependant pas d'envoyer au Roi des pétitions et des adresses , protestant die leur loyauté envers sa couronne et sa personne. Us continuèrent aussi, tant par lettres que par messages, de solliciter l'appui des seigneurs anglais , qu'ils regardaient comme les meilleurs et les plus sincères patriotes , tels que les comtes d'Essex, de Pembroke et Holland ; supposant toujours, telles étaient leurs expressions , que cette guerre n'avait l'approbation d'aucun homme fermement attaché à la religion et aux. libertés des deux royaumes.

Le comte de Dumferling, qui avait à cette époque la liberté de communiquer avec l'artnée anglaise , assura les covenantaires ses amis que les nçbles comtes ci-dessus désignés, et presque

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