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CHAPITRE VI

Le parlement commence en Angleterre^ mais il est bientôt dissous. L^ assemblée du clergé continue d siéger. Les Écossais entrent en Angleterre. Quelques-uns des événemens de la guerre. Un parlement est convoqué pour le 3 novembre. Trêve de deux mois entre les deux armées.

Le parlement s'ouvrit le 1 5 avril. Le Roi y produisit l'écrit que ses sujets écossais avaient adressé au roi de France , comme un témoignage évident de leur déloyauté , qui le mettait dans la nécessité de les punir par les armes. Il déclara avoir fait pour cet objet de si grands préparatifs qu'il avait besoin que le parlement lui accordât promptement un subside. Le lord-trésorier étendit dans un long et éloquent discours ce texte que le Roi avait exposé en peu de paroles.

Le Roi demandait douze subsides , en retour desquels il promettait l'abolition de la taxe des vaisseaux. Plusieurs membres de la chambre répondirent à cette demande par différens discours oîi ils établissaient : w que le redressement des griefs était le principal objet de la convocation des parlemens , et devait précéder le don des subsides; que cette marche était seule conforme non

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seulement à la raison ^ mais à la constante pratique de tous les âges; que jamais le redressement des griefs n'avait été plus urgent qu'en ce moment où le peuple, s'il ne l'obtenait, ne se prêterait pas volontiers à payer douze subsides; enfin que la fommeëtaitextraordinairementforte,surtoutlorsqu'on la demandait comme le rachat d'une taxe à laquelle personne n'avait jamais pensé que le Roi eût aucun droit, et qu'il avait levée par un abus de pouvoir et contre les lois. >î

Le Roi promit que les griefs seraient redressés, mais il demanda l'argent d'abord, s'appuyant sur la nécessité de hâter la guerre si l'on ne voulait perdre les avantages de l'été (i)« Plusieurs lui répondirent « que le peuple ne voyait aucune raison de donner son argent pour une guerre qu'il n'avait ni provoquée ni désirée , qui ne pouvait en aucune façon lui être avantageuse, mais ne se faisait tout au contraire qu'au péril et détriment de tout le royaume ; que ce même peuple paierait beaucoup plus volontiers les mêmes subsides pour empêcher cette malheureuse guerre, calmer les troubles de l'État et en punir les principaux fauteurs ou complices, n

(i) Le Roi employa toutes sortes de moyens pour déterminer la chambre des communes à voter sur sa demande de subsides , avant de s'occuper du redressement des griefs. Il obtint d'abord de la chambre des pairs , « qui était beau- H coup plus à sa dispositiou, >* ditClarendon, que, dam une

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Parmi les membres de la chambre des com« munes qui parlèrent dans ce sens , le lord Digby , fils du comte de Bristol^ jeune seigneur de talens eUraord inaires , se fit remarquer par un discours du premier mérite^ où il se plaignit que la chambre fût requise de répondre immédiatement sur les subsides demandes par le Roi pour commen-

conférence avec l'autre chambre , elle déclarât formellement que les communes devaient commencer par accorder un subside au Roi , eu égard à l'urgence de ses affaires , après quoi elles s'occuperaient de leurs griefs et de tout ce qu'elles jugeraient convenable. A peine cette déclaration des lords eût-elle été rapportée à la chambre des communes , qu'elle j excita un violent débat. Les conununes la considérèrent comme une violation de leur privilège, et se plaignirent amèrement de ce que les lords prétendaient s'occuper les premiers des subsides, dont le vote ne pouvait prendre naissance que dans la chambre basse. Cette altercation amena une seconde conférence oii les lords expliquèrent leur déclaration , en disant qu'ils n'avaient point prétendu s'occuper les premiers du vote des subsides , et n'avaient voulu qu'indiquer à l'autre chambre qu'ils étaient d'avis qu'elle commençât par là. Tel est en effet le sens du procès verbal de cette conférence dans les journaux de la chambre haute , quoique Clarendon affirme que les lords reconnurent expressément qu'ils s'étaient trompés , et qu'ils abandonnèrent leur première déclaration. Inquiet de ce débat des deux chambres qui paraissait devoir se prolonger , le Roi adressa un messa'ge à la chambre des communes , portant que , si elle voulait lui accorder douze subsides à payer en trois ans , il renoncerait dans l'avenir à toute prétention sur la taxe des vaisseaux. « On aurait pu , dit Clarendon , se plaindre

cer la guerre et la guerre civile ; « car, dit- il , w c'est ainsi que je dois l'appeler puisque nous « sommes de la même religion , et gouvernés par « le même Roi. » Il divisa ses dole'ances en cinq points :

« I*. On ne noua permet aucunement de rccc dresser les griefs ;

« ^•. On ne nous permet même pas de repre- « senter à Sa Majesté combien ses sujets sont opw posés à cette guerre ;

« 5**. On ne nous permet pas de dire que nous « pensons qu'on doit attribuer aux mêmes perce sonnes nos griefs et ceux des Écossais , et qu'en c( éloignant ces incendiaires , on s'assurerait un « moyen de guérison facile et honorable ;

encore de ce message comme d'une violation de privilège , puisque le Koi se déclarait instruit de ce qui se passait entre les deux chambres ; » cependant on ne s'arrêta point à cette difficulté , et pour donner une preuve de leur modération , les communes résolurent de discuter jians délai le message du Roi. « Dans ce débat, dit Clarendon , aucune parole, violente ni offensante pour le Roi ne fut prononcée , si ce n'est un mot d'un gentilhomme peu connu , qui dit que les subsides seraient employés à soutenir bellum episcopale, et que c'était aux évêques à faire eux-mêmes cette guerre qui n'intéressait qu'eux. » Cependant la chambre ne se montra point disposée à accorder un subside aussi considérable que le Roi le demandait , et ce fut là le motif de la dissolution subite de ce parlement. (Histoire de la Rébellion, tom. I , pag. 23o — 240 — Histoire Parlementaire ^ lom. 2 , col. 562 — 571 . ) ( Note de V Editeur, )

lao HISTOIRE

« 4*- La guerre ne fera qu'élargir la plaie et « rendre le remède impossible ;

« 5". Ce qu'il y aurait de plus juste , ee serait « de combler les fosses creuse'es dans l'intention (c d'y faire tomber les autres , avec les corps de H ceux qui les ont creusées. »

M. Pym, homme grave et religieux, présenta aussi , dans un long discours de deux heures y la série des griefs qui, à cette époque, pesaient sur la république.

On- prit avec enapressement un grand nombre de copies abrégées de ce discours , contenant seulement les points divers qui s'y trouvaient traités, et on les répandit par tout le royaume, car on n'était pas alors dans l'usage d'imprimer les discours tenus en parlement.

Plusieurs autres membres , en trop grand nombre pour être nommés ici , s'étendirent amplement sur les griefs particuliers dont ils avaient été informés dans leurs bourgs et comtés.

Mais ce qui est parfaitement vrai , bien qu'on ait dit, quicquid multis peccatur y inultum est y c'est qu'on ne vit jamais un parlement plus unanime à signaler les griefs , et plus modéré dans ' le ton et dans la manière dont il se prononça à cet égard. Comme c'était le premier qui , depuis tant d'années , eût été accordé à l'Angleterre , il évita avec un tel soin tout ce qui aurait pu donner quelque offense, que, malgré la conviction où

] on était que Fargent demandé serait employé d'une manière contraire aux intérêts du parlement, on prit les subsides en considération , pensant que par là le Roi en viendrait peut-être à s'affectionner aux parlemens; et Ton se contentait alors de cette espérance que, pendant la session des chambres , les conseillers pervers qui environnaient le Roi, seraient forcés par la crainte à plus de modération. On se flattait aussi de pouvoir , en s^interposant avec prudence et bonne foi , prévenir, comme Tété précédent, la guerre avec rÉcosse.

Je ne saurais dire si , tandis que cette affaire était en discussion , le parlement parut trop lent à accorder, ou si le Roi conçut de trop grandes craintes sur les conditions qu'on pourrait lui faire; je rapporterai seulement ce qui se passa.

Le Roi en personne vint à la chambre, le 5 mai, dissoudre le parlement, quoiqu'avec de bonnes paroles, et protestant qu'il gouvernerait d'une manière aussi conforme aux lois que si le parlement était présent (i). Cependant , le lendemain

(i) Une heure après la dissolution de ce parlement, M. Hyde (depuis lord Clarendon ) , rencontra M. St.-John (qui fut depuis l'un des principaux acteurs de la révolution), dont la physionomie était naturellement somhre, et qu'on voyait rarement sourire. Il avait en ce moment l'air très-gai ; et voyant la tristesse empreinte sur les traits de M. Hyde , comme elle l'était réellement au fond de son cœur :

de la dissolution , quelques membres furent emprisonnés; on fouilla le cabinet de lord Brook, ses armoires et ses portefeuilles , pour y trouver ses papiers. M. Bellasis et sir John Hotham furent Djis en prison pour quelques discours , mais relâchés bientôt après. M. Crew, membre de la chambre des communes, et chargé de recevoir les pétitions concernant les ministres, fut mis à la Tour parce qu'il ne voulait pas livrer quelques pétitions qu'on lui avait remises dans le parlement; il ne fut élargi que très-peu de temps avant l'ouverture du parlement suivant. .

Après la dissolution de celui-ci , la convocation ou assemblée du clergé continua ses séances, et dressa, avec l'autorisation du Roi, plusieurs canons , et un serment qui devait être exigé nonseulement des ecclésiastiques, mais même d'un grand nombre de laïcs.

« Qu'est-ce qui vous trouble? lui demanda-t-il — Ce « qui me trouble , repondit l'autre , trouble , je crois , beau- « coup d'honnêtes gens ; dans un temps de confusion comme « le nôtre , je suis désolé de voir dissoudre si imprudemment « un parlement si sage et qui pouvait seul y porter remède. « — Tout cela est bon, reprit M. St. -John, avec quelque « vivacité, avant que les choses aillent mieux, il faut « qu'elles aillent encore plus mal , et ce parlement n'aurait « jamais fait ce qu'il faut faire. » — Il est vrai , ajoute Clarendon , qu'il n'aurait jamais fait ce que jugeaient nécessaire M. St. -John et ses amis. ( Histoire de la Rébellion , tom. I , pag. 240. ) {Note de V Editeur. )

Quelle que put être y dans leur ignorance des lois 9 Fopinion des membres de la convocation sur la continuation de leur session y elle fut regardée comme tout-à-fait illégale ^ comme on put le voir par les actes du parlement suivant y et les discours des jurisconsultes qui en faisaient partie.

Ainsi dans le mois de novembres M. Bagshaw s'élevant contre les canons dressés par la convocation, prouva que les évêques et le clergé étaient alors en état de prœmunire (i). Lord Digby soutint, dans le même temps , que leur convocation n'était autre chose qu'un nouveau synode rapiécé sur un

(i) Les Anglais appelaient anciennement profmi/mre ce genre d'offense envers le gouvernement du Roi , qui consiste à introduire dans le pays une puissance étrangère et à créer imperium in imperio en accordant aux ordres du Pape l'obéissance qui n'appartient constitutionnellement qu'au Koi seul. Ce délit a pris son nom de la corruption des premiers mots du writ ou mandat qui somme le prévenu de comparaître pour répondre à l'accusation ( prœmoneri fa-^ dus, etc. ) Les cas de prœmunire, bornés d'abord à celui qu'on vient d'indiquer j sont devenus beaucoup plus nombreux depuis le rëgue de Henri VIII , et "on comprend maintenant sous ce nom des délits qui n'ont aucun rapport avec la soumission à l'autorité du Pape, comme d'aflGirmer méchamment et à dessein que les deux chambres possèdent l'autorité législative sans le concours dû Roi, d'envoyer un sujet anglais prisonnier au delà des mers, etc. {Commentaires de Blackstone , tom. 4 » lib. 4 , c. 8. )

{Note de F Editeur, )

ancien conTCnticule. Plusieurs autres jurisconsultes débattirent cette question à l'occasion des canons; si bien qu'au mois de décembre suivant , nemine contradicente j la chambre des communes décida que ces canons étaient contraires aux lois fondamentales du royaume , à la pro-^ priété et à la liberté des sujets, et en avril suivant 1641 , tombant de nouveau sur la convocation pour ses canons et autres méfaits , on condamna la chambre de convocation à payer au Roi 200,000 liv. d'amende, sur lesquelles l'archevêque de Cantorbéry était taxé à 20,000 liv. , l'archevêque d'York à 10,000, l'évêque de Chester à 3ooo, et les autres à compléter la somme proportionnellement à leurs moyens respectifs.

Il est certain que cette convocation n'était , pour le Roi , d'aucun avantage réel , si ce n'est qu'elle lui donnait les moyens et l'occasion de tirer du clergé les sommes dont il avait besoin pour soutenir la guerre ^u'il venait d'entreprendre contre les Écossais*

Le Roi devait se trouver en effet , alors , dans de grandes extrémités, ayant à soutenir une guerre si coûteuse , sans le secours du parlement.

Les moyens auxquels il eut recours , pour y suppléer, furent d'abord de faire contribuer le clergé , à qui cette guerre déplaisait moins qu'aux laïcs.

On fit des collectes parmi les papistes ; les

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wriis pour le paiement de la taxe des vaisseaux devinrent plus nombreux que jamais. On essaya de faire, sur la cité de Londres, des emprunts considérables , et les plus riches citoyens eurent ordre , à cet effet , d^enregistrer leurs noms à la chambre du conseil. Mais ces moyens ne se trouvant pas suffisans, on eut recours à d'autres encore moins usités. On saisit à la Tour For et l'argent en lingots. Lord Cottington acheta, pour Tusage du Roi, une grosse partie de poivre qui se revendit ensuite à bas prix , etc.

On délibéra aussi de frapper pour 400,000 liv. de monnaie de bas aloi , alléguant que la reine Elisabeth avait employé ce moyen pour soutenir la guerre d'Irlande; mais les marchands ayant représenté les inconvéniens de cette mesure, le Roi y renonça.

Lorsque les Écossais apprirent la dissolution du pariement d'Angleterre, ils jugèrent qu'il était temps de pourvoir à leur propre sûreté ; leur commerce était entravé; ils se voyaient appauvris par la perte de plusieurs vaisseaux qu'on leur avait enlevés en divers lieux; ils résolurent donc d'entrer en Angleterre , l'épée dans une main et une pétition dans l'autre , et d'adresser en même temps , au peuple anglais , deux remontrances très-étendues pour lui faire connaître leurs intentions envers la nation j et les motifs de leur inva-

sioD. On peut voir ces pièces au long dans leurs

écrits imprimés.

Le Roi, informé des projets des Écossais , envoya une flotte pour inquiéter les côtes d'Ecosse, et une armée de terre s'assembla à York, commandée par le comte de Strafford , en sa qualité de président du nord. Au moment de la levée de cette armée , le comte de Northumberland en avait été nommé généralissime; mais sa santé ne lui permit pas alors de s'y rendre.

On avait fait passer de grands magasins de munitions à HuU, Newcastle et Berwick, et le château d'Edimbourg était confié à Riven, homme très-ferme dans le parti du Roi.

Mais ce fut une chose surprenante à voir dans cette expédition de l'armée du Roi contre le Nord, que l'aversion dont, en divers lieux, les soldats se montrèrent pénétrés pour une pareille guerre.

Les chefs et gentilshommes de haut rang s'abstenaient, par pure obéissance pour le Roi, de discours critiques sur les motifs et les conséquences de la guerre ; mais les soldats ne montraient aucune confiance, et demandaient, avec des signes de mutinerie , tf si leurs officiers étaient (( ou non des papistes. » En plusieurs endroits, ils ne consentirent à s'apaiser qu'après leur avoir vu recevoir la communion. Us exercèrent des violences sur plusieurs de leurs chefs, et en

tuèrent même quelques-uns , exprimant avec hardiesse leur antipathie pour la cause qu'ils seryaient, au grand étonnement de plusieurs qui ne pouvaient concevoir que le peuple se montrât si sensible aux inte'réts du pays et de la religion, quand les lords et les gentilshommes semblaient ne pas Têtre (i).

De cette répugnance des soldats anglais^ il résulta que la guerre ne fut pas si ardente, ni si funeste aux deux nations , qu'elle aurait pu letre autrement. U y eut au commencement un

(i) Ce ne fut pas seulement à l'armée et parmi les soldats que l'esprit public commença dës-lors à se manifester par des violences. Plusieurs émeutes éclatèrent à Londres. Le 9 mai , entre autres , un placard affiché à la vieille Bourse exhorta les apprentis de la Cité à se soulever et à venir attaquer l'archevêque Laud dans son palais de Lambeth. 11$ y vinrent , en efiPet , au nombre de plusieurs milliers selon Clarendon , et de cinq cents selon Whitelocke , criant qu'ils voulaient mettre l'archevêque en pièces. Laud, averti à temps, avait pourvue sa sûreté ; mais l'alarme fut telle qu'il alla loger pendant quelques jours à Whitehall: Un des chefs de cette émeute fut pendu comme coupable de haute trahison pour avoir tenté de faire la guerre au Roi. Rien n'indiqua, dit Clarendon, que cette scandaleuse insurrection eût été excitée par quelque homme considérable; mais plus tard les chefs du parti presbytérien en louèrent hautement l'intention et les auteurs. ( Histoire de la Rébellion^ tom. i , pag. 246. Mémoires de Whitelocke , pag. 33. )

{Note de l'Editeur. )

peu de sang versé ^ mais très-peu , à Newburnc, ville éloignée de cinq milles de Newcastle, où une partie de Tarmée anglaise s'était campée pour couper le passage aux Ecossais qui marchaient vers Newcastle.

Plusieurs des soldats anglais abandonnèrent leurs chefs et prirent la fuite plus promptement que cette nation n'a coutume de le faireà la guerre. Cependant la cavalerie anglaise tint ferme, et chargea les Écossais avec beaucoup de courage et de résolution, mais sans succès à cause de l'infériorité du nombre.

Aucune des relations anglaise ou écossaise n'a rapporté le nombre des hommes tués dans cette escarmouche ; mais il est certain qu'il fut peu considérable.

Les Ecossais firent prisonniers trois ardens et braves officiers de l'armée anglaise , le colonel Wilmot, sir John Digby et Oneal, dont les deux derniers étaient papistes, et tous deux capitaines de cavalerie.

Ce combat ouvrit aux Ecossais les portes de la riche villede Newcastle, et, peu de jours après, ils mirent dans Durham une garnison sous les ordres du comte de Dumferling , et, s'étaiit emparés du fort de Newcastle sur la Tine , ils y prirent quelques vaisseaux qui venaient d'arriver chargés de blé pour l'armée du Roi.

Il y eut aussi dans le même temps un peu de

sang répandu devant la petite ville de Dunsian en Ecosse. lia garnison anglaise de Berwîck^ ayant appris qu^il s'y trouvait quelques munitions , envoya un de'tachement pour l'attaquer; mais les Anglais la trouvèrent mieux fortifîe'e qu'ils ne s'y étaient attendus^ et furent repoussés avec quel- é que perle; puis^ apprenant que les Ecossais marchaient contre eux avec des forces supérieures , commandées par le lordHaddington, qui périt ensuite malheureusement à Douglas par une explosion y ils retournèrent à Berwick.

Pendant que tout ceci se passait ^ le Roi avait sommé, par une proclamation , tous les gentilshommes anglais de venir ^ avec leurs troupes et leurs vassaux, le joindre à York le 20 septembre pour marcher contre les Ecossais. Durant son séjour dans cette ville, il reçut une Jiumble pétition des Ecossais , contenant l'assurance de leur fidélité envers lui et de l'innocence de leurs intentions à l'égard de l'Angleterre. .

Mais leurs expressions étaient si générales, que le Roi, en répondant au comte de Lanerk, secrétaire d'État en Ecosse, leur ordonna de spécifier leurs demandes ; tandis que les Ecossais se préparaient à le faire , il plut à Dieu de toucher le cœur de plusieurs seigneurs anglais, qui, déplorant le malheur et la honte où cette fatale conduite du Roi allait jeter l'Angleterre, lui adres-

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sèretit une humble lettre, pour lui représenter la triste condition du royaume , les maux qui devaient accompagner cette odieuse guerre, le danger de sa personne , la ruine de ses revenus, Foppressibn de ses sujets et les rapines que commettait l'armëe qu'il venait de lever ; ils se plaignirent dfe ce que dès commandemens avaient été confiée à des papistes , à qui les lois ne permettaient pas d'avoir dès armes dans leur propre maison ; ils exposèrent au Roi lés désastres qu'aurait à souffrir le pays, éi, comniè on l'assurait, il y faisait Tenir des troupes irlandaises et étrangères; ils réclamèrent contre là levée de la taxe des vaisseaux , contre cette multitude de monopoles et autres concessions d'où naissaient, pour le peuplé entier, tant de souffrances. Ënfîii, ils insisteront sur le principal grief des sujets, la longue suspension des parlemens, et la dissolution, iion-s^eulément du dernier, mais de tous ceux qui avalent été convoqués précédemment et qu'on avait ainsi empêchés de faire aucun bien. Pour remédier à toiis ces maux et détourner à l'avenir tout danger tant de la personne du Roi que de l'État , ils le priaient dé vouloir bien convoquer sans délai un parlement qui pût faire cesser lés causes dés calamités publiques, et en punir convenablement lés auteurs; ils demandaient enfin que la guerre fût terminée sarisf com-

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bat^ de maDière à concilier l'honneur et la sûreté du Roi avec le biëd du peuple , et dans le dessein de réunir les deux royaumes contre les ennemis communs de là religioii réformée. Cette pétition était signée par Tingt conites et barons.

Le Roi 9 en recevant ce message dès pairs d'Angleterre^ ordonna^ par proclamation^ qiie tous les lords eussent à se réunir à York le 24 septembre , et là il leur déclara que^ de sa libre volonté, il avait résolu de convoquer en Angleterre un parlement qui pût siéger sans retard , prenant seulement le tenips nécessaire pour l'émission des iprits de convocation. L'époque dé la réunion du parlement fut fixée au 5 novembre 1640.

Mais le Roi voulut d'abord consulter les lords sur la réponse qu'il devait faire aul demandes des Ecossais, et les moyens de ti^aiter honorablement avec des gens qui avaièiit si audacieusement envahi l'Ariglëterre.

Pour leur faire bien connaître l'état dès relations dès deux pays ', il ordonna au comte de Tràcjuâire, qui avait été son Cômniissaire en Ecosse, de rapporter exactement tout ce qui s'était passé depuis l'origine des débats.

U désira aussi que lèi^ lords lui indiquassent comment il pourrait payer son armée avant la levée des subsides qu'il attehdàit àU prochain parlement.

Après beaucoup de discussioûs sur ce qui convenait à Fhonneur et aux intérêts du Roi , il fut enfin convenu et arrêté, par la majorité des pairs, qu^on choisirait seize lords pour négocier avec les Ecossais, et s'entendre avec eux sur les conditions du traité •

Les comtes de Bedford, d^ssex, de Hertford, de Salisbury,* de Warwicli, Holland, Bristol et Berkshire, et les barons Wharton, Paget, Kimbolton, Brook, Paulet, Howard, Saville et Dunsmore , furent nommés à cet effet.

On demanda aux Ecossais d'envoyer ie jnême nombre de négociateurs avec des pleins-pouvoirs, et on leur donna les sauf-conduits les plus amples.

Quand les discussions de ces commissaires vinrent à commencer, le comte de Bristol porta en général la- parole pour les Anglais, et le comte de Lowden pour les Ecossais.

Après beaucoup de demandes et d'explications réciproques, sur des matières où l'on vint aisément à bout de s'entendre , il se ' rencontra un point où il semblait bien difficile que les pairs anglais pussent céder. Les Ecossais demandèrent que leur armée fût payée par les Anglais , dont les propres troupes étaient en grande détresse faute de solde.

Cependant ces honnêtes seigneurs, pénétrés de tout le malheur de cette guerre , résolurent

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(f y mettre un terme à tout prix, et eu censé* quence on arrêta les articles suiyans (i) :

i<^. Une trêve de deux mois jusqu'au i6 décembre ;

2*. Le payement de 85o livres par jour aux Écossais durant la trêve ;

5^. Si cette somme n'était pas payée, les Écossais étaient autorisés à la lever sur les comtés de Northumberland , Cumberiand^ Westmoreland et Durham ; .

l^. Les Ébossaîs devaient prendre dans ce» comtés leurs quartiers d'hiver ; .

5**. Point de nouveaux préparatifs de guerre ;

6**, Les offenses privées ne feraient point rompre la trêve, et de part et d'autre on en donnerait satisfaction ;

7**. Les marchands trafiqueraient librement , et sans besoin de sauf-conduits , dans les deui^ royaumes ; mais les soldats ne pourraient quitter leurs quartiers sans autorisation.

A ces conditions , et bien que les armées ne fussent pas encore licenciées , cette fatale guerre fut conduite près de son terme , et les deux nations conçui'ent la pleine confiance qu'une paix solide en devait résulter. Tout devait , en effet , être débattu dans le parlement britannique qui

(i) Ce traité fut conclu à Rippon. {Note de VÈdit, )

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allait s'ouvrir sous quinze jours , et il était bien probable qu'un parlement extirperait toutes les causes d'une guerre qiii n'eiit jamais commencé ^ si un parlement eût été réuni. Le peuplç espérait a^ssi que ce parleçfient jouirait de toutes les libertés assurées à ces assemblées par les lois fondamentales, et la constitution du royaume ^ çt dont elles avaient é^e si loug-temps privées. Le Roi s^ voyait enfin forcé ^e le convoquer ; c'était la seule route où il put marcher désormais^ après en avoir malheureusement essayé tant d^autres , et le peuple, qu'il n'eût pas ^té sûr siprès tant de souflfrances de provoquer. plus long-temps, avait placé là soA dernier espoir*

J['en. ai déjà dit assçz pour mettre le lectei^r judicieux à portée d'entrevoir quel était alors le triste état de l'Angle.^çrYe ,. combien le remède était à ^fois urgent et diffiçUe, et quelle sagesse^ quelle prudence le Roi et le peuple avaient besoin d'apporter dans les relati,ons ou il^ ailaie]:]it entrer.

Pour répandre encore plus de. jour sur les événemens, et, voulant dans ce simple récit laisser parler les faits et les hommes sans y trop ajouter du mien, je fçrai connaître quelques -i^ns des discours prononcés à l'ouverture de ce parlement, par des hommes de sens et de modération , qui s'efforcèrent, autant qu'ils le purent, de mé-

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nager le Rot et de ne poiat le blesser dans son honneur.

Les courtisans ^ux-mémes ( comme on peut le Toir dans un écrit sincère trouvé dans le cabinet du Roi ) commençs^ient à partager l'opinion du parlement et du peuple sur Tétat ou se trouyaiçnt le parlement et le f*oyaume ^ lorsque ce parlement taot désire fut enfin rémii.

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