S HISTOIRE
vue des Anglais dépouilles qui arrivaient journellement dans la ville ; mais leurs oreilles étaient encore bien plus affligées par le récit des horribles tortures qui accompagnaient en d^autres lieux la mort de beaucoup d'autres. Cétait pour eux une excessive douleur que Taspect des scènes de détresse qui de tous côtés venaient chaque jour s'offrir à eux. Des gens de tout rang , de tout âge y de tout sexe y réduits à la misère , dépouillés , nus et conservant à peine quelques lambeaux ou de la paille tressée pour ceindre leur corps; quelques-uns mortellement blessés^ d'autres gelés de froid ^ ceux-ci harassés par la fuite et tellement excédés qu'ils arrivaient dans la ville en se traînant sur leurs genoux ; ceux-là tellement épuisés par la faim , qu'il n'y avait plus aucun espoir de les sauver; outre les souffrances de leurs corps, ils étaient accablés des tourmens d'esprit que leur faisaient endurer la perte de leur fortune et le douloureux souvenir de leurs maris , femmes ou enfans , massacrés devant leurs yeux avec la dernière barbarie. C'est dans cet état lamentable , le corps épuisé > l'esprit presque aliéné, qu'ils arrivaient à Dublin , quelques-uns pour y trouver des secours, quelques autres un tombeau, ce qui était bien plus que n'avaient pu obtenir des rebelles leurs amis assassinés; on les voyait parcourir les rues comme des spectres errans, et ils rem-
plissaient toutes les granges^ toutes les écuries et tous les hangards de la ville. Us y mouraient bientôt après Tavoir atteinte ^ et en si grand nombre , que les cimetières de Dublin ne parent les contenir; les lords furent obligés de faire enclaver deux vastes terrains des deux côtés de la rivière, pour leur servir de sépulture. Mais ce que les yeux contemplaient de cette funeste tragédie , n'en était que la moindre partie , et seulement Tombre de ce qui fut raconté, récit dont la douleur sera partagée par tout lecteur et par toute la postérité. Plusieurs centaines de ceux qui s'étaient échappés , dans les interrogar toires légaux qu'ils subirent ensuite devant le conseil , et qu'on peut voir au long dans les registres, ont raconté sous serment et en détail les horribles massacres commis par ces sanguinaires scélérats sur des hommes , des femmes et des enfans , et les cruelles tortures qu'ils avaient inventées pour les exercer à leur égard. A peine dans l'histoire des siècles les plus atroces peut-on rien trouver de comparable à ces horreurs.
En difierens lieux, qu'il serait trop long de nommer ici, plusieurs milliers d'Anglais, après avoir souffert tout ce qu'on pouvait leur faire souffrir, périrent des genres de mort les plus dour loureux. Quelques-uns furent brûlés à petit feu ; d'autres noyés par forme de divertissement : s'ils