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CHAPITRE PREMIER

Comité établi durant l^ interruption de la session du parlement. Rébellion des Irlandais et massacre des protestans en Irlande. Quelques efforts du parlement anglais pour secourir ce royaume.

Ju^ABSENGE du Roi procluisit une grande ^agnation dans les affaires de l'Angleterre. Au milieu de ce concours d'objets importans , et dans Fattente où Ton était du redressement d'un si grand nombre de pressans griefs , rien ne pouvait être si de'sagréable au peuple qu'un pareil de'lai : retarder la guérison , c'était , à peu de chose près , donner la mort; aussi dans un court espace de temps , en vit-on des suites pires que i^'auraient pu les imaginer les hommes les plus prévoyans , ou que les plus méfians n'auraient pu les soupçonner. Cependant les craintes et les méfiances étaient alors parvenues à un très-haut degré ; et le parlement d'Angleterre comptait moins que

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jamais sur la sincérité des dispositions du Roi en sa faveur. Rien d'ioEiportant ne se fit dans le parlement durant Fabsence du Roi ; il y eut seulement quelques débats relatifs au service de TÉ- I gUse et à des changemens à faire dans la liturgie; mais rien, ne fut conclu à cet égard (i). On ne discuta qu'une seule affaire ; le Roi y donna

(i) Ces débats furent une tentative du parti puritain contre l'Église anglicane; et ce parti , aux mains duquel la re'- Yolation devait tomber, en était encore si peu le maître qu'il échoua complètement dans'cette première attaque contre la liturgie en vigueur. Bien que la chambre des communes fût en ce moment très -peu nombreuse, les propositions des puritains y furent rejetées par 55 voix contre 87. '{ I Mais ils ne perdirent pas courage ; le lendemain , en l'ab- \\ sence de la plupart des membres présens la veille , ils reprirent leur motion comme si elle n'avait pas été rejetée , votèrent quelques-uns des changemens qu'ils voulaient faire dans la liturgie , et envoyèrent leur résolution à la chambre des pairs, espérant qu'elle j. passerait de même, à la faveur de l'absence d'un grand nombre de lords. Mais là en- , core , elle essuya un nouvel échec ; au lieu de l'adopter , les pairs présens votèrent la réimpression d^une ancienne ordonn^tfice de leur chambre , portant que le service divin devait se faire dans les formes prescrites par les actes du parlement , et que tout homme qui tenterait de le troubler serait puni selon les lois. Les lords transmirent cette résolution à la chambre des communes ; mais les puritains , toujours presque seuls et poursuivant opiniâtrement leur dessein , déclarèrent que onze pairS- seulement avaient adopté celte résolution , que neuf s'y étaient opposés , qu'ainsi oa

lui-même occasion par une lettre écrite aux lords f peu de jours après son arrivée en Ecosse. U leur annonçait qu'il avait promis au roi d'Espagne de lui donner quatre mille soldats de cette armée d'Irlande , levée par le comte de Strafford et récemment licenciée ; il désirait que le parlement accédât à ce qu'il accomplît sa promesse; mais la chambre des communes que les lords avaient invitée à une conférence sur cet objet y ne voulut pas consentir à envoyer un seul Irlandais au secours du roi d'Espagne : on donna alors quelques-uns des motifs dé cette résolution; mais ils furent exposés plus en détail ^ environ dix jours après 5 à propos d'une seconde lettre du Roi ^ dans laquelle Sa Majesté déclarait que l'ambassadeur d'Espagne réclamait la promesse qu'elle lui avait faite^ et qu'elle ne pouvait en honneur la rétracter. Néanmoins 9 elle avait ^ disait-elle , trouvé l'ambassadeur si raisonnable qu'il se contentait de deux mille hommes ; Sa Majesté espérait que le

ne lui devait point obéissance ; et ils enjoignirent en même temps à toutes les communes d'Angleterre de se conformer au vote de la chambre des communes. {Histoire Parlementaire y t. 2, col. 906, 910; Histoire delà Rébellion, par Clarendon 9 t. 2, pag. 2i4* ) Cet exemple montre , entre mille autres, quelle était déjà à cette époque , la violence de l'esprit de parti , et combien il tenait déjà peu de compte de toutes les formes légales.

( Note de F Éditeur. ]

parlement ne les lui refuserait pas. La chambre prit la chose en considération ; et deux jours ^près y dans une conférence avec les lords > lord Falkland , membre de ta chambre des communes y énonça au nom de cette chambre les rai-*sons pour lesquelles elle ne jugeait pas convenable de déférer aux désirs du Roi. Non-seulement le roi d^Espagne^ dit- il, était l'allié et le confédéré de FËmpei^eur , mais il l'aidait de ses secours contre le prince électeur neveu de Sa 'Majesté , que le pouvoir et l'injustice de l'Empereur privaient depuis long-temps de son héritage. Il paraîtrait donc contradictoire que , dans le même temps oit le Roi publiait un manifeste en faveur de son neveu et envoyait pour le soutenir un ambassadeur à la diète de Ratisbonne , il jprêtàt secours aux ennemis de ce même prince électeur et parût ainsi tirer l'épée contre lui. Cette démarche devait d'ailleurs porter nécessairement un grand préjudice à la cause protestante dont le parlement avait tant à cœur de seconder les progrès- D'après ces raisons, on jugea convenable de résister sur ce point aux désirs du Roi; et immédiatement après ^ les deux chambres s'ajournèrent de ce jour 8 septembre au 20 octobre , et désignèrent un comité permanent de cinquante membres qui devaient siéger dans cet intervalle. Avant la nouvelle réunion du parlement , des

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lettres du comité anglais en Ecosse, lues au comité permanent de Westminster ^ annoncèrent la découverte d^un complot tramé par le comte de Crawford et autres contre le marquis de Hamilton et quelques-uns des premiers pairs d'Ecosse. Comment ce complot fut découvert et prévenu , et si le Roi y avait quelque part, c'est ce dont le parlement ne s'informa point, imitant l'exemple des États d'Ecosse qui gardèrent à ce sujet le plus profond silence. Depuis lors , un écrivain de ce pays a positivement accusé le Roi d'y avoir pris part, mais sans le prouver (i). Seulement le comité permanent, craignant qu'à Londres des tentatives semblables ne sortissent de la même source , établit de fortes gardes dans certaine quartiers de la cité , en attendant que les chambres, à leur retour, ordonnassent d^autres dispositions (2). La malveillance des diverses classes

(i) Clarendon convient du complot et même du projet d'assassiner les marquis d'Argyle et de Hamilton; mais il affirme que le Roi repoussa , avec horreur , ce dernier dessein. M. Malcolm Laing , dans son Histoire cTEcosse^ attache, au contraire, la plus grande importance à toute cette affaire , croit qu« le E.oi l'avait préparée de longue main , et y voit la cause de l'irréconciliable rupture qui éclata bientôt entre Charles et le parlement. Voir , à la fin de ce volume , les éclaircissemens historiques,

(2) Cette nouvelle arriva à Londres la veille du jour oîi les chambres devaient se réunir de nouveau , après la suspension. « Le matin même de ce jour, dit Clarendon ,

de gens dont j'ai parlé tout à l'heure, commençait alors à: éclater non seulement dans les con- Tcrsations familières, mais dans des libelles insultans et amers contre les membres des deux chambres ^ qui passaient pour les plus zélés dans la cause du pays ; c'était là un motif bien suflisant pour accroître les craintes et les méfiances du parlement.

Mais le fatal incendie qui devait si cruellement ravager les trois royaumes, éclata dans celui où

M. Hyde (c'est de lui-même qu'il parle) se promenait daus Westminster-Hall avec les comtes de Holland et d'£ssex ; ils avaient tous deux Tair fort troublés de ce complot et semblaient croire que d'autres personnes pouvaient avoir à craindre les dangers qu'Argyle et Hamilton venaient de courir. M. Hyde trouvant ces craintes indignes d'eux leur dit gaîment : «« Je sais très-bien ce que vpus pensiez l'un et « l'autre de ces deux lords, il y a un an ou deux; je m'étonne « que vous ayez si complètement changé d'avis. » Ils lai répondirent en souriant : « Les temps et la cour sont bien tf changés aussi depuis lors, « A peine les chambres furent elles réunies et IcTs lettres d'Ecosse lues qu'on fit la motion de demander au comte d'Ëssex , nommé général en l'absence du Hoi , une garde chargée de veiller constamment à la sûreté du parlement , ce qui fut fait. Tout cela n'avait pour objet que d'entretenir le peuple dans l'idée que le parlement était en danger. Les choses s'étaient arrangées le plus paisiblement' du monde en Ecosse, et l'unique résultat qu'elles eussent produit , c'est que Hamilton avait été fait duc et Argyle marquis. » {Hist. de la RébeL , tom. 2 , pag. 226. ) {Not. de VÈdiu )

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on le redoutait le moins; et les gens qni semblaient jouir de la plus profonde sécurité^ furent les premiers à souffrir. Vers la fin d'octobre i64t 9 pendant le séjour du Roi en Ecosse^ la rébellion la plus sanglante et la plus barbare dont aucune nation se soit jamais rendue coupable^ se manifesta tout à coup en Irlande. L'atrocité de cet événement est sans exemple; et le rare mystère avec lequel fut conduit un si noir et si vaste dessein , doit exciter la plus profonde surprise. Les innocens protestans se virent en un moment dépouillés de leurs biens ; et^ dans l'espace d'un mois^jdusde deux cent mille hommes^ femmes ou enfans^ furent massacrés^ souvent avec des tortures ino^ïes.

L'étonnement du public fut d'autant plus grand que l'ancienne haine des Irlandais pour les Anglais^ sentiment si commun aux nations conquises^ semblait absolument oubliée. Quarante ans de paix avaient fondu les deux peuples en un seul corps ; et un grand nombre d'alliances y de mariages^ des relations fréquentes et qui portaient extérieurement toutes les apparences d'une bienveillance réciproque, paraissaient avoir cimenté leur union. En beaucoup de lieux , on voyait les deux nations adopter réciproquement les mœurs l'une de l'autre; un gentilhomme, à qui la place qu'il occupait en Irlande donnait les moyens de l'observer, et qui a publié la relation la plus fidèle de cette funeste rébellion , dit lui-

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même que beaucoup d'Anglais se laissaient aller aux manières et aux usages des Irlandais ^ tandis qae beaucoup dlrlandais^ surtout dans la classe supérieure , adoptaient dans la vie privée le langage y les habitudes et les modes des Anglais. Le gouvernement était doux; le Roi avait même accordé récemment à l'Irlande le redressement de quelques anciens griefs. Aucun Anglais, dit le même auteur, n'avait découvert le moindre indice de la conspiration, avant le jour même où elle devait éclater ; seulement sir William Cole , dans une lettre aux lords-juges sir William Parsons et sir John Burlace, avait exprimé quelques craintes sur les réunions et les pratiques de gens présumés capables d'un mauvais dessein.

Cette horrible machination, conduite avec tant de secret, devait recevoir son exécution le 25 octobre, à neuf heures du matin ; les rebelles devaient s'emparer du château de Dublin , la principale forteresse du royaume, où étaient déposées les armes de l'armée irlandaise qu'on venait de licencier, et d'autres munitions de guerre qu'avait amassées le comte de StrafTord. Beaucoup de gentilshommes irlandais du plus haut rang s'étaient rendus la nuit précédente à Dublin , pour l'exécution de leur projet. Il était aussi convenu, parmi les conspirateurs, que le même jour tous les forts et arsenaux de Sa Majesté dans ce royaume seraient surpris^ et tous les Anglais ou protestant

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qui refuseraient de se joindre à eux, massacres. Mais il plut à Dieu de prévenir de la manière la plus inattendue la prise du château de Dublin, et d'empêcher ainsi que le royaume ne fût complètement perdu en un jour. Hugh Mac-Mahon , petit-fils du fameux rebelle Tyrone , gentilhomme fort considérable dans le comté de Monagan , et qui avait servi en Espagne comme lieutenantcolonel, s'était rendu à Dublin la veille du jour de l'exécution du complot, où il devait jouer un grand rôle. Il entra en familiarité , dans une taverne, avec un Irlandais nommé Owen ô Conelly, qui était protestant, et au service de sir John Clotworthy, membre du parlement anglais. Il en dit tant à cet Owen , en buvant avec lui , qu'en sortant de la taverne, ce brave homme, à neuf heures du soir, alla avertir, au risque de sa vie, le lord-juge Parsôns,du dangereux projet ourdi dans tout le royaume. Mac-Mahop fut aussitôt arrêté, et, après son interrogatoire, on se saisit aussi du lord Maquire , un des principaux conspirateurs. On les enferma sous bonne garde , et le château fut mis à l'abri de toute ten« tative ; mais un grand nombre de conjurés importans, tels que Birne, More, Plunkett et autres, s'évadèrent de Dublin pendant la nuit.

Les lords du conseil , stupéfaits de la découverte d'une telle trahison, virent en même temps avec effroi qu'il n'y avait aucun moyen de la pre-

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venir; carMac-Mahon, dans son interrogatoire, leur avait dit franchement qu'à cette heure même tous les comtés de l'Irlande étaient soulevés. Ils essayèrent cependant d'appliquer à ce mal désespéré les remèdes les plus efficaces; se flattant que peut-être la nouvelle du mauvais succès de la tentative sur le château de Dublin troublerait' les conspirateurs des comtés les plus éloignés , et encouragerait les sujets fidèles à se défendre avec plus de confiance, ils publièrent sur-le-champ une proclamation qu'ils firent répandre par d'adroits messagers partout où ils purent l'envoyer. Elle avait pour but de faire connaître la découverte du complot , et d'exhorter tous les citoyens à faire leur devoir contre les conjurés. Mais il n'était plus temps de prévenir le projet général, et ce jour même on vit arriver quelques pauvres protestans anglais dont on apprit qu'ils avaient été dépouillés , et que leurs maisons avaient été surprises par les rebelles. Us furent suivis bientôt après de plusieurs autres; il en arrivait tous les jours et presqu'à toutes les heures. Les massacres et les dévastations augmentaient journellement : en plusieurs comtés les villes et les villages étaient incendiés. Pour empêcher les progrès de cette affreuse contagion , les lords-juges dépêchèrent des lettres au Roi , alors en Ecosse , et au comte de Leicester, nommé dernièrement par le Roi lieutenant d'Irlande, mais encore à Lon-

dres^ pour les informer de Fétat déplorable oh ils se trouyaient. En même temps > ils examinèrent^ avec toute la diligence possible , ce qu'ils avaient de ressources à opposer à une telle guerre. Us trouvèrent à Dublin des armes et des munitions pour dix mille hommes^ avec une quantité proportionnée d'artillerie, de mèches, de poudre et de plomb, amassée dans cette ville par le feu comte de StrafFord , dans une toute autre vue ; mais la providence de Dieu les avait réservées pour cette occasion. Cependant les officiers et les soldats de l'ancienne armée étaient tellement dispersés dans des lieux éloignés où on les avait employés à la garde des forteresses, qu'il n'était guère possible d'en réunir un grand nombre pour défendre Dublin ou faire tête aux rebelles du nord. Ce qu'il y avait de plus fâcheux pour le gouvernement et de plus avantageux pour les rebelles , c'est qu'il ne se trouvait point d'argent dans l'échiquier ; de plus , les revenus du Roi et les rentes dues aux gentilshommes anglais pour cette moitié d'année , étant alors , soit dans les mains des fermiers^ soit dans celles des collecteurs , ne pouvaient manquer de tomber au pouvoir des rebelles. Ainsi , pour un mal présent, il n'y avait que des remèdes éloignés , puisque toutes les ressources étaient dans les secours qu'on pouvait tirer du parlement d'Angleterre.

Le 25 octobre, jour marqué pour la surprise du château de Dublin, les rebelles du nord se déclarèrent dans la province d'Ulster, et, en peu de jours, se mirent en possession de tant de villes, forts et habitations de gentilshommes dans les différens comtés de cette province, que le nombre en paraîtra presque incroyable , surtout si Ton considère combien les principaux acteurs de cette conspiration , tels que sir Phelim Onèal , son frère et les autres , manquaient d'habileté dans la conduite des affaires, soit militaires, soit politiques. Ces succès furent dus à la coalition générale des Irlandais et à leur profonde dissimulation; ils tirèrent aussi un grand avantage de Textrême sécurité qu'avaient inspirée aux Anglais ce mélange et cette longue cohabitation des deux peuples , et les relations amicales qui s'étaient établies entre eux. Ces deux causes contribuèrent à augmenter le carnage qui se fit des Anglais; car, lorsque l'incendie éclata, ils implorèrent l'amitié de leurs voisins, seigneurs ou fermiers irlandais , et remirent dans leurs mains et sous leur protection, leurs trésors, leurs femmes, leurs enfans et tout ce qu'ils avaient de plus précieux, espérant que les liens de l'amitié prévaudraient sur tout le reste; mais, en général, ceux à qui ils s'étaient confiés les livrèrent aux rebelles, ou les tuèrent de leurs propres mains avec autant de cruauté que de perfidie* On pensa I. i6

généralement qu'ils avaient été excités à cette barbare trahison par les ensorcellemens de leurs prêtres, qui leur disaient « que c'était un péché « mortel de protéger ou secourir aucun Anglais . »

Dans ces douloureuses circonstances , le mélange des deux nations ôta aux Anglais le moyen de se défendre aussi bien qu'ils l'auraient fait s'ils avaient vécu entre eux et séparés des Irlandais ; car partout où ils purent se réunir en corps ou se tenir sur leurs gardes , ils se défendirent, malgré la surprise et la consternation d'un tel moment , avec un courage au-delà de toute ci*oyance. Mais enfin les Irlandais, par les instructions de leurs prêtres, leur offrirent de les recevoir à composition, leur promettant de respecter leur vie et leurs biens, de leur donner des saui^conduits et la liberté de se rendre partout où ils voudraient. Us confirmèrent ces conventions par des pifotestatiens et des sermens solennels , et souvent par des écrits signés et scellés de leur main ; puis , lorsqu'une fois ils tenaient les Anglais en leur pouvoir, les soldats les dépouillaient de tout ce qu'ils avaient, et les tuaient à leur plaisir.

C'est ainsi que furent traités un grand nombre d'entre eux, à Armagh par sir Phelim Oneal et son frère , à Belterbert pai* Philippe Orelly , et à Longford^ TuUough et autres châteaux du comté de, Fermanagh , par plusieurs autres de ces rebelles. Mais si les Anglais , au lieu de défendre

chacun leurs maisons , ce qui les rendit beaucoup plus aisés à vaincre , les eussent quittiées au premier signe de la rébellion , et se fussent rassemblés en corps , ils auraient résisté avec beaucoup plus de succès. Tandis que ces horribles massacres se commettaient dans la malheureuse Irlande et s'étendaient de jour en jour dans toutes les parties de ce royaume, que plusieurs comtés dans les différentes provinces se déclaraient et suivaient le barbare exemple des habitans de TUlste^, la nouvelle de ce triste événement arrivait au parlement d'Angleterre.

Les premières lettres écrites par les lords-juges, le 25 octobre, furent portées et rendues à Londres, le dernier de ce mois , par Owen ô Conelly, celui qui avait eil le bonheur de découvrir le premier complot. 11 y ajouta tous les détails parvenus à sa connaissance. Les lords, qui en avaient été informés les premiers, en instruisirent la chambré des communes dans une conférence. La chambre décida aussitôt « de se réunir eii comité pour « examiner les choses qu'elle venait d'apprendre « relativement à là rébellion d'Irlande, et les « moyens de pourvoir à la sûreté de l'Angle- « terre. » Il fut résolu , dans le comité*, i**. qu'on formerait aussitôt un fonds de 5o,ooo livrés, empruntées pour cet effet à la cité de Londres, sur le crédit public ; 2**. qu'on nommerait un comité pris dans les deux chambres, pour examiner les

affaires d'Irlande ; 3<». qu'Owen ô Conelly , qui avait découvert cette grande trahison , recevrait actuellement une gratification de 5oo livres , et qu'il lui serait alloué une pension de 200 livres de rente , jusqu'à ce qu'on eût acquis pour lui un fonds de terre d'une plus grande valeur ; 4*- q^^ dans les difierens comtés d'Angleterre^ on s'assurerait des gens de qualité papistes ; 5*. que personne 9 si ce n'est les marchands , n'aurait la permission de se rendre en Irlande^ sans un certificat du comité chargé des affaires d'Irlande*

On fit là-dessus un rapport aux deux chambres qui adoptèrent avec empressement les décisions du comité , dans les deux jours qui suivirent la nouvelle de la rébellion; et, malgré les troubles qui commençaient à s'élever en Angleterre^ durant tout le mois de novembre, on consacra une portion de chaque jour à la discussion des affaires d'Irlande. Dans les quatre premiers jours du mois on s'occupa de la secourir par des envois considérables d'argent, de vivres et de munitions de toute sorte. On prit les moyens nécessaires pour lever les troupes dont ce royaume pourrait avoir besoin , et rassembler les vaisseaux nécessaires à la garde des côtes , comme on le peut voir plus en détail dans les registres du parlement.

Tandis que le parlement d'Angleterre s'occupait à mettre ordre aux affaires de l'Irlande ensanglantée, il arriva d'autres lettres des lords-

juges SOUS la date du 5 novembre. Elles furent communiquées aux deux chambres ^ qui y dans la chaleur de leur zèle sur cette affaire, votèrent une levée de 200,000 liv. , destinées à réprimer la rébellion d'Irlande, pourvoir à la sûreté de l'Angleterre et payer la dette publique. Il fallut, pour cela , avoir recours à la cité de Londres , car les levées dans le royaume auraient été un moyen trop lent pour l'urgence où on se trouvait; et, afin d'encourager la cité à ce prêt, on ordonna qu'il lui serait donné des sûretés pour l'argent qu'elle avait déjà prêté , et que l'intérêt du tout lui serait payé au taux élevé de huit pour cent. Tandis que le parlement d'Angleterre travaillait ainsi avec activité à porter secours à l'Irlande , cette horrible rébellion s'étendait rapidement et en tous sens dans ce malheureux royaume. Chaque jour de nouveaux comtés se joignaient aux premiers révoltés ; nombre de lords et de gentilshommes demeurés plusieurs jours à Dublin, sans qu'on les soupçonnât, allèrent dans les provinces se ranger parmi les rebelles, et prendre part à ces cruautés. Les lords-juges et le conseil - privé , déjà assez empêchés à pourvoir à la sûreté de Dublin , à ravitailler le château et à se mettre en défense contre les dangers qui menaçaient la ville, virent encore ces difficultés augmentées par les terreurs des malheureux dépouillés qui s'y rendaient en foule.

Cependant , malgré tous ces embarras , les soins du conseil-privé ne se bornèrent pas à la seule ville de Dublin. Comme on avait dans le château un magasin d'armes ^ on résolut de s'eo servir pour résister aux rebelles en d'autres lieux. On fit un heureux emploi de quelques-unes de ces ces armes^ en les remettant aux mains de sir Henri Tichburne, de sir Charles Coote et de plusieurs autres , qui , à leur éternel honneur , rendirent de très-grands services. Mais une autre partie des armes reçut un emploi plus funeste que ne l'aurait été leur perte; car on les distribua aux lords et gentilshommes du district anglais , qui se déclarèrent bientôt pour les rebelles, et firent usage des moyens qu'on leur avait donnés , contre ceux qui les avaient mis entre leurs mains. Cç district anglais est une vaste étendue de terre, dont les Anglais avaient pris possession lors de la première conquête de l'Irlande, et qu'ils avaient toujours habité depuis. Il contenait plusieurs comtés, comme ceux de Dublin, Meth, Lowth, Kildare, etc. Les lords du conseil avaient cru pouvoir confier à ces lords et gentilshommes des armes et des commandemens, bien que plusieurs d'entre eux fussent connus pour papistes, espérant que, s'il leur restait dans le cœur quelque loyauté , upe si grande marque de confiance aurait au moins le pouvoir de les empêcher de se joindre à l'ennemi, et que s'ils étaient fidèles, elle leur donnerait des

moyens de s'opposer aux incursions que l'on craignait de la part des rebelles du nord. Le conseil s'était cru d'autant plus autorisé à accorder sa confiance à ces perfides , qu'ils s'étaient rendus à Dublin de leur propre mouvement, protestant de leur fidélité avec les sermons les plus solennels, et déclarant qu'ils étaient prêts et empressés à secourir leurs seigneuries.

Mais telles étaient les cruelles calamités qui devaient accabler la malheureuse Irlande , que tous^ces lords papistes, malgré les sermons qu'ils avaient prêtés , eurent la perfidie , aussitôt qu'on leur eut confié des commandemens et des armes, de quitter leurs maisons , et de se déclarer ouvertement en rébellion. Au nombre de ceux-là furent le vicomte de Mongannet, Gbrmanston, Costeloe, Dillon, Birne, Bélier, Talbot et plusieurs autres.

La situation de Dublin devenait chaque jour plus déplorable , et l'affiiction des habitans sur les dangers qui les menaçaient eux-mêmes', n'était pas si grande que l'extrême douleur que la compassion leur faisait ressentir pour les malheureux Anglais qui venaient s'y réfugier. Dublin était l'asile de tous les protestans dépouillés, et, par conséquent, devenait le triste théâtre où aboutissait les récits de toutes ces horreurs. Tou& les crimes commis ailleurs y étaient rapportés et déplorés. Les yeux des habitans de Dublin leur attestaient assez la cruauté des rebelles , par la

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