CHAPITRE IL
Le Roi revient d^ Ecosse , et son retour est ma-^ gnifiquement célébré par la cité de Londres. Remontrance publiée par le parlement. Le Roi vient d la chambre des communes. Protestation des douze évégues; comment elle fut censurée par les lords et les communes. Divers obstacles s^ opposent à ce qu^on secoure V Irlande.
Laissons Flrlande se débattre contre ces lamentables calamités 9 et revenons aux affaires d'Angleterre. Vers ce même temps ^ environ à la fin de novembre 1641 ^ le Roi revint d'Ecosse, et fut reçu, fêté par la cité de Londres , et accompagné à son palais de Whitehall avec d'aussi pompeuses solennités et d'aussi magnifiques témoignages d'amour et de fidélité , qu'en eût jamais obtenu aucun roi d'Angleterre (i).
(1) "Ddin^ V Abrégé f May s'exprime, sur cette circonstance , avec beaucoup plus d'humeur , et en tire des inductions beaucoup plus hostiles contre le Kbi : « Tandis « que l'Irlande , dit-il , était dans cet état de désolation , le « Roi revint d'Ecosse , et fut reçu par la cité de Londres « avec la plus pompeuse solennité. La totalité des citèyens « rangés par compagnies , selon leurs diverses professions, « allèrent au devant du Roi à cheval , et en armes , et dans
Le Roi parut très-sensible à ces marques extraordinaires de l'affection publique , et il en témoigna sa reconnaissance à la cité^ en invitant peu de jours après les principaux de ses citoyens à Hamptoncourt où ils furent traites par lui^ et où plusieurs aldermen reçurent de lui le titre de chevaliers. Tandis que le Roi résidait à Hamptoncourt, la chambre des communes lui présenta une remontrance ou déclaration de Tétat du royaume où étaient exposés les principaux griefs et mesures oppressives sous lesquels la nation avait gémi depuis le commencement de son règne; mais on eut soin , comme cela peut se voir dans la pétition qui accompagna la remontrance, d^ap-
« le plus dispendieux équipage qu'on eût encore va , et « l'escortèrent à travers la ville jusqu'à son palais de Whi- « teball. Quelques personnes blâmèrent la cité de cette <« réception si codteuse , dans un si triste temps ; d'autres « espérèrent qu'elle pourrait gagner au peuple les douteun ses affections du Roi. Mais elle produisit sur leKoi un effet <« tout contraire. Il commença à penser que, quelque chose « qu'il fît", rien ne pourrait lui ôter l'amour de la cité , et « quelques-uns le flattèrent de l'espérance que la cité l'ai- « derait à enchaîner le parlement lui-même. En sorte qu'il « en devint plus dédaigneux envers le parlement , et pour « se rendre plus cher à la cité, il invita plusieurs des prin-* « cipaux citoyens à Hamptoncourt où il les traita et en fit « quolques-^uns chevaliers. « {Abrégé de Fhistoire du Long^ Parlement , dans la collection de M. Mazeres, t. i , p. 36. ) [NotedeVÈdit.)
porter dans Texpression de ces faits toutes les for- . mes d'affection et de respect compatibles avec de telles vérités. Toute la faute était rejetée sur les mauvais ministres qu'on désignait sous le nom de parti malintentionné.
Cette remontrance avait été débattue avec beaucoup de chaleur dans la chambre des communes y très-peu de temps avant que le Roi ne revînt d'Ecosse; et, lorsqu'elle fut votée, la chambre se trouva tellement divisée , qu'on ne l'emporta que de neuf voix. La discussion fut si longue et si vive, et les àrgumens produits pour et contre si nombreux , qu'on y passa non-seulement le jour, mais une grande partie de la nuit , et que la séance ne fut pas levée avant deux heures du matin (i).
(i) Le parti dominant n'avait cependant rien négligé pour faire adopter la remontrance à Vimproviste et presque sans débat. II avait essayé de persuader à un grand nombre de membres , que ce n'était au fond qu'une démarche comminatoire; que la remontrancene serait point publiée, et qu'elle avait pour unique objet d'intimider les malintentionnés en leur prouvant que la chambre ne les laisserait jamais prévaloir. Le 22 novembre , et sans que la chambre en*^ fût avertie , la séance étant déjà fort avancée , on proposa tout à coup de voter sur la remontrance ; lord Falkland et ses amis eurent beaucoup de peine à obtenir que le débat fut remis au lendemain matin. Cromwell , encore fort obscur , lui demanda pourquoi il insistait si vivement sur ce délai. « Pa^ce qu'il est trop tard , lui répondit lord Falkland , et qu'il y aura à coup sûr une discussion. — Uti« légère discussion , » reprit Cromwell ; le parti se flattait d'avoir réussi à prévenir