‹ Histoire du Long-ParlementChapitre 28 sur 36 · S56 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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Ceux qui tenaient pour la remontrance disaient^ comme ils Texprimèrent ensuite dans la pétition

toute opposition ou à peu près. La méprise était grande; car le débat, ouvert le lendemain à neuf heures du matin, dura jusqu'au jour suivant à midi. Un grand nombre de membres s'étaient retirés de fatigue , après avoir voté sur plusieurs amendemens; et lorsqu'on en vint au vote définitif, ta remontrance ne fut adoptée que pan Si) voix contre 148. M. Hampden fit aussitôt la motion que l'impression en fût ordonnée par la chambre ; ce qui amena un débat encore plus vif que le précédent. On vit alors que le parti ne voulait pas soumettre la remontrance à l'approbation de la chambre des lords , et que c'était un véritable appel aa peuple. M. Hyde (depuis lord Glarendon) s'opposa trèsvivement à l'impression , déclarant que si la motion était adoptée ^ il demandait à protester. M. Palmer et plusieurs autres se levèrent en désordre, criant tous à la fois qu'ils protestaient. Cependant la chambre s'étant calmée peu à peu , on convint , à deux heures après midi^ de remettre le débat sur l'impression au lendemain matin. « £h bien ! dit lord Falkland à Gromwell , en sortant de la chambre , y at-il eu un débat? — Je vous en croirai une autre fois, » dit celui-ci ; et se penchant vers son oreille : « Si la remontrance avait été rejetée, ajouta-t-il, j'aurais vendu demain tout ce que je possède et quitté l'Angleterre pour toujours ; et je connais beaucoup d'honnêtes gens qui en auraient fait autant^ >»

Sir Benjamin Rudyard dit en sortant que la remontrance était le verdict d'un jury affamé.

La remontrance fut présentée au Roi le 1 *^ décembre par un comité de onze membres , présidé par sir Ralph Hopton qui, le lendemain, fit à la chambre le rapport suivant : « Hier , dans la soirée , le comité chargé de se présenter à

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au Roi , « qu'ils n'avaient d'autre intention que « d'éclairer Sa Majesté, les pairs et tous ses

« Sa Majesté , se rendit à Hamptoncourt ; el sir Richard « Wynne informa Sa Majesté que nous étions là. Au bout « d'un quart d'heure , le Roi envoya un gentilhomme pour « nous appeler, avec ordre de ne laisser entrer que le comité « seul. Nous nous mîmes tous à genoux devant le Roi ; et en « Fabsence de celui d'entre nous que la chambre avait chargé « de cet office , je commençai à lire à genoux la pétition. « Mais Sa Majesté nous ordonna de nous lever , et je con- « tinuai debout ma lecture. La première observation que <( fit Sa Majesté , eut trait à cette partie de la pétition qui « accuse un parti de malintentionnés du projet de chan- « ger la religion. Le Roi dit avec une grande vivacité : — Si u quelqu'un a le projet de changer la religion , que le dia- « ble l'emporte, quel qu'il soit. — Je continuai, et lorsque j'en « vins au paragraphe qui met en réserve les biens des re- « belles d'Irlande, il plut à Sa Majesté de dire: — Ne dispose sons pas de la peau de l'ours avant de l'avoir tué. — La « lecture delà pétition achevée , le Roi manifesta le désir de « nous faire quelques questions : nous dîmes que nous n'é- « tîons point autorisés à rien dire de plus sur toute cette « affaire. — Bien , dit le Roi ; au moins vous pouvez parler « comme simples particuliers. La chambre a-t-elle intention « de publier cette déclaration? — Nous dîmes que nous ne « pouvions répondre à cela. — Eh bien ! reprit le Roi , je « suppose que vous n'attendez pas sur l'heure une réponse « à une si longue pétition. Je vous dirai donc que j'ai laissé « rÉcosse fort bien et en paix. Ils sont tous contens de moi, « et moi aussi d'eux. J'y suis resté plus long-temps que je K n'imaginais ; mais si je n'y étais allé, vous n'auriez pas « été sitôt quittes de l'armée. Je vous répondrai sur cette af- « faire-ci aussi promptement que le permettra sa gravité. —Il I. 17

cf loyaux sujets; qu'ils n'avaient pas dessein de a jeter le moindre blâme sur sa personne, mais « seulement de lui représenter combien on avait u abusé de son autorité royale et de sa confiance , « au grand préjudice et danger de Sa Majesté et « de tous ses bons sujets. »

Hors du parlement, plusieurs personnes attachées à l'opinion delà majorité , soutenaient dans les conversations que cette remontrance pouvait devenir utile, et que le Roi , qui peut-être ignorait jusqu'à un certain point tout le mal qui avait été fait, pourrait être amené par là non-seulement à la connaissance de ses erreurs passées , mais à une crainte salutaire d y retomber lorsqu'il verrait que les torts des princes dans le gouvernement ne manquent jamais d'éclater aux yeux du public.

M nous donna à tous sa main à baiser, et nous envoya ensuite « M. le contrôleur, qui nous ordonna , de sa part , de porter « à la chambre le vœu du Roi pour que la remontrance « ne fût pas publiée avant l'arrivée de sa réponse. » Malgré ce vœu, la chambre des communes la fit publier trois semaines après. {Histoire Parlementaire y tom^. 2, col. 987 — 943 ; Clarendon , Histoire de la Rébellion, t. 2 , pag. 246 et suivantes.) L'importance de cette remontrance qu'on doit considérer non-seulement comme l'exposé général des griefs du royaume , mais aussi comme l'acte décisif par lequel le parti populaire s'engagea irrévocablement et publiquement contre Charles P'. , nous fait un devoir de l'insérer dans les Eclaircissemens et Pièces historiques , ainsi que la. Réponse du Roi. ( Note de l'Editeur. )

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D'autres pensaient que cette remontrance , au lieu de re'gler à l'avenir la conduite du Roi , ne servirait qu'à lui rendre odieux ceux qui l'auraient faite ; il verrait en eux des censeurs de ses crimes, des hommes uniquement occupe's à ternir sa réputation auprès du peuple ; et tel fut en effet le sentiment du Roi , comme on en put juger par sa réponse. Il était, disait-on, plus convenable dans un moment oii la bienveillance du Roi pour le parlement était fort douteuse , de se le concilier en passant sous silence ses erreurs, que de l'irriter en les publiant, et il était peu sage d'entrer en contestation avec lui , à moins qu'on n'espérât changer ses dispositions , ou que le parlement ne fût assuré de son propre pouvoir et déterminé à en user.

Quant à moi, je ne porterai point de jugement sur tout ceci; et en vérité il est Impossible de juger sainement des choses par l'événement; un si malheureux génie présidait à cette époque ( car les historiens ont remarqué que chaque époque ayait son génie , aussi bien que chaque climat et chaque homme), qu'aucun effort ne tourna à bien, et que les actions ne produisirent point les légitimes effets qu'on en pouvait attendre.

Qui n'eût pensé que la magnifique et coûteuse fête que la cité de Londres donna au Roi , lui aurait fait chérir cette ville , et aurait amené des deux parts la confiance et la paix ? Mais il en ar-

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riva autrement: beaucoup d'ennemis du parlement répétèrent en tous lieux ^ comme chacun sait^ que la cité était dégoûtée de l'ennuyeuse obstination des deux chambres ^ et disposée à se joindre au Roi contre elles. Le Roi partagea-t-il ou non cette opinion ? c'est ce que je ne saurais décider. Cependant quelques-unes de ses actions donnèrent lieu de présumer qu'il avait conçu cet espoir. Il témoigna dans ses desseins contre le parlement plus de confiance qu'auparavant ^ et retira à quelques membres les charges qu'il leur avait conférées : aussi 4a cité ^ voyant quel maur vais usage on avait fait des bruits populaires ^ se vit-elle obligée de se déclarer dans une pétition aux deux chambres. « Des malveillans ^ y est-il (f dit y avaient interprété la tendre et loyale ré* (c ception que la cité avait faite au Roi^ comme « une preuve qu'elle était portée à se ranger ab- « solument de son parti , et à abandonner le par- « lement. Les habitans de ia cité professaient « -des sentimens tout contraires ; ils voulaient (c vivre et n^ouriravec lesd<eux chambres ^ pour « le salut de la république. »

Après cette démarche ^ la cité aussi bien que le parlement parurent désagréables au Roi et à la Reine.

Les craintes et les méfiances qui régnaienfi alors étaient d'une nahire bien plus sombre que celles des années précédentes. Deux ans auparavant le

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peuple craignait de ne jamids voir un parlement tant que le Roi vivrait ^ maintenait il commençait à craindre qu'aucun parlement ne put sauver FÉtat.

A cette époque devint pleinement manifeste la fatale rupture du Roi et du parlement , et chaque jour s'élargit un abime que rien ne devait combler , jusqii'au moment où le royaume eîiitter serait plongé peu à peu dans une guerre déplorable. Aucune confiance ne régna plus dans les relations du Roi et de cette haute cour. Chaque jour leur apporta de noureatix motifs de division» A chaque occasion étaient publiées des déclarations réciproques ; et bien que la forme en fût d'ordinaire adoucie ^ de la part du Roi par des expressions de bienveillance, de la part des chambres par des protestations d^attachement , cependant le fond en était amer , et ne contenait guère que des reproches mutuels.^ les événemens successifs envenimèrent par degrés le ton de cette correspondance, à tel point qu'elle fit bientôt tristement pressentir la guerre dénaturée qui devait la suivre.

En réponse à la remontrance dont j'ai parlé , le Roi publia une déclaration pour la défense de son gouvernement et de son honneur; il envoya en même temps un message au conseil commun de Londres pour se plaindre des réunions turaul-. tueuses- des gens de la cité , qui se formaient

chaque jour auprès de Westminster , occasion- ' nant des de'sordres sur cette place , et autour' de son palais de Whitehall.

Le peuple^ en effets dans ces temps de me'fîance et d'alarmes ^ avait coutume de se re'unir par bandes , pour présenter aux chambres des pétitions , où il protestait du dévouement qu'il leur portait. Les soupçons devinrent tels, que le même jour où le Roi envoya à la cité le message que je viens de rapporter , la chambre des communes s'adressa au Roi, pour lui demander une garde de sûreté. Il y avait, disait-elle, un parti de malintentionnés profondément irrités contre les chambres, qui prenait chaque jour plus de confiance avec plus de force , et en était venu à ce degré d'audace de se répandre en discours menaçans contre le parlement lui-même; la chambre suppliait donc le Roi de lui accorder une garde prise dans le sein de la cité, et commandée par le comte d'Essex, lord-chambellan de la maison de sa majesté , dont la fidélité au Roi et à l'Etat n'avait jamais été mise en question.

Le Roi se refusa à cette demande , mais en promettant solennellement, « et sur sa parole de « Roi , qu'il veillerait à la sûreté du parlement « et de chacun de ses membres , avec autant de « soin qu'à la sienne propre et à celle de ses en- « fans, et que si cette assurance générale ne suf- « fisait pas pour dissiper leurs appréhensions , il

« leur donnerait une garde pour veiller à leur « porte , aussi vrai qu'il répondrait devant Dieu « de ce qui pourrait arriver (i). »

Le lendemain de cette réponse^ le 4 j anvier 1 642 , le Roi donna malheureusement à tout le public un juste motif de penser que les me'fiances du parlement n'étaient pas sans sujet. Ce jour-là ^ le Roi se rendit en personne au parlement , accompagné d'un grand nombre de gentilshommes , soldats et autres, armés de pistolets et d'épées, au nombre d'environ trois cents , qui montèrent jusqu'à la porte de la chambre des communes , et en occupèrent toutes les avenues. Le Roi entra dans la chambre, et demanda qu'on lui livrât cinq de ses membres : « Ces cinq membres sontils ou ne sont-ils pas ici? » dit-il ens'asseyant dans le fauteuil de l'orateur. L'orateur , M. William Lenthall, répondit fort sagement au Roi u qu'il n'avait point d'yeux pour voir , et point

(i) Le Roi, à son retour d'Ecosse, avait ordonné le ren- Toi de la garde que le parlement s'était fait donner en son absence , bien que les deux chambres insistassent de concert pour qu'elle fût conservée. Le 29 décembre ( 1641 ) , les communes demandèrent aux lords de se joindre à elles pour demander au Roi une garde nouvelle , mais les lords s'y refusèrent; et , sur ce refus, la chambre des communes se décida immédiatement (le 3i décembre) à présenter , pour son compte, la pétition isolée à laquelle le Roi répondit dans les termes que rapporte May. {Histoire parlement n ire , tora. 2 , col. 940 , 99^ , looi . ) (Note de r Editeur. )

« de langue pour répondre, à moins quHl n'en

« reçût Tordre de la chambre (i). m

Les membres que demandait le Roi étaient : M. Denzill HoUis , second fils du comte de Clara, sir Arthur Haslerig, M. Pym, M. Hampden et M. Strode , tous hommes d'une grande considération dans la chambre. Deux d'entre eux , M. Hollîs et M. Strode, avaient souffert par ordre du Roi, et à raison de leur conduite dans le parlement de la quatrième année de son règne , un dur emprisonnement de plusieurs années , ce qui était contraire aux privilèges de cette haute cour. Le jour précédent , le Roi, par l'entremise de son avocat -général , sir Edward Herbert, membre lui-même de la chambre des communes, avait demandé qu'on lui livrât ces cinq gentilshommes , et envoyé un sergent d'armes pour les arrêter. Il voulait , disait-il , intenter contre eux et contre lord Kimbolton , fils aîné du comte de Manchester et ijnembre de la chambre des lords (2),

(i) May a omis , sur cet important événement , des détails curieux et dramatiques ; on les trouvera dans le récit de Rushworth que nous publions dans les éclaircissemens historiques. Rushworth était alors l'un des clercs de la chambre et vit tout ce qui se passa. {Note de F Editeur, )

(2) Lord Kimbolton était présent à )a chambre des pairs au moment oii l'avocat-général y présenta l'accusation dont il était l'objet ; il se leva aussitôt , disposé, dit-il , à obéir à tout ce qu'ordonnerait la chambre , mais demandant que

une accusation de haute trahison et autres crimes sous les chefs suiyans :

sa justification fût publique comme son accusation venait de l'être. La chambre , dit Clarendon , parut saisie de stupeur par cette démarche du Koi , et elle se donna jusqu'au lendemain pour en délibérer , afin de voir ce que feraient ses maîtres^ messieurs de la chambre des communes. Ce silence universel des pairs fut d'autant plus remarquable ^ que lord Digby avait promis au Roi qu'aussitôt après l'accusation intentée par l'avocat-général , il ferait lui-même la motion d'envoyer lord Kimbolton en prison. S'il eût tenu sa parole , un violent débat se serait élevé dans la chambre, et beaucoup de pairs auraient, à coup sûr, adopté l'avis de lord Digby; mais il se montra, au contraire, plus étonné et plus troublé que personne de l'accusation de l'avocatgénéral. Se trouvant assis dans ce moment près de lord Kimbolton , avec qui il affectait de vivre dans une grande intimité , il lui dit tout bas, avec une émotion apparente et une profonde dissimulation : « Le Roi est bien malheureu- « sèment conseillé; mais j'aurai moi-même bien du mal- « heur ou je saurai de qui est venu ce conseil ; je vais , sur- « le-champ , trouver Sa Majesté pour m'en informer et « prévenir les tristes conséquences de tout ceci ; » et il sortit en effet de la chambre. Or , lord Digby 5eul avait donné au Roi ce conseil; c'était lui qui lui avait désigné les hommes qu'il fallait accuser , et notamment lord Kimbolton , contre qui il y avait beaucoup moins à dire que contre bien d'autres ;. il s'était même engagé à prouver que lord Kimbolton avait dit à la multitude, attroupée autour du parlement , qu'elle ferait mieux d'aller à Whitehall. Lorsqu'il vit le mauvais succès de l'accusation dans les chambres et le mécontentement général qu'elle leur inspirait, il. conseilla au Roi de se rendre le lendemain à Guild-Hall ( Thôtel de ville de la

I*. Qu'ils ayaient tenté de renverser le gouver- ^nement , de dépouiller le Roi de son pouvoir légal, et de placer ses sujets sous un pouvoir arbitraire et lyrannique ;

2°. Qu'ils avaient tenté par d'odieuses calomnies contre le gouvernement du Roi , d'aliéner de lui l'affection de son peuple ;

5*. Qu'ils tentaient de soulever l'armée contre les ordres du Roi , et de l'attirer dans leurs perfides desseins ;

4^. Qu'ils invitaient et encourageaient traîtreu-

cilé de Londres) et d'informer le maire et les aldermen des motifs de sa conduite. Il l'engagea en même temps, pour ne point paraître abattu ni embarrassé de ce qui s'était fait, à faire préparer, dans la nuit, une proclamation qui défendrait à toute personne de recevoir ou cacher les membres accusés ; on savait bien déjà qu'ils étaient tous réunis , et sans aucune crainte pour leur sûreté personnelle, dans une maison de la cité. Tout cela fut fait sans être communiqué h qui que ce soit , et lord Digby seul en fut l'auteur. Il faut dire, à la vérité , qu^il offrit d'en prendre sur lui tous les périls ; car il proposa au Roi d'aller , avec une compagnie de gentilshommes , arrêter les membres accusés dans la maison oii ils étaient cachés , et de les lui amener morts ou vifs ; mais le Roi n'aimait pas les coups de main de ce genre. { Histoire de laRébelUon, tom. 2, pag. 33 1 .) Cette dernière circonstance ne s'accorde guëres avec la dissimulation dont avait usé lord Digby dans la chambre des pairs, au moment de l'accusation ; cependant Clarendon l'affirme positivement , et rien d'ailleurs n'autorise à en douter.

( Note de V Editeur. )

sèment une puissance étrangère à envahir le royaume d'Angleterre ;

5^ Qu'ils travaillaient traîtreusement à détruire les droits et l'existence même du parlement;

6". Qu'ils voulaient par la force et la terreur , contraindre le parlement à les seconder dans leurs criminels desseins ,* et qu'à cet effet , ils provoquaient et soutenaient des réunions tumultueuses contre le Roi et le parlement ;

7*. Qu'ils avaient traîtreusement médité d'exciter, et excitaient en effet, la guerre contre le Roi.

A la réception de cette demande, la chambre des communes , voulant prévenir toute violation des privilèges parlementaires, décréta « que si quelqu'un se rendait à la demeure de « quelque membre de la chambre et voulait « mettre le scellé sur son appartement ou ses pa- (( piers , ou se saisir de sa personne , le membre « menacé pouvait requérir la protection du cons- « table et se placer sous sa garde jusqu'à ce que « la chambre y eût pourvu. On décréta égale- (f ment que si quelqu'un méditait d'arrêter ou « de détenir un membre de la chambre , avant « d'en avoir informé la chambre et reçu ses or- « dres à cet effet , ledit membre ou quiconque « viendrait à son secours, aurait droit de se « mettre en défense et de résister , conformément (( à la protestation qui avait été faite de défendre K les privilèges du parlement. »

Tout cela s'était passe la veille du jour où le Roi entra en personne dans la chambre des communes. Les cinq membres ayant eu quelque vent de ce qui les menaçait ^ s'étaient absentés du consentement de la chambre. Le Roi ne les trouvant pas y s'adressa à la chambre du fauteuil de l'orateur oii il était assis ^ et dit : a qu'il était très-fôw ch4 de ce qui arrivait; qu'aucun roi d'Anglç- « terre n'avait jamais eu pour les privilèges du w parlement plus de respect qu'il n'en voulait téii moigner; tnais que ces cinq membres étaient H des hommes dangereux ; que y sur sa parole de i< Roi y il ne méditait aucune violence ; qu'il vou^ « lait procéder contre eux franchement et légale- « ment; que puisqu'il ne pouvait accomplir le i< projet qui l'avait amené , il ne les dérangerait « pas plus long-^temps ; mais qu'il espérait qu'aus- « sitôt que ces cinq membres reparaîtraient dans H la chambre , la chambre les remettrait entre ses r< mains; sinon, qu'il prendrait soin lui-même de « les découvrir. »

Une si étrange violation des privilèges du parlement fut aggravée par plusieurs circonstances. Déjà la veille 3 janvier, et malgré la déclaration ci-dessus mentionnée de la chambre des communes y les scellés avaient été apposés y en vertu d'un ordre du Roi , sur les appartemens , cabinets et papiers de ces cinq membres. Sir William Killigrew, sir William Flemen et d'autres avaient

été chargés de cette mission. Deux jours après, le 6 janvier, le Roi publia une proclamation pour ordonner Farrestation et Femprisonnement des cinq membres , insinuant que s'ils avaient pris la fuite et refusé de se soumettre à la justice , c'est qu'ils avaient la conscience de leur crime.

Sur quoi, la chambre des commune^ publia quelques jours après , pour soutenir ses privilèges, une déclaration où la proclamation du Roi, désignée sous le titre diun papier imprimé , est déclarée fausse, scandaleuse et illégale, et où Ton avertit les membres de la chambre des communes que, nonobstant ledit papier imprimé, et tout warrant ou toute autre attaque dirigée contre eux ou quelqu'un d'eux , ils n'en peuvent et doivent pas moins continuer à se rendre à la chambre des communes et dans ses difFérens comités ; que tout le monde peut également loger , communiquer et converser avec eux ou chacun d'eux; et que quiconque serait poursuivi pour ce fait , serait sous la protection et le privilège de la chambre.

La chambre des communes déclarait, en outre, que la publication des différens articles composant une accusation de haute trahison contre lord Kimbolton et les cinq membres susdits, faite au nom du Roi dans le Temple et autres lieux, par sir William Killigrew, sir William Flemen et autres, était une haute violation des privilèges dur parlement , un grand outrage fait au Roi et à son gou-

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vernement, un acte séditieux tendant manifestement à troubler la tranquillité du royaume, une injure et une insulte faite à des membres contre lesquels il n'y avait ni charge légale , ni aucune espèce d'accusation.

A l'occasion de ce que contient cette déclaration à l'égard du Temple , nous ne devons pas omettre que vers le même temps, grâce au malheureux esprit de division qui régnait dans toutes les classes , il se trouva des gens qui n'aimant pas le parlement , allèrent de tous côtés persuadant aux jeunes étudians duTemple, d'offrir leurs services au Roi en qualité de gardes, dans le cas où sa personne serait menacée de quelque danger j en sorte que plusieurs de ces jeunes gens, pour se mettre en faveur, allèrent à la cour et furent très-bien reçus du Roi et de la Reine.

Le parlement déclara en même temps qu'une telle violation de ses privilèges et des libertés des sujets ne pouvait recevoir une suffisante réparation, s'il ne plaisait à Sa Majesté de révéler les noms de ceux qui lui avaient persuadé i**. de donner des warrants pour que le scellé fût mis sur les appartemens et cabinets des cinq membres; ^®. d'envoyer un sergent d'armes à la chambre des communes pour demander qu'oa les lui livrât; 3". de donner l'ordre de les arrêter ; 4°- de venir à la chambre en personne ; 5°. de publier des articles en forme de proclamation contre lesdits

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membres ; Tintention du parlement était que les personnes qui avaient conseillé au Roi ces actions reçussent le châtiment qu'elles méritaient.

En conséquence, les chambres suppliaient humblement Sa Majesté de vouloir bien satisfaire à ces justes et légales requêtes, en leur faisant connaître ceux qui l'avaient conseillée ; car ce genre de satisfaction a été assuré aux chambres par deux statuts portant que , si pendant la durée du parlement le Roi accuse un de ses membres d'un crime quelconque, il doit déclarer au parlement quels sont ceux qui lui ont conseillé cette démarche. Le Roi s'y refusa ; sur quoi la chambre des communes interrogea l'avocat -général, sir Edward Herbert, qui avait publié ces articles. Il n'avoua rien relativement à aucune autre personne , mais déclai'a seulement avoir reçu l'ordre du Roi lui-même, et ne savoir rien autre chose. Le Roi rendit le même témoignage sur son avocat -général, dans une lettre adressée au lord-garde du sceau ; il le justifiait en disant qu'il n'avait fait que remplir le devoir d'un serviteur. Mais le parlement en jugea autrement, et pensa que sir Edward Herbert avait violé les privilèges du parlement en publiant ces articles, et commis un acte illégal. Sur quoi il fut envoyé en prison.

Cette conduite du Roi affligea excessivement tous les protestans honnêtes ; elle devenait sur-

tout funeste dans un temps où les malheureuses affaires d'Irlande requéraient de prompts et puîssans secours ; ces déplorables divisions , retardant nécessairement les mesures à prendre , menaçaient jla cause des protestans d'une ruine totale (i). La cité de Londres n'y fut pas moins sensible que le reste, et, dans ses profondes et

(i) Daas V Abrégé ^'^^y impute plus clairement au Roi le dessein de mettre par là empêchement à l'envoi des secours nécessaires à l'Irlande. « Ce fut une étrange chose , dit-il, de voir cette grande violation des privilèges du parlement tomber à une telle époque, et pour distraire l'attention du royaume des secours que réclamait l'Irlande. On s'en plaignit de tous côtés , et l'on se rappela des propos des rebelles, rapportés par quelques pauvres protestans qui s'étaient sauvés d'Irlande. Les Irlandais disaient hautement qu'on avait bien tort de fuir en Angleterre dans l'espérance d'y vivre plus en sûreté, car ce royaume devait être bientôt en aussi mauvais état que FIrlande ; que le Roi avait le proj«t de se séparer du parlement et de lui déclarer la guerre , et que comme alors ils auraieut fini leur affaire en Irlande, ils iraient aider le Roi contre le parlement. >» ( Abrégé àe May , dans la collection de M. Mazeres , tom. i, pag. 38.) Les malheurs de l'Irlande étaient, dans ces temps de calamité , ce qui avait le plus frappé l'imaginatioa du peuple, et l'un des moyens dont on s'était servi pour l'animer contre le Roi ; mais ce fut seulement lors de son procès qu'on en fit contre lui une accusation positive ; aussi dans V Abrégé y May abandonne-t-il plusieurs fois la réserve avec laquelle , dans V Histoire , il avait seulement jeté sur Charles des soupçons de complicité. ( Note de VÈdit. )

tristes appréhensions ^ elle présenta aa Roi une pétition pour lui exprimer toutes lès craintes dont elle était pénétrée. La pétition roulait sur ce que (c Sa Majesté avait ôté à un homme d'hon-- (( neur et de confiance la charge de lieutenant dç i< la Tour (i); qu'elle avait mis Whitehall sur

(i) Le Roi avait oté la lieutenance de la tour à sir Wilrliam Balfour , dont il se méfiait , pour la donner au colonel Lunsford. La chambre des communes prit feu aussitôt, et demanda aux lords de se réunir h elle pour présenter au Roi une pétition contre cette nomination. Le colonel Lunsford était , disait-OB, nn- homme Hcencieux , ruiné 9 et sa religion était fort suspecte, car , pendant qu'il était à l'armée, il avait refusé d'aller à l'église ; la chambre des communes démandait qu'on nommât à sa place sir John Conyers» Les lords refusèrent de se joindre à la pétition des communes 9 disant ({ue c'était empiéter sur la prérogative royale ; les communes ne se tinrent pas pour battues , et votèrent sur-le-champ que le colonel Lunsford était, à leur avis , indigne d'occuper le poste de lieutenant de la Tour , attendu qu'il n'avait pas la confiance des commune^ d'Angleterre. Les lords engagèrent sous main le Roi à eu nommier un autre ; Lunsford donna sa démission et fut remplacé par sir John Byron : « Ce n'était pa's , dit Glaren- « don , celui qu'avait recommandé le parti ; mais il ne s'en « réjouit pas moins de voir les conseils du Roi si mobiles ; « il avait prouvé sa puissance. » Il en fit bientôt une plus complète épreuve. Le 11 janvier 1642, la chambre des communes demanda l'éloîgnement du nouveau lieutenant de la Tour , disant que les bourgeois de la cité , pleins de méfiance contre lui , retiraient leurs lingots de la monnaie, fermaient leurs boutiques et abandonnaient leur com-

« un pied extraordinaire de défense , par le nonnes bre des hommes et des munitions qu'elle y avait (c renfermés ; que quelques-uns de ces hommes i( avaient attaqué par des discours insultans et li blessé à coups d'épée des citoyens désarmés qui a passaient près de ce lieu. » Four expliquer cette partie de la pétition , le lecteur doit être informé que le Roi^ le lendemain de son entrée dans la chambre des communes y s'était rendu en voiture daùs la cité de Londres, où on lui avait dit que s'étaient retirés les cinq membres ; et que là, les citoyens, se pressant en foule autour de sa voiture , l'avaient humblement supplié de vouloir bien s'accommoder avec son parlement, et n'en pas enfreindre les privilèges (i). Le Roi, voyant bien de quel côté se tournaient les affec-

merce ; elle insista pour la nomination de son candidat sir John Gonjers. La chambre des lords refusa encore d'adhérer à cette pétition ; mais elle céda enfin k des instances réitérées ; et le Roi cédant à son tour aux deux chambres , leur annonça , le 1 1 férriet , qu*il venait de nommer sir John Gonjers lieutenant de la Tour , à la place de sir John Byron. ( Hist, parlementaire , tome 2 , col. 982, 1029, 1087; Hist. delaréùel.y tom. 2, pag. 284-) ( Note de VÉdit. )

(1) Ges supplications n'avaient pas été si humbles ni si paisibles que May le prétend. Dès qu'on sut dans la cité la tentative du Roi contre les cinq membres , le peuple prit soudainement les armes , et malgré les efforts du lord-maire^

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tions de la cité, retourna à Whitehall, ou il demeura environ une semaine. Durant ce temps ^ je ne saurais dire par quel conseil ou par quelle intention, il s'y composa une petite suite militaire de gentilshommes et autres qui , ainsi qu'il est déclare dans la pétition, insultèrent plusieurs citoyens qui passaient près de Whitehall. La cité se plaint aussi, dans sa pétitioïi, « des manœuvres dernièrement employées à l'é- K gard des étudians du Temple ; de Fintroduc- « tien , dans la Tour, de plusieurs canonniers et « autres auxiliaires file la découverte faite der-

sir Richard Guroey , pour apaiser la fermeDtation , la multitude passa la nuit à courir les rues en criant « que « les cavaliers allaient venir mettre le feu à la cité , et que «le Roi était à leur tète. » Le lendemain matin, le Roi »c rendit au conseil commun et s'efforça de regagner I« ^ bienveillance des bourgeois ; il dit à l'un des shérifls les plus prononcés qu'il voulait dîner chez lui » et y alla dîner en effet le même jour ; mais tout cela réussit peu. Quand le Roi traversa la cité , la multitude se pressa, autour de sa voiture , réclamant à grands cris les priMéges du parlc'^ ment ! les privilèges du parlement ! On entendit même ce cri plus menaçant : à vos tentes ^ Israël! Pendant ce temps, les cinq membres étaient cachés dans une maison voisine de celle oii siégeait le comité que la chambre des communes venait de nommer pour délibérer sur cette affaire ; et des personnes affidées allaient et venaient sans cesse pour prendre et transmettre leurs directions. {Hist, de ta rébelL , tome 2 , page 333 j 338. )

{Note detEdit.)

!àf6 HISTOÏRE

K nièrement de divers ouvrages d'artifice entre H les mains d'un papiste. Mais , disait-on ^*ce qui « augmente par-dessus tout nos craintes , c'est la «c démarche qu'a faite dernièrement Votre Maie jesté en se rendant à la chambre des communes y u suivie^ outre sa garde , d'un grand nombre « d'hommes armes , pour y saisir plusieurs mem- H bres de cette chambre^ au risqued'exposer votre «c personne sacrée 9 ainsi que les personnes et pri- (f vilëges de cette honorable assemblée. Le résulte tat de ces inquiétantes circonstances menace H non'-seulement d'une entière ruine le comw mcrcede la cité et du royaume , malheur dont « les pétitionnaires se ressentent déjà profonu dément^ mais aussi la religion protestante^ les w vies et libertés de tous vos loyaux sujets. Les (( pétitionnaires supplient donc très-humblement u votre sacrée Majesté de pourvoir à ce que y « parles avis de votre grande assemblée du parce lement^les protestans d'Irlande soient promp- (( tement secourus y la Tour remise entre les « mains de personnes de confiance y et qu'éloi- « gnant toute persomie Suspecte et inconnue d'au- « tour de Whitehall et de Westminster, Votre (c Majesté fornie , pour sa sûreté et celle du parle- « ment, tme garde qui soit connue et approuvée ff du public; enfin que le lord Kimbolton et les « cinq membres de la chambre des communes^ « dernièrement accusés , soieût laissés en liberté

« ou qnfon procède contre eux d'une manière qui tf n'ait rien de contraire aux privilèges du paru lément.^ )^

Le Roi^ bien qu'il trouvât^ comme il le dit lai-même , cette pétition tout-à-fait inusitée y voulait satisfaire la cité^ et lui répondit gracieusement sur tous les points. Il avait ^ ditril 9 montré sur les affaires d'Irlande autant de sollicitude qu'il était possible^ et ne manquerait pas d'en montrer autant à l'avenir;. ce qu'il avait fait relativement à la Tour^ en déplaçant un homme de confiance pour jsnjmettre- à.sa. place un autre d'une réputation sana nuages , avait eu pour objet de dissiper les craintes témoignées auparavant par les habitans même de Londres; quant aux préparatifs de défense qu'il y avait faits^ il& avaient autant pour objet la sûreté et l'avantage de la cité , que celui de sa propre personne. IL allégua y pour se justifier d'entretenir une garde à Whitehall^ l'affluence désordonnée et tumultueuse de peuple qui s'était portée à Westminster^ et avait mis en danger sa royale personne ^ sans que les lois donnassent contre ce péril aucun moyen de répression. Si des citoyens avaient été blessés , il était certain que cela était arrivé par leur propre faute; il ne connaissait pas^ dit-il ^ d'autre manœuvre employée envers les étudians du Temple, que de leur avoir fait entendre gracieusement qu'il acceptait l'offre de leurs loyales affections >

HjS HISTOIRE

et les encourageait à la lui conserver en toute occasion; il n'avait nulle connaissance d'aucun ouvrage d'artifice trouvé entre les mains de papistes. Quant à la chambre des communes ^ il n'y était point allé dans l'intention d'user de violence, quoique la violence même eût pu se justifier en ce cas, car il était certain que les privilèges du pariement ne s'étendaient pas au cas de trahison , et qu'on pouvait prouver claii'ement que les cinq membres en étaient coupables ; on le ferait connaiti^ au public quand il en serait temps , et il serait procède contre eax conformément aux lois. Après avoir répondu à cette pétition^ le Roi informa le parlement , par un autre message y qu'il renonçait pour le moment à la poursuite des cinq membres, et, dans le même temps, il répondit favorablement aux pétitionnaires du comté de Buckingham , qui vinrent , au nombre d'environ deux mille , solliciter en faveur de leur député M. Hampden , gentilhomme tenu en grand honneur par eux et par la plus grande partie du royaume (i). Ils demandaient, dans cette

(i) Il est fort à regretter que May ne donne presque jamais aacun détail sur le caractère et le genre d'inflaence politique des hommes importans avec qui il avait vécu. On s'étonne , par exemple , qu'il parle si rarement et si sèchement de M. Hampden , sans contredit Tun des chefs les plus éminens du parti populaire. Pour suppléer à cette lacune , nous insérons , dans les éclaircissemens historiques ,

pétition , que M. Hampden , et ceux qui se trouvaient ayec lui sous le poids de la même accusation , pussent jouir des justes privilèges du parlement.

Les citoyens avaient alors coutume de venir en grand nombre à Westminster présenter des pétir fions au parlement. Quelles que fussent les intentions de ceux qui venaient ainsi , cette habitude devint funeste au bien de l'État. Quoique les pétitionnaires fussent sans armes , et que les ami$ du parlement n'en pussent coocevoir aucune crainte , ceux qui ne se sentaient pag hien dans Fesprit du peuple en prirent une occasion ou un prétexte de frayeur, et soutinrent que cette nombreuse affluence de peuple troublait le royaume et gênait eh quelque sorte la liberté des chambres; les ^ûs de la basse classe étairt trè8**disposés à insulter de paroles ceuix qu^ils ne regardaient pas comme affectionnés au bien public , de quelque rang qu'ils pujssent être. Quelques-uns prirent occasion de là pour justifier Tétabli^seiAeiit 4'une garde à Whiteliall ^ et ensuite pour /excuser le Roi de ce qu'il ne se montrait pas au parlement (i).

]e portait de ce patriote célèbre , far Gkrendoa y qm ex* cdkût à bien observer les caractères iadividuels et qui , malgré les préventioiis de p^rti , ne manque pas tout-à-fait de fustice envers ses adversaires. (Nûte de l'éditeur, )

(i) €e fut dans ces fréquentes altercations des volontaires qui se rendaient à Whitehall pour servir de garde au Koi ,

a8o HISTOIRE

Celait sur les mêmes bases qu'environ une semaine ayant la pétition de la cité> les douze ëvêques avaient dresse la pétition et protestation qu'ils adressèrent à Sa Majesté et aux pairs. En Toici le contenu :

(c Us protestent avoir en abomination toutes « actions ou opinions tendantes au papisme et

et de la multitude qui se rassemblait en tumulte , que naquirent, selon Glarendon , ces dénominations âe cavaliers et de têtes rondes {round-^ieads) , qui bientôt furent appliquées, d'une manière générale , an parti du Roi et à celui du parlement. ( Histoire de la Rébellion , tom. s , pag. 2^6.) Wbitelocke ne rapporte l'origine de ces noms qu'à la première année de la guerre civile ; mais c'est probablement de leur extension qu'il veut parler. {Mémoires de Whilelocke, pag. 57. ) Quant à la gravité de ces querelles et à l'impunité des émeutes, on en a déjà vu des preuves. Il est évident que la cbambre des communes n'osait ni ne voulait même réprimer les excès de son parti ; la chambre des pairs insista plusieurs fois pour obtenir une déclaration qui blâmât du moins , au nom du parlement , de semblables désordres ; mais les meneurs de la cbambre dçs communes répondirent toujours qu'ifs se garderaient bien de décourager leurs amis , car ils avaient besoin de toutes sortes d'amis. « A Dieu ne plaise, dit M. Pym, que nous em- « péchions le peuple d'obtenir , par cette voie , ce qu'il a si « juste raison de demander. » (Histoire parlementaire , tom. 2, col. 986. ) Les presbytériens honnêtes et sincères, qui n'étaient point initiés aux pratiques des meneurs, élevaient de temps en temps la voix pour réclamer ie maintien de l'ordre légal. et la répression des têtes rondes aussi bien que des cay^aliers. On en voit un exemple dans un

DU LONG PARLEMENT. ^Bl

« tout projet malveillant contre l'État ; mais ils « ont le désir et l'intention d'accomplir leur «t devoir dans le parlement; cependant ^ comme « en se rendant à ce devoir^ ils ont été violemment « menacés ^ insultés et mis en danger de la vie « par la multitude^ et que la plainte qu'ils en ont « faite n'a pu leur procurer ni réparation ni pro- « tection , ils protestent humblement devant « Sa Majesté et les nobles pairs que , se réservant « tout droit de siéger et voter à d'autres époques ^ c( dans la chambre des pairs ^ ils n'osent ni sié- « ger, ni voter en cette chambre ^ jusqu'à ce que a Sa Majesté leur ait donné les moyens de le faire « avec sûreté. Et , comme ce ne sont pas des « craintes vaines ^ mais fondées sur des motifs « solides et véritables, ils protestent en toute (( soumission et humilité , devant Sa Majesté et tf les pairs, contre toutes lois, ordres, votes, ré- « solutions et déterminations qui ont déjà passé k (( la chambre , en leur absence , depuis le 27 de « ce mois de décembre 1641 > comme nuls et « de nul effet , et contre tout ce qui pourra y

discours prononcé, le 29 décembre 164 1 » par M. Smith { Histoire parlementaire , tom. 2, col. 987) ; mais l'impolsien révolutionnaire était donnée ; elle devait , plus tard , jeter le Long-Parlement et ses chefs dans le plus profond décri; mais, en attendant, ils la secondaient de tout leur pouvoir , et déjouaient toutes les tentatives par lesquelles on essayait quelquefois de la contenir. ( Note de V Editeur. )

« passer durant cette absence forcée. Us deman*w dent au Roi que cette protestation soit enre^ « gîstrée par le clerc de la chambre (i)- »

Les lords du parlement , dans une conférence, déclarèrent aussitôt à la chambre des communes, par la bouche du lord-garde-du-sceau , que , regardant cette protestation comme d'une dangereuse conséquence, et comme un empiétement

(i) Voici le récit que fait l'évéque Hall de Tune des émeutes qui éclataient contre eux chaque jour , récit confirmé par tous les monumens du temps et par le silence des écrivains du parti oppose. «* La populace , dit-il , n'he- « sitait pas à déclarer hautement qu'elle voulait mettre « les évéques en pièces. La chambre envoya plusieurs mes- « sages aux groupes tumultueux qui entouraient West- H minster, pour les engager à se retirer et à abandonner « leurs sanglantes résolutions ; mais ils persistèrent obsti- « nément. La nuit approchait ; l'un des pairs, le marquis « de Hertford , s'approcha du banc des évéques, et nous « dit que nous étions en grand danger, en nous conseillant de « prendre quelque mesure pour notre sûreté. Nous lui de- « mandâmes ce qui lui paraissait le plus sage , et il nous « engagea à passer la nuit dans la salle du parlement. — « Ces gens-là , dit-il , jurent qu'ils veilleront jusqu'à votre « sortie et qu'ils visiteront toutes les voitures avec des torches « pour qu'aucun de vous ne puisse échapper. — On fit alors « une motion contre toutes ces émeutes , et on envoya des « messages à la chambre des communes ; mais ils n'eurent « aucun résultat. Cependant , comme le danger était pres- « sant , on proposa de prendre quelque parti qui pût nous « en préserver pour le moment. Quelques-uns des lords « accueillirent cette motion par un sourire; quelques autres,

considérable sur les privilèges fondamentaux et sur 1 existence même du parlement^ ils avaient juge à propos de la communiquer à la chambre des communes. Les communes remercièrent leurs seigneuries de leur en avoir fait part avec tant de bienveillance et de promptitude y et de leur avoir dit ce qu'elles en pensaient. Elles prirent ensuite la résolution d'accuser les douze évéques de haute trahison (i).

M. Glynn fut donc envoyé à la chambre des

« Botamment le comte de Manchester , offrûrent de rece* « voir y dans leur maison , rarchevéque d'York et ses amis. « Je fus du nombre. Nos autres collègues se sauvèrent , les « uns en restant dans la chambre , les autres en s'ëchappant « par des sorties secrètes et des chemins détournés ; mais il « fut bien clair que nous ne pouvions plus nous hasarder à « venir à la chambre sans quelque meilleure garantie. » (Histoire parlement€Ùre , tom. a , col. 991. )

{NotedeVÉïUtevr.)

(i) La séance , où la chambre des communes ado|lta cette résolution , offrit un singulier spectacle. Il y avait dans la chambre, on n'en saurait douter, une minorité assee nombreuse qui voulait conserver Tépiscopat et le droit des évéques de siéger dans le parlement ; cependant l'état géné'ral des esprits leur était si contraire que leur protestation parut insensée à leurs propres partisans ; et les mêmes hommes qui soutenaient que les évéques devaient rester dans la chambre-haute , furent trës-choqués de les voir déclarer que tout ce que ferait , en leur absence, le parlement , où la violence les empêchait d'assister, serait frappé de nullité. « Le « blâme fut si général, dit Glarendon , que, dans le débat dé

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lords; et, à la barre, au nom de toutes lea communes d'Angleterre, il accusa ces douze prélats de haute trahison^ pour avoir entrepris de renverser les lois fondamentales du royaume et l'existence même du parlement. Il demaJnda aux lords que lesdits prélats fussent immédiatement séquestrés du parlement^ mis sous sûre garde, et que leurs seigneuries assignassent aux communes un jour très-prochain pour recevoir leur accusation. Les lords aussitôt envoyèi:ent prendre ces évéques par l'huissier à la verge noire. A huit heures du soir ils étaient tous saisis , et furent amenés pour se présenter à genoux à la barre. Dix d'entre eux furent envoyés à la Tour, et les deux autres , en considération de leur âge , furent confiés à la garde de l'huissier à la verge noire. Ces douze évéques étaient l'archevêque d'York , les évéques de Durham, de Coventry et Lichtfield, de Norwich , de Saint-Asaph, de Bath et Wells, de Hereford, d'Oxford, d'Ély, de Glocester, de Peterborough et de Landaff.

Tels étaient les travaux journaliers du parlement d'Angleterre , et c'e^t ainsi non-seulemeot

« la chambre des communes, un seul membre osa parler H en faveur des évéques ; et il se contenta de dire qu'il ne « croyait pgsis qu'ils fussent coupables de haute-trahison, « mais qu'à coup sûr ils étaient devenus fous , et qu'il votait « pour qu'on les envoyât à Bedlam. >» ( Histoire parlementaire, tom. 2, col. 995. ) {Note de V Éditeur. )

qu'il fut entièrement empêché de porter secours à l'Irlande , mais que le redressement des griefis de l'Angleterre et la conclusion des affaires de l'État se trouvèrent tellement retardés^ qu'enfin les deux royaumes furent enveloppes dans les mêmes dé-* sordres. Ce Ait une étrange chose qu'une si barbare et si sanglante rébellion pût avoir éclaté eu Irlande sans qu'on eût d'avance le moindre soupçon d'une telle calamité ^ et sans que les innocens protestans anglais y eussent donné le moindre motif. Mais certainement ^ si l'on y pense bien y il paraîtra aussi étrange que la vengeance de cet horrible carnage ait éprouvé dés obstacles, et l'oD sera porté à regarder la chose comme impossible 9 à moins de supposer que le soulèvement et les obstacles qui en ont empêché la répression ont procédé de la même source*

Lorsqu'on avait vu au commencement de décembre tous les préparatifs que le parlement avait eu soin de faire à la première nouvelle de la révolte , on pvait eu grande espérance que l'Irlande serait promptement secourue , et qu'on y transporterait promptement des troupes de l'Ecosse ; mais , à cette époque ^ le Roi était revenu d'Ecosse^ et^ dans un discours au parlement^ où il le conjura de s'occuper des secours envoyés en Irlande, il parla aussi d'un bill alors en débat à la chambre des pairs, et qui ordonnait la presse des soldats pour l'Irlande; il déclara que ce moyen

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lui déplaisait , parce que c'était, dit-il , un grand empiétement sur la prérogative royale (i). Ilajouta qu'il avait peu d'obligation à celui qui avait mis ainsi en discussion les limites de son ancienne et indubitable prérogative. Il proposa qu'au moins le bill passât avec un salvojure , à l'égard du Roi et du peuple, laissant ces débats à un temps qui y fût plus propre.

Ce discours du Roi déplut beaucoup aux deux chambres , comme une grande violation du privilège du parlement; elles lui adressèi^ent une pétition oii elles disaient que le Roi^ en prenant connaissance des débats de la chambre des lords y relativement au bill de la presse des soldats , avait violé le privilège fondamental du parlement , qui est : a que le Roi ne doit pren- « dre connaissance de rien de ce qui se propose (( ou se débat dans l'une ou l'autre chambre , sans c( leur aveu et sans en avoir été informé par elles- « mêmes, et qu'il ne doit proposer aucune con- « dition ou limitation à un bill préparé ou déi< battu, ni en manifester son approbation oudé- « sapprobation , jusqu'à ce qu'il lui ait été pré- K sente dans les formes voulues par la constitu-

(i) Le préambule de ce bill portait : « Qu'en aucun cas^ « sauf celui d'une invasion étrangère, le Roi n'avait Je droit « d'ordonner lapresse de ses sujets pour le service militaire, « attendu qu'un tel droit était incompatible âVec la liberté « des citoyens. » < Histoire parlementaire ^ t. 2, col.g6g. )

« tion du parlement ; en sorte que tout membre « de Tune' ou l'autre chambre , a pleine liberté « de parler, proposer ou discuter toute chose (( selon les rëglemens du parlement, sans que le (( Roi ait le droit de concevoir aucun déplaisir « contre lui pour ses opinions ou propositions. » Elles lui demandaient en même temps réparation de cette violation de privilège , et, pour qu'elle ne se renouvelât pas à l'avenir, priaient le Roi de leur faire connaître les hommes qui l'y avaient porté par leurs rapports et leurs mauvais conseils, afin qu'ils pus3gnt__recfivnîr le châtiment qu'ils méritaient.

Cette affaire prit quelque temps, et fut au nom* bre des malheureux obstacles qui empêchèrent qu'on ne secourût promptement l'Irlande. De plus, malgré les imminens besoins de ce royaume, et l'intérêt que lui portait la généralité de l'Angleterre , les préparatifs se firent si lentement qu'il se passa beaucoup de temps avant que la chambre des communes pût parvenir à mettre le lord-lieutenant en état d'envoyer au moins un régiment pour la défense de la ville et du château de Dublin. Ce régiment était commandé par un digne gentilhomme nommé sir Simon Harcourt; comme il avait été nommé gouverneur de la ville de Dublin, le parlement lui donna ordre de partir avec son régiment , et il débarqua en Irlande le dernier jour de décembre 1641 ^ au grand soulage-

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