SS HISTOIRE
ment de la TÎlle , alors frappée d'affliction et de
terreur par l'approche des rebelles irlandais.
Environ trois semaines après ^ un autre empêchement fut apporté aux affaires d'Irlande. Les Écossais firent au parlement huit propositions ayant pour objet l'envoi, dans le nord de l'Irlande, de 2,5oo Écossais, alors en état de marcher. Les deux chambres adoptèrent toutes ces propositions ; mais le Roi s'opposa à la troisième, qui était que la ville et le château de Carrick Fergus fussent'confiés à la garde des Écossais, qui auraient la faculté d'y demeurer ou d'étendre leurs quartiers à volonté ; que si quelques régimens ou troupes de cette province se joignaient à eux, ils seraient sous les ordres du général des troupes écossaises. Le Roi fit des objections à cet article^ et demanda que les chambres le prissent de nouveau en considération, comme une chose importante , et qui pouvait être préjudiciable à l'Angleterre. Cependant si la chambre désirait qu'il en fût ainsi , le Roi demandait à en conférer lui-même ayçc les commissaires écossais , pouf* voir comment ils pourraient lui donner satisfaction sur cet article. Les Écossais dirent à Sa Majesté que , puisque la chose était consentie par les deux chambres , et que l'argument de Sa Majesté portait sur ce que c'était remettre une trop grande confia nce entre les mains d'une armée auxiliaire , ils espéraient que Sa
Majesté qui était leur Roi naturel , ne leur montrerait pas moins de confiance que ne l'aTait fait librement la nation dont ils étaient les alliés ; sar quoi le Roi consentit enfin à adopter l'article et l'opinion du parlement. Ce fatal obstacle apporté au soulagement de l'Irlande n'avait été que la suite d'un autre; car, d'abord , les commissaires d'Ecosse n'avaient pas été autorisés par le gouvernement de ce royaume à traiter pour l'envoi de moins de dix mille hommes ; ce à quoi les lonls ne voulaient pas consentir. Cet obstacle avait paru écarté par la bienveillance zélée de la chambre des communes , qui , conformément aux instructions reçues par les commissaires écossais^ vota l'envoi des dix mille Ecossais. Mais la chambre des lords ^ après de longs débats , ne voulut pas y consentir^ à moins que la chambre des communes ne donnât l'assurance qu'on enverrait en même temps dix mille Anglais. Les communes le désiraient autant que les lords ^ et promirent d'y faire leurs efforts; mais tout le monde comprenait bien que les Anglais ne pouvaient être levés et encore moins transportés en Irlande aussi promptement que les Écossais. Je n'ai pas entendu donner d'autres raisons de cette résolution, si ce n'est qu'il aurait été déshonorant pour l'Angleterre que la révolte d'Irlande fût réprimée par les Écossais. C'était là ce que disaient partout les papistes et les autres ennemis de la cause. I. 19
Cependant Içs bons protestans s'étonnaient beaucoup qu'on pût s'arrêter à un pareil point d'honneur 9 tapdis que leur religion et leur cause étaient livrées en Irlande à un état si déplorable. Cela commença à abattre hd$ esprits et le courage des pauvres protestans d'h?lande ; ils craignirent qu'on ne travaillât , sous main , à déjouer les; bonnes intentions de la chambre des communes et des lords affectionnés au bien de l'État ; car, dans la chambre des lords ^ la majorité se prononça contre eux, tant il y avait encore de lords papistes et malintentionnés , sans compter les vingtquatre évêqùes, qui n'avaient pas encore perdu le droit de siéger dans le parlen^ent.
Les gens bien, intentionnés se plaignaient aussi CQ. général de ce que le Roi. avait: hésité si longtemps à déclarer rebelles ces barbares Irlandais; et non-«eulement on en |>arlait ainsi dans le peuple» mais le parlement lui-^méme parut adoptei; cette opinion dans la déclaration qu'il publia, lorsque sa rupture avec le Roi fut devenue mani- £e$t€u II dit : « que cette odieuse rébellion avait H été soutenue par la cour d'Angleterre, et il en H donna pour preuve le retard de la proclama- « tion qui accusait les Irlandais de trahison. EUe « ne parut en effet que le premier janvier , quoî- « que lasrévolte eût éclaté au mois d'octobre pré- (( cédentt De plus , ou n'en avait imprimé que (( quarante exemplaires, d'après une injonctioa
DU LONG PARLEMENT. agi
(( spéciale du Roi de ne pas exce'der ce nombre. u Le Roi avait également ordonné qu'on n'en mît « aucun en citculatioti, sans son expresse volonté, a comme le prouve le t^arrawf doimé à cet effet, {( et dont le parlement publia une copie , en sorte « que la proclamation ne fut connue que d'un « très-petit nombre de gens; circonstance d'au- « tant plus remarquable , dit le parlement, qu'on « avait procédé d'une toute autre façon contre « les Ecossais. Les proclamations dirigées contré « eux avaient été rapidement publiées, répancf dues avec une extrême diligence dans tout le (f royaume , et le Roi avait donné Fordre de les « lire dans toutes les églises, en les accompagnant « de prières publiques et d'exécrations contre les (( rebellas. »
Cette déclaration des ïords et des communes fdt publiée pendant que le Roi était à York; elle lui déplut grandement et il s'empressa d^y repondre. Comme le reproche relatif à Flrlande était le plus grave pour la réputation du Roi, il est juste que le lecteur conilaisse sa réponse. En voici textuellement les paroles :
(( Pour soutenir les expressions inconvenantes « par lesquelles on a supposé notre connivence , « ou du moins notre défaut de zèle dans l'affaire (f de la rébellion d^Irlande si odieuse à tous les « gens de bien , on a imaginé un nouveau genre ff de calomnié. On a dit que notre proclamation
(( centre ces traîtres n'avait pas paru avant le K commencement de janvier , quoique la rébel- « lion eût éclaté en octobre , et que par notre or- (( dre spécial , quarante exemplaires seulement c( en avaient été imprimés. Personne n'ignore qu'à « cette époque 9 nous étions en Ecosse; que de là, (( et après avoir fait passer d'Ecosse en Irlande ce tous les secours nécessaii^s^ nous avons vivece ment recommandé cette affaire au parlement; (c qu'après notre retour à Londres ^ nous l'avons c( traitée nous-mêmes d'après les avis de notre « conseil d'Irlande et des deux chambres. Si au«- « cune proclamation n'a paru plus tôt ( ce que nous « ne nous rappelons pas avec certitude , bien que « nous pensions qu'il y en a eu de publiées avant i( le mois de janvier) , cela ne peut être imputé (( qu'à l'avis des lords -juges d'Irlande qui n'en u ont sollicité aucune avant cette époque; et {< quand ils nous l'ont demandée, ils n'en vou- « laient que vingt exemplaires signés de nous ; (T mais ^ pour la sûreté du service , nous l'avons « fait imprimer 9 ce qu'on ne demandait point; « et nous en avons signé un plus grand nombre (i d'exemplaires que nos juges ne le demandaient, (c Tout cela était bien connu de quelques mem- (( bres du parlement , qui en sont d'autant plus (c coupables s'ils ont gardé le silence lorsque la f< dernière déclaration a été votée ; et s'ils ont <c parlé j. nous n'en sommes que plus fondés à nous
<( plaindre du blâme odieux qu'on a voulu jeter « sur nous dans Fesprit de notre peuple , quand « on savait si bieh comment répondre aux repro- K ches qu'on nous adressait. »
Telle fut la réponse du Roi aux plaintes du parlement à regard de l'Irlande; mais la chambre. des communes, dans une autre déclaration publiée long-temps après , chargea de nouveau le Roi à ce sujet , en y ajoutant des circonstances aggravantes. « Les rebelles , y est-il dit, s'étaient f( impudemment qualifiés d'armée de la Reine , (( annonçant qu'ils s'étaient soulevés pour maince tenir la prérogative du Roi et la religion de la « Reine contre le parlement puritain d'Anglew terre. Aussitôt le parlement avait humblement « et instamment conseillé à Sa Majesté de faire M cesser ce dangereux scandale , en proclamant « les Irlandais rebelles et traîtres envers la cou- « ronne d'Angleterre , ce qui les aurait aifaiblis « soudain, et aurait encouragé les sujets fidèles, (( soit dans le parlement, soit dans le public, à {( leur résister avec vigueur. Mais telle était aua près du Roi l'influence des mauvais conseil- (( 1ers , qu'aucune proclamation ne fut publiée , « si ce n'est trois mois après l'explosion de la « révolte , et le Roi voulut qu'on n'en tirât que « quarante exemplaires , qui ne devaient être i( distribués que d'après ses injonctions spé- (( ciales. j^
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La proclamation contre les Irlandais ne parut en effet que deux jours avant cette violente entrée du Roi dans la chambre des communes dont nous avons déjà parlé; événement qui causa tant de troubles et retarda si long-temps les secours dont l'Irlande avait besoin.
Trois semaines après , la chambre des cominunes se plaignit aussi de ce que^ malgré l'ordre des deux chambres qui fermait aux papistes irlandais tous les ports d'Angleterre^ plusieurs des principaux chefs des rebelles avaient été admis en vertu de passe-ports directs du Roi» Le Roi répondit^ qu'après avoir consulté sa propre mémoire et les notes de ses secrétaires ^ il ne se trouvait coupable d'aucune concession de ce genre (i)r
(i) .Ce n'est pas ici le lieu de discuter la légitimité des reproches que le parlement adressait à Charles P' au sujet des affaires d'Irlande. Parmi les plus ardens ennemis du Roi, à peine quelques-uns ont ils osé dire qu'il avait approuvé ou du moins toléré la première insurrection des Irlandais ; et cette accusation est évidemment absurde. Ce qui n'est pas moins évident, c'est que le roi et le parlement voulaient , l'un et l'autre, prei^dre seuls en main la répression de l'Ir^ lande , afin d'avoir la disposition des troupes qui y seraieut employées et de pouvoir s'en servir au besoin contre un autre ennemi. Le parlement craignait de remettre au Roi hii-même la direction de cette guerre ; et le Roi redoutait de voir le parlement maître des forces qu'il fallait lever pour la soutenir. Telle fut d'abord la véritable cause âes obstacles et des lenteurs qu'es«uya cette déplorable affaire; les deux
partis sacrifiaient tour à tour , à lenrs intérêts pTopres , les intérêts de l'Irlande désolée. Quand la guerre civile eut éclaté entre le roi et le parlement^ Charles I*" fut conduit de jour en jour à traiter avec plus de ménagement les catholiques ; la Keine plaidait sans cesse leur cause auprès de Ini ; et tout porte à croire qn^à mesure que sa situation devint plus niauvaise, il mit moins d'empressement à ré-primer les Irlandais dont il £nit par accepter les secours.
{Note de V Éditeur, )