U HISTOIRE
téraleur et représentant du peuple, frère du rédacteur actuel de l'Union; de Pourlalès, ambassadeur de Prusse; A. Cuisinier de Monlis, de qui circulent des vers mis en musique; Araiot, professeur de lualhématiqucs à Bonaparte et à Saint-Louis; Dcthan, adjoint au maire du I^r arrondissement; Eugène Duplay, chef d'inslitulion ; Mimerel, avocat à la Cour de cassation ; Salvctat, directeur des travaux chimiques à la manufacture deSèvres ; de Bellcfonds, commissaire principal au ministère de la guerre; Boussaton, Sibire et Grêlon, commissaires-priseurs ; Boudin de Vesvres, Lavocat, Thomas, Yver, Lefébure de Saint-Maur, Faiseau-Lavanne et Ducloux, notaires; Dreux et Thion do la Chaume, anciens notaires; Pettit, avoué ; feu Gustave Pélissier, fort dans toutes ses classes, puis attaché à des maisons de banque ; Duverger, professeur à l'École de droit; Mis de Caulaincourt, membre du Corps législatif; Bonde Montfort, officier supérieur ; Alboize, auteur dramatique; Eugène Talbot, professeur de rhétorique à Louis-le-Grand et auteur de plusieurs ouvrages; Gauthier, conseiller d'Etat, secrétaire général du ministère de la maison de l'empereur; Ledieu, directeur du Mont-de-Piété ; Mimerel, représentant, puis sénateur; Durand-Brayer, oflicier de marine, puis élève de Gudin et peintre de marine tiès-estimé ; TaIabot;Isambert; Pépin-Lehalleur; Crespy-le-Prince, peintre ; Rixin, qui justifiait son nom en se montrant un élève bien rageur.
ScHCELCHER, — fils d'uti marchand de porcelaines établi autrefois an coin du boulevard Montmartre, en face de la nie Richelieu. Je dis marchand plutôt que fabricant : personne alors ne voyait dans le commerce une dépré-
dation exercée aux dépens du producteur et du consommateur. V. Schœlcher eut un i>rix en 181 8. Son frère aussi fut élève de Bourbon; mais il rencontra en Afrique un ancien colon de l'île de la Réunion, qui le (ua en duel. Le journaliste Schœlcher^ républicain et socialiste, fut élu représentant du peuple à laGuadeloupe ; il avait commencé en 1833 à écrire en faveur des nègres, des ouvriers et des paysans.
Tardif, — poëte échappé d'une étude de notaire, a fait paraître des chansons , le Remède d'amour, imitation d'Ovide, les Myrtes et les Lauriers, recueil de vers. Il a cessé de rimer et de vivre vers 1855.
Nélaton, — né en 1807, est professeur de clinique chirurgicale à la Faculté, membre de l'Académie impériale de médecine et chirurgien attaché aux cliniques. Ses thèses sont: Recherches sur l'affection tuberculeuse des os. Tumeurs de la mamelle, De Vinfluence de la position dans les maladies chirurgicales. Parallèle des divers modes opératoires dans le traitement de la cataracte.il est l'auteur d'un Mémoire sur le mécanisme des luxations de la mâchoire inférieure. Le Dictionnaire des Dictionnaires de médecine et d'autres recueils doivent à Nélaton des articles importants. Son grand ouvrage est : Eléments de pathologie chirurgicale.
Les Voillemier — sont deux frères. L'aîné , Jules-François, n'a étudié la médecine qu'en écrivant dans les journaux par-ci et en étant par-là remplaçant au Collège-, conservateur du musée des médailles à la Monnaie, pendant la République, il est maintenant préfet des études dans la pension Cousin. Léon-Clément, reçu docteur en 1834, puis professeur agrégé et chirurgien des hôpitaux, avait remporté à la Faculté un prix Montyon, décerné chaque année au meilleur mémoire sur la maladie qui a prédominé l'année précédente. Un de ses malades, M. Marrasl, fit nommer Voillemier en 1848, un des trois administrateurs des hôpitaux. Aujourd'hui il est chirurgien de rhôpital La Riboisière.
MoRTEMART. — Le marquis de Mortemart, député du Rhône au Corps législatif, et son frère, ont fait leurs études au Collège. L'un d'eux , député sous Louis - Philippe , votait assez souvent avec MM. Thiers et Odilon Barrot.
Lesseps. — Le comte Théodore de Lesseps, sénateur; son frère, le promoteur ardent du percement de l'isthme de Suez, et son autre frère, le baron de Lesseps, représentant le bey de Tunis à Paris, se sont assis tour à tour sur nos bancs, ainsi que des membres plus jeunes de la même famille.
Ernest Legouvé, — fils de l'auteur du Mérite des femmes, a vu le jour en 1807 dans l'appartement qu'il occupe actuellement à Paris. Bouilly,le vieux conteur, a été son tuteur, et l'a envoyé à Bourbon, en administrant sa fortune assez bien pour lui faire 20,000 livres de rente à sa majorité. Mais Mlle Sauvau, qui tenait une pension de demoiselles, a contribué aussi à l'éducation du jeune liomme, en lui rendant ellemême à son tour, comme une part d'héri^ tage encore plus difficile à conserver intacte, l'opinion favorable à son sexe qui avait dicté tout un poëme à feu Legouvé. Ernest était souvent le premier de sa classe; il ne sortait pas le dernier de l'institution Butet quand venait un jour de congé, et il allait souvent chez Mlle Sauvan , avec Sauvan son condisciple, plus tard commissaire -priseur. Dans cette autre pension, où des leçons il passait aux conseils, et des récréations aux distractions, il apercevait au parloir ou par les fenêtres, sous les arbres du jardin, ou le dimanche à l'heure de la messe, et mieux encore le jour de la distribution des prix, une vingtaine de jeunes personnes qui n'avaient plus la moindre envie d'être prises pour des enfants. Une seule de ces pensionnaires fut distinguée par le rhétoricieu,qui reconnaissait à merveille la
trace de ses pas sur le sable, le frôlement de sa robe sans la voir, sa voix au milieu d'autres voix, et sa musique au piano de bien loin. L'amour qu'elle avait inspiré au fils du poëte n'était plus un mystère pour cette demoiselle; mais vraisemblablement les dix-neuf autres s'y fussent montrées sensibles d'une manière dilTérenle : le jeune homme, bien qu'il fût aimé, avait trop de fortune pour qu'elle consentît à devenir sa femme. Le bachelier, n'ayant pu venir à bout de cette résistance, que son âge motivait aussi, prit congé de Paris et voyagea beaucoup, dans l'espoir d'oublier. A son retour, il publia des vers, les Morts bizarres, puis MaXy roman. Nous lui demandons grâce à lui-même pour ces deux premiers livres, que le poëte classique désavouerait presque aujourd'hui. L'ingrat torturait àravir lapenséeet le mètre lorsqu'il s'abandonnait aux inspirations romantiques, et le sujet de son roman, cavalièrement mené, était bon : il en ferait aujourd'hui cinq actes haut la main. La pensionnaire de Mlle Sauvan était devenue institutrice j Legouvé, ayant vingt-huit ans, la décida enfin à l'épouser. La seconde manière d'un auteur, d'un artiste, commence assez souvent lorsqu'il renonce à la vie de garçon. Il s'est pourtant écoulé des années entre la première
édition d'Edith de Falsen et deux succès remportés au théâtre, avec la collaboration de Scribe, par notre éniinent camarade : Adrienne Lecouvreur, les Contes de la reine de Navarre. D'autres ouvrages ont montré que Legouvé peut réussir fort bien sans collaborateur, notamment deux pièces en vers : Béatrix, Un jeune homme qui ne fait rien. En 1847, il faisait au Collège de France un cours d'histoire morale des femmes; huit ans après, il prenait possession du fauteuil d'Ancelot à l'Académie française. Les deux premiers banquets de l'Association des anciens élèves du Lycée ont eu Legouvé pour président.
Bescherelle frères : — savants grammairiens, fils d'un épicier de la rue du Rocher. Les deux frères ont publié, tant ensemble que séparément , un grand nombre d'ouvrages utiles, et notamment un Cours complet de la langue française et le Dictionnaire national, dit Bescherelle. L'aîné a été attaché à la bibliothèque du Louvre, et l'autre au bureau du conseil d'Etat.
Gustave Planche, — mort à la maison Dubois, dans sa 49"°^ année, le 18 septembre 1857, a élevé la critique à la hauteur d'un art.
Tout ce qu'il a passé en revue se ressent encore de l'arrêt qu'il a prononcé, lequel de-
meure inséi»arable de l'œuvre qui en est l'objet , et quelquefois même lui survit. D'un poêle ou d'un artiste déjà en vue, déjà célèbre. Planche ne craint pas de remettre en question à cliaque instant la gloire, en présence de ses ouvrages , d'autant mieux qu'il ne les soumet à un examen redoutable qu'en se montrant aussi poète et artiste. D'où vienstu, dit-il à l'idée, et quelle forme as-tu revêtue? D'autres se contenteraient d'un signalement banal pour contresigner le passeport ou refuser leur signature. Mais lorsque l'éminent critique parle d'un livre, d'une pièce de théâtre, d'un tableau ou d'une statue, ce n'est jamais un concurrent qu'on puisse récuser comme juge : le compte rendu est sa seule production.
Il a commencé tout doucement par des traductions de Thomas Moore, dans le Globe; mais son premier succès est dû à un premier article sur le salon de 1831. Ne sont-ce pas, pour ainsi dire, les monuments d'une jurisprudence que les articles de Gustave Planche recherchés dans la collection de la Revue des Deux-Mondes et dans un petit nombre d'autres recueils périodiques, ou bien réunis en volumes? Diderot, en matière d'art, fait moins autorité que l'auteur de ce livre : Les Peintres et les Sculpteurs.
DU LYCÉE BONAPARTE. 2(fl
Quand un homme de goût parvient à démontrer que la réputation d'un écrivain ou d'un artiste contemporain est surfaite ou est usurpée, ne rend-il pas service à tous les autres? Cependant on finit toujours par prendre en grippe le critique de profession; les abeilles font cercle en aiguisant leurs dards , en bourdonnant, au lieu de choisir les fleurs (jui rendraient succulent leur miel, et plus bas que la ruche d'ingrates fourmis s'assemblent, pour crier elles-mêmes au frelon. Maîtres et disciples de toutes les écoles mettent l'impuissant au défi; le sérail en veut à l'eunuque; la fable du Renard et des Raisins trouve une application nouvelle. Mais ces raisins trop verts et bons pour des goujats, Gustave Planche les laisse encore à tous les malappris qui le provoquent grossièrement.
On lui reproche une tenue qui ne laisse pas d'être quelque peu cynique; mais les profits qu'on tire uniquement de la littérature permettent-ils de s'habiller comme un associé d'agent de change? L'éloge rapporte des titres et des places auxquels n'a jamais prétendu le Diogène du compte rendu. Ses idées sourdcnl loin des combinaisons de l'ambition et de Tintérct, et filtrées goutte à goutte, elles ruissellent à l'ombre, avant de faire leur lit d'un seul flot sur le papier blanc. On dirait que la
copie alors coule de source; néanmoins elle a donné cours et à des sueurs et à des larmes, (|ue font briller comme des perles rares l'art et le style qui les enchâssent. Rarement une rétribution à tant la ligne est suffisante pour le journaliste sans que l'a; de la corruption y ajoute ses fonds secrets. Or, un jour qu'il est sans argent, Planche aime mieux se critiquer lui-même que de pêcher en eau trouble avec sa plume d'aigle, et il insère dans VArtiste quelques pages intitulées l'Homme sans nom , qui n'ont paru qu'en première édition dans le Recueil des Portraits littéraires. Il cesse d'écrire sitôt qu'un héritage le fait riche , et il passe tout le temps qu'il peut en Italie, dans les Musées, dans les théâtres, à jouir, sans en rendre compte , d'une liberté et d'un soleil que Paris lui refusait souvent. Son père, établi pharmacien, au coin du boulevard et de la rue de la Chaussée-d'Antin, lui a donné pour frères deux élèves du même collège : Charles Planche, paysagiste, et Augustin Planche, traducteur des Principes d'économie politique de Mac-CuUoch, rédacteur de la Revue britanique et du Journal des Economistes, attaché actuellement à la Bibliothèque impériale.
Jeanron , — né à Boulogne-sur-Mer , suivit d'abord , sur les pontons de Portsmoulh, son
père, que les Anglais avaient fait prisonnier à Flessing. Elève du collégo Bourbon, il no le fut jamais d'un atelier de peinture. Le musée de Caen acheta la première toile de Jcanron qui eut du succès : Les 'petits Héros de Juillet. L'artiste, ayant été présenté par Godefroi Gavaignacà Ledru-Rollin, qui lui commanda ensuite des tableaux, on suppose qu'il |)ortail déjà la carmagnole avant le 24 Février à l'intérieur de son atelier. Mais il n'avait pas que ce titre à la nomination de directeur général des musées de France en 1848; il avait obtenu dans les expositions des récompenses comme peintre, il avait commenté Vasari , et il avait publié des articles sur les beaux-arts dans les revues. Vivien et M. Tliiers vinrent revoir ce Louvre de la peinture que le roi déchu aimait tant : Jeanron leur en fit les honneurs. La Constituante, en cédant aux instances du nouveau directeur , vota deux millions pour restaurer les galeries du 3Iusée, où la lumière ne se distribuait pas d'une manière assez favorable à l'exhibition des œuvres d'art. Mais peu de temps Jeanron garda sa place. Il reprit ses pinceaux comme avant Février, et le gouvernement du prince-président lui acheta un tableau remarqué au salon d'alors : c'était la Vue du port abandonné d'Ambleleuse, et de ce port, voisin du camp de Boulogne, Napo-
léon I*"" avait souvent braqué sa longue-vue sur les côtes de l'Angleterre.
Alphonse Kvrr. — Cher lecteur, rassure toi : je ne m'en vais te raconter ni l'anecdote du cuirassier, ni celle du chien, ni celle du nègre, ni celle de Mme Louise Colet. Le héros principal de ces quatre aventures s'est bien gardé de nous en laisser la primeur. Au reste, le talent et le succès lui-même ne réussissent à i)opulariser le nom de certains auteurs que si des historiettes toutes personnelles se mettent de la partie. Or, i)our occuper de soi, pendant trente ans, un public qui n'est pas toujoursde bonne humeur,ilfautnon-seulement y mettre beaucoup du sien, et ne pas attendre du hasard la bonne fortune des indiscrétions ; mais encore avoir plus d'esprit que les biographes passés, présents et à venir.
Eugène Karr , frère d'Alphonse, employé supérieur dans une grande usine, s'est appliqué de bonne heure à l'étude des sciences exactes, qui ont fait de lui un homme positif. Leur mère était la nièce du baron Heurtcloup, médecin de l'empereur; leur père ,un musicien qui ne manquait pas de talent. Mais la vie de ce dernier n'a pas été i)lus calme, moins débattue que plus tard celle de l'auteur. Celui-ci, n'ayant pas toujours été d'accord avec sa famille, écrivait, étant jeune encore :
« Le ciel ne donne aux jeunes gens des parents que pour apprendre comment ils ne doivent pas, plus lard, se conduire avec leurs enfants. »
Alphonse Karr n'était pas un élève à citer pour sa docilité et son application. Toutefois, il obtenait assez souTent les premières places, surtout en vers latins et en thème , n'en déplaise à Tauteur du roman Fort en thème. Grand fileur, il devint un excellent nageur, à force de se baigner au lieu d'aller en classe, et il prêtait son nom de bonne grâce à des calembours que voici : car-nage, car-abin, car-afon, car-ême, car-ton, car-relet.
Car on le trouvait laid, avant que la barbe lui séparât la bouche des oreilles. Mais une taille élevée et de larges épaules, qui sont venues avec la barbe, ont fait du maître d'étude de la pension Labbé , remplaçant au Collège, un bel homme, que les meilleurs juges à cet égard poursuivaient de leurs œillades en ville. Sa tenue trahira toujours l'affectation d'originalité dont son talent n'est pas exempt. Du reste, il a trouvé moyen de porter avec élégance jusqu'au chapeau pointu du bousingot, ainsi que son rotin, avec un habit de velours noir ou une redingolte olivâtre à large collet renversé, un pantalon collant et des boites molles. Pour exécuter de tels ordres, il fallait que Chindet, tailleur d'Alphonse Karr,
lui dût de l'argeiil et tint singulièrement à s'acquitter. Les hardiesses de sa toilette font ordinairement contraste avec la retenue et la modestie que Karr observe quand il se trouve hors de chez lui et avec plus de trois personnes. Aussi bien, quel esprit, quelle verve, en présence d'un petit nombre d'amis au coin du feu, ou sous un arbre du jardin !
Il écrivait déjà dans le Figaro étant pion, étant remplaçant. La révolution de Juillet le fit collaborer à l'établissement d'une barricade rue de Courcelles, mais malgré lui; il en convint fort bien en s'excusant d'un retard involontaire auprès des successeurs de Labbé, maître de pension, qui le voyaient revenir les mains sales et plein de poussière, avec une petite rose moins fraîche que de coutume à la boutonnière. 11 ne tourna le dos aux classes qu'en publiant le premier de ses livres, qui est aussi le meilleur : Sous les Tilleuls.
Doisy, un des élèves qu'il avait surveillés chez Labbé, le rencontra plus tard, mais dans une circonstance qui l'empêcha d'abord de se faire reconnaître. Une affaire d'honneur amenait Doisy sur le terrain, et l'ancien maître d'étude était un des témoins de l'adversaire. L'élève reçut, sous les regards du maître, nouveau genre de leçon, un coup d'épée dans le bras; puis il lui rappela leurs ancien-
nés relations. Raison de plus pour que le témoin prodiguât ses soins au blessé, en lui reprochant de s'être fait reconnaître trop lard et de s'être fendu trop tôt! Alphonse Karr celte fois avait raison ; mais la plume à la main, ne s'est-il pas rendu coupable d'hérésie en matière d'escrime*^ Grisier, maître d'armes de Karr, puis de Doisy, et puis le nôtre, est loin d'avoir appris à ses élèves que certains coups se parent avec le corps, et néanmoins Thumoriste a mis en tête d'un chapitre de roman cette épigraphe :
a La troisième parade est celle du corps, c'est la meilleure. » Grisier.
Ce monde est comme une grande salle d'armes pour Alphonse Karr, qui, dans ses Guêpes, boutonne tant d'abus et met tant de préjugés au pied du mur ! Il prodigue des leçons d'escrime qui ne font pas couler le sang, mais qui déchirent bien des plastrons et qui enlèvent bien des masques. En garde! en garde! Il frappe deux fois du pied, et de ces deux appels, qui se répètent souvent, le style de l'écrivain tient compte par des moins, — qui n'ont pas d'autre raison d'être — .
Léon Gatayes entretient depuis longtemps, avec Alphonse Karr, une conversation imprimée qui met le publicen tiers dans un têie-à-
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tète amical; ils no reçoivent jamais qiio par la voie de la presse, jurande ou pciite, des nouvelles Tim de l'aulro, lorsque Gatayes séjourne en Angleterre, ou lorsque Karr a transporté à Saint- Adresse, ou bien à Nice, la scène de sa vie, que rexcentricilé et la célébrité concourent à rendre théâtrale. Les mêmes journaux ont retenti des débats judiciaires que soulevait une demande en séparation de corps présentée par Mme Karr. Sa fille, Mlle Tbérèse Karr, signait déjà quelques articles dans^itr^/s/e, dans le Musée des Familles, pendantlaHépublique,et,plus instruite qu'un bachelier ès-leltres,elleétaitégalement bonne musicienne.
A cette époque Alphonse Karr, rédacteur en chef du Journal., organe des opinions du général Cavaignac, se montrait plus républicain que ses livres ne l'avaient fait croire. Le parti des maîtres d'études voyait pourtant dans cet ancien collègue un fidèle de Tavanlveille. Un dîner, tous les vendredis, réunissait les collaborateurs autour du rédacteur en chef, qui ne les tenait pas à distance.
Est-ce que Nadar, le coupeur du Journal , ne fut pas appelé un jour dans le cabinet d'Alphonse Karr, qui lui demanda s'il dînait tous les jours? Le rédacteur principal, craignant que les appointements du modeste col-
laborateur ne fussent pas en rapport avec ses besoins, s'informait amicalemenlde son genre de vie, et il prenait la peine d'établir, d'après ses réponses, un budget que pour son propre compte il n'avait jamais su dresser. Bref Nadar, qui avait une mère , un frère et une soeur, sortait du cabinet avec un supplément de traitement et muni d'excellents conseils sur la manière de s'en servir.
Une autre fois, on parlait d'expulser certain médecin qui s'était introduit et qui avait fini par s'installer dans le bureau de rédaction sans y avoir été appelé; Karr, pour épargner un affront à cet intrus, se chargea de Reconduire sans qu'il lui fût dit un seul mot. Un alinéa du feuilleton qui faisait suite hebdomadairement aux Guêpes, fut consacré à M***, et exposa sa situation plus spirituellement, sans doute, que nous n'allons le faire de mémoire. Il avait demandé tout d'abord audience au directeur-gérant pour lui parler de la pluie et du beau temps; le lendemain, il avait abordé le coupeur en lui tàtant le pouls, à titre d'ami de la maison ; le troisième jour, il avait distribué des poignées de main autour du tapis vert, en empruntant une plume et du papier pour gratifier le garçon de bureau d'une ordonnance dont il n'avait que faire ; peu de jours après, la place de l'importun
était marquée à la table des rédacteurs, et enfin il gravait son nom avec la pointe des ciseaux de Nadar sur le couvercle d'un pupitre vacant. L'article d'Alphonse Karr, encadré de rouge, fut placé sur ce pupitre; le monsieur arriva, cl il n'eul pas grand'pclne à se rcconnailre dans le portrait que le maître avait tracé ; il prit la porte et court encore.
Ladoucette, — dont le père a rempli les fonctions de député et de préfet, est agronome et membre du sénat. Il est sorti de l'Ecole de Saumur pour devenir officier, et pourtant il a fait son droit. Auditeur, puis maître des requêtes au conseil d'Etat, il a obtenu les suffrages du département de la Moselle, comme représentant du peuple. Son frère, Eugène, est député du département des Ardennes.
Haussmann. — Le baron Georges-Eugène Ilaussmann, sénateur, préfet de la Seine, fils d'un intendant militaire, petit-fils d'un convenlionnel, a été élève de Bourbon et de Henri IV. Bien que clerc de notaire, il s'est fait recevoir docteur en droit avant de passer souspréfet.-'
MoRNY. — F^a comtesse de Souza , auteur d'Adèle de Sénanges et d'autres romans, a présidé maternellement à l'éducation du comte Auguste de Morny, fils de son premier mari,
le comte de Flahaut. Élève de lu pension Muron, ce jeune honiine a suivi tous les cours du collège Bourbon. Membre de la Chambre, il y a baptisé tout un parti de cette mémorable dénomination, les Satisfaits. La révolution de 48 Ta fait siéger du côté des plus mécontents à TAssemblce, et bien lot le grand comité électoral de la rue de Poitiers n'a |)as eu de membre plus actif. Comme nouveau ministre de rinlérieur, il a contresigne les actes présidentiels du 2 décembre 18ol , et s'est dégagé lui-même de son mandat de représentant du peuple en y gagnant une popularité consacrée par de nouveaux votes. Le courage n'a jamais manqué à l'homme d'Etat maintenant président du Corps législatif. Aussi bien tout lui réussit depuis le coup d'Etat : direction régulière et calme des délibérations au Corps législatif, ambassade extraordinaire, mariage, combinaisons financières, grandes affaires d'industrie, haute influence sur celles de l'Opéra, engagements simultanés de chevaux et de paris sur le turf. Le comte de Morny est membre de la commission de patronage instituée près du Lycée.
Bejithier, — prince de Wagram, fils unique de l'illustre maréchal, vit le jour en 1810, entra à la Chambre des pairs à l'âge de 26 ans,
puis au sénat lors du rétablissemeul de ce corps de l'Etat.
Charles de Boigne, — que les femmes de théâtre, les usuriers, les tailleurs et les marchands de chevaux aidèrent si volontiers à voir la fin d'un riche patrimoine, finit par s'enrôler dans le régiment des spahis de la littérature, comme rédacteur d'un courrier de Paris. Son oncle avait rompu avec la tradition des oncles de comédie, en le déshéritant des espérances qu'il offrait déjà à l'escompte. L'imagination impatiente de Charles de Boigne se rabattit sur les combinaisons encore moins trompeuses du roman, et il ne fut plus indiscret qu'à l'endroit des bruits de coulisses, en offrant au public les piquantes révélations des Petits mémoires de l'Opéra. D'autres souvenirs plus personnels et moins exclusivement consacrés à un seul théâtre , eussent pu être donnés en pâture à la curiosité des gandins de 1856; mais le lion de la chronique parigienne avait donné son nom à une Anglaise.
L'orchestre de la chambre des députés. — On a déjà pu voir et on verra encore que bon nombre de députés, avant de siéger au palais Bourbon , se sont assis sur les gradins de bois du Lycée. Quatre membres de la Chambre entre autres, sous le règne de Louis-
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Philippe, se souvenaient i)arfaileiiient d'avoir été un an dans la même classe et dans la même division. Nous regrettons de ne pas savoir si l'ancien professeur dont ces quatre députés avaient reçu les leçons en commun, était M. Mauger, maître de philosophie; M, Romby, maître de mathématiques; M. Gaillard , en rhétorique; M. Laine, en seconde; M. Layé, en troisième; M. Noël Chambry, frère du proviseur, ou M. Ouisille , ancien élève du Collège, ou M. Laroza, en cinquième, ou enfin M. Magnien, en sixième. Toujours est-il que Tun des professeurs que nous venons de citer avait une affection toute particulière pour un mot de la langue française, qui en soi n'avait rien de drôle, mais qui revenait si souvent dans les allocutions du maître que les élèves finissaient par en rire. — Monsieur un tel, vos dehors en classe ne sont pas convenables. — Les dehors trompent toujours l'esprit superficiel. — Quand j'ai besoin de toute votre attention, je m'aperçois que votre esprit est dehors. — Votre copie a été brochée, et votre leçon n'est pas sue : qu'avez-vous pu faire dehors? — Vous murmurez? un tel; allez dehors.
On avait commencé par se toucher le coude et par sourire chaque fois que le mot était articulé ; puis on en avait fait des gorges-chau-
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des, elle maître, sans comprendre qu'il donnait lui-même le signal de l'hilarité générale, avait sévi contre les plus rieurs , qui se tenaient encore les côtes quand il les envoyait dehors. Ces mesures de rigueur empêchaient l'explosion bruyante de se reproduire; mais on riait sous cape, on se mouchait, on toussait, on crachait, pour saluer la réapparition des deux syllabes inévitables. Quatre élèves placés sur le dernier gradin, le plus éloigné de la chaire, mimaient en sourdine une fanfare quand le cas se représentait : l'un prenait pour violon un livre et une plume pour archet, l'autre avait l'air de scier de la contrebasse, un troisième faisait mine de jouer des cymbales, et le dernier avait pris le Irombonne: chacun avait son instrument et s'était engagé, sous la foi du serment, à faire sa partie dans le quatuor pour rire, aussi longtemps que les trois autres concertants. Cette singerie, qui se renouvela jusqu'à la fin de l'année scolaire, dégénéra tellement en habitude pour les quatre musiciens, que leur famille respective, le dimanche , les surprenait séparément dans l'exercice de leur pantomime quand par hazard on prononçait le mot.
Tous quatre ils assistaient plus tard a la séance d'ouverture d'une session parlementaire. Le l'oi, selon l'usage , avait pris la pa-
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rôle , el le discours de la Couronne contenait |)ar malheur cette phrase :
1 L'ordre et la liberté à l'intérieur augmentent l'influence au dehors...»
Tout à coup on chuchote dans les tribunes pubhques, et plus d'un journaliste ose rire. S. M. regarde à droite et à gauche , et elle voit les quatre nouveaux élus qui lui donnent, au mépris de toutes les convenances, une sérénade ironique. Le trombone se trouvait placé au centre gauche , et il y allait d'un cœur! Heureusement l'air était court. L'attention prêtée aux paroles royales, qui avaient réussi à prendre le dessus, faisait perdre l'incident de vue. Mais le chef de l'Etat, avant de quitter le Palais-Bourbon, s'informa avec soin du nom des symphonistes ; et l'un de ces noms mal notés fut éliminé, le premier, d'une combinaison ministérielle présentée dans la suite au roi.
La voie lactée, — qui forme une grappe d'étoiles, demeure invisible en plein jour; mais les plus beaux soirs la dévoilent, cette illumination lointaine! Trop lointaine, par exemple, pour que la grande ville se contente des constellations qui se groupent au firmament! Que Paris serait sombre si la rampé des théâtres se réglait sur la voie lactée, qui ne s'allume pas tous les soirs !
Les auteurs dianialiques vont souvent deux à deux, et il en est sorti en si grand nombre du collège qui nous occupe que l'isolement changerait Icuis habitudes. Néanmoins, le vaudeville , la comédie , le drame ont trop de comptes à régler avec nos souvenirs, pour que nous en venions cà bout sans nous y reprendre à plusieurs fois. Les vaudevillistes, quand ils ont de Tesprit, sont les plus heureuses gens du monde; ils ne comptent plus leurs ouvrages, on les leur joue pendant qu'ils les composent, on en rend compte avant que la toile ne baisse; ils mettent leurs couplets en prose, si le public est rebattu de couplets, et le trait ne leur fait pas faute. Les dramaturges, il est vrai , frappent souvent de plus grands coups que les auteurs de comédies à ariettes ou sans ariettes; mais le ciel dramatique est vaste, rempli d'étoiles plus ou moins brillantes, et nous reconnaissons une autre voie lactée dans le groupe que nous allons en détacher.
Fils d'un musicien connu et bibliothécaire du Conservatoire, Ferdinand Langlé se destinait à la médecine en sortant du Lycée : le docteur Sue, son oncle, rattacha sous ses ordres aux gardcs-du-corps, comme sous-aide major. Mais la vocation littéraire s'empara de l'élève-chirurgien dans la maison du roi. Langlé, cousin d'Eugène Sue, a publié les Contes du Gay- Sçavoir, VHittorial du Jongleur; il a col! a bore a de* journaux, et il a fait représenter plus de cent cinquante
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pièces, notamment U; Folliculaire, le Camarade de Lit, le Bas- Bleu, la Jacquerie, lo Sourd du Théâtre- Lyrique. La société des auteurs dramatiques l'a souvent nommé membre et trésorier de sa commission. Mais son premier état, la médecine, lui donnait aussi quelques titres à devenir administrateur des pompes funèbres de la ville de Paris, puis des pompes funèbres générales de France. Les trois Gis de Ferdinand Langlé ont aussi fait leurs études au Collège; l'un d'eux, .\ylic Langlé, a donné en 1854 au Théâtre- Français Murillo, comédie en vers.
Simon Terreneuve, au Gymnase, et d'autres ouvrages dramatiques ont été signés par Colombe, pseudonime adopté par Pernot, ancien élève du Collège, qui a porté aussi à la cour du roi de Prusse le titie de baron Colombet.
Le principal ouvrage de Fontraichelest le Chevalier de Calonne, opéra-comique.
Vaulout, dit Revel, fils d'un tailleur, est mort à 20 ans, après avoir fait jouer en deux années 10 pièces, dont 9 sans collaborateur : lautre, composée en société avec Scribe, était le Spleen. Revel fabriquait un vaudeville beaucoup plus vite que son père un habit; il ne lui fallait que 24 heures pour exécuter la commande d'un acte avec autant de couplets que d'heures.
Feu Eugène de LabouUaye, journaliste, n a riea fait de mieux pour la scène que les Quatre Sergents de la Rochelle.
Autre auteur dramatique : Berçuau.
Mailian, Biort en 1851, avait obtenu de grands succès avec des vaudevilles et des drames. Il était de tous les écols, et il ne craignait pa= \r- subiécol; maisil avait mieux porté le chanipagneque le vin bleu, qu'il
buvail vers la fin dans tous les verres. Uu de ses derniers ouvrages, Marie -Jeanne, était joué par Mme Dor- Viilà la Porte-Saint-Martin.
Adolphe Ribing, comtede I^euven, auteur d'un grand nombre de vaudevilles et d'opéras-comiques fort agréables , tst le fils d'un des trois Suédois qui conspirèrent la mort do Gustave III. Rappelons que ces trois conjurés ayant tiré au sort, Anckarstroem fut chargé du rôle principal, et qu'il déchargea à bout portant un pistolet sur Gustave III, au milieu d'un bal, dans la nuit du 15 au 16 mars 179:2. Ce roi, qui avait protégé et lui-même cultivé les lettres, laissait des comédies, qui ont été traduites en français. Robespierre s'est opposé à la représentation d'une tragédie dont le sujet a été repris, sous Louis-Philippe, dans l'opéra de Gustave III ou te Bal masqué. Le complice d'Anckars- Iroem, exilé d^' >'jn pays, vint habiter la France où on l'appelait Leuven tout court. Quand son fils épousa Mlle de Planard, le proscrit fut reconnu au bal même de la noce par un des invités de la famille de la mariée, M. de Gossens, qui n'avait pas vu Ribing père depuis le fameux bal. L'auteur de Sophie Arnould et du Brasseur de Preston, a été ciief dans les bureaux de la maison du roi Louis-Philippe.
Un des camarades de Leuven, et aussi bon élève que lui, Auguste Pittaud de Forges, entra d'abord dans l'administration desdouanes; mais ses liaisons avec des gens d'esprit ayant fait remarquer qu'il en avait aussi, il fonda à Bordeaux le Kaléidoscope, feuille littéraire, et puis il retailla sa plume pour les petits journaux de la capitale. Ses principaux collaborateurs au théâtre ont été Eugène Suc, Dupoi t et Leuven ; ses principales pièces, k Fils de l'Homme, Vert-Vert, Sous Cléy les Baigneuses, Farinelli, le Bamoneur. Néan-
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moins Deforges est chef du hiireaii des archive- au ministère de la Guerre.
Pour celui qui a fait vingt romans et vingt drames, comme Alphonse Brot, les bureaux du ministère de l'Intérieur deviennent un lieu de rafraichisseinent. L'auteur de Priez pour elle, d'Ainsi soit-il, d'Entre onze heures et minuit, de la Lcscombat et do la Tour de Londres s'y livre à des travaux plus ca'me«, i)lus réguliers, qui lui rappellent ceux du Collège.
Passons à Pierre-Michel Martin, dit Lubize, natif de Rayonne, et employé d'abord chez Jacques I.affitte. La Cinquantaine., le Conseil de discipline, le Spectacle à la cour, la Muet de Saint-Malo se remarquent dans son répertoire.
La Guadeloupe a vu naître Pinel-Dumanoir, qui n'est venu à Paris que sous la Restauration , pour faire ses études. Déjà homme du monde lorsqu'il était élève de rhétorique, il arrivait bien tenu, bien cravaté, comme pour rendre une visite au père Planche. La Semaine des Amours, en collaboration avec Mallian,a remarquablement inauguré une réputation confirmée par les Vieux Péchés la Fiole de Cagliostro, les Premières armes de Richelieu, la Perruche, Don César de Bazan, Gentil Bernard, Clarisse Harlowe, les Femmes terribles, etc. Quelque temps directeur des Variétés, Dumanoir a enlevé à ce théâtre Mlle Olivier, sa femme. Le Théâtre-Français peut envier au Vaudeville et au Gymnase ses dernières comédies trèsbien écrites et quelquefois en vers.
Les Enfants de troupe. Un Fils de famille et d'autres succès mérités sont dus à Edmond Desnoyer de Biéville, frère de Louis Desnoyer, directeur de la partie littéraire du Siècle. Dans le même journal, depuis 1856, Biéville rend compte des pièces de ses confrères,
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comme s'il n'était plus de la partie. Ce double emploi n'est pns d'un bon cffot, malgré l'autorité en matière dramatique d'un ancien collaborateur de Scribe et de Bayard.
Le plus grand aclourcomique de notre siècle a laissé trois 61s. Auguste Potier est mort peintre. Charles Potier a déjà fait une multitude de pièces dans les petits théâtres et le Facteur, drame do l'Ambigu ; de plus, il joue la comédie aux. Variétés, après avoir été le pensionnaire de quatre ou cinq autres théâtres. Enfin Henri Potier, profe.<;seur au Conservatoire, a composé la musique de Mademoiselle de Mér anges, de Pascarello, etc.; sa femme a chanté à l'Opéra-Comique et à l'Opéra-National.
Le baptême d'auteur ilramatique fat reçu par Eugène Labiche au théâtre du Panlhéon; aujourd'hui, le Gymnase, les Variétés, le Vaudeville et le Paluis- Royal se partagent à l'envi cet ingénieux esprit. N'y a-t-il pas en même temps beaucoup de gaieté et de philosophie, et autant d'allusions spirituelles que d'entrain, dans V Article 960, le Chapeau de paille d'Italie, les Suites d'un premier lit, la Sensitive^ le Voyage de M. Périchon, la Poudre aux yeux, les Vivacités du capitaine Tic? Tous les tic5Sont saisis avec habileté par l'observateur judicieux, qui leur fait juuer le rôle des passions, parcequils sont réellement les traits particuliers de notre époque. Le mariage lui-môme en est un, et l'adultère en est un autre pour beaucoup de gens. Ils en rient quand Labiche les force à se reconnaître, et cet auteur laisse en effet à toutes'Ies folies le ton sérieux qu'elles afifectenl dans notre société. Quand tu ne mets plus en scène, mon cher Labiche, des Parisiens, des Français de notre époque, réussis-tu? Beaucoup moins, convenons-en. Aussi bien tu as renoncé depuis
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longtemps iiux ("ostumos liislo; iijucs dont lu asulliih\é jusqu'.'i Grassot dans M. de Coislin. Ta corvette file plus de nœuds à 1 heure en embanpianl moins do traditions. Est-ce à dire que tu aies à craindre les naufrages? Je te sais bon pilote, je t'ai vu bon nageur. Un jour, il m'en souvient , nous étions quatre à faire l'c^cole buissonnièro; nous avions loué à .\uteuil un bateau, que la Seine entraîna, malgré la résistance d'un rameur passablement inexpérimenté, lequel te rappelle aujourd'hui, comme circonstance atténuante, qu'il était le plus jeune de la bande. Tu nageais et ma barque s'en allait à vau-l'eau, lorsqu'un de nos camarades, qui le suivait de loin, cria : Au secours I Tu le rejoignis, et il eut l'imprudence de paralyser tes mouvements, en s'accrochant à toi avec les ongles; tu parvins toutefois à le sauver. Paulin, à qui tuas rendu ce grand service, est maintenant capitaine en retraite.
On assure que Guénée, Gis d'un chef d'orchestre du thùâtrcdu Palais-Royal, touchait déjà des droits d'auteur sur le boulevard du Temple avant de quitter le Collège. L'Orphelin du parvis Notre-Dame et les Pages de Louis XFsont le dessus de son panier.
Le chef-d'œuvre de Capendu, jusqu'à présent, ce sont les Faux Bonshommes .
Celui d'Alexandre Dumas fils csi , à notre avis, le Demi-monde. Mais la Dame aux Camélias, Diane de Lys et les autres fleurons de la même couronne sont également d'un prix exceptionnel. L'exception nedomine pas moins dans les caractères qu'il dépeint, et c'est le côté vulnérable de son œuvre. Mais comme l'invraisemblable devient possible lorsqu'il attache, lorsqu'il passionne! Quel auteur plus en vue que cet héritier d'un nom si populaire? Ses premières repré-
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sentations font événemen t dans la grande ville. Alexandre Dumas fils a commencé par faire monter au Théâtre-Historique une pièce lyrique, dont les principaux personnages étaient Chactas et Atala, et il avait la rime encore plus facile lorsqu'il était en pension. Il a écrit des vers sur la mort d'un jeune camarade, le fils de Dumanoir. Chaque fois qu'on présentait alors à Alexandre Dumas père un album, en le priant d'y mettre quelque chosi', il répondait : — J'en parlerai jeudi à mon bonhomme, qui tourne mieux les vers que moi.
L'Odéon a donné plusieurs grands ouvrages d'Amôdée Rolland, qui commence par des coups de maître
Montjoie est peintre et vaudevilliste.
Plusieurs théâtres ont monté et montent des actes dont l'auteur est Jules Adeniz de Colombeau.
Feu Supersac, secrétaire de la direction de l'Odéon, avait fait représenter deux ou trois actes ot butiné pour le Corsaire. C'était alors un fanfaron de vice, un lion de contrebande, un faux mauvais sujet; tous ses amis voulaient l'en corriger. Nous disions donc de Supersac : Il est content qu'un beau cheval l'éclaboussé, parce qu'en s'essuyant avec un mouchoir blanc, comme tout le monde n'en a pas, il salue le cheval du nom de Fortunio, deValeria, de Kossuth, ou de Gimblette, en sportman qui connaît soii turf, et il en fait autant quand passe une jolie femme, la vît-il pour la première fois; mais, au fond, il est sage comme une demoiselle... qui n'aurait jamais connu que lui.
Enfin les deux Théâtres-Français, les Variétés et d'autres théâtres encore ont représenté maints ouvrages de Gaston de Montheau, né en janvier 1828, fort dans ses classes non moins que Supersac, et puis rem-
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plaçant au Lycée pendant la première année de la république.
Edouard Lemoine, — administrateur du Gymnase, dont son frère est le directeur, a commencé par donner des répétitions, une fois ses classes terminées. Fondateur du Drapeau tricolore, feuille de Chalon-sur-Saône, et rédacteur de la ConstUution del^^O, il a écrit également dans le Siècle, la Patrie et VOrdre. Nous connaissons encore d'Edouard Lemoine un certain nombre d'articles dans le Dictionnaire de la Conversation, un vaudeville intitulé Norbert, fait en collaboration avec son frère, deux brochures publiées après le 24 Février avec le titre : Visite à Louis- Philippe, et un joli recueil de nouvelles.
De Falloux. — Frédéric-Alfred-Pierre Du Coudray de Falloux naquit au bourg d'Yré le 11 mai 1811. Son grand père avait été anobli par Téchevinage ; son père fonda un majorât sous la Restauration, et son frère aîné devint prolonotaire à Rome.
L'orateur le plus distingué au congrès de Tours, en 1844, était déjà le vicomte de Falloux, qui fut nommé député deux ans après et représentant du peuple en 1848. La journée du 15 mai le vit accompagner Lamartine à l'Hôtel de Ville. Le 23 juin de la même année, il élevait énergiquement la voix, à
lo
l'Assemblée, pour déclarer les fondateurs des ateliers nationaux responsables de toutes les conséquences de cette institution révolutionnaire. En demandant compte un peu plus lard des missions électorales données à des représentants du peuple par le chef provisoire de l'Etat, candidat à la présidence, ne regardait-il pas cet abus d'influence, cette pression officielle, comme une violation flagrante de l'esprit de la constitution qui venait d'être promulguée? Quand le talent de la parole révèle à chaque instant un grand courage, l'amour du bien, l'esprit d'indépendance et de progrès dans ce qu'il a de compatible avec les principes éternels de l'ordre social et de la religion , on parle d'or.
Nommé une ou deux fois ministre depuis l'élection présidentielle, Falloux n'est demeuré que peu de temps au pouvoir, trop peu du moins pour la majorité des électeurs qui ont voté comme lui dans les circonstances les plus solennelles.
Ce n'est pourtant pas le ministre que l'Académie a fait asseoir dans le fauteuil du comte Mole; c'est l'ancien orateur parlementaire, c'est l'auteur de ÏHisloire de Pie F, de la Vie de Louis XVI et des Entreliens de /.OMj\s AT/, rédacteur de VEre Nouvelle et
du Correspondant, qui vient encore de publier les Lettres de Mme de Swetchine.
Falloux a épousé Mlle de Caradeuc de la Clialotaisel a fait plusieurs voyages en Italie. Il est allé à Nice pour sa santé, un peu avant le coup d'Etat, et il a été reçu à Venise par le comte de Chambord.
Benjamin Delessert, — fils de M. François Delessert, de linstitut, neveu de M. Gabriel Delessert, ancien préfet de police, père enfin d'un littérateur archéologue, fut représentant du peuple. Il avait suivi les cours de la rue Gaumartin, ainsi que plusieurs autres membres de sa famille, et les deux frères Albert et Sigismond de Nadaillac. Le comte de Nadaillac, ayant sauvé la vie en 1851 à Mme de Vallon, née Delessert, qu'une partie de plaisir avait pensé noyer, a épousé Mme de Vallon.
Casimir Périer. — Son père montrait à cet élève de Bourbon comment un député in dépendant peut devenir un grand ministre. Gasimir Périer fils entra dans la diplomatie; puis il fût élu député à Paris, et ensuite représentant dans le département de l'Aube. Mais, lui qui s'était tant promis de consacrer sa vie entière aux affaires publiques, aurait-il pour jamais changé d'atis depuis la dissolution de l'Assemblée ?G'est depuis lors qu'il a le temps
de chasser, et que la Saint-Hubert est une grande fête pour son joli château de Pontsur- Seine!
E. DucLERC, — né en 1812 à Bagne res-de- Bigorre, n'a été que deux ans à Bourbon. Correcteur d'imprimerie, rédacteur ensuite du Don Sens, de la Revue du Progrès, du National, il a dîné souvent avec les rédacteurs de cette dernière feuille chez le restaurateur nommé Lhomme, rue Cadet. Leurs piqueniques n'avaient rien de fastueux; néanmoins pour y faire honneur, il fallait un tempérament que Duclerc enviait à ses commensaux et même à Louis Blanc, son ami intime. La proclamation de la République fit le journaliste adjoint au maire de Paris, puis ministre des Finances, puis constituant. Une des qualités qui lui avaient manqué pour conserver son portefeuille, c'était l'habitude des emprunts, science qui ne s'improvise pas comme une révolution. Heureusement Duclerc avait eu le bon esprit de ne pas donner congé d'une chambre modeste dans la rue Lepelletier, son domicile de la veille.
Edgar Ney — et ses frères ont obtenu de nombreuses nominations au Collège. La mort du prince de la Moskowa, musicien très-distingué qui avait épousé la fille de Laffite, a fait passer son titre sur la tête du quatrième
fils du maréchal, le général Edgar Ney, sénateur, aide-de-camp et premier veneur de l'empereur. Celui-ci était déjà officier d'ordonnance du prince-président et envoyé en mission près de Pie IX, lorsque la fameuse lettre cjue lui adressait le chef de l'Etat, le 18 avril 1849, amena de si vives discussions à l'Assemblée sur le pouvoir temporel du pape. Tous les représentants du peuple qui s'étaient montrés quelques mois auparavant hostiles à l'élection du prince-président, demandaient déjà le rappel de l'armée française envoyée dans les Etats-Romains et la suppression du pouvoir temporel.
Hauré.\u, — en tant que journaliste, contribua à la rédaction de la Tribune et du National, avant de rédiger en chef le Courrier de la Sarthe. Destitué en 1845 de la place de bibliothécaire au Mans, il rentra au National. Il fut élu membre de la Constituante. La révolution de Février l'avait déjà fait conservateur des manuscrits à la Bibliothèque nationale : position conservée par lui pendant quatre ou cinq ans. Mais à côté du démocrate il y a dans Hauréau un historien, un philoso|)he, nn érudit. Le souvenir de ses Lettres de la Afontagne, apologie de Robespierre, n'a pas fait assez peur aux membres de l'Institut pour empêcher l'académie des Sciences mo-
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raies et politiques de décerner, pendant la république, son prix annuel de 1,500 fr. à V Examen critique de la philosophie scolastique, sorti de la même plume. Celle-ci s'est trempée dansTancienneécritoire des bénédictins, pour s'humaniser tout-à-fait, et elle a entrepris une tâche gigantesque, la suite de Gallia Chrisiiana, et voici plusieurs fois que l'académie des Inscriptions et belles-lettres consacre l'utilité de ce travail complémentaire en y appliquant le prix Gobert, dont la valeur est de 10,000 fr. Hauréau a donné aussi la traduction de la Pharsale dans les classiques Nisard, et VHistoire litttéraire du Maine.
Amédée Jacques. — Des idées trop purement démocratiques ont privé le corps enseignant du concours d'un homme de talent, auteur de la Liberté de penser : cette publication par fascicules, fondée en 1847, a attiré avant le coup d'Etat, sur sa tête, l'excommunication universitaire. Le même philosophe a donné un travail sur le magnétisme dans la Revue Nouvelle, et un Mémoire du seiis commun; il a publié avec MM. Jules Simon etEmile Saisset, un Manuel de philosophie, en 1847, ettout seul, dix ans aiivès: Excursion au Rio- Salado et au Chaco, etc. Fils d'un peintre estimé, Ainédée Jacques est le beau-frère de
Gide. Un prix d'iionneur lui a clé décerné par lo Collège, qu'il a quitté pour entrer à rÉcole normale; il a ensuite professé la philosophie à Amiens, à Douay, au collège Bourbon à deux reprises, à Versailles et à Louisle-Grand, outre qu'il a été trois ans maître de conférences à l'Ecole. Son discours à Bourbon, en 1839, traitait des inégalités instituées et par la nature et par l'état social entre les hommes. Nous y relisons :
« En vain essaierait-on de réduire celte multiplicité vraie à l'unité d'une moyenne imaginaire qui ne serait jamais qu'une abstraction sans modèle... Le monde est bien fait, et il n'est ni de notre droit ni en notre pouvoir de le refaire. »
John Lemoinne — fut aussi un bon élève, envoyé au collège Bourbon par un maître de pension de la rue Pigalle; seulement il fit une partie de ses classes à Stanislas. Bien que né à Londres, il était le fils d'un Français, avocat à Paris et puis dans les départements. Le Journal des Débats sert principalement de tribune à cette plume éloquente de John Lemoinne, qui traite encore toutes les questions de la politique étrangère au point de vue et dans les intérêts du régime conslitutionnelque la France a perdu au 24 Février. La netteté et l'élégance du style placent depuis longtemps au premier rang, dans la presse, le journa-
liste diplomate qui s'est formé effectivement au ministère des Affaires étrangères.
Eemond Texier, — que John Lemoinne a pu connaître à Bourbon et à Stanislas, y a montré pour les couronnes beaucoup plus d'indifférence : n'était-ce pas afficher déjà des sentiments républicains? A toutes ses copies d'autrefois sa copie d'à pi-ésent n'a rien à envier : elle fête le dimanche dans les colonnes du Siècle, comme courrier hebdomadaire, et l'Illustration , ce bas-relief de la presse contemporaine, a pour rédacteur en chef Edmond Texier. Sa Biographie des journalistes, ses Lettres sur r Angleterre et sa Physiologie du poëte ne valent pas son Tableau de Paris. Le grand Texier est né à Rambouillet; ses comptes-rendus de la dernière campagne d'Italie, rédigés sur les lieux, lui ont valu la croix d'honneur.
BÉNÉDiCT-LoYS Lhermimeu — a contribué, avec le susnommé , à la rédaction du Portefeuilley puis il a écrit dans le Pays. Ce spirituel bohème a fait des charges sans nombre à son homonyme du Collège de France, rien qu'en lui adressant ses créanciers et ses maîtresses, dont les habitudes du professeur n'avaient que faire. Loys est aussi bon nageur qu'Alphonse Karr, Labiche et Nadaillac. On s'aperçoit, de plus, à l'école de natation , qu'il a le corps
jnesque aussi velu qu'un ours. Il se le fail raser Je temps à autre; mais, comme il coupe, en pareil cas, les draps île son lit, force lui est de remettre au mois suivant les bonnes forlunes en retard.
De HeeckereiN. — Son père, le baron d'Anlliès, était surnommé à la Chambre des députés , sous la Restauration, le généralissime de la clôture, tant il aimait à clore les discussions et à faire lever la séance. Georges , né en 1813 et en Alsace, était bien en pension un élève d'excei)lion : il revenait parfois le dimanche soir avec un billet de banque pour ses menus plaisirs, et il n'y avait pas alors de coupures au-dessous de 500 francs. Elève de Sainl- Cyr, il quitta cette école aux journées de Juillet, parce qu'il renonçait à suivre la carrière miUtaire en France. Sous les auspices de son oncle, le prince de Halzfeld, il prit du service en Rus.ùe, sans perdre toutefois sa quahté de Français. Sous-lieulenant d'abord dans les chasseurs de l'impératrice , puis capitaine dans les chevaliers-gardes, il dut tous les succès possibles à une prestance mihtaire sans égale, à une jeunesse cavalière, à un tempérament capable de soutenir tous les défis de l'esprit, d'aventure. M. de Heeckeren , ambassadeur de Hollande, adopta Georges d'Anthès, qui alors ajouta le nom de son second père
au sien. L'oflicier ne faisait pas face qu'aux bonnes fortunes; il était brave comme l'épée. Or le poète Pouschkin, se prétendant plus libéral que lui, se trompait peut-être sur ce point; mîîis sur un autre point on lui en évitait la peine et même le doute, car on le trompait à coup sûr. Le capitaine en a rendu raison à Pouschkin ; mais il a eu, de plus, à laver une insulte que le poêle avait faite àTambassadeur de Hollande : double affaire d'honneur, dans laquelle l'officier a reçu une blessure au bras, mais qui a coûté la vie à son adversaire ! Ni l'empereur ni la loi ne pardonnaient en pareil cas; Georges a donc dû renoncer pour la seconde fois à un avenir militaire tout dessiné ; il est revenu en Alsace. Conseiller généraldu Haut-Rhin, au début, ils'est porté après candidat à Colmar pour la députation, contre un procureur général; il n'a reçu le mandat parlementaire que deux années plus tard, en 48. Le 15 mai, un huissier de l'Assemblée était aux prises avec six hommes qui allaient l'étrangler; ce que voyant,Heeckeren a quitté sa stalle, et il a fait de son poing, rien qu'en le fermant, une telle arme, que les six hommes n'ont pas demandé leur reste. Ce représentant, que les Assemblées constituante et législative ont nommé seci étane, servait d'intermédiaire dans les négociations entamées
peu de semaines avanl le coup d'Elal entre l'Elysée otun tiers- parti, qu'on appelait aussi le parli-Thiers. Le baron de Heeckeren est sénateur de la création.
Morel-Fatio. — Sa famille est originaire de IHelvétie. Son père, négociant à Rouen^ jmis à Paris, le mit d'abord au collège Louis-le- Grand; mais il en fut renvoyé sans rançon, en 1824, à la suite d'une conspiration qu'on peut appeler dans l'histoire de l'Université le complot des bouts de chandelle . k un si'^nul donné, et donné par Morel-Fatio, chaque élève de sa classe éteignait vite la chandelle fichée sur son pupitre ; les autres classes imitaient une à une celle qui se plongeait d'abord dans les ténèbres : cette extinction des feux devenue générale favorisait bientôt un vacarme non moins général, et les maîtres n'avaient plus qu'à se boucher les oreillesà tâtons. Arrivé àBourbon, Morel-Fatio passa à d'autres exercices du môme genre, auxquels nulle récompense n'était encore affectée ; c'est pourquoi il n'eut aucun prix. En 1827, il partit pilolin à bord d'un bâtiment marchand anglais, pour apprendre la navigation. Au retour, on le jugea suffisamment apte au commerce, et il entra d'abord chez spn père, dont les livres en partie double s'illustrèrent avant [)eu de culs-de-lampc , quelquefois faits sans lampe; ensuite on le
plaça dans la maison de banque de Jean- Chailes Davillier. Puis il renonça au commerce. En Afrique, où il se rendit, il dessina el il peignit; il en revint avec deux vues d'Afrique, qu'il exposa et qui eurent du succès au salon de 1833. Depuis lors, que de toiles signées Morcl-Fatio ! En 42, il s'insl)ira admirablement d'un haut-fait : Le commandant Marnier avec un slopp français enlevant à l'abordage un brick anglais. Il fut choisi par Horace Vernet pour exécuter, sous ses yeux, le Bombardement de Saint-Jeand'Ulloa. N'alla-t-il pas aussi avec le prince de Joinville jusqu'en Orient? Toutefois les voyages n'empêchèrent pas Morel d'épouser la fille du général Duchastel ; après celui d'époux vint pour lui le titre de père. Il fournissait un large contingent à la galerie de marine de Versailles, et il publiait de beaux livres illustrés, entre autres La Marine, avec un des frères Pacini, et plusieurs grands recueils d'Études maritimes Aujourd'hui ce Léon Morel-Fa!io, qui a si bien marché, est le conservateur du Musée de marine et du Musée ethnographique, qu'il a créés au Louvre, et maire du XX« arrondissement. Son frère fut au même collège.
PiGEORY, — architecte, ancien rédacteur en chef de \3i Revue des Beaux-Arts, a écrit des
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livres sur son art : Histoire de la ville de Saint- Florentin et de sa cathédrale, et les Monuments de Paris au dix-neuvième siècle, où le collège Bourbon n'est pas oublié.
Roussel, — élu représentant du peuple par le déparlement de l'Yonne, figurait au nombre des partisans du général Cavaignac ; il avait été officier antérieurement, et lauréat du Collège en 1824.
Lespérut, — fils d'un général, n'a quitté la pension Labbé qu'en 1830. Le déparlement de la Haute-Marne l'a envoyé à l'Assemblée, puis au Corps législatif.
RouAix et Testelin — ont voté, comme républicains, à l'Assemblée. Le premier, avocat à Saint-Girons, avait pris possession de la sous-préfecture, dans celte ville, à la [)remière nouvelle des événements de Février. Le second, docteur-médecin, avait organisé le banquet réformiste de Lille.
Mortier, — duc de Trévise, né en 1814, fut chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans et pair de France en 1845. il fait partie du sénat depuis 1853.
Arrighi, — duc de Padoue, sénateur, membre du comité de haut patronage du Lycée, est né le 26 septembre 1814. Son père, général et gouverneur des Invalides, avait ap|)arteuu lui-même, comme élève, à une des
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pensions du Collège, avant la création de cet établissemnnf. Padouo tils entra à rEcole polytechnique on 1833, et il donnait en 1839 sa démission d'officier. Dix ans après préfet de Seine-et-Oise, il fut ministre de l'Intérieur en 1859.
Alphonsede Galonné, —parent des anciens professeurs du même nom, a prolesté par de spirituelles brochures contre la révolution de Février; il a écrit dans VOpinion publique, et il a fondé en 1852 la Revue contemporaine, qui tient tête aujourd'hui à la Revue des Deux-Mondes.
Emile de Labédollière, — rédacteur du Siècle, était bien jeune en 1828, quand Psyché, feuille romantique, a publié des vers de sa façon. Une chanson, après 1830, l'a fait traduire en cour d'assise. C'est l'auteur des Industriels, avec Henry Mon nier, de V Histoire des mœurs et de la vie privée, de Paris nouveau, de V Histoire des environs de Paris, etc., traducteur de Cooper et de Dickens.
Julien Lemer. — fils d'un capitaine de frégate, n'a pas eu moins de succès au Collège que Labédollière. On le destinait d'abord au notariat. Mais il a tourné le dos aux panonceaux de cuivre pour écrire des articles dans une multitude de journaux, et des romans, voire même des brochures politiques.
Paul Juillerat, — fils d'un ministre prolestant, a pul)lié des poésies sous divers titres, et il a fait jouer deux comédies en un acte au Théâtre-Français et à l'Odéon.
DeValbezen, — qu'on regardait au Colléf?c comme le fds d'un Talleyrand, porte le nom retourné de Mlle de Bezenval, sa mère. Attaché d'ambassade à Madrid, consul au Cap, puis consul à Damas, il a été privé de ses fonctions en 48; mais renvoyé ensuite à Damas, il s'est distingué par sa présence d'esprit et son courage dans les ail'aires d'Alep, et il a occupé depuis le consulat de Calcutta. Or, voulez-vous faire connaissance aussi avec le major Fridolin? Le major a signé de fort jolies nouvelles : une dans les Débats^ c'est La Queue du chien d'Alcibiade, et une dans /a Revue des Deux-Mondes^ ayant pour titre Jm Retraite des Dix-Mille, etc. Ce nom frileux est un pseudonyme, un manteau couleur de muraille à l'usage des aventures littéraires. Les folies d'Espagne, les services diplomatiques et les veillées littéraires deValbezen lui ont acquis des droits réels à son grand maigre de surnom. C'est principalement à Madrid qu'il a perdu un embonpoint précoce.
AuDiGANNE, — attaché comme secrétaire à la haute commission de l'Exposition univer-
selle, a rendu compte de cette exposition dans le Moniteur. La Revue des Deux-^fondes a l)Ublié d'autres articles d'Audiganne, auteur d'une brochure apologétique sur M. Guizot, d'une nistoire électorale de la France et de plusieurs ouvrages sur l'industrie.
Leroux. — Le député au Corps législatif ainsi nommé et son frère ont été élèves du Collège. Jules Leroux, frère de Pierre Leroux, a fait partie lui-même de l'Assemblée, comme représentant de la Creuse, et nous le croyons également un des nôtres : des nominations sont accolées au nom de Jules Leroux danslelivretdesprix de 1826. D'autre part, Aimé-Armand Leroux, avocat,est membre del'Associalion amicale des anciens élèves du Lycée.
Blavoyer, — né à Troyes le 28 janvier 1815, avocat et agriculteur, fut envoyé par le département de l'Aube à la Constituante et à la Législative. Il siégeait dans les rangs des conservateurs.
Pigeon, — membre de ces Assemblées, était aussi agriculteur; mais il avait servi comme officier d'artillerie en sortant de l'Ecole polytechnique. Son frère et lui avaient fait leurs études djms la pension Labbé.
Élèves de la qdatrième période : — Sénart, notaire el maire de Villers-Collerels ; Véron, if.lacteur du Charivari; le Cle d Aygues-Vives, écuyer de l'em-
ptTeur ; Girard, notaire à Montmorency, et son frère; Gilbert, liomnic do lettres, lauréat de l Institut; Lestiboudois; D' Bouland; H. Foumilion, chef d'institioa à Colombes; Saint- Albin-Lechat, receveur particulier à Bar; Oscar de Watteville , littérateur, sous-chef à l'Instruction publique; son frère, au ministère de l'Intérieur ; D'' Achalme ; Vte d'Amboise, musicien compositeur, inspecteur des Enfants- Trouvés ; Nacquart , juge ; Manceaux, conseiller d'État; Flandin, id.; Bon de Cbassiron , auteur d'un Voyage en Chine, maître des requêtes, gendre du prince Murât ; le Vte do Schramm, fils du général, membre du conseil-général de Maine-et-Loire ; F, Foerster, négociant; E. Forqueray, ingénieur; Ecrire, magistrat; Delahaye, attaché au parquet; de Montpezat, peintre; F. J.Cloquet, neveu du chirurgien; Tournadre, employé supérieur aux Finances, et Tournadre, officier supérieur de cavalerie; Timbal, peintre ; Barrié, médecin dentiste; un Locré, peintre, un autre attaché à la Banque; Poitevin, officier supérieur; Hacquin, magistrat; Lantiez, notaire à Deuil; Rostaing, homme de lettres; Conte; Violette, notaire à Cormeilles; Beau, notaire à Paris; Vernet, peintre en miniature; Pajol, officier supérieur; Leroux, id.; Beaume, avocat; Bongrand, magistrat ; Ernest Weber, musicien ; Edmond Becquerel, professeur de physique aux Arts-et-Métiers; Alphonse de Rothschild, régent de la Banque, et son frère Gustave ; le Mis de Conegliano, membre du Corps législatif; le Mis de Caulincourt, id.; Amyot, éditeur; Breton , gendre de M. Hachette, éditeur; Binder frères; Susse frères, Giroux- Lagarde, agent de change ; Prunier, Tournadre et Buisson,agréés; le Cte Lehon, député ; Ad.de Belleyme, td.; F. Bartholony, auditeur au conseil d'État ; Vte Des-
2HJ HISTOIRE
roys, id.; Gte de Pons-Rennepont, id.; Alfred Blanclie, id.; Ed. Moreaii ,id.; Boivin , id.; Bon de Ravignan , id.; de Rivocet, id.; Leroy, id.; Tarbé des Sablons , td.; Edouard Winslow,arniateur;Vilcoq, souspréfel; J. Triumon, auditeur à la Cour des comptes; Sivanne, inspecteur d'Académie ; Blot, commissairepriseur; Vendryès frères, l'un professeur, l'autre fondeur en cuivre; Ch.Seydoux, maire et manufacturier au Cateau; Auguste Rollet, secrétaire général de la Vénerie impériale; Rodrigues, agent de change; Lecomte td.; Evrard, id.; Paul Robert; Amedée Revenaz; J. Rcnoult, auteur dramatique ; Pitois ; Prétavuine, maire de Louyiers; Piard-Mitouflct, ancien avoué ; A.Pasquier, médecin militaire; Ménage; E. Marey, avocat; Anatole Manne, sous-chef du cabinet du ministère des Travaux publics; Loche, contrôleur des contributions directes, et son frère, ingénieur des ponts-et-chaussées; Dr Lepère ; Lehecq, avocat; Henri Léger, sous-directeur de la compagnie d'assurance la Réunion ; Lefèvre-Pontalis, lauréat de l'Institut, auditeur au conseil d'État, et son frère avocat; Lauglois de Neuville, chef aux Travaux publics; Lagout, ingénieur ; Mansion, Koemphen, avocat; les deux Jouaust, licenciés en droit; Hubert-Saladin, ingénieur; Dr Blanche; Grosjean, avocat; T. Fleury ; A. Denis, rédacteur en chef de la Gazette des Théâtres, Ch. Desolme, id. de l'Europe artiste; Duquesne, avocate la Cour de cassation; E. Dupin , inspecteur de l'exploitation centrale des chemins de fer; Dupin; Ducloux et Beau, notaires; Marin, Lehelloco, Picard, Dromery, Bertinot, Caron et Devaux, avoués ; Jules Debray , professeur au Lycée ; Dailly, maître de poste ; P. Dauga ; Chastenet- Beaulieu ; Ciiorié-Marsaines, inspecteur générai des ponls-et-chaussées; E. Camuset, docteur en droit;
DU LYCÉE BONAPARTB. 247
Dr Belliol; A. Barman, banquier: Ballut-Beaupré, avocat; Minorel, ici.; Gourd, »d.; Uuplan. id.; Angar, directeur d'une compagnie d'assurances; G. de Conninck, P. E. de Maupas, A. Chartrey , A. Larigaudelle, A. Sabaté, H. de Bressenne, R. de Lignerolles, A. C. Beaudoo, C. Charpentier, E. Bouilletle, V. Callard, A. H. Fournier, M. E. Sauter, A. Dorcy, A. Robles, A. Busoni-Lemaire, J. Castel, V. Marquis, Sybertz, G.-E. Naquet, M.-A.-P. Charmasson do Puylaval, E. Lenoir, E. de Cerval, L.-J. Masselol, P. -H. Fissout, T. Lafont, V.-E. Levainville, G. Letenoplier, J. Tuslane, E.-A. Briel, L. de La Rochelle, A.Cuvier, W. de Couibrughe, A Maire, Bataille, baron Jcanson, P.-A. Senelle, G. Dillon, F.-A. Dubuisson, P.-J.-B. Chaulay, E.-G. Guibout, P.-E. Crémieux, S.-A. Pasteur d'Etreillis, A. Fomberl, C. Potel, C.-E. Furet, L.-E.d'Herbecourt, B.-C. Dequeux deBeauval; A.-L. Genin, N.-M. Brouhot, F.-E. Bouchet, G. Ruff, V.-L. Jonnart, V. Bishop, Corot, Ch. de Vasconcelles, E. de Proges, Ch. Rodier, A. Massot, J.-F. Ferrier, E. de Wailly, Beaubourg, P. Delpit, A.-R.-M. Bellinger , L.-E. Soyer. T. -F. Morisset, L.-A. Lejosne, E. Durand de Vallay, J.-P. Delavergne, A. de Sulauze, A. Rendu, Raynouard, J.-C. Lardereau, E.-A. Auger, L. Leguerrier, L.-A.-P. Génissieux, E.-A. de Guinguand, L. Janet, A. Bouillant, L.-F.-A. Peyron, P.-A. Mercier, E.-J. Ducolombier, E. Donon, Roger de La Bourdonnaye, P.-J. Féart, O.-L. Chas, P.-A. Quéquet, A. Dardel, Dutens, M. Bertin, C. de Mallortie , P.-D. Poutz, Mitelette, E. Lippens, A. Cuoq, I.-A. Cantelou, J.-F. Geoffroy, G. Corre , C. Saigey , C.-P. Nicod, L. Fir maire, H. de dibarieu, A. Dupré, A.-E. Auda , Martin, de Montlaur, A. Sosson, C. Hardouin, C de Mailard, y. Bisson, E. Ferrières. J.-E. LiDarès, £. Lépine,
248 HTSTOIRK
A. Prat, A. -S. Montalan, J.-J. MoHot, L.-F. Dulieux, L. de Milly, A. do Marolles, deMenche, L. Deleurie, L.-E. de Cressard, A. Bouge, E.G. Dupont. T. Dupré, J. Cournol, P.-C. Marius, D.-V. Pille, E. Hostier, L. de Perthuis, L. Brossait, J. Troyer, J. Masseras, U. Chenou, E. de Quillebœuf, L.-A. Huguenot, E.-C.-T. de Bonncville, A.-E. Sadoc, E.-L. Hcrmcl, J. Matter, A. do Maussé, G.-II. Montmarqué, G.-E. de Birague, J.-A. Bacquey , G. Pruppacher, L.-J et E. d'Hcrvas, A. Rhéa de Montgomery, A. -A. de Ferranty, B. Miette, A.-E. Rouquairol, C. d'Audiffret, L. deCorbigny, A.-L. Valcourt, C.Mynard,L. -H. Saint-Ange, J.-B.-G.Mauzé, X. Preys, C.-J.-A.-O. Macaire, C.-R. Gavart, Gracien, L. Savalette, E. de Barrère, J.-B.-D. Saucier, A. -F. Legentil, C. Sennegon, M.-A. de Sénaallé, C. de Cauville, E. Leca mus , G. Valatour, J.-A. Ganter, A. Fraysse, P.-Tli. Ferrand, E. Ourry, A.-J. d'Estrées, Ruynaud de Saint-Georges, E.-C. Letellier, de Loyac , A. Vieyra , A. Alletz , G. de Larue, C. Comte, Miliotti, de Hissac, les deux frères Admirault, Mala , C. Besnard, E. Tbimon, F. Gauthier, Bonnet, An. Hubert , Lebœuf , Allain-Lechartier , Suchet, Piquet , A. Baudoux , Roche , Monod, fils d'élève; Duperron, chef à l'enregistrement ; Bourguignat, avocat aux Conseils ; Dulong, fils d'un général; Trubert, référendaire à la Cour des comptes, et son frère; Robillard, maître des requêtes ; Allou, avocat, et son frère; Jamlel, Lehec et Lafaulotte, avocats; Jamet, chirurgieudentisle; Weill, huissier; les deux Tribert, l'un avocat; Doulcet, aide-de-camp du duc d'Aumale, capitaine, mort en Afrique, et son frère Jules, archiviste au Corps législatif; Heurtaux, économe à Stanislas; Fayolle, litl<tateur ; d'Hauterive, auditeur; Dallemamagne; E. de Planard, secrétaire de section au Con-
seil d'Elali Noblet, avocal; Bon do Sordobm ; deux de Jouy, celui-ci mort on Afrique, celui-là auteur dramatique, ox-directeur ; de Renty, trois Crèreb, Fréleau de Pény , référendaire ; Vvanofl', secrétaire à l'ambassade de Russie; Cto do Ma roi le ; Léorat , Lepolletier, avocat ; Bouillon, sous-chef à l'Instruction publique; Gochery, avocat ; Pascalis, maître des requêtes au Conseil d'État ; Paulmier, avocat ; Bercioux, inspecteur du service des essais à la Monnaie ; Schmytz, avocat ; Duchanoy, ex-inspecteur des finances; Raquin ; Schuler, chef à l'enregistrement; Legris et Petit de Gatines, avocats ; Cte Edouard Jacqueminot de Ham ; Rochoux, médecin à l'Hospice de la vieillesse, hommes; Vte de Janzé ; J.-E. Perrot de Chezelles; Delpech, médecin ; E. de Labrador, peintre, Qls d'un grand d'Espagne; Dehodencq, peintre d'histoire , élève de M. Gogniet, blessé au bras droit en juin 1848, auteur de Virginie, tableau fait avec la main gauche ; de Jonquières , peintre ; les Sempé; Guillaume, employée la Poste; Lefebvre, chez M. Rolschild; Leborgne, au ministère de la Marine; A. Mamony, auteur de romances ; Ferbach, professeur; feu Arthur Smith, bibliothécaire adjoint à laSorbonne, auteur d'un dictionnaire chinois, chargé d'une mission en Chine; Henry aîné, attaché au chemin de fer de Lyon; Bouley, vétérinaire ; Poriquet, avocat; les deux Dolapalme, fils d'un député; le Cte Duroure; Mosseluianu; Lemarant, fils de l'amiral; Arrivelz, chef de bui eau aux Finances; Yvert, peintre; Davillier, tils d'élevé; Massieu de Clerval, avocat ; Mis de Louvencourt; Boyenval; Barrot, avocat; Clavaud, capitaine de vaisseau; C' Muron, tils du chef d'institution, négociant; Ginisty, chef à la Poste; Bon de Guillerville, avocat ; Déel; Mollol, du ministère des Finances; Poissonnier,
250 HISTOISE
chef à la Guerre ; deux frères de Corbigny : Mouffle, chef à !a Guerre; Cottin; Laime, avocat; Angibout ; Da Costa, ancien agent de change ; Baudesson de Richebourg, td./Ctede Ci beins, C. Cliquet, de Beauvais,Vallot et Quétil, avocats; Cte de Beaufort; Gremeret, pharmacien; E.Cavel, entrepreneur de roulage; CtedeChatiiion; Demours; Blanc frères; Lebéalle, professeur; Pradines, chef à la Poste ; Fortier; Saint-Albin, qui a été inspecteur général à l'Opéra-Comique; Girette, chef à la Marine ; Camberlin; Brunel; d'Avril; Surat, professeur à Saint- Louis; Laperrière ; Cogery, receveur d'enregistrement; Fastré , avocat; Bon Chopin d'Arnouville ; Ancelet, architecte; Mis de Cheveigné, Cte d'Amblard de Beaumont , Cardot, huissier; Frécourt, td. ; Pécourt , de Saint -Charles et Maitrejean, avocats; Bourceret, directeur d'une Cie d'assurances ; de Morel , Becker, de Lagneau et Cardeilhac, avocats; Bon Lecouppey , Hittorf , Lupin, Farjas , Saint-Mars, fils d'élève ; Filleul, jurisconsulte ; Champy, agent comptable à la Marine; Cte Isoard , Boulin, bibliothécaire à l'Institut; Cannéva, chef anx Finances; Arthur de Beauplan et Montagne, littérateurs; Bergier, chef à la Poste; Troy, Duchaussoy, chef à la Guerre; Saucié, docteur en droit; Pluyette, Graëb, chef aux Finances; Bon de Gravier, Galisset, de Driesen , des Essarts et Dutilleul, avocats; Hoiiard, docteur ès-sciences; Pitoin, entrepreneur de roulage; Tillol, propriétaire ; Cte de Bouille , Protais, secrétaire général du chemin de fer de Bordeaux à la Teste; Bon d'Hennin, A. Feillet, professeur ; Charles, avo cat; Bon Devé, Goblin, professeur au Conservatoire: Mis de Pinot, Helleu, élève brillant, puis professeur à Stanislas, maintenante Bonaparte; les deux Caillet, professeurs; Guiraudet, professeur; Hérold , Van
DtT LYCÉE BONAPARTE. 2Ô1
Robais, dont les ancêtres ont rond(< à Abbeville la manufacture de draps; les deux Passy, nreys,«, Vasseur, NefT, Delacoulonche et Thouvenin, professeurs; Morel, aichilecte du Sultan ; Mello, colonel dans la République argentine; de l'Espée, Guiberl et Regnault, ingénieurs des ponts-et-chaussées; le prince Czartoriski; les deux de Witt, fils d'élève et littérateurs, gendres de M. Guizot; de Los Vallès, fils d'élève; Rilt, Poisson et Saint-Charles, avocals; Audenet, banquier; de Rhône, journaliste; d'Argenton, musicien compositeur, et son frère, officier supérieur ; Sébault, Barré do Lancy, jurisconsulte ; de Lucy, peintre connu sous le nom de Luc Fossari, qui ra ppelle celui de sa mère, Mlle de Fossarieu; les Ruggieri , Masimbert, professeur à Chartres, à Lisieux, à Dijon, à RoUin, à Saint- Louis, à Charleraagne et enfin à Bourbon, annotateur d'Esope et de Xénophon ; Devillers, Edmond Smyth , Duclos; Detrez, médecin, auteur d'un mémoire sur la goutte et sur la gravelle ; Pouillet, fils de la cantatrice; de Sainte-Croix, Rogeron, ex-banquier; Saurin, marchand de chevaux à Angers; Doussot, professeur de rhétorique h l'île Bourbon ; de Chatiilon ; François-Victor Hugo ou Charles Hugo, l'un et l'autre littérateurs et fils de l'illustre poëte ; les Solicofre, fils d'élève; Régnauld, architecte; Clémencet, professeur de rhétorique ; Guibcrt et Huet, des ponts-etchaussées; Dufay , négociant, petit - fils du Petit Manteau- Bleu ; les deux Carrière, officiers en Autriche, fils du duc de Berry et de Mlle Virginie, maintenant Mme Touchard; Poirré frères; de Monbrian, Al. de Valdemare, traducteur de Botta ; D' Duvivier.
TiRLET. — Le baron Tirlet, fils d'un général, candidat du parti modéré dans le dépar-
tement de la Marne, y réunit 48,182 suffrages qui le flrent entrer à l'Assemblée.
Victor I^asserre, — dit Victor Escousse, auteur de Farruck le Maure, drame en vers, se tua tout jeune, en 1832, avec Lebas, son collaborateur. Il avait été élève de Bourbon jusqu'en cinquième inclusivement, et dès lors il avait composé une tragédie intitulée : A lexandre. M. Lemaire, professeur de rhétorique, faisait allusion dans son discours en 1833, au suicide des deux jeunes gens qui n'avaient pas su attendre la gloire •
« A 12 ans, disait-il, on repousse l'amitié doctorale; enfin on s'impatiente de n'être pas un grand homme à l'âge où le plus grand homme des temps modernes vivait encore inconnu dans une école. »
Philibert Audebrand — a écrit dans des feuilles de toutes dimensions; mais il est principalement journaliste du petit format.
Prévost-d'Aveze. —De 1830 à 1838, les premières représentations des pièces de Victor Hugo et d'Alexandre Dumas avaient toujours lieu le jeudi j un service de billets de faveur était fait aux élèves du collège Bourbon, lesquels étaient représentés près de Vauieur d'Antony et d'Angèle par notre camarade Prévost, qui avait commencé ses études au séminaire et qui les continuait avec succès à l'Université.
Il entra, ses dusses terminées, au ministère des Travaux publics; mais jamais employé n'y lui moins esclave de ses devoirs, il avait mal aux yeux, et l'art de s'en servir pour s'absenter de deux ou trois jours l'un; toutefois il ne portail de lunettes qu'au ministère et dans sa chambre. Les autres jours on le voyait arriver quand le canon du Palais-Royal était parti, et il taisait comme le canon sur le coup de trois heures. De plus, il cajolait si bien Icb surnuméraires du bureau que ceux-ci, les trois quarts du temps, se chargeaient de ses écritures, en faisant des vœux pour qu'il passât sous-chef. Mais Prévost ne mettait à profil les protections que ses travaux littéraires lui conciliaient, que pour obtenir tous les ans plusieurs mois de congé qui ne faisaient pas perdre grand chose au ministère. On finit même par lui accorder une permission d'absence iUimitée,sans traitement; un ambitieux ne s'empara de son pupitre et de sa vieille redingotte qu'à titre provisoire, et si le titulaire ne reprit pas la place qu'on lui réserva toute l'année, c'est qu'il oublia tout-à-lait de donner de ses nouvelles au chef de division.
En revanche, il écrivait la physiologie du séminariste dans les Français peints par euxmêmes^ et il publiait des articles de mœurs, de voyages et de politique dans la Revue de
Paris, hï Revue britannique e[ \g Constitutionnel. Lorsqu'il rendit visite au baron Taylor, un matin, car c'est Theure des réceptions rue de Bondy, ce Mécène le traita comme un garçon d'avenir, comme une célébrité en herbe, en ne le laissant pas pénétrer dans sa chambre avant d'avoir fait étaler des in-folios, des papiers en désordre tant sur le lit que tout autour. Cette mise en scène avait la prétention de faireconsidérer le baronTaylor comme n'ayant jamais eu de collaborateurs, et par malheur il s'en présentait un qui venait lui j
offrir une plume sans signature. Le membre ^
de l'Institut parla à ce jeune homme d'un grand ouvrage qu'il faisait à lui seul, et cette circonstance nous explique assez que, depuis plus de vingt ans , son nouveau livre n'ait pas encore paru. Il avait aussi l'habitude de prendre pour des poètes tous les nouveauxvenus de la littérature, et c'est pourquoi, à la fin de l'audience , il serra vivement la main de son visiteur matinal, en lui disant : — Vos vers sont déhcieux ; j'en ai lu avec grand plaisir,et j'en relirai dès quej'aurai un moment à moi.
Or jamais notre ami n'avait rimé ; il délestait la poésie. Quand par hasard il se crut obligé d'adresser à tout risque les premiers vers venus à des dames, ils étaient de moi, et
DTT LYCi'.E BONATARTK. 255
ces dames avaient encore d'autres raisons pour les cacher. Prévost se destinait surtout à la carrière d'écrivain politique, et il fût certainement devenu , avec le temps, ou rédacteur en chef d'un grand journal , ou orateur parlementaire : le régime constitutionnel l'empêchait do désespérer du portefeuille ministériel. 11 pelotait, en attendant partie. Dans le monde, il était déjà un homme aimable; mais il n'eut jamais son pareil pour l'entrain et la bonne humeur dans la société de ses amis. A table, au bal, il avait plus d'esprit argent comptant que la plume à la main, et quelle verve pour les compliments, quelle finesse dans la raillerie ! Tout était respectability dans sa tenue, comme dans ses écrits, dans ses relations de famille et d'affaires : mais quand l'intimité avait brisé la glace de l'étiquette et secoué le joug du qu'en dira-t-on, comme il retombait en souriant à genoux devant le plaisir ! Comme il lui disait bien : Je t'aime ! 11 faisait quelquefois des charges, et quelles charges ! Un jour il récitait une fable , les Animaux malades de la peste , en reproduisant la voix et les gestes de M. Tissot, professeur au Collège de France. Un autre jour il empruntait le ton du secrétaire-perpétuel de l'Académie, se disposant à couronner Bignan, et, d'une voix qui scandait la prose
comme des vers, il adressait luiilement au lauréat quelques paroles bien senties ; — Approchez, monsieur Bignan, et venez recevoir la palme que l'Académie décerne à vos nobles labeurs.
Son hospitalier belvédère de la rue Paslourel, oîi le lendemain des meilleures têtes annonçait un surlendemain , pourquoi Prévost le quitta-t-il? L'ambition en ce jour néfaste l'a emporté sur le plaisir. L'auteur û'Un tour en Irlande, beau volume qui venait de paraître, avait plusieurs fois passé la Manche tout seul ; il avait parcouru avec moi les bords du Rhin et les Pyrénées; mais il voulait encore voir du pays, visiter Tltahe. D'ailleurs, Prévost, comte d'Avèze, à la veille de passer marquis, avait-il fait vœu de célibat? Plusieurs mariages étaient sur le tapis.
Par malheur la santé du voyageur se dérangea, en Italie, et la révolution de 1848 renversa des combinaisons qui intéressaient son avenir. Le dernier dîner de garçon auquel il ait pris part n'était pas gai : tout le monde s'y ménageait, bien qu'il y eût un seul malade. Il demanda à ses amis s'ils étaient devenus membres d'un comice agricoleou d'une société de légunjistes , et il eut la condescendance de porter ce toast : Ad bovesf Un calembour répondit : Ad aves !
Prévost- d'Avèze mourut clirtHifiiincment en juin 1849, pleuré par une mèru qui l'avail adoré, et vivement regretté par ses camarades.
La Presse des Écoles. — En 1834, au mois de mars, un journal parut sous ce titre. Ses rédacteurs et ses abonnés étaient presque tous élèves du collège Bourbon ; il y en avait beaucoup moinsàCharlcmagnc et à Louis-le-Crand. Le premier numéro de cette revue fut distribué dans la cour du Collège sans que le censeur, M. Clerc, eût le temps de s'y opposer; mais, dès la seconde fois, le service ne put être fait qu'à la porte de l'établissement. Cette publication romantique, donnant tous les quinze jours une livraison nouvelle, attaquait nonseulement les traditions classiques, mais encore le régime des pensions et collèges de l'Université.
Le corps enseignant tout entier fut en émoi: nos maîtres riaient, d'autres criaient au scandale. Mais on jouissait alors d'une liberté qui permit au journal du collège Bourbon de poursuivre, sans trop d'inquiétudes, sa publication toute l'année, et le duc d'Orléans luimême s'était fait inscrire un des premiers sur la liste des abonnés. Un journal qui s'appelait V Anti-romantique fut créé à Paris, sous les auspices de l'Université, pour répondre aux attaques de la Presse des Écoles et de plu-
258 HISTOIBE
sieurs autres feuilles littéraires. M. Napoléon Petiljean, alors ré|>éliteur à Sainte-Barbe, traita notre publication du haut en bas dans le Journal des Débats, et M. Casimir Bonjour nous fut encore moins sympathique dans un feuilleton du Constitutionnel.
Les fondateurs de la Presse des Ecoles étaient:
Ferdinand Dugué, élève de philosophie. Depuis lors il a publié des romans et des poésies; il a fait jouer au Théâtre-Français et à l'Odéon des ouvrages en vers, et il a donné au boulevard une quantité de drames, dont le plus remarquable au point de vue liltériiire est le Juif de Venise.
Leclerc, également philosophe. Maintenant notaire à Saint-Denis.
Amalric, Baron et Victor Leroux, élèves de rhétorique. Un ou deux livres ont été publiés postérieurement par le dernier.
Breton et Bazot, en seconde.
Etienne Enault, même classe. Auteur dune multitude de nouvelles et de romans, publiés d'abord en feuilletons. La Vallée aux Pervenches est, pour nous, le meilleur livre d'Etienne Enault.
Louis Judicis, même classe, né en 1816. Attaché à l'Hôtel-de-Ville, précédemment à une mairie, Judicis est l'auteur d'un drame, les Cosaques, joaé avec succès à la Gaîté, et de plusieurs autres pièces. Il a collaboré à des romans avec Etienne Enault; il a signé également des traductions d'auteurs grecs et latins, ainsi que son frère, qui a fait de jolis vers.
Même classe encore, l'historiographe actuel du lycée
DU LTCftK BONAPARTE. 259
Bonaparte, dont la prose el les vers ne m'ont que trop occupé. C'est le seul de qui j'oserai dire : H n'a pas plus d'esprit que moi. Mais nous sommes gens de revue, puisque nous n'avons à nous deux que 42 ans.
Lemaire, élève de rhétorique à Charlemagne, et neveu du professeur déjà nommé, puis professeur luimême.
Pierre Pauli, élève de Sainte-Barbe, en philosophie à Louis-le-Grand, mort peu d'années après.
SuDRE — obtenait en 1838 un prix de dissertation latine au concours général, et il se faisait remarquer, en outre, par sa haute stature au milieu des nombreux élèves du Collège que le roi recevait à Versailles, le IG août de la même année. Louis-Philippe leur faisait lui-même les honneurs du Musée, sa magnifique création ; il adressait la parole aux élèves et aux maîtres, ses invités, et puis il leur offrait une collation. Sudre, avocat, a été nommé officier supérieur dans la garde nationale.
Edouard Fournier, — né en 1819, est un charmant feuilletoniste du lundi , dans la Patrie; mais je l'engagea s'y montrer sévère pour les petits actes qu'il fait jouer quelquefois. Dans ses recherches sur Paris, il tire un excellent parti des documents que fournit la BihUothèque à laquelle il a été attaché. Ses travaux, bibliographiques ont déjà restitué à l'histoire littéraire des renseignements eu-
rieux et utiles. La fri ondité de Fournier, qui pond tant d'article- et de livres, n'est pas le seul rapport sous lequel il serait difficile à trois hommes do le remplacer. 11 faudrait néanmoins qu'il montât sur Etienne Enault, pour donner le bras à Sudre, ou à
Nadar, — traduction populaire de Tournaclion. Si celui-là ne faisait pas fortune a\ec toutes les réclames que ses obligés restituent à son superbe établissement photographique, il resterait un garçon d'esprit, que réjouit fort sa popularité, et l'enfant prodigue, toujours jeune, d'une famille qui ne saurait s'éteindre. Son Panthéon de la littérature est déjà vieux; mais il a mis en vue maintes réputations jusqu'alors plus douteuses. C'était comme une barricade, que des célébrités nouvelles ont prise d'assaut sans coup férir. De nos jours on ne se bat plus sur le chemin de la postérité : de si près tous les trains se suivent ! Les convois partent, ils n'arrivent pas toujours en bon état; mais à toutes les stations il se prend des billets. On ne dira donc pas : Le siècle Nadar, comme on a dit : Le siècle de Périclès. Pourtant Nadar est photographe; ce photographe dessine avec un chic particuUer; ce dessinateur écrit des nouvelles^ et ce romancier au petit-pied est personnellement agréable à rencontrer partout
DU LYOKK BONAPARTE. 261
OÙ l'on s'amuse, bien que démocrate à tous crins. Son père, libraire à Lyon, portail un nom connu par des éditions estimées, qui ont paru dans la même ville. Son frère est aussi photographe, après avoir fait de la peinture.
Ch. de Besselièvre — est le fils d'un peintre en miniature, lequel donna longtemps des leçons de dessin au Collège. Son tuteur, M. Dartois, le vaudevilliste, est devenu son beau-frère, son collaborateur dans maints théâtres, et enfin son associé dans l'entreprise des Concerts-Musard,
Julien Girard. — Prix d'honneur de rhétorique au concours en 1839, prix d'honneur de philosophie l'année suivante. Aujourd'hui le créole Girard occupe au lycée Bonaparte la chaire de rhétorique, après l'avoir occupée à Charlemagne.
Baldrillart, — né en 1821, fut souvent coHronné à l'Université avant que l'Académie française lui donnât le prix d'éloquence àdeux reprises, pour l'éloge de Turgot et celui de Mme de Staël. Economiste de l'école libérale, Baudrillart est rédacteur du Journal des Economistes et du Journal des Débats; il fait un cours au Collège de France.
Théodore de Banville, — poète plastique, semble avoir vu le jour à Paros. Il modèle,
il eslompe,ilesquisseadnniirablement, et quelquefois il laille dans le marbre. Ses Cariatides, ses Stalactites, ses Odelettes, ses Odes funambulesques sont d'un charmant es[)rit. Banville écrit aussi en prose marmoréenne; il a rédige dans plusieurs journaux le compte-rendu des pièces de théâtre, et il a fait représenter le Beau Léandre, au Vaudeville.
AssELiNEAU, — fils d'uu iiiédecin de Tadministratioii des Postes^, a écrit de jolies nouvelles. Sa collaboration littéraire à beaucoup de journaux y a souvent mis son nom près de celui de Banville, comme dans le livret des prix du collège Bourbon.
Oscar Honoré, — bien que successeur de son père, comme fabricant de porcelaine, est homme de lettres ; ses romans paraissent en feuilletons dans la Patrie et autres journaux. 11 a obtenu le prix de 10,000 francs, que M. Véron avait mis à la disposition de la Société des gens de lettres. Le secrétaire de notre Association amicale est Oscar Honoré.
A. Fresneau, — qui remporta en 1842 le prix d'honneur de philosophie au concours, était natif de Bedon. Les suffrages du département d'I Ile-et-Vilaine le firent représentant du peuple, et l'Assemblée le vit prendre part
DU LYCÉE BONAPABTB 203
avec talent aux discussions relatives au préambule de la Constitution.
Mechor ScHANiNiTZ, — disions-nous en 1851, est actuellennent un des princes qui commandent une des tribus caucasiennes les plus hostiles auxRuges ; il fait à ces derniers une guerre acharnée avec Schamyl.
Edmond et Jules de Concourt — n'ont pas quitté leur nom patronymique de Huot en débutant dans la Httérature, comme le dit le Dictionnaire des Contemporains ; on les appelait de Concourt au Collège. Du reste, ils étaient nés à Concourt, dans les Vosges. Ces frères Siamois de la littérature appartiennent à la branche de l'école romantique qu'on appelle l'école fantaisiste : ils ne font absolument qu'un, par leurs écrits pleins de finesse et d'originalité. Rédacteurs de Paris, feuille littéraire quotidienne qui a vécu environ deux années, ils ont semé d'autres articles ailleurs. La librairie contemporaine leur doit : Les Mystères des Théâtres, la Lorette, Histoire de la Société française pendant le Directoire, les Actrices, une Voiture de masques, Sophie Arnould, Portraits intimes du XIX' siècle, etc.
De Broglie. — Les fils du duc de Broglie, ancien ministre, membre de l'Académie française, ont fait leurs études à Bourbon. On lit
beaucou|) les livres et les brochures du prince Albert de Broglie, ainsi que ses articles dans diCTerents recueils, notamment le Correspondant.
Guillaume Guizot, — qui porte un autre grand nom, s'est fait connaître du premier coup par un travail très-distingué : Ménandre, étude historique et littéraire sur la comédie et la société grecques.
De Pressencé. — Un des membres de cette famille protestante, à laquelle le Lycée a dû plusieurs élèves, est auteur d'une Histoire des trois premiers siècles de P Eglise chrétienne, etc.
Taine, — revenu de laSorbonne en 1847 avec le prix d'honneur de rhétorique, entra ensuite à l'Ecole normale. C'est déjà l'auteur de beaux livres, quelquefois très-sérieux, quelquefois amusants, tels que ses Philosophes français et son Voyage aux Pyrénées.
Prévost-Paradol, — également sorti de l'Ecole normale, écrit principalement dans les Débats. Il a occupé pendant un an la chaire de littérature à la Faculté d'Aix-en- Provence. L'Académie française a couronné son Eloge de Bernardin de Saint-Pierre, et l'académie des Sciences morales son travail intitulé : Du rôle de la famille dans l'éducation. Prévost-Paradol avait obtenu au con-
cours général le prix d'honneur de philosophie en 1848 el un prix de discours français l'année précédente. Ou l'appelait Prévost au Collège; son autre nom fut porté à la scène par sa mère, sociétaire du Théâtre-Français, laquelle jouait encore les reines de tragédie du temps de Mlle Rachel.
Élèves de la cinquième période : — Dorât, Lecomte, Mathon, de Beurnonville, Duboscq, Bernard des Essarts, Carlier, Chibourg, de Boissière, de Sainl-Eglan, Girault, Camus, Tillot, Château, Jumelle, Cailleux, Leven, de Schweizer, Gondouin, Bartholomé, Descamps , Cœuré , Touzelin , de Crouzas-Cretet , Carlier, Flotard , de Frémicourt, Bouillat, Terré, Servel, Bordier, Pariset, de Vèze, Delon, Lasnier, de Rocheplate, Viiaflard, de Catalogne, ChamboUe , de Saint-Didier, Meslier, Lanzi, Sasias, Granderie, de Labretèche, de Bussac, Loisillon, Floquet, Mascré, de Lavergne, de Beaumont, de La Coulonche, de Méroila, de Lacépède, de Valois, d'Eichlall, de Coursy, Alcaln, Montaigut, Challat , Gellion , MongroUe , Thouret, de Cumont, Pollot , DesbaroUes, Delage, Usèbe, de Vrrnouillet, Lacheurie, Saffers, Audouit, Daigremont, Paccard, Desmousseaux, Maldan, Geyier, de Médine, Scheffer, Sabatier, de Bagnaux , Goudcliaux, de Neuilly, Calhelineau, Allard, Martorey, de Markowen, Notkicwicz, de Linières, Degousée, Gomond, Beaugeois, Tramblay, Porte, Murât, Cassius de Linval, de Tessecourt, Borville, Blayn, Dauloux, Van Lcemputen, Gaspard, Malibran, Leroy, de Forcade, de Prulay, ThieuUen, Dresch, Journée, Damourette, Forges , de Villiers , Mille, de Blaye , Dachon ,
266 HISTOIBE
Prévost, Molinos, de Bronval, Malo, Méquillel, Monthiers, de Chabannes, Duceux , Renault, Robinet, Flandin , Péreire , Farina, Chaix, Mora, Rosier, Franklin, Alix, Feldtrappe, d'Aure, d'Avrecourl, Bertheiot, Guédon, Lebaudy , Cuchelet , Salomon , de Comberousse, Sauvage, deTascher, Yvan, Plannt, de Baignères, Ledoyen, Hébert, Bazin, Renard, Borel, de Pontchevron, de Brème, de La Redortc, Stévcnard, Nau, Deschamps, Brouard, Herz, Cottereau, Pouzols, de Rivery, Paris, Vassal, Tisserand, Grandin. Trolley, Vée, Campbell, Fessa rd, Forey,Persiani, Tamburini, Hermann, de Brauneck, de Saitit-Phalle, de Crouy, de Taschereau, Lacaze, Joinville, Lesguillon , Billard, Halphen, de Guigné, Durand - Ruel , Chauchat , Gibert , Dussert , de Flahaut , Chaix-d' Est-Ange, avocat, fils du procureur-général ; Borda, littérateur ; Léon Say, auditeur à la cour des Comptes; Gaudin, attaché aux Affaires étrangères ; Guiffrey, avocat ; A. de Courson, auteur d'une Histoire des peuples Bretons ; Devicque, auteur de plusieurs grands drames; Cte de Riencourt, député î Hurbain, négociant en vins ; Cte d'Argout, maître des requêtes ; Vte Redon de Beaupreau, id.; Marbeau , id.; Hudault, td.; Péan de Saint-Gille, notaire ; Coin, agent de change; Vte de Loverdo et Bon de Lucay, auditeurs au conseil d'État; de Barthélémy, td.; Molitor, 6ls du maréchal; Bérard, Cordier, de Conchy, Martini, de Bessières, Gandillot, de Choiscul-Prasiin, Garcia, de Germroze, Autran, Lefrancde Pompignan, de Cools, d'Aoust, Granger, Crosnier, Fix, Coheni de Noailles, de Malleville, Second, Legendre, Feuillet, de Livois, deBuissy, Vallée, deMonverl, Valatour, de Taileyrand, de Latour-Maubourg, Duperrey, Ardant, Duruflé, de Mailly, Gillet, Etcbegaray, Cruveilber,
DU LYCÉE BONAPARTK. 26T
Bayvel, Surville, Lelièvre, Gosselin, du Chabrol, Demiinuid, Isnard, Devé, Boitnrd, de Billicrs, Lachave, Plé, Baroche, do Hochechouart, de Perrincllo, Hardy, do Livoix, Auger, de Wurstemberg, de Rivery, Chaise, de Valerot, de Foibln, Imberl de Saint-Amand, de Flavigny, de Marine, de Périgue, Fagniez, Berger ; Pourceit, notaire; de Rérausat frères, Cottier, I.éon llaievy fils, les Pozzo di Borpio, O'Neiil, de Luppé, I-. A de Cabarrus, Picard, Boulray, Ollé-Laprune, Beaumont, Ludiow, Saussine, Arisle Albert, J. Andrieux, attaché à la bibliothèque du Sénat ; H. Becker, E. Bordier, Campenon, Cartier, Delacourtie. de la Fosse-d'Auxais, Dubois frères, Duriez, Fauvel, Forty et Foureau de la Tour, avocats; de Benazé, Cartier, Devaux et Lesage , avoués ; G. Bonnet , Moreau , E. Boullon , L. Cbevalier, auditeur à la Cour des fîomptes; Ch. Chollet, du ministère des Finances; Clirétien, Constantin frères, Corby, de Lamarre, A. Deloche, J. Delon, commissaire-priseur ; E. Delpech, professeur ; Desforges et Simon, notaires; E. Douault, licencié en droit , Vte Duchatel, R. Duparquet, F. Fabrége; Froment-Meurice, joaillier; L. Gasson, E. Gervais, avocat; Guélot, id.; A. Huart, id.; Humann, id.; E. Gimer, A. Gournot, Cte de GrefTulhe, Guntzberg, Herbette frères, d'Hostel frères, Langoit , commissaire priseur , J. Leboucher, B. Lécrivain; Emile Legrand, rédacteur de la partie judiciaire de la Patrie ; J. G. Houssaye, auteur d'une instructive Notice sur la Chine, fondateur d'une exposition chinoise annexée à l'Exposition universelle et négociant en thés; Albert Le Rée, de Mas, A. Michau, L. Michau, A. Messéan, Moreau de Ghamplieux, Alph. Mullot, avocat; Nicolas, 0. Noirot, A. Normand, architecte; G. Normand, Parmentier, peintre; Parmenlier, avoué: Parmentier,
négociant; Pâturai, avocat; Pector, id.; F. Picard, A. Prolais, peintre; A. Riche, E. Richard, de Sainl- Romain, L. de Sancy, Sauvage, H. de Schneider, Ch. Sédillot, C. Touzelin, E. de Valois, avocat ; A, de Vandeul, R. Vinchon, peintre; Jarry, avocat; Levesque, conseiller à la Cour; Groos, ingénieur civil ; Droux, naanufacturier; Sanson, Ad. Moreau, Hipp. Moreau, Rasetti, avoué, et Rasetti, homme de lettres, auteur d'une jolie pièce au second Théâtre-Français; Javal, Halphen, Paillet; le Bon de Mackaw, auditeur au conseil d'Etat; Jolivard, avocat; Ch. Lagrange, fermier d'annonces; Grétérin, Beugnot, Hély d'Oissel, de Lagrenée, Goubie, de Béville, de Janvry, Fauche, Dupré, prix d'honneur de rhétorique au concours de 1848; Ducolombier, id. de mathématiques en 1849; de Bretteville, id. en 1851; Bahut, id. de logique en 1855; Desdouits, id. en 1855; Listz, id. de rhétorique en 1856; Ruffin, id. de logique en 1857; Faubert, id. de rhétorique en 1858; Martin, id. de logique en
Artistes dramatiçces: — Colson, élève du lycée Bonaparte sous le premier empire, a joué pendant trente ans les rôles de confident, de raisonneur et de notaire au Théâtre-Français.
Talbot est sociétaire actuel.
Laferrière marquera dans l'histoire du théâtre comme l'acteur le plus longtemps jeune, comme le seul amoureux dont les larmes n'aient jamais fait rire, et le drame de son époque n'aura pas eu de Léandre plus passionné, plus touchant, plus aimé.
Brindeau, encore plus nomade que Laferrière, a été sociétaire de la Comédie-Française, et Alfred de Musset n'y avait pas de meilleur interprète. N'est-ce pas
DU LYCÉB BONAPARTE. 269
dommage que Brindeau coure lanl l,i province? 0» 1 y gâte.
Charles Poncliaid rappelle à l'Opera-Comique l'excellente méthode du célèbre chanteur, son père, et de plus il joue en comédien qui a passé par le Théâtre- Français.
Berton, fils du compositeur, a débuté rue Richelieu vers le même temps que Ponchard. Des succès au Gymnase avaient marqué de nouveau sa place à la Comédie-Française; mais la Russie l'a rappelé à elle avec des arguments irrésistibles. Son 61s, artiste du Gymnase, et ses beau-frères, fils de Samson, du Théâtre-Français, ont été, ainsi que Berton, élèves du collège Bourbon.
Delaistre a créé de grands rôles sur les scènes du boulevard du Crime, et il y a doublé Frederick.
Langlois, fils d'un syndic au tribunal de commerce, porte au théâtre le nom de sa mère, Mlle Taillade. Il a représenté Napoléon au théâtre du Cirque, et Charles IX à la Porte-Saint-Martin; il a repris aussi avec succès un des rôles de la Tour d« iVesZe. Contrairement au proverbe, il est moins bien servi quand il se taille lui-même un rôle dans un drame de sa composition.
Le père de Lhéritier, du Palais-Royal, et de son frère, attaché au contentieux des douanes, qui ont fait leurs classes à Bourbon, était sous-chef aux Finances. Les Baigneuses, les deux Papas très-bien, ]e> Suites d'un premier lit, les Jarretières dun huissier, et ci'nt autres pièces amusantes ont fait de Lhéritier un comiq^ue excellent.
Pascal a joué successivement dans ([ualre ou cinq théâtres de Paris. Il passait au Collège pour être ap-
270 HTSTOIBE
pelô à jouir d'une grande forlune, qui a changé de mains.
Eugène Monrose, frère du sociétaire actuel de la Comédie-Française, et ODcle de Mlle Monrose, de l'Opéra- Comique, tient les premiers rôles en province, après avoir fait à Paris autant d'apparitions que Pascal.
Moreau-Sainti, fils d'un acteur de l'Opéra-Comique, a été quelque temps pensionnaire du théâtre dos Variétés; il contribue à l'éducalion dramatique des pensionnaires du Conservatoire.
Les pensions du Lycée. — Les écoles secondaires relevant du lycée Bonaparte, à l'époque de son ouverture, étaient les pensions : Butet, rue de Clichy ; Goëbel, même rue ; Guibourg, faubourg du Roule; Hix, rue Matignon; Lemoine, rue de Berri, etMoreau, faubourg Saint-Honoré. Mais des instituteurs particuliers, moins autorisés d'abord que les chefs de ces écoles secondaires, envoyaient également des élèves au nouveau lycée, dont ils répétaient les leçons, tels que les sieurs Labbé, Duckett, Brian t et Mouton.
M. Butet de la Sarthe, grammairien, né en 1769, avait été au séminaire et porté le pelit-collet; puis il avait étudié en médecine, fait un cours de physique à l'Athénée et donné des leçons dans une école centrale. Il était établi maître de pension au faubourg Sainf- Germain avant de fonder une école polymatique dans la rue «le Clichy, dite alors de la
DU LTCéH BONAPARTE. 271
Liberté. II présenta en 1800 sa Lexicotoyie à la deuxième classe de l'Institut; mais l'abbé Morellet et François de Ncufcliateau critiquèrent vivement l'ouvrage de Butet, qui se décida à déclarer, par une lettre au Moniteur, que son système lexicologique n'était pas suivi à récole polymatique. Il avait fait graver des têtes de lettres où figuraient ces mots dans un triangle : surveillance et affection; tuto, ciio et jucimde. Marie-Joseph Chenier avait parlé de Butet dans un ouvrage. Le mathématicien Kaynaud donnait des répétions dans son établissement.; le maréchal Regnauld-de-Saint-Je;m-d'Angély et le vaudevilliste Mélesville y ont été élèves. Le maître de pension présenta plusieurs fois sa candidature à l'Institut, sous les auspices de l'abbé Sicard, directeur des Sourds-Muets, qui fut tout seul à lui donner sa voix, et lorsque mourut cet ami qui avait été grammairien, il espéra recueillir plus facilement son héritage académique; mais il obtint alors une \oix de moins que dans les concours précédents. Au reste, M. Butet suivit de près Sicard dans la tombe; son fils eut postérieurement un emploi au chemin de fer du Nord, et sa fille énousa un changeur de monnaies au passage des Pahoramas. Son institution se fondit avec l'institution Bintot établie dans la même rue.
L'abbéBintot ne s'était pasmarié pendant la République, mais il ne reprit plus la soutane. 11 demeurait déjà rue de Clicby, avec un petit nombre d'élèves en 1806, bien qu'il lut alors professeur au Lycée. L'année suivante on classait sa maison comme institution particulière. Magister grand et maigre, à la parole vive, à la physionomie sévère, il tenait bien sa pension, où la p.itocbe remplaçait la verge de l'ancienne Université. On appelait patoche une sorte de tire-pied, comme en ont les savetiers, avec lequel des coups sur la paume de la main étaient administrés par ■punition aux jeunes élèves, et qui n'a disparu qu'en 1830 des pensions du collège Bourbon. Le successeur de M. Bintot à l'école polymatique fut M. Barthélémy, après lequel vint M. Kouit, ancien élève du Lycée, puis M. Pitolet, également ancien élève. L'établissement était fermé avant la fin du règne de Louis-Philippe.
M. Gœbel était aussi rue de Clichy. Il faisait toujours suivre sa signature de ces mots, citoyen français, afin de n'être pas pris pour un Allemand. Mais ilavait éponsé une Anglaise. Ses deux filles, miss Maria et miss Henriette, étaient charmantes et d'une rare distinction. On les taisait danser une fois par an, ainsi que les sœur^ elles mères des élèves.
DU LYC'ÉK BUNAPARTK. 21^
dans un bal moilestement organisé par souscription. Miss Maria est devenue la femme d'un professeur, et miss Henriette, i\m l'eût cru? a débuté au Vaudeville.
Avant l'ouverture du Lycée, Hérold, auteur du Pré aux Clercs^ fut élevé chez M. Hix;pui.s les pages de l'empereur y furent placés, en attendant qu'une maison spéciale leur fût ouverte faubourg Saint-Honoré. Le filsdu maître de pension mourut en se rendant à Bahia, et le cliagrinqu'en ressentit M. Hix le portaà céder presque tous ses élèves à deux pensions de la rue de la Pépinière et à vendre une portion de sa propriété. Son gendre, M. Auber, garda pourtant quelques jeunes gens, qui le suivirent bientôt rue Blanche , et plus tard, comme nous l'avons vu , il était censeur au Lycée.
M. Lemoine, dont l'établissement superbe s'était appelé institution polytechnique , a compté parmi ses élèves : de Ségur et de Baranle, de l'Académie française. Mortier, duc de Trévise, le général comte Tascher de la Pagerie. Ce maître de pension , auteur d'ouvrages élémentaires, signait Lemoine d'Essoies : il était né à Essoies en Champagne , au milieu du xviii^ siècle. Professeur de mathématiques et de physique, il avait été nommé membre du jury d'Instruction publique peu-
dant la Révolution. 11 est mort à Paris, le 17 août 1816.
M. Labbé, robuste pédagogue, à la bouche capable, au nez arqué, à l'œil ovale, au front fuyant, aimait tout ce qui fait ventre, mais aussi ce qui corrige un peu l'obésité. La maison qu'il occupait rue du Faubourg-Saint- Honoré, touchait au ci-devant hôtel BaUncourt, bâti sur les dessins de Liégeon, et le l"juin 1807 il acheta cet hôtel ouvrant rue de la Pépinière, vis-à-vis de la rue de Courcelles. Il s'était marié en 1793, et sa femme, qui allait elle-même à la halle, veillait au grain. Leur établissement continuant à prospérer, ils acquirent en 1820 la propriété adjacente dans laquelle ils avaient débuté ; puis ils cédèrent, vers 1826, l'institution à MM. Mérault et Hubert, qui avaient épousé leurs nièces. Mlle Falcon, autre nièce du père Labbé, habitait alors la pension ; elle débuta bientôt à TOpera, avec beaucoup de succès. Mais les deux associés ayaat moins réussi rue de la Pépinière, M. Mérault entra dans Tintendance militaire en Afrique, et M. Hubert, ancien élève du Lycée, devint un de ses meilleurs professeurs. Leur successeur, M. Rivaud, qui avait été établi rue d'Enfer, conserva à litre d'inspecteur le père Prèlement, ancien soldai de l'Empire, déjà vieux dans l'établis-
sèment, et mari de rinfirmière, qui avait été cantinière. Parmi les maîtres d'étude figurèrent Hégésippe Moreau, dont le prénom réel était Charles ; Guyon, plus tard sociétaire du Tliéàtre-Français, et Tyrtée Tastet, auteur de plusieurs pièces et d'une Histoire des 'iù fauteuils. L'aumônier fut l'abbé Orsini, qui depuis a écrit une admirable Histoire de la Vierge, mère de Dieu.Un. soir entre autres, dans cette institution, on joua M. Cagnard et Henri III ; voici quelle était la distribution des rôles :
M. Cagnard et le duc de Gvise : Eizéar Pin, plus lard homme de lellres, agronome en Provence et constituant ; le savetier Monique et la duchesse de Guise : Peert, ensuite avoué à Versailles; Catherine de Médicjs ; Luce , irarié plus tard à une charmante dame qui donnait de jolis bals; Vastrologue Ruggieri : Tyrtée Tastet; Joyeuse : Charles Joubert; SaintMégrin : Hégésippe Moreau; te page : Victor de Rigoy; ensuite associé d'agent de change.
M. Rivaud ne résista pas mieux que ses prédécesseurs à la mauvaise veine, que ne conjura pas le retour de M. Labbé. Puis un ancien élève de l'Ecole polytechnique, inspecteur dans la pension Petit, M. François Coquille prit l'établissement et y prit femme, pour se séparer de l'un et de l'autre à la fois. M. Coquille, après avoir écrit dans le Constittitionnel, s'est placé en Afrique ; M. Kivaud
ifjtj HISTOmE
est attaché aux bureaux du chemin de ter de Lyon. L'ancien hôtel Balincourt est redevenu une habitation particulière depuis la mort de M. et de Mme Labbé.
La pension Savary, rue Croix-des-Petits- Champs, puis passage Sandrié, a été remplacée parla pension Vertut,ensuite Labrousse, sur l'emplacement du nouvel Opéra; mais elle avait eu une succursale à Passy, avant d'y transférer son siège principal. Le fondateur de cette maison, maintenant dite Aubert- Savary, a cessé de vivre en 1836. Elle est au nombre des institutions qu'une grande voi ture met en communication avec le Lycée.
MM. Granet, Bimar et Basse ont précédé M. Bousquet, gendre de M. Basse et frère d'un professeur du Lycée, dans son établissement, rue deChaillot, qui date de l'Empire.
MM. Landry père et fils s'installèrent vers 1815 rue de la Cerisaie, et passèrent rue Chaptal quelques années après. Chez eux Ledru-Bollin,et ses amis Gambon et Delescluse, ont été moins longtemps élèves que l'Anglais Neate, lequel a obtenu un prix de discours français au concours général.
L'ancien hôtel de Lucien Bonaparte, rue du Hocher, est occupé par la pension Carré- Demailly, dirigée antérieurement par M. Dunod, et fondée en 1815 par l'abbé Picot. Du-
DU LYCÉE BONAPABTE. 2T7
oroq, fils du concierge de M, Diinod, fut sou- Tent couronné et devint professeur.
A la même année remonte l'établissement créé rue de la Pépinière par un répétiteur de Louis-le-Grand, âgé de 23 ans, lequel commençait avec 7 élèves, notamment de Barrai, qui mourut général. M. Muron, ce jeune maître de pension, rivalisa bientôt avec M. Labbé. Ses lauréats nombreux n'ont pas tous tenu ce que leurs succès promettaient ; en effet, l'un d'eux, Larochette, fils du porteur d'eau de la pension, s'est mis simple soldat, comme un puits-sec de l'Université, et Labarthe, fils d'un colonel de gendarmerie, est mort jeune, pendant les vacances. Un autre chagrin frappa M. Muron quand toute l'argenterie de la pension fut volée par un employé, par un maître. Le jeune avocat Charles Potron, ancien élève, plaida vainement pour l'accusé Guérin, dont le beau-frère, au reste, nommé Jadin fut condamné, dans une circonstance encore plus grave, à la peine capitale. Quand à Potron, il a quitté la robe pour composer de jolies pièces, telle que le Poltron, la Liste de mes maîtresses^ 31"" de Sérigny.
M. Muron, comme de juste, était un des premiers à applaudir aux succès de Potron. Aussi bien il aimait le théâtre plus que ses élèves ne le croyaient. Il allait souvent se
blolir dans une loge de baignoire, aux Variétés ou au Palais-Royal, et parfois il y rencontrait M. Ragon, le professeur de rhétorique, lequel trouvait convenable de prendre les mêmes précautions en satisfaisant aux mêmes goûts.
Le chef d'institution avait pris pour répétiteurs Casimir Bonjour et Bellaguet. Ce dernier avait fait ses classes au Lycée, avant d'y être professeur, et il avait traduit le théâtre de Sophocle. M. Muron, en 1857, cédala maison à Bellaguet, et puis il fut adjoint au maire de son arrondissement. A M. Bellaguet, membre du conseil supérieur de Tlnstruction publique, a succédé M. Ebrard.
M. Goubaux donnait des répétitions à Sainte- Barbe. Le chef de cette institution, M. Victor Delanneau , l'aida à établir une pension, qu'il appela par gratitude pension Saint-Victor. Laffitte aussi vint en aide à M. Goubaux, dans une circonstance difficile, et puis ce fut la Ville qui acheta l'établissement pour en faire le collège Chaplal. L'institution Saint-Victor avait été fondée rue Chantereine ou delà Victoire; elle y avait fusionné avec la pension de M. de la Chauvinière, ensuite archiviste de la Chambre des pairs ; puis elle avait été transférée rue de Clichy, avec seconde entrée rue Blanche.
DU LYCÉE BONAPARTK. 219
MM. Belinonlet, Michel de Bourges, Lorain, Nisanl, de l'Académie, etDelort, fils d'un gérai, ont élé attachés à l'établissement. Massard et Herman, musiciens en réputation, ont été élevés chez M. Goubeaux. Monjean, fils du concierge, y a laitde bonnes études en suivant les cours du Collège, et puis il est devenu précepteur des flls de M. Horace Say. M. Passy, étant ministre, a voulu faire Monjean chef de soncabinetj mais celui-ci a préféré rester préfet général des études sous la direction de M. Goubaux, auquel il a succédé comme directeur de Chaptal. Sous le nom de Dinaux, un assez grand nombre de pièces de M. Goubaux avaient été représentées, notamment itichard d'Arlington, fait avec Dumas ; Latréaumont, avec Eugène Sue, et Louise de LigneroUes, avec Ernest Legouvé.
M. Bellacoys de Boismont, un bossu, s'est fait maître de pension en 1819 rue Manda r, puis rue de Clichy. 11 a passé proviseur à Tours, i)uis bibliothécaire à la Sorbonne, en laissant son établissement à M. Lamotte, postérieurement inspecteur Ac TUniversité.
M. Elias Regnault, successeur de celui-ci, est devenu secrétaire du cabinet de Ledru-RoUin, et il a écrit Y Histoire de la Révolution de Février, etc. M. Challamet, ancien élève du Collège, a transporté l'établissement rue des
HISTOIHE
Deux-Portes-Saint-Saiiveur. On doit y être mieux nourri qu'ailleurs, car le neveu ou le fils du célèbre Brillât-Savarin y a été pensionnaire.
Le vaudevilliste Engrène Nyon, qui a fait ses classes au Lycée, est frère du fondateur de la pension Genty, située rue des Martyrs, et à la tête de laquelle a été M. Blain.
M. de Blignières, auteur de plusieurs grammaires, est le père d'Auguste de Blignières, professeur de rhétorique à Stanislas, et auteur d'Essais sur Amyot. Il a créé, rue de Clichy, la maison d'éducation de M. Dupuy, qui est rue Blanche.
Inauguration vers 1820 d'un établissement rueBassc-du-Rempart. M. Léon Faucher y est répétiteur, avant de devenir précepteur des fils de M. Dailly, maître de poste. M. Darragon, ultérieurement secrétaire de la Faculté de droit à Poitiers, et père d'un avocat du barreau de Paris, cède la pension à Blanadet, ancien élève du Collège, qui vend à M. Montauban, mais qui reprend ensuite, pour revendre à M. Gassan.
M. Morin, instituteur établi sur une grande échelle, eut pour successeur son gendre , M. Belèze, ancien élève de l'Ecole normale, auteur d'un Cours complet d' enseignement élémentaire , lequel quitta la rue Louis-le-
Grand pour la rue Caumartin, où M. Pruniè-
res tient sa place.
La maison Ferlé-Bonnefous a été Hénon- Ferté. Notre camarade Fcrté la tenait de son beau-père, qui l'avait ouverte rue de la Pépinière, puis rue de Courcelles.
M.Pouzadoux, autre maître de pension, eut pour prédécesseurs MM. Mennequin et Clavé.
M. Dastès, ancien répétiteur de la pension Dabot, s'est installé rue des Dames en 1835. Aujourd'hui son institution est dite Marc- Dastès.
Au même temps s'établissait, de son côté, M. Dupont, inventeur et propagateur d'une méthode d'enseignement primaire, à qui succède M. Tuffier, rue Saint-Lazare, en même temps que rue du Faubourg-Sain t-Honoré.
M. Loubens , maître d'écriture, avait deux lils au lycée Bonaparte. Tous les deux se sont servis de la plume en gens de lettres. L'un s'attacha pourtant à une mairie, et l'autre, auquel une seule famille avait confié l'éducation de 7 enfants, en fit le noyau d'une pension, rue Thiroux, puis rue du Rocher.
De 1842 date la fondation de l'école polonaise des BatignoUes, où il est donné une éducation, nationale à des fils nés en France de l'émigration polonaise. Une grande extension a été prise par cette institution, grâce au dé-
282 HISTOIKE
vouement patriotique des Polonais et à la munificence du gouvernement français. M. Stanislas Malinowski est le directeur de l'école polonaise, qui envoie une partie de ses élèves au Lycée.
M. Crosnier de Varigny, professeur d'histoire à Versailles, précepteur d'un fils de M. le duc de Rivière et de deux fils de M. le duc de Gramont, a commencé en 18^2 à réunir sous sa direction les enfants de plusieurs familles.
M. Albert Berçoët, ancien élève de Sainte- Barbe, faisait de même rue de la Pépinière.
M. HioUe, rue d'Anjou-Saint-Honoré.
Et M. Cousin, rue du Rocher, dans l'ancien hôtel de Joseph Bonaparte.
L'institution Duplessis-Mornay était créée vers le même temps aux Batignolles pour des élèves de famille protestante.
Trois autres institutions, qui n'existent plus ou qui ne relèvent plus du Lycée, ont eu pour chefs MM. Sabatier, rue Richer ; Gasc, rue du Rocher, et Brion, rue de la Victoire. Barthélémy, fils du gouverneur de Cuba, Jomard et Bonafey comptaient parmi les nombreux élèves de M. Sabatier, auquel a succédé M. Chartran, puis M. Saint-Romain.
M. Gasc, père de l'élève de ce nom, était auteur d'ouvrages relatifs à l'enseignement.
M. Brion occupait l'hôtel habité avant le 18 brumaire par le gênerai Bonaparte.
Quelques auUes pensions sont de création plus récente ou se rattachent à quelques-unes de celles dont nous avons parlé ; elles sont dirigées par MM. Delahaye, ancien élève du Collège, Chaîne, id., Houllier, ancien répétiteur de la pension Muron; Pernet, Pretet, Derenbourg, Cibot, Comte et Delafosse.