PARIS LIBRAIRIE RICHELIEU
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DU
Wmouxe yomevlnve.
Jeunes élèves...
Ces deux mots^ entrée en matière de toutes les harangues officielles du Collège, y consacrent deux avantages en même temps : la priorité d'âge et Fautorité de la robe, dont le maître se targue à ITniversité, soit qu'il parle, soit qu'il écoute. Mais ici n'est plus à sa place là même précaution oratoire. Le droit d'aînesse, fut-il encore un droit, je ne l'invoquerais pas toujours à juste titre, encore moins avec superbe, au milieu des anciens élèves de notre Lycée , parmi lesquels je trouve et des atnés et des cadets. La robe virile, chacun de nous Ta prise à dix-sept ans,
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le jour de la félc de Bacchus. Si la loge des triomphateurs, ter conspecla Jovi, s'est drapée plus rarement, qui de nous en éprouve un sentiment de jalousie ? La fraternité qui survit aux relations d'élève à élève rapproche comme deux camarades^ à Tissue de toutes les luttes, et le vainqueur et le vaincu.
Vous, à qui s'adresse un discours purement officieux celte fois, vous n'êtes plus du tout des élèves. Que gardez- vous encore de la jeunesse? Cette question ne s'étant jamais faite directement entre gens bien élevés, je l'adresse pour votre compte à mesdames vos passions, si vous n'en êtes pas veufs. Répondez, désirs ou regrets, qui précédez en foule ou qui suivez l'âge moyen, double cortège du même seigneur et maître, compliments de bienvenue, puis de condoléance l Cet âge, le meilleur âge, est pourtant une puissance qui ne succombe jamais sans toile général sur les fautes et les abus qu'on lui impute. Harol haro sur ce pouvoir déchu! On prête révolutionnairement à la minorité, à la régence passée, tous les mérites qui datent vraiment du règne, notamment le chef-d'œuvre de l'écrivain ou de l'artiste, la beauté plus durable que la beauté du diable, l'esprit sans âcreté comme sans impertinence, le discernement en affaires, et l'état de majorité dont l'heure sonne
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pour le cœur après Plieure de la conscription. Ajoutons-y la pleine faculté de faire épreuve de soi-même^ mise en page de Tamour, composition-dé Dieu. La première jeunesse, en amour, n'est-ce pas la meilleure école de la seconde? Cet enseignement mutuel est rarement poussé aux degrés supérieurs pendant Tadolescence; il ne cesse pas toujours d'être primaire pour Tétudiant qui passe la trentaine. Aimons quand même, c'est jouer à qui perd gagne... Mais peut-être oublié-je trop, chers camarades, que tout le monde ici n'est plus garçon. L'un a pris femme, l'aulre est époux et père. Plaise à Dieu que Molière ne me prêle pas, en outre, un de ses termes glorieusement familiers, pour ajouter à la progression un indiscret couronnement, que les maris ont en horreur, mais qui fait relever la Ute aux célibataires consolés !
L'année scolaire, lorsqu'elle expirait, faisait pleuvoir des fleurs de rhétorique du haut d'une estrade solennelle : dernière leçon, conseils suprêmes, prodigués aux élèves que la fin des vacances ne devait plus ramener au Collège! Ces allocutions magistrales se renou- Meat chaque année, sans que nous en ayons l'écho, assoupi par l'éloignement où nous tient à son tour le monde. Regarder en arrière est un plaisir de poëte qui n'a pas même
réussi à Orphée. Hais est-ce reculer que de perpétuer Téinulation d'une génération à Tautre entre des anciens condisciples? Est-il dépourvu d'intérêt que des succès également honorables dans des carrières différentes aient eu le même point de départ? Les moyens sont connus, mais les fins ignorées. Pourquoi laisser impénétrable le voile des résultats partiels qui ont été successivement produits par une longue communauté d'études? Les honneurs de la monographie ne sont-ils pas dus au lycée Bonaparte, collège Bourbon?
Ni la cloche ni le tambour ne rappelleraient sur les bancs de la classe les myriades d'écoliers qui tour à tour s'y sont assis. Trop d'inégalité dans les conditions a battu en brèche le souvenir d'une quasi-égalité d'aptitudes et d'aspirations, pour que des groupes aient longtemps tenu bon contre tant d'éléments de division ! Laliberté, ce n'est pas autre chose qu'une séparation individuelle et absolue d'intérêts, d'opinions et d'habitudes, n'en déplaise aux rêveurs qui y voient l'association universelle et l'assimilation autant que possible des croyances, des vœux, des besoins et des forces. Jamais on ne se croit plus affranchi qu'en secouant pour jamais le joug de la disciphne du lycée. Mais plus tard, quand la vie est prise pour ce qu'elle vaut, quand on compare
aux liaisons récentes les affections qui datent du premier âge, on reconnaît souvent dans celles-ci un bienfait universitaire. L'étroite amitié qui relie deux camarades de pension, ou de classe, résiste seule à une interruption de rapports, quelquefois très-longue; il suffit d'une rencontre pour en renouer le fll. Le visage de Tabsent a-t-il changé? un mot le rajeunît. Rien de tel, à vrai dire, que la lune de miel des maris pour refroidir leurs affections de collège. L'ami, rappelé après ce temps d'épreuve, doit suivre de plus loin dans lenouveau ménage les errements de l'ancien copin. L'hôte inconnu, présenté à madame, est déjà dans la confidence de son mérite; il en sait plus long qu'elle sur les antécédents de l'ami qu'il tutoie, privauté dangereuse si Texemple en est contagieux 1 Pierre de touche de l'amitié, tu brûles! Cependant l'époux dort tranquille : le cousin de sa femme ne lui inspire plus d'inquiétude, depuis que son honneur est sous la sauvegarde infaillible d'un second lui-même.
De tous les fronts à couronner dé lauriers la mesure n'a pas été prise lors des distributions de prix. Quelque savants que fussent nos professeurs, ils n'allaient pas jusqu'à juger de l'avenir, comme les anciens, parle pétillement du laurier sur le feu. Ouvrons donc
un nouveau livret pour distribuer des montions honorables, dont les prix de l'Université n'ont pu donner que Tavant-goût. La lice étant beaucoup plus vaste, nous ne compterons jamais trop de vainqueurs. Mais de tous les élus que leur mérite a mis en évidence dans une carrière quelconque, aucun ne peut être oublié absolument que par sa faute, sMl a brisé toutes les relations qui l'auraient signalé comme sorti de nos rangs. Part se fera aux maîtres dans les éloges, qui perdraient de leur prix à être décernés sans restriction, même aux disciples. Sans la presse, qui nous veut du bien, les fanfares manqueraient à la fêle : elles sont d'heureuse tradition en ce qu'elles couvrent la voix de l'orateur chaque fois que la langue lui fourche. Les facultés ne s'appellent plus le thème, la version, les vers latins, le grec, la narration française, le discours, la philosophie, Thistoire, les mathématiques, la physique, Tanglais, Tallemand ; on dit maintenant : littérature, théâtre, peinture, sculpture, sciences, instruction publique, magistrature, barreau, diplomatie, armée, médecine, agriculture, finances," commerce, industrie, administration.
Les anciens élèves d'autres lycées ont des banquets annuels, qui reproduisent ou pour mieux dire prolongent la cène classique de la
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Saiut-Çharlemagne^ avec cet arantage que les meilleurs élèves ne sont plus seuls àtable^ que les plus paresseux peuvent s'y rattraper comme laborieux convives, et que les premiers de la classe deviennent quelquefois les ^ derniers, ainsi que Ta voulu l'Evangile. Chez Douix ou chez Collot, les plus studieux sont ceux qui trempent le mieux leur esprit dans le savoir-vivre, leur petit biscuit de Reims dans un Champagne qui coule de source fraternelle, et leur crédit du lendemain dans des souvenirs de pensums partagés. Une assez grande partie des promotions, des élections et des nominations, avant de prendre au Moniteur leur caractère de nouvelles officielles, ont été pressenties, caressées et fêtées par anticipation dans ce lit de justice tenu successivement, le verre en main, par les anciens élèves de Sorèze, de Juilly, de Sainte-Barbe, de Rollin, de Stanislas, etc. Les plus petits collèges ont les plus intrépides fourchettes. Mais, s'il y avait un grand concours gastronomique à la Sorbonne, les prix y seraient disputés par tous les collèges et lycées de Paris et de la province, qui démontrent, par là tout au moins, que rUniversilé de France est une.
Ces frairies, commémoratives du temps des classes, noient dans le premier doigt de vin, broient sous les premiers coups de dents tou-
tes les minuties du passée toutes les rancune5 de prix et d'accessits enviés; ces souvenirs, évoqués du réfectoire modeste d'autrefois^ servent tout bonnement d'absinthe, pour ouvrir ces mêmes appétits qui ont maintenant besoin de stimulant^ après avoir été si difficiles à assouvir. Mais combien d'espérances vermeilles se dressent avec le dessert, dans lequel entrent l'avancement, le succès, les dignités, les honneurs de toutes sortes, corbeilles où la fraternité, esprit même de la réunion, veut qu'on fasse la part du voisin avant d'y mordre soi-même à belles dents ! On se grise de camaraderie et d'offres de service réciproques, beaucoup plus que de la liqueur qui a fait d'Alexandre le Grand l'assassin de son favori. Ce commensal martyr n'est-il pas glorieusement vengé par les compétiteurs actuels de la faveur du souverain, qui savent périodiquement faire leurs affaires en festinant, sans rien avoir à craindre d'un maître qui ne les connaît pas, et qui ne doit les prier à diner qu'après les avoir fait ministres, ou sénateurs, ou conseillers d'Etat? 117 a évidemment progrès. Comptez tous les hommes éminents qui se sont succédé aux affaires depuis tant d'années, vous n'en trouverez pas un qui n'ait été d'abord porté aux nues, ou, si vous voulez, à la Chambre, par un groupe
d'anciens condisciples. Les grandes salles à manger sont Tantichambre des grands corps de TËtat. Les intérêts particuliers n'empêchent pas qu'on s'occupe des femmes, dès le second service, dans ces galas annuels^ dont les femmes sont exclues à leur très-grand dam, j'ose le dire. Le collégien, dans .sa curiosité, interrogeait, c'était son droit; Pcx* collégien interroge et répond, ce qui fait double indiscrétion, et il se croit tout seul lorsqu'il n'a près de lui que ceux dont Tamilié date de plus loin que ses premières amours.
Le fer-à-cheval de ces festins truffés et semés de grains de sel attique, garde sa nappe jusqu'au bout; les amours des convives n'y gardent pas toujours la leur : le nom des maî- Iresses absentes est servi bientôt et circule, le cru des conquêtes se discute, et l'aile de quelque vertu tombe, pour ainsi dire, d'avance au milieu de plus d'une assiette, comme alouette toute rôtie. Ce jour-là quel amant et quel mari se montrerait jaloux! La table a beau elle-même être disposée en croissant, l'excollégien marié fait les honneurs de sa femme ou l'oublie. Au point de vue conjugal, c'est donc une exception avantageuse que les anciens élèves du lycée Bonaparte, naguère collège Bourbon, n'aient pas de réunions organisées*
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L'utile et Tagréable sont pourtant de moitié dans ces assemblées conviviale^, qui donnent toujours lieu à rétablissement d'une caisse de secours, qu'on ferait mieux d'appeler de prévoyance. Avec de petites sommes, que n'ont pas à regretter les membres nombreux qui les versent, il est rendu souvent de grands services au petit nombre de ceux qui les touchent. Les employés sans place, les artistes trop jeunes ou trop vieux, les hommes d'esprit sans protecteurs, les braves gens en un mot qui ont fait leurs humanités sans y apprendre à faire fortune, ne sont à l'abri d'aucun mal; ils doivent trouver une dernière ressource au fond de la bourse commune.
L'exercice d'un droit suprême, dans cette extrémité de la détresse qui succède à des jours meilleurs, est préférable à un recours en grâce, qui conviient uniquement aux bureaux de charité.
Les anciens lycéens de Bonaparte se reconnaissent à de certains signes, imperceptibles pour les profanes, mais qui les trahissent Tun pour l'autre, de par le monde parisien.
Ce n'est pas qu'ils aient t^us à se louer de la fortune, il s'en faut de beaucoup. La moyenne du prix des pensions du Lycée est le même que dans les pensions du quartier Saint-Antoine, Seulement les externes libres qui suf*
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vent les cours de la rue Caumartin appartiennent pour la plupart aux familles en vue dans la Chaussée-d'Ânlin, dans le faubourg Saint- HoDoré, qui leur donnent pour répétiteurs les professeurs mêmes du Collège; ils doivent à un travail dans lequel se trahit jusqu^à la surveillance directe et incessante du chef de la famille 9 une part relativement énorme dans les succès du lycée Bonaparte au concours général : c'est Taristocratie ^ à tous égards^ des collèges de Paris. L'ordre établi par les nominations du Lycée et du grand concours est singulièrement interverti, comme chacun sait, par les alternatives pratiques de la vie : combien de lauréats ont été dépassés par les fruits secs de TUniversité, dans le steeple-chase du monde! Mais cette Cour de cassation, le monde, prononce des arrêts miraculeusement favorables, en général, aux élèves de Bourbon. Leurs anciens maîtres peuvent y être pour beaucoup; mais sur le fond de Tinstruction il se détache comme un relief , sculpté par des mains féminines; on dirait que les plus))elles et les meilleures des mères ont pris un coin de la chaire des professeurs. S'il faut tout dire, l'esprit, les bonnes manières et Téducation du galant homme sont comme un signe de ralliement, qui fait que deux anciens élèves
du Lycée, bien que d'un âge tout à fait différent, croient toujours à la première vue s'être déjà rencontrés quelque part.
Élèves de Bourbon, élèves de Bonaparte, vos mains se cherchent: comment les rapprocher et les enlacer? Par quelles gammes preluder au concert? Légion d'élite, tes armes en faisceau ! Puisque tant de souvenirs accolent, dans une étreinte Inséparable, ces deux grands noms, Bonaparte et Bourbon, qui ne s'embrassaient nulle part, l'impossible n*est plus à faire. Il ne reste à fondre que des nuances, à mettre parfaitement d'accord que de légères dissonanees. La gerbe exige-t-elle, pour se former, que le lien soit prêt avant le blé? Voici un livre.
Association amicale des anciens élèves du
LYCÉE BONAPARTE (COLLÉGEBoURBON). — Icin'CSt
pas le cas, et tant s'en faut, de placer un de nos proverbes : Le lien vaut mieux que la gerbe. Seulement l'initiative -prise par l'auteur du livre, dont la première édition voyait le jour en septembre 1851, aura porté ses fruits. De leur propre mouvement, au bout de peu de temps, deux groupes d'anciens élèves se réunissaient chez Véry et chez Vé-
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four. D'une part et de Tautre, ces convives se séparèrent après s'être promis de se remettre à table Tannée suivante en plus nombreuse compagnie; mais il aurait fallu s'y amuser un peu pour que la récidive sous les mêmes auspices ne fût pas impossible. Un autre rendez- Yous annuel; auquel l'ennui n'avait pas présidé; s'était renouvelé açsez longtemps, et principalement chez Champeaux, à une époque antérieure. La fondation d'un déjeuner du même genre, mais qui remonte seulement à 1856, semble appelée à se perpétuer. Les commensaux de ce couvert forment une camaraderie dépourvue de caisse commune.
Son caractère particulier consiste à se contenter du petit nombre : un candidat n'y peut être reçu qu'à Tunanimité des voix, et à la condition d'avoir passé trente ans. La seule institution d'une utilité générale, pour les anciens élèves de Bourbon et de Bonaparte, est l'Association amicale créée en 1859, à la suite d'un dîner nombreux qui avait eu lieu le 15 mars, dans un salon de Douix, restaurateur.
Le comilé de cette société fonctionne depuis la création; il a pour président M. Amédée Sibir?, avoué, rue Saint-Honorô, 189; pour trésorier, M. Clavel, trésorier du Corps législatif. Par les soins de ce comité est organisé chaque année un banquet, auquel il invite
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et le proviseur da Lycée et Télève qui a remporté io prix spécial fondé par rAssocialion. Une commission de quatre membres statue sur le mérite et Topportani té des demandes de secours adressées par d^anciens élèves au comité. Un registre tenu par le secrétaire archiviste de la société^ M. Oscar Honoré, littérateur et manufacturier, boulevard Poissonnière, 6, recueille les demandes et offres de place faites par les sociétaires. La liste des souscripteurs est publiée avec le compte rendu des réunions.
Les capucins de la chacssée-d'antîn. —Un couvent de capucins, ordre de Saint-François^ avaitété fondé en Tannée 1613 au faubourg Saint-Jacques, en même temps qu'un hôpital, qui est maintenant Thospice du Midi. Sous Louis XVI, 1-immense terrain du monastère fut l'objet d'une cession au roi, en vue d'embellissements et de nouvelles voies de comnumicalion dont le plan ne fut que partiellement réalisé. Les conseillers d'État Joly de Fleury, Tal^oureau et Lenoir, lieutenant-général de police, avaient été commis par arrêts du conseil en date des 6 août 1779 et 18 février 1780, pour acquérir dans le nouveau quartier étant au delà durempart de la Chaussée-d'Antin, des terrains suffisants à Veffet d'y construire me église et m bâtiment pour
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y transférer et loger convenablement autant de religieux capucins qu'au couvent de la rue Saint-Jacques. Le roi avait autorisé, le 8 juin suivant, l'ouverture de la rue Sainte-Croix (extrémité actuelle delà rueCaumartin) et de la rue Neuve-des-Gapucins (présentement Joubert), sur des terrains appartenant à M. de Sainte-Croix et à THôtel-Dieu. Brongniart, architecte du roi, avait dessiné Tédifice, en s'inspirant des monuments de Pestùm, pour en réduire le modèle, mais en y conservant une harmonie de proportions qui rehausse la simplicité du monument. Le 15 septembre 1783 eut lieu la translation solennelle des révérends pères dans cette maison, où ils se constituaient en nouvelle communauté, dite de Saint-Louis de la Chaussée-d'Ântin. Aussi bien les secours spirituels manquaient à beau* coup d'habitants, trop éloignés de Saint-Eustache, leur paroisse, et c'est une des raisons qui fit appeler les capucins à devenir leurs voisins. La rue Thiroux, entre l'ancienne rue Caumarlin et la rue Sainte-Croix, avait été percée avant cette dernière, pendant que des constructions neuves s'élevaient rue de la Chaussée-d'Antin.
Assurément les religieux avaient été bien plus au large, à Tautre extrémité de la ville : différence appréciée 4,800 livres, que le roi
leur servait de rente. Ils n'en étaient pas moins installés convenablement. Tout le monde pouvait assister aux offices dans leur église, bénite le 20 novembre 1782. On regarde à présent comme un vice d'architecture l'absence de chapelles latérales dans cette église, dite encore de Saint-Louis d'Antin ; mais il était de règle dans Tordre de Saint- François, dans d'autres ordres, voire même chez les Âugustins, que les chapelles fussent d'un seul côté. Après la porte de l'église venait celle du monastère, avec fronton, à égale distance de deux bas-reliefs de Clodion. Des colonnes toscanes sans base formaient le cloître, qui avait quatre faces; la galerie en était complète; mais en face de la porte, il y régnait une terrasse, au lieu d'un corps de bâtiment. De là les capucins promenaient leur vue sur un admirable jardin, dont il reste encore un petit nombre d'arbres de haute futaie; c'était le jardin monaslique> il englobait le terrain de la rue du Havre, et beaucoup de fruits y mûrissaientd'une apparence et d'une saveur telles qu'elles firent la réputation de ce verger. La troisième porte de la façade, ouverture de l'un des deux pavillons en aile, dont le premier était l'église, servait d'entrée à. une salle qui était réservée à un service d'utilité publique. Un des vingt-cinq corps de garde des
pompiers de la ville de Paris y était placé. Ce voisinage rassurant convenait assez à la bibliothèque des pères ; elle était composée de 5 à 6,000 volumes^ parmi lesquels se remarquait la première Bible imprimée au Louvre.
De plus^ les capucins étaient en possession de cinq tableaux de Vignon, ayant trait comme sujets à la vie de saint François.
Le provincial et gardien du couvent était Zénon^ en 1786 ; il fut ensuite provincial des capucins de la rue Saint-Honoré,
Quand les décrets de l'Assemblée nationale curent déclaré que les biens du clergé faisaient retour à la Nation, en novembre 1789, et ordonné le même mois qu'il fût dressé un inventaire des biens mobiliers et des charges se rattachant aux bénéfices, maisons et établissements ecclésiastiques; quand les vœux monastiques eurent été supprimés, Barthélemi-Jean-Louis Le Coulteux de la Noraye, lieutenant de maire au département du domaine de la ville de Paris, reçut officiellement la déclaration des capucins de la Chaussée-d'Antiu. C'était le 27 février 1790. Devant rofûcier .municipal comparaissait Nicolas- Martin Desprez, en religion Emmanuel, exprovincial et gardien des capucins de la (Ihaussée-d'Antin, demeurant audit couvent, lequel, en obéissance au décret du 13 novem*
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bre, déclarait que douze religieux prêtres composaient le couvent des capucins de Saint- Louis; que les revenus attachés à ladite maison se montaient à 5,800 livres, savoir :
4,800 pour indemnité de la cession faite au roi du terrain du faubourg Saiut-Jacques, et 1,000 pour la location de deux maisons; que le couvent n'avait élê chargé ni de rentes ni de fondations, depuis sou établissement; que ledit sieur gardien avait fait un inventaire de tous les meubles, argenterie et autres effets mobiliers dépendant dudit couvent, dont il présentait un état, signé par frère Emmanuel, provincial, frère Gabriel de Pans, hnger, frère Modeste de Paris, procureur, frère Gabriel, sacm/atn. , , , ^.. ,, , ,.
Il était pourtant ajouté a ladite déclaration que l'acquit d'un grand nombre de messes incombait à la sacristie, parmi lesquelles il y avait une messe à dire tous les jours pour le renos de l'âme du cardinal Pierre de Gondi, archevêque de Paris, et une tous les trois mois, à l'intention de François-Godefroi de la Tour • l'uH et l'autre titulaires de ces créances posthumes grevant le spirituel, avaient fonde le couvent et l'hospice du faubourg Sainl-
'*De"Tlus, on voyait figurer au passif temporel de la communauté 10,724 Unes 7 sols,
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non compris un métnoirede maçon, présenté
.plus tard; qui s'éleva à 1,3^6 liv.
!Dû â GarcDSOD, marchand de vin. • 4,862
— à Haré, boucher 1^688
— à Cadet, épicier. ••.... 655 19 s.
— à Marchand, menuisier 1^800
— au chandelier • 262
•— à Baudry, peintre en bâtiments. . 416 9
— au marchand de boTs. .... 657
— au paveur 122 17
— au frère Modeste» procuretir. • • 1.S60 2
Toial. 12,050 ilv. 7 s.
On devait, il est vrai, 7,429 livres à la communauté, laquelle ne parlait que pour mémoire, dans ses comptes, de recouvrements aux Antilles, dont les titres lui avaient été légués par Eleuthère de Tours, religieux du couvent, mort en 1786 : créance dont on désespérait. Il y avait en cave une provision de \in évaluée 1,495 livres. Le catalogue de la bibliothèque, ajouté au bilan, portait encore le nombre de ses volumes à 2,740.
Les religieux n'étaient pas plus de douze, à cette époque : Pierre-Charles Boilot, âgé de 65 ans ; Jacques Feutrey, 59 ; Etienne Opoix, 59; Silvain Pecqueur, 62; Martin Desprez^ 57 ; Gabriel Fallet, 57 ; Pierre-Henri Desessart, 57 ; Jacques-Joseph Biache, 53; Jean-Foy Callin, 52; François-Joseph-Émilien Seigneur,
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47 ; Dominique-Louis Bliche, 43 ; Jean-François Yarlet; 33. Bliclie quitta la maison à la fin du mois de mars 1790, et Biache le 11 août. Les scellés ne furent apposés que le 9 décembre^ même année, conformément aux résolutions prises par les comités réunis des biens nationaux et des alfaires ecclésiastiques, le 19 du mois précédent. Le procès-verbal dit : Nous, Jean-François Lerouw et André RotisseaUf officiers municipaux de la ville de PariSy commis par le corps municipal, autorisés à faire fonctions de Directoire du département, nous sommes transportés, accompagnés de MM. François Avrillon et Louis- Joseph Catoire^ huissiers commissaires-priseurs et vendeurs de biens meubles au département de la Seine, etc. Les. commissaires et huissiers sont montés dans une chambre^ | ayant vue sur un potager; ils ont été reçus par { Martin Desprez, qui a prêté serment entre | leurs mains de représenter les objets qui | étaient confiés à sa garde. {
Les questions d'indemnités furent souIe- | vées et tranchées pour les ci-devant capucins^ | comme pour tous les religieux des menas- i tères supprimés. 11 existe toutefois, sur les anciens registres de Téglise Saint-Louis d'Antin, des actes de baptême et de mariage da(és de 1792. I
La République fit du mouastère un hospice pe vénériens. Des épigrammes révolutionnaires ne manquèrent pas dinsinuer que la transition n^avaitrien de trop brusque, et que déjà le suc dépuré des fruits cuits avait été utilisé, comme médicament anti-syphilitique dans les cellules de la capucinière. Laffecteur, en perfectionnant cette recette, composait en effet son rob, remède autorisé parle gouvernement avant la Révolution, et dont le bureau de vente, par parenthèse, était fort bien placé dans la rue de Bondy, c'est-à-dire derrière TOpéra et à quelques pas du Vauxhall. La Convention dut regretter que le rob, en tant que découverte, remontât à Tancien régime; elle en préconisa l'usage avec chaleur, le 21 brumaire an III, le 3 brumaire an IV.
Laffecteur, qui de la rue de Bondy avait été rue d'Angouléme-du-Temple, transféra son bureau dans une des dépendances de Texcouvent des Petits-Augustins. Les capucins de la rue Sainte-Croix n'eurentpas longtemps pour successeurs les malades atteints du mal '^yphilitic|ue ; mais l'ancienne maison convenluillc du faubourg Saint-Jacques avait été englobée par rhospice consacré spécialement, depuis 1784, au traitement des mêmes affections. Le déversoir de la Chaussée-d'Antin ne recevait qu'à titre provisoire le trop-plein
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d'un établissement, qui de nos jours encore est surnommé hospice des Capucins. On dit communément, en parlant du docteur Ricprd, qu'il est le chirurgien en chef des Capucins. N'allons pas jusqu'à croire, par malveillance rétrospective, que celle synonymie malencontreuse ait eu quelque autre raison 1 d'être avant la suppression des communautés | religieuses! i
Les malades évacués sur l'hospice du faubourg Saint-Jacques avaient laissé dans un piteux état la succursale de la rue Sainte^ Croix. La contagion de la malpropreté avait tout marqué de sa lèpre. La principale entrée présentait à gravir des marches écornées.
Pas une colonne qui, à hauteur d'homme, ne fût criblée dMnscriptions à gratter ! Tous ceux qui pénéiraient plus avant se tachaient, rien qu'à frôler la rampe de Tescalier, et s'ils ne craignaient pas de Irébucher dans des chambres décarrelées, au seuil desquelles reculait le balai, ils en étaient bientôt chassés par des miasmes invétérés, qui rappelaient toutes les infirmités. Portés et fenêtres avaient beau être ouvertes, l'air n'entrait plus. L'administration des biens nationaux casa pourtant des locataires dans ce galetas monumental.
Payaient-ils? ne payaient-ils pas ? Tant s'en fallait, dans tous les cas, que leurs mobiliers
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répondissent des loyers. Ces nouveaux habitants aimaient à faire des trous partout où ils trouvaient des taches : ils étaient donc de vrais républicains. La dégradation continua de plus belle. Plusieurs citoyens locataires se trouvaient tellement bien des conditions du bail qu'ils firent la sourde oreille quand on les engagea à s'en aller; il fallut employer la force pour en purger tout à fait Pédifice, au moment de le restaurer, au moment dé convertir en lycée l'ancien monastère.
Quant à Téglise des pères capucins, elle est restée de fait la chapelle du Lycée, tout en devenant paroissiale. Leur origine est une, comme construction. L'église occupe un des deux pavillons du monument, et elle estdé- Corée d'une peinture à fresque de Giblin, Saint François en prédication, ainsi que d'un tiîbleau de Gassier, Saint Louis visitant ses soldats malades de la peste. Un autre souvenir bien cher à la paroisse n'est pas étranger au Collège. L'an XIII, l'abbé Bonier étant curé. Pie Vil fut invité par M. de Caulaincourt, président dd la fabrique, à honorer Saint-<Louis d'Antin de sa visite. Le saint père voulut bien se rendre à cet appel le dimanche 23 ventôse an Xlll, autrement dit le 13 janvier 1805. C'était aussi une| fête pour le Lycée, ouvert deux mois auparavant. On entra avec des billets, à
cause de la petite étendue de l'église: tous les élèves en avaient reçu. Le 14 juillet^ même année, Tempereur fit don à la paroisse de 2,030 francs pour acheter des vases sacrés qui manquaient à la sacristie. Au commencement de chaque année scolaire, le proviseur fait célébrer une messe du Saint-Esprit; ce jour-là il amène un prédicateur de son choix> étranger à Saint-Louis d'Ântin. Enfin^ de notre temps encore, les jours de fête^ grâce à une porte latérale, les fidèles évacuent Téglise par le Collège.
Amboi una fides au fer et, una dies,
(Properge.)
Le dernier des recteurs de l'ancienne université, PREMIER proviseur DU LYCÉE. — La
Convention avait prononcé, le 15 septembre 1793, Tabolition de tous les collèges de plein exercice et des facultés. LePrjtanée français, élevé sur les ruines du collège Louis-le-Grand, iut appelé GoUége-Égalité, puis Institut central des boursiers du collège ci-devant Égalité; c'était encore le seul collège ouvert, à Tavénement du Directoire.il s'en fallait même que toutes les bourses de Pancien collège fussent remplies. La plupart des boursiers présents, se destinant à différentes carrières, prenaient des leçons particulières, au lieu de
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suivre des cours réguliers. Quelques-uns, engagés comme volontaires sous les drapeaux, recevaientdans les camps une allocation entièrement détournée de sa destination, c'est-àdire Targent de leur bourse. Qu'elle était déjà loin répoque où trente fondations différentes alimentaienttant bien que malle principal et les boursiers de trente établissements destinés à l'instruction, avec plein exercice ou sans î Le parlement, dès le règne de Louis XV, avait eud'assez bonnes raisons pour réunira Louisle-Grand nombre de petits collèges, institutions modestes, mais qu'il eût été difficile à la Révolution de fermer tout à fait. L'unité de la suppression n'élait-elle pas toutefois un châtiment pour l'université de Paris, qui avait absorbé des institutions libres, au lieu de les maintenir isolément inviolables sous sa sauvegarde? L'ancienne monarchie ellemême, après avoir épuisé toutes ses forces à vaincre la féodalité, aurait voulu l'avoir à ses côtés, en face de la Révolution. Il y a plus encore émulation que lutte, quand le pouvoir est divisé ; l'anarchie et la tyrannie sont toutes seules à se faire contrepoids, à se menacer d'alternatives, en érigeant la haine en un devoir sacré, quand la force dit : Je veux, au Heu de : Nous voulons. Ce nous oblige.
René Binet avait été maître de rhétorique
au collège du Plessis, dès 1770; postérieurement élu recleur, il avait été le dcruier à remplir les fonctions de chef de l'ancienne université, avec le titre de vice-recleur, en 1791 et 1792. Faute de collège, il avait continué ses leçons dans une pension créée derrière le Panthéon par son élève Joseph Planche, ci-devant maître à Sainte-Barhe : cette pension, passée entre les mains deParmenlier et.de l'abbé NicoUe, est devenue avec le lemps collège Rollin, après avoir repris officiellement le titre de collège de Sainte-Barbe. Les écoles centrales s'organisant enfin pendant le Directoire, Paris en compta trois. Dans celle du Panthéon, une chaire échut à Binet;il prononça, 1" brumaire an VII, le discours de rentrée des écoles centrales.
Fourcroi, successeur de Chaptal comme directeur-général de Tlnstruction publique, pensa également au ci-devant recteur en jetant les bases de TUniversité de France. Un décret signé Bonaparte^ contresigné Marel, s'exprima en ces termes :
« Saint-Cloudjle 23 fructidor an XI.— Le gouvernement de la République, sur le rapport du ministre de Tintérieur, arrête co qui suit : Art. i«'. Dans le cours de l'an XIH, il sera établi à Paris trois nouveaux lycées à la place des trois écoles centrales actuelles , dont les exercices continueront pendant l'an XII. Le premier de <^s lycées sera substitué à
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l'école centrale du Panthéons le deuxième, à l'école centrale de la rue Saint-Antoine, et le troisième sera placé dans le local des capucins de la Ghausséc-d'Antin, 20 Les lycées de la rue Saint-Antoine et de la Chaussée-d'Anlin n'auront provisoirement que des élèves externes. 3® Les trois écoles centrales de Paris seront fermées à dater du i^^ vendémiaire an XIU.
Ua autre article ordonnait, pour Tavenir, le concours annuel des quatre lycées de Paris. Comme tel allait compter le Prylanée-Français, dont les élèves suivaient alors des cours à lYicoledes Quatre-Nations, et n'aurait-il pas clôrogé en reprenant son nom de Louis-le- Grand avant d'avoir récupéré la plénitude d'exercice? L'institution du concours général remontait à Tannée 1749, et les écoles centrales en avaient fait revivre à leur proflt la tradition. La distribution des prix du grand concours avait déjà eu lieu pendant le consulat, à rOratoire, rue Saint-Honoré. Le préfet de la Seine était chargé, quant à rétablissement créé rue Sainte-Croix par le premier consul, de faire mettre le local en état dans le délai fixé par le décret. Binel fut nommé proviseur de ce lycée, qu'on appela d'abord, par assimilation superficielle, école de la Chaussée-d'Antin. Le fondateur, afin de confirmer la qualification prescrite par son ordre, la fit bientôt suivre de son nom.
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La carrière de l'enseignement fût-elle jamais suivie avec plus de persévérance que par le traducteur d'Horace et de Virgile, mis à la tête du Lycée? La grande révolution n'avait pas même interrompu le cours des leçons données par Binet. Les travaux littéraires avaient été la seule récréation de sa vie et de son foyer. EfTectivement, il ne dédaignait pas, alors qu'il traduisàîtVirgile, de prendre l'avis de sa femme et de sa servante, tous les soirs, en leur lisant ce qu'il avait écrit dans la journée. — Étes-vous contentes, leur demandait-il? — Oui, répondaient les juges en cornettes.— Moi aussi, reprenait Binet; nous pouvons aller nous coucher.
Le proviseur mourut octogénaire et à son poste, le 31 octobre 1812. Beaucoup de ses anciens élèves se joignirent aux élèves nouveaux pour lui rendre les derniers devoirs.
Le bibliophile Boulard et Legrand, censeur au Lycée, prirent la parole au cimetière Montmartre. Une souscription fit les frais du monument élevé sur la tombe.
Suite des proviseurs. — La survivance de Binet fut donnée à Chambry, qui avait profité des leçons de ce maître, en faisant ses humanités à Sainte-Barbe, quand Sainte- Barbe relevait du Plessis. M. Chambry revenait à Paris, après avoir été professeur et
puis proviseur à Bruxelles, alors ville française. C'était un gros et petit homme, dont le tempérament sanguin devint bilieux dans Texereice de ses fonctions. Tôt ou tard^la vie de collège n'amëne-t-elle pas ce résultat ?
Trop de feu appelle la cendre, et la poussière des bancs monte à la face, couche plus tenace que la poudrQ d.'iris. Un portrait de M. Chambry le représentait frais et rose ; on reprochait plaisamment au modèle d'avoir passé le Riibicon.
Un jour, à rheure de la classe, M. Planche, professeur de rhétorique, manque à l'appel, bien qu'il n'ait pas fait prévoir cette absence par un avis adressé au censeur. M. Ghambyr s'oppose formellement à ce qu'on aille relancer en ville un des remplaçants ordiïiaires, et il préfère monter, pour cette fois, dans la chaire de M. Planche. Comme il ignore entièrement quels devoirs sont à corriger, quelles leçons à réciter, il descend de son appartement avec une liasse d'essais littéraires, remontant à l'époque où il était lui-même élève de rhétorique. On voit avec anxiété se développer un rouleau, qui annonce deux heures de lecture suivie, et chacun se promet d'abord de n'écouter que d'une oreille. Un moment après, quelle surprise I on suppose au dehors que M. Planche raconte des anecdotes
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à ses élèves, qui ne se sont jamais tant amusés : des applaudissements et des rires^ qui se succèdent par saccades, comme la ritournelle d'une chanson sans fih^ font écho dans les autres classes et troublent jusqu'au recueillement des fidèles dans Féglise voisine. Les fenêtres de Saint-Louis d'Antin sur Tancien cloître, ne so;it-eiles pas ouvertes? En pareil cas, Timagi nation donne une finesse extrême à l'ouïe de plus d'un collégien : d'aucuns croient entendre les aveux et surprendre les péchés mignons de pénitentes du même âge, agenouillées dans les confessionnaux. D'invisibles chérubins qui veillent par bonheur sur la solidité du mur sont des anges, et ils ferment les yeux sur de telles illusions, trop gratuites pour être profanes, et moins à craindre que les témérités du Chérubin de Beaumarchais. Quant à M. Chambry, il joue avec le feu, en lisant aux rhétoricieiis (ies petits vers de sa composition; il n'a jamais rencontré d'auditoire plus indulgent pour les larcins qu'il y fait commettre à l'amour. Ces EgUides^ une œuvre de jeunesse, cueillent plus de baisers, effeuillent pltis de roses, écartent plus d'épines, foulent plus d'herbe tendre que n'en saurait rêver l'école buissonnière de l'iniagination. U' proviseur a hésité à tourner le premier feuil-
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lel; maints détails oubliés lui ont fait regretter de ne pas avoir déroulé une autre liasse de souvenirs; mais le poète réveillé, rajeuni et enivré jiar Tatlenlion que Ton prête à ses vers, perd de vue un moment les motifs qui Tout empêché deles livrera Timpressîon.
Les honneurs'de la reproduction en brochure ont été également refusés, avant que M. Chambry fût proviseur, à la nomenclature des prix etaccessits annuellement décernés au Lycée. L'année 1813 comble cette lacune ; mais les exemplaires du livret se tirent deux fois aux frais des professeurs, qui se cotisent pour y subvenir; Timpression ne passe à la charge du ministère de rinstruction publi que qu'à la Restauration.
En 1814, M. Chambry ne change pas de position. Le revirement militaire des Cent- Jours lui donne un peu plus d'inquiétude. On demande un nouveau serment de fidélilé politique à tous les fonctionnaires de renseignement, et la plupart le prêtent : un prêt n'est pas un don. Mais, jouissant de 4,000 livres de rente et pouvant faire valoir ses droits à la retraite, M. Chambry refuse de s'engager; cette ligne de conduite est suivie par M. Rendu, économe au même collège.
Le ministre Carnot, le grand-maître Fon-
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tanes, n'ont pas les premiers à connaître de cette détermination, portée directement à [ la connaissance de Lebrun , présicfent du conseil de Tlnstruction publique ; deux inspecteurs de Tacadéraie de Paris sont chargés de faire un rapport sur les états de service de Chalnbry et de Rendu, et, ce rapport étant très-favorable, Lebrun ne prononce pas de destitution. La seconde Restauration transforme de nouveau le lycée impérial Bonaparte en collège royal de Bourbon, et la cloche, de nouveau, est substituée au tambour.
Au milieu des grands événements qui se sont suivis de si près, les élèves n^ont fait qu'une perte sèche, celle d'une distribution de prix. Jusqua-là, un crieur rendait l'entrée en classe encore plus bruyante que le tambour ne la faisait, en annonçant d'une voix de stentor tous les maîtres l'un après l'autre, à mesure qu'ils sortaient en robes du vestiaire. Le proviseur supprime cet appel, comme inutile, après celui de la cloche. Les allées et venues, les conversations et les rires font déjà bien assez de bruit dans la cour et dans la galerie. Quand des disputes s'y élèveni, c'est à ne plus s'entendre. Par exemple, le lendemain du Jour où les classes ont vaqué à l'occasion de l'assassinat et des obsèques du duc de Berry, il y a alerte au Collège. Un
chevalier de Saint-Louis^ attaché à la pension de M. de la Cbauvînière, se prend de querelle au pied d'une colonne avec Lefé* bure de Saint-Maur^ plus tard avoués alors élève de la pension Bôismont. Des camarades se saisissent du maître, celui-ci est roué de coups. Il y a donc plusieurs coupables ; pourtant un seul élève, sans attendre qu'on Taccuse^se déclare auteur du méfait, et il a nom BuneK Son père, receveur-général, ne tarde pas à venir prendre M. Muron, cbez lequel ses deux fils sont en pension, et à se rendre chez M. Chambry, pour prendre la défense de rimprudentqui voudrait assumer, par excès de générosilé, toute la responsabilité d'un acte dont les auteurs étaient nombreux. Le proviseur reconnaît queBunel ne doitpasêtre le principal coupable; malheureusement un rapport officiel, qu'a déjà fait un inspecteur à Tabbé Nicolle, le recteur, ne laisse plus Chambry maître de couper court aux conséquent ces d'un aveu formel, M. Bunel père cherche donc à s'appuyer, à l'Université, sur Cuvier, près duquel intercède son ami, le colonel de Braque ; mademoiselle Mars elle-même, maî-> . ftresse de ce dernier, risque une démarche en aveur du jeune homme : le tout en vain.
Bunel est exclu du Collège. Plus tard, on apprend que cet élève n'a pas même trempé
dans la faute dont il a seul porté la peine^ mais qu'il a voulu se soustraire^ par un ingénieux moyen , à Tennui de finir ses classes.
M. Legrand^ censeur, fut nommé proviseur après M. Ghambry. Un fâcheux surnom lui venait de ce qu'il avait fait représenter Cassandre. Une autre tragédie du même auteur, mais qui avait été mal accueillie^ sous le titre de Romulus, commençait par ce vers:
Rémus, dominez sur les>emparts de Rome.
— Oremus, Domine I avait répété le parterre.
M. Legrand avait une dévotion que la plupart des pions tournaient en ridicule; il était dans les meilleurs termes avec M. Suquet de la Tour, curé de Saint-Louis d'Anlin. Quand on voyait passer sa longue redingote blanche, et quand on entendait craquer ses souliers à boucles, pendant la classe du matin, c'est qu'il se rendait à la messe. Sa grosse tête était portée avec une noblesse dont l'expression était rendue paterne par des regards remplis de bienveillance ; ses cheveux gris paraissaient familiarisés avec le fer à papillotes; ses mains blanches à fossettes étaient d'un patricien. Ce prdviseur passait^ toutefois,
pour affligé d'un caractère trop enclin aux emportements. Il mit une fois la main sur le collet d'un pion, qui Tavail appelé tartuffe. Cet homme avait servi, portait la croix d'honneur ; il répliqua par un soufflet^ que lui rendit M. Legrand, et il fallut les séparer.
Le proviseur était trop bien en cour, pour que Topposition ne mît pas les premiers torts de de son côté. L'ancien soldat était bonapariisle.
On se trompe si Ton croît qu'en ce femps-là les opinions de TUniversité se ressentissent généralement de son origine impériale. Royer- CoUard avait fait diversion, en arborant le drapeau libéral à la tète du corps enseignant, qui depuis lors est resté centre -gauche. Les membres les plus distingués de ce grand corps doivent tout au concours, à la comparaison, à la discussion, et la base de l'élévation par la faveur est, au contraire, le silence complaisant, l'obéissance à discrétion et le service quand même. Le régime parlementaire n'a donc rien que de sympathique, en général, à l'Université. Mais elle fera toujours de Topposilionà l'influence cléricale, quel que soit le gouvernement qui la subisse ou qui l'exploite. Périsse plutôt le principe de la liberté absolue, que de servir de sauvegarde à la liberté d'enseignement ! M* Legrand, par
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exception^ était resté du centre-droit, et le Collège avait fêté la naissance du duc de Bordeaux, en composant 30 odes sur ce sujet.
Plusieurs des auteui^ de ces vers se sont faits chefs de barricade pendant les trois journées d'une révolution qui condamnait le dauphin à Texil. Le proviseur mis à la retraite, a emporté la cloche dans ses bagages^ et puis il a fixé ses jours à Âvallon. Le tambour a battu aux champs pour saluer un jeune proviseur, H. Alexandre. Un changement de gouvernement pour TEtat et pour le Collège n*a reculé, en somme, que de quinze jours la distribution des prix. SurTeslrade, M. Alexandre était assis près de H, Ducbayla et de Tabbé Guillon, anciens professeurs du Lycée. M. Raynaud, prononçant un discours fait avant la révolution^ y ajoutait :
u Sous le règne des lois les services seront désormais mieux récompensés. »
D'autres questions, il est vrai, dans lesquelles la politique n'entrait pas, préoccupaient tous les meilleurs esprits, principalement au collège de Bourbon. Les agitations du roman-r tisme y passionnèrent la jeunesse plus vivement que ledrapeau rouge des attroupements et des émeutes de 1832, de 1834. Les professeurs, bonou mal-gré, faisaientdesconcessions
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à la nouvelle école, et quant aux remplaçai! ts^ sous peine d'être sifûés, ils devaient suivre eux-mêmes un cours de romantisme en faisant lire à haute voix et commenter Lamartine au lieu de Virgile, Victor Hugo au lieu d'Homère, et Alfred de Musset au lieu d^Horace. L'effervescence des idées littéraires est toujours bonne à quelque chose, au point de vue de rinstruclion. Toutefois les deux Nisard luttaient au premier rang contre les envahissements d'une li ttérature facile^ mauvaise queue de la nouvelle école. Le membre actuel de l'Académie française avait déjà pour collaborateur, comme traducteur des classiques, son frère, d'abord remplaçant, ensuite professeur de troisième et de rhétorique à Bourbon. Ce frère s'exprimait ainsi à l'expiration d'une année scolaire ;
a II ne faut pas se le dissimuler, messieurs, not ro solitude est sinon forcée, du nsoins grandement menacée, par les théories du dehors. On parle tant aujourd'hui, et d'une façon si peu discrète, de la longue servitude intollectuelie.dans laquelle nous tenons les jeunes gens de nos écoles l Si r.ous nous montrons àccommodanls sur les points principaux, adieu le terme de toute comparaison ! Si nous devenons tièdes, l'élève se glace. Il n'y a pas ici deux types différents de perfection, deux arts ennemis efcondamnés à Tabsuide l'un par l'autre. »
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De rhellénisle M. Alexandre, ne se rappelle-t-on pas la taille haule^ en rapport avec le format et le mérite de ses dictionnaires?
Elève de la pension Parmentier^ maintenant collège RoUin , puis élève de TEcole normale, de bonne heure il a préludé par des succès de favorable augure aux travaux qui Tontlait asseoir à l'Institut. Après un court séjour dans les départements, il a été pourvu d*une chaire de rhétorique à Saint*Louis, dès la fondation de ce collège, c'est-à-dire en 1820, et dans sa trente-troisième année il est devenu proviseur, en 1840 inspecteur général des études.
Les tournées dMnspeclion de M. Alexandre nous ont valu plusieurs fois le plaisir de le rencontrer en voyage, et c'est encore à tous égards un excellent modèle, même pour la sculpture. Son buste est dû au marbre de Paros.
Successeur d'Aletandre, Douillet. Cet ancien élève de Sainte-Darbe-Delanneau et de TEcole normale avait suivi avec prédilection les leçons de MM. de Cardaillac, Cousin et Jouffroy. En 1821, il avait été appelé à Sainle- Darbe-Nicolle, autrement dit RoUin, puis à Saint-Louis, à Charlemagne, à Henri IV. Les huit années pendant lesquelles M. Douillet a présidé aux destinées du collège Dourbon, marquent dans les annales de cet établisse-
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ment. Jamais le nombre des élèves n'avait suivi une marche plus ascendante, et il n'en était pas différemment pour le niveau des succès au concours, que M. Alexandre avait élevé déjà. Que si les bâtiments furent alors augmentés, afin de répondre à des besoins accrus, il y eut perle pour le proviseur d'une grande partie du beau jardin^ planté avant tout arbre de liberté^ qui fil place à la rue du Havre. Le bon ordre réclamait que le Collège eût une entrée de plus ; aussi bien les fonds obtenus permettaient d'établir des classes nouvelles et un cabinet de physique. M. de Salvandy appela en 1846 M. Bouillet à faire partie de ce conseil de l'Université qu'il réorganisait :.M. Bouillet avait bien mérité. C'est au surplus un philosophe^ un homme instruit, actif, ingénieux^ énergique, dont le visage rappelle celui de Socrate. J'aime à croire pourtant qu'aucun de ses disciples ne lui présenterait la ciguë.
Déjà le romantisme paraissait désarmé.
Les délices du roman-feuilleton, Capoue de cet autre Annibal^ eussent laissé tout le temps aux classiques de ravitailler leurs places fortes. Précaution inutile ! on était las d'une guerre où les preux morts se relevaient toujours pour se mêler aux combats des vivants.
Sainte-Beuve, quand le clairon cessa de reten-
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tir, tira de sa poche un scalpel, pour faire Tautopsie de& cadavres qui jonchaient la littéraiure depuis la Renaissance jusqu'à nos jours : champ de bataille réduit aux proportions d'un cabinet d'anatomie ! Ceux qui succédaient à Sainte-Beuvesur les bancs du collège Bourbon^ avaient arboré les couleurs d^une révolution littéraire qui exaltait Ronsard aux dépens de MalberbOi Corneille aux dépens de Racine, Molière aux dépens de Boileau : la jeunesse resta froide une fois que rengagement dégénéra eu dissection.L'heureux H. Bouillet^ pour . lequel la tempête se changeait en bonace, poussa la quiétude jusqu'à tout oublier des dissensions de la littérature. Aussi^ dans un de ses dictionnaires, parla-t-il avec bonhomie d'un, drame proclamé chef-d'œuvre par les uns^ par les autres monstruosité : la Marion Delorme de Victor Hugo était enfin considérée comme une pièce intéressante^ ni plus ni moins qu'un drame de M. Dennery l Quel calme dans cette appréciation^ et^quellc sérénité conciliatrice !
M. Rossi, plus tard assassiné par les démocrates italiens^ assiste of&ciellement à la solennité annuelle de 1842; il y parle en termes touchants d'une mort inopinée^ mais que n'a souillé aucune main^ de la mort du duc d'Orléans. Puis M, Landois, professeur, re-
Tient sur cet événement, dans son discours, et il a bien raison d'y voir le plus grand malheur qui pût arriver à la France. En 1846, reparaît M. Alexandre, pour couronner des rhétoriciens qu'il a connus élèves de sixième. La parole est donnée cette fois à M. Durand ; ce professeur de rhétorique recommande l'étude de la philosophie et de Thistoire, comme le seul flamheaù propre à servir de guide au milieu des ténèbres qu'annoncent, dit-il, des nuages à Thorizon.
Irrita verorum non sunt prœsagia vatuml
L'avenir est gros d'orages. Bien hardi pourtant le prophète qui devinerait tous les événements de 18481 La révolution de Juillet a profité assurément à un nombre plus ou moins granddesesauteurs; celle de Février seraaussi odieuse a tous ceux qui la laissent faire, qu'inutile à ceux qui la font. Un des professeurs du Collège, M. CourtaudDivernéresse, a prolesté contre les conséquences de la première; il espère tout de la seconde. Comparons donc les avantages qu'il aura tirés de l'une et de Tau Ire.
De longue date fonclionnaire de l'instruction publique, M. Courtaud a adhéré en février 1831 à l'acte de fédération, dans les co-. lonnes du National, par une signature que
M. Villemain, ministre. Ta engagé à retirer.
Mais le républicain reparaissait toujours, et il faisait ostentation de ses opinions hostiles au pouvoir, non-seulement à titre d'électeur, de juré, de garde national, mais encore dans ses relations professionnelles. Combien de temps loléra-t-on qu'il se livrât à une propagande dont les tendances lui faisaient un devoir de donner sa démission! Il répugnait de briser la carrière d'un membre du corps enseignant, que ses travers démocratiques n'empêchaient pas d'être un homme de mérite, auteur d'un dictionnaire et d'une grammaire, traducteur de Ju vénal, de Perse, de Lucain et de Sulpicia. On finit par lui imposer tout simplement un congé provisoire, litre et traitement conservés. La révolution de 18^8, après laquelle M. Courtaud a si tendrement soupiré, oublie quMl a été censeur^adjoint à Charlemagne, professeur de seconde à Louis-Ie- Grand, et que M. de Salvandy lui a presque promis une chaire de rhétorique : M. Carnot ne l'élève pas au-dessus de la sixième, son dernier poste sousla monarchie. Par exemple, on fait miroiter à ses yeux, comme une espérance, là place de M^ Bouillet. La mésintelligence n'est pas d'hier entre le proviseur et le professeur. Celui-ci ne s'est pas gêné pour dire à celui-là : -^ Monsieur, le Dictionnaire
d* histoire et île géographie que vous avez signé, il est fait de toutes mains. —Votre Dictionnaire français-grec n'est qu'un long contresens, a répondu Trissotîn à Vadius.
Le 12 mars, un dimanche, en Tabsence de M. Bouillet, un certain nombre d'élèves qui se sont recrutés dans les hautes classes, franchissent la porte du Lycée, et s'y emparent Au drapeau. Une manifestation préméditée s'organise placede la Madeleine, non loîn du domicile de M. Courtaud-Divernéresse, et, sous prétexle d'obtenir la suppression de la cosmographie dans le programme du baccalauréat, on se rend à rHôtel-de-Ville : les • rois du moment sont salués. Après quoi le drapeau, comme s'il venait d'être bénit, est rapporté fièrement psr la députation.
Heureusement le proviseur, tout en faisant la part des circonstances, sait ce que peut coûtera son collège, essentiellement bourgeois, l'impunité complète d'une démonstration tout aussi ridicule que révolutionnairc/C'est lui, M. Bouillet, qui s'oppose vers la môme époque à ce que des héros en goguette plantent leur peuplier dans la cour du Lycée; c'est lui aussi qui obtient de M. Carnot de rétablir le nom de lycée Bonaparte, au lieu de celui de Çhaptal, qui n'a aucun rapport avec l'histoire de l'établissement, et
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que pourtant on lui a conféré le 25 février. 11 n'est pas étonnant que le même proviseur, le 13 mars, à 9 heures , ait fait appeler deux élèves et les ait renvoyés de leur classe pour huit jours: ilsélaienten philosophie, classe de M. Jourdain, professeur qui depuis a été secrétaire de M. de Falloux» ministre de Tlnstruclion publique.
Cependant, sur la voie publique, les processions patriotiques du même genre se multiplient et font passer le temps à des gens fort en peine de s'expliquer les causes par les effets. Toutes ces députations ont une soif d'éclaircissements qui ;ies fait remonter à la source de proclamations irritantes, et les autorités improvisées qui les reçoivent sont encore plus altérées de nouvelles. La révolution de Février n'a pas trouvé tout de suite sa raison d'être; elle se dit révolution sociale pour faire peur à tout le monde, en attendant meilleur avis. C'est pourquoi au Lycée, dans quelques mauvaises têtes, le désordre s'organise aussi; la légèreté de quelques autres fait nombre, et un parti menace de s'opposer a la réaction du travail, à la restauration de la discipline. On forge des calomnies pour armes, on glisse des anecdotes licencieuses pour mots d'ordre, eton pose la candidature, comme proviseur, d'un des fondateurs de la Tribune,
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M. Bâscans. On reproche à M. Bouillet, que ne va-t-on chercher î ses constructions, cependant si utiles ; la terrasse; qui fait de son appartement une habiAtion de verre, comme celle du sage; ses bains^ comme étant pris trop chauds; ses goûts^ qui sont d'un homme du monde ; sa femme, qui est jolie; sa famille, grandissant à peine, et ses relations avec M. Cousin, une des^lumières de rUniversité et des conseils du roi déchu, en philosophie chef d'école, maître encore en littérature! L'axiome qui mure la vie privée n'est plusl Les gros livres.d'une utHité universelle et les éditions de Cicéron, de Séné* que, de Bacon, qui sont dus à M. Bouillet, ne défendent pas mieux sa porte aux quolibets d'un âge sans pitié. Le proviseur condamne l'adhésion de ses élèves à la République 2 haro sur ce réactionnaire! Que Thomme paye pour le proviseur! Que sa place ne soit plustenable!
Pendant trois jours, dans le Collège, une minorité impertinente refuse obéissance, lape des pieds, crie, dégrade bancs et murailles, et ne parle enfin de rien moins que de brûler ce qu'elle n'a pas brisé. Accourt M. Lesieur, chetdu personnel de TUniviM site, pendant qu'on va chercher des gardes mobiles, des gardes nationaux. Le censeur ne
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répond d'apaiser la révolte qu'à la condition d'une amnistie. Le ministre va plus loin : une ordonnance révoque M. Bouillet. Le but est dépassé, non mftins qu'au 21 février, et le Collège y perd un très-bon proviseur, que la majorité de ses élèves regrette. A ce prix, Tordre est rétabli.
Une loyale susceptibilité empêche d'abord M. Legay, censeur, ci-devant professeur de seconde, d'accepter Théritage vacant. M. Ragon, inspecteur-général, est appelé à remplir l'intérim :. il a été longtemps maître de rhétorique au même, lycée, après y avoir fait ses classes. L'embrasement socialiste, allumé après coup par la dernière révolution, ne peut s'éteindre que sous les flots de sang des journées de Juin. Déchirements cruels, victoire lamentable! Les exercices du Collège n'en reprennent pas moins leur cours; on compose pour les prix. Aussi bien Tère nouvelle commence chez nous, comme Tautre a fini, par un prix d'honneur au concours.
M. Geoffroy-Saint-Hilaire, de l'Institut, fait aux élèves du Lycée cet aveu arraché par tant d'événements :
« Tout ce que la pairie a droit d'attendre de 8e f enfants, je ne sais désormais qu'une voit assez éloquente pour vous ledire; écoutez-la, enteadez-la : c'est la voix de vos cœurs. »
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Le professeur Bénard, auteur d'un Précis de Philosophiej traducleur de Schelling et de Hegel, dit ensuite plus froidement :
« Tant que Thomme ne s'est pas replié sur luimême, pour étudier les éléments copstitutifs de son être, les principes et les tendances qui lui révèlent sa destinée, les moyens qui lui ont été donnés pour l'accomplir, 11 est incapable de faire un usage éclairé et légitime do sa liberté. » {Ce. qui ressemble assez à Vépigraphe de V école stoïcienne : Pour être libre, il faut être philosophe.)
Les vacances portant conseil^ M. Legay est proviseur à répoque de la rentrée, etM. Courtaud est censeur. Ce dernier et M. Douillet, qui ne se tient pas pour battu, prolongent leur combat singulier, auquel peu de journaux demeurent étrangers, et l'ancien proviseur mis en disponibilité intente un procès universitaire au censeur, celui-ci ayant distribué, de son propre aveu, aux élèves, des brochures en réponse à un mot du Corsaire. Le conseil de rUniversité prononce contre M, Courtaud la censure d'abord, et ensuite la réforme.
Quoi de plus fugitif que la faveur, en temps de révolution ! On a jjeau être nouveau venu dans un établissement public, un plus nouveau frappe toujours à la porte : tous les postes en vue sont des hôtelleries où Ton fait bien de coucher à la nuit. Et il ne faut s'en
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prendre ni à Dieu, ni au prince-président^ ni à ceux qu'on remplace^ ni à ceux qui remplacent^ puisque la faute en est à tout le monde^ dans le pays et dans le siècle où nous vivons. Combien y dure-t-elle^ la popularité? Quel minisiërc est supporté sept ans, sans que sa chute soit une Tète publique! Que de fois n'a-t-on pas^ depuis un siècle^ modifié l'exergue et l'effigie de la monnaie! Sait-on seulement pourquoi M. Legay, n^ayant qu'à peine son compte d'années de servie^ pour la retraite, est soudain ravi au Lycée qu'il administre, et où il est entré comme professeur en 1830? Les uns verront dans l'arrêté du i octobre 1851, qui nomme proviseur du Lycée un inspecteur honoraire, M. Gros, et inspecteur de l'académie delà Seine M. Bouillet, une double réparation pour ce dernier.
D'autres se rappelleront que M. Giraud, avant d'être ministre pour la seconde fois, a fait au mois d'août une courte harangue dont M. Legay, peu satisfait, a essayé d^empêcher la reproduction dans le livret. Or, comme président de la fête scolaire, M. Giraud a fait remarquer aux condisciples de son fils que trop d'élèves se passent à présent d'humanités et de philosophie ; que le désir immodéré d'arriver vite est une abdication deTinstruction ; que la dissipation prématurée^ la pré-
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cocc frivolité sont une insurrection permanente qu'il faut étouffer; qu'il convient de se préparer à des luttes par malheur inévitables par les plus rudes exercices de Tesprit, que le génie français est éminemment littéraire, et par conséquent menacé d'être à tout jamais compromis si renseignement paisible et régulier des classes n'en ressuscite pas incessamment les traditions^ le caractère. . Hélas ! quoi de plus vrai et de plus opportun que les paroles du membre de la section permanente du conseil de l'Instruction publique !
Mais il n'a pas craint d'ajouter que les classes de grammaire ont mieux répondu en'^Sorbonne que les classes supérieures à ce qu'on attendait du Collège. Le proviseur attribuait, à part lui, la dépréciation générale^ mais peu sensible, subie par les études, aux dernières conquêtes de la liberté d'enseignement, considérées à l'Université comme un empiétement inique ; mais il n'a pas eu qualité pour corriger le discours à l'épreuve.
L'examen préalable du contenu de la brochure annuelle est confié, depuis plusieurs lustres, à rinspecteur-général des études, chargé de l'administration de l'académie de Paris, sans l'iipprobation duquel il n'est rien permis d'ajouter à la nomenclature des prix.
Les ciseaux de cette censure ont sans doute
taillé et rogné dans un discours de M. Orfila^ dont rimpression n^a été que partielle, en 1845. Mais celui de M. Giraud a échappé aux mutilations, dans la brochure où se trouve également celui de Marguenin^ ancien élève passé maître.
M. Gros, comme professeur, a quitté Saint- Louis pour Charlemagne, et Charlemagne pour Louis4e-Grand; il est reste rue Caumartin plus longtemps proviseur qiie son pré- ' décesseur Legay. La mort lui a donné pour successear son collègue de Louis-le-Grand, M. Forneron.
Les Censeurs. — Un triumvirat, composé du proviseur, du censeur et de Téconome, s'est toujours partagé le gouvernement du Collège. Mais ces autorités, dans le principe, étaient moins divisées, moins inégales, moins indépendantes Tune de Tautre. Les trois consuls délibéraient ensemble sur les mesures qu'il y avait à prendre, et Favis du premier consul n'avait qu*une prépondérance dont ravis contraire des deux autres pouvait appeler. Le censeur de la création se nommait large, petit homme à ailes de pigeon et à tricorne.
Le second fut Deguerle, auteur connu de poésies erotiques et d'un Éloge des perruques, bien qu'il ne les eût pas signés, et auteur de
livres toul autres. Enfermé à l'Abbaye, il n'en fût pas sorti sans le dévouement du médecin de la prison, ancien élève conime lui de Montaîgu, qui le fit évader. Professeur et préfet des éludes dans les prytanées de Compiègne, de Saint-Cyr et de Paris, il passa professeur de poésie à Bonaparte, dès la fondation, avant donc d'y remplir les fonctions de censeur, et il fut l'orateur des solennités du concours en 1807etl808-: ces grandes réunions avaient alors lieu rue Chanlereine, dans la salle du théâtre Olympique, par conséquent près du Lycée. Deguerle, sous le Directoire, avait contribué à la rédaction du Mémorial avec Fonlanes, qui se plaisait à dire du collaborateur , devenu son pro- .
légé: — IlaTimmorlalité dans sa poche..*. 11 s'agissait d'une traduction de V Enéide, que fit paraître un gendre de l'auteur, M. Héguin, également professeur; mais elle li'a pas tenu tout ce que le grand-maître en promettait.
M. Deguerle, cq quittant le Collège, avait été nommé à la chaire d'éloquence française de la Faculté.
Lorsque M. Legrand fut élevé au grade de proviseur, ilfut remplacé comme censeur par M. Clerc, qui avait occupé le même poste à Saixit-Louis, et dont le nez était tellement fort quale reste de sa personne en paraissait