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le piédestal. M. Clerc avait également bon pied^ bon œil ; bon pied surtout, et il en envoyait la preuve aux jeunes élèves qui lui fiisaient des niches^ qui se battaient^ qui s'attroupaient, qui troublaient l'ordre dans la cour^ et auxquels il donnait une chasse.
Les successeurs de Clerc furent M. Legay, ensuite proviseur j M. Courtaud-Divernéresse, de qui, nous avons déjà dit tout ce qui intéresse ^histoire du Lycée; M. Auber^ auquel sont dus une traduction en vers du Camoëns et un Atlas grammatical des langues française, latine et grecque; M. Léon Fougères, littérateur, mort au Collège ; enfin M. Toussenel. naguère professeur d'histoire^ dont le frère a écrit VEsprit des bêtes.
Les économes. — Un nom remarquable ouvre la liste de ces officiers d'administration du Lycée. Lakanal, né dans le comté de Foix en 1762, a étudié chez les oratoriens. Son oncle, plus tard évéque constitutionnel de Pamiers, voulait le faire prêtre. Le neveu a quitté le séminaire, sans entrer dans les ordres, et il est devenu régent de rhétorique à Périgueux, à Bourges, maître de philosophie à Moulins;.il a pris le bonnet de docteur à Angers. Député à la Convention par le département de l'Arîége, puis membre du conseil des Cinq-Cents, Ukanal s'est montré partisan
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de la Révolution ; néanmoins il a figuré parmi les derniers défenseurs des institutions scientifiques el littéraires de l'ancien régime, et 11 a été des premiers à en ressusciter la tradition, que les ténèbres étouffaient; il a donc fait encore plus pour Ttionneur de l'esprit humain, que s'il était Tauteur d'un livre ou d'une découverte mémorable. Pour beaucoup il a contribué à la transformation du Jardin des plantes, qu'on allait détruire, en Muséum national d'histoire naturelle; à la reconnaissance légale de la propriété littéraire; à rétablissement de la télégraphie; au rétablissementdel'enseîgnementprimaireetderélude des langues orientales; à la fondation de l'École normale et du bureau des longitudes; à l'organisation des écoles centrales et à celle de l'Institut, dont il a fait partie jusqu'à la suppression delà classe des sciences morales et politiques à laquelle il appartenait. M. Mignet n'a reproché à Lakanal, dans une notice lue à l'Institut en 1857, que le vote du 17 janvier 1793 : a Vote ingrat envers cette grande race des conquérants nationaux et des organisateurs populaires de la France, qui après lui avoir donné l'unité territoriale la plus forte, la législation civile la plus perfectionnée, lui reconnaissaient les droits les plus étendus. » L'ancien conventionnel avait de-
mandé et obtenu une chaire à Técole centrale de la rue Saint-Antoine; il a élé nommé au lycée Bonaparte procureur-gérant, c'egl-àdire économe, et il a quitté TUniversilé en 1809 pour devenir inspecteur-général des poids et mesures. Après les Cent-Jours, Lakanala cherché refuge en Amérique; le gouvernement de la Louisiane lui a offert la présidence de son université. Grâce à la révolution de 1830, il est revenu en France quelques années après; il y a repris possession du fauteuil que lui conservait l'Académie des sciences morales et politiques, récemment rétablie. Maître oublié de ses anciens élèves, le vieillard n'a cessé de vivre que le 17 février
Ce procureur-gérant n'avait pas eu, comme réconome actuel, près de 1,200 élèves à immatriculer sans numéros sur les registres du Lycée. On ne comptait encore, vers la fin de Tadminislration de Lakanal, que quinze élèves pour la seconde année d'humanités et douze pour la seconde de grammaire. Certaines classes n'avaient pas toujours eu les huit élèves présentables que chacune d'elles était appelée à faire participer aux compositions du concours général.
M. Armand Rendu, frère du baron Rendu, secrétaire général de la préfecture de la
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Seine^ frère aussi de M. Ambroise Rendu^ de rUniversifé, qui signa si longtemps les diplômes de bachelier, n'habita jamais le Collège, bien qu'il y exerçât les fonctions d'économe depuis la retraite de M. Lakanal. Or l'économe n'a jamais à courir par lui-même chez les parents ou chez les maîtres de pension, pour la perception du droit universitaire : c'était heureux pour le frère des Rendu, qui n'avait qu'une seule jambe à son service. ^
A la mort de M. Rendu, un professeur, M. Garnier, présenta un jeune homme normand, nommé Lecointre, qui n'était pourtant pas plaideur, et qui tint au Collège les écritures. A l'intérim de l'économat il fut pourvu par M. Legrand, jusqu'à l'élévation définitive de M. Lecointre à ce poste. Il eut à inscrire un plus grand nombre d'élèves que son prédécesseur. La progression s'arrêta Uïi moment, dans l'année scolaire qui suivit la révolution de Juillet, car le chiffre tomba tout à coup de 898 à 683. Il remonta dès 1832 à 780, et dix années après il s'élevait à 1056. Une calamité vint alors frapper l'administration du Collège. Lecointre avait fourni depuis longtemps un cautionnement, en raison de' la place qu'il occupait; c'était, déplus, un honnête homme. Vn nouveau règlenient, ap-
plicable à tous les collèges^ vint rendre Us proviseurs solidairement responsables de la gestion des économes et les obliger à s'entendre dorénavant avec ceux-ci pour la présentation des comptes. En conséquence , M. Bouillet^ le proviseur, en tête à tête avec M. Lecointre, annonça que pour obéir aux exigences d'une mesure générale, il devait se faire présenter le grand-livre. Mais le comptable prit pour un prétexte rallégalion d'un ordre*collectif ; sa probité farouche se révolta à l'idée du moindre soupçon, et la rougeur lui en mouta au front^ avec une telle explosion d'indignation et de surprise, qu'une attaque d'apoplexie se déclara, prompte comme la foudre. Le pauvre homme ne s'en relevaque pour donner des inquiétudes encore plus vives : il était fou. Il ne lui restait plus que le sentiment d'une honte, dont le fantôme lui conseillait la mort. Aucune faute^ aucun mécompte n'avait justifié une crainte; aucune excuse, aucune explication ne réussissait à laver la flétrissure imaginaire d'une accusation impossible. Pour empêcher l'économe d'attenter à ses jours, le plus fort des garçons de classe était chargé de le veiller de près, sans le quitter d'une minute; mais quand Lecointre s'en apercevait, cette précaution elle-même, celte importunilé, cette insis-
fance^ celle privalion de liberté lui confirmait qu^oii le croyait coupable, et la colère produisait une crise. Un de ces accès, le 9 mars, ayant mis en fuite le garçon, qui appelait ses camarades à Taide pour retenir le furieux, celui-ci saisit une canne qu'on ne soupçonnait pas une canne à épée, et le Valel des économes se traversa le corps avec la lame.
M. Pitay, agrégé depuis 1810, titulaire de sixième depuis 1841, fut nommé économe malgré M. Douillet, malgré M. Tliénard, malgré le chef comptable du mjnislère, et il devait cette victoire à la préexislence d'une ordonnance de M. Salvandy, réservant exclusivement toutes les places d'économe à de vieux professeurs. Pitay y compléta ses trente-huit années de service. Mais, qui n'étonna pas sa destitution, prononcée par M. Carnot?M. Jean Reynaud, membre de TAssemblée constituante, soufflait alors le froid et le chaud au ministère de Tlnstruclion publique. L'économe disgracié trouvait que la pendule, qui avait marqué Theure de sa retraite, avançait; il éleva des réclamations, non sans revendiquer la qualité de républicain de la veille; les professeurs signèrent une pétition en faveur d'un ancien collègue, dont ils ne voulaient pas se séparer. Le vétéran ne quitta pas
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son collège^ mais il n^y reprit pas ses fonctions. Une chambre et un salon modestes^ supérieurs d'un élage à son ancien bureau et de deux à son ancienne chaire» étaient laissés à la disposition du bonhomme Pitay^ qui n'avait plus à se livrer qu^aux épîgrammes, son travail favori : H. Carnot en eut sa part.
Le successeur de M. Pitay est M. de Vissocq, ancien notaire, plus ancien élève du Lycée.
Sur ses listes figurent 1,160 noms au-dessous du millésime 1^61 ; mais les listes de M. Pitay en ont compte 1,220 pour 1845, année où s'est le plus élevée la population des classes.
Les professeurs en 1805.— 6dle6-lrttr^6 :
Dumouchel, éloquence; Degnérle, poésie.
CaiîflU^ô ancitmts :DesfonlainesetGuilIon, 1" et 2^ classes; Laya etLétendard, 3* et 4«; Hamoche, 5« et 6«. ôf ienc f6 : Delacroix, mathématiques transcendantes; Brisson et Poinsot, 1" et 2* classes; Barruel, 3* ef 4*; Dergny et Izarn, 5« et 6\ '
D'antres maîtres, bien que leurs noms man?
quent dans le tableau ci-dessus présenté, ont figuré parmi les professeurs à l'époque de l'ouverture, ou dans les années subséquentes. Par exemple, le physicien Petit, que Coulon, inspecteur général chargé d'organiser les
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lycées^ n'a pas envoyé à Bonaparte^ mais qui, plus tard a fait partie du personnel de rétablissement; Marion, en chaire de'seconde, et puis d'histoire; Plainchet^ inspecleur de rUniversité en sortant du Lycée.
H. Izarn, cité plus haut, était Béarnais^ fils d'un conventionnel et ami de Bernadotle* Il se peut que le professeur Barruel ait été l'abbé de ce nom, ancien aumônier de la princesse de Conti, collaborateur à V Année littéraire, auteur d'un grand nombre de livres où il se montrait l'adversaire des philosophes du xvm* siècle, émigré de retour en France avant la fondation du lycée Bonaparte, et ensuite chanoine honoraire de Notre-Dame.
M. Hamoche demeurait-place du Panthéon, et il y parlait grec avec sa fille* M. Desfontaines, au contraire, habitait le Lycée, et il avait trois filles : ses élèves ne croyaient-ils pas avoir raison, trois fois raison, de le surnommer père Lot h1
M. PoiNSOT. — Il a été donné à ce savant d'entrer en qualité d'élève à TEcole polytechnique au moment de sa fondation, nivôse an II, et de participer à l'ouverture du lycée Bonaparte, comme professeur de mathématiques. Tan XIII, en vendémiaire. Ses vingt ans étaient venus à point en 1795, et il a eu Tâgo requis pour le professoral] ustement en 1804.
En dehors de sa chaire et des heures de travail, c^était alors un muscadin, jouant de la guitare avec Gatayes, et tournant assez galamment de petits vers à l'adresse de qui de droit. Mais il avait fait connaissance , dans le laboratoire de TÉcole, avec le général en chef de Parmée d'Italie, auquel des leçons de chimie étaient données par Bertholet. Le moyen qu'un homme de mérite reste obscur, avec un pareil condisciple! Poinsot a été nommé professeur d'analyse à l'École avant de quitter le Lycée, c'est-à-dire en 1809, et quatre années après il prenait possession du fauteuil de Lagrange, à l'Institut.
Le savant professeur, devenu examinateur, provoquait en 1816 la suppression de la chaire de mathématiques transcendantes dans les collèges. N'était-ce pas une faute que celte conflscation au profit d'une école à nombre limité d'élèves? En Allemagne et en Angleterre, de nombreux maîtres continuaieiit à faire leur cours de la partie mathématique de la physique, des calculs différentiel et intégral, de la théorie des fluides : pourquoi tenir la dragée haute, en France, aux mathématiques supérieures de Newton? Une classe ac- ^ cessoire par Faculté n'était pas suffisante pour cet enseignement.
Pair de France sous Louis- Philippe,
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M. Poiusotafini sénateur; foules les places que sa mort a permis de distribuer^ avaient été réunies si longtemps qu'on les croyait inséparables. Des élèves qu'il avait formés un petit nombre lui survivait. Du maître il reste heureusement des volumes et des mémoires ; il n'a emporté le secret ni de ses Recherches sur l'analyse des sections angulaires, ni de sa Théorie de la rotation des corps.
M. Delacroix. — Le géomètre Delacroix, dont le nom est célèbre^ portait d'abord la particule qu'on regarde comme nobiliaire; seulement il ne séparait pas l'accessoire du principal *quand il donnait sa signature.
H. Deguerle^ qui en faisait autant^ passait pour noble néanmoins. Delacroix, élève de Honge^ était déjà maître de mathématiques, correspondant de l'Académie des sciences et ami de Condorcet avant la Révolution, qui l'avait fait examinateur des aspirants et élèves du corps d'artillerie. Comme chef de bureau à la commission de l'Instruction publique^ il avait tenu sur les fonts la naissante Université. Professeur à l'École normale et à l'École polytechnique, il avait succédé à Borda, copime membre de l'Institut. De plus^ il avait publié ses Eléments d'algèbre, ses Eléments de géométrie, avant la création du lycée Bonaparte. Par conséquent, Le titulaire de la
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chaire do mathémaliqnes transcendantes iravail plus à faire ses preuves.
M. Lava.— Pour se vouer à renseigne ment, il avaitquitté la carrière d'auteur dramatique, après y avoir fait beaucoup parler de lui, en pure perte pour sa fortune. La représentation de son Ami des lois, dix-neuf joursavant lesupplicedu roi, avait été suiviedeprès par l'interdiction de la pièce et l'incarcération des comédiens. Pour y parer, Laya avait fait des démarches et il avait dédié VAmi des lois à la Convention; mais cette marque de déférence avait paru de l'ironie, aussi bien que l'hommage fait par Voltaire au pape de Mahomet ou le Fanatisme^ et le gouvernement républicain ne s'était pas relâché d'une rigueur dont Louis XIV, en pareil cas, avait exonéré Tartuffe. Le professeur Laya, dont l'avancement a été prisa cœur par Fontanes, passait au lycée Napoléon vers 1809. La chaire de poésie latine à la Faculté des lettres et le fauteuil d'un des quarante ont été siens, au commencement de la Restauration.
M. GuiLLON. — L'abbé Guillon, mort évêque de Maroc et aumônier de la reine en 1847, devait le prénom de Sylvestre à ce qu'il était né le dernier jour de l'année 1759. Condisciple de Robespierre à Louis-le-Grand, il avait été aumônier de la princesse deLam^
balle el régent de rhétorique sous Tancien régime. Uévêque in partibus, grêice à uii recueil .manuscrit^ repassait encore les leçons qu'il avait faites au lycée Bonaparte. N'étant que professeur, quand ilavait à lire un passage de Virgile ou d'Horace, c'est par pure modestie qu'il tirait de sa poche et qu'il ouvrait un elzévir : il savait les deux poêles par cœur ! 11 a été ensuite professeur d'éloquence sacrée en Sorbonne. Des sermons à Saint-Roch l'ont fait considérer comme bonapartiste.
M. DuMOUCHEL. — Une douzaine d'années avant l'abbé Guillon, J.-B. Dumouchel vit le jour; une bourse à Sainte-Barbe défraya son éducation^ et puis il entra dans les ordres. A Rodez, comme régent de rhétorique, il avait pour élève Chaptal, avant de revenfr dans les collèges de l'université de Paris, dont il fut élu le recteur en 1785, avec réélection l'année suivante. Dumouchel contribua ensuite à la constitution civile du clergé, et il devint évêque constitutionnel du Gard le 3 mai 1791. Deux ans après il quitta le diocèse pour se marier. Attaché sous le Directoire à la direction de l'Instruction publique, dépendant du ministère de l'Intérieur, il fut suspendu de ses fonctions 'par Lucien Bonaparte , f puis rappelé par Chaptal. En quittant le Lycée, il retourna dans les bureaux, mais dans ceux de
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rUniversilé, jusqu^en 18H, et il vécut encore quatre années.
Lès professeurs en 1810 : — Desfontaine?, philosophie; Guillon et Hamochè^ rhétorique ; kï\ge\e\, 2"° année d'hurhanité: Planche, V^ année d*humamté ; Guillaume, 2"«flnnée de grammaire; Raymond, l'« année de grammaire; Bertrand, classe supplémentaire) Lacroix, mathématiques transcendantes] Izarii, physique, chimie, histoire naturelle , Duchayla et Peyrard, mathématiques spéciales; Dergny, mathématiques élémentaires; Casanova, dessin.
M. Peyrard, ancien bibliothécaire de TÉcole polytechnique, était un bon vivant ; mais une vive querelle avec M. Poisson, haut fonctionnaire de Pinstruction publique, le fit regarder à l'Université comme un mauvais coucheur. M. Dominique Duchayla, professeur d'anatomie à Turin, puis de mathématiques appliquées à l'académie de Montpellier avant de passer au lycée Bonaparte, était le père d'un élève du collège, l'oncle d'un autre élève, et le frère du contre-amiral Duchayla, qui avait perdu le nez au combat d'Aboukir.
M. Planche. — Le nom de rhelléniste, qui si longtemps a fait classe au collège, ne pouvait venir sous ma plume sans que Piûdarc,
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son maître, vint répéter à relève de seconde main:
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Né en 1762, le 8 décembre, à Aurillac, Joseph Planche se trouve à Tâge de 18 ans élève de rhétorique au collège du Plessis» cours de M. Binet. Comme il est de Tfige de Camille Desmoulins, ils ont à concourir Tun avec Tautre. Mais pendant que Camille- relit Plutarque, et qu'il commence à se flatter de couver en lui-même un homme illustre, Joseph soumet sir tête, déjà plus pleine que celle de son camarade, mais moins ardente, et qui joue moins gros jeu, à la tonsure ecclésiasiique. Ce dernier ne régente pas, mais il est maître de conférences, d'abord en classe de grammaire, puis en classe d^humanités, et ensuite il passe directeur du petit collège dans la communauté de Sainle-Bàrbe.
n se voit défroqué et déclassé par la Révolution, mais il donne des leçons en ville, et il se contente de rencontrer chez Vénua, restaurateur voisin de la Convention et de la terrasse des Feuillans, Robespierre, un peu son alnéi quMl a toutefois connu à Tuniver-
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site et même tutoyé, avant que cette privauté fût d'uniforme entre concitoyens. Lé tribun demeurait^ au reste, non loin de là^ rue Saint- Honoré. Chez Vénua, Robespierre dînait seul, mangeait vite^ parlait le moins possible; Desmoulins, au contraire, était charmant con- Tive^ et la conversation était son meilleur plat. Un jour, Camille s'isole, dîne à la bâte, et en se levant de table il s'approche de Joseph pour lui serrer la main, pour lui dire : — Je siiis perdu. — Par ton journal? — Je sais seulement que je suis perdu. J'ai été chez Maximilien tantôt; il s'attendait à ma visite et m'a fait défendre sa porte. —Adieu, Planche!
— Adieu, Desmoulins !
Planche lui-même, pendant la République, n'est-il pas un peu journaliste? Les frères Bertin ont acquis de Tabbé Mutin le Journal de DébatSj n'ayant alors que 101 abonnés, et cette feuille, fondue avec une autre, est bientôt rédigée par Féletz, Michaud, Dussault, Geoffroy. Planche est modestement chargé des faits-divers, et il prend moins souvent la plume que les ciseaux pour remplir cette tâche. Il rentre dans l'enseignement à ses propres risques et périls en fondant une pension, dans laquelle M. Villemaîn est son élève, et qui deviendra collège parla suite; pourtant il n'y fait pas de bonnes af-
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fâires. La protection de Fonlanes lui ouvre par bonheur au lycée Bonaparte là chaire de troisième^ puis celle de rhétorique.
Aussi bien, il faut en convenir^ le père Planche n'a jamais su compter. Ses usuriers venaient le harceler jusqu'à la porte de sa classe» quand il faisait la rhétorique, et, il a toujourseu maille à partir avec ladette criarde. Les innombrables livres qu'il a écrits et pu-> bliés lui ont plus rapporté d'honneur que de profit. Heureusement que, né sur la montagne, il était doué d'une forte complexion^ à tenir tête facilement aux orages du plat pays ; jamais les embarras d'argent n'ont altéré sa souple iulelligence, qui pliait afin de ne pas rompre, ni sa sereine gaieté de philosophe^ ni sa parole forte et coulant de source^ ni sa santé robuste comme le chêne. Fidèle dépo« sitaire des meilleures traditions classiques^ il a été toute sa vie un maître cher à ses disciples, un érudit doublé d'un homme d'esprit^ un poète à table^ partout un Athénien. Des poésies latines remplies de grâces et beaucoup de petits vers français^ qui ne manquaient jamais de sel, ont circulé avec sa signature. Quant à son Cours de littérature grecque^ il n'en a pas tiré plus de 400 francs par volume. Ses dictionnaires ne sont plus au nombre des livres exigés à l'Université.
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Je crois encore voir sa bonne et grosse tête^ et j'entends Técho de sa voix^ si ronflante dans les cordes basses. Dans la rue il allait flânant d'un pas distrait, et ne semblait jamais pressé. C'est la température T]ui avait froid ou chaud, et jamais lui. Trouve-t-on encore des vieillards ^qui^ comme hû, aient porté la queue et la culotte courte jusqu'en 1818? N'allez pas croire^ au reste^ que le 24 février ait fait peur à un homme qui se souvenait encore de la journée du 10 août!
Il a seulement trouvé la dernière république moins française que la première, et se croyant à l'étranger il a pris une tenue de voyage^ en se faisant couper les cheveux et en souffrant de guerre lasse qu'un pantalon lui alourdit et lui enmaillotât les jambes. Quelle était Topinion politique du bonhomme? il ne le disait pas. Quelques épisodes biographiques en trahiront-ils le secret?
Ayant à prononcer le discours latin du concours général, en 1813, il en fit la lecture un jour d'avance, selon l'usage, au grand-maitre Fontanes, qui lui fit remarquer que l'éloge de l'empereur n'y était pas : l'oubli fut réparé par ordre.
En général, on croyait H. Planche légitimiste plutôt que républicain. Néanmoins, le 20 mars 1815, il ne parut pas altéré par la
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nouvelle que Paris, on doit le dire, n'accueillait pas avec enthousiasme. Le professeur réputé royaliste était le premier à annoncer le rétablissement de l'Empire, dans le Collège, où il avait alors son logement, ouvrant sur le même escalier que le logement du proviseur. — Chambry, dit-il, à celui-ci, dépêchons-nous de monter au grenier ; je t'aiderai à porter la planche de salut que tu mettais de côté Tannée dernière.
Encore pis le 27 juillet 1830. M. Planche sortait du Collège, avec un Polybe sous le bras; il vit des hommes armés de pioches qui commençaient à dépaver la rue pour élever une biarricade. C'étaient des étudiants, des commis marchands, des tailleurs, des balayeurs, des chiffonniers ; mais ce n'étaient pas des ingénieurs experts, et ils n'allaient pas vite enbesogne. L'un d'eux reconnut l'homme pour l'avoir vu souvent jouer aux échecs sur les damiers du café de la Régence , et il demanda un conseil à ce témoin, qui ne pouvait retenir un sourire de pitié devant les strategistes qui s'y prenaient si mal pour élever "ne redoute. L'amour de l'art fit qu'il ouvrit Polyt>e, et qu'il traduisit à haute voix, près de la porte du Collège, un passage dans lequel cet historien grec décrivait une pièce de fortification détachée* Déjà la base était jetée.
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grâce à cette théorie savante^ d'une barricade irréprochable^ quand le visage de M. Legrand, successeur de Cbambry, parut à une lucarne.
M. Planche s'arracha aux étreintes de la* reconnaissance, et il fit bien^ car le travail flni^ les travailleurs l'eussent porté en triomphe. Mais il avait à peine remis les pieds sur le sol universitaire, que tous les garçons de classe, obéissant à Tordre du proviseur, s'emparèrsnl du professeur, afin de le mettre au violon dans sa classe. Il n'en sortit que le troisième jour.
La doctrine éclectique de M. Planche en matière politique lui permettait d'avoir son couvert mis à la table de beaucoup d'amis, et il dînait en conscience, sans préjudice du mot pour rire et de la chanson au dessert.
Des gens mal informés ont prétendu que Tépicurien de l'Université avait pour fils le critique Gustave Planche; on en a trop prêté à rhelléniste, mais on ne prête pas aux pauvres; nous ne lui avons connu qu'une fille, M"* Planche, une personne très-rèspectable.
wue de fois M"« Planche a copié, un moment avant l'heure de la classe, quelque passage d'auteur latin ou grec, pour que son père, qui en avait besoin, n'arrachât pas une page ou deux d'un livre ! Notre digne professeur avait la manie de lacérer tout ce qu'iltui tom*
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bait d'ouvrages imprimés sous la main, après les avoir tachés d'encre; par suite, c'était à qui ne lui en prêterait plus.
Force fut de )e nommer bibliothécaire en Sorbonne, dans la crainte d'interrompre des travaux précieux, mais trop chers pour qu'un simple particulier pût les continuer à ses frais : tous les titres requis à cette nomination, notre père Planche les avait. Une fois conservateur, il alla comme toujours dans les bibliothèques publiques, pour y consulter ses auteurs; mais il eut la sagesse de fréquenter très-peu la sienne : c'était lui rendre service à sa manière !
L'aimable et vénérable Planche est mort à Paris le 19 mars 1853, âgé de 90 ans et 3 mois. Nul discours ne fut prononcé le jour des funérailles; quelques uniformes militaires rappelaient à peine que la Légion d'honneur venait de perdre un de ses plus anciens officiers. Si le vieux professeur (jvait seulement laissé pour héritier un sous-chef âe bureau, deux mille solliciteurs depljaces et de rubans seraient venus le porter en terre. Le Journal de V Instruction publique ne lui a consacré qu'uu article nécrologique honorable, mais assez banal. Le nonagénaire était resté maître de ses facultés intellectuelles jusqu'au dernier moment: c'est de lui qu^on
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peut dire à double titre qu'il a rendu resprit.
M. Angelet. — Il était père de BP** Angelet, la gouvernante des filles de Louis-Philippe, père auçsi de trois militaires morts sur le champ d^bonneur, dont un à Waterloo, avec le rang de lieutenant-colonel. M. Angelet sacrifiait à Bacchus; mais il rougissait quelque peu de ce défaut incorrigible^ qui trouvait pourtant son excuse dans une quantité de vers d^orace. Ses élèves s'inclinaient à la manière de Japhet devant cette unique faiblesse ; ils sMnclinaient pour tout de bon, dès que le maître avait toussé en frappantia chaire d'an coup sec. Cela marquait un temps d'arrêt dont le professeur profitait pour boire la goutte^ sans que des regards jaloux lui en mesurassent la dose. La leçon reprenait quand il frappait un second coup^ et les élèves, en relevant la tète^ trouvaient celle du maître ragaillardie^ enluminée et moins sévère qu'avant riuterruption. Pendant un grand nombre d'hivers^ M. Angelet s'est habillé d'une polonaise verte, que son fils avait rapportée de la campagne de Russie.
M. DB Gardaillag — tfest monté dans la chaire de philosophie au Lycée qu'en 1812. Sa santé ne lui a permis d'y remplir ses fonctions que pendant peu d'années; mais il est resté
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titulaire jusqu'à son élévation au grade d'inspecteur. Cet auteur des Éléments de la philosophie a cessé de vivre en 1835.
M. Raoul-Rochettb — était déjà successeur de H. Angelet depuis uu an lorsqu'il remporta un prix à l'institut, en 1813. Il devint maître de conférences à l'École normale, suppléant de M. Guizot à la Faculté des lettres, membre par ordre de l'académie des Inscriptions en 1816, puis conservateur des médailles à la Bibliothèque impériale. Dans ce département, il fut commis un vol, dont les journaux parlèrent si longtemps et avec si peu d'indulgence pour la vigilance administrative mise en défaut, que le conservateur pensa en mourir de chagrin. Froissart et ses complices n'ont révélé ni leurs moyens d'exécution, ni ce qu'on a pu faire des médailles, qui semblent perdues pour jamais. On retrouvera pourtant celles-ci avec le temps, car elles n'ont pas été fondues par le Tcomplice trop longtemps inconnu, qui ne peut être qu'un numismate. M. Raoul-Rochette allait faire un procès àM. Marrast, rédacteur du Nationalf quand l'intervention d'un tiers parut ajuster le différend. Néanmoins, la première destitution que prononça le gouvernement de Février frappait M. Raoul-Rochette. Il est vrai que dès envieux lui reprochaient depuis