EXERCICES DES ÉCOLIERS DE RHÉTORIQUE
Heligion. — Ces Messieurs donneront en abrégé les principales preuves qui établissent la vérité de notre Religion. Ils démontreront qu'il existe un Dieu, par l'idée que nous avons d'un ôtre nécessaire, par les objets qui décorent l'univers, et par le consentement unanime de tous les peuples ; que ce Dieu réunit dans un degré infini toutes les perfections ; que c'est de lui seul que l'homme a reçu son existence, et ce principe pensant au-dedans de lui-même, une âihe spirituelle et immortelle ; que la reconnaissance de l'homme doit à Dieu un culte intérieur et extérieur; — que ses lumières naturelles sont trop bornées, son cœur trop corrompu, pour qu'il puisse démêler, par la seule raison, toutes les vérités qu'il doit croire, et tous les devoirs qu'il doit remplir ; — que les philosophes anciens sont ceux qui se sont le plus égarés dans leurs recherches ; que Dieu seul a pu nous éclairer par la révélation ; que l'authenticité de la révélation et les caractères nécessaires pour fixer notre croyance ne se trouvent que dans la religion des Juifs et des Chrétiens ; que les miracles opérés par Moyse, législateur des premiers, et les prophéties qu'il a faites, portent l'empreinte de la divinité, et nous obligent de le reconnoître pour l'envoyé de Dieu ; — que les prophéties de tous les siècles qui ont pour objet principal le Libérateur promis, ou le Messie, ont eu leur entier établissement en Jésus-Christ ; que les livres du Nouveau Testament, dans lesquels se trouve consignée l'histoire de la naissance, de la vie et de la mort de cet homme-Dieu, ont tous les caractères de vérité, et que leurs auteurs n'ont pu ni ôtre trompés, ni vouloir nous tromper ; que conséquemment la religion chrétienne réunit en sa faveur toutes les preuves qu'une raison saine puisse souhaiter, et qu'elle a tous les caractères de divinité ; quels doivent donc être nos sentiments pour cette religion, et quelle est l'ingratitude de ceux qui rejettent toute révélation?
Ils analyseront et expliqueront le plaidoyer de Cicéron pour Milon ; ils en développeront les parties oratoires, et répondront sur chacune conformément aux principes de l'art ; ils expliqueront toutes les œuvres (ï Horace, et analyseront son Art Poétique... Ils expliqueront les douze livres de l'Enéide ùcVircjilc,., ils feront l'analyse du poème entier, et celle de chaque livre en particulier.
Ils répondront aux questions qu'on leur fera sur la Rhétorique, sur l'Eloquence, sur ses genres et ses espèces.
Rhétorique. — On ne peut contester la nécessité des préceptes de la Rhétorique ; elle comprend trois parties principales ; l'invention, la disposition et l'élocution. L'invention oratoire consiste à trouver les preuves nécessaires pour établir ce qu'on veut persuader; on tire ces preuves des lieux appelés oratoires ou communs ; ils sont intérieurs ou extérieurs ; les lieux intérieurs comprennent : la définition, la comparaison et plusieurs autres que Ton détaillera ; les lieux extérieurs sont les lois, l'opinion publique, etc. ; les preuves sont des moyens de rigueur pour arriver à la conviction ; mais, par les mœurs, l'orateur s'insinue, gagne la confiance, dispose les esprits et les soumet avec leur propre consentement. On veut qu'il soit homme de probité, modeste, zélé pour le bien de ceux qui l'écoutent, et prudent. Par les passions l'éloquence triomphe et règne sur les cœurs ; l'amour et la haine sont la base de toutes les autres, parce qu'elles comprennent les deux rapports de notre âme avec le bien et le mal ; — la disposition oratoire distribue les parties du sujet que l'on traite de manière à leur donner de la force et de l'agrément ; on compte six parties dans le discours, l'exorde, la proposition jointe avec la division, la narration, la confirmation, la réfutation et la péroraison ; l'exorde est tempéré ou véhément ; l'un et l'autre a des règles générales et particulières au genre dans lequel on écrit ; la narration a aussi les siennes, de même que la confirmation, la réfutation et la péroraison. — L'élocution donne aux pensées, par la couleur du style, la juste mesure de simplicité, de majesté, de douceur et de force qui leur est nécessaire pour instruire, plaire et toucher. Elle règle la diction et le style ; la diction quant à la clarté et à la correction purement grammaticale des mots ; le style par un choix particulier d'expressions propres à produire la précision, l'élégance et l'énergie, suivant les sujets que Ton traite, par un arrangement harmonique et nombreux dans les mots, par une juste proportion entre les membres de chaque. phrase, et des phrases entre elles ; en évitant en tout l'aftectation et la contrainte, ennemie des beautés en tout genre. — Le style doit être vif, serré, facile, simple et naturel. — On peut réduire tous les écrivains à l'orateur, l'historien et le philosophe. Ils diffèrent principalement par la nature des sujets (ju'ils traitent, et cette différence dans les sujets, doit en mettre dans leur style. Les périodes rendent l'élocution abondante, et les figures lui donnent
le brillant qui lui convient. — Les périodes sont simples ou composées ; celles-ci sont composées de deux, trois ou quatre membres. Parmi les figures, on distingue les tropes, les figures de diction et les figures de pensée. On met dans la première classe la métaphore, l'allégorie, l'allusion, etc. ; dans la seconde, la périphrase, les répétitions, etc. ; dans la troisième, la prolepse, la concession, toutes les espèces de description, éthopée, topographie, prosopographie, et hypotypose, la dubitation, l'interrogation, la prosopopée, le dialogue, la subjection, la suspension, la réticence et plusieurs autres, dont on donnera les définitions et des exemples. — La prononciation est essentielle à l'orateur ; elle doit être nette, aisée, coulante et convenable à ce qu'on dit. Le son de la voix doit faire sentir à l'oreille la différence des sujets dont on parle ; et le geste montre, par le maintien ou le mouvement du corps, qu'on sent ce que l'on dit.
Eloquence. — Des trois devoirs de l'orateur, qui consistent à instruire, à toucher et à plaire, naissent trois genres d'éloquence, le simple, le sublime ou pathétique, et le tempéré ou fleuri. Chacun de ces trois genres a son caractère propre et distinctif. On distingue encore cinq espèces d'éloquence, savoir : l'éloquence politique, l'éloquence militaire, l'éloquence académique, l'éloquence du barreau et l'éloquence de la chaire.
Sur l'éloquence du barreau, on fera voir en quoi celle des anciens différoit de la nôtre ; — sous quel point de vue nous devons la regarder ; — quel genre d'éloquence convient aux plaidoyers, mémoires, consultations et rapports ; — quelle est l'époque de ses progrès en France ; — on citera les orateurs qui se sont distingués en ce genre, et l'on s'arrêtera plus particulièrement à faire connaître le génie et le caractère de MM. Normant, Cochin et d'Afjuesseau.
Sur l'éloquence de la chaire, on dira quel est l'objet et sa fin ; — quels étoient ses défauts avant le Père Sénault; — comment elle a été perfectionnée })ar Bouvdaloue, Massi/fon et plusieurs autres qui ont marché sur leurs traces. — Les François sont les seuls qui ayent parfaitement réussi dans les Panégyriques et les Oraisons funèbres ; on fera connaître ceux de nos orateurs qui ont excellé dans ce genre, Bossuci, Fléchier, Mascaron et quelques autres (|ui ont couru la môme carrière avec succès.
HÉPONnRONT, Messilubs, Nicolas de Pèborde de Pardies, penjkionnaire, de Pau; Jean-Baptiste Sarraute, pens., de Garlin;
Henri Bemadotte, de Pau ; Jean- Baptiste Batsalle, de Pau ; Jean-Baptiste Bouisson, de Pau ; Jean Sorbe, de Castet-Pugon ; Jean La Cortiade, de Pau; Pierre Abadie; Pierre Batsalle ; Pierre Dulac, de Montgaillard ; Pierre de Pargade, de Pau ; Pierre Touyet; Prudent de Casemajor, de Sauveterre.
Ce nom de Bernadotte, que Ton vient de voir inscrit sur la liste des lauréats de rhétorique, rappelle que, deux ou trois ans auparavant, les Bénédictins avaient eu pour élève au Collège de Pau un autre Bernadotte \ celui qui, simple lieutenant en 1791, s'en alla par les champs de bataille où vainquit la République, où s'illustra l'Empire, moissonner tant de lauriers, qu'ils lui valurent une couronne, la couronne qu'avait portée jadis le grand Gustave-Adolphe.
1. Jean Bernadolle, né à Pau en 1763 ; soldat en 1780; lieulenanten 1791 ; — maréchal de l'Empire ; — élu prince-royal de Suède eu 1810 ; roi de Suéde et de Norvège en 1818, sous le nom de Charles XIV Jean.