‹ Histoire du Lycée de PauChapitre 110 sur 193 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Plaintes des Bénédictins. — Etat comparatif des revenus et des charges du Collège. — Supplique des Bénédictins adressée aux Etats de Béarn. — Le grammairien Cyprien Sens. — Lettre de M. de La Boullaye aux syndics des Etats. — Barnabites et Bénédictins d'après le chevalier de Bêla. — Portrait de ce personnage. — Les syndics de Béarn solliciteurs. — Lettre de M. Joly de Fleury. — Réclamations des Bénédictins. — Séance des États du 11 février 1782.

Les Bénédictins du CoTlége de Pau n'avaient pas tardé à se plaindre au sujet des charges qui leur avaient été imposées, lorsque leur fut donnée « la desserte » de cet établissement : entretien de douze boursiers, rente annuelle aux anciens maîtres, traitement de deux professeurs de théologie.

Ils avaient eu à faire de grandes dépenses pour l'installation de leur pensionnat ; la pension royale de 12-,000 liv. n'était payée que très irrégulièrement. La Congrégation, qui était d'abord venue à leur aide, refusait de continuer à s'intéresser à un établissement dont elle n'avait point la propriété.

Le premier grief des Bénédictins était la trop grande générosité, la grâce mal entendue qui avait fait attribuer aux anciens maîtres du Collège une rente annuelle de 1,600 livres ^

1. A M. Gerboux, Principal, 400 I.; à chacun des deux professeurs de philosophie, MM. Brellcvillois et Dupont, 300 1.; à M. Baudin, prof, de seconde, 300 1.; à M. Daigney, régent de sixiùme, 200 1.; et à M. Lonorman, prof, de rhétorique, 100 1.; — pensions proportionnées à la durée des services. — Arch. Dép., D. 11.

Si les personnes, disaient-ils, auxquelles ces pensions ont été attribuées, avaient rempli loyalement les emplois qui leur furent confiés, l'injustice de les en priver, en fermant les portes du Collège à toute une jeunesse, marquerait dans la conduite de MM. les Administrateurs une inconséquence dont aucun d'eux ne peut jamais être soupçonné. Nous savons trop le respect que nous devons à leur sagesse et à leur prudence.

C'est donc assurément un motif plus puissant, motif ignoré du public, qui a déterminé les Administrateurs à prononcer la dissolution de cet Etablissement pour lui donner une forme plus analogue à son institution. Si les anciens régents ont mal fait, ils ne méritent point de récompense.

Serait-ce à titre de grâce que des pensions leur ont été accordées ? Mais des grâces de ce genre, faites aux dépens du bien public, ne sont-elles pas abusives, injustes, partant révocables ?

Tout au plus méritaient-ils une gratification charitable. Mais chaque année de la pension dont ils ont déjà joui, n'a-t-elle point autant de fois multiplié cette gratification ? Quelle perte par conséquent pour l'éducation de la jeunesse béarnaise!

De quoi ces anciens maîtres pourraient-ils donc se plaindre, et quelles raisons alléguer? Si, pour venir au Collège de Pau, ils avaient quitté des emplois ailleurs, on sait que la plupart d'entre eux sont retournés à leurs premiers états. D'autres en ont trouvé dans la province de plus avantageux. Et le superflu qui leur est fourni est pris aujourd'hui sur le Collège, sur l'éducation des enfants !

Les Bénédictins étaient volontairement oublieux: ils n'ignoraient pas que, vingt ans auparavant, presque tous les Jésuites, après leur exclusion du Collège,

avaient été pensionnés, et que personne n'avait M entendre la moindre récrimination.

Quant il l'entretien des douze boursiei-s, les Bénfidictins prétendaient qu'il leur était impossible dy pourvoir. Le roi n'avait pu leur imposer cette charge que sur la présentation d'un état exagéré des revenus du Collège, sinon avec l'intention d'assigner plus tard les [onds nécessaires pour cet entretien '.

Le troisième grief des Bénédictins était l'établissement au Collège de deux chaires de théologie, dont ils avaient à payer les professeurs. Ils disaient que ces chaires étaient inutiles, qu'il en existait deux au séminaire de la ville, que, si Ton avait jugé nécessaire d'ajouter aux Facultés de l'Université de Pau une Faculté de théologie, on aurait dû composer celle-ci des deux professeurs de théologie du séminaire, et imposer la charge de la doter à cet établissement dont on venait d'accroître les revenus *.

Ce qui préoccupait encore beaucoup les Bénédictins, c'était l'intention, plusieurs fois manifestée par le roi, de retirer à rétablissement de Pau la rente annuelle de 12,000 liv. Mais la plus vive inquiétude leur venait de ce qu'ils n'avaient point la propriété des bâtiments et des biens du Collège.

Cédez-nous, disaient-ils, les fonds du Collège en toute propriété; à ces fonds ajoutez la propriété de fonds capables de faire une dotation solide et suffisante : ou. ce qui est le mâme, annexez la propriété du Collège à la congrégation tjfis Bénédictins, à la charge perpétuelle de renseignement public ; et au Collège annexez la propriété de revenus suffisants

1, Du FïlMti Cul l^KU alors naval l <inco ru aucun boucaidr.

7. Ou avuil rt^iuiLUuul il"riii<.' au séiujimlre ito Puu lu menaii conveotorilc (lu t'abltuy» dM t.H RbuJh — .kiij^ur.l liui. Lurreulu. comm, ■)« Éorr, d'Ortbd. uoulou U'Amuit* " l^'"" iitibuyi' ils Hugedu-Lius y avait éh Voy. P. KiiiiuudJ, Utcf. Tapoa. dss ISaava-Fyreaéta.

pour les instituteurs et pour les charges de renseignement ; vous aurez alors, et pour toujours, un Collège tel que vous avez désiré de l'avoir, et la pension de 12,000 livres pourra être retirée. — Pour cela, que faut-il ? Convertir le capital de la rente de 12,000 livres en terres à défricher et à faire valoir par les Bénédictins eux-mêmes \ Il y a, assuraient-ils, assez de terrains vagues et incultes dans la Province, entre autres, ceux de la vallée d'Ossau 2, qu'on pourrait utiliser à l'avantage réel de tout le Béarn. Il est vrai que les paroisses voisines en réclament ou la propriété ou l'usage pour les bestiaux et pour les engrais. La totalité de ces terres incultes est-elle nécessaire pour cela ? Les Provinces les plus riches en troupeaux, la Beauce, la Normandie, l'Armagnac, sont précisément celles où l'on voit le moins de terrains vacants. Qu'on laisse donc aux paroisses le terrain qui leur est nécessaire ; mais qui empêche de réunir au Collège la propriété de la partie excédante ? — Il est d'autres vacants encore, appartenant au Domaine, que le défaut de culture rend d'un produit presque nul, mais qui, cédés en propriété aux Bénédictins, compenseraient vite la pension de 12,000 livres et la remplaceraient dans quelques années. — On a déjà doté le Collège de Lescar, le séminaire de Pau, sur les abbayes de Lucq ^ et de La Reule * ; on peut bien doter le Collège de Pau sur l'abbaye inhabitée de Saint-

1 . La règle des Bénédictins était sévère : vœux perpétuels, travail des mains, obéissance passive. Ils possédèrent des centres agricoles très importants, et Guizot a pu les appeler avec raison les défricheurs de l'Europe. Plus tard, les érudils infatigables de la Congrégation réformée de St-Maur mirent à défricher les champs de l'histoire et de l'archéologie le même entrain que leurs devanciers, les moines laboureurs, en avaient mis à « essarter » les landes et les forêts. Henri Martin.

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