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CHAPITRE XIV

Etat du Collège de Pau en 1785. — Lettres de dom Sanadon et du duc Gramont. — Dettes des Bénédictins. — Recettes et dépenses en 1790. — Compte présenté au Directoire du district. — Nouveau plan d'études. — Patriotisme des Religieux. — La fédération des troupes du département. — Discours des élèves du Collège. — Séance de la Société des Amis de la Constitution. — « Le mérite et les avantages de la subordination. » — Hôpital, magasins, ateliers au Collège. — Jean Réveil.

En 1785, les Bénédictins attendaient encore Teffet de la délibération du mois de février 1782, par laquelle les Etats s'en étaient remis à la sagesse de S. M. pour le choix des moyens propres à venir en aide au Collège de Pau.

Dom Sanadon, qui, en l'absence de dom Turle, exerçait les fonctions de Principal *, écrivit à M. le duc de Gramont ^ :

Pau, le 21 mars 1785.

Monseigneur, notre état dans le Collège de Pau est encore tel qu'il étoit lorsque vous daignâtes accueillir avec bonté nos représentations, et nous annoncer les dispositions les plus favorables. Je puis môme dire avec vérité que, plus le tems s'avance, plus nos besoins deviennent pressans, et notre position fâcheuse. Nous en supportons les désagrémens, sans ralentir nos travaux, dans la confiance que le tems n'est pas éloigné où vous serez à portée

1 . Le Compte que les Bénédictins rendirent à la fin de 1790 aux administrateurs du district de Pau est signé par dom Turle, Principalf et par dom Sanadon, Sou8-Principal.

1, Archives du Lycée.

d'inspirer au Gouvernement un intérêt pareil à celui que vous avez pris à l'Etablissement que nous desservons.

En attendant, c'est de notre Congrégation que nous devrions recevoir les secours qui nous sont si nécessaires. Mais l'autorité de notre général est trop circonscrite, pour qu'il puisse ordonner aux diverses maisons de nous secourir. Le droit d'imposer des taxes sur les communautés n'appartient qu'aux Assemblées. Le 28 du mois prochain, tous nos supérieurs majeurs doivent en tenir une dans l'abbaye de St-Germain-des-Prés. Je ne doute point qu'ils ne prissent des mesures efficaces pour améliorer provisionnellement notre sort, si le Ministère paraissoit s'intéresser à nous.

Vous seul, Monseigneur, pouvez obtenir qu'il fasse connoitre à cette Assemblée ses intentions à notre égard, et qu'il lui fasse sentir la nécessité de nous procurer les moyens de vivre, jusqu'à ce qu'on puisse pourvoir d'une manière solide à la dotation d'un Collège aussi utile que celui-ci.

Permettez que dans cette circonstance je réclame votre protection, persuadé qu'une lettre de votre part déterminera le Ministère à parler à l'Assemblée, et à faire cesser les peines et les embarras dans lesquels nous sommes depuis près de sept ans. J'ose attendre cette grâce de votre bienfaisance et de votre équité. — Je suis avec le plus profond respect, etc. — Sanadon, Principal du Collège royal.

Le duc, qui s'était toujours montré fort dévoué aux intérêts du Collège, s'empressa de répondre (28 mars 1785) par ce billet tout court, mais qui a la plus aimable bonne grâce du grand seigneur obligeant :

J*ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 21 de ce mois, et j'ai sur-le-champ écrit à M. le Garde des Sceaux, à M. baron de Breteuil et à M. le contrôleur-général. Si le succès répond à mes désirs, vous n'en aurez plus vous-même à former. Rendez justice, je vous prie, au plaisir que j'aurai de vous servir et aux sentimens avec lesquels, etc. — Gramont.

Les démarches de M. le duc n'avaient eu aucun effet. Le Principal ne cessait de solliciter ses bons offices. M. de Gramont lui conseilla de faire intervenir le

Parlement en faveur du Collège. Le conseil était bon; mais le Principal estimait qu'il y aurait péril à le suivre. Ne vaudrait-il pas mieux agir d'abord auprès de M. de Laussat, trésorier, pour que les arrérages dûs au Collège fussent payés, et tâcher ensuite, par l'entremise de Mgr l'archevêque de Toulouse, d'obtenir quelque secours du chapitre de la Congrégation de Saint-Maur qui allait s'assembler prochainement à Saint-Germain-des-Prés.

Lettre de dom Sanadon à M. le duc de Gramont.

Pau, le 22 mai 1787.

Monseigneur, d'après la conviction intime de vos dispositions favorables pour nous, j'ai fait part à mes confrères de votre façon de penser. Aucun de nous ne doute de l'efficacité du moyen que vous nous indiquez pour obtenir un soulagement au moins passager. L'intervention du Parlement, agissant de concert avec vous, seroit peut-être le seul moyen d'améliorer promptement notre sort. Mais nous ne pouvons la provoquer en forme sans faire un éclat; et quoique notre corps paroisse nous avoir en quelque sorte oubliés, nous devons respecter les liens qui nous y attachent. Les lettrespatentes lui accordent l'entière administration des revenus du Collège, et c'est à lui, qu' administrans en son nom, nous rendons annuellement compte de notre gestion. Réclamer l'inspection d'un commissaire de la cour (du Parlement), ne seroit-ce point aller contre cette administration concédée par les lettres-patentes à notre Congrégation, et compromettre celle-ci ? Ne seroit-elle pas en droit de nous reprocher de lui avoir manqué ?

Les revenus du Collège ne sont inconnus à aucun membre du Parlement et des Etats. Leur insuffisance a été sentie et avouée plusieurs fois par toute la Province. En y comprenant les 3,200 livres que produit momentanément la suspension de huit bourses, ils ne peuvent arriver à 10,000 livres, et dans un ville où les provisions indispensables coûtent beaucoup plus que partout ailleurs, cette somme ne peut suffire aux besoins de treize instituteurs.

Ce simple exposé, appuyé de l'aveu consigné dans plusieurs délibérations des États, justifié par la publicité des démarches que vous avez faites jusqu'à présent pour nous obtenir un traitement

plus avantageux, démontré nécessaire depuis 1779, ne seroit-il pas suffisant pour déterminer le Parlement ?

Ce n'est point le revenu de 1788 que nous demanderions à hypothéquer ; c'est celui de l'année présente, dont la moitié nous est bientôt acquise.

Le payement que nous devons toucher, le mois de juillet prochain, est le dernier semestre de 1786. Nous avons toujours au moins une demi-année en arrière. Si monsieur de Laussat vouloit consentir à se mettre au pair, en payant actuellement le dernier semestre de 1786, le premier de l'année présente au commencement de juillet, et le second au commencement de janvier prochain, et continuer ainsi ses payemens, nous pourrions attendre la réussite des dernières démarches que vous avez eu la bonté de faire, et le recours au Parlement deviendroit inutile.

Notre chapitre doit s'assembler cette année, et, si l'on peut intéresser Mgr l'archevêque de Toulouse, il mettra plus d'activité dans ses représentations à nos supérieurs que tous ceux qui l'ont précédé dans l'administration des finances ^. — J'ai l'honneur, etc. — Sanadon, PrincipaL

Rien ne succéda selon les désirs des Bénédictins ; ils n'obtinrent ni la mense abbatiale de Sorde, ni des terres à cultiver, ni la propriété des biens du Collège. Néanmoins, rétablissement se soutint. On avait le subside de la pension royale. On eut recours à des emprunts. En 1790, on devait 14,700 livres : — 3,000 à madame Souffron ; 3,000 aux demoiselles Lacassy ; 3,700 à M. Dufau, d'Aressy ; 5,000 à madame de Jasses.

Dans la lettre que le Principal du Collège écrivit à M. de Gramont, le 22 mai 1787 (voyez ci-dessus, p. 234), il est dit que les Bénédictins de Pau étaient tenus de présenter les comptes de leur gestion aux supérieurs de la congrégation de Saint-Maur résidant à l'abbaye de Saint-Germain des Prés. — Cela n'eut plus lieu après 1789.

Le 3 janvier 1791, « les Bénédictins desservant le

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