Archives Départementales, C
Collège Royal rendirent compte devant MM. les Administrateurs du district de Pau de la régie des biens et revenus attachés audit Collège, ainsi que de la dépense qui en avait été faite pendant le cours de Tannée 1790, et ce, en exécution du décret de l'Assemblée nationale (du 11 août 1790) sanctionné par le Roy. .. »
D'après ce compte, les religieux auraient dû pe^ cevoir 13,995 liv., et ils n'en avaient reçu que 7,694, somme provenant de : 5,000 liv., acompte de la pension Royale; 1,795 liv., vente de denrées; 899 liv., locations... — Dans la vente des denrées (1,745 liv.) figure pour 780 liv. « le montant de 26 barriques de vin recueillies, la présente année, au vignoble du Bois-Louis ».
La dépense que les Bénédictins avaient faite au Col-. lége de Pau en 1790 était de 13,991 livres :
« Pour la nourriture de treize religieux et de sep^ domestiques \ et pour la fourniture du bois de chau^ fage, du charbon, des chandelles : 5,312 liv.;
« Dépense pour le vestiaire et menues nécessit-^^ des treize religieux : 3,250 liv. ;
« Payé aux religieux pour leur récréation, à rais de 1-44 liv. pour chacun suivant l'usage : 1,872 liv. «
En tout — pour ces trois articles — les Bénédicti avaient dépensé 10,434 livres.
La dijBférence entre cette somme et celle de dépense totale (13,991 liv.) est de 3,557 liv., qui avaie été employées pour divers paiements, ainsi rubriqu dans le compte : « Gages des domestiques, répa tions, culture des biens-fonds, dépenses pour l'églia aumônes, charges 2, etc. »
i. « Nourriture et fourniture, à raison de 25 liv. parmoispour chacun d religieux, et de 12 iiv. pour chaque domestique. »
2. Entre autres <îhargcs, est indiquée celle de la rente à payer aux ancie Educateurs; et GO liv. d'iulérèls d'un capital de 1,200 liv. dû « à Cœur-d'amo invalide » ; — un ôclopé de quelque vieux régiment, où l'on donnait alors
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Les Bénédictins n'avaient perçu que 7,694 liv., et ils en avaient dépensé 13,991; « d'où il résulte, disaientils, que les instituteurs du Collège ont employé une somme de 6,297 liv. plus qu'ils n'ont reçu, de laquelle somme ils sont débiteurs à MM. leurs pensionnaires, qui, payant le semestre de leur pension d'avance, leur ont par ce moyen fourni l'occasion de faire l'avance de cette somme; ils ont besoin qu'elle leur rentre incessamment pour pouvoir fournir aux besoins de ces Messieurs ainsi qu'aux leurs propres ».
Ce compte, au bas duquel se trouvent les signatures du Principal, dom Turle, du Sous-Principal, dom Sanadon, et celles de presque tous les Bénédictins du Collège, avait été présenté « à MM. les Administrateurs du district de Pau », le 3 janvier 1790.
M. Gachet, « Vice-Président du Directoire du district », le renvoya, le 13, « à la municipalité de Pau pour fournir des éclaircissemens ».
Le 16 janvier, « les maire et officiers municipaux de la ville déclarent qu'en conséquence du renvoy à eux fait par le Directoire du district, le 13 de ce mois, il résulte de Texamen fait du présent compte qu'il est dû aux Religieux Bénédictins desservant le Collège de la ville de Pau la somme de 6,297 liv. qu'ils ont à recouvrer pour faire face aux dépenses qu'ils ont faites pendant lad. année ». — Signés : Navailles, mairCy — Lassus, Couat, Broucaret, Lassalette, Poublan, Laterrade, ofjiciers municipaux.
Le souffle de régénération sociale, le souffle vivifiant
soldats des sobriquels, qui leur restaient ensuite comme noms : « Brin-d'amour, Belle-Humeur, Mon-Plaisir, Joli-Cœur, Beau-Séjour, La Liberté. » Inventaire des Archives, t. Ill, années 1 7(39-74.
Les intérêts dus pour les sommes empruntées à Mad. de Jasses, etc. (voy. ci-dessus, p. 235) ne sont point portes sur le compte; les chiffres en sont indiqués sur une feuille à la suite, signée de trois Religieux seulement : Bruneau, Mari el Besserve.
de 1789, animait les cœurs et les esprits des maîtres et des écoliers du Collège de Pau.
Dans un plan d'éducation que nos Bénédictins publièrent en 1790, ils déclaraient qu' « ils gémissaient depuis longtemps de se voir asservis sous le joug des préjugés et d'être obligés de retarder la marche du génie dans leurs élèves, parce qu'ils ne pouvaient s'élancer au delà des bornes posées par l'ascendant impérieux de l'usage, qu'il est souvent dangereux de fronder.
« Nous voici, enfin, arrivés au temps heureux où les critiques surannées ne sont plus à craindre, ni les partisans du vieux système à ménager. Nous pouvons marcher d'un pas ferme et assuré vers le bien connu, sans que nous soyons arrêtés par les entraves de l'opinion, puisqu'elle concourt à nous faire adopter, pour l'éducation, le plan que la raison a toujours tracé à ceux qui appelaient par leurs vœux un meilleur ordre de choses en faveur de la jeunesse confiée à leurs soins. »
Suit le plan d'études; on enseignera le français, l'histoire, la géographie, la littérature française, puis le latin auquel on ne consacrera que trois ans ; pour commencer cette étude, les élèves devront avoir au moins 12 ans ; en rhétorique, on proposera parmi les modèles « les discours des orateurs qui, de nos jours, ont traité à la tribune de l'Assemblée nationale de si grands intérêts et si nouveaux pour la France ». En philosophie, le cours de morale comprendra l'explication de la déclaration des droits de Vhomme, « parce que, lorsqu'on a une patrie, il est aussi important d'être bon citoyen qu'honnête homme ^ ».
1. Pau, impr. Vignancour, 1790. — Voy. Congrès scientifique de France (Institut des Provinces), xxxix» Session tenue à Pau; Essai d'une Bibliographie du dôp. des Basses-Pyrénées (1789-1800), par M. L. Soulice.
Le 17 juin 1790, il y eut à Pau grande fête patriotique ; c'était la fête de la fédération des troupes des Basses-Pyrénées*. Gardes nationales, maréchaussées, troupes de ligne du département se réunirent à la Basse-Plante ; 10,000 hommes environ y étaient assemblés. De là, on se rendit au Cours Bayard (Haute- Plante). Les troupes formèrent le carré autour de Tautel où la messe fut dite. On prêta le serment fédératif. Le maire de Pau, M. de Navailles ^, les colonels des gardes-nationales, les élèves du Collège prononcèrent des discours. — On applaudit à ces voix, par lesquelles s'exprimaient la sagesse, le dévouement et l'enthousiasme ^.
L'Assemblée constituante venait de décréter la Constitution civile du Clergé. Les Bénédictins ^ prêtèrent le serment exigé des fonctionnaires ecclésiastiques. Le maire, M. de Navailles, les félicita de leur dévouement à la loi.
Le Collège était devenu une « petite république ».
1. Pau, impr. Daumon, 1790. — Voy. Essai d'une Bibliographie du dép. des Basses-Pyrénées y elc.
2. M. de Navailles, dévoué aux idées nouvelles, apparlonait à la meilleure et plus ancienne noblesse du Béarn. Il représentait cette fraction de la Noblesse qui se réunit au Tiers-Etat et vota avec un si patriotique élan l'abandon de
ses privilèges dans la nuit du 4 août M. de Navailles resta maire de Pau
jusqu'à Tépoque de la Terreur, et la meilleure preuve que son administration fut juste et sage, malgré la diiliculté des temps, c'est qu'après le 0 thermidor le voBu unanime de la population le replaça à la tête de la municipalité. — F- Rivarès, Pau et les Basses-Pyrénées pendant la Révolution.
3. Un ancien élève des Bénédictins (voy. ci-dessus, p. 203), Joseph Labat, jeune clerc minoré, disait dans un discours, qu'il prononça le 14 juillet 1790, jour de la fédération nationale : « C'est du jour où la Liber'lé s'est présentée à nous sur son char de triomphe, que commence mon existence... » — Pau, imp. J.-P. Vignancour, 1790.
4. DomTurle, principal ; DD. Sanadon, Eslarac, Besserve, Sordes, Gaud, Tissot, Bruneau, Reboul, Bousquet. — La prostation de serment eut lieu, le 30 janvier 1791, dans l'église de Saint-Martin, après la grand'messe. — Des commissaires nommés par la municipalité se rendirent au Collège, le 1*' février, pour recevoir le serment de deux Religieux malades : dom Capmartin, professeur d'humanités, et dom Mari, professeur de rhétorique. — Le 2 mars 1791, Sdnadon fut élu évêque du dép. des Basses- Pyrénées. Il prit pour vicaire son confrère Sordes. L'évêque de Lescar, M. de Noé, protesta contre l'élection de révéque constitutionnel. Voy. « Mandement do M. l'évêque, etc. » ; Bibliothèque de Pau, Vir, G. 30.
Par de coupables excitations venues du dehors, les écoliers oublièrent, un moment, qu'il n'y a de bonne et vraie liberté que sous le régime de la loi, — sub lege libertas.
Le 20 juillet 1791, la Société des Amis de la Constitution devait se réunir; la question à l'ordre du jour était « le mérite et les avantages de la subordination » ; les élèves avaient été invités à venir assister à la séance; « on voulait leur inspirer l'amour de cette vertu qui est le fondement de la liberté ».
« Mes amis et chers élèves, dit un de leurs maîtres, le citoyen Sordes, professeur de logique, voici un beau moment pour vous, que vous ne savez pas peut-être apprécier, mais que vous apprécierez un jour. Vous êtes au milieu des Amis de la Constitution. Cette qualité, qui est, à présent, la première en France, nous fut inconnue dans nos jeunes années; et, en me repliant sur le temps passé, je ne puis trouver dans mon cœur une jouissance qui ait pu y graver un souvenir, comme celui que vous allez graver aujourd'hui dans le vôtre
« L'amour de la loi distingue les vrais patriotes de ces patriotes de hasard, qui croient s'être élevés jusqu'à la Révolution, parce qu'ils prêchent le désordre, ou qu'ils intriguent pour satisfaire leur ambition. Si l'insurrection est un devoir sacré pour le peuple qui n'a d'autre loi que l'arbitraire de ses despotes, la soumission la plus parfaite est le caractère du citoyen .
« Ainsi, mes chers amis et chers élèves, l'on vous en a imposé sans doute, lorsqu'on a voulu vous persuader que vous trouveriez ici une protection dans vos petits désordres, et que vous seriez autorisés par cette Société dans les infractions qui ont troublé votre petite république... »
Les ci-devant Bénédictins restèrent à Pau jusqu'à ce qu'eut été décrétée la création des Ecoles centrales qui devaient remplacer les anciens établissements d'instruction publique.
La France avait alors à se défendre contre l'Europe coalisée ; on se battait sur toutes les frontières. Par le génie de Carnot, par l'héroïsme des soldats de la République, les ennemis furent de toutes parts repoussés.— La Convention avait terrorisé \b, France, ce fut son crime ; elle sauva la Patrie, c'est son honneur.
Il avait été, un moment, question d'utiliser les bâtiments du Collège pour un hôpital, où seraient recueillis et soignés les blessés de notre armée d'Espagne *.
Des magasins et dépôts, des ateliers, y furent ensuite établis ^ — un industriel, le sieur Pierre Linard, y eut une filature de coton. « La concession temporaire qu'il avait obtenue, pouvait, d'un instant à l'autre, se convertir en une aliénation définitive. » Un citoyen de Pau, l'un des meilleurs, Jean Réveil, président de Tadministration municipale, sut conserver l'ancien Collège pour qu'il devînt YEcole centrale du département ^ .
Un souvenir de gratitude est dû, ici, à Jean Réveil ; on ne saurait mieux l'exprimer qu'en rappelant ce qui a été déjà si bien dit de lui :
1 . Archives du Lycée. (Rapport de M. le Proviseur, 13 juillet 1840.)
2. Le citoyen Dulaut disait dans son pathos révolutionnaire : « Le Collège de Pau, cet étahlissement aristocratique de renseignement public sous le despotisme, a pris fin comme les autres. Les bâtiments qui portaient le nom de Collège sont réellement utiles. Ils ont été convertis en magasins, en dépôts, en ateliers. . . On y forge aujourd'hui la foudre »
3. On lit dans le Compte-rendu par l'Administration municipale de Pau à ses administrés, en germinal, an V (J.-P. Vignancour, imprimeur) : « Une pétition signée par plusieurs citoyens nous détermina à réclamer auprès du Jtfinistre de l'intérieur la conservation du Collège pour les Ecoles centrales... »
— Le manufacturier Linard, ayant été autorisé à setablir à Lescar dans l'ancienne maison des Barnabites, y fut mal accueilli par la municipalité. "Voy. H. Barthety, L'ancien Collège de Lescar, ses transformations.
« Le caractère de Réveil fut au niveau de ses talents administratifs. De mœurs austères, d'une probité rigide, il était républicain pur et convaincu. Il avait foi dans Tavenir des institutions qui avaient remplacé l'ancien régime vieilli et tombé, parce qu'il sentait dans son cœur toutes les vertus nécessaires pour la réalisation de ce magnifique programme, l'idéal des sociétés humaines : liberté, égalité, fraternité * ».
1. F. Rivarès, Pau et les Basses-Pyrénées pendant la Révolution,